La date de la rédaction latine du procès de Jeanne d’Arc (1973)
Article
Note. — Le texte original ne comportait ni titres ni sous-titres ; ceux-ci ont été introduits par l’éditeur pour en clarifier la structure et en faciliter la consultation.
- Le procès de condamnation de Jeanne d'Arc
- Contexte historique : capture, procès, condamnation, rédaction du procès
- Chaîne documentaire : notes d'audience, minute française, registre latin (rédigé par Courcelles et Manchon), acta posterius
- Les trois copies authentiques du registre latin qui nous sont parvenues :
- Éléments de datation tirés du procès de condamnation
- Quatre éléments : sceau de Cauchon ; texte du procès ; acta posterius ; filigranes
- Première fourchette : entre le 30 mai 1431 (ou le 8 août 1431) et le 8 août 1432
- Réfutation des hypothèses de rédaction tardive
- La thèse Denifle-Chatelain : 1435 au plus tôt
- Présentation de l'argument : erreurs sur les noms et grades des assesseurs (anachronismes et lacunes mémorielles causés par le long délai)
- Réfutation par l'examen critique de chacune des erreurs alléguées : cinq subsistent, une seule est significative (identité de l'abbé de Mortemer) mais explicable
- Les thèses encore plus tardives
- La thèse de Dunand : entre 1437 et 1440 (une commande de Charles VII après la soumission de Paris en 1436)
- La thèse de Champion : après 1439 (comme une justification des juges de la condamnation, avant la réhabilitation)
- Réfutation par la biographie de Courcelles (et l'impossibilité d'une collaboration tardive Courcelles-Cauchon du fait de leurs engagements politiques opposés après 1435)
- La thèse Denifle-Chatelain : 1435 au plus tôt
- Éléments de datation tirés du procès de réhabilitation
- Contexte historique, rédaction des documents, procédure
- Accusations de rédaction infidèle du registre latin : dès l'enquête de 1452, puis par le promoteur Chapitaut en 1455-1456
- Témoignages des notaires et interprétation de l'expression longe post :
longtemps après
oulonguement après
la mort de Jeanne ?
- Éléments de datation tirés de documents extérieurs aux procès
- Le transfert de Pierre Cauchon à Lisieux (8 août 1432) : un terminus ad quem pour l’usage du sceau de Beauvais
- Les documents comptables décisifs : trois paiements du roi d'Angleterre à Cauchon pour le procès
- Description des trois documents : quittance (1431) et lettres royales (1437)
- Trois périodes d'activité rémunérées : tractations (mai-sept. 1430), procès (oct. 1430-juin 1431), rédaction (juil.-nov. 1431)
- Conclusion
Ces derniers éléments prouvent définitivement la date limite de la rédaction (30 novembre 1431) ; et confirment la fidélité de Cauchon à l'Angleterre en 1437 (et donc l'impossibilité d'une collaboration Courcelles-Cauchon)
39La date de la rédaction latine du procès de Jeanne d’Arc
I. Le procès de condamnation de Jeanne d'Arc
1. Contexte historique : capture, procès, condamnation, rédaction du procès
Le 23 mai 1430, lors du siège de Compiègne par les Anglo-Bourguignons, Jeanne d’Arc tente une sortie et tombe entre les mains de ses ennemis. La captive est confiée à la garde de Jean de Luxembourg1, le chef de la troupe qui s’est emparée d’elle. Contre une forte rançon, son geôlier la remet aux Anglais, mais ceux-ci sont bientôt contraints, puisqu’elle est soupçonnée d’hérésie, de l’abandonner à la juridiction ecclésiastique.
La prise de Jeanne survenant sur le territoire de l’évêché de Beauvais2, c’est au titulaire de ce siège, Pierre Cauchon, qui remplissait aussi les fonctions de conseiller d’Henri VI et de conservateur des privilèges de l’Université de Paris, qu’elle est livrée. L’évêque, assisté ultérieurement du vicaire de l’inquisiteur de France commis pour la ville et le diocèse de Rouen
, Jean le Maistre3, prend la direction du procès en matière de foi qui s’étendra sur une période de cinq mois, du 9 janvier au 30 mai 1431.
2. Chaîne documentaire : notes d'audience, minute française, registre latin (rédigé par Courcelles et Manchon), acta posterius
Les notes d’audience du procès ont été enregistrées en français par les notaires Guillaume Manchon, Guillaume Colles dit Boysguillaume et Nicolas Taquel. Quelques maîtres et docteurs, réunis après chaque séance, leur donnèrent l’apparence d’un compte rendu qui fut consigné, toujours en français, par Manchon, dans un registre dont subsisterait une copie fidèle bien qu’incomplète dans le manuscrit d’Urfé (B. N., ms. lat. 8838, f° 17 r°-34 r°). D’ordinaire, on désigne cette copie du nom de minute française.
3. Les trois copies authentiques du registre latin qui nous sont parvenues : A, B, C
Traduite en latin par Thomas de Courcelles, qui deviendra un des membres les plus éminents de l’Université de Paris, et par Manchon, cette minute fut transcrite, ainsi que les documents exhibés pendant les audiences, dans un registre aujourd’hui perdu dont trois copies authentiques désignées par les sigles 40A, B, C, nous sont conservées4. Quoi que maintes descriptions aient été faites de ces trois copies authentiques, il nous a paru utile de les entreprendre en insistant tout particulièrement sur certains détails négligés jusqu’à ce jours5.
3.1 Le manuscrit A
Le manuscrit A
Il est conservé à la Bibliothèque de l’Assemblée Nationale, au palais Bourbon, sous la cote 1119. Ce registre en parchemin recouvert d’une demi-reliure de basane compte 119 feuillets, mesurant en moyenne 225 millimètres sur 165. Au recto du premier feuillet, le procès commence :
In nomine Domini Amen. Incipit processus in causa fidei contra quondam quandam mulierem Iohannam vulgariter dictam la Pucelle.
Le texte du procès occupe cent onze feuillets, comme l’atteste le notaire Guillaume Colles, autrement dit Boysguillaume, responsable de la collation de ce manuscrit avec le registre original :
Ego vero Guillermus Colles, alias Boscguillaume, presbyter Rothomagensis diocesis, publicus auctoritate apostolica et in venerabili curia archiepiscopali Rothomagensi notarius ac in presenti materia cum aliis scriba iuratus, affirmo collacionem presentis processus centum et undecim folia continentem debite fuisse factam cum registro originali presentis cause. Idcirco singula folia manu propria signavi, et cum dictis notariis in fine me subscripsi, hic me manu propria subscribens.
Cette attestation de Colles, au bas du recto du premier feuillet et hors justification, se retrouve sous forme abrégée ou de paraphe sur chacun des cent onze feuillets. Au recto du feuillet 111 figurent les souscriptions et les seings manuels des trois notaires du procès, Guillaume Colles, Guillaume Manchon et Nicolas Taquel.
En dessous sont apposés deux sceaux plaqués, en navette, sur cire rouge. Le premier a appartenu à l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon. Ses dimensions sont de 80 millimètres sur 54. L’empreinte est peu visible ; on lit les lettres Belva[censis]. Le second, de 50 millimètres sur 30, dont il ne subsiste 41que la trace, est, suivant les affirmation du notaire Manchon, celui du vicaire de l’inquisiteur, Jean le Maistre.
Le 15 décembre 1455, Guillaume Manchon, le notaire principal du procès de condamnation, constata solennellement, en présence des juges du procès de réhabilitation, l’authenticité de sa signature et de celle de ses collègues, reproduites sur l’expédition en latin qui lui fut montrée. Il reconnut encore, et les autres assistants avec lui, les sceaux véritables de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, et de frère Jean le Maistre6. Le sceau de l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, est par ailleurs parfaitement bien connu grâce à une empreinte identique à celle des manuscrits du procès, conservée sur un acte du 29 juillet 14247. Aucun doute ne peut donc subsister sur l’attribution des sceaux apposés sur les instruments authentiques du procès de condamnation aux seuls Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, et frère Jean le Maistre, vicaire de l’inquisiteur au diocèse de Rouen.
Les huit feuillets terminaux n’ont pas été signés par les notaires. Ils contiennent les acta posterius, c’est-à-dire les documents enregistrés après la mort de Jeanne :
- Une informacio post exsecucionem super multis per eam dictis in fine suo et articulo mortis, réunissant les témoignages de six personnes qui assistèrent aux derniers instants de Jeanne, et datée du 7 juin 1431.
- La révocation par le dominicain Pierre Bosquier, de ses accusations contre les juges de Jeanne, sans date.
- La sentence portée contre Pierre Bosquier, datée de Rouen, le 8 août 1431.
- Une lettre du roi d’Angleterre à l’empereur, aux rois, ducs et autres 42princes de la chrétienté, datée de Rouen, le 8 juin 1431.
- Une lettre du roi d’Angleterre aux prélats de l’Église, aux ducs, comtes et autres nobles et cités de son royaume de France, datée de Rouen, le 28 juin 1431.
- La copie des lettres de l’Université de Paris adressées au pape, à l’empereur et au collège des cardinaux, sans date.
Tout le texte du procès et des acta posterius est l’œuvre d’un seul scribe qui a utilisé la cursive gothique presque bâtarde.
Ce manuscrit se trouvait à Orléans en 1472 et 14758. On le retrouve au milieu du XVIIe siècle parmi les registres du Parlement de Paris9. Dans des conditions inconnues, écrit M. J. Marchand, le manuscrit se trouva compris dans la propre collection du fameux Le Nain de Tillemont, maître des requêtes, mort en 1698 ; collection qui devait venir à son tour grossir celle du président de Cotte10. Ce manuscrit appartient à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale depuis 181111.
3.2 Le manuscrit B
Le manuscrit B
Il s’agit d’un registre en papier conservé dans le fonds latin de la Bibliothèque 43Nationale, sous la cote 5965. Il compte 169 feuillets de 290 millimètres sur 205 ; avec une justification de 190 millimètres sur 120. Sa couverture est en peau. Le texte du procès a été copié sur les 158 premiers feuillets. Ici encore, la responsabilité du notaire Colles a été engagée, comme l’annonce son attestation au bas du premier feuillet et la répétition de celle-ci, en abrégé, sur chaque feuillet. Le registre comprend dix cahiers de seize feuillets et un de neuf feuillets. L’invocation et l’incipit ont été omis. Les souscriptions et les seings manuels des notaires sont disposés de la même manière que dans le manuscrit A et les traces des sceaux sont encore visibles. L’écriture est fort proche de celle de A.
On remarque les filigranes suivants12 :
- La main aux quatre doigts serrés, le pouce seul écarté, filigrane qui a été employé de 1389 à 144013.
- Le dauphin, filigrane qui se retrouve dans les manuscrits de 1429 à 143414.
- L’arbalète à croc, filigrane presque identique à celui qui est employé dans un registre de 144715.
Les acta posterius ont été disposés dans un autre ordre que dans A :
- L’informacio post exsecucionem.
- La lettre du roi adressée à l’empereur, aux rois, ducs et autres princes de la chrétienté.
- La lettre du roi aux prélats de l’Église, aux ducs, comtes et autres nobles et cités de France.
- La sentence contre Pierre Bosquier.
- La révocation de Pierre Bosquier.
- La copie des lettres de l’Université de Paris envoyées au pape, à l’empereur et au collège des cardinaux.
C’est ce manuscrit16 que Jules Quicherat et, après lui, Pierre Champion, Pierre Tisset et Mademoiselle Yvonne Lanhers, ont choisi pour leurs éditions du procès, car ils voyaient dans les multiples grattages et surcharges de cette copie 44la preuve de sa très grande fidélité au registre original perdu17. Il convient toutefois de faire remarquer que ce manuscrit ne reproduit pas l’incipit et que plusieurs des corrections qu’il présente sont postérieures à la collation faite par Manchon et ses collègues.
3.3 Le manuscrit C
Le manuscrit C
Il se trouve à la Bibliothèque Nationale dans le fonds latin, sous la cote 5966. C’est un registre en papier de 220 feuillets, mesurant 280 millimètres sur 210, avec une justification de 200 millimètres sur 125. Il est composé de quatorze cahiers, treize de seize feuillets et un de douze feuillets. La reliure cartonnée est recouverte de peau. Le texte du procès finit au f° 206 v° et, après un feuillet blanc, les acta posterius suivent dans l’ordre du manuscrit A. Guillaume Colles a reproduit son attestation, signé chaque feuillet et souscrit avant les deux autres notaires. Il ne reste que la trace des sceaux. L’écriture, tout en demeurant semblable à celle des deux précédents manuscrits, s’en distingue par un aspect beaucoup plus cursif. On a constaté dans ce manuscrit C la présence des filigranes suivants :
- Un lévrier, placé de profil et couché, portant au cou un large collier, se terminant par un grand anneau. Ce filigrane a été utilisé de 1426 à 143818.
- L’arbalète à croc, du même type que celle du manuscrit B19.
