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Clovis Hugues (1851–1907)

Poète provençal et député de gauche.
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Chronologie

  • 1851

  • 3 nov.

    Naissance de Clovis Hubert Hugues à Ménerbes, bourg provençal de 1800 âmes entre Avignon et Aix. Il est le fils du meunier Célestin Hugues (19 ans) et de son épouse Rose Tempier (20 ans), tous deux originaires de la commune, qui auront cinq ans plus tard une fille, Aima Marguerite Marie.

  • 1865

    (13 ans)
  • 1865–1867

    Sa mère rêve de voir son fils devenir prêtre. Il entre au petit séminaire de Sainte-Garde, à proximité de Carpentras pour y faire ses humanités. Excellent élève, familièrement surnommé Clo-Clo, ses maîtres lui prédisent un brillant avenir ecclésiastique (Félix Gras dans l’Armana Prouvençau de 1895).

    L’établissement est dirigé par l’abbé Emmanuel Bernard (1838-1913), ardent défenseur du provençal à une époque où l’école publique exclut l’usage des langues régionales. Lui-même auteur d’une abondante œuvre en langue provençale (poème, pastorales), il fit du séminaire une véritable pépinière de félibres. Clovis Hugues s’y lia entre autres avec Félix Gras, de quelques années son aîné, l’un des successeurs de Frédéric Mistral à la tête du Félibrige.

  • 1867

    (16 ans)
  • 3 nov.

    Unité de l’Italie. — Garibaldi et ses Chemises rouges qui tentaient de s’emparer de Rome sont battus par les troupes pontificales soutenues par un contingent français. Le jeune Clovis prend fait et cause pour Garibaldi, au grand dam de ses professeurs.

  • 1868

    (16 ans)
  • Il suit ses parents à Marseille où son père a obtenu une place dans l’administration, et se fait engager comme maître d’étude dans un pensionnat religieux où il doit porter la soutane. Mais là n’est pas sa vocation ; il démissionne.

    Après quelques emplois divers, il entre comme garçon de bureau au journal Le Peuple, hebdomadaire fondé par le journaliste Gustave Naquet, et devient rapidement l’un des rédacteurs. Il fait la connaissance de Gaston Crémieux, qui publie des poèmes.

  • 1870

    (18 ans)
  • Proclamation de la République. — Le 7 août, une foule menée par Naquet et Crémieux échouent à obtenir des armes à la préfecture. Naquet est arrêté. Les manifestants prennent alors la mairie et y installent un comité révolutionnaire dont fait partie Clovis Hugues. Le 27 août Crémieux est à son tour arrêté. Le 2 septembre Napoléon III capitule à Sedan ; le 4, la République est proclamée et un gouvernement de défense nationale constitué à l’Hôtel de ville de Paris. Le soir même Gambetta, nouveau ministre de l’Intérieur, ordonne la libération de Crémieux. Mais bientôt des tensions naissent entre le gouvernement et les républicains locaux qui fondent la Ligue du Midi. Le 1er novembre, une foule avec à sa tête Clovis Hugues brandissant un drapeau rouge, occupe s’empare facilement de l’Hôtel de Ville et proclame la Commune révolutionnaire de Marseille, laquelle de désagrégera dans la confusion quelques jours plus tard.

  • 1871

    (19 ans)
  • Commune de Marseille. — L’armistice est signé le 28 janvier 1871 ; certains le perçoivent comme une trahison, notamment à gauche ; à Paris, la Garde nationale refuse de désarmer. Les élections législatives du 8 février donnent une majorité de droite et Adolphe Thiers devient chef du pouvoir exécutif ; le 10 mars, l’Assemblée qui s’était réfugiée à Bordeaux se transporte à Versailles. Le 18 mars, Thiers envoie l’armée prendre de force les canons de la Garde nationale ; ce qui provoque un soulèvement et le début de la Commune de Paris. La nouvelle arrive à Marseille le 22 mars ; le lendemain, en solidarité, une foule menée par Gaston Crémieux prend d’assaut la préfecture et proclame la Commune de Marseille ; à ses côtés Clovis Hugues brandit à nouveau le drapeau rouge. L’insurrection est matée le 5 avril, après un jour de combat ; Crémieux est arrêté le 8. Il sera condamné à mort et exécuté le 30 novembre.

  • 21 sep.

    Clovis Hugues est quant à lui condamné à trois ans de prisons et 6.000 francs d’amende pour délit de presse, — en cause, à sa Lettre de Marianne aux républicains (2 mai), — et incarcéré le 9 novembre 1871.

  • 1874

    (23 ans)
  • 9 nov.

    Au terme des trois ans de sa peine, son amende toujours impayée est convertie en deux années de prison supplémentaires.

  • 1875

    (23 ans)
  • 18 jun.

    Le président de la République MacMahon lui accorde sa grâce ; Clovis Hugues est libéré, après quatre années d’incarcération. Il rentre à Ménerbes auprès de ses parents qui ont racheté le moulin de son enfance.

