#Chinon
3 témoins :
- Jean d’Alençon
- Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
- Simon Charles
Jean d’Alençon
- Enquête à Paris et à Rouen (3 mai 1456)
Dès le lendemain il se rendit à Chinon et trouva Jeanne qui s’entretenait avec le roi. Celle-ci lui demanda qui il était ; le roi répondit que c’était le duc d’Alençon ; alors elle déclara : Vous, soyez le très bien venu ! Plus nombreux seront-ils ensemble du sang royal de France, et mieux cela sera.
Le lendemain à la messe, le roi pris Jeanne à part, avec le témoin et La Trémouille. Jeanne fit plusieurs requêtes au roi, entre autres qu’il donnât son royaume au Roi des cieux, pour que le Roi des cieux le remette comme ses prédécesseurs, en son état antérieur.
On parla de beaucoup d’autres choses jusqu’au repas, puis le roi alla se promener dans les prés. Jeanne y courut avec la lance et le témoin la voyant lui donna un cheval.
Le roi décida qu’elle serait examinée par des gens d’Église et délégua l’évêque de Castres (son confesseur), les évêques de Senlis, Maguelonne et Poitiers, Pierre de Versailles, Jourdan Morin, et beaucoup d’autres, qui l’interrogèrent en présence du témoin sur les raisons de sa venue. Elle répondit qu’elle était venue de la part du Roi des cieux et qu’elle avait des voix et un conseil qui lui indiquaient quoi faire (bien que de cela il ne se souvient pas). Jeanne lui confia par la suite, au cours d’un repas (ils les prenaient alors ensemble), qu’elle avait été beaucoup questionnée, mais qu’elle savait et pouvait plus de choses qu’elle n’en avait dites. Le roi entendit le rapport des examinateurs et décida qu’elle serait de nouveau interrogée à Poitiers.
Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 mai 1456)
Le témoin entendit parler de Jeanne alors qu’il était au Puy. S’y trouvaient en même temps que lui, la mère de Jeanne et certains qui l’avaient conduite auprès du roi ; et comme ils le connaissaient un peu, ils insistèrent pour l’emmener voir Jeanne à Chinon. Il allèrent donc jusqu’à Chinon, puis de là à Tours, où il était lecteur dans un couvent.
À Tours ils trouvèrent Jeanne, qui logeait chez un bourgeois, Jean Dupuy : Jeanne, nous vous amenons ce bon père ; quand vous le connaîtrez bien, vous l’aimerez beaucoup.
Jeanne répondit qu’elle était bien contente de le voir, qu’elle avait déjà entendu parler de lui, et qu’elle voulait se confesser à lui le lendemain. Le lendemain, il l’entendit en confession et chanta la messe en sa présence ; dès lors le témoin l’a toujours suivie, et l’accompagna jusqu’à la ville de Compiègne, où elle fut prise.
A entendu dire qu’à son arrivée auprès du roi, Jeanne fut inspectée deux fois par les dame de Gaucourt et de Trêves : pour savoir si elle était un homme ou une femme, et si elle était vierge ou non ; on la trouva femme et vierge.
Elle fut ramenée à Chinon mais dut encore attendre une délibération du conseil pour pouvoir parler au roi.
Ce jour là, en entrant chez le roi elle croisa un homme à cheval qui dit : N’est-ce pas là la Pucelle ?
en jurant Dieu que s’il la tenait une nuit, elle ne repartirait pas pucelle. Jeanne rétorqua : Ah ! en nom Dieu, tu le renies, et tu es si près de ta mort ! [en français]
Dans l’heure l’homme tomba à l’eau et se noya. Cela, il l’a entendu de la bouche de Jeanne et de plusieurs témoins.
Le comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi, qui lui demanda son nom : Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et le Roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré et couronné à Reims [en français] ; et serez son lieutenant lui qui est roi de la France.
Après plusieurs questions elle dit à nouveau : Je te dis, de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France et fils du roi [en français]. Il m’envoie pour te conduire à Reims où tu recevras la couronne et le sacre, si tu veux.
Le roi déclara ensuite que Jeanne lui avait dit certains secrets que personne ne pouvait savoir si ce n’est Dieu, et qu’il avait grande confiance en elle. Le témoin n’était pas présent et tient tout cela de Jeanne elle-même.
Simon Charles
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
L’année où Jeanne vint vers le roi, le témoin avait été envoyé par le roi en ambassade à Venise. Il en revint vers le mois de mars et apprit de Jean de Metz qu’elle était auprès du roi.
Lorsque Jeanne arriva à Chinon, le conseil délibéra si le roi l’entendrait ou non. On l’interrogea sur l’objet de sa venue ; elle ne voulait parler qu’au roi ; mais celui-ci commanda qu’elle transmette d’abord le motif de sa mission. Elle avait deux mandats de la part du Roi des cieux : faire lever le siège d’Orléans et conduire le roi à Reims en vue de son couronnement et de son sacre. — Certains conseillers jugeaient que le roi ne devait pas avoir confiance en elle, d’autres qu’il devait au moins l’écouter, puisqu’elle se déclarait envoyée par Dieu. — Le roi décida qu’elle serait examinée par des gens d’Église ; ce qui fut fait ; et enfin, et non sans difficulté, il accepta de l’entendre.
Lorsqu’on annonça Jeanne au château de Chinon, le roi hésitait encore à la recevoir. On lui apprit que Robert de Baudricourt avait écrit, que c’est lui qui envoyait Jeanne, laquelle avait traversé des territoires ennemis et passé des rivières presque miraculeusement ; alors il accorda l’audience.
Avant qu’elle n’arrive, le roi s’écarta des autres, mais Jeanne le reconnut bien et lui fit sa révérence. Leur entretient dura longtemps et le roi en sortit joyeux.