D. Fraioli  : Joan of Arc: The Early Debate (2000)

Table des matière

Table

  • Table of Contents (English)
  • Table des matières détaillée (Français)

    Des intertitres ont été ajoutés pour rendre visible la structure de chaque chapitre et faciliter la navigation — cette table des matières détaillée pouvant ainsi tenir lieu de résumé de l’ouvrage.

Joan of Arc
The Early Debate

  1. Chinon and the Gelu Correspondence
  2. De quadam puella
  3. The Poitiers Conclusions
  4. Prophecy
  5. Lettre aux Anglais
  6. The Dissertatio of Jacques Gelu
  7. Christine de Pizan’s Ditié de Jehanne d’Arc
  8. De mirabili victoria
  9. Collectarium historiarum
  10. Reply of a Parisian Cleric
  11. Martin Le Franc’s Le champion des dames

Jeanne d’Arc
Le débat initial

Sommaire de la table détaillée :

  1. Chinon et la Correspondance de Gélu
  2. De quadam puella (DQP)
  3. Les Conclusions de Poitiers
  4. Prophétie
  5. La Lettre aux Anglais
  6. La Dissertatio de Jacques Gélu
  7. Le Ditié de Jehanne d’Arc de Christine de Pizan
  8. De mirabili victoria (DMV)
  9. Le Collectarium historiarum de Jean Dupuy
  10. La Réponse d’un clerc parisien
  11. Le Champion des dames de Martin Le Franc