II. Éléments de datation tirés du procès de condamnation
1. Quatre éléments : sceau de Cauchon ; texte du procès ; acta posterius ; filigranes
La description comparée de ces trois manuscrits authentiques nous donne plusieurs indications sur la date de leur rédaction :
1° Le sceau de Pierre Cauchon, évêque et comte de Beauvais. Il en reste peu de chose sur les trois expéditions authentiques, mais on reconnaît une empreinte identique conservée sur un acte du 29 juillet 142420. Malgré ses prétentions à l’archevêché de Rouen21, Cauchon est désigné, par une bulle datée du 29 janvier 1432, pour l’évêché de Lisieux22. Le 8 août 1432, trois ans exactement après 45avoir été contraint de quitter Beauvais, tombé sous le contrôle des Armagnacs, il prend possession de son nouveau siège épiscopal23. En règle générale, le sceau accompagnant toujours le titulaire de la fonction24, il faut admettre que Pierre Cauchon, évêque de Lisieux, n’a pas employé plus longtemps le sceau de sa charge précédente et que désormais tous les actes émanant de lui seront scellés de son sceau d’évêque de Lisieux. À la tête du diocèse de Beauvais, lui succède Jean Juvénal des Ursins, élu, lui aussi, le 29 janvier 1432, mais qui n’occupe son siège, semble-t-il, qu’au cours de l’année suivante25. Nous pouvons donc penser que les manuscrits ont été mis en forme au plus tard le 8 août 1432.
2° Le texte du procès commence en faisant part de la mort de Jeanne :
Incipit processus in causa fidei contra quondam quandam mulierem Iohanam vulgariter dictam la Pucelle.
Le mot quondam prouve que les manuscrits authentiques sont postérieurs au 30 mai 1431, date de la mort de Jeanne.
3° Parmi les actes enregistrés après la mort de Jeanne, les acta posterius, il s’en trouve un, la sentence portée contre le dominicain Pierre Bosquier, du 8 août 1431.
4° Les filigranes ne sont pas d’un grand secours. Tous ont largement circulé depuis la fin du XIVe siècle jusqu’au milieu du XVe, sauf le lévrier qui semble avoir seulement été utilisé de 1426 à 1438.
2. Première fourchette : entre le 30 mai 1431 (ou le 8 août 1431) et le 8 août 1432
En bref, nous croyons pouvoir conclure :
- Que la mise en forme des instruments latins n’a pas commencé avant le 30 mai 1431 (jour de la mort de Jeanne) ni même probablement avant le 8 août 1431 (date de la sentence contre Pierre Bosquier).
- Qu’elle était terminée avant le 8 août 1432 (jour de la prise de possession du siège de Lisieux par Cauchon).
III. Réfutation des hypothèses de rédaction tardive (1435-1440)
1. La thèse Denifle-Chatelain : 1435 au plus tôt
Mais comme nous allons le voir, ces conclusions qui ont été pour la première fois exposées par Vallet de Viriville26 il y a plus d’un siècle, sont loin d’avoir recueilli l’adhésion des historiens de Jeanne d’Arc. Jules Quicherat ne s’était guère prononcé sur cette question. Ayant remarqué qu’en 1456 le notaire Manchon avait déclaré que la traduction en latin du procès avait été faite longe post mortem de Jeanne, il écrit prudemment :
Un certain laps de temps après le supplice de Jeanne, Thomas de Courcelles, l’un des conseillers du tribunal assisté de Manchon donna au procès sa figure authentique27.
Th. Sickel estima à 46quelques mois la période écoulée28. En 1868, Eugène O’Reilly qui a constaté que le gouvernement anglais a payé Courcelles dès le 12 juin 1431, en vient à distinguer deux phases dans l’édification du procès : la première, qui se clôture le 12 juin 1431, a été mise à profit par Courcelles et Manchon pour édifier le brouillon, mis au net pendant la seconde phase qui se termine en août 143229. À la fin du XIXe siècle, cette théorie a été abandonnée à la suite des travaux de Henri Denifle et Émile Chatelain, les éditeurs du Cartulaire de l’Université de Paris30. Ces savants, en effet, ont réussi à convaincre leurs confrères que le texte latin du procès était une œuvre tardive puisqu’il date au plus tôt de 143531. Séduisante, leur argumentation peut se mettre en syllogisme.
1.1 Présentation de l'argument : erreurs sur les noms et grades des assesseurs (anachronismes et lacunes mémorielles causés par le long délai)
Majeure
Le responsable de la traduction latine du procès et de sa mise en forme définitive, Thomas de Courcelles qui, en 1431, était une des personnalités les plus marquantes de l’Université de Paris — il en avait été recteur — devait connaître avec exactitude les noms, prénoms et grades des assesseurs, suppôts et anciens suppôts de l’Université.
Mineure
Le texte latin fourmille d’erreurs sur ces points et attribue à certains assistants du procès des noms ou prénoms erronés et des titres ou grades qu’ils n’obtiendront que plusieurs années plus tard.
Conclusion
Courcelles a exécuté ce travail de mémoire longtemps après les événements, au plus tôt en 1435. 47Ces affirmations, allongeant démesurément le temps entre la date à laquelle prend fin le procès de Jeanne et la publicité faite par Cauchon de son beau procès, peuvent paraître convaincantes, mais elles sont bien fragiles. Il est aussi dommage que les deux auteurs, connaissant le point de vue de Vallet de Viriville, puisqu’ils citent son ouvrage, n’en disent mot et n’aient pas débattu la question sous tous ses aspects.
1.2 Réfutation par l'examen critique de chacune des erreurs alléguées : cinq subsistent, une seule est significative (identité de l'abbé de Mortemer) mais explicable
Reprenant et vérifiant les affirmations de Denifle et Chatelain, nous arrivons à d’autres conclusions, ce qui explique que nous corrigions par le menu leurs corrections hâtives. Sur cent treize personnes qui ont eu l’occasion de paraître au procès, seize font l’objet d’une particulière attention de Denifle et Chatelain. Il est manifeste que des erreurs se sont glissées dans la rédaction attribuée à Thomas de Courcelles lorsque Jean de Fano32, Nicolas Lami33 et Guillaume Evrard34 ont leur nom suivi du titre de maître en théologie qu’ils n’obtiendront qu’après 1431. Mais ces trois personnages sont cités une seule fois dans tout le procès. Nicolas Loiseleur apparaît aussi une fois comme bachelier35. Dans maintes autres séances, il est qualifié de chanoine de l’église de Rouen36.
Boémond de Lutréa, [écrivent Denifle et Chatelain,] est donné comme bedeau de la nation de France, alors qu’il a exercé pendant plus de soixante ans les fonctions de bedeau de la nation d’Angleterre37.
On se demande comment Denifle et Chatelain, qui ont tant manipulé les actes de l’Université de Paris, ne se sont pas aperçus que le document où Boémond de Lutréa figure avec un titre erroné est précisément la délibération des Facultés de décret et de théologie38. Cette délibération a été recopiée dans les expéditions authentiques39, sans aucun appel de Courcelles à sa mémoire, et éditée ultérieurement, telle quelle d’après les archives de ces Facultés dans l’Histoire de l’Université de Paris de Du Boulay40. Aussi ne faut-il attribuer la paternité de l’erreur qu’aux notaires des Facultés de décret et de théologie.
Quand leur Cartulaire reste muet sur la vérification d’un autre titre, Denifle et Chatelain s’estiment suffisamment informés. Ils décident par exemple que rien ne prouve que Jacques Guesdon, 48qualifié dans le procès de maître en théologie, l’était réellement41. Pourtant toute autre Université a pu décerner ce grade à Guesdon. Huit gradués au moins parmi ceux qui assistent au procès ne sont pas cités dans le Cartulaire de l’Université de Paris42.
Dans certains cas, très vraisemblablement, des titres ont été attribués à tort par le rédacteur du procès, il est cependant hasardeux de déterminer dans quelle mesure et pour quel motif. Ainsi, on peut admettre, sans en être assuré, que Jean Maugier, signalé au procès comme bachelier en théologie et qui, déjà en 1403, était maître ès arts et bachelier en droit canon, devait plutôt être licencié en décret en 143143. Comment savoir si Richard Lucratoris44 était réellement bachelier en théologie, comme on le lit dans le procès, et si Guéroud Poustel45 n’était pas à ce moment licencié en droit canon ? Il serait préférable d’avouer l’impossibilité de ranger Jean Maugier, Richard Lucratoris et Guéroud Poustel dans une Faculté bien déterminée, en reconnaissant que leurs titres réels ne paraissent pas normalement devoir correspondre à ceux du procès.
Pour d’autres assistants, les erreurs se situent dans leurs prénoms. Ainsi Jean Vallée s’appellerait en réalité Guillaume Vallée46. Denifle et Chatelain ont trouvé un Guillaume Vallée qui aurait été bachelier en théologie en 1436, licencié à Paris en 1442 et maître en 144447. Mais, alors que ce personnage est repris dans le Cartulaire, ils omettent d’indiquer dans leur article l’existence d’un Jean Vallée, dominicain de Bourges, professeur de théologie à Paris en 142148. On connaît encore un autre Jean Vallée, decanus Turonensis, présent à Paris le 11 janvier 143049. Que faut-il en penser ? Un des témoins de l’enquête de Guillaume Bouillé, en 1450, du nom de Guillaume de Valle, frère prêcheur, reconnaît avoir participé une seule fois au procès en compagnie d’Ysambart de la Pierre50. Précisément, à une seule séance, celle du 27 mars 1431, on constate la présence de 49Jean Vallée dont le nom voisine avec celui d’Ysambart de la Pierre51. Sans grand risque de se tromper, on peut en conclure que c’est bien la même personne qui siège au procès et témoigne dix-neuf ans après devant Bouillé, mais l’erreur sur le prénom a pu tout autant avoir été commise par Compaing Votes, le greffier qui enregistra la déposition en 1450, que par Thomas de Courcelles. Le procès de réhabilitation compte en effet, lui aussi, un nombre important d’erreurs sur les prénoms.
À propos de Nicolas Medici, cité à deux reprises dans le procès de condamnation, une fois comme bachelier52, l’autre fois comme maître en théologie53, Denifle et Chatelain émettent un doute :
Les pièces du procès sont peut-être encore en faute et nous ne serions pas étonnés qu’au lieu de Nicolaus on dût lire partout Petrus54.
En effet, il a existé à l’Université de Paris un Petrus Medici, licencié en théologie en 1428, maître en cette Faculté la même année, qui était prêtre du diocèse d’Évreux et briguait en 1425 un vicariat dans ce diocèse55. Ce genre d’argument ne prouve évidemment en aucune manière que Pierre et Nicolas Medici aient été une même personnes56.
En identifiant Raoul le Sauvage avec Jean le Sauvage, Denifle et Chatelain étayent sur une base fragile leur hypothèse57. Jean le Sauvage n’apparaît qu’à la séance du 12 avril où il délibère avec les docteurs et bacheliers en théologie58. Il y est qualifié de licencié en théologie. Dix fois les actes du procès reprennent le nom de Raoul le Sauvage, suivi du titre de bachelier59. À deux occasion, il est signalé dans la minute française60. Dans ces conditions, pourquoi devrions-nous souscrire à l’invitation de Denifle et Chatelain de corriger dans le procès Jean partout où se trouve écrit Raoul61 ? À nouveau, les éditeurs ont incomplètement utilisé leur Cartulaire, puisqu’ils ont seulement retenu le passage de Jean le Sauvage à l’Université de Paris62. Licencié en théologie en 1429, ce frère prêcheur fut proclamé maître en théologie en 1431. Ils ont omis dans leur article de faire part de l’existence de Raoul le Sauvage, prêtre du diocèse de Rouen, maître ès arts, bachelier en décret et étudiant en théologie, à Paris, en 140363. Ajoutons encore que dans le procès de condamnation a été introduit l’avis de maître Raoul le Sauvage, bachelier en théologie, suivant la teneur d’une cédule signée de sa main64. Peut-être aussi Denifle et Chatelain ont-ils tenu compte, sans l’avouer, de la déposition de Jean Marcel, un témoin du procès de réhabilitation, 50évoquant Jean le Sauvage qui lui aurait parlé de Jeanne65 ?
Les pièces authentiques du procès de condamnation mentionnent la présence de Mauricius de Quesneyo à de nombreuses pages66. La relation partiellement en français du manuscrit d’Urfé cite une fois Mauricius de Quesneyo67, mais Denifle et Chatelain l’identifient avec Mauricius de Quercu présent à cinq séances68. Cette déduction peut être considérée comme très vraisemblable, les présences de Mauricius de Quercu dans la relation d’Urfé concordant avec celles de Mauricius de Quesneyo dans l’instrument latin69. Ils ajoutent :
On trouve parmi les gradués de l’Université de paris un nommé Jean de Quesneyo licencié en théologie en 1429, avec d’autres qui assistèrent au procès70. Jean de Quesneyo devint licencié en théologie en 1429, maître le 14 mars 1430, puis abbé du Bec-Hellouin. Il rejoignit le concile de Bâle en 143471.
Le véritable prénom serait donc Jean et non Maurice.
