J. Gratteloup  : Jeanne d’Arc chez les Encyclopédistes (2021)

Texte intégral

Jeanne d’Arc
chez les Encyclopédistes
Anthologie des articles sur Jeanne d’Arc dans l’Encyclopédie

par

Jean Gratteloup

(2022)

Éditions Ars&litteræ © 2022

Introduction

Pertinence de l’Anthologie :

  • L’Encyclopédie est une synthèse des connaissance de son époque ; les contributeurs sont chacun des autorités en leur domaine ;
  • Sa rédaction s’étale sur plusieurs décennies, le regard sur Jeanne d’Arc change radicalement au fil des éditions.

I.
Jeanne, les Encyclopédistes et nous

Perspective temporelle :

  • Diderot est né sous Louis XIV, d’Alembert pendant la Régence ; leur environnement intellectuel comme celui des Encyclopédistes est celui du règne de Louis XV (1715-1774) ;
  • En arrondissant, Louis XIV est né 190 ans après le procès de réhabilitation de Jeanne, Louis XV, 250 ans, Diderot et d’Alembert 260 ans ;
  • Le même nombre d’année sépare : notre époque (2022) du premier article de l’Encyclopédie sur Jeanne (1765) ; et la naissance de Diderot (1713) du procès de réhabilitation (1456).

La publication de l’Encyclopédie se situe exactement entre Jeanne et nous.

Perspective politique :

  • Le système politique n’a pas connu de rupture ; Louis XV est parent de Charles VII et dix rois seulement les séparent ;
  • Les symboles de la royauté sont les mêmes : Charles VII et Louis XV ont tout deux été sacrés à Reims par l’archevêque de Reims ; le premier en 1429 par Regnault de Chartres, pair de France, le second en 1722, par Armand-Jules de Rohan-Guémené, pair de France ;
  • Un duc d’Orléans (Louis, 1372-1407, cousin de Charles VI) a assuré le pouvoir pendant la minorité de Charles VII et la folie de son père, un autre duc d’Orléans (Philippe, 1674-1723, cousin de Louis XV) a assuré la régence pendant la minorité de Louis XV ;
  • On retrouve même un La Trémoille dans l’entourage de Louis XV.

II.
Les trois éditions de l’Encyclopédie

L’Anthologie recense les articles en trois chapitres correspondant aux trois périodes d’édition :

  1. L’Encyclopédie, dirigée par Diderot et d’Alembert : 17 volumes d’articles classés par ordre alphabétique, 11 d’illustrations, publiés de 1751 à 1772 ;
  2. Le Supplément à l’Encyclopédie, dirigé par Panckoucke et Robinet : 4 volumes d’articles classés par ordre alphabétiques, 2 d’illustrations, de 1776 à 1780 ; l’Histoire n’avait pas été traitée comme domaine à part entière par l’Encyclopédie, le Supplément lui fait la part belle ;
  3. L’Encyclopédie méthodique, lancée par Panckoucke et publiée à partir de 1782 ; elle se veut une version améliorée et enrichie de l’Encyclopédie ; les sujets sont désormais regroupés par matière, 6 volumes pour l’Histoire, au sein desquels les articles sont classés par ordre alphabétique ; certains textes sont repris de l’Encyclopédie et du Supplément sans modification, d’autres partiellement voire complètement réécrits ; une grande partie sont inédits. La publication de la Méthodique s’étalera sur un demi-siècle ; plusieurs centaines d’auteurs produiront un total de 206 volumes (dont 30 d’histoire naturelle).

Nous parlons de trois éditions de l’Encyclopédie car dans l’esprit même des collaborateurs, il s’agit d’une seule et même œuvre. Ainsi dans son Avertissement de la partie Jurisprudence de l’Encyclopédie méthodique, M. Lerasle parle de la première édition du Dictionnaire encyclopédique, pour l’Encyclopédie originale, et de la présente édition, pour la Méthodique1.

III.
Jeanne d’Arc dans les trois éditions

1.
Présentation et comparaison

Chaque édition inclut un article principal consacré à Jeanne d’Arc, et la mentionne dans d’autres :

  1. Encyclopédie :
    • Vaucouleurs (vol. 16, 1765), par Louis de Jaucourt. Le gros de l’article est consacré à Jeanne ;
    • 684 mots ;
    • 7 autres articles mentionnent brièvement Jeanne d’Arc.
  2. Supplément :
    • Jeanne d’Arc (vol. 1, 1776), par François-Henri Turpin ;
    • 4165 mots ;
    • 7 autres articles, brefs, dont deux consacrés au poème de Chapelain.
  3. Méthodique :
    • Jeanne d’Arc (Histoire, vol. 1, 1784), par Gabriel-Henri Gaillard.
    • 8517 mots ;
    • 25 autres articles d’Histoire (essentiellement des notices biographiques inédites) ; une trentaine d’autres répartis parmi les divers domaines (Art militaire : 9, Anecdotes : 8, Géographie : 8, Jurisprudence : 3, Artillerie : 2, Jeux : 2).

Rédigés par trois auteurs différents et publiés à 10 ans d’intervalle, les trois articles principaux sont parfaitement indépendants : nous entendons par là qu’aucun n’est une reprise ou une version améliorée du précédent, comme c’est le cas pour de nombreux articles d’une édition à l’autre de l’Encyclopédie.

Ils n’ont de fait rien à voir, tant sur le fond que sur la forme ; nous y reviendrons en conclusion.

2.
Résumé de l’article de 1765

Article : Vaucouleurs (Encyclopédie vol. 16, 1765).

Auteur : Louis de Jaucourt (1704–1780), qui signe le chevalier de Jaucourt, savant issu de vieille noblesse bourguignonne et protestante. Contributeur le plus prolifique de l’Encyclopédie, il a fourni à lui seul près d’un quart des 68 000 articles.

Cette courte biographie de Jeanne est greffée sur l’article Vaucouleurs. Brève et imprécise, railleuse contre l’époque, elle est presque à charge contre Jeanne. Ce dernier point tient sans doute au fait que le rédacteur (qui n’a pas eu recours aux deux procès) s’est appuyé principalement sur des chroniqueurs bourguignons : Monstrelet, qu’il nomme et cite, et le Journal d’un Bourgeois de Paris, qu’il ne nomme pas mais dont il reprend une erreur qui n’existe que là : Jeanne prétendit avoir 27 ans. Or cette affirmation n’apparaît que dans une édition du Journal de 1729 (dans un recueil intitulé Mémoires pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne) ; il s’agit d’une coquille de l’éditeur (27 pour 17), rectifiée par Alexandre Tuetey dans sa nouvelle édition du Journal de 1881, d’après les manuscrits conservés à Paris et de Rome. Or le Journal est la chronique la plus haineuse à l’endroit de Jeanne.

Celle-ci est ainsi dépeinte comme une gaillarde servante d’auberge, recrutée pour ses bonnes dispositions et ses talents de comédienne, afin de mystifier le roi et les soldats découragés :

On la fit passer pour une bergère ; On la mena à Chinon auprès de Charles VII ; Baudricourt suggéra à Dunois d’employer cet expédient pour relever le courage de Charles VII ; Jeanne joua bien son rôle de guerrière et d’inspirée ; Elle parle aux soldats de la part de Dieu, se met à leur tête, leur inspire son courage

Les Anglais comme le tribunal sont surtout accusés pour leur ignorance et superstition :

Elle avait feint un miracle, [Bedford] feignit de la croire sorcière ; on l’accusa d’hérésie, de magie, et on condamna en 1431 à périr par le feu. En la condamnant à être brûlée comme hérétique et sorcière, [les magistrats] commettaient une horrible barbarie, et étaient coupables de fanatisme, de superstition et d’ignorance.

La réhabilitation est donnée pour 1454 (au lieu de 1456).

Outre la chronique de Monstrelet, qu’il présente comme le seul auteur qui ait été contemporain de Jeanne d’Arc, il fournit la bibliographie suivante :

  • les Mémoires historiques de Martin du Bellay (1495-1559), diplomate et historien ;
  • l’Histoire de Jeanne d’Arc (1753) de Nicolas Lenglet Du Fresnoy (1674-1755), érudit, également collaborateur de l’Encyclopédie (on s’étonne que ce ne soit pas à lui qu’on ait confié la rédaction de la notice sur Jeanne) ;
  • la Dissertation sur la Pucelle d’Orléans dans l’Histoire d’Angleterre de Paul de Rapin de Thoyras (1661-1725), historien.

3.
Résumé de l’article de 1776

Article : Jeanne d’Arc (Supplément, vol. 1, 1776).

Auteur : François-Henri Turpin (1709–1799), historien. Il n’a contribué qu’au Supplément de l’Encyclopédie pour lequel il a fourni quelque 300 articles d’histoire.

L’article s’étoffe (six fois la longueur de celui de Jaucourt), gagne en précision et contient peu d’erreurs factuelles jusqu’à son procès. Aussi tout en restant méprisant pour l’époque n’est-il plus à charge contre Jeanne.

Celle-ci est toujours servante d’auberge, mais on est mieux renseigné sur son enfance (année de naissance, famille). La thèse principale, elle, n’a pas variée, Jeanne a été recrutée. Avec cette différence notable qu’elle n’est plus complice, mais convaincue de sa mission :

Son imagination embrasée par le récit des hauts faits dont elle entendait parler chaque jour et pensant avoir une inspiration divine, elle crut qu’elle était destinée à chasser les Anglais, et conduire Charles à Reims. Elle avait à peine dix-sept ans lorsqu’elle conçut, ou plutôt lorsqu’on lui inspira le noble dessein de sauver la France. C’est Jean de Metz, du haut de sa vieillesse (il avait en réalité 30 ans) qui eut assez de génie pour voir qu’elle pouvait servir à inspirer un zèle extraordinaire ; relayé par Dunois qui forma le projet de s’en bien servir ; Jeanne avait bien des qualités qui pouvaient la faire passer pour une fille envoyée par le ciel.

Comme Jaucourt, Turpin se moque des croyances du temps :

On ne rapportera pas ici les fables inventées par la superstition et par la haine.

Mais il s’impose de fournir une explication rationnelle aux points les plus fameux de la légende :

1. Simple bergère elle avait l’expérience militaire d’un vieux soldat ?

Tout simplement parce qu’elle s’était formée à tous ces exercices dans son hôtellerie dont elle allait abreuver les chevaux, et où elle vivait confondue avec les gens de guerre, dont la Champagne était pour lors remplie. Elle était parfaitement instruite de tout ce qui s’était fait de grand dans les deux armées, elle connaissait le nom de tous les soldats et des officiers.

2. Elle reconnut le roi grimé en courtisan ?

Rien d’étonnant, […] la majesté d’un roi imprime toujours un certain respect que l’on ne saurait perdre, [et] n’était-il pas aussi possible que Jeanne fût informée du déguisement dont le roi devait user ce jour-là ?

3. L’épée de Fierbois ?

On feignit que le secret lui avait été révélé.

4. Le secret du roi ?

Une plaisanterie de celui-ci qui, affectant une grande surprise, publia qu’elle avait deviné un grand secret qui n’était connu que de lui seul.

Il frôle même le graveleux, avec une obsession sur la virginité de Jeanne sur laquelle il revient plusieurs fois. Pour qu’elle fut acceptée, il fallait des miracles. L’épée de Fierbois et le secret du roi avaient plu, mais le peuple restait sur sa faim. On procéda au fameux examen. Qu’une jeune fille qui fréquente les soldats soit encore vierge à 17 ans…

… la multitude étonnée d’un aussi grand prodige, ne douta plus que ce ne fût un ange.

Les stupéfiants succès militaires de Jeanne sont ensuite énumérés et imputés à la crédulité des soldats des deux camps :

Les Français volaient à la suite, et la regardaient comme une fille divine ; ils s’enfonçaient dans les plus affreux périls. Les Anglais la fuyaient comme un foudre, ou plutôt comme une femme envoyée par le diable et animée par les démons.

Orléans, campagne de la Loire, sacre de Reims. Jeanne désire se retirer, les capitaines la pressent de les suivre sur Paris ; Le roi refuse de la laisser partir. Arrive Compiègne ; sa sortie est bien décrite : deux premiers assauts, elle est prise au troisième, trahie ; puis vendue 10,000 livres. (Remarque : Le montant de 10,000 francs est donné dans le procès condamnation, le fut-il ailleurs ? D’où Turpin tire-t-il cette information quand rien d’autre ne laisse croire qu’il a lu le procès.)

Même double condamnation des Anglais et du tribunal quant au procès :

[Bedford] la fit accuser de magie, et par un arrêt dont la honte doit retomber sur son auteur, il la fit condamner à être brûlée vive. La décision de ces docteurs fait connaître de quelles erreurs l’homme est capable, lorsque séduit par la corruption de son cœur, il ferme les yeux à ce que lui dictent la religion et la raison. Ainsi mourut Jeanne : elle périt contre toutes les lois.

Contrairement à l’article de Jaucourt dix ans plus tôt, le portrait que fait Turpin de Jeanne n’est plus à charge. Il rejette le surnaturel mais loue les vertus de Jeanne et lui attribue les succès français :

C’est à elle que la France dut sa conservation, et Charles VII sa couronne ; Jeanne fut sans doute une fille rare, mais elle ne dut peut-être ses succès qu’à la crédulité des deux partis ; sa chasteté, son courage, la fermeté tranquille à la vue des tourments, tout en sa conduite est admirable, mais n’a rien de surnaturel ; Il est probable que sans cet heureux événement, Charles n’eût jamais monté sur le trône de ses pères ; au procès elle montra une constance supérieure à la tyrannie de ses juges ; incapable de crainte, elle entre dans le fatal bûcher, et regarde avec douceur la main qui se dispose à y mettre le feu. Elle remercia le Ciel de son supplice, comme elle le remerciait auparavant de ses victoires.

Plus étonnante est la fin de l’article ; un long développement entièrement consacrée à la thèse dite survivaliste, d’une Jeanne qui aurait échappé au feu, et à laquelle Turpin semble adhérer, quoique prudemment.

Des écrivains ont élevé des doutes sur son supplice ; ils ont prétendu que l’on choisit une personne du même sexe, digne d’une mort aussi cruelle, qui lui fut substituée.

Cauchon serait parvenu à convaincre une autre femme de prendre la place de Jeanne sur le bûcher ; Jeanne serait restée captive quelques années avant de trouver le moyen de s’enfuir ; elle se serait mariée avec Robert des Armoises, ses propres frères l’auraient reconnue (il s’agit de la fausse Jeanne d’Arc).

Cette substitution permet à Turpin d’expliquer la passivité de Charles VII, qu’il défend déjà plus haut, et qui, si Jeanne avait réellement été brûlée :

…n’eût pas manqué de venger la mort ignominieuse de cette héroïne.

4.
Résumé de l’article de 1784

Article : Jeanne d’Arc (Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 1, 1784).

Auteur : Gabriel-Henri Gaillard (1726–1806), historien et académicien. Il est l’auteur principal des volumes d’Histoire de l’Encyclopédie méthodique.

Gaillard avait sous la main outre le récit des historiens, le texte des deux procès : il le dit, et cela se voit. Sa notice biographique est fouillée et scrupuleuse. Deux points la démarquent de celle de ses prédécesseurs : l’admiration pour Jeanne et l’absence de condescendance pour la période. Le portait de Jaucourt (1765), dans la lignée des chroniqueurs bourguignons, était à charge et goguenard ; celui de Turpin (1776) plus neutre ; celui de Gaillard est totalement acquis à la Pucelle. Plus étonnant encore est sa manière d’aborder le surnaturel. Il le rejette, certes ; mais d’une manière telle que cela paraît plus une caution qu’une conviction.

Les annales d’aucun peuple ne présentent une femme si extraordinaire, ni des exploits si incroyables et si certains. En écartant de l’histoire de Jeanne d’Arc tout le merveilleux, c’est-à-dire le surnaturel dont il était assez simple de l’embellir, il restait encore une multitude de faits allez étranges pour excuser l’incrédulité, assez prouvés pour ne pas laisser lieu même au doute.

Ainsi, sous le prétexte d’écarter tout le surnaturel, il l’énumère, sans le réfuter :

Il est certain qu’elle allégua des révélations ; laissons les révélations. Laissons aussi la connaissance qu’elle eut de la journée des Harengs, annoncée par elle à Baudricourt, commandant de Vaucouleurs, avant que la nouvelle en fût arrivée ; laissons le talent qu’elle eut de distinguer le roi dans la foule, sans avoir jamais vu même son portrait, qui se trouvait sur tant de pièces de monnaie, et ce grand secret de Charles VII qu’elle lui révéla, et dont ni l’un ni l’autre n’ont jamais parlé…

Il désavoue les révélations, mais atteste leur teneur prophétique :

Elle soutint toujours la réalité de de ses révélations ; ce fut le seul tribut qu’elle parut payer aux erreurs de son temps ; Charles VII y est sacré et couronné, comme la Pucelle l’avait prédit.

Et tout du long il sème de discrets gages :

Lorsque Jeanne se présenta d’abord à Baudricourt ; il la renvoya comme une visionnaire ; elle avait dû s’y attendre. (Référence à la révélation qu’eut Jeanne que Baudricourt la rejetterait deux fois avant de l’accepter à la troisième).

Ne craignez rien, j’ai promis à la duchesse d’Alençon de vous ramener sain et sauf. (Référence à la déposition du duc d’Alençon qui lie cette promesse à une prémonition de Jeanne qui le sauva lors de l’assaut de Jargeau : elle le fit brusquement reculer ; un autre prit sa place et reçut aussitôt un boulet fatal.)

[La fausse Jeanne d’Arc], déconcertée par une question qu’elle n’avait pas prévue, se jeta aux pieds du roi, lui demanda grâce, et l’obtint. (Le roi aurait démasqué l’usurpatrice en lui demandant le secret connu de Jeanne et de lui seul.)

Sa conclusion résumera cette ambivalence :

[Tout chez Jeanne offre] un ensemble où le merveilleux domine, quelque effort qu’on fasse pour l’écarter, ou pour l’affaiblir. S’il fallait absolument expliquer ce merveilleux, nous l’expliquerions par le vertueux et sublime enthousiasme qui animait la Pucelle, par l’idée répandue parmi les Français qu’elle était inspirée, et parmi les Anglais qu’elle était magicienne.

Autrement, l’article est très solide sur la chronologie. L’auteur aime Jeanne, qu’il voit comme la révolte du bon sens populaire contre les intrigues de cour :

Chère au peuple, et dès lors odieuse aux courtisans, elle faisait profession d’aimer et de respecter ce peuple qu’on ne méprise que quand on n’a pas de quoi lui plaire.

Selon lui, Jeanne considéra sa mission terminée dès lors que Charles VII fut sacré ; le roi la retint. L’hostilité des courtisans grandit ; elle fut délaissée, abandonnée ; l’hypothèse que Flavy ait pu la trahir n’est pas écartée. Jeanne est prise, vendue et transportée à Rouen pour être jugée.

Gaillard donne alors une place prépondérante au procès dont le récit constitue presque la moitié de son article. À l’instar de ce que fera O’Reilly un siècle plus tard (premier traducteur des deux procès en 1868), il éclaire le déroulé de la condamnation par les témoignages de la réhabilitation ; il nous raconte les interrogatoires de Jeanne mais aussi les coulisses du tribunal, avec foule de citations, d’observations et d’anecdotes tirées des deux manuscrits.

Quelques remarques générales :

1. Outre le ton et la rigueur, Gaillard s’oppose à Turpin sur deux points : il n’accorde aucun crédit à la fausse Jeanne ; et ne trouve aucune excuse à Charles VII :

[Il] ne fit point assez d’efforts pour la tirer de leurs mains, et jamais son indolence ne fut plus coupable.

2. Il voit l’abjuration comme une mise en scène pour piéger Jeanne :

Le greffier […] lui lut un modèle d’abjuration, qui contenait seulement une promesse de ne plus porter les armes, de laisser croître ses cheveux, et de quitter l’habit d’homme ; […] elle signa ; mais par une supercherie digne de ces monstres, il se trouva qu’elle avait signé un autre écrit, où elle se reconnaissait dissolue, hérétique, schismatique, idolâtre, séditieuse, invocatrice des démons, sorcière, etc. ; toutes les qualifications les plus incompatibles y avaient été accumulées.

3. Il commet une erreur étrange, compte tenu de la fiabilité historique du texte, sur la date de l’exécution de Jeanne qu’il donne au 14 juin (date déjà donnée dans l’article Charles VII du Supplément) ; coquille de l’imprimeur ?

IV.
Conclusions

1.
Différences entre les trois éditions

Les voici résumées en deux tableaux, l’un pour la forme (le ton), l’autre sur le fond (la matière historique).

Différences de ton :
 envers l’époqueenvers Jeanne
Encyclopédiemalveillantmalveillant
Supplémentmalveillantbienveillant
Méthodiquebienveillantbienveillant
Différences de matière :
 recours aux procèsrigueur historique
Encyclopédienonmauvaise
Supplémentnonmoyenne
Méthodiqueouibonne

Les différences entre les articles principaux des trois éditions sur Jeanne d’Arc apparaissent colossales. Tout comme celles entre plusieurs articles d’une même édition. Avec quelque 160 rédacteurs qui ont contribué à l’Encyclopédie, une cinquantaine au Supplément, plusieurs centaines à la Méthodique, l’inverse aurait été étonnant.

Ainsi la Méthodique propose dans ses volumes Histoire, un article rigoureux et bienveillant sur Jeanne d’Arc et son siècle. Mais dans sa collection Géographie moderne, elle reproduit sans modification l’article sur Vaucouleurs de l’Encyclopédie ; lequel contient la biographie pleine d’erreurs et de moqueries de Jaucourt. La même Encyclopédie méthodique contient donc sur un même sujet deux articles contraire et contradictoire2 !

De même, dans son article sur Charles VII (Histoire), réplique du Supplément, Jeanne est l’instrument dont on se servit pour relever les courages abattus ; dans celui du jeu sur l’histoire de France (Dictionnaire des jeux) c’est Dieu qui l’a suscitée pour chasser les Anglais3.

Il n’est donc pas possible de commenter Jeanne d’Arc dans l’Encyclopédie sans préciser de quel article on parle, ou du moins de quel auteur et dans quelle édition.

[À faire] Expliquer si possible l’origine de ces différences, peut-être par un parallèle entre l’évolution des connaissances historiques sur Jeanne au moment de la parution de chaque article, avec référence au chapitron sur les Rousseauistes.]

[À faire] Répondre si possible à la question posée plus haut : Pourquoi Lenglet, pourtant contributeur à l’Encyclopédie et grand spécialiste de Jeanne d’Arc du moment avec son Histoire (1753) n’a-t-il pas été sollicité ? Mon explication : Jaucourt, qui a rédigé l’article mal documenté (et mal intentionné) de 1765 était pris dans un tourbillon de rédaction (il a écrit un quart de l’Encyclopédie à lui tout seul) n’a puisé que dans son érudite mémoire, faute de temps pour faire des recherches.

Anthologie
des articles sur Jeanne d’Arc dans les trois éditions de l’Encyclopédie

I.
Dans l’Encyclopédie
(1751–1765)

Vaucouleurs

  • Volume 16, p. 8604
  • Année : 1865
  • Auteur : Louis de Jaucourt

Vaucouleurs, (Géogr. mod.) petite ville de France, dans la Champagne, au Bassigny, sur le bord de la Meuse, à 5 lieues au couchant de Toul, à 8 au sud-ouest de Nancy, et à 65 au levant de Paris.

Comme la vue de ce lieu est belle, et qu’elle donne sur une vallée ornée de fleurs naturelles de toutes sortes de couleurs, la ville en a pris le nom de vallée des couleurs ou Vaucouleurs. Elle faisait autrefois une petite souveraineté possédée par les princes de la maison de Lorraine ; mais à cause de l’importance de son passage, Philippe de Valois en fit l’acquisition de Jean de Joinville en 1335. On y voit une collégiale, un couvent de religieux, un monastère d’Annonciades et un prieuré.

Vaucouleurs est le siège d’une prévôté composée de vingt-deux paroisses qui sont du diocèse de Toul. Longitude 23.18, latitude 48.31.

Le pays de Vaucouleurs est connu pour avoir donné la naissance dans le village de Domrémy, à cette fameuse fille appelée Jeanne d’Arc et surnommée la Pucelle d’Orléans. C’était une servante d’hôtellerie, née au commencement du XVe siècle, robuste, montant chevaux à poil, comme dit Monstrelet, et faisant autres apertises que filles n’ont point accoutumé de faire. On la fit passer pour une bergère de 18 ans en 1429, et cependant par sa propre confession elle avait alors 27 ans. On la mena à Chinon auprès de Charles VII dont les affaires étaient réduites à un état déplorable, outre que les Anglais assiégeaient alors la ville d’Orléans. Jeanne dit au roi qu’elle est envoyée de Dieu pour faire lever le siège de cette ville, et ensuite le faire sacrer à Reims. Un gentilhomme nommé Baudricourt avait proposé au duc de Dunois d’employer cet expédient pour relever le courage de Charles VII. Et Jeanne d’Arc se chargea de bien jouer son rôle de guerrière et d’inspirée.

Elle fut examinée par des femmes qui la trouvèrent vierge et sans tache.

Les docteurs de l’Université et quelques conseillers du parlement ne balancèrent pas à déclarer qu’elle avait toutes les qualités qu’elle se donnait ; soit qu’elle les trompât, soit qu’ils crussent eux-mêmes devoir entrer dans cet artifice politique ; quoi qu’il en soit, cette fille guerrière conduite par des capitaines qui ont l’air d’être à ses ordres, parle aux soldats de la part de Dieu, se met à leur tête, leur inspire son courage, et bientôt après entre dans Orléans, dont elle fait lever le siège.

Les affaires de Charles VII commencèrent à prendre un meilleur train. Le comte de Richemont défit les Anglais à la bataille de Patay, où le fameux Talbot fut prisonnier. Louis III, roi de Sicile, fameux par sa valeur et par les inconstances de la fortune pour la maison d’Anjou, vint se joindre au roi son beau-frère. Auxerre, Troyes, Châlons, Soissons, Compiègne, etc., se rendirent à Charles VII. Reims lui ouvre ses portes ; il est sacré, la Pucelle assistant au sacre, en tenant l’étendard avec lequel elle avait combattu.

L’année suivante elle se jette dans Compiègne que les Anglais assiégeaient ; elle est prise dans une sortie, et conduite à Rouen. Le duc de Bedford crut nécessaire de la flétrir pour ranimer ses Anglais. Elle avait feint un miracle, le régent feignit de la croire sorcière ; on l’accusa d’hérésie, de magie, et on condamna en 1431 à périr par le feu, celle qui ayant sauvé son roi, aurait eu des autels dans les temps héroïques. Charles VII, en 1454 réhabilita sa mémoire assez honorée par son supplice même.

On sait qu’étant en prison elle fit à ses juges une réponse admirable. Interrogée pourquoi elle avait osé assister au sacre de Charles avec son étendard, elle répondit : Il est juste que qui a eu part au travail, en ait à l’honneur. Les magistrats n’étaient pas en droit de la juger, puisqu’elle était prisonnière de guerre ; mais en la condamnant à être brûlée comme hérétique et sorcière, ils commettaient une horrible barbarie, et étaient coupables de fanatisme, de superstition et d’ignorance. D’autres magistrats du dernier siècle ne furent pas moins coupables en condamnant en 1617 Léonora Galligaï, maréchale d’Ancre, à être décapitée et brûlée comme magicienne et sorcière, et elle fit à ses juges une aussi bonne réponse que Jeanne d’Arc.

On peut lire ici les mémoires de du Bellay, l’abbé Lenglet, Histoire de la Pucelle d’Orléans, et la dissertation de M. Rapin dans le IVe volume de son Histoire. Au reste Monstrelet est le seul auteur qui ait été contemporain de Jeanne d’Arc. (Le chevalier de Jaucourt.)

Bastille

  • Volume 2, p. 1295
  • Année : 1752
  • Auteur : Guillaume Le Blond

Bastille, s. f. (Fortification.) […] On a aussi appelé autrefois bastilles, de petits forts dont on environnait les places dans les sièges, pour en former une espèce de circonvallation. C’est ainsi que les Anglais assiégeaient Orléans, lorsque Jeanne d’Arc, autrement la Pucelle d’Orléans, leur en fit lever le siège sous Charles VII. (Q)

Domrémy

  • Volume 5, p. 366
  • Année : 1755

Dom-Remy, village de France, au Barrois ; il est situé sur la Meuse, à 2 lieues de Neufchâteau, et à 3 lieues de Vaucouleurs. C’est la patrie de la fameuse Jeanne d’Arc.

Noblesse

  • Volume 11, p. 179-1807
  • Année : 1765
  • Auteur : Antoine-Gaspard Boucher d’Argis

Noblesse de la Pucelle d’Orléans, voyez ce qui en est dit ci-après à l’article Noblesse utérine.

Noblesse utérine ou coutumière, est celle que l’enfant tient seulement de la mère, lorsqu’il est né d’une mère noble et d’un père roturier.

[…] L’exemple le plus fameux d’une noblesse utérine reconnue en France est celui des personnes qui descendent par les femmes de quelqu’un des frères de la Pucelle d’Orléans. Elle se nommait Jeanne Dars ou Darc. Charles VII, en reconnaissance des services qu’elle avait rendus à la France par sa valeur, par des lettres du mois de Décembre 1429, l’anoblit avec Jacques Dars ou Darc et Isabelle Romée ses père et mère, Jacquemin et Jean Dars et Pierre Perrel ses frères, ensemble leur lignage, leur parenté et leur postérité née et à naître en ligne masculine et féminine. Charles VII changea aussi leur nom en celui de du Lys.

