Thérèse de Lisieux  : La Mission de Jeanne d’Arc (1894)

Texte intégral

La Mission de
Jeanne d’Arc
ou
la Bergère de Domrémy écoutant ses Voix

Pièce de théâtre en vers et en prose par

Sainte Thérèse de Lisieux

(1894)

Éditions Ars&litteræ © 2021

Personnages

  • Jeanne d’Arc ;
  • L’Archange Saint Michel ;
  • Sainte Catherine ;
  • Sainte Marguerite ;
  • Catherine d’Arc, sœur de Jeanne ;
  • Germaine, jeune bergère de Domrémy.

Scène 1

Jeanne, seule.

Jeanne, seule dans la prairie, garde son troupeau, elle chante en tressant une guirlande de fleurs. Sa quenouille et sa houlette sont placées auprès d’elle.

(Air : C’est moi que l’on appelle la blonde Iétala, ou bien : Un jour une bergère appelée Isabeau.)

1

Moi, Jeanne la bergère

Je chéris mon troupeau

Ma houlette est légère

Et j’aime mon fuseau.

2

J’aime la solitude

De ce joli bosquet

J’ai la douce habitude

D’y venir en secret.

3

J’y tresse une couronne

De belles fleurs des champs

À Marie je la donne

Avec mes plus doux chants.

4

J’admire la nature

Les fleurs et les oiseaux

Du ruisseau qui murmure

Je contemple les eaux.

5

Les vallons, les campagnes

Réjouissent mes yeux

Les sommets des montagnes

Me rapprochent des Cieux !…

6

Souvent des voix étranges

Viennent me visiter

Je crois bien que les anges

Doivent ainsi parler.

7

J’interroge l’espace

Je contemple les Cieux

Je ne vois nulle trace

D’êtres mystérieux.

8

Franchissant le nuage

Qui doit me les cacher

Au Céleste rivage

Que ne puis-je voler !!!…

Scène 2

Jeanne, Catherine.

Quand Jeanne a fini de chanter, Catherine s’approche d’elle tout doucement. Jeanne semble étonnée en la voyant.

Jeanne

Catherine, ma petite sœur, que viens-tu faire ici, pourquoi ne gardes-tu pas ton troupeau ?…

Catherine

Mon troupeau est rentré à la bergerie. Jeanne, as-tu donc oublié que c’est fête aujourd’hui ?… Nos compagnes nous attendent pour aller danser autour du grand arbre.

Jeanne

Ma guirlande de fleurs est achevée et je n’ai pas oublié la fête, mais il est encore trop tôt pour rentrer mes petits agneaux. Dans une heure je te rejoindrai sous le grand arbre.

Catherine, timidement

Jeanne, j’ai une grâce à te demander, je t’en supplie, ne me gronde pas… Je t’ai entendue chanter tout à l’heure, j’étais cachée derrière les arbres… Tu disais que les Anges viennent te parler…

Jeanne, très émue

Tu m’as entendue !… Ô Catherine ! ne répète jamais ces paroles et ne me fais pas de questions, car je ne puis te répondre.

Catherine, caressant Jeanne et s’asseyant auprès d’elle

Jeanne, je suis ta petite sœur ne me cache pas ton secret, je te promets de ne jamais en parler.

Jeanne

Eh bien, à toi seule, Catherine, je vais confier mon secret. Tu m’aimes, je sais que tu n’en parleras à personne. C’est vrai que depuis l’âge de treize ans, j’entends souvent des voix inconnues, elles sont belles et très mélodieuses… Le chant du rossignol, qui pourtant est si doux ne saurait leur être comparé…

Catherine

Ô Jeanne ! ce sont les anges bien certainement. Tu es si bonne que je ne suis pas surprise que le bon Dieu et Notre Dame te comblent de leurs grâces.

Jeanne

Je ne sais pas si mes voix sont celles des anges, je n’en ai jamais vu aucun. Mais je ne suis pas bonne comme tu le penses. Mes voix me recommandent de l’être et me promettent que Notre Seigneur me protégera toujours si je garde mon cœur pour Lui seul.

