Gabriel Hanotaux (1853–1944)
- Épilogue (1929)
Dans Jeanne d’Arc, p. 119-133.
Chronologie
1853
- 19 nov.
Naissance d’Albert-Auguste-Gabriel Hanotaux à Beaurevoir, en Picardie, second fils d’Édouard Théodore Hanotaux (notaire, 30 ans) et de Virginie Augustine Martin (24 ans).
Par sa mère, Gabriel Hanotaux est un cousin éloigné de l’historien Henri Martin, qui était le cousin issu de germain de son grand-père maternel (voir généalogie). Les Hanotaux ont deux fils : Karl (1852) et Gabriel (1853).
Beaurevoir, ville natale de Hanotaux, est aussi celle où Jeanne d’Arc fut captive en 1430 : c’est de la tour du château qu’elle sauta en tentant de s’évader. Il n’en subsistait alors que les fossés et les souterrains, l’actuelle
Tour Jeanne d’Arc
n’étant qu’une tour de guet voisine, sans rapport avec sa captivité. ~1860
(6 ans)-
Son père fait une chute de cheval qui le laisse invalide. Devant renoncer à son étude de notaire à Beaurevoir, il installe la famille à Saint-Quentin, ville d’origine de son épouse.
Le jeune Gabriel reçoit ses premières leçons de français d’un instituteur original qui promène ses élèves dans la campagne, mêlant les beautés de la nature aux rudiments de grammaire.
1862
(8 ans)- 1862–1869
Avec son frère aîné Karl, il est élève au lycée des Bons-Enfants de Saint-Quentin.
En 1885, l’établissement sera rebaptisé lycée Henri Martin, du nom de son parent, l’historien.
1870
(17 ans)- 22 nov.
Mort de son père à Saint-Quentin, à l’âge de 47 ans.
1874
(20 ans)-
Il obtient une licence en droit.
1877
(23 ans)-
Il publie un article dans la Revue historique, fondée l’année précédente par le protestant Gabriel Monod et le catholique Gustave Fagniez.
Lire : Les Vénitiens ont-ils trahi la chrétienté en 1202 ?, Revue historique, t. IV, mai-août 1877, p. 74-102, Gallica
École des chartes (1887-1880).
Jules Quicherat, directeur depuis 1871, l’encourage à rejoindre son établissement. Il se laisse convaincre et sort archiviste paléographe (promotion du 20 janvier 1880).
Un diplôme en 1880 suppose généralement une entrée en 1876, mais sa notice nécrologique dans la Bibliothèque de l’École des chartes (voir) date son entrée de 1877, après son article dans la Revue historique.
1880
(26 ans)-
Il fréquente Jérônime-Victorine Négadelle, de cinq ans son aînée, veuve d’un horloger parisien, Jules-Hippolyte Lenormand, décédé en 1873, avec qui elle a eu une fille, Jeanne, en 1870.
Ils auront trois enfants : Frédérik (1880-1968), reconnu par son père en 1882, par sa mère en 1883 ; Angèle (1882) et Anne (1889-1896).
Gabriel Monod, directeur adjoint à l’École pratique des hautes études depuis 1877, le recrute comme maître de conférences.
Carrière politique. — Républicain modéré dans la mouvance de Gambetta et Jules Ferry. Il est sous-chef de cabinet de Gambetta lorsque celui-ci est nommé président du Conseil (nov. 1881). Il est élu député de l’Aisne (1886-1889) mais échoue à se faire réélire.
Carrière aux Affaires étrangères. — Il occupe successivement plusieurs postes : rédacteur à la division des archives du ministère (1880), secrétaire adjoint (1880) puis secrétaire (1881) de la Commission des Archives diplomatiques, chef adjoint de cabinet du ministre des Affaires étrangères (1883), conseiller d’ambassade (1883), à Constantinople (1885). Après une pause durant son mandat de député (1886-1889), il gravit les échelons du Quai d’Orsay : directeur des Affaires politiques (1890), des Consulats et Affaires commerciales (1892).
1882
(29 ans)- 30 déc.
Il est nommé Chevalier de la Légion d’honneur.
1885
(31 ans)-
Publication d’une biographie d’Henri Martin, décédé le 14 décembre 1883.
Lire : Henri Martin : sa vie, ses oeuvres, son temps, 1810-1883 (Paris, Cerf, 1885, 2e éd. 1887, Gallica)
J’ai grandi au milieu de la tradition dans laquelle il avait vécu lui-même. J’ai eu l’honneur de l’approcher beaucoup dans les quinze dernières années de sa vie. La trace de nombreux entretiens que j’ai eus avec lui apparaîtra peut-être par endroits (p. VI).