On a mis en doute si l’intention de Charles VII avait été que la postérité féminine des frères de la Pucelle d’Orléans eût la prérogative de transmettre la noblesse à ses descendants, parce que c’est un style ordinaire dans ces sortes de chartes d’anoblir les descendants mâles et femelles de ceux auxquels la noblesse est accordée, mais non pas d’anoblir les descendants des filles, à moins qu’elles ne contractent des alliances nobles. La Roque, en son traité de la noblesse, rapporte vingt exemples de semblables anoblissements faits par Philippe de Valois, par le roi Jean, par Charles V, Charles VI, Charles VII et Louis XI, en vertu desquels personne n’a prétendu que les filles eussent le privilège de communiquer la noblesse à leurs descendants ; il n’y a que les parents de la Pucelle d’Orléans qui aient prétendu avoir ce privilège.

Il fut néanmoins interprété par une déclaration d’Henri II du 26 Mars 1555, par laquelle il est dit qu’il s’étend et se perpétue seulement en faveur de ceux qui seraient descendus du père et des frères de la Pucelle en ligne masculine et non féminine, que les seuls mâles seront censés nobles, et non les descendants des filles, si elles ne sont mariées à des gentilshommes. Ce même privilège fut encore aboli par l’édit d’Henri IV de l’an 1598, sur le fait des anoblissements créés depuis 1578. L’édit de Louis XIII du mois de Juin 1614, article 10, porte que les filles et les femmes descendues des frères de la Pucelle d’Orléans n’anobliront plus leurs maris à l’avenir. Les déclarations de 1634 et de 1635 portent la même chose. Ainsi, suivant l’édit de 1614, les descendants de la Pucelle d’Orléans par les filles, nés avant cet édit, sont maintenus dans leur possession de noblesse, mais ce prétendu privilège a été aboli à compter de cet édit. […] (A)

Poison

  • Volume 12, p. 885-8868
  • Année : 1765
  • Auteur : Antoine-Gaspard Boucher d’Argis

Poison, (Jurisprud.)​​ ou crime de poison est le crime de ceux qui font mourir quelqu’un par le moyen de certaines choses venimeuses.

[…] L’empereur Tibère ayant fait empoisonner Germanicus par le ministère de Pison, gouverneur de Syrie, lorsqu’on brûla le corps de Germanicus, selon la coutume des Romains, son cœur parut tout entier au milieu des flammes ; on prétend que l’on vit la même chose à Rouen, lorsque la Pucelle d’Orléans y fut brûlée. C’est une opinion commune que le cœur étant une fois imbu de venin, ne peut plus être consumé par les flammes. […] (A)

Note : Cette idée de non combustion du cœur est vivement réfutée par le docteur Jean La Fosse dans le 4e volume des Suppléments de l’Encyclopédie, paru en 1777. — Voir : Poisons.

Sosipolis

  • Volume 15, p. 3839
  • Année : 1765
  • Auteur : Louis de Jaucourt

Sosipolis, s. m. (Mythol. grecq.)​​ dieu des Éléens. Pausanias raconte que les Arcadiens ayant fait une grande irruption en Élide, les Éléens s’avancèrent contre eux pour éviter la prise de leur capitale. Comme ils étaient sur le point de livrer bataille, une femme se présenta aux chefs de l’armée, portant entre ses bras un enfant à la mamelle, et leur dit qu’elle avait été avertie en songe que cet enfant combattrait pour eux. Les généraux éléens crurent que l’avis n’était pas à négliger ; ils mirent cet enfant à la tête de l’armée, et l’exposèrent tout nu ; au moment du combat cet enfant se transforma tout-à-coup en serpent, et les Arcadiens furent si effrayés de ce prodige qu’ils se sauvèrent ; les Éléens les poursuivirent, en firent un grand carnage, et remportèrent une victoire signalée.

[…] On peut croire que les chefs des Éléens pour effrayer leurs ennemis, et donner du courage à leurs troupes, s’avisèrent du stratagème d’exposer un enfant à la tête du camp, et de substituer ensuite avec adresse, un serpent à la place. Enfin on fit intervenir la religion pour soutenir une ruse qui avait si bien réussi. Voilà le premier tome de la Pucelle d’Orléans. […] (D. J.)

Virago

  • Volume 17, p. 32410
  • Année : 1765

Virago, s. f. (Hist. anc.)​​ femme d’une taille ou d’un courage extraordinaire, qui a les inclinations martiales. Dans l’antiquité, Sémiramis, Penthésilée, et en général toutes les amazones pouvaient être ainsi appelées, et l’on pourrait aussi approprier cette expression en écrivant en latin à Jeanne d’Arc, cette héroïne connue dans notre histoire, sous le titre de Pucelle d’Orléans.

Ce mot est purement latin, et ne se dit en français que par dérision. […]

Vision céleste
de l’empereur Constantin

  • Volume 17, p. 34811
  • Année : 1765
  • Auteur : Louis de Jaucourt

Vision céleste, de Constantin, (Hist. ecclés.)​​ c’est ainsi qu’on nomme la vision d’une croix lumineuse, qui, au rapport de plusieurs historiens, apparut à l’empereur Constantin, surnommé le grand, quand il eut résolu de faire la guerre à Maxence. […] Qui peut douter à présent que l’apparition prétendue du signe céleste ne soit une fraude pieuse que Constantin imagina, pour favoriser le succès de ses desseins ambitieux ? Cette ruse a cependant fait une longue fortune, et n’a pas même été soupçonnée de fausseté par d’habiles gens du dernier siècle et de celui-ci. Je trouve dans le nombre de ceux qui y ont ajouté fortement et religieusement foi, le célèbre Jacques Abbadie, et le père Grainville.

[…] On peut citer nombre d’impostures qui ont été couronnées d’heureux succès ; celle de Jeanne d’Arc surnommée la Pucelle d’Orléans, n’était pas inconnue à M. Abbadie. Cependant il s’écrie avec indignation : Quoi nous devrions à la folie des fictions la ruine des idoles et l’illumination des nations. […] (Le chevalier de Jaucourt.)

II.
Dans le Supplément de l’Encyclopédie
(1776–1777)

L’Histoire n’entrait point dans le plan du Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers. Nous avons cru devoir la faire entrer dans ce Supplément et en étendant ainsi la base du premier plan, donner un intérêt de plus à cet ouvrage.

Supplément à l’Encyclopédie,
t. 1 : Avertissement.

Jeanne d’Arc

  • Supplément 1, p. 52912
  • Année : 1776
  • Auteur : François-Henri Turpin

Arc (Jeanne d’), Hist. de France.

Cette célèbre amazone à qui la France dut sa conservation, et Charles VII sa couronne, naquit l’an 1412 à Domrémy, hameau de la paroisse de Greux, proche de Vaucouleurs. Elle eut pour père Jacques d’Arc, et pour mère Isabelle Romée, dont probablement le nom n’aurait jamais figuré dans l’histoire sans les exploits de leur fille. Obligée par la misère de sortir de la maison paternelle, Jeanne se mit servante d’hôtellerie ; née dans un rang inférieur, elle avait des grâces naturelles, une physionomie très-heureuse : ces détails sont intéressants, ils donnent plus d’éclat à cette vertu qui lui mérita le surnom de Pucelle, sous lequel on la désigne plus ordinairement que par celui de sa famille. Elle avait à peine dix-sept ans lorsqu’elle conçut, ou plutôt lorsqu’on lui inspira le noble dessein de sauver la France du joug des Anglais ; ces fiers insulaires en étaient presque entièrement les maîtres. Leur domination était affermie dans la capitale ; Charles VII au désespoir faisait des préparatifs pour se retirer en Dauphiné, seule province que les ennemis n’eussent pas entamée : il ne lui restait de plus que quelques places éparses dans le royaume. Ce fut dans ces tristes conjonctures que Jeanne s’offrit à Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs en Champagne. Son imagination embrasée par le récit des hauts faits dont elle entendait parler chaque jour et pensant avoir une inspiration divine, elle crut qu’elle était destinée à chasser les Anglais, et conduire Charles à Reims. Charles ne portait dans le pays où dominait la faction Bourguignonne, que le titre de dauphin, encore bien qu’il fût vraiment roi, les cérémonies du sacre n’ajoutant rien à la dignité ; elles ne servent qu’à rendre la personne des rois plus vénérable, en lui donnant un caractère sacré : la couronne ne dépend en France que de la loi qui la défère aussitôt au plus proche héritier du roi décédé.

— Capitaine Messire, dit Jeanne à Baudricourt, Dieu depuis un temps en ça m’a plusieurs fois fait savoir et commandé que j’allasse devant le gentil dauphin qui doit être et est vrai roi de France, et qu’il me baillât des gens d’armes, et que je lèverais le siège d’Orléans.

Telle fut à-peu-près sa harangue. Rejetée par le gouverneur qui la traita comme une fille en délire, elle alla faire le même compliment à Longpont ; ce vieux gentilhomme blâma Baudricourt de son indifférence, et eut assez de génie pour voir qu’elle pouvait servir à inspirer un zèle extraordinaire, seul remède qui pût alors opérer une révolution. Jeanne avait bien des qualités qui pouvaient la faire passer pour une fille envoyée par le ciel : elle avait un esprit juste, une conception vive, une taille bien prise et peu ordinaire aux personnes de son sexe, un courage à défier non un homme, mais une armée, maniant un cheval, le poussant avec autant d’adresse et d’intrépidité que le cavalier le mieux exercé ; elle se servait avec la même dextérité du sabre et de l’épée ; elle s’était formée à tous ces exercices dans son hôtellerie dont elle allait abreuver les chevaux, et où elle vivait confondue avec les gens de guerre, dont la Champagne était pour lors remplie. Elle était parfaitement instruite de tout ce qui s’était fait de grand dans les deux armées, elle connaissait le nom de tous les soldats et des officiers qui s’étaient distingués par quelqu’action d’éclat ; enflammée du désir de partager leur gloire, elle retourna chez Baudricourt.

— Au nom de Dieu, lui dit-elle, que tardez-vous à m’envoyer ? aujourd’hui le gentil dauphin vient d’avoir un assez grand dommage aux environs d’Orléans.

Baudricourt, déterminé par Longpont, consentit enfin à l’envoyer au roi qu’il avait eu l’attention de prévenir ; il lui donna des armes, un cheval, et la fit conduire à Chinon où la cour était alors ; elle parut devant le roi sous l’appareil d’un guerrier, et le reconnut, dit-on, au milieu d’une foule de seigneurs, quoiqu’il fût déguisé. Suivant une réflexion judicieuse du père Daniel, cette circonstance, dont on eut grand soin d’informer l’armée, n’avait rien d’étonnant, parce que la majesté d’un roi imprime toujours un certain respect que l’on ne saurait perdre, lors même qu’il l’ordonne ; mais n’était-il pas aussi possible que Jeanne fût informée du déguisement dont le roi devait user ce jour-là, comme de l’habit qu’il avait coutume de porter.

Les affaires de Charles étaient tellement désespérées, que l’on croyait qu’elles ne pouvaient se rétablir que par un miracle ; il ne devait donc pas être fâché que l’on crût que le ciel pût en opérer en sa faveur. Jeanne ayant obtenu l’audience du roi, lui fit part de la mission, l’assurant qu’elle venait de la part de Dieu pour le conduire à Reims et délivrer Orléans dont l’ennemi faisait le siège. Charles consentit sans peine à la reconnaître pour une inspirée ; il la fit aussitôt paraître en présence de la cour, armée de toute pièces ; la pesanteur de son armure ne l’empêcha pas de monter sur son cheval sans aide, ce que pouvaient à peine les cavaliers les plus robustes. Comme elle n’avait point d’épée, elle voulut en avoir une qui depuis plus d’un siècle était dans le tombeau d’un chevalier, derrière l’autel de Sainte-Catherine de Fierbois ; le roi affectant une grande surprise, publia qu’elle avait deviné un grand secret qui n’était connu que de lui seul ; telle fut la seconde preuve miraculeuse de sa mission. Il en fallait une troisième, on la trouva dans sa virginité ; on ne croyait pas que sans une faveur particulière du ciel, une fille si savante dans le métier de la guerre, et qui avait fait son apprentissage dans le lieu le plus funeste à la vertu, l’eût conservé jusqu’à l’âge de de dix-sept ans. Jeanne fut indignée du soupçon elle jura, on ne se contenta pas de son serment ; on la met entre les mains des matrones ; ces vénérables, présidées par la reine de Sicile, déclarèrent qu’elle était vierge, et lui expédièrent des lettres de Pucelle. La multitude étonnée d’un aussi grand prodige, ne douta plus que ce ne fût un ange.

Charles l’envoya aussitôt vers Orléans avec un corps de troupes ; mais quelque sublime idée qu’on eût de la capacité, on la subordonna au maréchal de Rieux et au bâtard d’Orléans ; dès qu’elle eut déployé sa bannière où Dieu était représenté sortant d’un nuage, et tenant un globe, elle écrivit au roi d’Angleterre et à ses généraux, leur ordonnant de par Dieu de sortir du royaume de France.

Et si ainsi ne le faites disait-elle, attendez les nouvelles de la Pucelle qui vous ira voir brièvement à vos bien grands dommages. […] Roi d’Angleterre, si ainsi ne le faites, en quelque lieu que j’atteindrai vos gens en France, je les ferai aller, veuillent ou non veuillent.

Le reste de la lettre était à peu-près dans ce style. Les Anglais au lieu d’en faire le sujet de leur plaisanterie, traitèrent la chose très-sérieusement, et firent arrêter le messager. Dès qu’elle parut à la vue d’Orléans, le comte de Dunois qui défendait la ville, en sortit et vint au-devant d’elle avec toutes ses troupes. On prétend que ce fut ce fameux comte qui ayant reconnu dans Jeanne de l’esprit et du courage, forma le projet de s’en bien servir ; rien n’est plus probable que cette conjoncture, Dunois était bien capable de diriger les organes de cette héroïne. Quoi qu’il en soit, Jeanne justifia par des victoires les menaces qu’elle avait faites.

Cette amazone animant le courage du soldat par ses paroles, et plus encore par ses exemples, leur enlève successivement Jargeau, Beaugency et toutes les places qu’ils tenaient dans l’Orléanais. La journée de Patay en Beauce, où quatre mille des ennemis furent couchés sur le champ de bataille, et où le brave et généreux Talbot fut fait prisonnier, mit le comble à sa gloire. Les Français volaient à la suite, et la regardaient comme une fille divine ; ils s’enfonçaient dans les plus affreux périls. Les Anglais la fuyaient comme un foudre, ou plutôt comme une femme envoyée par le diable et animée par les démons. Jeanne victorieuse court vers le roi, met à ses pieds ses lauriers, et lui dit que c’est dans Reims même qu’il faut en aller cueillir de nouveaux.

La Champagne presque entière était au pouvoir de l’ennemi ; mais rien n’était impossible, il n’y avait aucun obstacle capable d’arrêter la Pucelle : son nom seul réduisait à la fuite l’ennemi le plus aguerri, et changeait en soldat intrépide le Français le plus pusillanime. Charles ne manqua pas de profiter de cette heureuse effervescence, il lui donne l’étendard royal et marche vers Reims à la suite : Auxerre, Troyes, Châlons, se rendent sans souffrir de siège. Les officiers qui commandaient dans la ville archiépiscopale, prévoyant bien qu’il faudrait se résoudre à la fuite, cherchèrent des prétextes pour excuser leur pusillanimité, et s’éloignèrent. Charles ne voyant autour de lui ni ennemis, ni rivaux, entre triomphant dans la ville, toujours précédé de la Pucelle. Les cérémonies de son sacre furent ordonnées pour le lendemain. Dès que le roi eut reçu le diadème des mains du prélat, Jeanne ne put retenir ses larmes ; elle se jette à ses genoux, les embrasse, exprimant ainsi la joie dont son âme était pénétrée :

— Enfin, gentil roi, lui dit-elle, est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que vinssiez à Reims recevoir votre digne sacre, en montrant que vous êtes vrai roi.

Charles était trop reconnaissant pour laisser tant de bienfaits, tant de zèle sans récompense : que la Pucelle fût ange ou fille, il lui était également redevable de sa couronne. Il fit frapper une médaille dont un côté représentait son effigie, l’autre une main tenant une épée ; cette médaille avait pour légende ces mots : consilio confirmata Dei13.

La reddition de Reims et des autres villes de la Champagne fraya un chemin au roi pour arriver dans la capitale. Quoique Jeanne eût exécuté les deux points de la mission, elle consentit, à la prière des gens de guerre, de suivre l’armée au siège de Paris. Les villes de Crépy, de Senlis, de Saint-Denis et de Lagny, furent prises aussitôt qu’attaquées. Paris fit une vigoureuse défense, le courage de la Pucelle ne put rien décider pour cette fois ; et l’envie qu’avait excité son courage et ses succès, s’en prévalut. Les sarcasmes qu’elle avait chaque jour à essuyer, ne lui permettant pas de rester davantage, elle supplia le roi de consentir à sa retraite ; mais ce prince connaissant trop bien le prix de ses services, la fit solliciter par le comte de Dunois qui l’invita à le suivre au secours de Compiègne ; elle se laissa vaincre, et ce fut son malheur : heureuse à combattre contre les ennemis de l’état elle devait succomber sous les traits des jaloux.

Elle se fraya un chemin dans la ville assiégée, où sa présence donna une ardeur nouvelle aux habitants ; son courage bouillant ne lui permettant pas de combattre à l’abri d’un rempart, elle fait une sortie à la tête de six cents hommes, deux fois elle chargea les ennemis et les lança jusque dans leurs forts les plus reculés. Obligée de rentrer dans la ville par des troupes fraîches qui arrivaient au secours des Anglais, elle fit une retraite : mais lorsqu’elle se présenta aux portes, elles les trouva fermées. Se voyant trahie, son courage se changea en fureur : elle faisait un carnage horrible des Anglais ; mais enfin son cheval ayant été tué sous elle, elle fut forcée de se rendre à Lionnet, bâtard de Vendôme, qui la remit à Jean de Luxembourg.

Ce duc, au mépris de son rang, de la naissance et du respect qu’un guerrier doit à la valeur, la vendit dix mille livres aux Anglais : c’était un commerce aussi flétrissant pour ce seigneur, que glorieux pour la Pucelle. Elle fut d’abord enfermée dans le château de Beaumanoir, d’où elle fut transférée à Rouen ; ce fut-là que le duc de Bedford se couvrit d’une tache ineffaçable ; ne pouvant soutenir la présence d’une femme qui l’avait si souvent réduit à la fuite il la fit accuser de magie, et par un arrêt dont la honte doit retomber sur son auteur, il la fit condamner à être brûlée vive.

Comme il était difficile de donner une base à cette procédure inique, on essaya d’abord de flétrir la vertu et de la faire passer pour une fille de débauche. Forcé d’abandonner ce moyen, la duchesse l’ayant reconnue pour vierge dans une seconde assemblée de matrones, on chercha une nouvelle espèce de crime ; alors on l’accusa d’être sorcière, hérésiarque, devineresse, fausse prophétesse, d’avoir fait pacte avec les esprits malins, d’avoir oublié la décence de son sexe : tel fut le sommaire du procès. La Pucelle montra dans toutes ses réponses autant de bon sens que de fermeté ; et lorsque l’évêque de Beauvais, son principal juge, lui parla de l’état des affaires de Charles VII, elle lui dit qu’elle ne devait point d’obéissance à son évêque, au point de trahir les intérêts de son roi. La conviction de son innocence ne suffisant pas pour désarmer ses bourreaux, elle voulut se dérober à leur fureur, et se laissa tomber du sommet de la tour où elle était captive ; mais le bruit de la chute l’ayant trahie, la sentinelle qui la gardait, la saisit avant qu’elle eût repris ses sens : son évasion lui fut reprochée comme un nouveau crime, on l’accusa de suicide. Les évêques de Beauvais, de Coutances et de Lisieux, le chapitre de Notre Dame, seize licenciés théologiens, et onze avocats de Rouen, signèrent l’arrêt de mort de cette héroïne : la décision de ces docteurs fait connaître de quelles erreurs l’homme est capable, lorsque séduit par la corruption de son cœur, il ferme les yeux à ce que lui dictent la religion et la raison.

Jeanne jugée coupable d’enchantement, de sortilège, fut livrée au bras séculier le 16 mai 1431 ; et comme si le supplice du feu eût été trop doux, on la fit monter sur un échafaud dans une cage de fer ; ce fut dans cette posture humiliante et pénible qu’on l’exposa aux outrages d’une multitude insultante. Jeanne montra une constance supérieure à la tyrannie de ses juges ; incapable de crainte, elle entre dans le fatal bûcher, et regarde avec douceur la main qui se dispose à y mettre le feu. Elle remercia le Ciel de son supplice, comme elle le remerciait auparavant de ses victoires ; Dieu soit béni, dit-elle, en voyant la flamme s’approcher : telles furent ses dernières paroles.

Ainsi mourut Jeanne : elle périt contre toutes les lois ; même contre celles de la guerre qui rend sacrée la personne d’un ennemi désarmé. On blâme l’insensibilité de Charles VII ; il eût pu, dit-on, arracher au supplice cette héroïne, en menaçant les Anglais d’user de représailles. Si ces menaces eussent suffi, est-il à croire que ce prince eût refusé de les employer ? Il connaissait l’acharnement des Anglais, capables de sacrifier mille victimes au plaisir féroce de la faire périr, et ses mœurs étaient trop douces pour lui permettre de suivre ces exemples barbares. Charles l’avait récompensée d’une manière à le justifier de tout soupçon d’ingratitude ; outre la médaille qu’il avait fait frapper à l’honneur de cette héroïne, il l’avait anoblie elle et toute sa famille, c’est-à-dire, son père, ses trois frères et toute leur postérité, tant en ligne masculine que féminine ; on leur donna à tous des armoiries qui ne pouvaient être plus nobles et plus significatives ; c’était un écu d’azur à deux fleurs de lys d’or, une épée d’argent à la garde dorée, la pointe en haut férue en une couronne d’or qu’elle soutient. Son nom d’Arc fut changé en celui de Lys. Le hameau où elle avait pris naissance fut exempté de toutes tailles, aides et autres subsides à perpétuité. Il reste encore des rejetons de cette illustre famille en Anjou et en Bretagne : le dernier mâle est mort en 1660. Les prérogatives accordées aux femmes leur furent ôtées en 1614, au regret de tous les bons citoyens : on pourrait les leur rendre. Les monuments de la reconnaissance à Orléans et du repentir à Rouen, le sollicitent plus puissamment que les discours étudiés des panégyristes : puisque c’était une femme qui avait acquis les privilèges de cette famille, il était peut-être plus juste d’en priver les mâles. Au reste, on ne rapportera pas ici les fables inventées par la superstition et par la haine. Des auteurs pieusement imbéciles, ont remarqué qu’étant chez ses parents, elle avait coutume de se retirer sous un chêne, et en ont conclu qu’elle avait eu de longs entretiens avec saint Michel : on ne dira rien non plus de cette colombe blanche que l’on vit à sa mort, ni de son cœur qui se conserva entier au milieu des flammes.

Jeanne fut sans doute une fille rare, mais elle ne dut peut-être ses succès qu’à la crédulité des deux partis ; sa chasteté, son courage, la fermeté tranquille à la vue des tourments, tout en sa conduite est admirable, mais n’a rien de surnaturel : elle fut blessée autant de fois qu’elle combattit. Quant à cette épée, dont on feignit que le secret lui avait été révélé, la lame en fut brisée avant même qu’elle eût vu les Anglais. Des écrivains ont élevé des doutes sur son supplice ; ils ont prétendu que l’on choisit une personne du même sexe, digne d’une mort aussi cruelle, qui lui fut substituée. Ces historiens se fondent sur plusieurs circonstances séduisantes ; ils remarquent que l’évêque de Beauvais, à qui l’on avait confié le soin de sa destinée, laissa passer cinq semaines entre la dernière sentence et l’exécution ; chose extraordinaire, et qui, dit-on, fut ménagée afin de pouvoir convaincre celle que l’on voulait lui substituer. Ce sentiment est fortifié par les termes d’une lettre de don, accordée à Pierre, l’un des frères de Jeanne par le duc d’Orléans, l’an 1443, treize ans après son prétendu supplice :

… ouïe la supplication (c’est ainsi que s’exprime cette lettre) dudit messire Pierre, contenant que pour acquitter la loyauté envers le roi notre sire, et M. le duc d’Orléans, il se partit de son pays pour venir à leur service en la compagnie de Jeanne la Pucelle, sa sœur, avec laquelle, et jusques à son absentement, et depuis jusqu’à présent, il a exposé son corps et ses biens audit service.

À ce témoignage positif, ils ajoutent le silence du roi qui n’eût pas manqué de venger la mort ignominieuse de cette héroïne sur les Bourguignons et les Anglais qui furent en sa puissance. Les partisans de cette opinion croient que Jeanne en fut quitte pour quelques années de captivité, et qu’après la mort du duc de Bedford, général des Anglais, arrivée à Rouen en 1435, elle trouva moyen de s’enfuir, et de retourner dans sa province, où elle termina ses aventures par son mariage avec un riche seigneur nommé Robert des Armoises. On trouve dans un manuscrit, contenant une relation des choses arrivées dans la ville de Metz en 1436, que le père Vignier, prêtre de l’oratoire, a vu le contrat de mariage de Jeanne d’Arc avec R. des Armoises. On ne saurait se dissimuler la force de ces autorités ; c’est un frère qui atteste avoir toujours été en la compagnie de cette illustre fille, avant et après la captivité ; c’est un prêtre qui dit avoir vu l’acte de célébration de mariage. On répond à ces difficultés en disant que l’épouse du sieur des Armoises était une fourbe qui se parait d’un grand nom, et qui avait eu assez d’adresse pour faire croire à Pierre et à Jean d’Arc qu’elle était vraiment leur sœur ; mais il vaudrait mieux nier le fait : car enfin il n’y aurait plus rien de certain dans le monde, s’il était possible qu’une fille en imposât à un homme, au point de lui faire croire qu’elle est sa sœur, avec laquelle il a toujours vécu. Voici les paroles du manuscrit de Metz :

La Pucelle Jeanne de France s’en alloit à Erlon en la duché de Luxembourg, et y fut grande presse jusqu’à tant que le fils le comte de Vunembourg la menoit à Cologne, de côté son père le comte de Vunembourg, et la menoit le comte très-fort et quant elle en vault venir, il l’y fit une très-belle curasse pour le y armer et puis s’en vint à ladite Erlon, et là fut fait le mariage de M. de Hermoise chevalier, et de sa Gehanne la Pucelle, et puis après s’en vint ledit sieur Hermoise, avec sa femme la Pucelle, demeurer en Metz, et se tinrent-là jusqu’à tant qu’il leur plaisit aller.

Plusieurs historiens, et entre autres du Haillan, rapportent les actes de son procès. On ne conteste pas que son procès n’ait été fait ; on se fonde encore sur les termes de la réhabilitation faite en 1456, où l’on voit ces paroles : Jean et Pierre, frères de défunte Jeanne d’Arc ; mais elle pouvait être vivante en 1436, et être défunte en 1456. Au reste, le lecteur peut se décider pour l’opinion qu’il jugera la plus probable. On admire dans l’histoire de Jeanne, non son supplice, mais sa sagesse, son courage et la politique de Dunois, et plus encore le fil où tient la destinée des empires. Il est probable que sans cet heureux événement, Charles n’eût jamais monté sur le trône de ses pères. Voyez tous les historiens de France. (T-n.)

Charles VII

  • Supplément 2, p. 35114
  • Année : 1776
  • Auteur : François-Henri Turpin

Charles VII (Hist. de France) monta sur le trône de France à l’âge de 20 ans. À son avènement à la couronne, presque toutes les provinces avaient passé sous la domination des Anglais ; et avec le titre fastueux de roi, il comptait peu de sujets. Le droit de sa naissance lui donnait un beau royaume ; mais il fallait le conquérir à la pointe de l’épée. Le surnom de Victorieux qui lui fut déféré, fait présumer qu’il avait les inclinations belliqueuses, et tous les talents qui distinguent les hommes de guerre. L’expulsion des Anglais fut l’ouvrage de ses généraux ; et tandis qu’assoupi dans les voluptés il s’enivrait d’amour dans les bras d’Agnès de Sorel, Dunois, La Trémouille, Richemont et plusieurs autres guerriers gagnaient des batailles, et lui acquéraient des provinces. Tous les grands vassaux de la France, dans l’espoir de s’en approprier quelques débris, favorisaient ouvertement les Anglais qui cimentèrent leur puissance usurpée par deux victoires, dont l’une fut remportée à Cravant près d’Auxerre, et l’autre, près de Verneuil. La France entière eût passé sous le joug étranger, si les ducs de Bourgogne et de Bretagne, mécontents des Anglais, ne se fussent aperçus qu’ils combattaient pour se donner un maître. Ils retirèrent leurs troupes, et restèrent quelque temps spectateurs oisifs de la querelle.

Les Anglais affaiblis par cette espèce de désertion, n’en furent pas moins ardents à poursuivre leurs conquêtes ; ils mirent le siège devant Orléans, que le brave Dunois défendit avec un courage héroïque. La division qui se mit parmi les chefs de l’armée anglaise ne fut pas le seul obstacle qui interrompit le cours de leurs prospérités. Jeanne d’Arc, célèbre sous le nom de la Pucelle d’Orléans, fut l’instrument dont on se servit pour relever les courages abattus. Cette fille extraordinaire, qui avait rampé dans les plus vils détails de la campagne, crut être la verge dont Dieu voulait se servir pour humilier l’orgueil des ennemis de la France : elle se rendit à Chinon, auprès de Charles VII.