Dans ce cas-ci de nouveau, il est fort hasardeux de rectifier les prénoms. En effet, Courcelles ne serait pour rien dans cette erreur puisqu’elle figure déjà dans la minute française. La même réflexion vaut pour Raoul le Sauvage, mais aucun document ne permet d’infirmer que Maurice de Quesneyo ait pu suivre les cours dans n’importe quelle autre ville universitaire que Paris.
À deux reprises, Denifle et Chatelain ont attribué à Courcelles des confusions qui sont imputables à eux-mêmes plutôt qu’au rédacteur. Aux séances des 27 février et 1er mars72, ce n’est pas, comme ils tentent de le faire croire, Nicolas le Vautier qui est cité73, mais bien Jean le Vautier, bachelier en théologie. De même, quand ils écrivent à propos de Jacques le Camus qu’il n’était pas docteur en théologie74, on constate que jamais l’instrument latin ne le gratifie d’un titre pareil. Son nom est repris à la date du 28 mai à côté de ceux d’Ysambart de la Pierre, un dominicain sans grade particulier75, et de Jean Gris, la gardien anglais de Jeanne76.
Le 7 juin, une semaine après l’exécution, Jacques le Camus, presbyter canonicus Remensis77, viendra aussi témoigner de la confession et de la communion de celle que l’Église avait pourtant retranchée de son sein.
51Après avoir ainsi montré que Denifle et Chatelain ont amplifié démesurément et sans faire reposer leurs présomptions sur des bases solides nombre des fautes dont ils chargent les noms et les titres des conseillers du procès, il reste à examiner de près leur interprétation de la date de la rédaction latine faite par Thomas de Courcelles.
Voici le raisonnement qu’ils tiennent : dans la minute française, on lit abbas Mortuimaris sans adjonction d’aucun nom78. Thomas de Courcelles ou Manchon a ajouté dans la rédaction latine le nom de Guillermus79, abbé qui ne serait entré en fonctions à Mortemer qu’en 1435. Cette interprétation les a amenés
à conclure que la rédaction latine n’a pas été faite, par Thomas de Courcelles, avant l’année 1435 ; peut-être même l’a-t-il écrite plus tard80.
À première vue, la déduction de nos deux auteurs peut passer pour satisfaisante. Un registre de Martin V nous apprend que le 26 novembre 1428 Nicolas de Haumont, bachelier en théologie, moine du monastère de Rosières, au diocèse de Besançon, fut nommé abbé de Mortemer81. Le 20 février 1431, ce cistercien est proclamé maître à Paris82. Il est repris dans la liste des maîtres régents en théologie à Paris jusqu’en 1434 ; ensuite sa trace se perd83. Son nom manque dans la Gallia Christiana. Le prédécesseur à Mortemer de Nicolas, Guillaume III d’Autun, resta pendant vingt-trois ans abbé de ce monastère, de 1405 à 1428, avant de passer à l’abbaye de Clairvaux84. D’après le Livre des sépultures de l’abbaye de Clairvaux, Guillaume d’Autun aurait passé dix-huit ans à la tête de l’abbaye de Clairvaux et serait mort en 144885. Dès cette date, Philippe de Fontaines reprend sa charge et, après vingt-trois années d’exercice, meurt en 1471.
À nouveau, il faut remarquer l’imprécision des données. Si Guillaume d’Autun a passé dix-huit ans à Clairvaux, ou bien il n’y est rentré qu’en 1430 ou bien il s’est démis de ses fonctions en 1446. La Gallia Christiana ne nous aide pas sur ce point. Notons cependant que cet ouvrage contredit la déduction de Denifle et Chatelain sur la date de 143586. Dans leur plaidoyer en faveur de l’Université, ils ont omis de signaler que le successeur de Nicolas, Guillaume IV Thouroude, arrive à Mortemer en 143887. Ils ont préféré se fonder sur la disparition de Nicolas de Haumont 52(ou de Rosières) des pages du Cartulaire de l’Université de Paris en 1435, pour faire entrer son successeur à Mortemer cette même année. Si on suit la Gallia Christiana il faudrait donc plutôt choisir la date de 1438 comme terminus a quo de la rédaction latine…
Denifle et Chatelain ont retenu seize nom qui, sur les vingt-quatre suppôts ou ancien suppôts de l’Université de paris, présenteraient des erreurs. Deux d’entre elles sont dues à Denifle et Chatelain : Jacques le Camus et Jean le Vautier. Une autre aux notaires des Facultés de décrets et de théologie : Boémond de Lutréa. Quatre grades ont pu être indûment attribués, mais cela n’est pas vérifié : Jacques Guesdon, Jean Maugier, Richard Lucratoris et Guéroud Poustel. Pour trois assistants, Jean Vallée, Nicolas Medici et Raoul le Sauvage, il n’y a aucune preuve que ces noms aient été copiés erronément sur les documents authentiques. Quant à Maurice de Quesneyo, si erreur il y a, il faut l’attribuer à la minute française. Voilà donc déjà onze nom qu’on peut retirer des seize proposés initialement par Denifle et Chatelain.
Les seules erreurs dont on soit sûr qu’elles aient été faites par les rédacteurs du procès sont celles qui ont été relevées sur les grades de Jean de Fano, Nicolas Lami et Guillaume Evrard, cités une seule fois, de Nicolas Loiseleur, cité correctement à maintes séances, mais aussi une fois avec un grade erroné et sur le nom de l’abbé de Mortemer, Nicolas de Rosières, appelé à tort Guillaume. Toutefois ce dernier point mériterait encore d’être éclairci.
Cent treize personnages assistent aux interrogatoires de Jeanne d’Arc, une vingtaine d’assesseurs s’appellent Guillaume, un des prénoms les plus fréquents au XVe siècle, il nous semble que les quelques fautes rencontrées dans les manuscrits n’autorisent pas une conclusion aussi catégorique que celle de Denifle et Chatelain. Dès lors, le problème de la date reste entier. Leur hypothèse n’a d’ailleurs de valeur que si on accorde toute sa confiance à cette autre hypothèse d’un Thomas de Courcelles rédigeant en se fiant à sa mémoire
et ajoutant au nom des juges les grades auxquels ils étaient parvenus à l’époque de sa rédaction
.
Une autre question se pose : qui a commis l’erreur sur le nom de l’abbé de Mortemer ? Le 17 décembre 1455, en présence de l’archevêque de Reims, de l’évêque de Paris et de l’inquisiteur Jean Bréhal, et de nouveau le mercredi 12 mai 1456, le greffier Manchon s’explique sur la rédaction. Thomas de Courcelles et lui-même ont mis le texte en forme latine. Mais le greffier ajoute aussitôt que Thomas de Courcelles
in facto processus de libello et aliis quasi nihil fecisse, nec de hoc se multum interposuisse88.
[n’aurait pour ainsi dire rien fait dans ce procès, ni pour le libelle ni pour le reste, et ne s’en serait guère mêlé.]
Ainsi Courcelles n’a que peu remanié le réquisitoire du promoteur écrit en latin et la traduction latine de la minute française. Qu’il y ait une certaine exagération dans cette remarque de Manchon, cherchant à couvrir une participation plus active de Thomas de Courcelles, cela est difficilement niable, mais est-il croyable que Courcelles se soit astreint à un 53travail subalterne et que le greffier l’ait passivement regardé transcrire des listes de noms ? Reconnaissons plutôt que Thomas de Courcelles a mis la main à un texte sans s’occuper des tâches propres aux fonctions notariales ou même d’un simple scribe. La situation deviendrait d’ailleurs franchement inconcevable si la rédaction latine datait de 1435, donc d’une époque où Courcelles a acquis la renommée après de brillantes interventions au concile de Bâle. L’erreur commise sur un nom est bien naturelle de la part d’un notaire du XVe siècle. Au contraire construire une théorie sur un seul et fragile élément, en passant sous silence hautain l’utilisation du sceau de Beauvais par Cauchon, est inexcusable de la part de maîtres de la science historique et illustre à quel point la défense de l’Université de Paris a déterminé leur démonstration.
2. Les thèses encore plus tardives
2.1 La thèse de Dunand : entre 1437 et 1440 (une commande de Charles VII après la soumission de Paris en 1436)
Le chanoine Philippe-Hector Dunand, écrivain de Jeanne d’Arc
, suivit la voie ouverte par Denifle et Chatelain. Selon lui,
une des conséquences providentielles de la soumission de Paris à son souverain légitime fut la soumission de l’Université au prince qu’elle avait combattu et la mise en forme du procès de Rouen. [… ] Charles VII et ses conseillers intervinrent-ils afin qu’on mît en forme le procès de la Pucelle ? Ce n’est pas chose invraisemblable. Tant que l’évêque de Paris et l’Université se sentirent couverts par la protection du roi d’Angleterre, ils ne songèrent guère à cette précaution. Ils y songèrent ou on leur en suggéra la pensée lorsque le roi de France fit son entrée solennelle dans sa bonne ville de Paris89.
Dunand précise encore sa pensée en interprétant les témoignages de Taquel et de Manchon :
Entre 1437 et 1440, longtemps après le drame du Vieux Marché, Thomas de Courcelles eut mission de revoir les pièces de la procédure, de traduire en latin le français des interrogatoires et de rédiger le récit en forme de lettres patentes90.
2.2 La thèse de Champion : après 1439 (comme une justification des juges de la condamnation, avant la réhabilitation)
Dès lors que l’on cédait ainsi à la pure imagination, chacun pouvait reconstruire le récit à son gré. Pierre Champion emboîtait le pas :
Entre 1433 et 1439, Thomas de Courcelles a dû être absorbé par les travaux du concile. Mais alors la rédaction du procès de condamnation se présenterait comme une œuvre tardive, comme un essai de justification des juges tout autant que le procès de la Pucelle, assez rapproché en somme du temps où d’autres juges vont commencer, 54en faveur de Jeanne, l’œuvre de réhabilitation. La publicité qui fut donnée au travail de Courcelles — cinq copies authentiques en furent tirées […] — semble bien fortifier ce point de vue, qui déconcerte au premier aspect, mais paraît concorder avec les dépositions des notaires91.
2.3 Réfutation par la biographie de Courcelles (et l'impossibilité d'une collaboration tardive Courcelles-Cauchon du fait de leurs engagements politiques opposés après 1435)
Sans pousser plus avant dans ce domaine en s’attardant aux affabulations de Dunand et de Champion, voyons ce que nous apprend la biographie de Thomas de Courcelles.
Arrivé à Rouen, le 13 février 1431, comme le spécifient les actes du procès, il s’entretient ce jour-là avec Pierre Cauchon lors d’une réunion où les officiers constitués de la cause prêtent serment92. Vers la mi-octobre 1431, Courcelles part pour Rome porter un rotulus au pape93. Sa présence est signalée à Bâle en décembre 143194. Après un voyage en Bohême d’où il revient le 24 septembre 143395, Courcelles obtient à Paris la licence en théologie le 8 mars 1435 et la maîtrise le 5 avril96. Le 16 juillet, il est désigné par ses collègues pour faire partie de l’ambassade de paix entre Charles VII et Henri VI, à Arras97, où, les 2 et 5 septembre, il prend la parole au nom de 55la ville de Paris, pour défendre la cause de la paix98. La réplique lui est donnée par Guillaume Érard, resté dévoué aux Anglais, et il doit faire face à un autre adversaire qu’il connaît bien, Pierre Cauchon99.
Revenu dans son Université, il y enseigne au mois de septembre 1435100. L’année suivante, au concile, il tente d’aplanir les différends survenus entre le pape et les pères conciliaires101. Le premier mai 1438, il convainc les représentants de Charles VII, Gérard Machet et Philippe de Coëtquis, d’accepter les décrets du concile102. L’assemblée ne provoque pas les résultats escomptés dans l’immédiat et l’attente se prolonge jusqu’au 7 juillet 1438, quand est promulguée la Pragmatique Sanction de Bourges103. Peu après avoir joué un rôle non négligeable dans cet épisode, Thomas de Courcelles fait partie de la délégation envoyée à la diète de Nuremberg sur l’ordre du pape104. Il assiste aussi à la diète de Francfort, puis à celle de Mayence105. À Bâle, il est de ceux qui déclarent le pape relaps106 et, le 30 octobre 1439, il siège dans la commission destinée à élire l’antipape Félix V107. En 1440, il prononce, à la diète de Bourges108, un discours dans lequel il expose la doctrine de l’Église gallicane109.
Homme d’Église, homme politique, Thomas de Courcelles s’adaptait à toutes les situations et à tous les pouvoirs ; il s’y affirmait, sinon avec éclat du moins avec beaucoup d’habileté, comme un auxiliaire de valeur. Le tournant de son évolution politique, il l’a déjà engagé à la réunion d’Arras en y confrontant ses vues sur la situation de la France et celles de Guillaume Érard. L’allégeance du sorbonniste au roi de France n’est plus douteuse dès le moment où la ville de Paris tombe aux mains de Richemont le 13 avril 1436.