Peu avant la mort de Henri Martin, Hanotaux lui avait dédié son ouvrage précédent, Origines de l’institution des intendants des provinces (Paris, Champion, 1884, Google)
1891
(37 ans)- 11 jul.
Il est promu Officier de la Légion d’honneur.
1893
(39 ans)-
Il entreprend son Histoire du cardinal de Richelieu, qui comptera six volumes.
Les deux premiers volumes paraissent chez Didot (1893-1896), le premier valant à Hanotaux le Grand Prix Gobert de l’Académie française en 1896. Longtemps interrompue, l’œuvre ne sera achevée qu’à partir des années 1930, en six tomes, avec le concours du duc de La Force — le dernier volume paraissant en 1947, après sa mort.
1894
(40 ans)- mai–
Ministre des Affaires étrangères. — Point culminant de sa carrière diplomatique, il détient ce portefeuille dans plusieurs cabinets républicains.
1897
(43 ans)- 1er avr.
Il est élu à l’Académie française, en remplacement de Paul Challemel-Lacour ; il y est reçu le 24 mars 1898 par Melchior de Vogüé.
1901
(47 ans)- 8 mar.
Il est reçu membre correspondant de l’Académie des Sciences, Belles-lettres et Arts de Rouen.
Il sera élu associé le 26 juin 1936.
1905
(51 ans)- 11 jan.
Il épouse Jérônime-Victorine (56 ans) à Perdreauville (Seine-et-Oise, aujourd’hui les Yvelines). Celle-ci meurt le 17 décembre 1906, à l’âge de 57 ans.
1909
(55 ans)-
Il fonde et préside le
Comité France-Amérique
, voué au rapprochement des élites françaises et américaines ; il conduira ensuite plusieurs missions outre-Atlantique. 1911
(57 ans)-
Publication de sa Jeanne d’Arc, grand volume illustré — couverture d’Auguste Lepère (Paris, Hachette, XIII-422-XII p., Archive).
Ce sera l’un des ouvrages de références du père Doncœur, qu’il citera abondamment dans ses écrits.
1913
(59 ans)- 15 fév.
Il épouse à Nice, en la chapelle de l’évêché, Marie-Charlotte-Nathalie de La Crompe de La Boissière, 34 ans, née au château de Salignac.
Le mariage civil avait été enregistré à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes) le 12 février précédent.
1914
(60 ans)- 1914–1918
Première Guerre mondiale.
Hanotaux met les locaux du Comité France-Amérique à disposition du Comité de secours national de France, dont il devient vice-président.
1920
(66 ans)- 16 mai
Il représente la France, comme ambassadeur extraordinaire, à la canonisation de Jeanne d’Arc par Benoît XV, à Rome.
Le pèlerinage national est considérable : plus de 20 000 fidèles, conduits par six cardinaux et soixante-neuf évêques français, seize évêques missionnaires et plus de six cents prêtres venus de toutes les régions.
Note : c’était la première fois depuis 1888 que la République se faisait officiellement représenter lors d’une cérémonie au Vatican. Le rapprochement entre la France et le Saint-Siège, interrompu par la rupture de 1905, se renouait sous les auspices de Jeanne d’Arc.
- 15 aoû.
Il donne dans la Revue des Deux Mondes une étude sur La Canonisation de Jeanne d’Arc, qui reprend et prolonge la conclusion de son livre de 1911.
- 20 sep.
Il est promu au grade de Commandeur de la Légion d’honneur.
- 1920–1923
Il est délégué de la France aux premières assemblées de la Société des Nations.
Il avait contribué à en lancer l’idée dès 1916.
1922
(68 ans)- 8 jul.
Il devient le premier président de la nouvelle Académie des sciences coloniales, solennellement inaugurée le 18 mai 1923 à la Sorbonne.
1923
(69 ans)- 14 aoû.
Mort de sa mère à Paris, à l’âge de 93 ans.
1927
(73 ans)- 2 fév.
Mort de son frère Karl à Paris, à l’âge de 74 ans.
1929
(75 ans)-
Pour le cinquième centenaire de de Jeanne d’Arc, il publie Jeanne d’Arc. Après cinq cents ans (Plon) et prononce plusieurs discours officiels : aux cérémonies du 5e centenaire à Orléans, le 8 mai 1929, puis à Sainte-Catherine-de-Fierbois, le 7 juillet 1929.
1930
(76 ans)- 17 aoû.