— Je viens, lui dit-elle, chargée par un ordre du Ciel de la double mission de faire lever le siège d’Orléans, et de vous faire sacrer à Reims.

Son ton, sa confiance étaient bien propres à en imposer dans ce siècle. Le roi et les grands crurent ou affectèrent de croire que la mission était divine. Elle se jeta dans Orléans, où elle fut reçue comme une divinité tutélaire. Les soldats en la voyant marcher à leur tête, se crurent invincibles. Le carnage qu’elle fit des Anglais dans plusieurs sorties les obligea de renoncer à leur entreprise, après sept mois d’un siège dont chaque jour avait été marqué par des scènes meurtrières.

Cette fille guerrière savait prendre les villes comme elle savait les défendre ; Auxerre, Troyes, Soissons et Reims, subjuguées par ses armés, furent enlevées aux Anglais. Les affaires de Charles parurent rétablies, et il fut sacré à Reims le 17 juillet 1429. La Pucelle, après avoir rempli sa mission, voulut se retirer ; mais sur la nouvelle que les Anglais formaient le siège de Compiègne qu’elle leur avait enlevée, elle se chargea de la défendre, pour mettre le comble à sa gloire. Son courage audacieux la trahit ; elle fut faite prisonnière dans une sortie. L’ennemi qui devait respecter sa valeur, la traita en criminelle : on la conduisit à Rouen, où elle fut condamnée à être brûlée dans la place publique le 14 juin 1431. Son arrêt fut motivé pour crime de sortilège : c’était un moyen victorieux pour rendre sa mémoire odieuse dans ce siècle de licence et de crédulité.

Les crimes de la politique multipliaient les meurtres et les assassinats ; on sacrifiait les citoyens les plus vertueux à la haine de ceux qu’on voulait attirer dans son parti. La réconciliation du roi avec le Bourguignon fut scellée du sang du président Louvet, accusé, sans preuve, d’avoir eu part au meurtre du dernier duc de Bourgogne. Le seigneur de Giac eut la même destinée que Louvet, auquel il avait succédé : le connétable de Richemont lui fit trancher la tête fans daigner instruire son procès. Ces exécutions militaires dont on voyait de fréquents exemples, répandaient l’effroi dans le cœur du citoyen.

La mort de la Pucelle consterna les Français, sans abattre leur courage ; la guerre se fit pendant quatre ans avec un mélange de prospérités et de revers. Paris rentré dans l’obéissance, donna un exemple qui fut suivi par plusieurs autres villes du royaume. La réconciliation du duc de Bourgogne fit prendre aux affaires une face nouvelle ; ce prince prescrivit en vainqueur des conditions que son maître fut heureux d’accepter ; et après avoir été le plus zélé défenseur des Anglais, il en devint le plus implacable ennemi.

Charles VII avait à peine repris la supériorité, que ses prospérités furent empoisonnées par des chagrins domestiques. Le dauphin son fils s’abandonnant à la malignité des conseils des ducs d’Alençon et de Bourbon, déploya l’étendard de la révolte. Son parti, nommé la Praguerie, fut bientôt dissipé. Son père, indulgent jusqu’à la faiblesse, daigna leur pardonner. La guerre fut continuée dans le Poitou, l’Angoumois et la Gascogne, où les Anglais virent chaque jour leur puissance décliner. Ils obtinrent une trêve de huit mois, qui fut à peine expirée, que les hostilités recommencèrent avec plus de fureur. Les Français prodiguaient leur sang pour un roi noyé dans les délices, et qui paraissait plus jaloux de régner sur le cœur de la maîtresse que sur une nation guerrière. Ses généraux, qui n’avaient d’autres palais que la tente, et d’autres amusements que les jeux de la guerre, reprirent la Guyenne défendue par le valeureux Talbot. Ce héros de l’Angleterre fut défait et tué à la bataille de Castillon. Sa mort porta le dernier coup à la puissance des Anglais, qui furent bientôt chassés de toutes les possessions qu’ils avaient envahies ; la Normandie rentra sous la domination de ses anciens maîtres. Cette riche province, depuis la naissance de l’empire français, avait essuyé de fréquentes révolutions : détachée de la France pour être le domaine d’un peuple de brigands guerriers, elle ne fut plus qu’une province de l’Angleterre, dont la valeur de ses habitants avait fait la conquête sous Guillaume le Conquérant. Elle fut réunie à la France sous Jean sans Terre, et reprise par les Anglais sous Charles VI, dont le fils eut la gloire de la faire rentrer sous sa domination en 1448. Cette brillante conquête fut le prix de la victoire de Formigny, remportée sur les Anglais qui ne conservèrent en France que Calais, dont Édouard s’était emparé en 1347 ; ils s’y maintinrent jusqu’en 1553, qu’elle leur fut enlevée parle duc de Guise. L’indocilité des Bordelais, familiarisés avec la douceur du gouvernement anglais, engagea le roi à bâtir Château-Trompette pour les contenir dans l’obéissance.

Lorsque toute la France fut réunie sous son légitime maître, les lois reprirent leur vigueur, et la licence de la soldatesque fut réprimée : la mémoire de Jeanne d’Arc fut réhabilitée. Ce calme dont on avait tant de besoin, fut encore troublé par la révolte du dauphin. Ce prince sombre et farouche, après un séjour de 15 ans en Dauphiné,se retira auprès du duc de Bourgogne pour allumer une nouvelle guerre civile. Le père, qui n’avait à se reprocher qu’un excès de tendresse pour ce fils dénaturé, tomba dans une langueur qui le conduisit à la mort en 1461, laissant une mémoire fort équivoque. Les merveilles opérées sous son règne lui donnent une place parmi les grands rois. S’il ne parut jamais à la tête de ses armées, il montra du moins beaucoup de discernement dans le choix de ses généraux. La défiance qu’il eut de ses talents militaires doit entrer dans son éloge. Ce fut sous son règne que l’art de l’Imprimerie prit naissance ; mais l’esprit humain ne profita point de ce bienfait pour étendre ses limites : les hommes guerriers, farouches, mettaient plus de gloire à savoir détruire leur espèce qu’à l’éclairer. La milice de l’état avait été jusqu’alors aussi redoutable au citoyen qu’à l’ennemi. On crut que pour réprimer ces brigandages, il fallait lui assurer une paie qui fournît à ses besoins. Cette charge nécessaire pour rétablir la sûreté publique, donna naissance à l’imposition de la taille ; le peuple consentit avec joie à faire le sacrifice d’une portion de ses biens pour se soustraire à la violence du soldat affamé. Ce fut encore sous ce règne que se tint le concile de Bâle, où l’on décida la supériorité du concile sur les décisions du souverain pontife. Æneas Sylvius, qui en avait été secrétaire, en désavoua les maximes lorsqu’il fut parvenu à la papauté. Ce concile finit en 1443 ; Eugène IV en convoqua un autre à Ferrare, qu’il transféra ensuite à Florence. Ce fut dans cette assemblée que se fit la réunion des Grecs avec l’église latine. (T-n.)

Gondrecourt-le-Château

  • Supplément 3, p. 24315
  • Année : 1777
  • Auteur : Claude Courtépée

Gondrecourt-le-Château (Géogr.) […] C’est une châtellenie composée de vingt-quatre villages, dont celui de Domrémy-sur-Meuse, patrie de la célèbre Jeanne d’Arc, est du nombre. […] (C.)

Jargeau

  • Supplément 3, p. 501-50216
  • Année : 1777
  • Auteur : Claude Courtépée

Jargeau ou Gergeau Gargolium, Jorgoilum, Jurgolium, (Géogr.) petite ville de l’Orléanais sur la Loire à quatre lieues d’Orléans, connue dès le IXe siècle, sous Charles le Chauve, sous le nom de Gergofilum. L’évêque d’Orléans en est Seigneur. Charles VII y tint les grands jours en mai 1430, et Louis XI y maria sa fille, Anne de France, avec Pierre de Bourbon, comte de Beaujeu, en 1473. Il y a une collégiale sous le nom de Saint-Umin.

Cette ville fut prise par les Anglais lorsqu’ils assiégèrent Orléans en 1428, reprise en 1429, par Jean, duc d’Alençon, et la Pucelle d’Orléans. […] (C.)

Sainte-Catherine de Fierbois

  • Supplément 4, p. 70517
  • Année : 1777
  • Auteur : Claude Courtépée

Sainte-Catherine de Fierbois (Géogr. Hist.) bourg de la Touraine, à une lieue de Sainte-Maure, renommé pour les excellentes prunes de Sainte-Catherine. En l’église de ce lieu se trouvèrent, dit Savaron, plusieurs épées qui là avaient été données le temps passé, parmi lesquelles était cette épée fatale qui chassa les Anglais de France, et dont s’arma la Pucelle d’Orléans. On l’a portée depuis au trésor de Saint-Denis : on dit qu’elle la trouva dans le tombeau d’un soldat. (C.)

Ouvrage d’esprit

  • Supplément 4, p. 21418
  • Année : 1777
  • Auteur : Antoine Sabatier de Castres19

Ouvrage d’esprit (Phyl.) On entend ordinairement, par ce mot, une composition d’un homme de lettres, faite pour communiquer au public et à la postérité quelque chose d’instructif ou d’amusant. […] Un bon ouvrage, selon le langage des libraires, est un ouvrage qui se vend bien ; selon les curieux, c’est un ouvrage rare dont il y a peu d’exemplaires ; et, selon un homme de bon sens, c’est un ouvrage instructif et bien écrit.

[…] Le public se trompe rarement dans les jugements qu’il porte sur les auteurs à qui leurs productions ont coûté beaucoup d’années, comme il arriva à Chapelain qui mit trente ans à composer son poème de la Pucelle, qui lui attira cette épigramme de Montmaur :

Illa Capellani dudum expectata Puella,

Post tanta in lucem tempora prodit anus.

que le poète de Lignières traduisit ainsi :

Nous attendions de Chapelain

Une pucelle

Jeune et belle :

Trente ans à la former il perdit son latin ;

Et de sa main

Il sort enfin

Une vieille Sempiternelle.

Poème

  • Supplément 4, p. 43820
  • Année : 1777
  • Auteur : Johann Georg Sulzer21

Poème (Arts de la parole.) Il y a bien longtems que l’on cherche à donner une définition du poème, et à tracer les limites exactes qui séparent les perfections de l’éloquence de celles de la poésie.

[…] Lorsqu’on ne savait pas faire encore une églogue, une élégie, un madrigal ; lorsqu’on n’avait pas même l’idée de la beauté de l’imitation dans la poésie descriptive, dans la poésie dramatique, on eut en France la fureur de faire des poèmes épiques. Le Clovis, le Saint-Louis, le Moïse, l’Alaric, la Pucelle, parurent presqu’en même temps ; et qu’on juge de la célébrité qu’ils eurent par la vénération avec laquelle Chapelain parle de les rivaux : Qu’est-ce, dit-il, que la Pucelle peut opposer, dans la peinture parlante, au Moïse de M. de Saint-Amant ? dans la hardiesse et dans la vivacité, au Saint-Louis du révérend père Le Moyne ? dans la pureté, dans la facilité, et dans la majesté, au Saint-Paul de M. l’évêque de Vence ? dans l’abondance et dans la pompe, à l’Alaric de M. de Scudéry ? enfin dans la diversité et dans les agréments, au Clovis de M. Desmarets ? (Préface de la Pucelle).

La vérité est que tous ces poèmes sont la honte du siècle qui les a produits. Le ridicule justement répandu depuis sur le Clovis, le Moïse, l’Alaric, la Pucelle, est la seule trace qu’ils ont laissée. Le Saint-Louis est moins méprisable ; mais de faibles imitations de la poésie ancienne et des fictions extravagantes n’ont pu le sauver de l’oubli. Le Saint-Paul n’est pas même connu de nom.

[…] Si l’aventure de la Pucelle avait été célébrée sérieusement par un homme de génie, personne, après lui, n’aurait osé en faire un poème comique ; peut-être aussi y aurait-il eu quelqu’avantage, du côté des mœurs, à chanter l’incursion des Sarrasins en-deçà des Pyrénées ; et Martel, vainqueur d’Abderame, est un héros digne de l’épopée. À cela près, on ne voit guère dans notre histoire des sujets vraiment héroïques, et l’on peut dire que le génie y sera toujours à l’étroit.

Poisons

  • Supplément 4, p. 45922
  • Année : 1777
  • Auteur : Jean La Fosse, docteur en médecine de la faculté de Montpellier.

Poisons (Méd. lég.) Les moyens de reconnaître les traces d’un poison dans le vivant ou sur le cadavre, forment l’une des plus importantes questions de médecine-légale : et j’ose même dire, l’une des plus difficiles à traiter.

[…] C’est sans doute sur de fausses allégations que l’auteur de l’article Poisons (Jurisprud.), dans le Dict. rais. des Sciences, etc., avance que les médecins regardent comme un indice certain de poison, dans un corps mort, lorsqu’il se trouve un petit ulcère dans la partie supérieure de l’estomac : on ne voit dans aucun auteur remarquable ce ligne allégué, seulement comme digne d’entrer en considération. On est encore plus étonné de trouver dans ce même article l’assertion suivante : C’est une opinion commune que le cœur étant une fois imbu de venin, ne peut plus être consumé par les flammes. Cet auteur cite l’exemple de Germanicus, et celui de la Pucelle d’Orléans, comme des présomptions favorables à ce dogme ; mais faut-il en bonne-foi se repaître des absurdes superstitions de l’antiquité, et M. Boucher d’Argis ne trouvait-il pas dans les auteurs qu’il a fouillés des lignes plus conformes à la philosophie et à l’expérience ? […]

Note : Voir l’article de Boucher d’Argis : Poison (Encyclopédie, vol. 12).

III.
Dans l’Encyclopédie méthodique
(1782–1832)

Le Public, dit M. de Fontenelle, ne souffre pas volontiers qu’on lui dérobe rien de ce qu’il a une fois eu en sa possession. […] Les Auteurs du Supplément de l’Encyclopédie ayant cru devoir admettre l’histoire dans ce supplément, et ayant même fait envisager l’omission (très-réfléchie) de cette partie, comme une des principales causes qui rendaient ce supplément nécessaire, leur exemple nous fait la loi, d’après le principe de M. de Fontenelle, le Public ne veut rien perdre.

Encyclopédie méthodique,
Histoire, t. 1 : Discours préliminaire.

Histoire
(1784–1788)

Jeanne d’Arc
  • Histoire, vol. 1, p. 388-39523
  • Année : 1784
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard24

Arc, (Jeanne d’) dite la Pucelle d’Orléans (Hist. de France.).

Orléans, pressé par les Anglais sous le règne de Charles VII, allait se rendre ou être forcé, quand Jeanne d’Arc, ou la Pucelle d’Orléans parut.

L’aventure de Jeanne d’Arc est le plus singulier des phénomènes historiques. Les annales d’aucun peuple ne présentent une femme si extraordinaire, ni des exploits si incroyables et si certains. En écartant de l’histoire de Jeanne d’Arc tout le merveilleux, c’est-à-dire le surnaturel dont il était assez simple de l’embellir, il restait encore une multitude de faits allez étranges pour excuser l’incrédulité, assez prouvés pour ne pas laisser lieu même au doute.

Jeanne d’Arc, née en 1412 de parents pauvres, au village de Domrémy-sur-Meuse, se présente en 1428, à seize ans, pour sauver la France. Son pays avait souffert, comme le reste du royaume, des ravages de la guerre, et la haine nationale contre les Anglais était alors au plus haut point. Jeanne fut élevée dans l’horreur du nom anglais ; on lui parlait sans cesse des droits et des malheurs de Charles VII, prince digne d’un meilleur fort : son âme s’échauffait à ces récits. Ne pouvant servir le roi, elle priait pour lui ; elle demandait à Dieu un libérateur et un vengeur pour la France ; bientôt elle demanda d’être elle-même ce libérateur, et bientôt elle se crut exaucée. Jamais on ne vit un enthousiasme plus vrai, plus soutenu, plus noble, plus rapidement, plus universellement communiqué. Cet enthousiasme pouvait être augmenté chez elle par des dispositions physiques. Elle n’avait, dit un auteur moderne, que l’extérieur de son sexe, sans éprouver les infirmités qui en caractérisent la faiblesse : cette disposition de ses organes devait nécessairement augmenter la force active de son imagination. Quoiqu’il en soit, il est certain qu’elle allégua des révélations ; laissons les révélations.

Laissons aussi la connaissance qu’elle eut de la journée des Harengs, annoncée par elle à Baudricourt, commandant de Vaucouleurs, avant que la nouvelle en fût arrivée ; laissons le talent qu’elle eut de distinguer le roi dans la foule, sans avoir jamais vu même son portrait, qui se trouvait sur tant de pièces de monnaie, et ce grand secret de Charles VII qu’elle lui révéla, et dont ni l’un ni l’autre n’ont jamais parlé ; laissons encore un coup tout le merveilleux, et voyons ce qu’elle a fait réellement.

Laissons encore la question si Jeanne était véritablement pucelle, question qu’on jugeait alors fort importante, parce qu’on la croyait liée avec celle de la sorcellerie. Rapportons-nous-en sur ce point à la reine de Sicile et aux dames de Gaucourt et de Fiennes, qui, après un examen rigoureux furent convaincues de la virginité de Jeanne.

Observons seulement que les Anglais, quoique par grossièreté et par une basse vengeance, ils ne l’appelassent jamais que la P… des Armagnacs, n’ont jamais réellement élevé un doute sur la pureté de ses mœurs ; qu’elle était scrupuleusement attachée à toutes les bienséances de son sexe ; que quand elle se trouvait dans quelques villes de garnison, elle couchait toujours avec une femme d’une vertu reconnue dans la ville ; que dans les camps elle gardait son armure la nuit, et avait toujours deux de ses frères à ses côtés.

Lorsque Jeanne se présenta d’abord à Baudricourt ; il la renvoya comme une visionnaire ; elle avait dû s’y attendre, elle ne se rebuta point ; elle revint, elle parla, elle étonna Baudricourt, qui enfin l’envoya au roi. Elle assura le roi qu’elle ferait lever le siège d’Orléans, et qu’elle le mènerait à Reims pour être sacré ; elle étonna la cour entière, comme elle avait étonné le commandant de Vaucouleurs ; on commença bientôt à prendre confiance en elle.

Le parlement alors siégeant à Poitiers, fut chargé de l’examiner ; il lui demanda des signes de la mission.

— Qu’on me mène à Orléans, dit-elle, et on en verra des signes certains.

Tous les discours annonçaient cette impatience de combattre et cette assurance de vaincre.

— Mais, lui dit-on, vous demandez des troupes ; Dieu ne peut-il pas sauver la France sans employer d’armée ?

Le raisonnement était pressant. La Pucelle n’y fit qu’une réponse d’enthousiaste.

— Les gens d’armes, dit-elle, combattront en mon Dieu, et le Seigneur donnera la victoire.

Elle vient à Blois, on y préparait un convoi pour Orléans ; elle rassemble les prêtres, elle en forme une espèce de bataillon sacré, qui marche à la tête des troupes, en chantant des hymnes, que les soldats répétaient avec transport ; tous la croyaient inspirée, tous semblaient inspirés à leur tour. Le convoi, escorté, de six mille hommes, passe au milieu des ennemis. La Pucelle est reçue en triomphe dans Orléans ; Dunois et La Hire marchaient à ses côtés. Dunois ne doutait pas qu’elle ne fût inspirée, il en parlait encore dans la vieillesse avec le même enthousiasme.

Les jours suivants, d’autres convois, d’autres secours, furent introduits dans la ville, toujours protégés par la Pucelle, qui se tenait avec un corps de troupes entre la ville et les Anglais. Jeanne procédait en règle ; avant de sortir de Blois et de commencer la première hostilité, elle avait fait sommer les Anglais de rendre le royaume au souverain légitime. Les Anglais chargèrent de chaînes son messager ; elle l’envoya redemander ; elle se plaignit de cette violation du droit des gens, et menaça d’user de représailles. Les assiégeants lui écrivirent des injures ; mais ils renvoyèrent le héraut.

On résolut dans Orléans de reprendre des forts dont les Anglais étaient les maîtres et qui serraient de près la ville. La Pucelle somma encore les Anglais d’abandonner ces forts ; mais, pour n’exposer personne, elle envoya ses lettres au bout d’une flèche dans le camp des assiégeants.

Anglais, leur marquait-elle, vous qui n’avez aucun droit à ce royaume, Dieu vous ordonne, par moi, Jeanne la Pucelle, d’abandonner vos forts et de vous retirer : je vous ferais tenir ma lettre plus honnêtement, si vous ne reteniez pas mes hérauts.

Des injures furent encore la seule réponse à ce juste reproche ; mais la terreur dont les Anglais étaient frappés, perçait à travers leurs faux mépris ; ils la croyaient sorcière, et cette idée n’était pas propre à les rassurer.

Le premier fort, après un assaut de quatre heures, est emporté ; le surlendemain on en emporte deux autres. Dans tous ces assauts, Jeanne paraissait toujours la première, son étendard à la main.

À l’attaque d’un autre fort, une terreur panique s’empare des Français au moment où ils plantaient leurs échelles, ils fuient en désordre ; la Pucelle ne pouvant les retenir, couvre la retraite. Les Anglais enhardis par cette fuite, sortent du fort. Jeanne, indignée qu’on osât la poursuivre, se retourne, et s’avance seule vers les Anglais ; on eut honte de ne la pas suivre, on eut honte d’avoir fui à ses yeux : on repousse les Anglais, et le fort est emporté d’assaut.

Enfin on devait attaquer le dernier et le plus important de ces forts. Jeanne passa la nuit sous les armes, et le lendemain n’en monta pas moins la première à l’assaut ; blessée à la gorge, elle fut forcée de se retirer. Les Anglais crurent avoir rompu le charme ; les Français perdirent courage ; Dunois lui-même, fatigué d’un combat qui avait duré presque tout le jour, songeait à la retraite. Jeanne reparaît au bout d’un quart-d’heure, n’ayant pris que le temps de faire mettre le premier appareil à sa blessure, les Anglais consternés à sa vue lui cèdent la victoire, et chassés de tous leurs forts, ne songent plus qu’à lever le siège d’Orléans.

On a une lettre du duc de Bedford, régent d’Angleterre et de France pendant la minorité de Henri VI, dans laquelle il mande en Angleterre l’état des affaires.

Tout réussissait, dit-il, jusqu’au temps du siège d’Orléans ; mais depuis cette époque, ajoute-t-il, un coup terrible a été frappé sur nous par la main de Dieu. Ce revers est causé en grande partie par la crainte superstitieuse qu’ils ont conçue d’une femme, vraie disciple de Satan, formée du limon de l’enfer, appelée la Pucelle, laquelle s’est servie d’enchantements et de sortilèges. Ce revers et cette défaite, non seulement ont fait périr ici une grande partie de nos troupes, mais ont encore en même temps découragé le reste de la manière la plus étonnante, et ont au contraire ranimé les ennemis etc.

Cette lettre d’un ennemi est le plus beau monument de gloire pour la Pucelle ; voilà le plus sincère aveu de l’effroi que son nom seul inspirait aux Anglais.

C’était sans aucune arme meurtrière, c’était avec son seul étendard que Jeanne les foudroyait ainsi : voilà ce que le lecteur aura peine à comprendre ; en songeant à tant de victoires si rapides, si étonnantes, il se représente la Pucelle au milieu du carnage, les mains teintes de sang, donnant la mort à tout ce qui résiste. Au contraire, cette guerrière, aussi humaine que vaillante, abhorrait le sang, s’exposait aux coups, et n’en portait point ; elle ne se servait jamais de son épée :

— Je veux chasser les ennemis du roi, disait-elle ; mais je ne veux tuer personne.

En effet, il ne paraît pas qu’elle ait jamais donné la mort ; elle courait partout dans les rangs ennemis avec son étendard, toujours la première an combat, la dernière à la retraite. Son ardeur, son audace, sa certitude de vaincre, son étendard qu’on croyait magique, sa grâce dans les exercices, sa sérénité dans le péril, voilà le prestige qui consternait et dissipait ses ennemis.

La ville d’Orléans fut délivrée le 8 mai 1429 ; les ennemis se retirèrent avec précipitation, abandonnant leurs malades, leurs vivres, leur artillerie, leur bagage. On voulut les poursuivre et troubler leur retraite ; Jeanne s’y opposa.

— Laissons les fuir, dit-elle, l’objet est rempli, point de carnage inutile.

Quelle philosophie pourrait valoir cet enthousiasme vertueux ?

Orléans étant délivré, il fallait se mettre au large, en reprenant les places voisines. On courut à Jargeau, qui était défendu par le comte de Suffolk ; le détachement français de ce siège était commandé par le duc d’Alençon. Dès qu’on fut sous les murs de Jargeau :

— Avant, gentil duc ! à l’assaut ! s’écrie la Pucelle.

Dans les moments périlleux, elle lui disait :

— Ne craignez rien, j’ai promis à la duchesse d’Alençon de vous ramener sain et sauf.

Tous les traits des assiégés étaient dirigés contre elle. Parvenue au haut de son échelle, elle allait arborer son étendard sur les murs ; cet étendard est déchiré, un autre coup l’atteint à la tête, et la renverse dans le fossé. Elle sentit que c’était le moment de redoubler d’enthousiasme ; elle se relève, elle remonte :

— Amis, amis, s’écrie-t-elle, sus, sus ! notre Seigneur a condamné les Anglais : ils sont à nous, bon courage.

Jargeau est forcé ; le comte de Suffolk est pris avec un de ses frères ; un autre de ses frères est tué ; de douze cents hommes qui composaient la garnison, onze cents sont taillés en pièces, le reste est fait prisonnier. Meung est repris avec la même facilité : on assiège Beaugency, Beaugency capitule. Mais il restait à vaincre les Anglais en bataille rangée.

Les Anglais s’avancent dans la plaine de Patay en Beauce, avec des forces supérieures, sous la conduite de Talbot, leur plus illustre général, et de Fastolf, récemment vainqueur à la journée des Harengs. On demande à la Pucelle s’il faut combattre les Anglais.

— S’il faut les combattre ! s’écria-t-elle ; oui certainement, fussent-ils pendus aux nues ! Elle ajouta : Mais nous aurons besoin de bons éperons.

— Quoi donc ! dit le duc d’Alençon, prendrions nous la fuite ?

— Non, répliqua Jeanne, mais les ennemis la prendront, et il ne sera pas facile de les atteindre.

En effet, dès le commencement du combat, Fastolf saisi de cette terreur que la Pucelle était en possession d’inspirer aux Anglais, s’enfuit avec une précipitation qui jeta le désordre dans l’armée anglaise. Talbot se surpassa lui-même, il s’épuisa en efforts sublimes pour rétablir le combat, pour rappeler la victoire ; il ne put que retarder sa défaite, et surtout que la rendre plus sanglante par l’opiniâtreté même de la défense. Xaintrailles le fit prisonnier.

Il faut l’avouer, de tels exploits n’étaient point honorés des regards du souverain, ce qui les rend plus admirables encore. Charles VII, étonné de son bonheur, ne pouvant le comprendre, n’osant s’y fier, perdait à délibérer avec La Trémoille, son jeune favori, le temps qu’on employait à le servir par des actions si brillantes et si utiles ; la Pucelle va le trouver :

— Sire, lui dit-elle, c’est trop délibérer, le temps est venu d’agir, il faut aller à Reims recevoir la couronne royale.

Cette proposition faite par toute autre que par la Pucelle, n’eût paru qu’une extravagance ; il s’agissait de traverser quatre-vingt lieues d’un pays occupé par les ennemis : mais la Pucelle avait acquis le droit de faire respecter ses oracles ; on a vu comment elle savait se faire jour à travers les Anglais.

On partit pour Reims : il faut avouer que cette entreprise était contraire aux lois de la prudence ordinaire, et à toutes les spéculations politiques. On n’avait ni argent pour payer les troupes, ni vivres pour les nourrir, ni artillerie pour réduire les places ennemies qu’on rencontrerait sur sa route, ni ressource d’aucune espèce en cas de défaite ; on marchait sur la foi d’une villageoise de dix-sept ans, la fortune de Charles VII et du royaume était remise entre ses mains.

L’armée royale prit la route par la Bourgogne. Le duc, sans être encore ami de Charles VII, ne l’était déjà plus des Anglais, il voulait être neutre ; encore un pas, il allait être français. Auxerre ferma ses portes, mais elle fournit des vivres. La Bourgogne traversée, on arriva devant Troyes, cette ville anti-royale, trop fameuse alors par le traité, qui neuf ans auparavant avait proscrit Charles VII, et livré la France aux Anglais ; on n’avait aucun moyen pour la réduire. Jeanne assura qu’avant trois jours le roi y entrerait en vainqueur ; l’archevêque de Reims lui dit, d’un ton un peu incrédule :

— Prenez-en sept, et si vous tenez parole, nous nous estimerons fort heureux.

Jeanne, piquée de ce doute, court à l’assaut, on la suit ; elle plante son étendard sur le bord des fossés, et s’écrie :

— Qu’on m’apporte des fascines.

À la vue de cet étendard redouté, le charme opère, la terreur s’empare des assiégés, la garnison se retire, la ville se soumet, les habitants abjurent le traité de Troyes, prêtent serment à Charles VII, fournissent des vivres à l’armée royale. Châlons-sur-Marne présente ses clefs ; il restait à soumettre la ville de Reims ; elle en épargna la peine, elle se rendit ; Charles VII y est sacré et couronné, comme la Pucelle l’avait prédit.

