Déposition de Simon Charles
Interrogé une fois en 1456.
Arrivée de Jeanne à Chinon.]
L’année où Jeanne vint vers le roi, le témoin avait été envoyé par le roi en ambassade à Venise. Il en revint vers le mois de mars et apprit de Jean de Metz qu’elle était auprès du roi.
Examen à Chinon.]
Lorsque Jeanne arriva à Chinon, le conseil délibéra si le roi l’entendrait ou non. On l’interrogea sur l’objet de sa venue ; elle ne voulait parler qu’au roi ; mais celui-ci commanda qu’elle transmette d’abord le motif de sa mission. Elle avait deux mandats de la part du Roi des cieux : faire lever le siège d’Orléans et conduire le roi à Reims en vue de son couronnement et de son sacre. — Certains conseillers jugeaient que le roi ne devait pas avoir confiance en elle, d’autres qu’il devait au moins l’écouter, puisqu’elle se déclarait envoyée par Dieu. — Le roi décida qu’elle serait examinée par des gens d’Église ; ce qui fut fait ; et enfin, et non sans difficulté, il accepta de l’entendre.
Rencontre avec le roi.]
Lorsqu’on annonça Jeanne au château de Chinon, le roi hésitait encore à la recevoir. On lui apprit que Robert de Baudricourt avait écrit, que c’est lui qui envoyait Jeanne, laquelle avait traversé des territoires ennemis et passé des rivières presque miraculeusement ; alors il accorda l’audience.
Avant qu’elle n’arrive, le roi s’écarta des autres, mais Jeanne le reconnut bien et lui fit sa révérence. Leur entretient dura longtemps et le roi en sortit joyeux.
Examen à Poitiers.]
Ne voulant rien faire sans l’avis des ecclésiastiques, le roi envoya Jeanne à Poitiers, pour être examinée par les clercs de l’Université. Lorsqu’il apprit qu’on n’avait trouvé en elle rien que de bon, il la fit armer et lui donna des gens ; elle reçut aussi des attributions militaires.
Mœurs et valeur militaire de Jeanne.]
Jeanne était très simple en toutes ses actions, sauf à la guerre où elle était très expérimentée.
Le roi en disait beaucoup de bien de Jeanne ; à Saint-Benoît-sur-Loire, il eut pitié d’elle, de la peine qu’elle prenait, et lui ordonna de se reposer. Mais Jeanne en pleurs, lui répondit de ne plus tergiverser, qu’il recouvrerait tout son royaume et serait rapidement couronné.
Jeanne blâmait fort les hommes d’armes lorsqu’elle les surprenait à mal faire.
Témoignages sur la libération d’Orléans.]
Il tient de Gaucourt ce qui suit. Le jour où fut prise la bastille des Augustins, les capitaines avaient décidé de ne pas lancer d’assaut et Gaucourt fut commis pour garder les portes afin d’empêcher toute sortie. Jeanne pensait au contraire qu’ils fallait l’attaquer, et beaucoup d’hommes d’armes et de gens de la ville étaient de cet avis. Elle dit à Gaucourt qu’il était un mauvais homme, et ajouta : Que vous le vouliez ou non, les hommes d’armes viendront, et ils gagneront comme ils ont gagné ailleurs.
Les hommes sortirent, prirent la Bastille, et Gaucourt raconta qu’il fut lui-même en grand danger.
Siège de Troyes.]
Arrivé devant Troyes, les troupes se trouvèrent sans vivres et presque prêtes à se retirer. Jeanne dit au roi de n’avoir aucune hésitation, et qu’il obtiendrait la ville le lendemain. Elle prit son étendard et ordonna de préparer les fagots. Le lendemain elle feignit d’en combler les fossés en criant : À l’assaut
. Les habitants de Troyes envoyèrent quelqu’un pour négocier une capitulation avec le roi ; lequel entra ensuite dans la ville en grand apparat, Jeanne portant son étendard près de lui.
Arrivée à Reims.]
De Troyes on se dirigea vers Châlons, puis Reims. Le roi avait craint que la ville ne résiste, car il n’avait ni artillerie [en français] ni machines de siège ; mais Jeanne lui dit : Ne craignez rien, les bourgeois viendront à votre rencontre
; et avant même que les troupes eussent approché de la ville, les bourgeois se rendirent. — Jeanne disait au roi de procéder hardiment, et de ne s’inquiéter de rien, et qu’ainsi, il recouvrerait tout son royaume.
Mœurs et piété de Jeanne.]
Croit que Jeanne fut envoyée par Dieu : elle se confessait souvent et communiait presque chaque semaine.
Tant qu’elle était armée et à cheval, jamais elle n’en descendait pour des besoins naturels, et tous les hommes d’armes l’admiraient de pouvoir rester aussi longtemps à cheval.