Table détaillée

  1. Chinon et la Correspondance de Gélu
    1. L’arrivée de Jeanne à la Cour : prétention prophétique et déclenchement du discernement
      1. Une mission divine attestée par des signes (reconnaissance du roi et révélation du secret)
      2. Du ridicule à l’enquête (étapes classiques du prophète) ; le secret comme signe décisif ouvrant l’examen théologique
    2. Un premier examen à Chinon
      1. Examen véritablement théologique : mise en œuvre des principes du discernement (contre l’hypothèse d’une simple validation politique de Roger Little)
      2. Portrait des examinateurs : exilés politiques mais théologiens chevronnés et intègres, proches de Gerson (Gérard Machet, Pierre de Versailles, Morin)
      3. Une approbation prudente, préparant le recours à des avis extérieurs non partisans
    3. Des consultations extérieures
      1. Gélu et De quadam puella (DQP, traité au chapitre suivant)
      2. Les lettres de Jacques Gélu : premier jugement conservé sur Jeanne
  2. De quadam puella (DQP)
    1. Un traité anonyme du discernement appliqué au cas de Jeanne
      1. Flou sur l’auteur, la date, le destinataire et le contexte (en III, arguments en faveur d’un traité pré-Poitiers, attribué à Gerson plutôt qu’à Henri de Gorkum)
      2. Hypothèse d’un traité destiné aux théologiens appelés à discerner le cas de Jeanne
    2. Structure et contenu
      1. Présentation du cas
      2. Questions à examiner
      3. Douze propositions pour guider les examinateurs
        • Six en faveur de Jeanne : son humanité véritable, la possibilité théologique du prophétisme féminin (1 Co 1,27), ses qualités morales, son désintéressement et sa recherche de la paix
        • Six contre : la possibilité de faux prophètes, pouvant contrefaire les signes ; une objection majeure : l’habit masculin, contraire à l’Écriture (Dt 22,5)
    3. Justification de l’hypothèse d’un traité pré-Poitiers
      1. Un traité non partisan : outil méthodologique plutôt que prise de position, neutralité conforme à la phase pré-décisionnelle du discernement
      2. Attribution à Gerson plutôt qu’à Henri de Gorkum ? DQP, traité prudent et neutre, paraît à l’auteure plus conforme au style de Gerson que DMV (chapitre 8), plus engagé et qui lui est pourtant attribué
      3. Datation avant Poitiers ? DQP fait certes mention de succès militaires mais son silence sur Orléans et le ton neutre accrédite l’hypothèse d’une rédaction pré-Poitiers
  3. Les Conclusions de Poitiers
    1. L’examen de Poitiers : moment décisif du discernement
      1. Après les consultations préliminaires, l’heure de trancher
      2. Un examen véritablement théologique : contre la thèse de la conspiration politique (Roger Little, Anatole France)
      3. Portrait des examinateurs : élite théologique du parti français
      4. Une décision ecclésiastique préalable à l’approbation militaire
    2. Analyse des Conclusions de Poitiers
      1. Les deux critères du discernement appliqués à Jeanne
        • Examen de la vie : mœurs et intention ; la nécessité au sens théologique ; difficulté persistante de l’habit masculin (l’accusation ne naît pas à Rouen)
        • Exigence d’un signe : Jeanne annonce que le signe sera la libération d’Orléans : dilemme des examinateurs
      2. Une approbation prudente et conditionnelle (à l’issue à Orléans)
    3. Conclusion : une procédure de discernement théologiquement orthodoxe, conforme aux traités de Gerson (quoique exceptionnelle)
  4. Prophétie
    1. Après la légitimation par les clercs (Poitiers) : la légitimation par les prophéties
    2. Trois grandes traditions prophétiques associées à Jeanne par la rumeur populaire
      1. La vierge rédemptrice : la France perdue par une femme (Isabeau de Bavière), sauvée par une vierge (Jeanne)
      2. Le Second Charlemagne : légitimité dynastique (Charles fils de Charles) et destin glorieux de la France
      3. La prophétie de sainte Brigitte : désolation de la France due au péché et réforme morale (version expurgée de son parti pris anglais)
    3. Recherche active de prophéties anciennes prouvant que Jeanne avait été prophétisée : Bède, Merlin et la Sibylle
      1. Témoignage de Christine de Pizan
      2. Relecture des prophéties de Bède et Merlin
    4. Virgo puellares : fabrication d’une prophétie nouvelle au service de la cause française
      1. Genèse : les prophéties anciennes jugées trop vagues, composition d’un nouveau poème prophétique à partir de Merlin (Descendet virgo)
      2. Contenu et fonction : légitimer l’habit masculin et l’autorité militaire de Jeanne ; diffusion et postérité
      3. La réponse anglaise : rejet polémique du prophétisme johannique
  5. La Lettre aux Anglais
    1. Fruit de l’approbation de Poitiers : un manifeste théologique autant que militaire
    2. Analyse interne de la Lettre
      1. Contenu doctrinal : quatorze points essentiels
      2. Différence avec une convocation militaire de l’époque : quatre points remarquables