Laon, Senlis, Compiègne ouvrent leurs portes ; Beauvais chasse son évêque, Pierre Cauchon, diffamé pour son dévouement aux Anglais. Le duc de Bedford trembla pour Paris, et rassembla toutes ses forces autour de cette place. Paris fut le premier terme des succès de la Pucelle. Sa mission, dit-on, était remplie, elle se bornait à délivrer Orléans et à faire sacrer le roi ; mais c’eût été laisser son ouvrage imparfait ; il fallait assurer à Charles la couronne qu’elle lui avait mise sur la tête, il fallait du moins lui rendre sa capitale.

Les soldats français étaient enivrés des succès de la Pucelle ; mais les chefs en étaient jaloux et les courtisans alarmés : des dispositions perfides se formaient contre elle à la cour ; on redoutait l’ascendant que lui donnaient ses exploits et ses services. Jeanne, née parmi le peuple, en avait conservé la simplicité vertueuse ; intrépide à la cour comme aux combats, la même horreur de l’injustice, qui l’avait armée pour Charles VII contre les Anglais, lui faisait toujours prendre la défense du pauvre, du faible et de l’opprimé. Chère au peuple, et dès lors odieuse aux courtisans, elle faisait profession d’aimer et de respecter ce peuple qu’on ne méprise que quand on n’a pas de quoi lui plaire. En voyant l’empressement avec lequel les Français venaient se ranger auprès du roi dès qu’ils pouvaient échapper à la tyrannie anglaise, en contemplant son ouvrage dans cette heureuse révolution, ses yeux se remplissaient de larmes de joie, et tout l’orgueil qu’elle aurait pu concevoir se tournait en tendresse.

— Peuple aimable ! s’écriait-elle ; peuple excellent ! puissent tes maîtres rendre ce qu’ils doivent à ton amour ! tu sais ton bonheur de mourir pour eux, je ferais le mien de mourir pour toi !

Quoiqu’elle ignorât le manège des cours, quoiqu’elle ne comprit point ces petits intérêts, ces grandes haines, ces noirceurs puériles, ces finesses imbéciles, et les profondes combinaisons de l’art absurde de nuire, elle vit bien que les courtisans n’aimaient pas le roi, qu’ils la haïssaient et qu’ils étaient las de sa gloire ; on veillait avec moins d’attention sur elle dans les périls où elle s’exposait ; on la suivait de moins près aux assauts ; on l’abandonnait davantage au hasard des évènements ; on paraissait moins persuadé que le sort de l’état fût attaché à la conservation de sa personne. Dans une attaque qu’on livrait à Paris, Jeanne s’étant avancée la première, selon son usage, sur le bord du fossé, criait qu’on apportât des fascines, et l’on n’obéissait point ; elle reçut dans ce moment une si forte blessure, que perdant tout son sang, elle resta couchée sur le revers d’une petite éminence, qui la garantissait des traits des assiégés : on la laissa dans cet état presque toute la journée, sans que personne songeât à la secourir ; enfin sur le soir, le duc d’Alençon vint lui-même lui annoncer le mauvais succès de l’attaque, et la nécessité de lever le siège. Jeanne humiliée de ce premier échec, alarmée de la mauvaise volonté qu’on lui avait montrée, et peut-être choquée de l’abandon où elle était restée en cette occasion, demanda la permission de quitter la cour et la guerre ; le roi la retint, mais son vœu était toujours pour la retraite.

— Plût à Dieu, disait-elle à l’archevêque de Reims, que j’eusse la liberté de renoncer aux armes, et de me retirer auprès de mes parents pour les servir et garder leurs troupeaux avec ma sœur et mes frères.

Au siège de Saint-Pierre-le-Moûtier en Nivernais, les Français furent repoussés ; Jeanne d’Arc était à leur tête ; on vint lui proposer de se retirer.

— J’étais mourante, dit-elle, quand on m’entraîna de devant les murs de Paris ; je périrai ici, ou j’emporterai la place.

Cinq ou six hommes d’armes qui l’accompagnaient, parurent prêts à se dévouer avec elle. Une telle résolution rend le courage aux troupes. On retourne à l’assaut, la place est prise.

La guerre se faisait à la fois dans plusieurs provinces ; Jeanne les parcourut toutes, et se signala partout ; elle avait toujours la même valeur, plus de conduite peut-être, mais moins d’enthousiasme ; le caractère de prophétesse et d’inspirée s’affaiblissait en elle ; c’était le fruit heureux ou malheureux des lumières qu’elle acquérait, et de l’expérience anticipée qui naissait de tant d’évènements et révolutions.

Elle battit, près de Lagny, un de ces chefs de bandes, que le malheur des temps avait multipliés à l’excès, celui-ci qu’on nommait Franquet d’Arras, était distingué par sa valeur et par les brigandages, parmi tous ces brigands valeureux. Jeanne le fit prisonnier, et prétendait qu’il fût traité comme un prisonnier de guerre ordinaire. Malgré les efforts qu’elle fit en sa faveur, il fut exécuté à Lagny : il l’avait mérité ; mais Jeanne d’Arc méritait qu’on eût plus d’égard pour ses sollicitations, et qu’on ne jetât point sur la conduite les apparences d’un manque de foi, dont les Anglais la punirent dans la suite, malgré son innocence.

Les Anglais et les Bourguignons réunis voulurent reprendre Compiègne, Jeanne vint s’y enfermer ; mais moins heureuse dans la défense des places que dans l’attaque, elle fit une sortie qui ne réussit pas, et fut prise en couvrant la retraite.

Un archer anglais, plus hardi que les autres, osa la saisir par le bras et la renverser de cheval. Le bâtard de Vendôme la fit prisonnière, et la remit à Jean de Luxembourg-Ligny, général des troupes bourguignonnes. Les Français la virent prendre, et ne retournèrent point à la charge pour la délivrer !

S’il était prouvé que Flavy, gouverneur de Compiègne, lui eût fait fermer la barrière, lorsqu’elle voulut rentrer dans la ville, le nom de ce gouverneur serait à jamais exécrable, comme celui de ce Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, qui n’eut pas honte d’employer les plus indignes manœuvres pour faire brûler vive une fille de dix-neuf ans, irréprochable, vertueuse, comblée de gloire, et qui avait tant de droit à l’admiration de ses ennemis. Cet évêque, le plus furieux persécuteur de sa patrie, le plus vil esclave des Anglais, chassé de son siège comme ennemi public de la France, sollicita, comme une grâce, cette occasion d’assouvir sa haine ; il disputa cette proie à frère Martin, vicaire général de l’inquisition en France ; il réclama la Pucelle, comme ayant été prise dans son diocèse, ce qui était faux, car c’était dans le diocèse de Noyon. C’est une grande tache à la mémoire du bâtard de Vendôme, et de Jean de Luxembourg-Ligny, d’avoir vendu cette fille aux Anglais ; c’en est une pour le duc de Bourgogne qui eut la curiosité de la voir dans sa prison, de ne l’avoir pas protégée ; c’en est une pour l’Université, alors soumise au joug anglais, d’avoir présenté requête pour la faire périr ; mais c’est surtout une tache que les Anglais voudraient pouvoir effacer de leur histoire, que d’avoir livré cette illustre ennemie au supplice le plus cruel.

Jean de Luxembourg la leur vendit dix mille francs. C’était le prix qu’Édouard III avait payé pour avoir en la puissance le roi Jean. La joie barbare que les Anglais firent éclater lorsqu’ils se virent maîtres du sort de la Pucelle, était l’aveu de de la crainte qu’elle leur avait inspirée. Pour leur échapper, elle sauta par une fenêtre de la tour où elle était gardée ; la violence de sa chute lui ôta les moyens de se relever, elle resta sur la place, les gardes accoururent, elle fut étroitement renfermée.

Charles VII ne fit point assez d’efforts pour la tirer de leurs mains, et jamais son indolence ne fut plus coupable. Il semble qu’il aurait pu aisément la racheter comme un prisonnier de guerre ordinaire, du moins lorsqu’elle était encore en la puissance du bâtard de Vendôme ou de Jean de Luxembourg. Des auteurs ont dit qu’Agnès Sorel redoutait l’ascendant que la Pucelle avait pris ou pouvait prendre sur Charles VII, et qu’elle arrêta ou ralentit les démarches que ce prince voulait faire en faveur de Jeanne. Si le fait est vrai, Agnès Sorel a déshonoré son amant, et ce crime efface le mérite qu’elle avait eu autrefois d’engager Charles à régner.

Ce fut à Rouen qu’on instruisit le procès de la Pucelle ; l’archevêché était alors vacant ; le chapitre prêta territoire à l’évêque de Beauvais, qui ne pouvait faire aucune fonction de juge dans un diocèse étranger sans cette permission. Il eut pour assesseurs les ecclésiastiques qu’on crut les plus dévoués aux Anglais.

L’évêque fit faire au village de Domrémy, des informations sur les mœurs de la Pucelle pour tout le temps qui avait précédé l’arrivée de cette guerrière à la cour de Charles VII ; mais l’homme qu’il avait envoyé à Domrémy n’ayant rapporté qu’un témoignage avantageux, l’évêque refusa de lui payer les frais de voyage, et l’accabla d’injures.

Les réponses de Jeanne à ses juges furent d’une sagesse supérieure à son siècle, et d’une modération qu’on ne devait guère attendre d’une enthousiaste. On lui fit jurer de dire la vérité ; elle mit des restrictions à ce serment.

— Vous pourriez, dit-elle, me demander ce que je ne puis vous révéler sans parjure.

On lui défendit de songer à se sauver.

— Si je me sauvais, dit-elle, on ne pourrait m’accuser d’avoir violé ma parole, puisque je ne vous ai point donné ma foi.

On lui demanda si le roi Charles avait aussi des visions.

— Envoyez lui demander, répondit-elle.

Si elle croyait avoir bien fait d’avoir attaqué les remparts de Paris un jour de fête. (C’était le 8 septembre, jour de la nativité de Notre-Dame.)

— Il est juste, dit-elle, de respecter la solennité des fêtes ; si j’ai péché, c’est à mon confesseur à en juger. — Vous dites que vous êtes mon juge, dit-elle à l’évêque de Beauvais ; mais prenez garde au fardeau que vous vous êtes imposé.

On lui demanda si les bienheureux lui avaient annoncé l’irruption des Anglais en France : elle répondit que les Anglais étaient en France depuis longtemps, lorsqu’elle avait eu ses premières révélations ; (car elle soutint toujours la réalité de de ses révélations) ce fut le seul tribut qu’elle parut payer aux erreurs de son temps.

Si elle avait eu dès son enfance le désir de combattre les Bourguignons ? Réponse :

— J’ai toujours souhaité que mon roi recouvrât ses états.

Si les esprits célestes lui avaient promis qu’elle échapperait ? Réponse :

— Cela ne touche point mon procès ; voulez-vous que je parle contre moi ?

De tous les reproches que les juges mêlaient à leurs questions, le seul raisonnable, s’il eût été fondé, concernait le supplice de Franquet d’Arras.

— Il méritait la mort, dit la Pucelle ; cependant je fis tous mes efforts pour lui sauver la vie.

On l’interrogea au sujet d’un enfant qu’elle avait, disait-on, ressuscité à Lagny. L’évêque de Beauvais espéra qu’en avouant ce miracle, elle allait se trahir, (car chaque question qu’on lui faisait, était un piège qu’on lui tendait). Elle répondit que cet enfant qu’on avait cru mort, avait été porté à l’église, qu’il y avait donné quelques signes de vie suffisants pour qu’on lui administrât le baptême ; que ce prodige, si c’en était un, n’était dû qu’à Dieu.

C’était principalement de superstition que ses juges superstitieux voulaient la convaincre, et il faut convenir que par la persévérance sur l’article des révélations, elle leur fournissait un prétexte ; mais quand elle n’aurait pas eu ce tort contre elle-même, aurait-elle échappé à leur rage ? Leur parti était pris, sa perte était résolue ; son crime, c’était d’avoir vaincu les Anglais.

Ils lui demandèrent si elle changeait souvent d’étendard ?

— Toutes les fois qu’il était brisé.

Si elle les faisait bénir, et avec quelles cérémonies ?

— Toujours avec les cérémonies ordinaires.

Pourquoi elle y faisait broder les noms de Jésus et de Marie ?

— C’est des ecclésiastiques que j’ai appris à faire usage de ces noms sacrés.

Si elle avait fait croire aux troupes française que cet étendard portait bonheur ?

— Je ne faisais rien croire ; je disais aux soldats français : Entrez hardiment au milieu des Anglais, et j’y entrais moi-même.

Pourquoi à la cérémonie du couronnement de Charles, elle avait tenu sa bannière levée à côté de ce prince ?

— Il était bien juste qu’après avoir partagé les travaux et les périls, je partageasse l’honneur.

Ces interrogatoires étaient quelquefois aussi ridicules que perfides ; on sautait d’un objet à un autre ; à des questions captieuses, on en mêlait de burlesques, soit par une dérision barbare, soit pour embarrasser la Pucelle.

On lui demanda si les bienheureux qui lui apparaissaient, avaient des boucles d’oreilles, des bagues ?

— Vous m’en avez pris une, dit-elle à l’évêque Beauvais ; rendez-la moi.

S’ils étaient nus ou habillés ?

— Pensez-vous que Dieu n’ait pas de quoi les vêtir ?

Si elle avait vu des fées, et ce qu’elle en pensait ?

— Je n’en ai point vu, j’en ai entendu parler, je n’y ajoute point foi.

Si elle avait eu autrefois une mandragore, et ce qu’elle en avait fait ?

— Je n’en ai point eu ; on dit que c’est une chose dangereuse et criminelle.

Quelquefois les juges lui faisaient tous ensemble des questions différentes.

— Beaux pères, leur disait-elle, l’un après l’autre, s’il vous plaît.

Quelquefois excédée de la multitude de questions inutiles, déplacées, indécentes même, que l’évêque de Beauvais surtout affectait de lui faire, elle disait :

— Demandez à tous les juges assistants si cela est du procès, et j’y répondrai.

On discourut beaucoup devant elle sur la différence de l’église militante et de l’église triomphante ; on la somma de reconnaître cette différence : sans vouloir entrer dans ces distinctions, elle répondit qu’elle serait toujours soumise à l’Église.

On la pressa de déclarer ce qu’elle pensait du pape actuellement régnant :

— Que je ne le connais pas, dit-elle.

Un de ses juges, moine augustin, nommé Isembart, (il mérite qu’on le nomme) fut touché de compassion et saisi d’horreur, en voyant une fille de dix-neuf ans aux prises avec une troupe de théologiens, qui allaient épuiser leur scolastique, pour arracher à sa simplicité ignorante quelque hérésie qui pût servir à la faire brûler ; il saisit le moment où on lui parlait du pape et de l’Église, pour lui conseiller de s’en rapporter au jugement du pape et du concile, qui allait se tenir à Bâle. Jeanne suivit cet avis, et fit son appel à l’instant. L’effet de cet appel était de dépouiller les juges, et de soustraire Jeanne à leur fureur. L’évêque de Beauvais en sentit la conséquence :

— Taisez-vous de par le Diable, cria-t-il à Isembart, en lançant sur lui un regard foudroyant.

Ensuite parlant bas au greffier, pour n’être pas entendu de Jeanne, il lui défendit de faire mention de cet appel. Jeanne s’en aperçut :

— Ah ! dit-elle, vous écrivez bien ce qui fait contre moi, et vous ne voulez pas qu’on écrive ce qui fait pour moi.

On eut recours au honteux expédient d’altérer ses réponses, pour les faire paraître criminelles, ou pour y insérer l’aveu de quelque crime. Un des greffiers attesta dans la suite, que l’évêque de Beauvais avait exigé de lui cette infidélité, et sur son refus, s’était emporté à des menaces et à des injures ; on lui associa un autre greffier, qui fit tout ce qu’on voulut. Un prêtre, nommé l’Oyseleur, fut mis dans la même prison que Jeanne, on lui permit de la voir ; captif et malheureux comme elle, il gagna sa confiance. Jeanne était pieuse, et souffrait surtout de l’interruption de ses devoirs religieux ; elle désirait de se confesser, le prêtre s’offrit pour cet office, et fut accepté. C’était un espion aposté par l’évêque de Beauvais. Tandis qu’il recevait la confession de Jeanne, deux hommes cachés derrière une fenêtre couverte d’un rideau de serge, écrivaient ce qu’elle disait. Ce lâche artifice ne produisit rien. L’innocente Jeanne n’avait point de crimes à confesser. L’expédient d’altérer sa confession et ses réponses était beaucoup plus sûr.

Des témoins déposent qu’ils ont eu lieu de soupçonner que l’évêque de Beauvais, dans le dépit de ne pouvoir convaincre la Pucelle d’aucun crime, avait voulu l’empoisonner. Il faut avouer que cette idée est peu vraisemblable ; c’eût été mal répondre aux vues des Anglais, et mal servir leur vengeance.

Jean de Luxembourg-Ligny, qui avait si lâchement vendu cette respectable fille, eut la nouvelle lâcheté d’aller la voir dans la prison, accompagné des comtes de Warwick et de Stafford. Par une lâcheté peut-être plus grande encore, il voulut lui persuader qu’il venait pour traiter de sa rançon avec les Anglais ; sans daigner lui faire de reproches, elle se contenta de lui répondre :

— Vous n’en avez ni la volonté ni le pouvoir. Je sais bien que ces Anglais me feront mourir, croyant qu’après ma mort ils gagneront le royaume de France ; mais ils n’auront pas ce royaume.

Irrité de cette prophétie, Stafford s’emporta jusqu’à tirer l’épée contre une femme sans défense ; il allait la tuer, si le comte de Warwick ne l’avait retenu. La Pucelle déclara qu’un très-grand seigneur d’Angleterre l’avait voulu violer dans sa prison. Nous n’avons point d’éclaircissements sur cette infâme particularité. La manière dont quelques historiens s’expriment, semblerait indiquer le duc de Bedford. Il faut l’avouer, toute la conduite connue de ce prince semble réclamer contre un tel soupçon. Mais le trait suivant est attesté.

On fit visiter la Pucelle ; l’objet de cette visite était l’opinion reçue qu’une sorcière ne pouvait être vierge, et cette opinion même nous avertit que le grand seigneur anglais désigné dans la plainte de la Pucelle, pouvait avoir eu un motif plus exécrable que l’incontinence. Quoiqu’il en soit, le fait attesté est que le duc de Bedford vit cet examen d’une chambre voisine, par le moyen d’une ouverture pratiquée dans le mur.

Jeanne, dans la prison, était chargée de fers, et de plus, attachée avec une chaîne pendant la nuit ; ses gardes, ses juges ne cessaient de lui prodiguer l’insulte et l’outrage ; le promoteur, qu’on nommait Bénédicité, ne lui parlait jamais qu’en l’appelant hérétique, infâme, etc.

Massieu, curé de Saint-Candide de Rouen, l’un des greffiers, était chargé de la conduire devant les juges, il lui permettait de s’arrêter en passant devant la chapelle du château, pour y faire sa prière. Le promoteur le sut, et reprocha durement à Massieu cette faible indulgence.

— Truand, lui dit-il, qui te fait si hardi d’approcher cette p*** excommuniée, de l’église, sans licence ? Je te ferai mettre en telle tour que tu ne verras ni lune, ni soleil d’ici à un mois, si tu le fais plus.

Jeanne succomba enfin à l’horreur de sa situation, et fut dangereusement malade. Le duc de Bedford, le cardinal de Winchester, le comte de Warwick lui donnèrent deux médecins, auxquels ils recommandèrent instamment d’employer toutes les ressources de leur art pour empêcher qu’elle ne mourût de la maladie, ajoutant que le roi d’Angleterre l’avait achetée trop cher pour n’avoir pas la satisfaction de la faire brûler ; que l’évêque de Beauvais connaissait sur ce point les intentions du roi et que dans cette vue, il pressait avec la plus grande ardeur l’instruction du procès. Ces étranges aveux sont attestés par la déposition des médecins.

L’évêque de Beauvais, pour accélérer le jugement, voulait faire donner la question à Jeanne, toute malade qu’elle était ; il fit exposer à ses yeux l’appareil des tortures. Jeanne protesta d’avance, et jura de désavouer après la question, tous les aveux contraires à la vérité, si la violence des douleurs en arrachait de tels à sa faiblesse. La crainte qu’elle ne mourût à la question, fut le seul motif qui la lui fit épargner.

Avant son jugement, on la conduisit à la place du cimetière de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Un docteur, nommé Guillaume Érard, prononça, sous le titre de prédication charitable, un discours rempli d’invectives contre elle et contre le roi de France.

— C’est à toi, Jeanne, que je parle, s’écriait-il, et te dis que ton roi est hérétique et schismatique.

Jeanne ne répondit rien sur ce qui ne concernait qu’elle. Quand elle entendit insulter le roi, elle interrompit le prédicateur :

— Par ma foi, Sire, lui dit-elle, révérence gardée, je vous ose bien dire et jurer sur peine de ma vie, que mon roi est le plus noble chrétien de tous les chrétiens, et n’est point tel que vous dites.

Qui ne serait touché de ce témoignage d’amour et de zèle pour un roi indifférent, qu’elle avait si bien servi, et qui la laissait périr si misérablement !

On voulait tirer d’elle un aveu. On la pressa d’abjurer. Elle dit qu’elle ne savait point ce que ce terme signifiait. Puis, quand on le lui eut expliqué, elle se ressouvint du conseil d’Isembart :

— Je m’en rapporte, dit-elle, à l’église universelle, qu’elle juge si je dois abjurer.

— Tu abjureras présentement, lui cria Érard, ou tu seras arse.

En même temps on lui montrait l’exécuteur qui l’attendait à l’extrémité de la place avec la charrette toute prête pour la conduire au bûcher. Le greffier s’approcha et lui lut un modèle d’abjuration, qui contenait seulement une promesse de ne plus porter les armes, de laisser croître ses cheveux, et de quitter l’habit d’homme ; il fallait signer cet écrit ou mourir ; elle signa : mais par une supercherie digne de ces monstres, il se trouva qu’elle avait signé un autre écrit, où elle se reconnaissait dissolue, hérétique, schismatique, idolâtre, séditieuse, invocatrice des démons, sorcière, etc. ; toutes les qualifications les plus incompatibles y avaient été accumulées. C’est l’usage. Sur cet aveu escroqué, l’évêque de Beauvais prononça le jugement qui la condamnait, selon le style de l’inquisition, à une prison perpétuelle, au pain de douleur et à l’eau d’angoisse. Le comte de Warwick reprocha aux juges la douceur de ce jugement, les Anglais trouvaient que ces juges iniques n’avaient pas gagné l’argent qu’ils avaient reçu, puisque Jeanne échappait au supplice :

— Ne vous embarrassez pas, dit un des juges, nous la rattraperons bien.

L’écrit qu’elle avait signé, contenait, comme celui qu’on lui avait lu, la promesse de quitter pour jamais l’habit d’homme. La nuit, les gardes enlevèrent les vêtements de femme qui étaient sur le lit de Jeanne, et y mirent un habit d’homme. Elle représenta aux gardes la défense qui lui avait été faite de mettre un tel habit : ils lui répliquèrent brutalement qu’elle n’en aurait point d’autre. Elle prit le parti de rester au lit ; elle y resta jusqu’à midi. Forcée enfin de se lever, du moins pour un moment, la pudeur lui fit prendre les seuls vêtements qui fussent à sa disposition. Des témoins apostés entrent aussitôt et constatent la transgression. Pierre Cauchon, transporté de joie du succès de son artifice, dit au comte de Warwick, en éclatant de rire :

— C’en est fait, nous la tenons.

Elle est livrée comme relapse au bras séculier, et envoyée au bûcher. L’évêque de Beauvais voulut encore en ce moment l’obliger de se rétracter sur l’article des révélations.

— Or ça, Jeanne, lui dit-il, vous nous avez toujours dit que vos voix vous disaient que vous seriez délivrée. (Nous avons vu pourtant qu’elle avait refusé de répondre sur cet article.) Vous voyez maintenant comme elle vous ont déçue ; dites-nous-en la vérité.

Jeanne persista :

— Soit bons, soit mauvais esprits, dit-elle, ils me sont apparus. Quant à ma délivrance, l’état où vous me voyez vous justifie, et je n’espère rien.

Cependant en allant au supplice, elle s’écriait quelquefois :

— Ah ! Rouen, Rouen, seras-tu ma dernière demeure ?

Mot qui semblait annoncer encore un reste d’espérance.

Plusieurs historiens ont trouvé beau de donner à Jeanne, au moment de la mort, une constance plus qu’héroïque et un enthousiasme prophétique ; ce n’était pas la peine d’altérer la vérité pour diminuer l’intérêt par cet étalage d’une insensibilité stoïque. Les monuments attestent que Jeanne eut, dans ce terrible moment, toutes les faiblesses de la nature : et elle n’en est que plus intéressante. Elle pleura beaucoup, mais ne se permit que de douces plaintes, sans emportements, sans bravades, sans injures. Malgré les imputations odieuses et les qualifications infamantes qu’on lisait sur la mitre dont sa tête était couverte, et sur un grand tableau placé en face du bûcher, le peuple fondait en larmes, et eût voulu la délivrer ; le bourreau pleurait et tremblait. L’évêque de Beauvais lui-même, ce tigre, se sentit attendri, lorsque Jeanne lui dit avec douceur :

— Vous m’aviez promis de me rendre à l’église, et vous me livrez à mes ennemis !

Il rougit d’avoir pu connaître la pitié, il dévora des pleurs, reste d’humanité que son cœur féroce n’avait pu dépouiller entièrement, mais qu’il désavouait. Quelques juges, honteux d’avoir prêté leur ministère à tant d’injustices, s’étaient retirés. Un d’eux, nommé André Marguerie, ayant ouvert un avis qui pouvait sauver la Pucelle (c’était de lui demander quels motifs l’avaient portée à reprendre l’habit d’homme), il pensa lui en coûter la vie. Ceux de ces mêmes juges qui laissèrent échapper quelques marques de repentir, eurent peine à éviter eux mêmes le supplice ; deux d’entre eux furent arrêtés, et n’obtinrent leur grâce qu’en se soumettant à la honte d’une rétractation publique. Après l’exécution, le bourreau vint trouver les deux religieux dominicains qui avaient assisté Jeanne à la mort : il leur dit en pleurant, qu’il ne croyait pas que Dieu lui pardonnât jamais le tourment qu’il avait fait souffrir à cette sainte fille (ce furent ses termes) et que jamais il n’avait tant craint de faire une exécution.

Un secrétaire du roi d’Angleterre cria tout haut :

— Nous sommes tous perdus et déshonorés par ce supplice affreux d’une femme innocente.

Comme on voulait qu’il ne pût rester aucun doute sur la mort de la Pucelle, (14 juin 1431 ) on l’avait élevée sur un échafaud de plâtre, afin qu’elle fût distinctement aperçue de tout le peuple. Cette précaution rendit les tourments beaucoup plus longs, parce que les flammes ne pouvaient qu’à peine l’atteindre. Pendant toute la durée du supplice, à travers les cris de douleur que la violence des tourments lui arrachait, on n’entendit sortir de la bouche que le nom de Jésus. Le cardinal de Winchester fit jeter ses cendres dans la Seine.

Charles VII fit revoir le procès, et réhabiliter la mémoire de Jeanne, (jugement du 7 juillet 1456) réparation dont la gloire de cette guerrière n’avait pas besoin, mais qui était nécessaire à la gloire de Charles lui-même.

Le juges qui avaient condamné la Pucelle, devinrent, un objet d’exécration pour les Français, et de mépris pour les Anglais ; on les montrait dans les rues, on les évitait avec horreur. Louis XI jugea que son père n’avait pas assez fait en cassant leur sentence, il leur fit faire leur procès ; la plupart étaient morts, mais il en restait deux qui subirent la peine du talion.

Jeanne d’Arc avait été anoblie avec toute sa famille, par Charles VII ; elle l’était assez par ses exploits. Les lettres de noblesse comprennent également les mâles et les femelles à perpétuité. Ce privilège en faveur des femmes de la famille de Jeanne a subsisté jusqu’au commencement du dernier siècle. En 1608, Lude le Maire, qui descendait par sa mère de la famille de Jeanne d’Arc, fit enregistrer ses lettres d’anoblissement. Six ans après, la noblesse fut bornée aux seuls descendants de mâle en mâle. Il faut présumer qu’on eut de bonnes raisons pour restreindre ainsi ce privilège ; cependant comme il devait son origine à la valeur d’une femme, il paraissait assez naturel qu’il pût être communiqué par les femmes.

La précaution qu’on avait prise d’exécuter Jeanne d’Arc en plein jour, et de la tenir élevée, pour qu’elle fût bien vue de tout le peuple, n’empêcha pas qu’après sa mort il ne parut plusieurs fausses Jeannes d’Arc. Une entre autres avait une ressemblance si marquée avec la Pucelle, ou joua si bien son personnage, qu’elle trompa les frères mêmes de la Pucelle. On sait qu’à la faveur de cette imposture elle épousa un gentilhomme de la maison des Armoises ; elle reçut à Orléans les honneurs dus à la libératrice de la ville.

Une autre trompa encore la reconnaissance des Orléanais, mais sa fourberie ayant été découverte, elle fut exposée à Paris, aux regards du peuple, sur une pierre de marbre, qui était alors au bas des grands degrés du palais.