Courcelles, nous l’avons vu, est parti pour Rome aux environs du 15 octobre 1431 et n’est revenu, semble-t-il, pour une assez longue période à Paris qu’en 1435. Nous pensons que Denifle et Chatelain ont arrêté au plus tôt en 1435
la date de la rédaction de l’instrument latin non pas tant à cause des erreurs qu’il contient, mais parce qu’ils savaient Courcelles hors de France depuis octobre 561431 jusqu’en 1435110. Logiquement ils auraient dû postposer la date à 1438, puisque le Guillaume des manuscrits latins survient à cette époque. Dunand et Champion ne s’en sont d’ailleurs pas fait faute…
La préférence accordée par Denifle et Chatelain à la date de 1435 est un pis-aller pour ne pas tomber dans la situation évoquée par Dunand muant le rédacteur du procès en affidé de Charles VII.
IV. Éléments de datation tirés du procès de réhabilitation
1. Contexte historique, rédaction des documents, procédure
Après cet examen des documents du procès de condamnation, il est tout naturel d’ouvrir le procès de réhabilitation et d’y rechercher des informations sur la rédaction de l’instrument latin.
En livrant Jeanne d’Arc comme hérétique et relapse au bras séculier, le tribunal de l’Inquisition affirmait implicitement que Charles VII s’était lui-même compromis. Pour effacer cette souillure de l’honneur du roi, l’innocence de la Pucelle devait être reconnue par l’Église, coupable de l’avoir injustement condamnée. Rendre nulle la sentence de 1431 fut une entreprise de longue haleine. Entre les années 1450 et 1456, la France s’assura le concours du pape, — lui seul ayant l’autorité d’ordonner la réouverture des dossiers de la condamnation, — et des plus fameux théologiens et canonistes dont les traités en faveur de Jeanne d’Arc décidèrent de la cause introduite111. Deux informations préalables et extrajudiciaires, l’une en 1450 et l’autre en 1452, durant lesquelles vinrent déposer des témoins de la vie et de la mort de Jeanne, complétées par d’autres interrogatoires au cours du procès de réhabilitation, orientèrent la procédure qui aboutit, le 7 juillet 1456, au prononcé de la sentence cassant le jugement émis quelque vingt-cinq ans auparavant.
Sans entrer dans les détails particuliers des manuscrits du procès de réhabilitation, soulignons que nous en conservons aussi trois registres authentiques, différents sur de nombreux passages, dont il n’existe pas d’édition critique complète112. À ceci, il faut ajouter une copie qui se trouve dans ce manuscrit 57d’Urfé dont nous avons parlé plus haut et sur lequel on s’interroge toujours113.
Contrairement à Quicherat, qui voyait dans cette copie une rédaction d’essai du procès de réhabilitation114, Paul Doncœur a estimé que ce texte, rédigé au nom des juges, alors que les manuscrits authentiques le sont au nom des notaires
serait la forme officielle juridiquement et textuellement la plus autorisée115.
Il est toutefois difficile d’admettre, comme Doncœur tend à le faire, que nous disposerions là d’une expédition authentique116. Le dernier feuillet où aurait pu figurer les sceaux et les attestations des notaires a été détruit, mais il serait hautement improbable qu’un document authentique n’ait pas été signé à chaque feuillet, comme le sont les instruments authentiques du procès de réhabilitation, par les notaires habilités à en faire la collation avec le registre original. Or rien de cela dans Urfé qui doit donc toujours être considéré comme une rédaction parmi d’autres117.
2. Accusations de rédaction infidèle du registre latin : dès l'enquête de 1452, puis par le promoteur Chapitaut en 1455-1456
En 1455 et 1456, le rôle de l’accusation était tenu par le promoteur, Simon Chapitaut. Sa tâche consistait entre autres à démontrer que les responsables du texte du procès de 1431 étaient les deux juges et leur plus zélé auxiliaire, le promoteur Jean d’Estivet, disparus tous trois, et à sauvegarder l’intégrité des notaires Manchon, Colles et Taquel, bien vivants encore. Quant au sorbonniste Thomas de Courcelles, chargé par Cauchon de la mise en forme de l’instrument latin, il garda alors un silence prudent sur ses activités littéraires et laissa à Manchon, son collaborateur occasionnel, le soin de s’expliquer.
Une grave accusation pour discréditer le texte latin avait déjà été formulée lors de l’information extrajudiciaire de 1452 :
Dictus pretensus processus originaliter primo in gallico scriptus, fuit minus fideliter in latinum translatus, multis detruncatis excusacionem contingentibus, et plurimis additis contra veritatem sicque dictus processus a suo originali in pluribus et substancialibus discrepare comperitur118.
[Ce prétendu procès, dont l’original avait été rédigé en français, fut traduit en latin avec moins de fidélité : nombre d’éléments qui l’excusaient en furent retranchés, tandis que d’autres, contraires à la vérité, y furent ajoutés ; si bien qu’il diffère de l’original en plusieurs points substantiels.]
58Trois ans plus tard :
Imo et quidam alius confectus est processus in authentica forma, plurimum distans et dissimilis a dicto priori processu119.
[Bien plus, on fabriqua un autre procès en forme authentique, très éloigné et différent de ce premier procès.]
Jusqu’ici on ne s’inquiétait que des divergences résultant de la confrontation de l’instrument authentique en latin avec la minute en français. Simon Chapitaut reprit ces mêmes thèmes, les aggrava en faisant une autre révélation qui dévoilait la rédaction tardive de l’instrument latin :
Compertum est etiam plurimos processus factos fuisse qui in aliquibus partibus a confessionibus dictae Iohannae, factis in gallico, deviant, quodque, longo tempore post mortem dictae Iohannae, dictus processus fuerat confectus, multis superadditis et detractatis et multis in aliam formam redactis120.
[On a également découvert que plusieurs rédactions du procès avaient été faites, s’écartant en plusieurs endroits des confessions de Jeanne faites en français, et que celui-ci avait été rédigé longtemps après la mort de Jeanne, avec de nombreux ajouts, retranchements et altérations de forme.]
3. Témoignages des notaires et interprétation de l'expression longe post : longtemps après
ou longuement après
la mort de Jeanne ?
Au procès de réhabilitation, le notaire Manchon rendit compte de la fidélité avec laquelle il avait rédigé les pièces de 1431. Malheureusement, sur la date de la rédaction en latin du procès de condamnation, il fut assez peu explicite :
Qui processus fuerunt postmodum reducti de gallico in latinum per magistrum Thomam de Courcellis et loquentem, in forma in qua nunc stant prout melius et secundum veritatem fieri potuit, longe post mortem et exsecucionem factam de ipsa Iohanna121.
[Ce procès fut ensuite traduit du français en latin par maître Thomas de Courcelles et le témoin, dans la forme où il se trouve actuellement, de la manière la plus exacte et véridique possible, longtemps après la mort et l’exécution de Jeanne.]
Son collègue Taquel paraît encore moins bien informé :
Et dicit quod huiusmodi processus fuit redactus in forma in qua est, per magnum temporis spatium post mortem ipsius Iohannae. Sed quo tempore nescit122.
[Il dit aussi que ce procès fut rédigé en sa forme actuelle très longtemps après la mort de Jeanne, mais qu’il ignore quand.]
Cette ignorance n’a rien pour surprendre puisqu’il n’a pas pris part au travail. Il ne sait pas à quel moment exact il s’est fait, mais c’est per magnum temporis spatium post mortem.
Nous voici donc confrontés avec trois expressions fort voisines et très vagues pour dater l’époque de la rédaction latine de Courcelles et Manchon :
- Le longo tempore post mortem de Simon Chapitaut ;
- Le longe post mortem de Manchon ;
- Le per magnum temporis spatium post mortem de Taquel.
À une première lecture, on comprend que le promoteur Chapitaut et les deux notaires expriment une idée semblable, à savoir que la rédaction latine a été faite longtemps après la mort de Jeanne. Mais le contexte sur lequel porte l’expression est contradictoire : pour le promoteur, le longo tempore post accable la rédaction latine dans laquelle on relève, dit-il, beaucoup d’additions et d’omissions lorsqu’on la compare aux dépositions de Jeanne en français. Dans le témoignage de Manchon, la rédaction latine est présentée comme un document en tous points parfait. L’intention du notaire était de valoriser la qualité du texte, de le rendre plus clair et mieux intelligible. Les paroles de Manchon n’ont pas d’autre but que d’atténuer la virulence des propos injurieux contre son 59œuvre. Quant au notaire Taquel, il opine comme Manchon.
Comment, à l’aide de ces trois expressions qui veulent toutes dire, du moins si on les traduit littéralement, longtemps après, supputer la durée de temps ? Ces maigres renseignements rendent vaine l’évaluation du nombre de jours, de mois ou d’années qui se sont écoulés avant l’achèvement du travail. Nulle part ailleurs dans le procès n’est reprise l’expression longe post et ceci nous prive donc d’une estimation de temps appliquée à une postériorité.
Par contre, on y trouve l’expression longe antequam. Faisant allusion au réquisitoire en soixante-dix articles établis à l’aide des réponses faites par Jeanne entre le 21 février et le 24 mars, ses interrogatoires ont donc duré 35 jours, — et lus au procès par Courcelles les 27 et 28 mars, c’est-à-dire, trois jours après la fin de ces interrogatoires, — Manchon déclare :
Longe antequam fierent articuli contenti in processu, ipsa Iohanna pluries fuerat interrogata et plures responsiones fecerat, super quibus interrogatoriis et responsionibus fuerunt facti illi articuli, ex consilio assistencium, quos tradidit promotor, ut materie, que erant diffuse, per ordinem caperentur123.
[Longtemps avant (ou longuement, avant) la rédaction des articles insérés au procès, Jeanne avait été maintes fois interrogée et avait donné plusieurs réponses. C’est à partir de ces interrogatoires et réponses, et selon l’avis des assistants, que les articles furent rédigés puis que le promoteur les produisit : afin de mettre en ordre des matières jusque-là trop éparses.]
Il y a deux manières possible d’interpréter cette déclaration :
- ou bien longe antequam signifie longtemps avant et dans ce cas, Manchon qualifie de longe une période de trois jours ;
- ou bien longe se traduit par longuement et qualifie la durée des interrogatoires, c’est-à-dire trente cinq jours.
Cette dernière interprétation est la seule acceptable. D’ailleurs si Manchon avait vraiment voulu insister sur l’antériorité (ou la postériorité), il eût plutôt employé l’adverbe multo : multo antequam, multo post. Il a préféré longe qui est un décalque du français longuement.
En appliquant notre interprétation au premier cas, au longe post, il faut alors comprendre qu’après la mort de Jeanne, on mit longtemps pour établir l’instrument authentique latin. L’expression utilisée par le notaire Taquel, per magnum temporis spatium, peut aussi corroborer celle de Manchon dans la mesure où elle équivaudrait à pendant un long espace de temps. Les greffiers du procès de condamnation entendaient surtout affirmer en exprimant l’idée d’une longue période consacrée à la rédaction latine, que celle-ci n’avait rien eu de précipité : prout melius et secundum veritatem fieri potuit [aussi bonne et fidèle que possible].
Par la réhabilitation, nous savons que le texte latin du procès de condamnation a été mis au point après la mort de Jeanne d’Arc et plus précisément mis au point longe après la mort de Jeanne. À une même date, au cours de son interrogatoire, le même témoin emploie le même mot longe, la première fois suivi d’une postériorité et la seconde fois d’une antériorité ; pourquoi devrions-nous changer le sens de ce mot, sous prétexte que ce témoin encore a commis une erreur en appelant Guillaume celui qui peut-être se nommait Nicolas ? Que la rédaction latine ait pris beaucoup de temps, personne ne peut en douter.
60Qu’elle ait eu lieu longtemps après la mort de Jeanne est une question plutôt subjective.
Enfin, il importe peu que longe soit pris dans un sens ou dans l’autre. Jusqu’à présent notre interprétation reste valable, mais nous allons voir qu’il faudra en modifier la durée, si longe ne dépasse pas quatorze mois, le laps de temps écoulé entre la mort de Jeanne, le 30 mai 1431, et la prise de possession du siège de Lisieux par Cauchon, le 8 août 1432.
V. Éléments de datation tirés de documents extérieurs aux procès
1. Le transfert de Pierre Cauchon à Lisieux (8 août 1432) : un terminus ad quem pour l’usage du sceau de Beauvais
Bien qu’il fût déjà nommé à Lisieux, Pierre Cauchon garda jusqu’au 7 octobre 1432 sa charge de conservateur des privilèges apostoliques124 qui ne lui avait plus été octroyée par la bulle de transfert125. Faut-il reculer à cette date les dernières activités de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, ou même plus loin jusqu’à sa prestation de serment d’évêque de Lisieux entre les mains de Henri VI, le 16 novembre 1432126 ?
2. Les documents comptables décisifs : trois paiements du roi d'Angleterre à Cauchon pour le procès
Si nous ne pouvons mieux préciser quand Pierre Cauchon délaisse le sceau de Beauvais, par contre nous sommes parfaitement informé sur le moment où il cesse toute participation au procès. Trois documents comptables rendent possible la reconstitution des montants des versements alloués à Pierre Cauchon pour sa participation au procès de Jeanne d’Arc. Les dates introduites dans les comptes permettent d’établir la période de temps durant laquelle l’évêque de Beauvais a mené l’affaire à son terme, jusques et y compris l’expédition des instruments authentiques.