    Il publie quelques poésies écrites en détention dans un recueil : Poèmes de Prison (Paris, 1875, in-8 de 63 p.).

  • 1876

    (24 ans)
  • Il rentre à Marseille et reprend la lutte politique en fondant la Jeune République. L’année suivante il tient également une chronique poétique à l’Égalité, dont il tirera le recueil la Petite Muse (Paris, 1876, in-12 de 215 p.).

  • 30 nov.

    Il épouse à Toulon Jeanne Royannez (21 ans), sculpteur et surtout fille du journaliste d’extrême-gauche Adolphe Royannez, ancien proscrit du 2 décembre 1851 venu s’établir à Marseille, qu’il avait connu lors de la Commune.

  • 1877

    (25 ans)
  • 17 fév.

    Lecture au théâtre Vallette de Marseille de poésies Pour les ouvriers lyonnais, qui paraîtront en recueil (Marseille, 1877, 4 p.).

  • 16 nov.

    Naissance à Toulon de leur fille Marianne, en l’honneur de la République.

  • 7 déc.

    Affaire Daime. — Le mariage avait été prétexte aux attaques politiques, notamment de la part d’un journaliste bonapartiste : Joseph Daime, alias Désiré Mordant.

    Un an plus tôt, une discussion houleuse entre les deux hommes, à la brasserie Sube, avait déjà manqué se terminer en duel. Désormais c’est l’union uniquement civile du couple qui est visée. Dans un article de l’Aigle (mars 1877), Daime écrit qu’une femme qui ne se marie pas à l’église n’est pas digne de porter la couronne de fleurs d’oranger (symbole de chasteté et de pureté). L’offensé songe à envoyer ses témoins, ceux-ci le persuadent de renoncer : il se contente d’un entrefilet dans la Jeune République pour défendre à Daime de reparler de Mme Hugues s’il ne voulait pas s’exposer à une volée de coups de canne. Daime récidive dans un nouvel article injurieux, où il qualifie Clovis Hugues de petit garçon qui va en avoir un autre ; Jeanne était de fait sur le point d’accoucher ; elle l’attaque en diffamation (novembre). Entre temps, Hugues reçoit la visite de l’ancien gérant de l’Aigle qui tient à se désolidariser de son ex-collègue : en effet, un jour qu’il reprochait à Daime ses articles diffamants envers Mme Hugues, ce dernier lui aurait répondu textuellement, et en présence de tiers, qu’il avait le droit d’attaquer la femme de Clovis Hugues, parce que sa femme était une p***.

    Un duel à l’épée est finalement organisé le 3 décembre, au petit matin, à la lisière du bois aux abords du château Borély. Daime est blessé à la poitrine, une heure après, il était mort. Clovis Hugues s’enfuit en Italie, s’installe provisoirement à Gênes, et écrit au procureur de Marseille qu’il se tient à la disposition de la justice.

  • 1878

    (26 ans)
  • 21 fév.

    Acquittement. — L’affaire est jugée par la cour d’assises d’Aix-en-Provence. Le 13 février, Clovis Hugues rentre de Gênes à Marseille, avec femme et enfant. Le lendemain il se constitue prisonnier à Aix. L’audience s’ouvre le 21, à 9 heures du matin, dans un tribunal pris d’assaut par la foule. Le soir, après une une journée entière consacrées aux auditions et plaidoiries, le tribunal prononce l’acquittement.

  • 17 mar.

    Élections législatives anticipées : Il échoue de peu à se faire élire député dans la 2e circonscription des Bouches-du-Rhône.

  • 3 jun.

    Il est initié franc-maçon à la loge marseillaise de la Parfaite Union (il sera ensuite à celle des Neuf Sœurs de Paris et enfin au Grand-Orient de France).

  • 1879

    (27 ans)
  • 17 jan.

    Représentation de sa comédie Une nuit de Molière (un acte en vers) au théâtre du Gymnase de Marseille, à l’occasion de l’anniversaire de Molière (Marseille, 1879, 22 p., Gallica).

  • 1881

    (29 ans)
  • 9 mai

    Naissance à Paris de leur seconde fille Mireille, en l’honneur de la Provence.

  • 4 jun.

    Parution en plusieurs livraison de la Vierge rouge, sous titré roman d’amour sous la Commune (Saint-Ouen). C’est ainsi que sera bientôt surnomée Louise Michel, amie du poète.

  • 4 sep.

    Élections législatives : candidat de la Fédération des travailleurs socialistes de France dans la même 2e circonscription, il l’emporte au second tour et fait son entrée à la Chambre des députés. Il y déploiera toute son éloquence à la tribune.