Ces deux premières se disaient échappées au supplice par des moyens plus ou moins merveilleux. Il en vint une troisième, qui, en convenant du supplice et de la mort, prétendait avoir été ressuscitée. On dit que le roi prit la peine de la confondre lui-même, en lui demandant compte d’un secret réel ou chimérique, qu’il disait n’avoir été connu que de lui et de la Pucelle. Ce prétendu secret n’était point entré dans les instructions de cette femme ; ce qui prouve que du vivant de la Pucelle il n’en avait pas été question ; car si le roi eût déclaré du vivant de Jeanne d’Arc, comme on le prétend, qu’elle avait su par révélation un secret connu de lui seul, quelle femme eût osé prendre sur elle de jouer ce personnage ? Celle-ci, déconcertée par une question qu’elle n’avait pas prévue, se jeta aux pieds du roi, lui demanda grâce, et l’obtint.

Ce que nous avons rapporté de Jeanne d’Arc, est le résultat de son procès combiné avec le récit des historiens. Ces deux sources, les seules où il soit possible de puiser, se sentent sûrement beaucoup de l’enthousiasme qu’inspira de son temps cette fille singulière. La philosophie peut en retrancher ce qu’elle voudra ; elle peut modifier les faits par les circonstances, et les témoignages historiques par les vraisemblances ; elle peut partager plus également entre la Pucelle et les généraux de Charles VII la gloire des exploits de ce temps, ou même n’attribuer qu’à ces derniers le plan et la conduite des opérations, et regarder la Pucelle comme n’ayant été qu’un instrument entre les mains de la politique ; cet instrument du moins fut bien actif et bien efficace. Peut-être en tout, ce phénomène historique est-il inexplicable. La condition, le sexe, l’âge, les vertus, la piété, la valeur, la bonne conduite, les succès de ce vengeur inattendu de Charles VII offrent un ensemble où le merveilleux domine, quelque effort qu’on fasse pour l’écarter, ou pour l’affaiblir. S’il fallait absolument expliquer ce merveilleux, nous l’expliquerions par le vertueux et sublime enthousiasme qui animait la Pucelle, par l’idée répandue parmi les Français qu’elle était inspirée, et parmi les Anglais qu’elle était magicienne. Ce dernier point est prouvé par la lettre du duc de Bedford que nous avons rapportée. On sent combien une pareille idée était naturelle dans le temps dont il s’agit, et quel effet prodigieux elle devait produire.

Artémise
  • Histoire, vol. 1, p. 427
  • Année : 1784
  • Auteur : François-Henri Turpin

Artémise, reine d’Halicarnasse (Hist. anc.), fille de Lygdamis, roi d’Halicarnasse, de Cos, de Calidon et de plusieurs autres contrées, fut une de ces femmes privilégiées, qui, tenant leurs passions asservies à leur raison, se sont montrées dignes de commander aux hommes.

[…] Il fallait qu’elle parût bien redoutable à ses ennemis, puisque les Athéniens eurent la bassesse de mettre sa tête à prix. (Ils ne mirent pas proprement sa tête à prix, car ils promirent au contraire dix milles drachmes, (cinq mille livres de notre monnaie, pour récompense à quiconque la pourrait prendre en vie ; sur quoi M. Rollin fait cette réflexion : S’ils l’eussent prise, elle n’aurait mérité que d’être comblée de louanges et d’honneurs. Sans doute, et ce mot est la condamnation de la bassesse barbare du procédé des Anglais du quinzième siècle envers la Pucelle d’Orléans, qui était plus obligée encore de défendre son roi qu’Artémise ne l’était de seconder Xerxés dans son irruption.) […] (T-n.)

Artus de Bretagne
  • Histoire, vol. 1, p. 438
  • Année : 1784
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Artus de Bretagne, (Hist. mod.), comte de Richemont, frère du duc de Bretagne, Jean VI, et dans la suite duc de Bretagne lui-même. Son frère et lui étaient dans les intérêts de la France contre Henri V et les Anglais. Artus fut fait prisonnier à la bataille d’Azincourt en 1415.

[…] Quand les Anglais entreprirent le siège d’Orléans, le connétable insista pour faire agréer ses services, il fut obstinément refusé.

Le bruit des succès de la Pucelle d’Orléans vint tourmenter le connétable dans sa retraite, il s’indignait d’être étranger à tout, il brûlait de s’associer à la gloire de cette illustre fille, et de contribuer à l’expulsion des Anglais. Après avoir dévoré encore quelques refus, il résolut de se perdre, ou de forcer le roi à souffrir du moins ses secours ; il se rend à l’armée avec des troupes rassemblées en Bretagne et ailleurs. Au premier bruit de sa marche, le roi lui fait défense de passer outre, il poursuit sa route ; le roi défend à son armée de le recevoir, il arrive à l’armée ; celle-ci fut incertaine du parti qu’elle avait à prendre ; devait-elle, malgré les ordres du roi, recevoir le connétable comme ami ? Devait-elle le combattre comme ennemi, et renouveler la guerre civile entre les partisans de Charles VII ? On dit que la Pucelle, mettant les ordres du roi au-dessus des intérêts de l’état, fut de ce dernier avis. Le connétable du moins le crut ainsi. Jeanne, lui dit-il, on m’a dit que vous voulez me combattre. Je ne sais pas qui vous êtes, ni de par qui vous êtes envoyée ; si c’est de par Dieu ou de par le Diable ; si vous êtes de par Dieu, je ne vous crains point, car Dieu connaît mon intention comme la vôtre ; si vous êtes de par le Diable, je vous crains encore moins. Jeanne l’assura de son dévouement, tant qu’il serait fidèle au roi.

La Hire et les autres seigneurs bien intentionnés qui étaient dans l’armée, firent au roi de si fortes représentations, que malgré l’opposition constante de La Trémoille, il consentit enfin à laisser faire le connétable, se contentant de ne le point voir. Richemont eut beaucoup de part à la victoire de Patay, où Fastolf s’enfuit, et ou Talbot fut fait prisonnier. La Pucelle et les chefs de l’armée allèrent rendre compte au roi de ce succès. Parmi ces chefs on ne vit point le connétable, et c’était le cas de ce Præfulgebant, etc. de Tacite25, dont on a fait tant d’applications ; il craignit de montrer un visage odieux, et de paraître triompher de La Trémoille et peut-être du roi, plus que de Fastolf et de Talbot. Le roi parut sentir bien mal cette délicatesse, un ordre de quitter l’armée en fut tout le prix. Cet ordre révolta et l’armée et la cour contre le favori, et même contre le roi ; on détestait l’insolence de l’un, on déplorait la faiblesse de l’autre. Si le connétable eût permis alors à sa vertu d’abuser, contre un maître ingrat et contre un ministre imprudent, des dispositions générales que cette injustice avait fait naître, les succès de la Pucelle pouvaient encore rester sans effet, et les Anglais reprendre leur ascendant. Le roi exposait l’état et sa propre couronne pour un favori.

La Pucelle enfin se jeta aux pieds du roi, pour le prier de rendre les bonnes grâces au connétable. La Trémoille frémit de cette démarche ; il feignit de se réconcilier avec Richemont ; ce fut pour le mieux trahir. Le roi ne haïssait personne, il ne faisait que se prêter aux sentiments qu’on lui inspirait ; il fit dire à Richemont qu’il lui pardonnait : mais les intrigues de La Trémoille firent empoisonner cette grâce par une nouvelle insulte. Le roi défendit au connétable de le suivre à Reims, ayant, disait-il, besoin de lui, pour couvrir l’Orléanais et le Maine contre les Anglais, du moins le prétexte avait quelque chose d’honnête, mais l’événement fit voir que ce n’était en effet qu’un prétexte ; Richemont continua d’être traité en ennemi du roi ; toutes les villes du parti royal lui fermèrent leurs portes comme auparavant, et toujours en vertu des ordres de la cour. Richemont retourna dans sa retraite de Parthenay.

Baudricourt
  • Histoire, vol. 1, p. 563
  • Année : 1784
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Baudricourt, (Hist. mod.), c’est le nom du gouverneur ou commandant de Vaucouleurs, qui envoya au roi Charles VII la Pucelle d’Orléans. Jean de Baudricourt, son fils, maréchal de France, gouverneur de Bourgogne, signala sa valeur et sa bonne conduite à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier en 1488, où Louis de La Trémoille fit prisonnier le duc d’Orléans, (depuis Louis XII). Baudricourt accompagna Charles VIII à la conquête du royaume de Naples, et y contribua. Il mourut en 1499.

Bedford
  • Histoire, vol. 1, p. 579
  • Année : 1784
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Bedford, ou Betfort, (Jean, duc de) (Hist. d’Anglet.) frère du roi Henri V, fut chargé, après la mort de ce conquérant, arrivée le 31 août 1422, de la régence de la France, pendant la minorité de Henri VI, proclamé à neuf mois roi de France et d’Angleterre ; assemblage monstrueux de deux sceptres ennemis dans la main d’un enfant. Le duc de Bedford, que Henri V, son frère, chargeait en mourant, de tyranniser la France, s’acquitta très-bien de ce funeste emploi ; la France ne pouvait guère avoir d’ennemi plus redoutable, et sous sa régence,les Anglais n’éprouvèrent aucun des inconvénients d’une minorité. Il attacha de plus en plus le duc de Bourgogne au parti anglais ; il acquit, par des moyens adroits, un autre allié considérable, le duc de Bretagne ; il gagna, en 1423, la bataille de Cravant ; en 1424, la bataille de Verneuil ; il combla les malheurs de Charles VII. Enfin la Pucelle d’Orléans arrêta les progrès ; le duc de Bourgogne fit la paix avec la France, à Arras,le 22 septembre 1435. Le 14 décembre suivant, arriva la mort du duc de Bedford, signe et principe de décadence pour les Anglais, qui perdaient en lui un des plus grands princes dont leur nation puisse s’honorer. L’Angleterre n’avait point encore eu de général plus savant dans les opérations, ni de ministre plus conciliant dans les affaires. Il exécutait avec la même rapidité que Henri V, ce qu’il avait conçu avec plus de sagesse ; il traçait des plans, il les suivait, ses succès étaient le fruit de ses combinaisons ; il faisait marcher ensemble la politique et la guerre, les négociations et les hostilités. Plusieurs de ses expéditions furent à la fois des exploits brillants et de grands coups d’état. Prudent, patient,sage, modéré, juste même, quoique défendant une cause injuste, il savait diriger, persuader, calmer, ramener, dissimuler ; il avait fallu toute sa dextérité pour retenir si longtemps le duc de Bourgogne dans le parti des Anglais, dont il brûlait de se détacher. Il est triste que tant de talents, et même de vertus, n’aient été employés qu’à faire le malheur des hommes. M. Hume dit que la mémoire du duc de Bedford est sans tache, si l’on excepte l’exécution barbare de la Pucelle d’Orléans ; malheureusement cette tache est ineffaçable, et il n’y a point de gloire qui n’en fût ternie. Apprenons à redouter les haines nationales et les préjugés qu’elles font naître, en voyant dans quelles fureurs elles ont pu entraîner un prince vertueux, et même éclairé ; gémissons sur un tel bourreau d’une telle héroïne, veillons sur nous-mêmes, et défions-nous des passions.

Le duc de Bedford fut enterré dans la cathédrale de Rouen ; on lui érigea un tombeau. Rapin de Thoyras raconte que Louis XI étant à Rouen à considérer ce monument, un courtisan français proposa de le détruire, parce qu’il rappelait la honte de la nation. Respectons, dit le monarque, la cendre d’un ennemi, qui, s’il était en vie, ferait trembler le plus hardi d’entre nous. Je voudrais que ce monument fût plus digne encore du héros auquel il a été consacré.

Jacques de Cailly
  • Histoire, vol. 1, p. 717
  • Année : 1784
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Cailly (le chevalier Jacques de) (Hist. litt, mod.) était d’Orléans, et était, dit-on, de la famille de la Pucelle d’Orléans. Il mourut vers l’an 1674, chevalier de Saint-Michel, et gentilhomme ordinaire du roi. Ses épigrammes ont eu de la réputation. On les trouve dans un recueil de poésies, en deux volumes in-12, publié par M. de la Monnoye en 1714, sous le titre de la Haye.

Calixte III
  • Histoire, vol. 1, p. 733
  • Année : 1784
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Callixte ou Calixte (Hist. ecclés.) est le nom de trois papes, dont le dernier, mort en 1458, a réhabilité la mémoire de la Pucelle d’Orléans.

Noblesse
  • Histoire, vol. 1, p. 117
  • Année : 1784
  • Auteur : Antoine-Gaspard Boucher d’Argis

Note : Reproduction à l’identique des deux articles de l’Encyclopédie (volume 11, 1765, p. 179-180) : Noblesse de la Pucelle d’Orléans et Noblesse utérine par Antoine-Gaspard Boucher d’Argis. — Voir : Noblesse de Jeanne d’Arc.

Cauchon
  • Histoire, vol. 2, p. 1726
  • Année : 1786
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Cauchon (Pierre), (Hist. de Fr.) évêque de Beauvais, puis de Lisieux, mort en 1443, et dont la mémoire doit être en horreur à tous les bons Français. Voyez-en les raisons à l’article de Jeanne d’Arc dont il fut bien moins le juge que le bourreau.

Jean Chapelain
  • Histoire, vol. 2, p. 44
  • Année : 1786
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Chapelain (Jean), (Hist. litt. mod.). Chapelain paraît être un exemple de réputation détruite par la satyre.

[…] Ainsi la satyre amuse, la raison seule persuade ; ce n’est point Boileau qui a détruit la réputation de Chapelain, c’est la Pucelle ; les torts et les malheurs de Chapelain et l’excuse de Boileau sont dans la Pucelle ; c’est ce que Galba, dans Tacite, dit de Néron dans un autre genre : Quem… non Vindex cum inermi provincia, aut ego cum una legione, sed sua immanitas, sua luxuria cervicibus publicis depulere27.

[…] Chapelain avait tant de réputation, qu’avant que la lecture de la Pucelle eût fait son effet, avant qu’on l’eût assez lue pouf s’assurer qu’on ne pouvait la lire, avant qu’on eût osé prendre sur soi de condamner Chapelain, ce poème eut jusqu’à six éditions en dix-huit mois.

Montmaur fit sur la Pucelle cette épigramme :

Illa Capellani dudum expectata Puella,

Post tanta in lucem tempora prodit anus.

Lignières traduisit ainsi, en l’allongeant et l’égayant :

Nous attendions de Chapelain

Une pucelle

Jeune et belle :

Trente ans à la former il perdit son latin ;

Et de sa main

Il sort enfin

Une vieille Sempiternelle.

Il faut sans doute abandonner le poème de Chapelain, et il y a longtemps que cette justice est faite ; mais il ne faut pas dire avec M. de Voltaire, qui n’a peut-être jamais rien dit de si léger, que Chapelain eut la bêtise de traiter sérieusement le sujet de la Pucelle, car il n’en sut jamais de plus intéressant […].

Charles VII
  • Histoire, vol. 2, p. 7728
  • Année : 1786
  • Auteur : François-Henri Turpin

Note : Reproduction à l’identique de l’article du Supplément de l’Encyclopédie (volume 2, 1776, p. 351). — Voir : Charles VII.

On remarquera la correction suivante, indiquée sous le paragraphe commençant par Les crimes de la politique… :

(L’auteur se trompe, le président Louvet ne fut qu’éloigné de la cour, et ne fut point mis à mort.)

Les frères Chartier
  • Histoire, vol. 2, p. 101
  • Année : 1786
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Chartier (Alain), (Hist. litt. mod.). […] archidiacre de Paris, conseiller au parlement, secrétaire des rois Charles VI et Charles VII. […] Il avait deux frères, tous deux célèbres. Jean, bénédictin, auteur des grandes chroniques de France, appelées chroniques de Saint-Denis. Son Histoire de Charles VII a paru imprimée au Louvre en 1661, par les soins, et avec des remarques du savant Godefroy.

Guillaume Chartier, évêque de Paris, fut l’autre frère. Il eut aussi beaucoup de réputation. Il fut un des commissaires nommés pour la révision du procès de la Pucelle d’Orléans, et pour la réhabilitation de fa mémoire. […]

Dunois
  • Histoire, vol. 2, p. 38629
  • Année : 1786
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Dunois (Hist. de Fr.). Louis, duc d’Orléans, frère du roi Charles VI, avait eu de Mariette d’Enghien, femme d’Aubert de Cany, gentilhomme de Picardie, ce comte de Dunois, qui s’honorait du nom de bâtard d’Orléans, parce qu’il l’avait lui-même honoré par ses exploits : il fut la tige de la maison de Longueville. Ces noms de Dunois et de Longueville lui viennent de domaines qui lui furent donnés dans la suite pour prix de ses exploits.

La nuit du 23 au 24 novembre 1407, le duc d’Orléans, son père, sortant de chez la reine, avait été assassiné dans la rue Barbette, par l’ordre et sous les yeux du cruel Jean, duc de Bourgogne, son cousin-germain.

Sa veuve, Valentine de Milan, qui, moins tendre que fière, souffrit patiemment sa mort, et mourut de douleur de n’avoir pu la venger, n’attendait cette vengeance d’aucun des trois fils qu’elle laissait de lui. Toute son espérance était dans le bâtard d’Orléans. Charles VII a été nommé le roi bien servi ; c’est surtout par Dunois qu’il a mérité ce titre. En 1427 les Anglais avaient assiégé Montargis, Dunois passe à travers le camp des Anglais, pénètre dans la place, et fait lever le siège, exploit doublement mémorable et parce qu’il commença la réputation de Dunois, et parce qu’il fut le premier succès un peu décisif des Français sous le règne de Charles VII, et qu’il leur donna la première lueur d’espérance dans leur abattement, après les désastres de Crevant et de Verneuil.

Dunois fut blessé à la journée des Harengs, en 1429. Il venait pour enlever, avec un corps de quatre mille hommes, le capitaine anglais, Fastolf, qui conduisait un grand convoi de poissons au camp des Anglais, pour le carême. Fastolf se fit de ses chariots un retranchement où il se flattait que la précipitation française ne manquerait pas de vouloir l’attaquer. Dunois était trop habile pour se permettre une telle imprudence ; il rompit à coups de canon le retranchement de Fastolf et commençait à répandre la confusion dans la troupe anglaise, lorsque quelques Écossais qui servaient dans l’armée française, emportés par leur haine pour les Anglais, rompirent leurs rangs, et engageant le combat sans ordre et sans concert, rendirent Fastolf vainqueur.

Dunois fut le plus grand admirateur des exploits de la Pucelle. Lorsque cette fille singulière fut reçue en triomphe dans Orléans, Dunois et La Hire qui l’avaient suivie de plus près dans les combats, marchaient à ses côtés.

Après le supplice de la Pucelle, et comme pour la venger, Dunois surprit Chartres et fit lever le siège de Lagny au duc de Bedford. Il eut la plus grande part à la réduction de la Normandie et de la Guyenne, et ce ne fut pas sans raison que Charles VII lui donna le titre de restaurateur de la patrie.

Un instant de mécontentement fit entrer Dunois dans le complot de la Praguerie, un regard du roi le fit rentrer dans son devoir, et Charles VII, assisté du connétable de Richemont et du comte de Dunois, soumit l’ennemi domestique comme l’ennemi étranger, et força les rebelles de lui ramener son fils en implorant pour lui et pour eux la clémence du roi.

Il n’augurait pas bien du règne de Louis XI. Nous avons perdu notre maître, disait-il à la mort de Charles VII, que chacun songe a se pourvoir. Il contribua seul avec du Chastel aux frais des obsèques de ce Prince.

Il entra dans la ligue du bien public contre Louis XI, et donna, par sa réputation et son expérience, un grand poids à cette ligue. Il mourut plein de gloire en 1468.

Goldast
  • Histoire, vol. 2, p. 715
  • Année : 1786
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Goldast (Melchior Haiminsfeld) (Hist. litt. mod.) savant et laborieux compilateur suisse, vivant en Allemagne. Ses principaux ouvrages sont les recueils intitulés : Alemanniæ scriptores, Scriptores aliquot rerum suevicarum, […] Sibylla Francica : c’est la Pucelle d’Orléans qui est ainsi désignée, et l’ouvrage est un recueil de morceaux qui la concernent […].

Isambart
  • Histoire, vol. 3, p. 136-13730
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Isambart ou Isembart (Hist. de Fr.), moine augustin du quinzième siècle. Nous nommerons cet homme, parce qu’étant un des juges de la Pucelle d’Orléans, il fut touché de compassion et saisi d’horreur en voyant l’iniquité des autres juges ses confrères, et qu’il tâcha de sauver la Pucelle.

Jeannes
  • Histoire, vol. 3, p. 189
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Jeannes, (la plupart des femmes célèbres de ce nom se trouvent aux noms des différentes ma ;sons auxquelles elles appartiennent ; par exemple, les deux Jeannes de Naples se trouvent à l’article Anjou ; les deux Jeannes rivales de Bretagne ; Jeanne de Flandre, comtesse de Montfort, et Jeanne la boiteuse, comtesse de Penthièvre, sont aux articles Montfort et Penthièvre ; Jeanne d’Arc, à Arc ; ainsi des autres.) […]

Lenglet du Fresnoy
  • Histoire, vol. 3, p. 311-313
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Lenglet (Hist. litt. mod.), c’est le nom 1°, d’un professeur royal d’éloquence et recteur de l’université, poète latin moderne, grâce aux anciens. 2°. Du fameux abbé Lenglet du Fresnoy (Nicolas). M. Michault a publié en 1761 des mémoires sur sa vie, et il avait préparé un Lengletiana. Lenglet du Fresnoy naquit à Beauvais le 5 octobre 1674.

[…] L’historien de l’abbé Lenglet donne un catalogue raisonné des ouvrages de cet auteur ; il les divise en trois classes, celle des ouvrages qu’il a faits seul, celle des éditions qu’il a données et celle des ouvrages auxquels il a seulement eu part. Parmi les ouvrages qu’il a faits seul, les deux méthodes pour étudier l’histoire et la géographie ; son histoire de Jeanne d’Arc, ses tablettes chronologiques, sont ceux qui lui ont fait le plus d’honneur et que leur utilité rend les plus recommandables.

Orléans
  • Histoire, vol. 4, p. 10331
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Orléans (la Pucelle d’), (Voyez Arc, Jeanne d’).

Orléans, (Hist. de Fr.), Aureliæ, Aurelianum ou Genabum. On est partagé sur l’étymologie et la signification de ce nom ; Sabellicus croit que ce nom vient de l’or que le commerce de cette ville lui rapporte. Or-léans, c’est-à-dire, il y a de l’or là-dedans. Othon de Frisingue a cru que l’empereur Aurélien l’ayant augmenté, l’avait appelé de son nom Aurelia ; d’autres croient qu’Or-léans est ora Ligeriana, rive de Loire. Orléans soutint à différentes époques quatre sièges particulièrement mémorables ; celui d’Attila, en 451, dont elle fut, dit-on, miraculeusement délivrée par les prières de saint Agnan, son évêque. Celui des Anglais, en 1428, dont elle fut tout aussi miraculeusement délivrée par la Pucelle d’Orléans. Celui des protestants, en 1562 ; celui des catholiques, où le duc de Guise, Français, fut tué par Poltrot de Méré en 1563.

Pucelle
  • Histoire, vol. 4, p. 428
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Pucelle d’Orléans (Voyez Arc, Jeanne d’).

Pierre de Rieux
  • Histoire, vol. 4, p. 575
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Rieux (Hist. de France.) noble et ancienne maison de Bretagne, qui tire son nom de la terre de Rieux dans cette province.

[…] Comme on vivait alors dans un temps de faction, où tous les partis étaient tour-à-tour oppresseurs et opprimés, Pierre de Rieux fut destitué parla faction de Bourgogne, le 2 juin 1418. Il n’en fut que plus attaché au dauphin, qui fut depuis le roi Charles VII, qu’il servit toujours avec beaucoup de zèle et de fidélité, et souvent avec beaucoup de succès. Il défendit vaillamment contre les Anglais la ville de Saint-Denis en 1435, reprit sur eux la ville de Dieppe, leur fit lever le siège de Harfleur en 1438. En passant devant le château de Compiègne pour retourner à la cour, il fut arrêté pour quelque querelle particulière par Flavi, gouverneur de Compiègne, qui le retint dans une prison où il mourut l’année suivante 1439, à Nesles en Tardenois ; c’est ce même Flavi qui fut soupçonné d’avoir fait fermer la barrière à la Pucelle d’Orléans, lorsqu’elle voulait rentrer dans Compiègne après une sortie, et d’avoir été cause de sa captivité et de sa mort cruelle.

Agnès Sorel
  • Histoire, vol. 5, p. 117-11832
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Sorel (Agnès) (Hist. de Fr.), on connaît ces quatre vers de François Ier sur Agnès Sorel :

Gentille Agnès plus d’honneur en mérite,

La cause étant de France recouvrer,

Que ce peut dedans un cloître ouvrer

Close Nonain, ou bien dévot hermite.

Ce qui distingue avantageusement Agnès Sorel, parmi les maîtresses des Rois, c’est qu’au lieu que les autres ont trop souvent avili leurs amants, elle a illustré le sien, et ne s’est servi de l’empire que l’amour lui donnait sur Charles VII, que pour lui inspirer le courage convenable à sa situation, et qui seul le sauver ; elle voulut être, la maîtresse, d’un roi, et d’un roi victorieux ; Charles VII fut roi pour lui plaire, et vainqueur pour la mériter. L’amour, qui écarte tant de Héros des sentiers du devoir et de la gloire, y ramena l’heureux Charles VII.

[…] Cette Agnès Sorel, digne d’estime à beaucoup, d’égards, comme on vient de le voir, fut accusée de n’avoir pas eu pour Jeanne d’Arc, pour la fameuse Pucelle d’Orléans, les sentiments qu’elle devait à la libératrice du Roi, son amant, au génie tutélaire de la France ; elle fut même soupçonnée d’avoir contribué, par une jalousie politique, trop indigne d’elle, à l’indifférence coupable avec laquelle Charles VII laissa périr misérablement cette brave Amazone,

La honte des Anglais, et le soutien du trône.

Talbot
  • Histoire, vol. 5, p. 18133
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Talbot, (Hist. d’Anglet.), grande maison d’Angleterre, originaire de Normandie, a produit plusieurs personnages d’un mérite distingué.

Le plus célèbre est Jean Talbot, comte de Shrewsbury de Waterford ; il fut fait gouverneur de l’Irlande, qu’il avait beaucoup contribué à réduire sous l’obéissance de Henri V. Il passa en France en 1417, pour partager les avantages que l’Angleterre y remportait alors, et bientôt son nom égala, puis surpassa ceux des capitaines anglais les plus illustres : les Salisbury, les Arundel, les Warwick, les Willoughby, etc. En 1428, il prit Alençon, Pontoise, Laval. Au siège d’Orléans, il commandait les assiégeants avec Salisbury et Suffolk. Prisonnier au combat de Patay, le brave Talbot fut présenté au roi Charles VII, par le brave Xaintrailles, qui en même-temps lui demanda la permission de le renvoyer libre à l’instant sans rançon. Talbot eut le bonheur de prendre sa revanche dans la suite à l’égard de Xaintrailles. Il montra qu’il était libre en emportant d’assaut Beaumont-sur-Oise. Le roi d’Angleterre le fit maréchal de France en 1441, puisqu’enfin il était roi de France.

Le principal objet des Français, lorsqu’après les exploits de la Pucelle d’Orléans, la fortune leur fut devenue constamment favorable, fut de recouvrer la Normandie ; tous leurs efforts furent heureux : la bataille de Formigny, où Thomas Kyriell fut défait et pris par le connétable de Richemont, ôta aux Anglais toute espérance de conserver cette province ; Talbot même ne put qu’en retarder quelque temps la perte. Ce fut en vain que ce grand homme, à qui sa nation devait les seuls succès qu’elle eût eus depuis la mort du duc de Bedford, épuisa toutes les ressources de son génie pour la défendre ; il eut encore des succès de détail, il perça plus d’une fois les armées françaises pour introduire des convois dans les places assiégées ; il acquit beaucoup de gloire, mais une gloire stérile pour sa nation, qui acheva de perdre courage lorsque Talbot eût été tué avec son fils à la bataille de Castillon en Guyenne, le 17 juillet 1453. Il était allé dans cette-province après la réduction de la Normandie, pour défendre ce qui restait aux Anglais en France. Ce Talbot était l’Hector des Anglais ; vertueux, vaillant et malheureux, il s’ensevelit sous les ruines de se nation qui, sans lui, aurait beaucoup plus tôt succombé. Il servit avec autant d’éclat dans les négociations que dans les armées. C’était Talbot qui disait que si Dieu était homme d’armes, il serait pillard. Il parlait de ce qu’il voyait et non de ce qu’il faisait.

Étienne de Vignoles
(La Hire)
  • Histoire, vol. 5, p. 535
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Vignoles, (Étienne de), (Hist. d’Anglet.), plus connu fous le nom de La Hire. Il était de l’ancienne maison des barons de Vignoles. C’est un de ceux qui ont le plus justifié le surnom donné a Charles VII de roi bien servi. Il est un des principaux auteurs des merveilles de ce règne dont on a dit que Charles VII lui-même n’avait été que spectateur ; il contribua beaucoup à reporter Charles VII sur le trône ; ce fut lui qui, avec le comte de Dunois, arrêta enfin le duc de Bedford devant Montargis, et le força d’enlever le siège, premier échec qui commença la décadence des Anglais en France. La Hire faisait plus peut-être que de servir son maître, il lui disait la vérité. Ce fut lui qui, voyant Charles VII donner des fêtes pendant que les conquêtes des anglais le réduisaient à n’être plus que roi de Bourges, lui dit : On ne peut perdre plus gaiement son royaume. Voilà les gens vraiment nécessaires aux rois, et voilà ceux qu’ils aiment le moins. La Hire mourut à Montauban en 1447.