À Beaurevoir, sa ville natale, il inaugure la nouvelle statue de Jeanne d’Arc, élevée en remplacement de celle détruite pendant la guerre.
1934
(80 ans)- 24 jul.
Il est fait Grand-officier de la Légion d’honneur.
1939
(85 ans)- 3 jan.
Il est élevé à la Grand-croix de la Légion d’honneur, et décoré par le président Albert Lebrun le 4 mai.
1943
(90 ans)- 19 nov.
Ses quatre-vingt-dix ans sont l’objet d’un hommage public.
1944
(90 ans)- 11 avr.
Il meurt à Paris. Le duc de Broglie prononce son éloge à l’Académie française le 13 avril.
Références
Ascendance commune de Gabriel Hanotaux et d’Henri Martin
- Antoine Montain Martin
(v. 1675–1731)
Catherine Cambronne
- Claude Quentin Martin (1720)
Marguerite Debry
- Bon César Martin (1764)
Geneviève Dumoutier
- Désiré Auguste Martin (1803)
Josèphe Barbier
- Virginie Augustine Martin (1829–1923)
Édouard Théodore Hanotaux (1823–1870)
- Gabriel Hanotaux (1853–1944)
- Virginie Augustine Martin (1829–1923)
Édouard Théodore Hanotaux (1823–1870)
- Désiré Auguste Martin (1803)
Josèphe Barbier
- Bon César Martin (1764)
Geneviève Dumoutier
- Quentin Nicolas Martin (1726–1805)
Bonne Françoise Langlantier
- Bon Quentin Martin (1765–1852)
Jeanne Sophie Henriette Charlotte Desains
- Henri Martin, historien (1810–1883)
- Bon Quentin Martin (1765–1852)
Jeanne Sophie Henriette Charlotte Desains
- Claude Quentin Martin (1720)
Marguerite Debry
État-civil de ses enfants, Archives de Paris :
Lucien-Gabriel-Frédérik Hanotaux (25 jan. 1880), Paris VI, V4E 3218, 21/1/1880 - 12/2/1880, p. 8/31
N° 220. Du vingt six janvier mil huit cent quatre vingt, par trois heures du soir, acte de naissance de Lucien, Gabriel, Frédérik, du sexe masculin, né hier, neuf heures du soir, rue Mabillon, 16, fils de père et mère non dénommés. [...] Par acte inscrit sur le registre [...], à la date du deux juin courant, Albert Auguste Gabriel Hanotaux a reconnu pour son fils l’enfant dénommé en l’acte ci-contre [...] à Paris, le vingt-cinq juin mil huit cent quatre vingt deux. [...] Par acte inscrit ce jourd’hui sur le registre [...], Jéromine Victorine Négadelle a reconnu pour son fils l’enfant dénommé en l’acte ci-contre [...] à Paris le deux février mil huit cent quatre vingt trois. [...]
Luce Marcelle Angèle (4 déc. 1882), Paris VI, V4E 3244, 28/11/1882 - 6/12/1882, p. 11/12
N° 3168. L’an mil huit cent quatre vingt deux le cinq décembre à une heure et demie du soir, acte de naissance de Luce Marcelle Angèle Hanotaux, du sexe féminin, née le quatre décembre courant à deux heures du soir rue Lobineau n° 5, fille de Albert Auguste Gabriel Hanotaux, âgé de vingt-neuf ans, professeur, qui a déclaré la reconnaître et de Géromine, Victorine Négadelle, veuve du sieur Lenormand, âgée de trente ans, domiciliés à paris, rue Lobineau, n° 5. [...]
Geneviève Jérônime Anne (7 janvier 1889), Paris XV, V4E 7147, 1/1/1889 - 15/1/1889, p. 21/31
N° 79. L’an mil huit cent quatre vingt neuf le neuf janvier [...], acte de naissance de Geneviève Géromine Anne Hanotaux, du sexe féminin, née le sept janvier courant, à neuf heures du soir au domicile de son père et mère, fille de Albert Auguste Gabriel Hanotaux, âgé de trente-cinq ans, publiciste, qui déclare la reconnaître et de Géronime Négadelle, âgée de trente-sept ans, sans profession, domiciliés boulevard du Mont Parnasse 56. [...]
Décès le 24 mai 1896, Paris XVI, à l’âge de 7 ans, V4E 10026, p. 25/31 (N° 624).
- Sa belle-fille Jeanne-Nanine Lenormand a épousé Georges Gervoise le 16 juillet 1891, Paris XVI.