2.1 Description des trois documents : quittance (1431) et lettres royales (1437)
La première pièce est une quittance de Cauchon reconnaissant avoir reçu 765 livres tournois pour avoir vaqué au service du roi
de mai à octobre 1430127. Elle est datée du 31 janvier 1431.
La deuxième pièce est une lettre du roi Henri VI autorisant Jean Stanlawe, trésorier et gouverneur général des finances de Normandie, à faire payer par Pierre Baille, receveur général de Normandie, la somme de 770 livres tournois due à
notre amé et féal conseillier Pierre évesque de Lysieux nagueires évesque de Beauvais [pour] le fait du procez de hérésies de feue Jehanne nagueres appellée 61la pucelle, delaquelle notre dit conseillier estoit juge, dont il na peu eu ne peut avoir payement avis est en voye de la perdre se sur ce ne lui est pourveu de notre grace requérant icelle.
Il est rappelé dans ce document que l’évêque a déjà reçu aux environs du mois de décembre 1432, la somme de 1407 livres 10 sous tournois, une avance sur le montant total de 2177 livres 10 sous tournois
deue acause de certain voyaige par lui fait dudit lieu de Paris en ceste ville de Rouen pour noz besoignes et affaires ou il vaqua depuis le premier jour de may mil CCCC et trente jusques ou derrenier jour de novembre lan mil CCCC trente ung incluz.
Outre les 1407 livres 10 sous tournois, l’acte signale qu’un autre payement dont le montant n’est pas cité, mais qui ne peut être que celui des 765 livres de janvier 1431, a déjà été fait128. Cette lettre de Henri VI est datée de Rouen, le 29 juillet 1437.
La troisième pièce est la lettre de Jean Stanlawe mandant à Pierre Baille
que des deniers de votre recepte vous paiez, bailliez et delivrez amonditseigneur lévesque icelle somme de VIIc LXX l. t. tout ainsi pour les causes et par la forme et manière que le roy notreditseigneur le veult et mande par sesdiz lettres129.
Elle est datée de Rouen, le 14 août 1437.
2.2 Trois périodes d'activité rémunérées : tractations (mai-sept. 1430), procès (oct. 1430-juin 1431), rédaction (juil.-nov. 1431)
Ainsi, depuis mai 1430 jusqu’au 30 novembre 1431, l’évêque de Beauvais a consacré le début de cette période à un voyage à Calais ; le reste du temps, il a surtout été préoccupé par l’achat, puis le jugement et enfin la rédaction du procès de Jeanne d’Arc.
La première tâche essentielle de Pierre Cauchon après qu’il eût été choisi à cette fin par le conseil du roi, fut de payer au comte Jean de Luxembourg la rançon de Jeanne. Dans la journée du 25 mai, le frère de ce dernier, Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, chancelier de France et futur archevêque de Rouen, avait été le premier averti, à Paris, de la capture130. Dès le lendemain, dans une lettre adressée à Philippe le Bon, le vicaire général de l’inquisiteur demandait que Jeanne
en vostre puissance et subjeccion ou de voz nobles et royaux vassaux [fut menée à Paris] pour ester à droit par devant par devant nous contre le procureur de la sainte Inquisition, répondre et procéder comme raison devra, au bon conseil faveur et aide des bons docteurs et maistres de l’Université de Paris et autres notables conseillers estans pardeça131.
Ce message ne fait aucune mention de l’évêque de Beauvais inféodé aux Anglais. L’Inquisition ou plutôt l’Université de Paris, n’essayait-elle pas de gagner de vitesse les Anglais en traitant directement avec le duc de Bourgogne ? Ou bien est-ce devant la résistance opposée par Philippe le Bon que l’Université 62de Paris se décida à demander l’intervention des Anglais ?
Le siège de Compiègne se déroula à un moment où les caisses de Philippe le Bon sont vides132. L’aide que lui procure Henri VI reste insuffisante133, les désertions ne cessent de se multiplier134 ; c’est précisément ce moment que choisissent les Liégeois pour attaquer le pays de Namur135, acheté par Philippe et dont il venait d’hériter ; une partie des troupes doit ainsi quitter le siège136. Aux prises avec de telles difficultés, Philippe le Bon aura-t-il été tenté de vendre Jeanne d’Arc au plus offrant ? Des rumeurs de rançon offerte par les Armagnacs percent à travers les lettres écrites par l’Université de Paris au duc et surtout à Jean de Luxembourg137.
La situation dans laquelle Jean de Luxembourg lui-même se trouve apparaît quelque peu trouble. Le bâtard de Wandomme qui prit Jeanne et la détint était
de la compaignie et de l’ostel dudit de Luxembourg138,
conformément au ius armorum, Wandomme remit Jeanne à Jean de Luxembourg139.
Honoré Bonnet écrit dans l’Arbre des batailles (à la fin du XIVe siècle, entre 1384 et 1387) qu’un prisonnier fait par un souldoier
qui est aux gages du roi ou d’un autre seigneur, doit
estre au seigneur de qui le souldoier prent les gaiges140.
63De qui Jean de Luxembourg prend-il ses gages ? Non pas du duc de Bourgogne, puisque par l’entremise du cardinal Henri d’Angleterre, il a été engagé à la solde du roi Henri VI pour la somme de 500 livres141. C’est donc l’Angleterre qui le paie et lui demande de seconder Philippe le Bon. En vertu de la dépendance de Jean de Luxembourg à l’égard du roi, Jeanne aurait dû être remise aux Anglais sans que ceux-ci paient la somme élevée de 10.000 francs d’or. Généralement le roi accordait une récompense convenable quand un de ses capitaines faisait un prisonnier de marque142. Ici, il ne s’agit pas de récompense mais de marchandage, comme le laisse supposer la cédule remise par Cauchon au duc de Bourgogne et à Jean de Luxembourg le 14 juillet devant Compiègne. L’évêque de Beauvais déclare d’abord que,
pour la remuneracion de ceulx qui l’ont prinse et détenue, le roy veult libéralement leur bailler jusques à la somme de VIm francs, et pour ledit bastart qui l’a prinse, lui donner et assigner rente pour soustenir son estat, jusques à II ou IIIc livres143.
Devant la résistance de Philippe le Bon et de Jean de Luxembourg, Cauchon, représentant du gouvernement anglais, a été contraint de proposer 10.000 francs, somme par laquelle le roi peut se rendre maître de tout prisonnier.
64Selon les lois de la guerre, il eût fallu livrer Jeanne au roi d’Angleterre contre une une bonne récompense à Jean de Luxembourg, employé à son service, selon les lois de l’Église, dont Jeanne relevait comme suspecte d’hérésie, la captive devait être remise entre les mains de l’évêque de Beauvais pour son procès. La crainte de voir Jeanne échapper au châtiment a vraisemblablement poussé l’Angleterre à agir comme si Jeanne d’Arc était une prinse de guerre
; ainsi, au cas où le tribunal la jugerait innocente, elle retomberait au pouvoir de ceux qui désiraient sa perte144.
Du 1er mai au 30 septembre 1430, le temps consacré aux tractations, Cauchon a reçu 765 livres. Dans une deuxième période, il s’occupa de la préparation du procès, puis de son déroulement, du 30 septembre au 30 juin 1431. À cet effet, il eut droit à 1407 livres 10 sous. Sa rémunération s’élevait alors à 365 livres pour les deux cent soixante-treize jours, mais on le gratifia d’une augmentation de 42 livres 10 sous. Enfin, vraisemblablement, la mise en forme des documents du procès eut lieu du 1er juillet au 30 novembre 1431. Il reçoit pour ces cinq mois 770 livres. Il est intéressant de noter que Pierre Cauchon ne reçut son dernier paiement qu’en 1437. Les difficultés financières des Anglais et la mort de Pierre Surreau, en 1434 ou en 1435, peuvent fournir une explication à ce long délai de six années d’attente pour voir enfin le juge rémunéré145. Mais il faut aussi remarquer que la dette du roi envers son conseiller a finalement été réglée parce que Cauchon a écrit à Henri VI pour lui demander son dû et plus encore parce que le roi a
considéré mesmement les bons et aggréables services que nous a fait et fait journellement notre dit conseillier et espérons que face ou temps avenir et aussi les grains partes qu’ils a eues et soustenues à l’occasion de la guerre de France et par espécial derrenièrement à la rebellion de la dicte ville de Paris et que à l’occasion que dessus les revenus de sondit bénéfice son moulte diminuées146.
Cauchon a donc été payé en raison de sa fidélité à l’Anglais et de son refus de suivre le mouvement général de la ville et de l’Université de Paris lorsqu’elles rentrèrent dans l’orbite des Armagnacs, surtout aussi en raison de lourdes pertes provoquées par la confiscation de son revenu bénéficial.
Conclusion : Ces derniers éléments prouvent définitivement la date limite de la rédaction (30 novembre 1431) ; et confirment la fidélité de Cauchon à l'Angleterre en 1437 (et donc l'impossibilité d'une collaboration Courcelles-Cauchon)
En conclusion, le 30 novembre 1431 marque donc bien la date ultime à laquelle Pierre Cauchon s’est occupé du procès de Jeanne d’Arc et le terme de ce long espace de temps, six mois, durant lequel eut lieu la rédaction de Thomas de 65Courcelles et de Guillaume Manchon, suivie de l’expédition des copies authentiques.
Si les actes du procès avaient été mis en forme en 1435 ou plus tard, Courcelles eût été alors aux côtés de Charles VII et Cauchon aux côtés de Henri VI. Ils n’auraient donc pas eu la possibilité de réunir leurs efforts pour la constitution de ce dossier. L’un et l’autre ne pouvaient plus collaborer puisque les séparaient désormais des politiques inconciliables. Leur réunion en cette seule occasion aurait suffi à descréditer à jamais le procès de Jeanne d’Arc.
Bréhal, Pontanus, Leliis, Montigny et tous les autres auraient-ils laissé passer un tel argument ? Un d’entre eux n’aurait-il pas émis un doute sur ce point ? Rien dans les mémoires et opuscules de ces théologiens et canonistes ne permet de croire qu’ils aient eu un soupçon. Le promoteur du procès de réhabilitation, Simon Chapitaut, a bien tenté de jeter le doute, sans pousser fort loin ses considérations, en exprimant qu’à ses yeux la partie du texte latin contenant les aveux de Jeanne diffère profondément du registre des interrogatoires écrit en français, et surtout que le texte latin a été élaboré longtemps après la mort de l’accusée. D’ailleurs son exposé est aussi peu clair que les dépositions des notaires, Manchon et Taquel, sur lesquelles il se fonde.
Plutôt que de tenter la construction d’une hypothèse trop subtile, il nous a semblé préférable de rétablir, laborieusement, le strict enchaînement des faits. La responsabilité du procès de condamnation repose essentiellement sur Cauchon représentant du pouvoir politique et de l’autorité religieuse. Évêque et comte de Beauvais, chassé de son siège épiscopal par les troupes victorieuses de Charles VII, ce procès n’était-il pas l’occasion attendue par le conseiller du roi d’Angleterre pour rehausser sa réputation quelque peu ternie par les succès des Armagnacs ?
Contrairement aux apparences cependant, la victime trouvée ne se présentait pas avec la docilité espérée. Les informations extraordinaires furent rares, les accusations si précises et si peu fondées échouèrent de façon lamentable, l’évêque fut contraint de ruser, d’appeler à son aide l’Université de Paris (ou peut-être cette aide lui fut-elle imposée). Cette Université, experte dans l’argutie et la formalisme du droit canon, mit tous ses efforts à convaincre d’hérésie une jeune fille qui parlait le langage de la raison et de son enfance.
Plus que tout autre, la personnalité de Cauchon a été engagée dans le procès de Rouen et la mort de Jeanne est un épisode retentissant de sa carrière. Son rôle de vedette du parti anglais, l’évêque de Beauvais le parachèvera en scellant les manuscrits authentiques qui sont les plus beaux témoins de son exploit147.
Notes
- [1]
Sur cet épisode de la vie de Jean de Luxembourg, on peut lire un article de O. le Maire, Comment un Belge, Jean de Luxembourg, faillit sauver Jeanne d’Arc, dans la Revue Générale Belge, t. 93, p. 108-133, Bruxelles 1957.
- [2]
Au milieu du pont de la ville, une croix fixait la limite entre le diocèse de Soissons, dont Compiègne dépendait, et le diocèse de Beauvais ; cf. P. Champion, Le procès de condamnation de Jeanne d’Arc, t. 2, p. XXXII, p. 385, n. 280, Paris 1921.
- [3]
Jean le Maistre n’a pas accepté d’emblée de remplir son office de vicaire de l’inquisiteur. Désigné pour exercer à Rouen, il ne s’estimait pas compétent dans un procès relevant de la juridiction de Beauvais. Cauchon se résolut alors à écrire une lettre à l’inquisiteur de France, Jean Graverent, lui demandant soit de venir lui-même à Rouen soit de députer spécialement un vicaire, muni des pleins pouvoirs de l’inquisiteur. Jean le Maistre fut commis et député par une lettre de l’inquisiteur du 4 mars 1431 ; cf. P. Tisset et Y. Lanhers, Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, t. 1, p. 119-120, Paris 1960.