Warwick
  • Histoire, vol. 5, p. 63434
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Warwick, (Hist. d’Anglet.), comté d’Angleterre, dont plusieurs personnages célèbres ont porté le nom.

Le comte de Warwick, de la maison de Beauchamp, l’une des plus anciennes, des plus illustres et des plus riches de l’Angleterre, général distingué dans les guerres des Anglais, contre les Français, sous Charles VI et Charles VII ; c’était l’émule des Arundel et des Talbot. Avant le siège d’Orléans, il avait formé celui de Montargis. Le premier exploit du fameux bâtard d’Orléans, qui fut depuis le comte de Dunois, et le premier succès un peu décisif des Français sous le règne de Charles VII, après les désastres de Cravant et de Verneuil, fut de faire lever au comte de Warwick, ce siège de Montargis ; et ce fut pour effacer cet échec par l’éclat d’une grande expédition que les Anglais, ayant reçu des renforts considérables, entreprirent le siège d’Orléans.

Pour un brave capitaine, il partagea trop la colère aveugle et féroce des Anglais contre la Pucelle d’Orléans. Il eut la curiosité un peu lâche d’aller la voir dans sa prison ; où un héros anglais n’aurait dû paraître que pour la délivrer ou du moins pour l’admirer, il y allait pour insulter à son malheur, et la Pucelle ayant tenu des propos qui menaçaient les Anglais de la décadence entière de leurs affaires en France, le comte de Warwick eut du moins le léger mérite de retenir le comte de Stafford, qui voulait tuer la Pucelle, et qui avait tiré l’épée contre elle. Ce n’était pas pour la sauver que Warwick l’arrachait des mains de ce barbare, c’était pour la réserver au supplice, et cette infortunée étant tombée malade en prison, Warwick, ainsi que le cardinal de Winchester, montra une grande crainte qu’elle ne mourût de sa maladie, et que le roi d’Angleterre ne fut privé de la satisfaction de la faire brûler. Lorsque les inquisiteurs eurent condamné Jeanne, suivant le style de l’inquisition, à une prison perpétuelle au pain de douleur et à l’eau d’angoisse, le comte de Warwick reprocha aux juges la douceur de ce jugement, et il approuva, du moins par son silence, l’indigne artifice par lequel Pierre Cauchon livra aux Anglais leur victime, en la faisant condamner comme relapse, parce qu’ayant signé la promesse de quitter pour jamais l’habit d’homme, la pudeur l’avait obligée de prendre le seul vêtement qu’on eut laissé à sa disposition et c’était un habit d’homme.

Henri V, roi d’Angleterre, avait confié en mourant l’éducation de son fils, Henri VI, au comte de Warwick ; cette disposition ne fut point suivie, et le parlement choisit, au lieu de Warwick, le cardinal de Winchester, grand-oncle du jeune roi, mais beaucoup moins,digne que Warwick de ce noble emploi. Warwick mourut pendant le cours des guerres entre les deux nations.

Winchester
  • Histoire, vol. 5, p. 653-65435
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Winchester ou Winchestre, ou Wincestre, (Henri de Beaufort, cardinal de), (Hist. d’Anglet.), était fils légitime de Jean de Gaunt, duc de Lancastre, par conséquent il était frère du roi Henri IV, oncle du roi Henri V, et grand-oncle du roi Henri VI. Henri V en mourant à trente-quatre ans, au sein de ses prospérités, donna la régence de la France au duc de Bedford, l’aîné de ses frères, et celle d’Angleterre au duc de Glocester, un autre de ses frères ; le cardinal de Winchester, leur oncle, resté en Angleterre, y disputait l’autorité au duc de Glocester son neveu, et le duc et le cardinal étaient opposés l’un à l’autre sur tous les objets du gouvernement.

Zizca et les Hussites remplissaient alors la Bohême de troubles et d’erreurs. Le pape Martin V publiait contre eux une croisade, il la publia surtout en Angleterre. On a cru que ce pape étant dans les intérêts de la France, n’avait voulu que détourner vers un objet étranger l’argent et les troupes de l’Angleterre, pour favoriser par cette diversion le parti de Charles VII. Le duc de Glocester et son oncle se divisèrent sur cet article comme sur le reste : le cardinal fut pour la croisade, c’était assez pour que le duc de Glocester fut contraire ; il jugeait d’ailleurs que dans les conjonctures où l’on se trouvait alors, les affaires de France devaient seules occuper la nation anglaise. Cependant le pape et le cardinal de Winchester l’emportèrent pour la croisade ; le parlement y donna son consentement ; mais ce fut le duc de Glocester qui finit par l’emporter car le duc de Bedford changea la destination des troupes levées pour la croisade ; au lieu d’aller en Bohême, elles vinrent en France.

Le cardinal de Winchester y vint aussi, il y était dans le temps du procès de Jeanne d’Arc, et il y prit beaucoup part. Cette illustre infortunée, succombant à l’horreur de sa situation, et étant tombée dangereusement malade, le cardinal de Winchester et le comte de Warwick lui donnèrent deux médecins auxquels ils recommandèrent instamment d’employer toutes les ressources de leur art pour empêcher qu’elle ne mourût de sa maladie, disant que le roi d’Angleterre l’avait achetée trop cher pour n’avoir pas la satisfaction de la voir brûler. Après l’exécution, le même cardinal de Winchester prit soin de faite jeter ses cendres dans la Seine, de peur qu’elles ne devinssent un objet de vénération pour le peuple. […]

Vignoles
  • Histoire, vol. 6, p. 38036
  • Année : 1788
  • Auteur : Gabriel-Henri Gaillard

Vignoles (Hist. de Fr.) Le fameux Étienne de Vignoles, dit La Hire, dont l’article est dans le Dictionnaire, avait un frère (Amador de Vignoles) brave chevalier, ainsi qu’Étienne. Cet Amador, en 1429, conduisit à Orléans un secours de quatre cents hommes choisis, pour seconder la Pucelle d’Orléans, occupée alors à en faire lever le siège. Il fut tué devant Creil en 1434.

Art militaire
(1784–1797)

Amazones
  • Art militaire, vol. 1, p. 7837
  • Année : 1784
  • Auteur : Louis-Félix Guynement de Kéralio.

Amazones ; femmes guerrières. — Puisque les femmes, à qui la nature semble n’avoir donné que les armes de la grâce et de la beauté, ont souillé leurs mains de sang et de meurtres, la guerre est, sans doute, un mal inhérent à la condition humaine. […] La France eut aussi des femmes d’un courage digne de mémoire.

[…] Mais le plus étonnant phénomène de ce genre fut la célèbre Jeanne d’Arc. Sa figure était belle, noble, et imposante, son maintien grave et assuré, son regard plein de feu, son éloquence simple, véhémente, quelquefois sublime, sa persuasion intime et inébranlable. Son enthousiasme passa dans toutes les âmes ; et le peuple, ainsi qu’elle-même, le regarda comme un don du ciel. Un étendard à la main elle conduisait les Français à toutes les attaques ; et, ce que son courage avait de plus admirable, c’est que, semblable au vertueux Mornay,

Elle affrontait la mort et ne la donnait pas.

Jeanne d’Arc marchait toujours la première aux attaques, la dernière dans les retraites : elle ramenait souvent les troupes au combat. Ce fut en leur donnant l’exemple de la confiance et de l’opiniâtreté, qu’elle fut blessée au siège de Paris, à l’assaut de la porte Saint-Honoré, et qu’elle leur fit emporter Saint-Pierre-le-Moûtier. La joie des Anglais fut excessive, quand ils l’eurent en leur puissance. Je me tais sur le procès qu’ils lui firent : d’autres en parleront.

On a voulu regarder comme fabuleux les effets de son enthousiasme. Mais l’excès du doute éloigne du vrai comme la crédulité. On se tromperait presque toujours en jugeant d’un temps par un autre. Si on se transporte dans celui de Jeanne d’Arc, on n’y trouvera qu’elle d’extraordinaire.

Arme
(épée de Jeanne d’Arc)
  • Art militaire, vol. 1, p. 15338
  • Année : 1784
  • Auteur : Père Gabriel Daniel, tiré de son Histoire de la milice française (1721), t. 1, p. 414.

[…] L’épée de la Pucelle d’Orléans, que l’on voit au trésor de Saint-Denis, est très longue, et large à proportion. Les plus longues, les plus fortes, et les plus pesantes de ce temps-ci, sont petites et légères en comparaison de celle-là. Du temps de François Ier, elles étaient aussi plus longues que celles des anciens Français, selon le témoignage de du Bellay (Discipl. milit., p. 11), et Montluc marque en effet que nos gens-d’armes portaient en ce temps-là, de grands coutelas tranchants pour couper les bras maillés et détrancher les morions. (Liv. I, p. 180). L’épée de Henri IV, qui est au trésor des médailles du roi, est aussi fort longue : mais c’était son espadon, et non son épée. On peut croire la même chose de celle de la Pucelle d’Orléans. […]

Chevalier
(épée de Jeanne d’Arc)
  • Art militaire, vol. 1, p. 62739
  • Année : 1784
  • Auteur : Louis-Félix Guynement de Kéralio

[…] Les épées et les autres armes que les plus fameux chevaliers avaient portées dans les combats, et qui tant de fois avaient été les instruments de leurs victoires, ces armes, dis-je, comme autrefois celles d’Achille, parmi les chefs grecs, excitaient l’ambition des capitaines, et même des princes souverains. Ils désiraient de les posséder, soit pour les employer eux-mêmes à des exploits dignes des héros qui les avaient ennoblies, soit pour les déposer dans leurs arsenaux et dans leurs salles d’armes, comme des monuments singuliers et vénérables. Quelquefois on les donnait aux églises, on les consacrait à Dieu, seul auteur du courage comme des autres vertus.

Le duc de Savoie fit les plus exactes recherches pour trouver l’épée du chevalier Bayard ; il la voulait placer dans son palais. Sous Charles VII, dans les plus grandes adversités de la France, on crut devoir choisir une de ces épées antiques pour armer le bras de la Pucelle d’Orléans. En l’église de Sainte-Catherine de Fierbois, se trouvèrent, dit Savaron, plusieurs épées qui là avaient été données le temps passé ; parmi lesquelles était cette épée fatale qui chassa les Anglais de France40.

  • Art militaire, vol. 1, p. 63941

Les chevaliers pouvaient même en faire d’autres parmi les ennemis ; et celui qui avait été fait de la sorte était reconnu pour tel dans sa nation. Après que la fameuse Pucelle eut fait lever le siège d’Orléans, le comte de Suffolk, un des généraux anglais fut pris au siège de Jargeau par Guillaume Renaud. Avant de se rendre, il lui demanda : Es-tu gentilhomme ? — Oui, répondit Renaud. — Es-tu chevalier ? — Non. — Je veux que tu le sois, avant que je me rende. Il lui donna l’accolade, lui ceignit l’épée, et se rendit à lui42.

Haie
  • Art militaire, vol. 3, p. 2043
  • Année : 1787
  • Auteur : Jean-Gérard Lacuée de Cessac

Haie. Disposition d’une troupe formée sur un seul rang.

[…] En 1422, Guillaume Kyriell, capitaine anglais, commandant un corps d’environ 80 chevaux, rencontre 200 chevaux français commandés par le capitaine du Bellay ; il paraît impossible aux Anglais d’éviter l’ennemi ; ils se résolvent donc à se défendre : ils mettent pied à terre, se placent derrière une haie, et delà, ils lancent un si grand nombre de traits contre les Français, qu’ils les mettent en fuite, toutefois après en avoir tué plusieurs et fait même quelques-uns d’eux prisonniers de guerre. Les Français, je le sais, commirent une grande faute : ils assaillirent la haie à cheval ; mais le grand, le sublime de l’art ne consiste-t-il pas presque toujours à savoir profiter des fautes de ses ennemis ? Les Mémoires de la Pucelle d’Orléans, qui nous ont fourni le premier trait que nous venons de rapporter, nous en présentent un autre encore plus décisif.

Histoire militaire
  • Art militaire, vol. 3, p. 3944
  • Année : 1787
  • Auteur : Jean-Gérard Lacuée de Cessac

[…] En rassemblant des matériaux pour l’histoire de ces temps éloignés, ils en recueilleront encore pour celle des temps modernes ; ainsi ils n’auront pas besoin de revoir Tournai pour décrire le siège qu’en fit Louis XV ; Orléans pour celui que Jeanne d’Arc fit lever, etc.

Humanité
  • Art militaire, vol. 3, p. 7745
  • Année : 1787
  • Auteur : Jean-Gérard Lacuée de Cessac

[…] Quoique nous ayons montré dans le paragraphe XVII de l’article Général, un grand nombre de militaires remplis d’humanité, un nouveau coup d’œil sur les guerriers de tous les âges va nous en offrir encore plusieurs autres dignes d’être cités pour modèles. Dans la liste des héros que leur humanité a illustrés, on doit joindre aux noms d’Alexandre, ceux d’Alexis Comnène, Totila, Édouard III, Alphonse le magnanime, et Louis IX, dont l’humanité a mérité des autels ; aux noms de du Guesclin et de Louis XII, ces deux héros à qui leur humanité a fait donner les surnoms de bon connétable et de père du peuple, surnoms les plus beaux qu’un guerrier et qu’un roi puissent porter ; aux nom de Gonzalve de Cordoue, d’Henri IV, et du grand Condé, que nous avons vengé du soupçon odieux d’inhumanité ; à ceux de Turenne, Fabert, Catinat, Marlborough, Eugène, Luxembourg, Pierre le Grand, Charles XII et Louis XIV ; ces trois princes, qu’on doit louer de n’avoir pas été inhumains, quoique embrasés de la fureur des conquêtes ; à ceux de l’élève de Montausier, de Philippe, duc d’Orléans, et de Louis XV ; à touts ces noms illustres, on doit joindre, dis-je, ceux de Xerxès, Scipion, Germanicus, Aurélien, Constantin, Narsès, Philippe II, Jeanne d’Arc, Constance de Cezelli, Bayard, Lautrec, Devic, Montalambert, Gustave-Adolphe, Harcourt, Bannier, Schaumbourg, Vauban, Villars, Cumberland et Audiffret.

[…] Je fuis prêt à reconnaître la divinité de la mission de Jeanne d’Arc, quand je l’entends dire au moment où les Anglais sont obligés de lever le siège d’Orléans : Laissons-les fuir, l’objet est rempli, point de carnage inutile.

Armoiries
  • Art militaire, vol. 4 (supplément), p. 4846
  • Année : 1797
  • Auteur : Joseph Servan

Armoiries ; récompense militaire.

[…] Charles VII accorda à Barbazan, un des héros de son temps, la prérogative de porter les trois fleurs-de-lys d’or sans brisure ; au vicomte de Beaumont, celle de parsemer son écu de fleurs-de-lys, et à la fameuse Jeanne d’Arc le droit d’en porter une. […]

Confiance
  • Art militaire, vol. 4 (supplément), p. 18747
  • Année : 1797
  • Auteur : Joseph Servan

Les succès constants qu’obtinrent les Français sous Charles VII, à qui les durent-ils ? ce ne fut ni à leur roi, ni à l’habileté de leurs généraux, ce fut uniquement à la confiance aveugle qu’ils avaient mise dans la Pucelle d’Orléans.

Jalousie
  • Art militaire, vol. 4 (supplément), p. 71648
  • Année : 1797
  • Auteur : Joseph Servan

[…] Quel général osera se plaindre d’avoir éprouvé les effets de la jalousie, quand, en lisant l’histoire, on voit les généraux de Charles VII jaloux de Jeanne d’Arc, et des dispositions perfides se former contre elle à la cour, par rapport à l’ascendant que devaient lui donner ses exploits et ses services. Les courtisans, las de sa gloire, la haïssaient ; les généraux firent veiller avec moins d’attention sur elle dans les périls où elle s’exposait ; on la suivait de moins près aux assauts. Ayant reçu, au siège de Paris, une blessure assez considérable pour lui faire perdre beaucoup de sang et lui ôter l’usage de ses forces, elle resta pendant une journée entière au même endroit où elle avait été blessée : heureusement elle se trouvait à couvert par une petite éminence des traits des Parisiens, et ce n’est pas sans beaucoup de fondement qu’on a soupçonné le gouverneur de Compiègne d’avoir fait fermer, pour la perdre, la barrière de la ville.

Encyclopédiana
ou Dictionnaire encyclopédique des Ana
(1791)

Les Ana, très en vogue au XVIIe siècle sont des recueils d’anecdotes.

L’Encyclopédiana est un supplément à l’Encyclopédie méthodique, dont elle fait une partie aussi nécessaire qu’agréable. Le mérite de cette collection consistait à renfermer dans un seul volume ce que tous les ouvrages connus fous le titre d’Ana. […] On s’est attaché principalement à faire connaître les hommes célèbres par les traits de mœurs et de caractères, et par les faillies d’humeur et d’esprit qui leur sont échappés. […]

L’Encyclopédie méthodique ayant pour objet principal l’enseignement, comprend dans sa vaste étendue le domaine utile des sciences, des arts, de l’histoire, et des belles-lettres. L’Encyclopédiana, au contraire, ayant pour but l’amusement des lecteurs, doit présenter ces mêmes objets sous des formes toujours agréables, variées et intéressantes. […]

[Elle contient] ce qu’on a pu recueillir de moins connu ou de plus curieux parmi les saillies de l’esprit, les écarts brillants de l’imagination, les petits faits de l’histoire générale et particulière, certains usages singuliers, les traits de mœurs et de caractères de la plupart des personnages illustres anciens et modernes ; les élans des âmes fortes et généreuses, les actes de vertu, les attentats du vice, le délire des passions, les pensées les plus remarquables des philosophes, les dictums du peuple, les réparties ingénieuses, les anecdotes, épigrammes et bons mots ; enfin les singularités en quelque sorte des sciences, des Arts, et de la littérature.

Encyclopédiana,
Avertissement des éditeurs.

Jeanne d’Arc
  • Encyclopédiana, p. 10149
  • Année : 1791
  • Auteur : Jacques Lacombe50

Arc, (Jeanne d’), dite la Pucelle d’Orléans ; elle se prétendit envoyée de Dieu pour délivrer la France de l’oppression des Anglais. Comme on lui demanda des preuves de sa mission : Qu’on me mène à Orléans, dit-elle, et on en verra des signes certains.

En effet, la ville fut délivrée. Les Anglais, se retirant avec précipitation, abandonnèrent leurs malades, leurs vivres, leur artillerie, leur bagage : Laissons-les fuir, dit cette héroïne, l’objet est rempli, point de carnage inutile.

Elle assiégea Jargeau avec un détachement français, commandé par le duc d’Alençon. Avant, gentil duc, à l’assaut, s’écria la Pucelle ; ne craignez rien, j’ai promis à la duchesse d’Alençon de vous ramener sain et sauf.

À la journée de Patay en Beauce, on lui demanda s’il fallait combattre les Anglais qui étaient supérieurs en nombre. Oui, certainement, répondit-elle, fussent-ils pendus aux nues. Elle ajouta : Avez-vous de bons éperons ? — Quoi, dit le duc d’Alençon, faudra-t-il prendre la fuite ? — Non, dit Jeanne d’Arc, mais les ennemis la prendront, et il faudra les poursuivre, ce qui arriva.

On sait que cette fille guerrière conduisit Charles VII à Reims, où ce roi sut sacré ; elle parcourut les provinces du royaume ; elle fut prise au siège de Compiègne, par un archer anglais, sans que les français fissent le moindre effort pour la délivrer. Jean de Luxembourg-Ligny, général des troupes Bourguignonnes, qui l’avait en sa possession, la vendit aux Anglais dix mille francs ; et Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, pour satisfaire les Anglais, poursuivit sa condamnation sous de faux prétextes : elle fut brûlée vive dans une place publique de Rouen, le 14 juin 1431. Charles VII fit revoir son procès, et réhabilita la mémoire de cette héroïne en 1456.

Une fausse Jeanne qui lui ressemblait parfaitement, prit son nom, et épousa un gentilhomme de la maison des Armoises ; elle reçut même à Orléans les honneurs dus à la libératrice de la ville.

Charles VII
  • Encyclopédiana, p. 26351
  • Année : 1791
  • Auteur : Jacques Lacombe

Charles VII, roi de France, surnommé le victorieux, né à Paris le 22 février 1403, mort le 22 juillet 1461, âgé de 58 ans.

Charles était d’une taille médiocre, et d’une complexion sanguine. Sa physionomie ouverte annonçait la franchise de son cœur ; d’une exactitude scrupuleuse à remplir ses engagements, sa Parole était parole de roi, et tenue pour loi. Il lui fallut regagner pied à pied son royaume, envahi sous le règne précédent par le débordement de l’Angleterre en France. Mais ce prince plus porté aux plaisirs qu’aux affaires, ne fut, en quelque sorte, dit un illustre historien, que le témoin des merveilles de son règne. S’il mérita le surnom de victorieux, c’est qu’il eut le bonheur d’avoir des généraux habiles, expérimentés, pleins de bravoure, une femme d’un esprit élevé, et une maîtresse magnanime, qui l’aima assez pour ne lui donner que des conseils qui intéressaient sa gloire et le bonheur de ses peuples.

Les Anglais avaient, en 1429, mis le siège devant Orléans, et le duc de Bourbon voulant empêcher un convoi qui venait au camp des Anglais devant cette ville, fut entièrement défait. Charles désespérant alors de sa fortune, projetait une retraite dans le Dauphiné. Si cette honteuse résolution eut été exécutée, les Anglais devenaient entièrement maîtres de la France. Marie d’Anjou, princesse accomplie et digne par l’élévation de ses sentiments, de la couronne qu’elle portait, représenta à son époux l’opprobre dont il allait se couvrir, en fuyant devant les ennemis de sa patrie et de sa maison. Les anecdotes du temps, font aussi mention que le roi paraissant déterminé à se réfugier aux extrémités de la France méridionale, la belle Agnès Sorel, maîtresse de ce prince, lui demanda la permission de se retirer de la cour : le monarque alarmé, voulut savoir le motif de son départ, et dans quelle demeure elle allait se fixer. Elle lui répondit que les astrologues l’ayant assurée qu’elle serait aimée par le plus grand roi de l’Europe, elle allait trouver le roi d’Angleterre que probablement cette prédiction désignait, puisque sa majesté paraissait renoncer à ce glorieux titre.

Agnès, en se servant habilement de la tendresse du roi pour ranimer la vertu de ce prince, mérita l’estime de la nation et de François Ier. Ce monarque, qui vivait un demi siècle après Charles VII, temps auquel la mémoire des événements de ce règne était encore récente, composa lui-même ces vers, en voyant le portrait de ta belle Agnès :

Gentille Agnès, plus d’honneur tu mérites,

La cause étant de France recouvrer,

Que ce que peut dedans un cloître ouvrer

Close nonain ? ou bien dévot hermite.

Charles ne s’éloigna point d’Orléans mais cette ville dénuée de tout était prête à se rendre, et il n’y avait plus qu’un prodige qui put sauver cette place : et ce prodige sut Jeanne d’Arc, dont on connaît l’histoire.

Charles reprit successivement les conquêtes des Anglais. Devenu paisible possesseur de son trône il rendit son peuple heureux ; mais lui-même connut peu le honneur. La rébellion de son fils aîné, depuis Louis XI, lui fit passer ses dernières années dans l’amertume et le chagrin. Louis s’était retiré auprès du duc de Bourgogne : Le duc, disait Charles à cette occasion, ne connaît pas le dauphin ; il nourrit un renard qui, dans la suite, mangera ses poules.

C’est sous le règne de ce prince, vers l’an 1440, que l’on découvrit en Allemagne l’art de l’imprimerie.

Il est le premier roi de France qui ait commencé à faire rédiger par écrit les diverses coutumes locales de la France, et qui ait prescrit les formalités qui doivent être observées à leur rédaction.

Dunois
  • Encyclopédiana, p. 39152
  • Année : 1791
  • Auteur : Jacques Lacombe

Dunois, (comte de). Marie d’Enghien, femme d’Aubert de Canny, chevalier picard, et chambellan du duc d’Orléans, étant au lit de la mort, et ayant appelé cinq enfants qu’elle avait, pour leur donner sa dernière bénédiction, elle leur déclara que l’un d’entre eux était fils du duc d’Orléans, elle ne voulut pas le nommer ; mais curieux d’apprendre cette vérité de la bouche de leur mère, ils la pressèrent si vivement, qu’elle leur dit que le bâtard adultérin était Jean, et le duc d’Orléans le reconnut en effet pour son fils.

On sait que ce fut ce bâtard qui, sous le nom de comte de Dunois, reconquit la France avec la Pucelle d’Orléans, sous le règne de Charles VII, et qui mérita par ses belles actions d’avoir le rang et la dignité de prince. C’est la tige de la maison de Longueville, qui commença par un grand homme, et finit par un insensé.

Guillaume du Bellay
  • Encyclopédiana, p. 17353
  • Année : 1791
  • Auteur : Jacques Lacombe

Bellay (du), Guillaume, Jean et Martin du Bellay, tous trois frères, ont illustré leur nom ; Guillaume du Bellay se distingua sous François Ier, par son habileté dans ses opérations et par des ouvrages dont le style est plein de naïveté […]. Cet auteur a le premier révoqué en doute le merveilleux de l’histoire de Jeanne d’Arc. […]

Jean Chapelain
  • Encyclopédiana, p. 24954
  • Année : 1791
  • Auteur : Jacques Lacombe

Chapelain (Jean), né à Paris, en 1595, mort en 1674.

La réputation de Chapelain était si grande, que le cardinal de Richelieu, voulant faire la réputation d’un ouvrage, pria ce poète de lui prêter son nom en cette occasion, ajoutant qu’en récompense, il lui prêterait sa bourse en quelqu’autre.

Dans la place du cimetière Saint-Jean, à Paris, il y avait un traiteur fameux, chez qui s’assemblait tout ce qu’il y avait de jeunes seigneurs des plus spirituels de la cour, avec Despréaux, Racine, La Fontaine, Chapelle, Furetière et quelques autres personnes d’élite : et cette troupe choisie avait une chambre particulière du logis, qui lui était affectée. Il y avait sur la table un exemplaire de la Pucelle de Chapelain, qu’on y laissait toujours. Quand quelqu’un d’entre eux avait commis une faute, soit contre la pureté du langage, soit contre la justesse du raisonnement, il était jugé à la pluralité des voix, et la peine ordinaire qu’on lui imposait, était de lire un certain nombre de vers de ce poème. Quand la faute était considérable, on condamnait le délinquant à en lire jusqu’à vingt. Il fallait qu’elle fût énorme pour être condamné à lire la page entière.

Un jour Chapelain lisait son poème chez M. le Prince. On y applaudissait, et chacun s’efforçait de le trouver beau : mais madame de Longueville à qui un des admirateurs demanda si elle n’était pas touchée de la beauté de cet ouvrage, répondit : Oui, cela est parfaitement beau ; mais il est bien ennuyeux.

Monsieur Godeau, évêque de Grasse, estimait beaucoup la Pucelle de Chapelain, jusque-là qu’un de ses amis lui proposant de faire un poème épique, il répondit, par une mauvaise pointe, qu’il n’avait pas le poumon assez fort pour la trompette, et qu’en cette occasion, l’évêque cédait la place au Chapelain.

Chapelain fit attendre longtemps son poème, parce qu’il recevait une forte pension de M. de Longueville. Les rieurs de ce temps-là disaient que la Pucelle était une fille entretenue par un grand prince. Dès que l’ouvrage parut, Lignières fit l’épigramme suivante :

Nous attendons de Chapelain,

Ce noble et fameux écrivain,

Une incomparable pucelle ;

La cabale en dit force bien,

Depuis vingt ans on parle d’elle,

Dans six mois on n’en dira rien.

Nous étions mal avec Chapelain, Pellisson et moi, dit Ménage. Pellisson, après sa conversion, voulant se réconcilier avec lui, vint me prendre pour l’accompagner, me disant qu’il fallait aussi que je me réconciliasse. Nous allâmes chez lui ; et je vis encore à la cheminée de M. Chapelain les mêmes tisons que j’y avais vus il y avait douze ans.

En voyant l’excessive avarice de Chapelain, les rieurs disaient que c’était pour marier sa pucelle à un enfant de bonne maison, et les autres voulaient que ce fût pour la canoniser.

Chapelain n’était pas prévenu en faveur du sexe. Il disait souvent que les femmes les plus spirituelles n’avaient pas la moitié de la raison.

Puymorin, frère de Despréaux, s’avisa un jour devant Chapelain de parler mal de la Pucelle : C’est bien à vous à en juger, lui dit Chapelain, vous qui ne savez pas lire. — Je ne sais que trop lire, depuis que vous faites imprimer, lui répondit Puymorin.

