Compte-rendu
Nouveaux éclairages historiques
Dans son avant-propos, Quicherat relève plusieurs éléments confirmant ou enrichissant la connaissance de Jeanne d’Arc.
- Ses cheveux noirs
- Son costume
- Son étendard
- L’épée de Fierbois
- La lettre aux Anglais
- La reddition du comte de Suffolk à Jargeau
- La prise de Troyes
- Le sacre de Charles VII
- L’assaut de Paris
Ses cheveux noirs. — La chose a pu faire doute jusqu’à présent : la chronique rochelaise la mettra désormais hors de toute contestation.
Son costume. — L’habillement avec lequel Jeanne se présenta pour la première fois à Charles VII […] était noir et gris des pieds à la tête.
Son étendard. — La chronique souligne l’insistance des juges quant au nombre d’étendards qu’elle possédait. Jeanne affirma n’en avoir eu qu’un seul, mais qu’elle consentit malgré elle
à changer l’écusson qui y figurait, enfreignant l’une des prescriptions de [sa] voix
.
L’épée de Fierbois. — Selon la chronique, elle fut tirée d’un coffre qui n’avait pas été ouvert depuis vingt ans, lequel coffre était enfermé dans l’autel même. L’épée dans ce cas aurait été une relique, et l’autel un de ces autels en forme de cage, comme il y en eut beaucoup
.
La lettre aux Anglais. — La chronique la reproduit dans une version conforme aux cinq autres connues et rassemblées par Quicherat dans les Procès.
La reddition du comte de Suffolk à Jargeau. — Contrairement aux autres chroniques françaises, qui s’inspirent probablement l’une de l’autre en rapportant qu’il se rendit à un chevalier qu’il venait d’adouber, la chronique de La Rochelle affirme qu’il se rendit directement à Jeanne : Je me rends à la Pucelle, qui est la plus vaillante femme du monde et qui nous doit tous subjuguer et mettre à confusion.
Cette divergence pourrait s’expliquer en attribuant l’épisode du chevalier à l’un des frères de Suffolk, également capturé à Jargeau. La rancœur des Anglais face à cette soumission pourrait justifier que les juges aient retenu contre Jeanne son refus de négocier la reddition de la ville.
La prise de Troyes. — C’est l’un des épisodes les plus développés de la chronique. Il met en lumière le rôle de l’évêque pour disposer les habitants en faveur de Charles VII
ainsi que des détails sur la première rencontre entre Jeanne et frère Richard. La chronique réfute également les accusations portées au procès selon lesquelles elle aurait encouragé un culte à sa personne : lorsque frère Richard s’agenouilla devant elle, Jeanne se prosterna à son tour pour détourner l’idée qu’elle fut l’objet d’un pareil hommage
. La chronique mentionne aussi, mais sans apporter d’information, les banderoles de satin blanc
aperçues par les habitants de Troyes et qui obsédèrent tant les juges. Quicherat y voit la manifestation de quelque exercice de piété introduit dans l’armée par la Pucelle
.
Le sacre de Charles VII. — La chronique apporte quelques circonstances inédites mais rien de nouveau sur la Pucelle
.
L’assaut de Paris. — Malgré plusieurs graves inexactitudes, le récit confirme certains points rapportés par Perceval de Cagny, notamment la faiblesse de l’artillerie parisienne, la légèreté de la blessure de Jeanne, le faible nombre de blessés côté français, ainsi que la certitude d’une victoire pour peu que l’attaque eût été continuée
. La chronique insiste aussi sur l’attitude ambivalente de Charles VII : ne pouvant empêcher Jeanne d’attaquer Paris, il la désavoua par anticipation
, et sapa son entreprise, ayant fait le choix de négocier avec le duc de Bourgogne. Par là le prestige de la Pucelle reçut une atteinte dont on lui ôta sans beaucoup de peine la possibilité de se relever. […] Voilà comment le cours des succès les plus assurés fut interrompu pour faire place à une combinaison louche qui ne rapporta aucun des fruits qu’on s’était vanté d’en faire sortir. On croyait tenir la paix au terme de la trêve, et l’on eut, au lieu de paix, vingt nouvelles années de guerre.