#Combats
1 témoins :
Jean d’Aulon
- Déposition de Jean d’Aulon à Lyon (28 mai 1456)
Sur ce, le témoin, rompu, s’allongea sur une couchette pour se reposer un peu. La Pucelle l’imita et se mit sur un autre lit avec son hôtesse. À peine commençait-il à prendre son repos que la Pucelle se redressa soudain et le réveilla avec fracas : En nom Dieu, mon conseil m’a dit d’aller sur l’Anglais, mais je ne sais si c’est à leur bastilles ou contre Fastolf !
Il se leva aussitôt et l’arma. Des cris parvinrent du dehors signalant une violente attaque. Il se fit armer et constata que la Pucelle était partie. Dans la rue elle tomba sur un page à cheval, lui prit sa monture de force et traça droit à la porte de Bourgogne d’où venait le bruit. Il la suivit mais ne put la rattraper avant la porte. En arrivant, ils virent qu’on transportait un blessé grave ; elle s’informa et quand on lui apprit que c’était un Français elle déclara qu’elle n’avait jamais vu de sang français sans que les cheveux ne lui dressassent
.
La Pucelle, lui-même et d’autres gens de guerre sortirent de la ville pour soutenir l’attaque ; jamais il n’avait vu tant de gens d’armes de leur parti. Ils se dirigèrent vers une très forte bastille appelée Saint-Loup, qu’ils assaillirent et emportèrent rapidement et à très peu de perte. Tous les ennemis furent soit morts soit pris. Puis ils regagnèrent la ville et se reposèrent le reste de la journée.
Les Français ne se sentant pas de force pour prendre cette bastille décidèrent de rebrousser chemin. Les plus vaillants d’entre eux, les seigneurs de Gaucourt, de Villars, et lui-même restèrent en retrait pour protéger les arrières. La Pucelle et la Hire montèrent chacun sur un bateau, la lance à la main, quand soudain on vit l’ennemi jaillir de la bastille des Augustin. La Pucelle et La Hire, toujours en première ligne, couchèrent leur lance et commencèrent à frapper, suivi par leur gens ; si bien que l’ennemi dut se réfugier dans la bastille.
Pendant ce temps, le témoin assurait la garde d’une passe avec sa compagnie, qui comptait un bien vaillant homme d’armes du pays d’Espagne, Alphonse de Partada. Un autre bel homme, grand et bien armé, décida de quitter le rang pour aller à l’assaut ; le témoin le somma de garder son poste mais il répondit qu’il n’en ferait rien. Ledit Alphonse le prit à parti, disant que d’autres aussi vaillants que lui restaient bien ; il répondit que lui ne resterait pas. Ils s’échangèrent des mots, et résolurent d’aller tous deux à l’assaut voir qui serait le plus vaillant. Bras dessus, bras dessous, il s’élancèrent vers la bastille. Là, un grand, fort et puissant Anglais causait de grands dommages et rendait la palissade infranchissable. Le témoin montra l’Anglais à un nommé maître Jean le Canonnier, qui d’un trait le jeta mort par terre. Les deux hommes s’engouffrèrent dans la bastille, et toute leur compagnie derrière eux. En peu de temps la place était prise. Quelques ennemis parvinrent à se réfugier dans la bastille des Tournelles au pied du pont, mais la plupart furent tués ou pris. Après cette victoire, la Pucelle, les seigneurs et leurs gens passèrent la nuit devant la bastille.
Le lendemain matin, la Pucelle convoqua les seigneurs et capitaines qui se trouvaient devant la bastille gagnée la veille afin d’aviser la suite. On convint que la priorité était désormais le gros boulevard que les Anglais avaient construit devant la bastille des Tournelles. La Pucelle et les capitaines répartirent leur gens autour du boulevard et l’assaillirent de toutes parts. L’effort dura du matin jusqu’au soleil couchant sans parvenir à rien prendre. Les capitaines, considérant l’heure tardive et la fatigue générale décidèrent de sonner la retraite. Celui qui portait l’étendard de la Pucelle voulut suivre le mouvement et remit l’étendard à un homme du seigneur de Villars nommé le Basque, que le témoin connaissait pour brave. Craignant que si l’on renonçait aujourd’hui, le boulevard et la bastilles demeurassent aux ennemis, il eut l’idée de porter l’étendard bien en avant, comptant sur l’affection qu’il inspirait à tous les gens de guerre pour les relancer à l’assaut. Observant l’entreprise, le témoin demanda au Basque s’il le suivrait dans la bastille. Ayant obtenu sa promesse, il se jeta dans le fossé et, se protégeant des jets de pierre avec son bouclier, parvint jusqu’au pied du boulevard, persuadé que son compagnon l’avait suivi. Mais au moment où celui-ci allait s’élancer, la Pucelle, qui venait d’apercevoir son étendard dans les mains d’un autre, l’agrippa par le bout en criant : Ha ! Mon étendard ! mon étendard !
Comme aucun des deux ne lâchait, l’étendard ballottait, si bien que les autres crurent qu’elle leur faisait signe. Le témoin vit cependant que le Basque ne l’avait pas suivi et lui dit : Ha, Basque, n’avais-tu pas promis ?
; ce dernier tira un grand coup sur l’étendard, l’arracha des mains de la Pucelle, et s’en fut rejoindre son camarade. Tous les gens de la Pucelle se rallièrent et se ruèrent à l’assaut. En peu de temps le boulevard et la bastille étaient pris. — Ce soir-là, comme Jeanne l’avait annoncé le matin-même, les Français rentrèrent dans Orléans par le pont. Elle avait été blessée d’un trait durant l’assaut, il l’a fit soigner.