      3. Unité du texte : réfutation de la théorie d’une Lettre reconstituée à partir de quatre lettres séparées
    3. Lectures de la Lettre : une réponse aux enjeux de la mission
      1. La Pucelle comme identité militaire : réponse préventive à l’accusation de prostituée
      2. Expression publique du secret révélé au roi (Charles vray héritier)
      3. Réponse au traité de Troyes : contestation des titres anglais et affirmation de la souveraineté nationale
      4. Distinction d’avec les autres prophétesses (sainte Brigitte, Marie d’Avignon) : Jeanne ne se contente pas d’annoncer la volonté divine, elle l’exécute
    4. Réponses anglaises à la Lettre
      1. Réactions des soldats (d’après les chroniqueurs) : crainte et dérision
      2. La lettre de Bedford à Charles VII (7 août 1429) : peut-être en réponse à la Lettre de Jeanne
      3. Au procès de condamnation : exploitation partielle et déformation des arguments théologiques
      4. La lettre d’Henri VI au duc de Bourgogne (1431) : contre-récit final — Jeanne non pas envoyée de Dieu mais hérétique
  6. La Dissertatio de Jacques Gélu
    1. Une conversion spectaculaire : de la méfiance à l’adhésion
      1. Contexte de rédaction : après Orléans, avant Reims ; à l’intention du roi
      2. Réaffirmation et dépassement des Conclusions de Poitiers : de la permission à l’obligation de suivre Jeanne
      3. La lettre dédicatoire : confirmation du destinataire, témoignage d’un culte populaire naissant
    2. Analyse de la Dissertatio
      1. Introduction : justification théologique de la conversion de Gélu
      2. Réfutation de cinq objections théologiques (quaestiunculas)
        1. Dieu intervient-il dans l’histoire d’un peuple ? : justification par la Bible (Tobit) et les mystères divins
        2. Pourquoi une jeune fille plutôt qu’un ange ? : le choix d’une paysanne pour humilier l’orgueil anglais
        3. L’habit masculin (Dt 22,5) : justification par l’esprit de la loi plutôt que la lettre (Thomas d’Aquin, Gerson)
        4. Jeanne est-elle inspirée de Dieu ? : Dieu seul sait, mais on peut le présumer (discernement) — le temps écoulé comme confirmation
        5. Providence vs prudence humaine : certes Dieu agit, mais l’homme doit travailler avec lui, sans tenter sa providence
      3. Conclusion : exhortation à Charles VII — obéir à la Pucelle
  7. Le Ditié de Jehanne d’Arc de Christine de Pizan
    1. Introduction : une nouvelle pièce dans un débat johannique en cours — mise en poésie de la mission divine de Jeanne et propagande sacrée qui en découle
      1. Écrit à un stade avancé du débat (31 juillet 1429), en territoire ennemi (anglo-bourguignon)
      2. Double objet au-delà de la célébration de Jeanne
      3. Des arguments théologiques puisés dans le débat johannique (Dissertatio de Gélu, Conclusions de Poitiers, Lettre aux Anglais et prophéties) ; Christine bien informée malgré son isolement à Poissy
      4. Structure rhétorique des soixante et une stances
    2. Analyse du Ditié
      1. Stances 1-12 : Christine témoin de l’intervention divine
      2. Stances 13-20 : Charles face à son élection divine
      3. Stances 21-36 : Jeanne comme preuve de l’intervention divine (Christine attend la stance 21 pour parler de Jeanne — le silence comme évidence et mécanisme de louange inversé)
      4. Propagande et exhortation (stances 37-61)
        • Aux Français fidèles (stances 37-38) : félicitations, incitation à poursuivre — la guerre juste et la promesse du paradis
        • Aux Anglais (stances 39-45)
        • Aux Français infidèles : Bourguignons (stances 46-52), Parisiens (stances 53-56) et villes rebelles (stance 57) : l’issue est inévitable et Charles, guidé par la Pucelle, offre son pardon
        • Appel général à se soumettre au chef suprême (stance 60) — triple sens de chef : Dieu, Charles, Jeanne — dans un contexte encore incertain (Paris non prise, Bourgogne hésitante) ; datation du poème (stance 61)
    3. Diffusion et succès du Ditié : les trois manuscrits conservés, aux vocations très différentes, témoignent de son rayonnement — et confirment que les documents johanniques circulaient groupés en dossier
      1. Ms. Carpentras 390 (recueil de poésie courtoise) : le Ditié comme œuvre littéraire, au-delà de son contexte johannique
      2. Ms. Berne 205 (recueil pro-français, contexte de la soumission de Sens) : le Ditié comme outil de ralliement à Charles VII
      3. Registre delphinal de Mathieu Thomassin (chronique du Dauphiné, 1456) : le Ditié comme prétexte pour confirmer la mission divine de Jeanne
  8. De mirabili victoria (DMV)
    1. Introduction : DMV, point de départ de la seconde phase du débat johannique
      1. Le traité johannique le plus diffusé au XVe siècle, et le plus influent
      2. Mais aussi le plus problématique : nature, authenticité, paternité incertaines ; surtout, sans lien avec les textes précédents (dossier officiel), il inaugure une nouvelle phase du débat johannique (commentaire et réaction au dossier)
    2. Structure et analyse