Le cardinal de Richelieu avait fourni aux auteurs qui travaillaient ensemble sous ses ordres, aux pièces de théâtre, le sujet de la grande pastorale, où il y avait jusqu’à cinq cents vers de sa façon. Lorsqu’il fut dans le dessein de la donner, il voulut que Chapelain la revît, et qu’il y fît des observations exactes. Ces observations lui furent apportées par Boisrobert ; et quoiqu’elles fussent écrites avec beaucoup de discrétion et de respect, elles le choquèrent tellement ou par leur nombre, ou par la connaissance qu’elles lui donnaient de ses fautes, que sans achever de les lire, il les mit en pièce ; la nuit suivante, comme il était au lit, et que tout dormait chez lui, ayant pensé à la colère qu’il avait témoignée, il fit une chose sans comparaison plus estimable que la plus belle comédie du monde, il se rendit à la raison : car il commanda qu’on ramassât et qu’on collât ensemble les pièces de ce papier déchiré ; et après l’avoir lu d’un bout à l’autre, et y avoir fait grande réflexion, il envoya éveiller Boisrobert pour lui dire qu’il voyait bien que messieurs de l’académie s’entendait mieux que lui à ces matières, qu’il ne fallait plus parler de cette impression.

Chapelain était appelé par quelques académiciens, le chevalier de l’ordre de l’araignée, parce qu’il avait un habit si rapiécé et si recousu, que le fil formait dessus comme une représentation de cet animal. Étant un jour chez M. le Prince où il y avait grande assemblée, il vint à tomber du lambris, une araignée qui étonna la compagnie par sa grosseur. On crut qu’elle ne pouvoir venir de la maison, parce que tout était d’une grande propreté. Aussitôt, toutes les dames se mirent à dire d’une commune voix, qu’elle ne pouvait sortir que de la perruque de M. Chapelain, ce qui pouvait bien être, puisqu’il n’avait jamais eu qu’une seule perruque.

Chapelain, à l’avarice joignait la malpropreté. Balzac contait qu’ayant été dix ans sans le voir, parce qu’ils étaient brouillés, il se raccommoda avec lui, et que l’étant allé visiter, il le trouva dans sa chambre, où il aperçut une même toile d’araignée qui la traversait, qu’il y avait vue avant que d’être brouillé avec lui. Chapelain pour épargner ses serviettes, avait un ballai de jonc sur lequel il s’essuyait les mains.

La prévention qu’on avait pour Chapelain, était si forte, qu’on n’osa pas voir d’abord le ridicule de sa Pucelle. Il s’en fit jusqu’à six éditions en moins de dix-huit mois. La Ménardière et Lignières furent les premiers qui l’attaquèrent.

Chapelain, malgré son avarice, a fait un acte d’une grande générosité. Dès que M. de Montausier eut été nommé gouverneur de M. le dauphin, il jeta les yeux sur Chapelain, pour la place de précepteur, et même obtint l’agrément du roi avant d’en avoir parlé à Chapelain. Qu’arriva-t-il ? Que Chapelain résista à M. de Montausier, et refusa obstinément ce glorieux emploi, alléguant que son grand âge le rendait trop sérieux et trop infirme pour qu’il pût se flatter d’être agréable à un prince encore si jeune.

Duperrier, gentilhomme provençal, qui se trouvait quelquefois court d’argent, s’étant adressé un jour à Chapelain pour en avoir quelque secours, il crut lui faire une grande libéralité, en lui donnant un écu. Après avoir fait cet effort, il disait : Nous devons secourir nos amis dans leurs nécessités ; mais nous ne devons pas contribuer à leur luxe.

L’avance de Chapelain fut cause de sa mort. S’étant mis en chemin, un jour d’Académie, pour se rendre à l’assemblée, et gagner deux ou trois jetons, il fut surpris par un orage affreux. Ne voulant pas payer un double pour passer le ruisseau sur une planche que l’on y avait jetée, il attendait que l’eau fût écoulée : mais ayant vu qu’il était près de trois heures, il passa au travers de l’eau et en eut jusqu’à mi-jambe. La crainte qu’il eut qu’on ne soupçonnât ce qui était arrivé, l’empêcha de s’approcher du feu à l’Académie ; il s’assit à un bureau, et cacha ses jambes dessous ; le froid le saisit, et il eut une oppression de poitrine dont il mourut.

Chapelain s’était mis en pension chez son héritier ; et quand il dînait ou soupait en ville, il rabattait tant par repas sur sa pension. Dans la maladie dont il mourut, il avait chez lui cinquante mille écus comptant, et le divertissement qu’il prenait de temps en temps, était de faire ouvrir son coffre fort qui était près de son lit, et de faire apporter tous ses facs, pour voir son argent. Le jour qu’il mourut, tous ses sacs étaient encore rangés autour de lui. Un savant dit à M. de Valois : Vous saurez, monsieur, que notre ami Chapelain vient de mourir comme un meunier, au milieu de ses sacs.

Christine de Suède
(sur la Pucelle de Chapelain)
  • Encyclopédiana, p. 28755
  • Année : 1791
  • Auteur : Jacques Lacombe

Christine, reine de Suède, naquit en 1626 de Gustave-Adolphe roi de Suède.

[…] Comme elle aimait à se trouver aux assemblées des savants et des gens de lettres, elle se rendit dans une de ces assemblées qui se tenait chez le due de Guise. Gilbert, son résident en France, y lut une comédie en vers de sa composition, dont les plaisanteries étaient un peu libres. Chapelain, auteur du poème de la Pucelle, et alors en considération, consulté sur cette pièce, en blâma la licence. Christine se retourna aussitôt vers Ménage qui avait assisté à cette lecture, et lui demanda ce qu’il en pensait. Ce savant, qui avait pénétré les sentiments de la princesse, loua le drame sans restriction. Je suis bien aise, lui répartit aussitôt Christine, que cette comédie soit de votre goût. On peut s’en rapporter à vous. Mais, pour votre Monsieur Chapelain, que c’est un pauvre homme ! il voudrait que tout fut pucelle.

Charles Perrault
(sur la Pucelle de Chapelain)
  • Encyclopédiana, p. 74356
  • Année : 1791
  • Auteur : Jacques Lacombe

Perrault. […] Charles Perrault n’était pas un des premiers écrivains de son siècle ; ses vers ainsi que sa prose manquent de coloris ; mais son amour pour les lettres et les arts lui tenait lieu de talents, et il ne contribua peut-être pas moins à leurs progrès que ceux de ses contemporains qui avaient le plus de réputation.

Ce fut par un effet de son zèle pour la gloire de la nation qu’il chanta les merveilles du siècle de Louis XIV, dans un poème intitulé : Le siècle de Louis le grand ; mais ce poème ne parut aux yeux des partisans des anciens qu’une satyre indécente des siècles antérieurs, qui font époque dans l’histoire des progrès de l’esprit humain. Ce fut alors que l’auteur, pour soutenir ce qu’il avait avancé, mit au jour son Parallèle des anciens et des modernes. Despréaux et Racine, dont il n’avait point parlé dans son parallèle, ou dont il n’avait dit que des choses peu capables de flatter leur amour-propre, se crurent personnellement offensés. Racine se vengea le premier par un petit couplet malin. […] Despréaux de son côté avait décoché plusieurs épigrammes, mais il en restait là ; et on était surpris qu’un homme dont on avait vu toujours la bile s’échauffer à la moindre atteinte que quelqu’un donnait au bon goût et à la raison, souffrit tranquillement les décisions d’un écrivain qui jugeait les poèmes d’Alaric, de la Pucelle et de Moyse sauvé, des chefs d’œuvre eu comparaison de l’Iliade, et de l’Odyssée.

Perrault, qui était de l’humeur la plus pacifique, ne pouvait comprendre comment ses adversaires s’étaient si fort échauffés pour des poètes morts il y avait deux mille ans.

Voltaire
  • Encyclopédiana, p. 941-95057
  • Année : 1791
  • Auteur : Jacques Lacombe

Voltaire, (François-Marie Arouet de), né à Paris le 20 février 1694, mort dans la même ville le 30 mai 1778. […] Nous ne prétendons pas tracer ici la vie chronologique de ce grand homme, il faudrait citer tous ses moment et les ouvrages sans nombre qui lui attirèrent autant d’admirateurs enthousiastes que de persécuteurs fanatiques. Sa Pucelle d’Orléans, ses pièces fugitives, ses contes philosophiques,…

[…] Lorsqu’on arrêta Voltaire à la porte de Francfort, il remit furtivement quelques papiers à son secrétaire, que celui-ci cacha dans sa culotte. Enfermé dans la chambre, il fut curieux de savoir ce que c’était, et ne trouva qu’un nouveau chant de la Pucelle, et des morceaux de philosophie. Dans ce moment critique, il avait oublié ses bijoux, ses lettres de change, ses papiers de famille, et pensait à des ouvrages de littérature.

[…] Un officier de marine, dont les sentiments religieux étaient connus, disait beaucoup de mal de la Pucelle devant M. le comte de…. Mais l’avez vous lu ce poème que vous improuvez tant ? — Non. — Il faut le lire. — Dieu m’en préserve ! Écoutez-en du moins un morceau, et vous verrez qu’il s’en faut beaucoup qu’il soit aussi scandaleux qu’on l’a dit. — Voyons. Le comte débite sur le champ, et du ton le plus sérieux :

Ô, mes amis, vivons en bons chrétiens,

C’est le parti, croyez-moi, qu’il faut prendre.

Eh bien, monsieur ? — Oh ! répond l’officier, quand Voltaire le veut, je sais bien qu’il fait des merveilles.

Artillerie
(1822)

Armure
  • Artillerie, p. 1758
  • Année : 1788
  • Auteur : Herrman-Gaspard Cotty

Armure, appelée quelquefois harnais par les anciens auteurs. C’est tout ce qui garantissait le corps des coups de l’ennemi. Elle comprenait le casque, le hausse-col, la cuirasse, les épaulières, les brassards, les goussets, les gantelets, les tassettes, les cuissards, les genouillères, les grèves. Le Musée de l’artillerie à Paris possède celles de François Ier, de Louis XIV, de Godefroy de Bouillon, de Jeanne d’Arc, etc.

Lance
  • Artillerie, p. 17759
  • Année : 1788
  • Auteur : Herrman-Gaspard Cotty

Armure, appelée quelquefois harnais par les anciens auteurs. C’est tout ce qui garantissait le corps des coups de l’ennemi. Elle comprenait le casque, le hausse-col, la cuirasse, les épaulières, les brassards, les goussets, les gantelets, les tassettes, les cuissards, les genouillères, les grèves. Le Musée de l’artillerie à Paris possède celles de François Ier, de Louis XIV, de Godefroy de Bouillon, de Jeanne d’Arc, etc.

Beaux-arts
(1788–1791)

École
(sur la Pucelle de Chapelain)
  • Beaux-arts, volume 1, p. 20960
  • Année : 1788
  • Auteur : Claude-Henri Watelet

[…] La Pucelle, si j’en crois ceux qui ont eu la patience de la lire, est mieux conduite que l’Énéide, et cela n’est pas difficile à croire ; mais vingt beaux vers de Virgile écrasent toute l’ordonnance de la Pucelle. Les pièces de Shakespeare ont des grossièretés barbares ; mais à-travers cette épaisse fumée brillent des traits de génie que lui seul y pouvait mettre ; c’est d’après ces traits qu’on doit le juger, comme c’est d’après Cinna et Polyeucte, et non d’après Tite et Bérénice, qu’on doit juger Corneille.

Géographie moderne
(1782–1788)

Compiègne
  • Géographie moderne, volume 1, p. 46061
  • Année : 1782
  • Auteur : François Robert

Compiègne, Compendium, ville de l’Île-de-France, élection de la généralité de Paris, avec un château où les rois font quelque séjour. C’est le siège d’un bailliage, et d’une maîtrise particulière des eaux et forêts. Elle a quatre paroisses, un hôtel-Dieu, un collège, et une fameuse abbaye de Bénédictins du nom de Saint-Corneille, dont la mense est unie au Val-de-Grâce de Paris. Il s’y est tenu cinq conciles. La Pucelle d’Orléans y fut fait prisonnière par les Anglais en 1430. […] (R.)

Domrémy
  • Géographie moderne, volume 1, p. 52862
  • Année : 1782
  • Auteur : François Robert

Domrémy ou Domrémy-la-Pucelle, village de France en Lorraine ; il est situé sur la Meuse, à 2 lieues de Neufchâteau, et à 3 lieues de Vaucouleurs. C’est la patrie de la fameuse Jeanne d’Arc, connue sous le nom de Pucelle d’Orléans. (R.)

Note : Article quasi identique à celui de l’Encyclopédie (1755). — Voir : Domrémy.

Gondrecourt
  • Géographie moderne, volume 1, p. 67763
  • Année : 1782
  • Auteur : François Robert

Gondrecourt ou Gondrecourt-le-Château, petite ville de Lorraine, au duché de Bar, sur la rivière d’Orney. […] C’est une châtellenie composée de vingt-quatre villages, dont celui de Domrémy-sur-Meuse, patrie de la célèbre Jeanne d’Arc, est du nombre. (R.)

Note : Article quasi identique à celui du Supplément de l’Encyclopédie (1777). — Voir : Gondrecourt.

Jargeau
  • Géographie moderne, volume 2, p. 3164
  • Année : 1784
  • Auteur : Nicolas Masson de Morvilliers

Note : Article quasi identique à celui du Supplément de l’Encyclopédie (1777). — Voir : Jargeau.

Orléans
  • Géographie moderne, volume 2, p. 51965
  • Année : 1784
  • Auteur : François Robert

Orléans, ancienne ville de France, capitale de l’Orléanais, avec titre de duché possédé par le premier prince de sang, et un évêché suffragant de Paris. […] La cathédrale d’Orléans est une des plus magnifiques églises du royaume. Chaque année, le 12 de mai, on fait en cette ville une procession solennelle en mémoire de la délivrance de la ville, due à la célèbre Jeanne d’Arc, plus connue sous le nom de Pucelle d’Orléans, qui en fit lever le siège en 1429. Indépendamment de ce siège, elle en a soutenu un non moins fameux contre Attila, roi des Huns, en 450. (R.)

Patay
  • Géographie moderne, volume 2, p. 59266
  • Année : 1784
  • Auteur : François Robert

Patay, petite ville ruinée de France, dans la Beauce, au diocèse de Chartres, élection de Châteaudun. Les Anglais y furent défaits en 1429, et Talbot fait prisonnier. Jeanne d’Arc y donna de grandes preuves de valeur.

Sainte-Catherine-de-Fierbois
  • Géographie moderne, volume 3, p. 8767
  • Année : 1788
  • Auteur : François Robert

Note : Article quasi identique à celui du Supplément de l’Encyclopédie (1777), moins la dernière phrase (on dit qu’elle la trouva dans le tombeau d’un soldat). — Voir : Sainte-Catherine de Fierbois.

Vaucouleurs
  • Géographie moderne, volume 3, p. 52168
  • Année : 1788
  • Auteur : Nicolas Masson de Morvilliers

Note : Article identique à celui de l’Encyclopédie (1865), en particulier le long développement sur Jeanne d’Arc. — Voir : Vaucouleurs.

Jeux
(1792–1799)

Jeu de l’histoire de France
  • Jeux69, volume 2, p. 70-7270
  • Année : 1799
  • Auteur : Jacques Lacombe

France (Tableau chronologique et historique des principaux événements arrivés en), (Jeu instructif).

Ce jeu est double ; le carton présente à la fois le tableau chronologique des rois, et celui des événements. On joue avec deux dés ou un cochonnet, comme à l’oie. […]

Événements.

  • […] 73. La ville d’Orléans délivrée du siège par la valeur des Français, guidés par la Pucelle d’Orléans en 1429. […]

Rois de France.

  • […] 53. Charles VII, fils de Charles VI, qui fut si dénaturé qu’il voulut ôter la couronne à ce prince pour la donner à Henri V, roi d’Angleterre, son gendre ; mais Dieu ayant suscité la Pucelle d’Orléans qui chassa les Anglais, il monta sur le trône. Craignant le poison, il se laissa mourir de faim en 1461, âgé de 58 ans. 1422. […]

Note : L’article (ses règles et de ses deux chronologies, Événements et Rois de France) est reproduit dans son intégralité en note71.

Jeu de l’histoire universelle
  • Jeux, p. 85-8772
  • Année : 1799
  • Auteur : Jacques Lacombe

Histoire universelle (Tableau chronologique de l’), (Jeu d’instruction). […]

Ans du monde : personnages célèbres.

  • […] 1300 : Saint Thomas, Saint Bonaventure, le Dante, Pétrarque, Boccace.
  • 1400 : Édouard, roi d’Angleterre, comte de Dunois, Pucelle d’Orléans.
  • 1450 : Jean Huss, Jean de Wiclef, Jean Huniade, Scanderbeg, les inventeurs de l’artillerie et de l’imprimerie, Thomas a Kempis, Jean Gerson, Jean Pic de la Mirandole, Jean Bessarion, Ximenès.
  • 1500 : Les Scaliger, [Robert] Bellarmin, Baronius, Duperron, Élisabeth, reine d’Angleterre, Ronsard, Le Tasse, [Jacques] Cujas, Érasme, Luther, Calvin, Michel-Ange, Raphaël.
  • 1600 : Rubens, Poussin, Malherbe, Socin et autres hérétiques de ces derniers temps, Richelieu, Mazarin, [Denis] Pétau, [Jacques] Sirmond, [Oliver] Cromwell, Descartes, [Pierre] Gassendi, Condé, Turenne, Corneille, Molière, [Antoine] Arnauld, Fénélon, La Fontaine, Racine, [François] Girardon, [Pierre] Puget, [François] Mansart, [Charles] Le Brun, [Eustache] Le Sueur, [Pierre] Mignard.
  • 1715 : Philippe, duc d’Orléans, régent du royaume, Voltaire, Fontenelle, etc.

Jurisprudence
(1782–1791)

Chaumont
  • Jurisprudence, volume 2, p. 57473
  • Année : 1783
  • Auteur : M. Lerasle

Chaumont, (Droit public) ville capitale de Bassigny en Champagne, chef-lieu d’un bailliage et d’une élection. […]

La partie du diocèse de Toul, qui est renfermée dans le Bassigny, contient la prévôté de Vaucouleurs. C’était autrefois une souveraineté que Philippe-de-Valois acquit, en 1335, de Jean, sire de Joinville : elle est composée de dix-huit paroisses, qui jouissent de différents privilèges qui leur ont été concédés, en reconnaissance des services rendus par Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, née dans le village de Domrémy, près de Vaucouleurs. […]

Jeu
  • Jurisprudence, volume 5, p. 27274
  • Année : 1785
  • Auteur : M. Lerasle

Jeu, s. m. (Jurisprud., Police et Code crimin.). Le mot de jeu est un terme générique qui exprime tout délassement, tout amusement. Il désigne plus particulièrement, en suivant l’acception la plus usitée, ces espèces de défis qui se font dans la société entre deux ou plusieurs personnes, soit aux jeux d’adresse, soit aux jeux de combinaison, soit aux jeux de hasard. […]

Selon, le père Ménestrier, le jeu de cartes a dû être peu commun ayant l’invention de la gravure en bois, parce que la dépense d’un jeu de cartes que l’on était obligé, de faire peindre, devait être très-considérable. Les Allemands qui les premiers connurent la gravure en bois, furent aussi les premiers qui gravèrent des moules de cartes, et ils les chargèrent de figures bizarres et extravagantes. On a voulu par le jeu de cartes, dit le père Ménestrier75, donner une image de la vie paisible, comme on avait voulu par le jeu des échecs en donner une de la guerre. On trouve dans le jeu de cartes les quatre principaux états de la vie. Le cœur représente le clergé ou les gens de chœur (rébus assez mauvais, comme on peut en juger) ; le pique, les gens de guerre ; le trèfle, les laboureurs ; et les carreaux, les bourgeois, parce que leurs maisons sont ordinairement carrelées ; les quatre rois, David, Alexandre, César, Charlemagne, sont les emblèmes des quatre grandes monarchies, juive, grecque, romaine et allemande. L’anagramme d’Arginé, nom de la dame de trèfle, est regina : c’était la reine Marie d’Anjou, femme de Charles VII. Rachel, dame de carreau, c’était la belle Agnès Sorel ; la pucelle d’Orléans était représentée par la chaste et guerrière Pallas, dame de pique ; et Isabeau de Bavière, par Judith, dame de cœur. Ce n’est pas Judith de l’ancien testament, mais l’impératrice Judith, femme de Louis le Débonnaire, dont la conduite était plus que suspecte, et qui causa tant de troubles dans l’état ; les mœurs étaient analogues à celles d’Isabeau de Bavière. Enfin les valets représentaient les servants d’armes ; le titre de varlet ou valet, qui a été avili depuis en le donnant aux serviteurs du plus mince bourgeois, ne s’appliquait alors qu’aux vassaux des grands seigneurs, ou à des gentilshommes qui n’avaient pas encore été armés chevaliers. Ogier et Lancelot étaient deux preux du temps de Charlemagne ; La Hire et Hector, deux capitaines distingués sous le règne de Charles VII. Ce fut ce même La Hire qui répondit au roi qui lui demandait son avis sur les apprêts d’une fête qu’il ordonnait au milieu des désastres de la France : Ma foi, sire, je pense qu’on ne saurait perdre plus gaiement un royaume.

Noblesse
  • Jurisprudence, volume 6, p. 134-13776
  • Année : 1786
  • Auteur : Antoine-Gaspard Boucher d’Argis

Note : Reproduction à l’identique des deux articles de l’Encyclopédie (volume 11, 1765, p. 179-180) : Noblesse de la Pucelle d’Orléans et Noblesse utérine par Antoine-Gaspard Boucher d’Argis. — Voir : Noblesse.

On remarquera que ces deux articles figurent également dans l’Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 1, p. 117 — Voir : Noblesse.

Notes

  1. [1]

    Encyclopédie méthodique, Jurisprudence, vol. 1, Avertissement : Gallica.

  2. [2]

    Voir les articles Jeanne d’Arc (Histoire, vol. 1, 1784) et Vaucouleurs (Géographie moderne, vol 3., 1788).

  3. [3]

    Voir les articles Charles VII (Histoire, vol. 2, 1786) et Jeu de l’histoire de France (Jeux, vol. 2, 1799).

  4. [4]

    Encyclopédie, vol. 16, p. 860 : ARTFLENCCRE; — Mazarine.

  5. [5]

    Encyclopédie, vol. 2, p. 129 : ARTFLENCCREMazarine.

  6. [6]

    Encyclopédie, vol. 5, p. 36 : ARTFLENCCREMazarine.

  7. [7]

    Encyclopédie, vol. 11, p. 179 : ARTFLENCCREMazarine.

  8. [8]

    Encyclopédie, vol. 12, p. 886 : ARTFL, ENCCRE.

  9. [9]

    Encyclopédie, vol. 15, p. 383 : ARTFLENCCREMazarine.

  10. [10]

    Encyclopédie, vol. 17, p. 324 : ARTFLENCCREMazarine.

  11. [11]

    Encyclopédie, vol. 17, p. 348 : ARTFLENCCREMazarine.

  12. [12]

    Encyclopédie, vol. 18 (Supplément, vol. 1) : Mazarine.

  13. [13]

    Approuvée par Dieu.

  14. [14]

    Encyclopédie, vol. 19 (Supplément, vol. 2) : Mazarine.

  15. [15]

    Encyclopédie, vol. 20 (Supplément, vol. 3) : Mazarine.

  16. [16]

    Encyclopédie, vol. 20 (Supplément, vol. 3) : Mazarine.

  17. [17]

    Encyclopédie, vol. 21 (Supplément, vol. 4) : Mazarine.

  18. [18]

    Encyclopédie, vol. 21 (Supplément, vol. 4) : Mazarine.

  19. [19]

    L’article n’est pas signé ; une marque indique qu’il est tiré d’une édition étrangère de l’Encyclopédie dont l’auteur n’est pas connu. Nous l’avons attribué, faute de mieux, à Antoine Sabatier de Castres puisque le passage se retrouve dans son Dictionnaire de Littérature (1770, vol. 2, p. 723). L’Esprit de l’encyclopédie (1798, vol. 8, p. 288), recueil d’articles les plus agréables, les plus curieux et les plus piquants de l’Encyclopédie l’attribue à Louis de Jaucourt.

  20. [20]

    Encyclopédie, vol. 21 (Supplément, vol. 4) : Mazarine.

  21. [21]

    Il est indiqué que cet article est tiré de la Théorie générale des Beaux-Arts (Allgemeine Theorie der schönen Künste, 1771-1774) du philosophe suisse Johann Georg Sulzer.

  22. [22]

    Encyclopédie, vol. 21 (Supplément, vol. 4) : Mazarine.

  23. [23]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 1 : Google Book.

  24. [24]

    Gaillard est l’auteur principal des volumes d’Histoire de l’Encyclopédie méthodique. Nous lui attribuons par défaut la paternité des articles non signés.

  25. [25]

    Au sujet des funérailles de Junia où l’on portait les images de plusieurs grands hommes, Tacite relevait que celles de Cassius et de Brutus effaçaient toutes les autres par cette raison même qu’on ne les y voyait pas (Præfulgebant Cassius atque Brutus, eo ipso, quod effigies eorum non visebantur).

  26. [26]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 2, p. 17 : Gallica.

  27. [27]

    Ce n’est ni Vindex avec une province désarmée, ni moi avec une seule légion, ce sont ses barbaries, ce sont ses débordements qui l’ont précipité du faîte de l’empire. (Tacite, Histoires, livre I, chapitre XVI, traduction: Adolphe Dureau de la Malle).

  28. [28]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 2, p. 77 : Gallica.

  29. [29]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 2, p. 386 : Gallica.

  30. [30]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 3, p. 136 : Gallica.

  31. [31]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 4, p. 103 : Gallica.

  32. [32]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 5, p. 117 : Gallica.

  33. [33]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 5, p. 181 : Gallica.

  34. [34]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 5, p. 634 : Gallica.

  35. [35]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 5, p. 653 : Gallica.

  36. [36]

    Encyclopédie méthodique, Histoire, vol. 6, p. 380 : Gallica.

  37. [37]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 1, p. 78 : Gallica.

  38. [38]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 1, p. 153 : Gallica.

  39. [39]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 1, p. 627 : Gallica.

  40. [40]

    Ce passage est tiré du Mémoires sur l’ancienne chevalerie (1753), de Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye.

  41. [41]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 1, p. 639 : Gallica.

  42. [42]

    Ce passage est tiré de l’Histoire de la milice française (1721), t. 1, p. 110, du père Gabriel Daniel.

  43. [43]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 3, p. 20 : Gallica.

  44. [44]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 3, p. 39 : Gallica.

  45. [45]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 3, p. 77 : Gallica.

  46. [46]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 4, p. 48 : Gallica.

  47. [47]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 4, p. 187 : Gallica.

  48. [48]

    Encyclopédie méthodique, Art militaire, vol. 4, p. 716 : Gallica.

  49. [49]

    Encyclopédie méthodique, Encyclopédiana, p. 101 : ARTFLGoogle Book Book.

  50. [50]

    L’avocat et libraire Jacques Lacombe (1724-1811), qui avait déjà publié en 1766 un Dictionnaire des anecdotes, est le rédacteur principal de l’Encyclopédiana. Nous lui attribuons par défaut la paternité des articles non signés.

  51. [51]

    Encyclopédie méthodique, Encyclopédiana, p. 263 : ARTFLGoogle Book Book.

  52. [52]

    Encyclopédie méthodique, Encyclopédiana, p. 391 : ARTFLGoogle Book Book.

  53. [53]

    Encyclopédie méthodique, Encyclopédiana, p. 173 : ARTFLGoogle Book Book.

  54. [54]

    Encyclopédie méthodique, Encyclopédiana, p. 249 : ARTFLGoogle Book Book.

  55. [55]

    Encyclopédie méthodique, Encyclopédiana, p. 287 : ARTFLGoogle Book Book.

  56. [56]

    Encyclopédie méthodique, Encyclopédiana, p. 743 : ARTFLGoogle Book Book.

  57. [57]

    Encyclopédie méthodique, Encyclopédiana, p. 941-950 : ARTFLGoogle Book Book.

  58. [58]

    Encyclopédie méthodique, Artillerie (1822), p. 17 : Gallica.

  59. [59]

    Encyclopédie méthodique, Artillerie (1822), p. 177 : Gallica.

  60. [60]

    Encyclopédie méthodique, Beaux-arts, tome I. (1788), p. 207 et suivantes : ARTFLGallica.

  61. [61]

    Encyclopédie méthodique, Géographie moderne, vol. 1, p. 460 : Google Book.

  62. [62]

    Encyclopédie méthodique, Géographie moderne, vol. 1, p. 528 : Google Book.

  63. [63]

    Encyclopédie méthodique, Géographie moderne, vol. 1, p. 677 : Google Book.

  64. [64]

    Encyclopédie méthodique, Géographie moderne, vol. 2, p. 31 : Google Book.

  65. [65]

    Encyclopédie méthodique, Géographie moderne, vol. 2, p. 519 : Google Book.

  66. [66]

    Encyclopédie méthodique, Géographie moderne, vol. 2, p. 592 : Google Book.

  67. [67]

    Encyclopédie méthodique, Géographie moderne, vol. 3, p. 87 : Google Book.

  68. [68]

    Encyclopédie méthodique, Géographie moderne, vol. 3, p. 521 : Google Book.

  69. [69]

    En 1792 fut publié le Dictionnaire des jeux de l’Encyclopédie méthodique. En 1799 parut un double volume contenant le Dictionnaire des jeux mathématique, et la suite du Dictionnaire des jeux, que nous appelleront par commodité : Dictionnaire des jeux, volume 2.

  70. [70]

    Encyclopédie méthodique, Jeux, vol. 2, p. 72 : GallicaGoogle Book.

  71. [71]

    Article sur le Jeu de l’histoire de France du dictionnaire des jeux de l’Encyclopédie méthodique.

    France (Tableau chronologique et historique des principaux événements arrivés en), (Jeu instructif).