- [4]
D’après le témoignage de Guillaume Colles, un des notaires du procès de condamnation, qui fut entendu au procès de réhabilitation, le 18 décembre 1455 et le 12 mai 1456, il y aurait eu cinq exemplaires semblables du procès en latin,
quinque similes processus
; cf. J. Quicherat, Le procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc, t. 3, p. 160, Paris, 1844. Outre les trois copies authentiques, on possède, dans le B. N. ms. latin 8838, f° 34 v°-96 v°, la copie d’une quatrième copie authentique. - [5]
On trouvera les descriptions les plus complètes de ces manuscrits dans les ouvrages suivants :
- C. de Laverdy, Notice du procès criminel de condamnation de Jeanne d’Arc dite la Pucelle d’Orléans, dans Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque du roi, publiés par l’Académie des Inscriptions, t. 3, Paris 1787.
- J. Quicherat, op. cit., t. 5, Paris 1949.
- P. Champion, op. cit., t. 1, Paris 1920.
- P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., t. 1 et 2, Paris 1960 et 1970.
- Vallet de Viriville, Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, traduit du latin et publié pour la première fois intégralement en français d’après les documents manuscrits et originaux, Paris 1867.
- J. Marchand, Le procès de condamnation de Jeanne d’Arc, reproduction en fac-similé du manuscrit authentique, sur vélin, n° 1119 de la Bibliothèque de l’Assemblée Nationale, Paris 1955.
- [6]
Les greffiers de la réhabilitation ont rapporté les faits en ces termes :
Qui etiam processus in latino fuit factus per eumdem Manchon et honestos viros, magistros Guillelmum Colles, alias Boysguillaume, et Nicolaum Taquel, notarios publicos ; et eorumdem notariorum signis et subscriptionibus, sigillisque quondam domini Petri Cauchon, episcopi Belvacensis, et fratris Johannis Magistri, roboratus. Quorum quidem notariorum, suum primo et deinde caeterorum dominorum signa publice recognovit ; recognoscens etiam sigillum praefatorum Petri episcopi, et fratris Johannis Magristri ; quorum omnium praedictorum signa et sigilla fuerunt etiam a notariis et aliis practicis ibidem existentibus, recognita. — (Cf. J. Quicherat, op. cit., t. 2, p. 156.)
- [7]
Douët d’Arc qui l’attribuait par erreur à Pierre de Savoisy, le prédécesseur de Cauchon à Beauvais, le décrivait ainsi :
Dans une niche principale, saint Pierre assis, en costume de pape ; dans deux niches latérales, deux saints debout ; au bas un priant. Légende détruite. — (Cf. Douët d’Arc, Collection de sceaux, t. 2, p. 493, n° 6520, Paris 1863.)
Vallet de Viriville a pu examiner le sceau du manuscrit A, en un temps où on voyait encore
la croix du chapitre de saint Pierre et la pairie de Beauvais […] sur un écusson placé vers le bas du champ. — (Cf. Vallet de Viriville, op. cit., p. VII.)
L’erreur d’attribution commise par Douët d’Arc a été relevée par V. Bouton, Le sceau de Pierre Cauchon, dans Annales de la société d’Archéologie de Bruxelles, t. 4, p. 299-300, Bruxelles 1890. Un document du 16 janvier 1430 (le B. N. Gaignières 152, f° 61) a gardé l’empreinte du sceau qui est une réduction de celui du manuscrit A. Vallet de Viriville le qualifie de sceau moyen, car Cauchon paraît avoir fait usage de trois sceaux distincts, grand (ms. A), moyen et petit ; cf. Vallet de Viriville, op. cit., p. XI.
- [8]
Outre le journal du siège d’Orléans et le procès de réhabilitation, le B.N. ms. latin 14665, ancien manuscrit de Saint-Victor, du f° 72 r° au f° 342 r°, contient le texte du procès de condamnation, copié sur le ms. A.
Ce volume est indiqué comme étant de l’année 1488, dans un ouvrage imprimé in-folio, sous le titre d’Antiquité de Paris, où il est dit à l’article de Saint-Victor, folio 465, qu’il a été fait par les ordres de Nicaise de Lorme en 1488, lequel était alors prieur de Bussi-le-Roi, et qui est devenu depuis le vingt-troisième abbé de Saint-Victor. — (Cf. Laverdy, op. cit., p. 185.)
Au XVIIe siècle, Edmond Richer, champion des libertés de l’Église gallicane, au hasard de ses recherches sur Jeanne d’Arc, a vu la copie de Saint-Victor dans la bibliothèque de cette abbaye à Paris. Le père Thoulouze, chambrier de Nicaise de Ulmo, prieur de la maison Bussy, dépendante de l’ordre et située à six lieues d’Orléans,
escrivoit
cette copie et les autres contenues dans le recueil ; cf. E. Richer, Histoire de la Pucelle d’Orléans, texte collationné et publié par P. H. Dunand, t. 1, p. 41, Paris 1912.C’est donc à tort que Quicherat écrivait que
il n’y a pas non plus d’apparence que les originaux des procès de condamnation et de réhabilitation sur lesquels a été fait le manuscrit de Saint-Victor aient jamais quitté Paris. — (Cf. J. Quicherat, op. cit., t. 5, p. 400.)
En effet, nous possédons une autre copie de A, — le B. N. ms. latin 12721 —, terminée au mois de novembre 1475 et authentiquée par Jean Patarin et Hector Touchet, notaires à Orléans, comme on le lit au recto du premier feuillet du registre. Ces deux notaires ont transcrit le texte du procès en utilisant la copie authentique A :
cum quodam alio codice perga- meneo, quod in isto describitur ad longum, […] signato in quolibet folio signo manuali domini Guillelmi Boisguillaume, et in ultimo folio signis et subscriptionibus praefati ejusdem Bois- guillaume, dominorum Guillelmi Manchon et Nicolai Taquel […] duobusque sigillis eidem praefato ultimo foliolo affixis in cera rubra munito. — (Cf. B.N. ms. latin 12721, f° 1 r°.)
La fidélité de ce registre au ms. A est rigoureuse, mais les acta posterius n’y figurent pas.
- [9]
J. Quicherat, op. cit., t. 5, p. 394.
- [10]
J. Marchand, op. cit., p. XI.
- [11]
J. Marchand, op. cit., p. XI.
- [12]
Quelques années avant d’éditer sa traduction du procès de condamnation, Vallet de Viriville a fait paraître une étude sur les filigranes ; cf. Vallet de Viriville, Notes pour servir à l’histoire du papier, dans Gazette des beaux-arts, Courrier européen de l’art et de la curiosité, t. 2, p. 225-235, quatrième livraison, Paris 15 mai 1859 ; t. 3, p. 153-168, troisième livraison, 1er août 1859 ; t. 4, p. 150-166, troisième livraison, 1er novembre 1859.
- [13]
C. M. Briquet, Les filigranes, Dictionnaire historique des marques du papier dès leur apparition vers 1282 jusqu’en 1600, t. 3, p. 562 et pl. 11080-11085, Leipzig 1923. Vallet de Viriville en fixait la date à 1432 ; cf. Vallet de Viriville, Procès de condamnation, p. VIII.
- [14]
Le dauphin rencontré dans ce manuscrit n'a pas son correspondant dans Briquet, il en est une variante ; cf. C. M. Briquet, op. cit., t. 2.
- [15]
C. M. Briquet, op. cit., t. 1, p. 51, n ° 725 : Il se rencontre aussi à Anvers en 1428, à Paris en 1436, etc.
- [16]
Après avoir d’abord pensé choisir le manuscrit C ; cf. J. Quicherat, Rapport adressé à MM. les membres du Conseils de la Société de l’Histoire de France sur la publication des deux procès de Jeanne d’Arc, dans le Bulletin de la Société de l’Histoire de France, t. 59, Paris 1840.
- [17]
J. Quicherat, op. cit., t. 5, p. 395.
- [18]
C. M. Briquet, op. cit., t. 1, n ° 3617 à 3620.
- [19]
Voir supra, p. 43.
- [20]
Voir supra, p. 41, n. 2.
- [21]
Le roi d'Angleterre avait fait demander pour Cauchon le siège de Rouen. Une note du 15 décembre 1429 a été conservée :
Item concordatum est quod fiant litterae, sub privato sigillo, directae domino summo pontifico, pro translatione domini Petri Cauchon, episcopi Belvacensis, ad ecclesiam Metropolitanam Rothomagensem, cui nuper praeerat dominus cardinalis tituli sancti Laurentii in Lucina, nunc de eadem ecclesia Rothomagensis ad ecclesiam Bisutinensem, per sedem apostolicam translatus. — (Cf. T. Rymer, Foedera, conventiones, litterae et cuiusque generis acta publica..., t. 4, 4e partie, p. 152, 3e édition, La Haye, 1740.
H. Debout, Jeanne d'Arc et les archives anglaises, p. 22, Paris 1894.
- [22]
Archives Vaticanes, Reg. lat. Eugenii IV, 1431, n° 306 fos 120-122 r°. Le 23 janvier 1432, Gérard Machet, confesseur de Charles VII, avait été désigné comme évêque de Castres ; cf. id., fos 122 r°-123 v°.
- [23]
B. Gams, Series episcoporum, p. 566, Ratisbonne 1873. En signant un document daté du 14 juillet 1432, Pierre Cauchon conservait encore son titre d’évêque de Beauvais ; cf. J. Stevenson, Letters and papers illustrative of the wars of the English in France, Henri VI, dans Rerum Britan. Medii Aevi Scriptores, vol. 2, 1ère partie, p. 214, Londres 1864.
- [24]
Y. Metman, Sigillographie, p. 429, dans L’Histoire et ses méthodes, Paris 1961.
- [25]
Voir infra, p. 60, n. 3.
- [26]
Vallet de Viriville, op. cit., p. IX.
- [27]
J. Quicherat, op. cit., t. 5, p. 387. Quicherat écourtait encore plus le temps entre la mise en forme et la mort de Jeanne dans une autre note :
[Thomas de Courcelles] rédigea […] l’instrument […]
- [28]
Th. Sickel, Jeanne d’Arc, dans Historische Zeitschrift, t. 4, p. 274, Munich 1860.
- [29]
E. O’Reilly, Traduction des deux procès de condamnation, des enquêtes et de la sentence de réhabilitation, t. 1, p. 411-412, Paris 1868.
- [30]
Charturlarium Universitatis Parisiensis, t. 4, p. 518, n° 2379. Mieux connus et plus fréquemment cité est leur article intitulé Le procès de Jeanne d’Arc et l’Université de Paris, dans Les Mémoires de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Île-de-France, t. 24, p. 1 à 32. Paris 1897. Sa publication était destinée suivant leurs propres termes à
esquisser à grands traits les raisons qui pouvaient, à leur avis, exciter l’Université de Paris contre la Pucelle. — (Cf. op. cit., p. 1.)
- [31]
Op. cit., p. 16.
- [32]
Jean de Fano est cité dans le procès à la séance du 27 janvier avec le titre de maître ; cf. P. Tisset et Y. Lanhers, Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, t. I, p. 68. Il n’était que bachelier en théologie et deviendra maître en septembre 1433 ; cf. H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 15 et p. 25. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 371, n° 181.
- [33]
Nicolas Lami était présent le 3 mars ; cf. P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 90. Il n'était pas encore maître comme l'indique l'instrument latin, mais licencié en théologie ; cf. H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 15. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 378-379, n° 227.
- [34]
Guillaume Evrard, présent à Rouen le 3 mars 1431, est qualifié de maître ; cf. P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 90. Il n'obtiendra ce titre qu'en 1437 ; cf. H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 26, n° 77.
- [35]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 54. Il ne deviendra bachelier qu'en octobre 1431 ; cf. H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 25, n° 74. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 332, n° 22.
- [36]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., passim.
- [37]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 15.
- [38]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 365-366.
C'est un des suppôts de l'Université de Paris dont la carrière est le mieux connue. — (Cf. H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 15, n° 3.)
- [39]
P. Tisset en Y. Lanhers, op. cit., p. 361-367.
- [40]
Du Boulay, Historia Universitatis Parisiensis, t. 5, p. 402, Paris 1670.
- [41]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 28, n° 92. Chartularium Universitatis Parisiensis, t. 4, p. 99.
- [42]
Parmi les gradués n’ayant pas étudié à l’Université de Paris, on relève entre autres les personnages suivants :
- Jean le Maistre, dominicain, bachelier en théologie, vicaire de l’inquisiteur de France au diocèse de Rouen dès 1424 ; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 325, n° 2 ; — H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 20, n° 26.
- Nicolas de Vendérès, licencié ès lois ; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 331, n° 19.
- Robert le Barbier, maître ès arts, licencié en l’un et l’autre droit ; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 331, n° 20 ; — H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 21, n° 31.
- Geoffroy du Crotay, licencié en droit civil ; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 352, n° 97 ; — H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 22, n° 44.
- Nicolas Maulin, licencié ès lois ; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 367, n° 160.