      Deux parties distinctes :

      1. Défense de la croyance en Jeanne
        • Section 1 : discussion scolastique sur ce qui est de foi (adhésion obligatoire) et de croyance pieuse (adhésion libre) : aucune mention de Jeanne
        • Section 2
          • Application à Jeanne : la croyance en Jeanne relève de la croyance pieuse ; réfutation de quatre accusations probablement entendues contre Jeanne (sortilèges, superstition, fraude, intérêt personnel)
          • Quatre arguments en faveur de la croyance en Jeanne (adhésion du conseil du roi et des hommes d’armes, enthousiasme du peuple, peur chez les ennemis — via l’utilisation inédite du cantique à Marie, prudence de Jeanne) ; ordre naturel confirmé par des précédents chrétiens (Déborah, sainte Catherine, Judith, Judas Maccabée) ; avertissement : si les miracles venaient à cesser, il ne faudrait pas conclure à leur origine diabolique
          • Quatre enseignements (concernant le roi et les princes, les soldats, les clercs, Jeanne), seul le dernier est détaillé : il faut l’accueillir avec bienveillance ; appel à la contribution de tous (écho avec Virgo puellares ?) ; conclusion : Ceci est l’œuvre de Dieu
      2. Défense de l’habit masculin (trois vérités)
        • Trois arguments en faveur de l’habit masculin (juridiquement : cette loi de l’Ancien Testament n’est plus obligatoire ; moralement : le port de l’habit respecte l’esprit de la loi ; dans le cas précis : l’habit masculin se justifie par l’activité masculine)
        • Affirmation définitive de la mission divine de Jeanne : des signes indubitables prouvent qu’elle a été choisie par Dieu comme son porte-étendard ; argument de sa virginité (comme sainte Cécile) ; conclusion : se taire devant l’œuvre de Dieu ; précédents profanes de Camille et des Amazones ; avertissement : l’ingratitude pourrait faire perdre le soutien de Dieu
    3. Les problèmes du traité
      1. Problèmes révélés par l’analyse interne
        • Titre trompeur : La victoire merveilleuse ne correspond pas au contenu ; le vrai titre est probablement perdu (ligne grattée dans le ms. B.N. 14904)
        • Date problématique : le 14 mai 1429 est impossible (délai irréaliste entre la victoire d’Orléans (8 mai) et la composition du traité) ; la défense de l’habit masculin et l’incertitude suggèrent une composition à l’automne 1429 — ce qui exclut Gerson, mort le 12 juillet
        • DMV ignore les textes du débat johannique : l’auteur ne les a probablement pas reçus — incompatible avec la stature de Gerson
        • Structure incohérente : passages disparates, transitions abruptes, sections contradictoires (Vallet de Viriville parle d’affaiblissement intellectuel)
      2. Problèmes révélés par la comparaison avec les autres textes du débat johannique : ressemblances de surface, différences profondes
      3. Problèmes révélés par la comparaison avec De probatione de Gerson
    4. Diffusion paradoxale de DMV : hors des circuits royaux, mais partout ailleurs
      1. Absence des circuits royaux habituels (Tournai et La Rochelle servent de cas témoins) mais traces partout ailleurs : France, Belgique, Italie, Espagne, Bâle
      2. Quatre témoignages contemporains
      3. Rôle dans le procès de réhabilitation : cité et utilisé par Guillaume Bouillé (1452), inséré au procès (1456) — seul traité non composé spécifiquement pour ce procès
    5. Postérité : le débat devient littéraire, attribution contestée, influence durable
      1. Débat sur l’attribution de DQP et DMV à Gerson
      2. Malgré ses défauts, DMV a triomphé car il défend le point décisif du procès de Rouen : l’habit masculin de Jeanne (Monnoyeur, Pernoud)
  9. Le Collectarium historiarum (Jean Dupuy)
    1. Introduction : le texte et l’auteur
    2. Contexte
      1. Trois manuscrits
      2. Sources de Dupuy
