Mémoires d’un artiste (1896)
Présentation
Les Mémoires d’un artiste sont l’autobiographie de Charles Gounod, l’un des plus grands compositeurs français du XIXe siècle. Publié à titre posthume en 1896, cet ouvrage retrace la première moitié de sa vie : son enfance, son apprentissage du métier après avoir remporté le Prix de Rome en 1839, jusqu’à son premier triomphe à l’opéra avec Faust en 1859, une œuvre qui demeure aujourd’hui l’un des piliers du répertoire lyrique français.
Les Mémoires sont suivis de lettres et d’articles où Gounod livre ses réflexions sur l’art et la musique, mais aussi sur la famille et la guerre, évoquant notamment son exil en Angleterre après la capitulation de Sedan en 1870.
Ce récit est un témoignage de vénération et d’amour envers l’être qui nous donne le plus d’amour en ce monde, une mère.
Extrait
Sur le bonheur de travailler (De l’artiste dans la société moderne, p. 275) :
Voici une autre banalité, également accueillie avec faveur, et dont le cliché fournit un tirage considérable :
— Vous vous tuerez ! vous travaillez trop ! il faut vous reposer ; venez donc nous voir ; cela vous fera du bien, cela vous distraira !…
Cela me distraira ! Hé ! c’est justement ce dont je me plains et ce dont on ne se charge que trop !… Se distraire, à un moment donné, librement choisi, à la bonne heure ; mais être distrait, à contretemps, c’est être désorienté, déraciné.
Le travail, une fatigue ! le travail, un danger ! Ah ! qu’il faut peu le connaître pour lui faire une pareille injure ! Non, le travail n’a ni cette ingratitude ni cette cruauté ; il rend au centuple les forces 288qu’on lui consacre, et, au rebours des opérations financières, c’est ici le revenu qui rapporte le capital.
S’il est au monde un travailleur occupé sans relâche, — et Dieu sait de combien de façons, — c’est assurément le cœur : de la régularité permanente de ses battements dépend celle de notre respiration, ainsi que la circulation de ce sang qui charrie et distribue à chaque organe, avec un discernement si merveilleux, les divers éléments nécessaires à l’entretien de leurs fonctions ; et tout ce magnifique ensemble se déroule jusque pendant notre sommeil, sans un moment de trêve.
Que dirait le cœur, si on lui conseillait, à lui aussi, de ne pas travailler tant que cela, de prendre un peu de repos, de se distraire, enfin ?
Or le travail est à la vie de l’esprit ce que le cœur est à la vie du corps ; c’est la nutrition, la circulation et la respiration de l’intelligence.
Chronologie
1884
-
Gounod a environ 66 ans lorsqu'il commence à rédiger ses Mémoires, qu'il dédie à sa mère.
Le manuscrit, conservé par sa fille Jeanne Gounod (1863-1946), passa après son décès à son petit-fils Jacques de Lassus Saint-Geniès (1889-1972). En 1959, ce dernier en fit don à la Bibliothèque de l’Opéra par l’intermédiaire de son conservateur, André Ménétrat (1907-1981). Il est désormais consultable sur Gallica.
1896
- avr.
Calmann Lévy publie ces fragments sous le titre que lui avait donné Gounod : Mémoires d'un artiste
Images (1)
Édition
Paris, Calmann Lévy (In-18 de 362 pages. Prix : 3,50 fr.)
Charles Gounod, Mémoires d'un artiste — Paris, Calmann Lévy, éditeur, rue Auber, 3, et boulevard des Italiens, 15 — À la Librairie nouvelle — 1896 — Paris, Imprimerie Chaix. — 16034-7-45 (Encre Lorilleux).