  • 1882

    (30 ans)
  • 1882–1885

    Affaire Morin. — Un certain Morin accuse publiquement Mme Hugues d’avoir été, avant son mariage, l’amante d’un homme marié à une comtesse (d’aucuns racontèrent que la comtesse cherchait à nuire à Clovis Hugues, d’autres qu’elle voulait se débarrasser de son époux). Le couple Hugues porte plainte et Morin est condamné (22 décembre 1883) à deux ans de prison, 200 fr. d’amende et 500 fr. de dommages-intérêts pour faux témoignage. Il fait appel. Le procès en appel doit s’ouvrir le 27 novembre 1884 ; le jour même la partie adverse demande et obtient un nouveau renvoi. En quittant le tribunal, Morin vient à passer devant le groupe des plaignants. Jeanne Hugues se détache et s’avance vers lui en criant : Misérable !, puis sortant de sous sa pelisse un revolver, elle tire cinq balles sur Morin qui s’effondre dans une flaque de sang, en face des escaliers qui conduisent à la Cour d’assises. Il meurt le lendemain ; le scandale est énorme. Mme Hugues est incarcérée et finalement acquittée par la Cour d’assises de la Seine le 8 janvier 1885.

    Au Palais de Justice, la vengeance de Mme Clovis Hugues (Le Monde illustré, 6 décembre 1884).
    Paris. Au Palais de Justice. La vengeance de Mme Clovis Hugues.
    (Dessin de M. Frédéric de Haenen, d’après le croquis de M. Antoine Gernier.Le Monde illustré, 6 décembre 1884.)
  • 1884

    (32 ans)
  • 30 jun.

    Le député de l’Aveyron, Joseph Fabre, dépose à la Chambre une proposition de loi visant à instituer une fête annuelle de Jeanne d’Arc et du patriotisme. Clovis Huges est l’un des 252 députés à l’avoir signée. Le projet rencontrera un faible écho dans la presse et sera abandonné. En 1894, Fabre devenu sénateur tentera de présenter une nouvelle proposition de loi, sans plus de succès.

  • 1885

    (33 ans)
  • 18 oct.

    Élections législatives : Clovis Hugues est réélu député de Marseille sur une liste de coalition. De 1886 à 1888 il se rallie un temps au général Boulanger.

  • 1886

    (34 ans)
  • 31 mar.

    Parution de ses Poésies choisies (Paris, in-32 de 160 p.).

  • 1888

    (36 ans)
  • 25 jun.

    Parution de Madame Phaéton (Paris, in-18 de 425 p., Gallica), son premier roman naturaliste, dédié à son beau-père Adolphe Royannez.

  • 1889

    (37 ans)
  • 1er mar.

    La presse annonce que le concours de poésie de l’Académie française, sur le thème du Travail a été remporté, mais que l’enveloppe contenant le nom de l’auteur ne pourra être ouverte qu’à la demande du lauréat. Le 3 mars, le Peuple titre en une : Député-Lauréat : Clovis Hugues couronné par l’Académie et reproduit la lettre de Clovis Hugues au secrétaire perpétuel de l’institution (Retronews) :

    J’ai l’honneur de vous déclarer que je suis l’auteur de la pièce et que j’autorise l’Académie à ouvrir l’enveloppe. J’avais concouru au dernier moment, dans un coup d’improvisation, et sans autre espoir que de servir encore une fois dans le sujet imposé par l’Académie l’idée socialiste qui est la grande idée du siècle. Vous venez de me prouver que c’est à l’Académie comme dans l’Évangile, puisque les derniers arrivent les premiers ; il ne me reste plus qu’à vous remercier pour l’idée et pour le lauréat. Agréez...

  • 6 oct.

    Élections législatives : candidat à Lyon (4e circonscription, Guillotière) il est battu par le député sortant Victor Lagrange.

  • 1893

    (41 ans)
  • 3 sep.

    Élections législatives : candidat socialiste indépendant à Paris (1e circonscription du XIXe), il bat largement au second tour le socialiste révolutionnaire Aristide Briand (30 ans).

  • 1898

    (46 ans)
  • 22 mai

    Élections législatives : il est très largement réélu à Paris.

  • 1900

    (48 ans)
  • jan.

    Publication de sa Chanson de Jeanne d’Arc (Paris, Fasquelle, 360 p., 3,50 fr.), succès retentissant.

  • 23 nov.

    L’Académie française lui décerne son Prix Archon-Despérouses (poésie), pour sa Jeanne d’Arc, ainsi qu’à André Rivoire pour le Songe de l’amour ; les deux co-lauréats se partagent le prix de 3.000 fr.

  • 1902

    (50 ans)
  • 11 mai

    Élections législatives : il est à nouveau réélu à Paris.

  • 1906

    (54 ans)
  • 6 mai

    Élections législatives : Clovis Hugues n’est pas candidat à sa réélection.

  • nov.

    Publication de la deuxième et dernière partie de sa Chanson de Jeanne d’Arc : Le sanglot de Jeanne, du sacre au bûcher (Paris, Fasquelle, 318 p., 3,50 fr.).

  • 1907

    (55 ans)
  • 11 jun.

    Clovis Hugues décède à Montmartre.

  • 1932

  • 6 mai

    Décès de Jeanne à Paris, à l’âge de 76 ans.

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