        • DMV comme source probable mais incertaine : similitudes (sortilèges, Amazone) et différences (Penthésilée vs Camilla)
        • Sources principales étrangères à DMV (hypothèses multiples, toutes invérifiables)
          • Hypothèses sur la provenance : actes de Poitiers pour les informations antérieures à Orléans (Dondaine) ; communication officielle reçue à Rome pour les informations postérieures (Dondaine) ; autre dominicain comme intermédiaire (Fraioli)
          • La lettre de Jean Girard (ou document similaire) : ressemblances (désolation de la France, vertus de Jeanne, fréquence des sacrements) et divergences (précédents bibliques/historiques plus développés, âge de Jeanne, absence de Vaucouleurs, Chinon, prophéties) — conclusion : le ton plus retenu du Collectarium par rapport à DMV prouve davantage l’originalité de DMV que la dépendance de Dupuy envers Girard
      3. But du traité : témoigner pour la postérité et prouver que Jeanne est de Dieu ; réfuter les objections (comme DMV) — probablement moins spontané qu’il ne le prétend
    3. Structure et contenu
      1. Contexte historique : désolation de la France puis arrivée de Jeanne, événement nouveau et inouï dont les œuvres semblent plus divines qu’humaines (potius divina quam humana)
      2. Extraits de DMV
      3. Précédents : Déborah, Judith, Esther, Penthésilée — groupées sous le signe des exploits guerriers des femmes (mulierum actus bellicosi) ; rhétorique du dépassement — les exempla prouvent le miracle (Dupuy), non l’ordre naturel (DMV)
      4. Victoire d’Orléans comme miracle : changement de source ; Dupuy efface presque Jeanne au profit de Dieu seul (Ps 88 plutôt que 1 Co 1,27)
      5. Procédure de discernement menée par Dupuy lui-même (théologiquement supérieur à DMV)
        • Examen de Jeanne (la personne) : vertus de Jeanne — liste mêlant vertus féminines et prouesse physique ; son statut de bergère ignorante réfute l’hypothèse d’une ruse
        • Examen du miracle (le signe) : trois étapes pour écarter l’origine diabolique (la nature, l’utilité, la finalité) — esprit inquisitorial de Dupuy, habitué à traiter hérésie et sorcellerie
      6. Évocation du mythe de l’investiture
      7. Conclusion théologique : profession de foi — formulation inhabituelle dans les textes français : partir du négatif (elle n’est pas du diable) pour arriver au positif (a Deo)
  10. La Réponse d’un clerc parisien
    1. Introduction : le texte et son importance
      1. Seul traité théologique anglo-bourguignon avant le procès de Rouen (rédigé par un canoniste parisien, entre septembre 1429 et début 1430)
      2. Réponse directe à DMV et réfutation de la mission divine de Jeanne (rejet de la valeur de l’enquête française)
      3. Préfigure le procès de Rouen dont il contient déjà les principales accusations (Noël Valois)
    2. Contexte
      1. Une seule version connue du traité dans le ms. Vienne lat. 4701 : copié au concile de Bâle en 1435 (le copiste n’est pas l’auteur de la Réponse) ; contient l’un à la suite de l’autre DMV et la Réponse (lien dialectique établi)
      2. Comment les deux documents sont arrivés à Bâle : hypothèses multiples (un universitaire parisien, un juge de Rouen, Jean Dupuy, un copiste qui a réuni les textes) — Martin Le Franc, aussi présent à Bâle, n’a manifestement pas lu la Réponse : deux copies de DMV circulaient peut-être séparément
      3. Pourquoi ils y circulent encore en 1435 : peut-être un outil dialectique contre les hérésies (hussites et vaudoises)
    3. Relation avec DMV
      1. Rédigée peu après, la Réponse réfute directement DMV (tout en s’appuyant aussi sur d’autres sources)
      2. Paternité de DMV : le clerc ne nomme jamais Gerson (réfutation de Valois)
      3. Ton moqueur ; technique de retournement des citations (nuance de l’accusation de Valois qui reproche au clerc de déformer les citations)