Dossier Légion d’honneur : Léonore
Généalogie : Geneanet
Sources
Comité des travaux historiques et scientifiques : HANOTAUX Albert Auguste Gabriel
Les Annales politiques et littéraires, 5 août 1917, p. 9/22, Retronews :
On a beaucoup parlé, ces temps derniers, de la
Société des Nations
. Ayant contribué pour ma part à lancer l’idée, qui, d’ailleurs, n’est pas nouvelle, me sera-t-il permis de rentrer dans le débat?L’Écho de Paris, 3 nov. 1920, p. 1/4, Retronews :
Sur la proposition du président du conseil, les ministres ont désigné hier MM. Léon Bourgeois, René Viviani et Gabriel Hanotaux comme délégués du gouvernement à la Société des Nations.
L’Écho de Paris, 18 août 1930, Retronews :
Saint-Quentin, 17 août. — L’inauguration de la nouvelle statue de Jeanne d’Arc érigée à Beaurevoir en remplacement de celle détruite durant la guerre, s’est déroulée par un temps splendide. Le matin, une messe a été dite dans l’église reconstruite et le panégyrique de la sainte a été prononcé par le vicaire général. À 11 heures, une réception a été donnée par les autorités à la mairie, en présence de M. Gabriel Hanotaux, de l’Académie Française, natif de Beaurevoir où son père était notaire. Au banquet qui a suivi, des toasts ont été portés par le sous-préfet. M. Hanotiaux a dit sa joie de se retrouver au milieu de vieux amis. À 16 heures, un cortège historique a défilé. Les chars représentaient Jeanne prisonnière, Jeanne au pied de la tour lorsqu’elle tenta une évasion, enfin, sainte Jeanne d’Arc. Le cortège comprenait environ 400 figurants dont 100 cavaliers. Devant le monument aux morts, la jeune fille incarnant Jeanne a déposé une palme. Environ 2.000 personnes étaient venues des villages alentour. L’enthousiasme était considérable. Le village était décoré d’un arc de triomphe représentant l’entrée du château et la cour et la tour dont il ne subsiste aujourd’hui plus rien que les fosses et les souterrains. La statue est érigée près de l’emplacement du château. Les autorités ont pris place sur l’estrade où un haut-parleur transmettait les discours. Le sous-préfet a fait un rapprochement entre Jeanne et les poilus qui ont sauvé la France en 1918. M. Hanotaux a prononcé ensuite un discours dont voici les principaux passages :
Cinq cents ans se sont écoulés, et voilà ! Jeanne d’Arc est parmi nous. Plus les années courent, plus son œuvre s’affirme et s’accroît. Ce n’est plus seulement la France, c’est la terre entière qui retentit de son nom, qui multiplie ses images. Réalisation plus extraordinaire peut-être que sa mission, plus extraordinaire que la conquête qu’elle fit du Roi, d’Orléans, de Reims et de la mort. Après cinq cents ans, elle agit, relève les défaillances, anime les courages, rend immédiat et efficace l’exemple lointain et toujours présent de son dévouement et de sa vertu. Cinq siècles de triomphe pour une année de luttes et une heure d’affreux sacrifice. Tel est l’ineffable miracle de Jeanne, et
nous ne sommes qu’à l’aube des temps qui verront s’accomplir indéfiniment sa mission
. Tout ce qu’on fit au cours de ces longs siècles pour l’abaisser, la nier, l’effacer de la mémoire des hommes, tout cela, la vérité l’a refoulé du pied comme la justice a fait de la sentence des juges. Elle est là, veillant sur la France et sur toutes les hautes inspirations humaines, entourée, partout, d’amour et de vénération. Quel est le cœur qui ne bat à son nom ? Une Jeanne d’Arc, pure comme la pureté, s’est envolée du bûcher et plane au-dessus des temps. Elle remplit de courage et d’allégresse l’air que respire la patrie. Aux heures récentes, elle était là ; les dévouements, les martyres, les sacrifices s’accomplissaient en murmurant son nom. Des voix ont été entendues. La terre de France a rejeté l’ennemi ; notre frontière, arrosée du sang des héros, s’est reconstruite et refaite après cinquante ans de séparation.Le maire de Beaurevoir, M. Marchandise, a remercié la nombreuse assistance, les parlementaires, M. Déguisé, député; MM. Desjardins et Roussel, sénateurs, et particulièrement M. Hanotaux, enfant de Beaurevoir. Une vingtaine de sociétés ont participé à la fête.
Notice nécrologique par Gustave Dupont-Ferrier, Bibliothèque de l’École des chartes, t. 105, 1944, Gallica, Persée