- Bureau de Cormeilles, licencié en droit civil. Peut-être est-ce lui l’étudiant de l’Université d’Orléans qui, en 1394, est signalé comme suit :
Burellus de Cormeilles, clericus Rothomagensis, licenciatus in legibus, Franciae regine secretarius
; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 308, n° 162 ; — H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 24-25. - Pierre Cavé, licencié en droit civil ; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 376, n° 210.
- Jean Eude, bachelier en théologie ; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 410, n° 466 ; — H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 28.
- [43]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 28, n° 92. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 410, n° 465. — Chartularium…, t. 4, p. 99.
- [44]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 24, n° 58. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 366, n° 151.
- [45]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 15 et p. 28, n° 95. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 405, n° 436 :
Il est cité comme avocat en cour d’Église à Rouen dès 1424.
- [46]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 15 et p. 27, n° 88.
- [47]
Chartularium…, t. 4, p. 520, 592, 624. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 395, no 363.
- [48]
Chartularium…, t. 4, p. 393. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 395, n° 363.
- [49]
Du Boulay, op. cit., t. 5, p. 394.
- [50]
Frater Guillermus de Valle, ordinis et conventus predicatorum […] deponit quod, dum processus eiusdem Iohanne actu fieret, fuit semel in quadam sessione cum fratre Ysambardo de Petra. — (Cf. P. Doncœur et Y. Lanhers, L’enquête ordonnée par Charles VII en 1450 et le codicille de Guillaume Bouillé, dans les Documents et recherches relatifs à Jeanne la Pucelle, t. 3, p. 47, Paris 1956.)
- [51]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 185.
- [52]
Op. cit., p. 54.
- [53]
Op. cit., p. 68.
- [54]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 15.
- [55]
Op. cit., p. 23-24, n° 57.
- [56]
Il vaut mieux ajouter avec Pierre Champion :
il convient d’être prudent dans ce genre de correction
; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 366, n° 150. - [57]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 15.
- [58]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 297.
- [59]
Les 21, 22 et 24 février, les 1er et 3 mars, les 2 et 19 mai, à deux reprises à cette dernière date, et le 24 mai. Son avis a encore été recueilli, sous forme de cédule non datée, sur les XII articles ; cf. P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., passim.
- [60]
P. Doncœur et Y. Lanhers, La minute française des interrogatoires de Jeanne la Pucelle, p. 248 et 252, Melun, 1952. Il y est dénommé Raoul Silvestre.
- [61]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 21, no 30.
- [62]
Chartularium…, t. 4, p. 444, n° 2257 ; bachelier en théologie ; p. 488, n° 2338 : licencié ; p. 522, n° 15 : maître.
- [63]
Chartularium…, t. 4, p. 98.
- [64]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 324-327. Les manuscrits ne laissent planer aucun doute là-dessus ; cf. ms. A, fos 86 et 87 r° ; ms. B, f° 121 v°-123 r° ; ms. C, f° 158-160 r°.
- [65]
J. Quicherat, op. cit., t. 3, p. 89.
- [66]
Voir infra, n. 5.
- [67]
P. Doncœur et Y. Lanhers, La minute française des interrogatoires de Jeanne la Pucelle, p. 204. Maurice de Quesnoy est aussi signalé dans le manuscrit 518 d’Orléans à la séance du 22 février, manquante dans Urfé ; cf. op. cit., p. 89.
- [68]
Op. cit., p. 232, 248, 252, 268. H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 19, n° 3.
- [69]
Le 18 avril ; cf. P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 328 ; le 2 mai (p. 33) ; le 19 mai (p. 352 et 370) ; le 24 mai (p. 385).
- [70]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 19, n° 13.
- [71]
Chartularium…, t. 4, p. 522. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 345-346, n° 76.
- [72]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 68 et 80.
- [73]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 25, n° 72.
- [74]
Op. cit., p. 30. Champion était moins affirmatif en laissant entendre qu’il
ne paraît pas avoir été docteur en théologie
; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 425, n° 609. D’ailleurs nous souscrirons volontiers à cette autre opinion émise par Champion écrivantqu’il faut admettre que Thomas de Courcelles devait bien connaître ses comparses
; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 366, n° 150. - [75]
Sauf dans la délibération du mois d’avril sur les articles où il figure avec Nicolas Coppequesne et Thomas de Courcelles avec le titre de bachelier en théologie ; cf. P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 297. Ce titre est vraisemblablement erroné et Denifle et Chatelain auraient dû aussi peut-être en faire état.
- [76]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 395.
- [77]
Op. cit., p. 420. Il était chanoine de Reims depuis 1423 ; cf. P. Champion, op. cit., t. 2, p. 425, n° 609.
- [78]
P. Doncœur et Y. Lanhers, La minute française…, p. 248, 252, 286.
- [79]
La présence de l’abbé de Mortemer est signalée à six reprises au cours du procès, mais trois fois seulement
Guillermus
a été ajouté ; cf. P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 352, 371 (Guillermus
est omis le 19 mai dans le ms. A, f° 101 r°), p. 406. Il est cité sans prénom : p. 297, 385 et 400. - [80]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 16.
- [81]
Op. cit., p. 28, n° 1. Archives du Vatican, Reg. lat., Martini V, n° 289, f° 248 v°.
- [82]
H. Denifle et E. Chatelain, op. cit., p. 27, n° 89. — P. Champion, op. cit., t. 2, p. 404, n° 427.
- [83]
Nicolas de Rosières est nommé bachelier en théologie en septembre 1426, à Paris (Chartularium…, p. 456, n° 2280) ; curseur en faculté de théologie le 27 novembre 1426 (Chartularium…, p. 466, n° 2294) ; licencié en faculté de théologie le 31 décembre 1429 (Chartularium…, p. 488, n° 2338) et maître le 20 février 1431 (Chartularium…, p. 488, n° 2338, n. 5). Le 16 septembre 1434, maître régent en théologie (Chartularium…, p. 563, n° 2453) et en septembre 1435, il n’en fait plus partie (Chartularium…, p. 574, n° 2469).
- [84]
Gallia Christiana, t. 4, col. 810 ; t. 11, col. 311.
- [85]
P. Piétresson de Saint Aubin, Le livre des sépultures. Chronique inédite des abbés de Clairvaux, dans la Revue Mabillon, 2e série, n° 33, XIXe année, n° 73, p. 319, Paris 1929.
- [86]
Gallia Christiana, t. 4, col. 810.
- [87]
Gallia Christiana, t. 11, col. 811 : Le seizième abbé de Mortemer est Guillelmus II Thouroude, mort en 1404, le dix-septième Mattheus Pillard, le dix-huitième Guillelmus III d’Autun qui, sur sa pierre tombale, est dit le dix-septième abbé, et ne fut pas enterré à Mortemer, il se rendit à Clairvaux. Le dix-neuvième abbé est Guillelmus IV Thouroude et ce nom se retrouve sur sa tombe. Comme il est arrivé à Mortemer en 1438, la lacune de dix ans ne peut être comblée que par la présence à Mortemer de Nicolas de Rosières. Le nécrologe de l’abbaye de Mortemer (B.N. latin 4863) est incomplet pour les années 1294 à 1472.
- [88]
Quicherat, op. cit., t. 3, p. 135.
- [89]
P. H. Dunand, Avant-Propos, dans E. Richer, Histoire de la Pucelle d’Orléans, t. 2, p. 157. Paris avait accueilli avec joie en 1418 Jean sans Peur, le sauveur de la tyrannie armagnaque. Les Bourguignons durent céder le pas devant les Anglais que les Parisiens virent partir sans regret ; cf. G. Fourquin, Les campagnes de la région parisienne à la fin du moyen âge, p. 306, Paris 1964. Le 12 octobre 1437, Charles VII entre à Paris ; cf. Monstrelet (édition Buchon), t. 2, p. 301-307. — G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. 3, p. 51, Paris 1885. En mai 1436, Charles VII écrit de Bourges qu’il a reçu la supplication de l’Université de Paris offrant au roi sa soumission ; cf. R. A. Meunier, Les rapports entre Charles VII et Jeanne d’Arc de 1429 à 1461. Contribution à l’étude de la construction de la France au XVe siècle, p. 220, Poitiers 1946.
- [90]
P. H. Dunand, op. cit., p. 157-158.
- [91]
P. Champion, op. cit., t. 1, p. XXII.
- [92]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 24. Mais, d’après la quittance des sommes payées aux suppôts de l’Université de Paris, mandés à Rouen pour l’y représenter, Courcelles n’a été rémunéré que pour le temps écoulé du 18 février au 10 juin, jour de son retour à Paris :
Et ledit Thomas de Courcelles, depuis ledit XVIIIe jour de février jusques au Xe jour de juing ensievant l’un et l’autre inclus, compris en ce son retour, ou quel temps a cent treze jours qui, a l’estimacion dessusdite, montent cent treze livres tournois, sur quoy il a reçu dudit recepveur en quatre parties LXXVI l. tournois ; ainsi reste a lui paier XXXVII l. tournois.
Cet acte est daté du 12 juin 1431 (J. Quicherat, op. cit., t. 5, p. 209). Est-ce une erreur ? Faut-il lire XIII février au lieu de XVIII ? Nous ne le pensons pas car deux autres universitaires, Midi et Morice, faisant partie des conseillers de l’évêque le 13 février, ont aussi été payés seulement à partir du 18 février (J. Quicherat, op. cit., p. 208). Dans une autre quittance datée du 9 avril, il est encore rappelé que Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Pierre Morice, Gérard Feuillet, docteurs, et Thomas de Courcelles, bachelier formé en théologie, ont reçu la somme de 120 livres tournois en raison des 20 sous tournois dus à chacun d’eux :
Pour chascun jour qu’ils affirmeront avoir vacqué ou proces ecclesiastique commencé contre cette femme qui se fait appeler Jehanne la Pucelle, a compter du XVIIIe jour de fevrier derrenier passé, inclus jusques a leur retour a Paris. — (J. Quicherat, op. cit., t. 5, p. 208-209.)
Jean Beaupère qui semble être l’unique interrogateur aux sessions des 13, 19, 20, 21 et 22 février, a reçu, d’après la quittance du versement, son payement depuis la date du 23 février (Op. cit., t. 5, p. 203-205 et p. 208-209). Ainsi, sur la date de la participation de Courcelles et des autres universitaires au procès, la quittance contredit ce que nous savons par l’instrument latin, à moins, et c’est plus vraisemblable, qu’un premier versement dont la trace s’est perdue ait été alloué pour la période du 13 au 17 février.
- [93]
Chartularium…, t. 4, p. 530, n° 2396.
- [94]
N. Valois, La crise religieuse du XVe siècle : le pape et le Concile (1418-1450), t. 1, p. 129, Paris 1909.
- [95]
Monumenta conciliorum generalium saeculi decimi quinti, ediderunt Caesarae Academiae Scientiarum socii delegati. Concilium Basileense, t. 4, vol. 2, 1, 8, ch. 4, p. 675, Vienne 1857.
- [96]
Chartularium…, t. 4, p. 564, n° 2457. Maîtrise et doctorat sont ici synonymes ; cf. J. P. Massaut, Josse Clichtove, l’humanisme et la réforme du clergé, p. 295-296, Liège, Paris 1968.
- [97]
Chartularium…, t. 4, p. 566, n° 2460. — G. de Beaucourt, op. cit.
- [98]
G. de Beaucourt, op. cit., t. 2, p. 538. Chartularium…, t. 4, p. 571, n° 2463. A de la Taverne, Journal de la Paix d’Arras, publié par A. Bossuat, p. 63 et 67, Arras 1936 :
[Thomas de Courcelles] en son propoz allegua les preeminences du royalme de Franche.
- [99]
Chartularium…, t. 4, p. 571, n° 2463.
- [100]
Op. cit., t. 4, p. 574, n° 2469.
- [101]
Monumenta conciliorum…, t. 4, vol. 2, 1, 10, ch. 2, p. 861.
- [102]
G. Delaruelle, E. R. Labande, P. Ourliac, L’Église au temps du Grand Schisme et de la crise conciliaire, dans A. Fliche et V. Martin, Histoire de l’Église, t. 14, vol. 1, p. 354, Paris 1962.
- [103]
Op. cit.
- [104]
Monumenta conciliorum…, t. 4, vol. 3, 1, 3, ch. 45, p. 163 ; vol. 3, 1, ch. 2, p. 173.
- [105]
Monumenta conciliorum…, t. 4, vol. 3, 1, 14, ch. 19, p. 235 ; ch. 21, p. 238 ; vol. 3, 1, 13, ch. 26, p. 249.
- [106]
Op. cit., t. 4, vol. 3, ch. 30, p. 257 : juillet 1439.
- [107]
Op. cit., t. 4, vol. 3, 1, 15, ch. 3, p. 406.
- [108]
Op. cit., t. 4, vol. 3, 1, 16, ch. 23, p. 508.
- [109]
E. Delaruelle, E. R. Labande, P. Ourliac, op. cit., p. 282.
- [110]
Et parce que Nicolas de Rosières n’est plus jamais cité dans le Cartulaire à partir de ce moment.