      4. Origine de la réaction virulente provoquée par DMV : manichéisme et ton agressif ; colère particulière du clerc contre Jeanne après l’attaque de Paris (8 septembre 1429)
    4. Les sept objections
      1. Absence de preuve de mission divine : jugement français trop hâtif ; le clerc évoque les critères du discernement sans les nommer (canoniste, non théologien) ; pour lui l’alternative à envoyée de Dieu est suspecte d’hérésie (voir conclusion)
      2. Habit masculin, port d’armes et usurpation d’un rôle masculin : oppose le droit canon aux arguments de DMV
      3. Intervention divine dans la guerre : Dieu peut-il intervenir entre deux peuples chrétiens ? ; du point de vue du clerc, Charles VII ne restaure pas son royaume (juste cause) mais en conquiert un (agression)
      4. Non-observation des jours saints : attaque de Paris le 8 septembre 1429, fête de la Nativité de la Vierge (seul point jamais abordé dans les traités favorables)
      5. Prédictions mensongères : miracles promis non accomplis, preuve qu’elle est du diable et non de Dieu (Fraioli note que DMV n’a pas su faire d’Orléans un miracle probant)
      6. Idolâtrie : dénonciation d’un culte populaire déjà établi (statues, portraits, enfants offrant des cierges)
      7. Sorcellerie : Jeanne aurait déposé trois gouttes de cire sur la tête d’enfants
    5. Conclusion : Jeanne est suspecte d’hérésie — appel à l’Inquisition
      1. Réfutation de la thèse centrale de DMV : Jeanne se dit envoyée de Dieu (nulle mention des Voix — s’affirmer ainsi revient à se dire prophète) ; or le clerc réfute, par le droit canon, qu’il puisse être de pieuse croyance de considérer Jeanne prophète
      2. Jeanne n’ayant pas prouvé sa mission (condamnation implicite de la décision de Poitiers), s’affirmer faussement prophète la rend suspecte d’hérésie : appel à l’intervention immédiate de l’Inquisition ; mécanisme enclenché même si elle renonçait
  11. Le Champion des dames de Martin Le Franc
    1. Introduction : le texte et sa place dans le débat johannique
      1. Jeanne d’Arc dans le Champion des dames : un débat théologique niché dans une querelle littéraire
      2. Martin Le Franc : un clerc aux loyautés multiples
        • Une position ambiguë (Normand de naissance, Bourguignon de situation, Français de cœur)
        • Source principale : DMV (Martin écrit sous occupation anglaise, probablement depuis Bâle, ce qui atteste de la diffusion du traité hors de France), aucun accès au dossier officiel ; sources bourguignonnes (Monstrelet ou source commune)
        • Biographie sommaire
          • Origines et formation : naissance en Normandie (1395/1410) ; fuite lors de l’occupation anglaise ; études à Paris (sous influence anglaise) : élève de Thomas de Courcelles (acteur important de la condamnation à Rouen puis du concile de Bâle), formation inachevée (maîtrise ès arts, sans doctorat — d’où les limites théologiques de l’œuvre)
          • Carrière diplomatique : secrétaire du duc Amédée de Savoie (futur antipape Félix V à Bâle, 1439) ; collègue d’Æneas Silvius ; présent au traité d’Arras (1435)
          • Fin de vie : prévôt de Lausanne (1443) ; mort à Rome (1461)
      3. Édition incomplète de Quicherat et découverte tardive de la fin du texte
    2. Structure et analyse du débat sur Jeanne
      1. Introduction : le Champion contre l’Adversaire
      2. Arguments du Champion (fondés sur DMV) : longue lamentation de la France dévastée (commence bien avant le passage) ; soudaine irruption de Jeanne qui la sauve ; affirme sa mission divine ; rhétorique du faible qui confond le fort ; panthéon des femmes illustres (après Déborah, Jaël et Judith), mais comme guerrière
      3. Arguments de l’Adversaire (sources bourguignonnes) : danger des faux prophètes (Thomas Couette) ; théories du complot (Jeanne fausse bergère recrutée et entraînée militairement : première attestation anglo-bourguignonne du complot) ; rien de divin