    Ce jeu est double ; le carton présente à la fois le tableau chronologique des rois, et celui des événements. On joue avec deux dés ou un cochonnet, comme à l’oie.

    Règles :

    1. Tous mettent chacun six jetons au jeu qu’on fait valoir ce qu’on veut.
    2. Celui qui arrive le premier aux dernières cases, gagne ce qui est sur le jeu.
    3. Celui qui amène du premier coup à 9, va à 1559 du jeu des rois, ou à 93 du jeu des événements.
    4. Celui qui trouve en allant des jetons sur une case où il passe les prend, et non en revenant.
    5. Celui qui est rencontré par un autre laisse un jeton sur la case, et va à la place de l’autre.
    6. Les autres règles sont marquées autour des cases. On met au jeu ou sous le chandelier, ou sur le jeu, ou sur les cases.

    Voici présentement les deux tableaux chronologiques et historiques.

    1. Des événements ;
    2. De la succession des rois de France.

    Premier tableau : Événements.

    1. Les premiers Français sortis de Franconie s’établissent le long du Haut-Rhin, et élisent Pharamond pour leur roi en 420.
    2. Les Français passèrent le Rhin sous Clodion, mais furent ensuite obligés de repasser ce fleuve en 440.
    3. Les Français hors de la sujétion des Romains, remportent des victoires sur les Allemands, et quittent le nom de Gaulois en 450.
    4. Christianisme ou baptême du roi Clovis. La Sainte-Ampoule envoyée du ciel pour le sacre des rois en 502.
    5. Deux victoires remportées par les Français sur les Wisigoths. Alaric leur roi fut tué à la première. La France étend ses limites au-delà de la Loire en 520.
    6. La France est partagée en quatre royaumes par les fils de Clovis. Cruelle guerre qu’ils se font entre eux.
    7. Ils s’accordent pour Amalaric, roi des Wisigoths, mari de leur sœur. Ensuite ils le tuèrent et pillèrent ses trésors en 550.
    8. Guerre des deux frères Chilpéric et Sigebert. Leurs femmes malignes et sanguinaires suscitent cette guerre. Frédégonde fait tuer Chilpéric en 584.
    9. Victoire sur les Saxons par Clotaire. Lois écrites pour la police en 613. Il fait mourir la reine Brunehaut.
    10. Dagobert chasse les Juifs. Il fait bâtir Saint-Denis, et le fait couvrir d’argent en 636 ; il y est inhumé.
    11. Autorité des maires du palais. Cruauté d’Ébroïn pour soutenir son crédit en 674.
    12. Victoires des Français par la valeur de Pépin, dit le Gros, ou Frisel, maire du palais de France en 687.
    13. Les factions des deux maires Charles Martel et Rainfroi se font la guerre avec différents succès en 706.
    14. Les Français défont trois cents mille Sarrasins et tuent Abderame leur roi près de Poitiers. Ils étaient commandés, par Charles Martel en 730.
    15. Autre défaite des Sarrasins devant la ville de Sens, par le courage de l’évêque d’Eblis en 732.
    16. Victoires des François en Lombardie, Guyenne, Espagne, etc., sous les rois Pépin et Charlemagne en 770.
    17. Institution des pairs de France. Origine des histoires fabuleuses. Université établie à Paris en 780.
    18. Conquêtes des Gascons en Espagne contre les Sarrasins, où ils établirent Inigo dans le royaume de Navarre en 830.
    19. Les Français remettent plusieurs fois Louis le Débonnaire sur le trône d’où ils l’avaient fait descendre en 839.
    20. Ravages des peuples venus du nord en Flandres, Bretagne et Neustrie en 850.
    21. Établissement du royaume d’Arles en Provence, Dauphiné par Boson en 876.
    22. Établissement de la foire du Lendit ou Saint-Denis, par l’empereur Charles le Chauve en 878.
    23. Établissement de plusieurs souverains sur les provinces de France, par l’empereur Louis le Bègue en 875.
    24. Les Normands sont chassés de devant Paris par les rois Louis et Carloman en 884.
    25. Le royaume de Bourgogne établi pour la seconde fois par Rodolphe en 890.
    26. Robert s’était fait déclarer roi fut vaincu et tué dans une bataille par Charles le Simple en 925.
    27. La Neustrie cédée aux Normands qui se font chrétiens. Robert leur duc en 925.
    28. Guerres de Louis d’Outremer contre Hugues le Grand et les Normands en 950.
    29. La France ravagée pat l’empereur Othon II, qui assiège Paris inutilement en 980.
    30. Guerre de Hugues Capet contre Charles, duc de Lorraine, qui fut vaincu, et mourut en prison en 986.
    31. Seconde, suppression des maires du palais, princes ou ducs de France par Hugues Capet en 887.
    32. Conquête de la Bourgogne par le roi Robert en 1001.
    33. Guerre en Normandie pour faire reconnaître le duc Guillaume en 1047.
    34. Hérésies de Bérenger, archidiacre d’Angers, contre la présence réelle de J. C. en l’eucharistie en 1062.
    35. Concile de Clermont pour la conquête de la Terre Sainte, en 1099.
    36. Guerres civiles, de plusieurs seigneurs de France contre Louis le Gros. Première guerre contre les Anglais en 1100.
    37. Différend du roi Louis VII avec le pape Innocent II, pour la nomination aux bénéfices en 1140.
    38. Concile à Sens, où les erreurs d’Abélard furent condamnées en 1140.
    39. Croisade des Français pour la conquête de la Terre Sainte, sous Louis le Jeune en 1147.
    40. Progrès de l’université de Paris, par l’établissement des professeurs en 1170.
    41. Les Juifs chassés de France pour leurs crimes et leur usure, en 1182.
    42. Guerre contre les Anglais. Conquête des villes de Tours, du Mans, et autres en 1185.
    43. Conquêtes en Normandie sous Philippe Auguste en 1200.
    44. Croisade des Français qui font la conquête de Constantinople, et font mourir l’empereur Murzuphle en 1210.
    45. Les pauvres de Lyon hérétiques ? Guerre contre eux, où les Albigeois sont vaincus par Simon, comte de Montfort, à Muret, en 1211.
    46. Bataille gagnée sur les Allemands et les Anglais qui avaient à leur tête Othon IV, par Philippe-Auguste, à Bouvines, en 1214.
    47. Les provinces de Normandie, Poitou, Angers, le Maine réunies à la couronne par Philippe-Auguste en 1215.
    48. Les Anglais chassés de France par Louis VIII. Victoire gagnée fur eux à Taillebourg par Saint Louis en 1242.
    49. Première expédition contre les Sarrasins, où le roi Saint Louis fut pris à Mansourah en 1249.
    50. Les Français assiègent Tunis. À la seconde expédition, la peste se mit dans le camp où Saint Louis mourut en 1270.
    51. Perte de l’empire d’Orient par les Français en 1250.
    52. Défaite des Sarrasins près de Tunis par le roi Philippe-le-Hardi en 1270. Vêpres Siciliennes en 1280.
    53. Différends du pape Boniface VIII avec le roi Philippe-le-Bel en 1302.
    54. Perte de la bataille de Courtrai en 1302. Gain de la bataille de Mont-Cassel en 1304.
    55. Abolition de l’ordre des Templiers, dont on fit mourir le grand maître par sentence des juges en 1312.
    56. Le comté de Lyon cédé au roi Philippe-le-Bel, et réuni à la couronne en 1312.
    57. Première levée des décimes sur le clergé de France, par le pape Jean XXII en 1324.
    58. Victoire des Français à Mont-Cassel sous Philippe de Valois en 1328.
    59. Perte d’un combat naval à l’Écluse contre les Anglais et les Flamands. Faction d’Artevelde en 1340.
    60. Donation du Dauphiné pour le fils aîné de France en 1349.
    61. Prise du roi Jean devant Poitiers en 1356.
    62. Factions du roi de Navarre, qui attire les Anglais pour troubler la France en 1360.
    63. Les factions des Chaperons et celles de la Jacquerie. Perte de la bataille de Crécy en 1363.
    64. Victoire sur les Anglais et les Navarrais, gagnée à Cocherel en 1366.
    65. Henri de Castille mis deux fois sur le trône par les Français en 1366.
    66. Avantages des Français sur les Anglais et les Bretons unis ensemble en 1370.
    67. Charles VI défait les Flamands à Roosebeke. Ligue des Chaperons blancs en 1382.
    68. Factions d’Orléans et ds Bourgogne. Les Maillotins. Usage des duels en 1400.
    69. Perte de la bataille d’Azincourt avec les Anglais par Henri V, leur roi, en 1415.
    70. Liaisons de la reine avec les Anglais et le duc de Bourgogne contre le dauphin son fils unique en 1418.
    71. Le duc de Bourgogne tué à Montereau en présence du dauphin de France en 1419.
    72. Henri V, roi d’Angleterre, est proclamé roi de France à Paris, et occupe les meilleures villes du royaume en 1420.
    73. La ville d’Orléans délivrée du siège par la valeur des Français, guidés par la Pucelle d’Orléans en 1429.
    74. Faction de la Praguerie. Les Anglais vaincus et chassés de France par le roi Charles VII en 1451.
    75. La pragmatique sanction ou règlement pour le clergé, suivant le concile de Bâle en 1452.
    76. Guerre des princes, dite du bien public ; institution de l’ordre de Saint-Michel, par le roi Louis XI en 1460.
    77. Victoire à Saint-Aubin. Conquête de la Bretagne. Conquêtes en Italie par Charles VIII en 1490.
    78. Conquête du royaume de Naples. Victoire à Fornoue sur les troupes du pape, de celles de l’empire et des Vénitiens en 1455.
    79. Conquêtes en Italie. Les Vénitiens, battus à Agnadel. Victoire devant Ravenne en 1512.
    80. Journée des Éperons et prise de Thérouanne par les Anglais en 1514.
    81. La suppression de la pragmatique sanction et concordat du roi avec le pape pour la nomination des bénéfices en 1515.
    82. Bataille de Marignan gagnée sur les Suisses. Prise du Milanais en 1515.
    83. Tous les princes de l’Europe ligués contre la France, sont combattus par le courage du roi, François Ier, vers 1522.
    84. Défaite des Français devant la ville de Pavie, et prise de François Ier en 1525.
    85. Gain d’une bataille contre l’empereur Charles-Quint, à Cérisoles en Piémont, 1544.
    86. Les Français défendent la ville de Metz contre l’empereur Charles-Quint, qui est obligé de lever le siège en 1552.
    87. Progrès des armes des Français sur les Espagnols et les Anglais. Prise de Calais en 1558.
    88. La France inondée par les Protestants qui se firent donner plusieurs villes, en otage en 1560.
    89. Conjuration d’Amboise par les Protestants. Assemblée des notables à Fontainebleau en 1560.
    90. Colloque de Poissy en 1561. Bataille de Saint-Denis contre les Protestants, où le connétable de Montmorency fut tué en 1564.
    91. Bataille de Jarnac, et mort du prince de Condé en 1569. Bataille de Moncontour en 1569.
    92. Journée de la Saint-Barthélemy, où l’on fit main-basse sur les Protestants en 1572.
    93. Ligue appelée Sainte, ou ligue des Politiques. Grands mouvements dans le royaume en 1573.
    94. Henri III, assassiné à Saint-Cloud. Henri IV fait la conquête de son royaume en 1589.
    95. Édit de Nantes. Henri IV est assassins à Paris en 1610. Guerre civile pour le gouvernement. Guerre contre les Protestants en 1622.
    96. Prise de la Rochelle et de plusieurs autres villes sur les Protestants, par le roi Louis XIII en 1628.
    97. Les François aident Jean IV, roi de Portugal, à se maintenir sur le trône en 1640.
    98. Traité de paix à Münster avec l’empereur et l’Allemagne en 1648.
    99. Paix des Pyrénées. Mariage de Louis XIV ; son faste et sa gloire en 1660.
    100. Le roi d’Espagne établi et soutenu sur le trône contre les efforts de toute l’Europe en 1700.
    101. Avènement du roi Louis XV à la couronne, et différents traités pour l’affermissement de la paix en 1715.
    102. Naissance du dauphin, fils de Louis XV en 1729.

    Deuxième tableau : Rois de France.

    1. Pharamond, premier roi des Français, sortis de la Franconie. Il est l’auteur de la loi salique, a régné huit ans, — 420.
    2. Clodion, second roi, dit le Chevelu, étendit ses États au-delà du Rhin, où il ne put se maintenir en 426.
    3. Mérovée, troisième roi, chef de la première race, défit Attila en 451, et mit les Français hors de la sujétion des Romains ; il a régné dix ans ; — 449.
    4. Childéric, quatrième roi, fut déposé en 450 pour vices. Gilon fut mis en sa place ; mais Childéric fut rappelé à la couronne, et règne avec sagesse vingt six ans.
    5. Clovis, roi, prince ambitieux et cruel. Premier roi chrétien, a fait de grandes conquêtes sur les Romains qu’il défit, a régné trente-deux ans en 485.
    6. Childebert Ier, fils aîné de Clovis, eut pour partage le royaume de Paris. Il était avare et cruel ; il tua son beau-frère Amalaric, roi des Wisigoths ; a régné vingt-sept ans, — 515.
    7. Clotaire Ier ; il se vit seul possesseur des États de Clovis par la mort de ses frères ; il était vaillant, mais cruel ; il fit brûler son fils Chramn dans une chaumière. Il eut trois femmes, et il mourut pénitent ; a régné trois ans, — 560.
    8. Caribert n’est remarquable que par sa vie licencieuse. Il répudia fa femme Ingeberge, et prit Méroflède, fille d’un ouvrier en laine ; a régné six ans, — 565.
    9. Chilpéric. Son règne fut troublé par des guerres civiles, causées par la cruauté de Frédégonde. Il fit tuer Mérovée son fils, répudia Audovère, sa première femme, et se défit de Galswinthe, sa seconde femme, pour épouser Frédégonde, qui le fit tuer en 574.
    10. Clotaire II, présenté au camp par sa mère Frédégonde, âgé de quatre mois, est salué, comme roi, par les soldats. Il fut vaillant, mais cruel envers ses femmes. Il vécut quarante-quatre ans ; mort en 632. — 588.
    11. Dagobert Ier ; il répudia se femme pour épouser Nanthilde, religieuse ; puis il fit bâtir le monastère de Saint-Denis qu’il enrichit des dépouilles des autres églises. Il mourut en 638, régna dix ans ; laissa Sigebert et Clovis en 639.
    12. Clovis II épousa Bathilde, esclave d’Erchinoald, maire du palais ; son règne fut tranquille ; il fit découvrir l’église de Saint-Denis pour faire l’aumône aux pauvres en 668.
    13. Clotaire III, sous la conduite de Sainte-Bathilde sa mère, et d’Erchinoald. En 665 Ébroïn, maire, oblige Sainte-Bathilde de se retirer à Chelles qu’elle avait fondée. Clotaire meurt en 668. — 670.
    14. Childéric II.Ce prince fit raser Ébroïn et Thierry, son frère cadet, qu’il mit à Saint-Denis ; ce qui donna de grandes espérances de son courage ; mais sa cruauté le fit tuer et la reine sa femme Bilichilde en 673.
    15. Thierry I sort du couvent de Saint-Denis pour succéder à Childéric son frère ; son indolence donna lieu à Ébroïn de prendre ses armes pour se maintenir en la qualité de maire. Ce prince n’eut rien de grand ; mort en 691.
    16. Clovis III, fils aîné de Thierry, fut couronné par Pépin le Gros, maire du palais ; il n’y eut rien de remarquable sous ce règne, qui finit au bout de cinq ans. Il meurt en 696.
    17. Childebert III, second fils de Thierry, aima sort son peuple et la justice, mais il ne soutint pas la dignité de roi ; toute l’autorité résidait dans Pépin. Il mourut en 711.
    18. Dagobert III succéda à Childebert son père. Ce prince ayant seulement fait la figure de roi pendant cinq années, meurt en 718. Il laissa un fils, nommé Thierry de Chelles. — 718.
    19. Chilpéric II. La charge de maire du palais se vit partagée en deux sous le règne de ce prince, qui ne fut que de cinq années. Il fut installé sur le trône par Charles Martel, et mourut sans enfants en 721.
    20. Thierry II, dit de Chelles, parce qu’il y fut élevé, fils de Dagobert, fut installé par Charles Martel qui, en 732, défait les Sarrasins, et tue Abderame leur général. Il meurt en 738.
    21. Childéric III, dit le Stupide, fut dégradé, fut tondu et mis dans un couvent. Le pape Zacharie absout les Français du serment de fidélité. Fin de la première race des rois Mérovingiens en 754.

    Deuxième race.

    1. Pépin le Bref se fait élire et couronner par Boniface. Il supprima les maires, tua un lion, battit les Saxons et défit Astolphe, roi des Lombards, et subjugua l’Aquitaine. Il mourut d’hydropisie après avoir régné 17 ans en 752.
    2. Charlemagne. Ce prince fut orné de toutes sortes de vertus ; il fut le défenseur de l’Église, la gloire des armes et des sciences. Il créa les pairs de France ; il établit l’Université de Paris, — 768.
    3. Louis Ier, dit le Débonnaire. Le naturel facile de ce prince rendit son autorité méprisable. Il fut déposé, puis rétabli par les Français ; il partageât l’autorité royale avec ses enfants en 814.
    4. Charles II, dit le Chauve, roi et empereur par la mort de ses frères, fit accord avec les Normands, et réprima les Bretons. Il fut empoisonné par Sédécias, juif, son médecin, en 841.
    5. Louis II, dit le Bègue, fut doué d’une prudence et d’un courage si relevé qu’il fut l’admiration de son siècle. Il ne régna que deux ans en 877.
    6. Louis III et Carloman, fils illégitimes de, Louis le Bègue, succédèrent en qualité de régents du royaume, qu’ils partagèrent entre eux. Ces deux princes ne sont comptés que pour un en 879.
    7. Charles le Gros, empereur, fils de Louis le Germanique. Ce prince après s’être vu empereur des Romains, roi, régent de France, et roi de Lombardie, fut abandonné de tous, et fut mourir dans un village en 886.
    8. Eudes. Après la mort de Charles le Gros, Eudes, fils de Robert, monta fur le trône qu’il usurpa et fut dix ans après forcé de le remettre à Charles le Simple en 901.
    9. Charles III, dit le Simple. Ce prince fut malheureux. Il tua Robert qui s’était fait sacrer roi, mais perdit le combat. Il fut trahi, fait prisonnier, et mené à Péronne, où il mourut, — 902.
    10. Raoul, roi de Bourgogne, qui avait usurpé la couronne à Charles le Simple par l’infidélité de Hugues. Le grand-duc des Français eut un règne de 12 ans, plein de traverses. Il mourut à Auxerre le 15 janvier 936. — 923.
    11. Louis IV, dit d’Outremer, emmené en Angleterre par sa mère, est rappelé par les États de France après la mort de Raoul : mais il fut si malheureux, qu’on le fit trois fois prisonnier. Il mourut d’une chute de cheval, l’an 954. — 936.
    12. Lothaire, fils de Louis d’Outremer, fit la guerre en Lorraine contre l’empereur Othon II qu’il repoussa Vaillamment, et le chassa de devant Paris ; il régna 31 ans ; — 955.
    13. Louis V, dit le Fainéant, le denier, de sa race ; mourut âgé de 20 ans. Il ne régna qu’un an sans enfants, sans amis, et sans avoir rien fait digne de mémoire. — Il finit la race de Charlemagne en 987.

    Troisième race.

    1. Hugues Capet, maire du palais, chef de la troisième race, élu roi de France par les États du royaume, à l’exclusion de Charles de Lorraine, oncle paternel de Louis V. Ce prince supprima la qualité de maire du palais, établit les maréchaux, ordonna que le titre de roi ne serait donné qu’à l’aîné, que les frères auraient un apanage. Il mourut l’an 991 ; a régné 10 ans ; — 987.
    2. Robert Ier, fils de Hugues Capet, prince sage, pieux,résolu,savant, contint les grands dans leurs devoirs. Il régna 34 ans ; mourut en 1031. — 997
    3. Henri Ier, fils de Robert, vainquit trois fois Baudoin, comte de Flandres, et Eudes, comte de Champagne, que sa mère animait contre lui. Il mourut en paix en 1060. — 1031.
    4. Philippe Ier du nom, sous la tutelle de Baudoin, comte de Flandres, devint avare, voluptueux et sans foi. Il fut deux fois excommunié, puis absous. Il mourut en 1108. — 1060.
    5. Louis VI, dit le Gros, prince pieux, généreux et vaillant, réprima les grands qui voulaient troubler son royaume, battit les Anglais. Louis vécut 60 ans et en régna 29. Il mourut en 1137, regretté de tous. Il laissa cinq fils et une fille ; — 1108.
    6. Louis VII, dit le Jeune. Il brûla 1300 personnes dans l’église de Vitry-le-Brûlé ; et pour pénitence fit la croisade en 1148. Il répudia sa femme Éléonore, qui se maria à Henri II, roi d’Angleterre. Il mourut en 1180 ; a régné 43 ans. — 1137.
    7. Philippe II, Auguste, chassa les comédiens, les juifs et les cabaretiers. Il établit le prévôt des marchands ; acheva l’église de Notre-Dame, ferma Paris et Vincennes de murs. Il meurt en 1225. — 1180.
    8. Louis VIII, dit le Lion, prend plusieurs places aux Anglais en 1226 ; bat les Albigeois, et réunit le Languedoc à la Couronne. Il mourut après trois ans de règne en 1223.
    9. Louis IX. Il soumit plusieurs seigneurs rebelles en 1248 ; va en croisade en Égypte. Il est rançonné et revient. Il fonde les Quinze-Vingts en 1270 ; il retourne en-croisade, et meurt de la peste à Tunis, âgé de 56 ans ; régna 44 ans, — 1227.
    10. Philippe III, dit le Hardi, proclamé roi au camp devant Tunis. Vêpres Siciliennes. Il mourut à Perpignan, âgé de 40 ans. C’est de lui que sort la race des Valois, — 1270.
    11. Philippe IV, dit le Bel, grand prince ; fit brûler la bulle d’excommunication de Boniface, fit brûler les templiers, et rendit le parlement sédentaire. Il mourut en 1314 à 46 ans ; il régna 28 ans, — 1285.
    12. Louis X, dit le Hutin ou Mutin, ne fut pas aimé. Il fit pendre Enguerrand de Marigny, et fit étrangler Marguerite de Bourgogne, sa première femme ; rappela les juifs. Il mourut de poison en 1316 ; il régna 2 ans, — 1314.
    13. Philippe V, dit le Long, à cause de sa haute stature, deuxième fils de Philippe le Bel, et frère de Louis le Hutin auquel il succéda, eut autant de bonté que son frère eut de violence. Il mourut aimé en 1322, âgé de 28 ans. — 1316.
    14. Charles IV, dit le Bel, troisième fils de Philippe le Bel, succéda à Philippe le Long, son frère. Ce prince eut peu de défauts, et beaucoup de rares qualités pour la justice. Il décéda âgé de 34 ans en 1328 ; il régna 7 ans. — 1322.
    15. Philippe VI de Valois. Ce prince fut reconnu roi par les États du royaume, et sacré le 28 mai l’an 1328, comme cousin germain des trois derniers rois. Le Dauphiné donné à la France par Imbert. Philippe décéda en 1350, âgé de 57 ans ; régna 23 ans. — 1328.
    16. Jean Ier, dit le Bon. Ce prince fit décapiter Raoul, connétable de France ; quoique vaillant, fut pris en la journée de Poitiers par les Anglais ; délivré au traité de Bretagne, et décéda en l’an 1364 ; régna 14 ans. — 1350.
    17. Charles V, surnommé le sage. Ce prince fut beaucoup aimé, honoré et redouté des siens et des étrangers pour ses vertus singulières. Il rétablit Henri sur le trône de Castille, et fit décapiter Pierre le Cruel, roi de Castille ; il réduisit les armes de France à trois fleurs de lys. Meurt en 1380 ; a régné 16 ans, — 1365.
    18. Charles VI monta sur le trône sous la tutelle des ducs de Berry, d’Orléans et de Bourgogne, ses oncles, qui chargèrent les peuples d’impôts. Il tomba en frénésie, mort en 1422, âgé de 54 ans. — 1380.
    19. Charles VII, fils de Charles VI qui fut si dénaturé qu’il voulut ôter la couronne à ce prince pour la donner à Henri V, roi d’Angleterre, son gendre ; mais Dieu ayant suscité la Pucelle d’Orléans qui chassa les Anglais, il monta sur le trône. Craignant le poison, il se laissa mourir de faim en 1461, âgé de 58 ans. — 1422.
    20. Louis XI fut un prince vindicatif, méfiant et dissimulé. Il traita avec mépris les grands qui avaient fidèlement servi son père, et n’éleva que des gens de néant ; il fit décapiter le connétable Saint-Pol ; il institua l’ordre de Saint-Michel. Il mourut en 1483, âgé de 60 ans. — 1461.
    21. Charles VIII épousa Anne de Bretagne. Cette province fut unie à la couronne par ce mariage. Il conquit le royaume de Naples en quatre mois ; vint à Rome, où, à son arrivée la muraille tomba. Il y reçut d’Alexandre VI le titre d’empereur d’Orient, fut investi du royaume de Naples, et couronné roi de Sicile ; a régné 15 ans ; meurt en 1498, âgé de 27 ans. — 1483.
    22. Louis XII, dit se Père du Peuple. La France ne fut jamais si puissante en armées, en nobles, en marchands, en peuple et en richesses. Il fournit le duché de Milan, la Lombardie, la république de Gênes ; il fit suspendre Jules II de la papauté. Il mourut fans enfants mâles l’an 1515, âgé de 53 ans. — 1498.
    23. François Ier du nom succéda à Louis XII. Ce prince fut très-vaillant, quoique peu assisté de la fortune. Il combattit la puissance de Charles-Quint, son beau-frère, qui voulait envahir la France, et résista contre toute l’Europe liguée contre lui. Il fut pris par les Espagnols à Pavie, ensuite délivré. Il mourut à Rambouillet en 1547, âgé de 52 ans. — 1515.
    24. Henri II ; il fit plusieurs ordonnances contre les blasphémateurs ; pour la réforme des habits et le soulagement des campagnes. Il fut le protecteur de la religion contre les protestants, et fit avorter les desseins de Charles Quint ; il régna treize ans, et mourut de la blessure que lui fit le comte de Montgommery, âgé 41 ans. — 1547.
    25. François II, roi de France et d’Écosse par Marie Stuart sa femme. Il ne régna que dix huit mois sous la régence de Catherine de Médicis et le gouvernement du cardinal de Lorraine et du duc de Guise, ce qui causa l’éloignement des princes du sang qui voulurent tuer le cardinal et le duc, et se saisir du roi. Louis, prince de Condé, fut condamné à mort, ce qui n’eut pas d’effet par celle du roi, — 1559.
    26. Charles IX ordonna à ceux qui ne voudraient pas reconnaître l’autorité de l’Église de sortir de France ; ce qui causa une guerre cruelle avec les protestants et le massacre des huguenots, le jour de Saint-Barthélémy. Il mourut âgé de 24 ans en 1574. — 1560
    27. Henri III renonça à la couronne de Pologne pour être roi de France. Son règne fut troublé par les guerres civiles excitées par le duc de Guise, qui, sous prétexte de la religion, sapait l’autorité royale. Il fut tué à Saint-Cloud par un jacobin, 1589. — 1574.
    28. Henri IV, déclaré roi malgré les efforts de la ligue. Après plusieurs victoires, il se fit catholique, et par ce moyen reconnu pour roi de France et fils aîné de l’Église ; il conquit la Savoie en quarante jours. Ce bon prince fut assassiné par Ravaillac la 20e année de son règne en 1610. — 1589.
    29. Louis XIII, roi de France et de Navarre, fut un prince pieux, bon, et qui aima la justice. Il succéda à Henri IV à l’âge de 9 ans sous la régence de Marie de Médicis sa mère. Il épousa en 1615 Anne d’Autriche, fille de Philippe III, roi d’Espagne ; enfin, après avoir rendu la France triomphante de toutes parts, abattu l’hérésie et humilié la maison d’Autriche, il mourut en 1643, laissant pour enfants Louis XIV et Philippe d’Orléans. — 1610.
    30. Louis XIV, roi de France et de Navarre, né le 5 septembre 1638. La fameuse bataillé de Rocroi, donnée le 5e jour de son règne, fut un présage de sa grandeur future, ses victoires continuelles, ses grandes armées, ses bâtiments somptueux, la magnificence, ses académies, 250 églises bâties, des manufactures pour le commerce, et enfin tant d’autres belles choses qu’il a faites lui ont donné le titre de Grand. Mort en 1715. — 1643.
    31. Louis XV, né le 15 février 1710, succéda à Louis XIV son bisaïeul en 1715 ; mort au mois de mai 1774.
  72. [72]

    Encyclopédie méthodique, Jeux, vol. 2, p. 87 : GallicaGoogle Book.

  73. [73]

    Encyclopédie méthodique, Jurisprudence, vol. 2, p. 574 : Gallica.

  74. [74]

    Encyclopédie méthodique, Jurisprudence, vol. 5, p. 272 : GallicaGoogle Book.

  75. [75]

    Père Claude-François Ménestrier (1631-1705), Bibliothèque curieuse et instructive des divers ouvrages anciens et modernes de littérature et des arts (1704), p. 173-183 : Google Book.

  76. [76]

    Encyclopédie méthodique, Jurisprudence, vol., p. 134 : Gallica.

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