- [111]
Il existe une édition de ces ouvrages, mais elle est incomplète et recèle une abondante série de mauvaises leçons ; cf. P. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations en faveur de Jeanne d’Arc, par les juges du procès de réhabilitation, Paris 1889.
- [112]
B. N., ms. lat. 5970. — B. N. ms. lat. 17013. — British Museum, ms. Stowe 84. Apparemment les exemplaires authentiques du procès de réhabilitation devaient être au nombre de six.
Robert Demolins, receveur général des finances sur et deça les rivières de Seyne et Yonne [a effectué, en septembre 1458, un payement de 300 livres aux notaires le Comte et Ferreboucq] pour ledit procès notablement escrire et multiplier en 6 livres ou volumes, desquels les deux seront pour le roy et les autres 4 pour les quatre juges. — (Cf. J. Belon et F. Balme, Jean Bréhal grand inquisiteur de France et la réhabilitation de Jeanne d’Arc, p. 163, n. 5, Paris 1893.)
P. Doncœur et Y. Lanhers, La rédaction épiscopale du procès de 1455-1456, dans Documents et recherches relatifs à Jeanne la Pucelle, t. 5, p. 24, Paris 1961. — B. N. ms. fr. 32511, f° 198. Il reste à savoir si les notaires remplirent jusqu’au bout les termes de leur contrat. Ils se plaignaient à ce point de la longueur des pièces à reproduire qu’ils se proposaient de ne pas les insérer toutes dans chacun des registres ; cf. J. Quicherat op. cit., t. 2, p. 76.
- [113]
B. N. ms. lat. 8828. fos 24 v°-96 v°.
- [114]
J. Quicherat, op. cit., t. 5, p. 434-435.
- [115]
P. Doncœur et Y. Lanhers, La rédaction épiscopale de 1455-1456, p. 32.
- [116]
La thèse de Doncœur repose sur de solides présomptions dont les moindres ne sont pas la transcription, dans le manuscrit d’Urfé, de l’instrument latin du procès de condamnation, d’après une copie authentique perdue, rédigée sous la responsabilité du greffier Manchon, et de la minute française, écrite de la main du même Manchon (op. cit., p. 30). Il est probable que la rédaction d’Urfé et les copies authentiques proviennent de la même officine, et l’une d’entre elles, le manuscrit latin 5970, contient plusieurs feuillets qui paraissent copiés de la main du scribe de la rédaction d’Urfé (op. cit. p. 26).
- [117]
Op. cit., p. 30 :
Dire, par ailleurs, que cette rédaction épiscopale, certainement primitive,
une fois faite ne reçut pas de caractère authentique
(Quicherat), est gratuit, puisque le registre original étant perdu, et la copie conservée dans Urfé étant mutilée de ses derniers cahiers ou folios, où auraient figuré la mention des attestations des notaires, leurs signatures et les sceaux des juges, rien ne prouve que cette expédition n’ait pas été authentiquée. - [118]
P. Doncœur et Y. Lanhers, L’enquête du cardinal d’Estouteville en 1452, dans Documents et recherches…, t. 4, p. 75, Paris 1958.
- [119]
J. Quicherat, op. cit., t. 2, p. 222.
- [120]
Op. cit., p. 200 : le 20 décembre 1455.
- [121]
Op. cit., t. 3, p. 135 : 17 décembre 1455 et 12 mai 1456.
- [122]
Op. cit., p. 195-196 : 11 mai 1456.
- [123]
Op. cit., p. 142 : 17 décembre 1455 et 12 mai 1456.
- [124]
Du Boulay, op. cit., t. 5, p. 421-422 :
Eadem die 7 octob. (1432) episcopus Belvacensis Con- servator Privilegiorum Apostolicorum, petiit sibi licere munus istud abdicare, translato nempe ad lexoviensem Ecclesiam.
- [125]
Archives Vaticanes, Reg. lat., Eugenii IV, fos 120 r°-122 r°.
- [126]
A. Sarrazin, P. Cauchon juge de Jeanne d’Arc, p. 175, Rouen 1904-1905. Juvénal des Ursins, le successeur de Cauchon à Beauvais reçut aussi une bulle de transfert, datée du 29 janvier 1432 ; cf. Eubel, Hierarchia catholica, t. 2, col. 116. — Gallia Christiana, t. 9, col. 758. Mais on ignore la date exacte à laquelle Juvénal des Ursins arriva à Beauvais, vraisemblablement dans le courant de l’année 1433 ; cf. P. L. Pechenard, Jean Juvénal des Ursins, p. 52, Paris 1876, cité d’après N. Valois, Histoire de la Pragmatique Sanction de Bourges sous Charles VII, p. LVIII, n. 4, Paris 1906. A. Demarsy, Armorial des évêques de Beauvais, p. 15, Arras 1865.
- [127]
J. Quicherat, op. cit., t. 5, p. 194-195.
- [128]
R. A. Newhall, Payment to Pierre Cauchon for presiding at the trial of Jeanne d’Arc, dans Speculum, vol. IX, p. 90-91, Cambridge, Massachusetts, 1934.
- [129]
Op. cit., 90-91.
- [130]
J. Quicherat, op. cit., t. 4, p. 458 : D’après le greffier du Parlement, Clément de Fauquembergue.
- [131]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 8-9.
- [132]
J. Stevenson, op. cit., vol. 2, part 1, p. 156-164 : 4 novembre 1430, lettre de Philippe le Bon, se plaignant du non payement de ses troupes, adressée au roi Henri VI. — Op. cit., p. 16 4-181. — P. Champion, Guillaume de Flavy, p. 52, n. 7, Paris 1906 : Récit du siège de Compiègne par un Bourguignon ; B. N. ms. fr. 23018 (chronique anonyme). — Journal d’un bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 256.
- [133]
En mars 1430, Philippe le Bon reçoit de Henri VI vingt-cinq mille nobles pour payer 1500 hommes ; cf. Rymer, op. cit., t. 4, 4e part., p. 158.
- [134]
J. Stevenson, op. cit., vol. 2, part 2, p. 156. — P. Champion, Guillaume de Flavy, p. 52, n. 7.
- [135]
En 1430, il (Charles VII) les (Liégeois) avait, au moins indirectement poussés à faire la guerre au Namurois, c’est-à-dire au duc de Bourgogne. — (Cf. G. Kurth, La cité de Liège au moyen âge, t. 3, p. 131, Bruxelles, Liège 1910.)
Le 25 juillet 1430, Philippe le Bon se lamentait encore des
grans et excessives charges que lors avions a supporter pour le fait du siege que tenions devant Compiengne et de la guerre que nous faisoient les Liegeois en notre conte de Namur et aussi que nous faisoient de diverses pars les adversaires de Monseigneur le roy et les miens. — (Cf. P. Champion, Guillaume de Flavy, p. 172.)
- [136]
Et le XIIe jours de juing se party le seigneur de Croy a tout VIc hommes pour aller au païs de Namur qui appartenait au duc de Bourgongne par la mort du comte darrain trespassé pour ce que les Liégoiz, qui long temps avoient eu le cuer enflé des choses passées et que plusieurs foi s’estoient vollu rebeller et mettre sus contre ceulx qui tenoient le party de Bourgongne. — (Cf. P. Champion, Guillaume de Flavy, p. 164.)
Au mois d’août 1430, le duc de Bourgogne quitte le siège et confie son armée à Jean de Luxembourg, dès qu’il apprend la mort de Philippe de Brabant, son cousin germain, de la succession duquel il doit s’occuper ; cf. P. Champion, Guillaume de Flavy, p. 52-53. Jean de Luxembourg ne réussit jamais à investir Compiègne et dut lever le siège.
- [137]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 5 et 7.
- [138]
P. Champion, Guillaume de Flavy, p. 163.
- [139]
P. Tisset, Capture et rançon de Jeanne d’Arc, dans Revue historique de droit français et étranger, quatrième série, t. 46, p. 63, Paris 1968.
- [140]
Op. cit., p. 63, n. 1.
- [141]
Pro Henrico Cardinali. Decimo tertio maii anno octavo apud Westmonasterium, concordatum et concessum fuit quod fiat warantum Thesaurario et Camerariis, de resolvendo Domino H. Cardinali Angliae. Qui nuper in ambassiata Regis, cum Domino Duce Burgondiae existens, induxit, consanguineum Regis, Dominum Johannem Lucemburgh de essendo de retinentia Regis et faciendo Regi servitium guerrae in regno suo Franciae. Ob quam causam proesto solvit in manibus dicti Johannis Lucemburgh D. Li. Dictam summam D. Li. secundum quod in praesentia Dominorum de Concilio cum Rege modo transfretantium, coeterorum hic expectantium, concordatum et concessum fuit ibidem. — (Cf. Rymer, op. cit., t. 4, quatrième partie, p. 161.)
H. Debout, Jeanne d’Arc et les archives anglaises, p. 20, Paris 1894. Le 2 décembre 1430, il fut encore décidé que Henri VI payerait 500 livres à Jean de Luxembourg :
Tractato per Dominum Cardinalem, de essendo de retinentia Regis, ad faciendum eidem Domino Regi servitium guerrae in Regno suo Franciae. — (Cf. Rymer, op. cit., t. 4, p. 169.)
H Debout, op. cit., p. 21. Au grand conseil du roi, tenu à Rouen le 28 mars 1431, Henri VI a appointé Jean de Luxembourg pour les mois de juillet et août prochains ; cf. J. Stevenson, op. cit., vol. 2, part 2, p. 190. Le 15 juin 1435, Jean de Luxembourg reçut encore du roi Henri VI 166 l. 13 s. 4 d. ; cf. Rymer, op. cit., t. 5, p. 17, 3e éd., La Haye 1746.
- [142]
Ch. de Beaurepaire, De l’administration de la Normandie, p. 27, Caen 1859. — Le comte Jean de Luxembourg n’est pas autre chose qu’un
retainer
, c’est-à-dire une personne engagée sous contrat au service d’un seigneur, le roi en l’occurrence. Ceci est un nouvel exemple de ce qu’on a appelé, à tort,féodalité prolongée
. Ce système a été très en vogue aux XIVe et XVe siècles pour s’assurer les services de stipendiaires. Lecontract of retinue
a été en usage tant auprès des Anglais que des Français qui mirent en honneur ce moyen afin d’attirer leurs alliés et se les rendre plus fidèlement attachés ; cf. K. B. McFarlane, Bastard feudalism, dans Bulletin of the Institute of historical research, t. 20, p. 161-180, Londres 1943-1945 ; — P. S. Lewis, Decayed and non-feudalism in later medieval France, dans Bulletin of the Institute of historical research, t. 37, p. 157-184, Londres 1964. B. Guenée, Y-a-t-il un État des XIVe et XVe siècles ?, dans Annales, économies, sociétés, civilisations, 26e année, n° 2, p. 400-401, Paris 1971. - [143]
P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 9-10.
- [144]
C’est ce que laisse entendre la lettre du roi d’Angleterre à Cauchon, le 3 janvier 1431 :
Toutesvoies, c’est nostre entencion de ravoir et reprendre pardevers nous icelle Jehanne, se ainsi estoit qu’elle ne fust convaincue ou actainte des cas dessusdiz ou d’aucun d’eulx ou d’autres touchans ou regardans nostre dicte foy. — (Cf. P. Tisset et Y. Lanhers, op. cit., p. 15.)
- [145]
R. A. Newhall, op. cit., p. 89. Pierre Surreau serait mort le 29 juin 1435 ; cf. J. Félix, Inventaire de Pierre Surreau, p. VIII, Rouen et Paris 1892.
- [146]
R. A. Newhall, op. cit., p. 90.
- [147]
Ce travail a été présenté au Séminaire d’Histoire moderne du Professeur Léon-E. Halkin, à l’Université de Liège.
Présentation
Les interrogatoires du procès de Jeanne d'Arc (janvier-mai 1431) furent menés et consignés en français dans un premier registre (minute française), qui servit de base au registre authentique latin rédigé par Thomas de Courcelles et Guillaume Manchon. En 1897, Denifle et Chatelain datèrent cette rédaction latine de 1435 au plus tôt, s'appuyant sur des erreurs de noms et grades d'assesseurs.
Cette thèse, communément acceptée depuis lors, est aujourd'hui réfutée par l'historien Jean Fraikin, conservateur du Musée de la Vie wallonne (Liège), qui avance trois arguments majeurs :
- l'examen critique ne révèle qu'une seule erreur significative sur les seize alléguées ;
- Cauchon a dû apposer son sceau d'évêque de Beauvais avant le 8 août 1432 (date de sa translation à Lisieux) ;
- des documents comptables établissent que l'implication de Cauchon dans le procès s'acheva le 30 novembre 1431, soit cinq mois après la mort de Jeanne — date probable d'achèvement de la rédaction latine.
Sources
Publié dans Quaerendo (Pays-Bas), vol. 23, n° 1, janvier 1973, p. 39–66, Brill.
Quaerendo est une revue scientifique trimestrielle à comité de lecture, consacrée à l'histoire des manuscrits et des livres imprimés, publiée par Brill Publishers.