      4. Réponse du Champion : limitée par les faiblesses de DMV (vitesse du retournement comme preuve du divin, anges intermédiaires plutôt que contact direct avec Dieu — argument dangereux exploité par les juges à Rouen, rhétorique du faible)
      5. Défense de l’habit masculin (trois vérités de DMV) : six strophes pour vulgariser la défense ; détails certes compromettants (pourpoint, robes courtes) mais justifiés par des arguments successifs (nécessité militaire, dignité, camouflage tactique)
      6. Défense de l’innocence de Jeanne : pour l’Adversaire la condamnation et la mort à Rouen prouvent la culpabilité ; pour le Champion, contre-exemples des saints martyrs et du Christ lui-même
      7. Conclusion : le Champion gagne ; Jeanne modèle pour la chevalerie française — la voie de fait contre la tradition de la femme médiatrice
    3. Limites et bilan
      1. Conflit avec Philippe le Bon : l’Adversaire (Court Entendement) représente ses vues — or c’est le sot du débat ; la Complainte du livre révèle la réception hostile à la cour de Bourgogne
      2. Faiblesses intellectuelles de l’œuvre : faute d’accès au dossier officiel, Martin n’a pas cerné les enjeux dynastiques et providentiels de la mission de Jeanne (qu’il voit surtout séculière et chevaleresque)
      3. Conclusion : signale la fin du débat théologique johannique — occasion manquée de se documenter à Bâle (où 24 juges de Rouen étaient présents) ; ouvre la voie aux relectures que rendront possibles le procès en nullité
  12. Conclusions
    1. Le débat johannique est avant tout théologique : clé de lecture de Jeanne d’Arc
      1. Origine du débat : Jeanne affirme venir de Dieu et demande à être crue
      2. Cadre intellectuel : la procédure de discernement (discretio spirituum)
    2. Les théologiens français ont examiné Jeanne sérieusement : construction progressive du dossier
      1. Prudence initiale : lente recherche du consensus (correspondance de Gélu, DQP, critiques des examinateurs à Poitiers)
      2. Construction d’un récit théologique cohérent en attendant le signe : effacement des objections initiales, rhétorique du faible confondant le fort, précédents bibliques et théologie de la nécessité (Conclusions de Poitiers, Dissertatio de Gélu, DQP)
      3. Élaboration d’une propagande religieuse : justification de la guerre juste, de la mission de Jeanne chef de guerre et de Jeanne vierge rédemptrice (Lettre aux Anglais, prophéties)
      4. Le cas épineux du DMV : les raisons de l’exclure de cette phase (datation plus tardive, attribution à Gerson douteuse, mais large diffusion sous son nom)
    3. Les juges de Rouen face au dossier français : forces et faiblesses des arguments à l’épreuve du procès de condamnation
      1. L’habit masculin : un argument français relativement solide, que les juges déplacent vers d’autres griefs (communion reçue en cet habit, son adoption sur ordre de Dieu, sa reprise en prison)
      2. Les prophéties non accomplies : une faiblesse déjà anticipée dans le débat français (Gélu, le Ditié, le DMV) ; le grief figure à l’article 57 du réquisitoire, mais disparaît des douze articles définitifs
      3. La question des voix : dans les textes français, Jeanne est simplement envoyée de Dieu, sans intermédiaires (sauf le DMV) ; à Rouen, les juges font des apparitions corporelles l’axe de l’accusation, exploitant l’ignorance théologique de Jeanne
    4. L’affirmation envoyée de Dieu au cœur du phénomène johannique : une crise intellectuelle durable
      1. Survivance du débat après Jeanne (Côme de Crémone, Étienne Pasquier, Guillaume Postel au XVIe s.)
      2. La puissance d’une formule (quand Jeanne s’y tient elle résiste, quand elle parle de ses saints elle se perd), qui résume toute sa pensée
page served in 0.129s (1,3) /