Joan of Arc: The Early Debate (2000)
- Deborah A. Fraioli (1942–)
Présentation
En abordant Jeanne d’Arc par le biais de la littérature du temps — notamment le Ditié de Christine de Pizan et le Champion des dames de Martin Le Franc —, Deborah Fraioli s’est aperçue que ces œuvres ne pouvaient se comprendre qu’à la lumière de ce qu’elle appelle le débat initial sur Jeanne d’Arc. Ce débat s’imposa à tous avec l’irruption de Jeanne à la cour de France et son affirmation qu’elle était envoyée de Dieu
: une affirmation qui posait une question redoutable, surtout dans le camp français, puisque de la réponse découlaient les choix militaires et politiques immédiats — fallait-il lui faire confiance, et lui confier une armée pour libérer Orléans conduire Charles VII au sacre de Reims ?
Or, Fraioli montre que ce débat fut avant tout théologique (invalidant au passage l’idée, souvent avancée, d’une opération politique simplement revêtue d’un vernis ecclésiastique). Il relevait de ce que les théologiens appelaient le discernement des esprits (discretio spirituum) : une procédure ecclésiastique lente et rigoureusement codifiée, affinée au fil des siècles pour distinguer les vrais prophètes des faux. L’apport majeur de l’auteur est de révéler que plusieurs documents, jusqu’alors étudiés isolément, forment en réalité un ensemble cohérent et interconnecté. Ils attestent qu’une procédure de discernement fut effectivement appliquée à Jeanne, aboutissant à l’avis favorable de la commission de Poitiers, puis à la constitution d’un véritable dossier officiel de propagande.
L’ouvrage suit le déroulé du débat, consacrant un chapitre à chacun des documents qui le constituent. Deux phases s’en dégagent :
- Première phase : les pièces mêmes de la procédure
Premiers examens et consultations :
- la correspondance de Gélu,
- le De quadam puella.
Après l’approbation à Poitiers, trois documents officiels :
- les Conclusions de Poitiers,
- la Lettre aux Anglais,
- les prophéties annonçant Jeanne et le poème Virgo puellares.
Après Orléans et le sacre, l’affirmation du miracle :
- la Dissertatio de Gélu,
- le Ditié de Christine de Pizan.
- Seconde phase : commentaires et réactions
- le De mirabili victoria,
- le Collectarium historiarum,
- la Réponse d’un clerc parisien,
- le passage sur Jeanne dans le Champion des dames de Martin Le Franc.
En appendice, l’auteur offre la traduction anglaise de cinq documents : le De quadam puella, les Conclusions de Poitiers, la Lettre aux Anglais, le De mirabili victoria et le passage du Champion des dames consacré à Jeanne. Au fil du texte, Fraioli bouscule également plusieurs points du consensus historiographique. C’est notamment le cas pour le De mirabili victoria, la plus influente pièce du débat, portant la date du 14 mai 1429 et attribué à Jean Gerson : elle en repousse la rédaction à la fin de l’année 1429, voire au début de 1430, et en conteste la paternité, attribuant plus volontiers à Gerson le De quadam puella, jusqu’alors mis au compte d’Henri de Gorkum.
L’énigme Jeanne d’Arc — dont l’enjeu ne s’est éteint ni avec sa mort ni avec la fin de la guerre de Cent Ans — est finalement celle-ci : que faire de son affirmation qu’elle est envoyée de Dieu
?
Éditions
2000 (janvier) : The Boydell Press (Hardcover [relié] 248 p. / 248 x 165 mm.)
ISBN 978-0-85115-572-2
2002 (avril) : The Boydell Press (Paperback [broché] 248 p. / 234 x 156 mm.)
Joan of Arc | The Early Debate | Deborah A. Fraioli | The Boydell Press / First published 2000, The Boydell Press, Woodbridge, Reprinted in paperback 2000
ISBN 978-0-85115-880-8