Catherine

Jeanne, qu’est-ce que c’est que de garder son cœur pour Dieu seul ?… Faut-il n’aimer que Lui ?… Cela est bien difficile… Je t’aime au-delà de tout ce qui se peut dire. Crois-tu que la tendresse que j’ai pour toi déplaise au bon Dieu ?…

Jeanne

Non, ma petite Catherine, je ne le crois pas. Je t’aime aussi bien tendrement et notre affection est agréable à Dieu. Mais garder son cœur pour Lui seul, c’est prendre Jésus pour son Époux… Depuis longtemps déjà, mes voix m’ont conseillé de consacrer ma virginité à Notre Seigneur sous la garde de Notre Dame. Ô Catherine ! si tu savais les tendresses que Jésus réserve aux âmes qu’il se choisit pour épouses !…

Catherine, se levant

Je veux me consacrer à Jésus aussi !… Jeanne, conduis-moi bien vite à l’autel de Notre Dame, je veux te ressembler et devenir bonne comme toi.

Jeanne, souriant

Tu es trop jeune encore, ma petite sœur, il faut attendre et prier Notre Seigneur de te faire la grâce d’être un jour son épouse. Je le demanderai aussi pour toi. Sois toujours sage et obéissante. c’est le moyen d’attirer les regards du bon Dieu.

Scène 3

Les mêmes, Germaine.

Germainearrive, toute parée de fleurs

Que faites-vous donc ? La fête va commencer dans une demi-heure et Jeanne n’est pas encore parée… (Prenant la guirlande dans sa main.) Ta guirlande est bien belle, mais sans doute qu’elle est encore pour la chapelle de Notre Dame, jamais je ne t’ai vue tresser une seule couronne pour toi… Catherine du moins aime à se parer.

Jeanne

C’est vrai que toutes mes fleurs sont pour Marie, mais je ne refuse pas de prendre part à la fête. Ma toilette n’est pas longue à faire, je serai rendue presque aussi vite que vous. Germaine, emmène Catherine avec toi, j’irai bientôt vous rejoindre.

Germaine

Surtout, Jeanne, ne manque pas de venir ; sans toi, il n’y aurait pas de fête.

Catherine, à Jeanne

Je ne veux pas partir sans toi, je vais t’attendre.

Jeanne

Sois obéissante, Catherine. Tu sais ce qui est convenu entre nous… J’ai besoin d’être quelques instants seule.

Germaine

Pourquoi donc veux-tu si souvent être seule ?… Tu dois t’ennuyer de ne pas savoir les nouvelles ?… Moi j’en connais de bien intéressantes… Sais-tu ce qui se passe à Orléans ?…

Jeanne

Non, je n’en sais rien. Mes frères aînés Jacques et Jean sont partis pour l’armée, je prie tous les jours pour eux, mais je ne désire pas savoir ce qui se passe à Orléans ni ailleurs.

Germaine, étonnée

Tu n’aimes donc pas la France, Jeanne ?…

Jeanne

Si, je l’aime, mais je ne suis qu’une petite bergère et je sais qu’en restant humble et cachée je puis être plus utile à notre pauvre Patrie qu’en cherchant à savoir des choses qui ne me regardent pas.

Catherine, se levant

Eh bien, Jeanne, puisque tu m’as dit de partir, je m’en vais à la fête. Si Germaine se met à te parler de toutes les choses qu’elle sait, nous serons encore ici quand la fête sera passée. J’ai pourtant bien envie de ne pas la manquer, elle doit être si belle.

Germaine et Catherine embrassent Jeanne et partent pour la fête.

Scène 4

Jeanne, seule, puis les voix de saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite.

Déjà l’heure est avancée et je n’ai pas encore entendu mes voix… Il faut cependant que je parte pour la fête. (Elle se met à genoux.) Ô Notre Dame ! protégez-moi, je suis votre petite servante. Accordez-moi la grâce de ne rien faire qui ne vous soit agréable.

Saint Michel, invisible, chante sur l’air : Partez, hérauts1.

Il va venir le jour de la victoire

Qui sauvera le royaume des Francs

Mais à Dieu seul appartient toute gloire

Pour le montrer il arme un bras d’enfant.

Et cette enfant, cette jeune guerrière

Ne descend pas d’un roi riche et vaillant

Ce n’est encor qu’une pauvre bergère

Mais Dieu s’appelle : Tout-Puissant.

Il veut donner à la vierge timide

Un cœur de feu, une âme de guerrier

Puis il couronnera son front pur et candide

De lys et de laurier.

Jeanne, effrayée

Ô mon Dieu ! je ne comprends pas !… Ordinairement la voix que j’entendais était si douce… Ce n’est pas à moi que s’adresse celle d’aujourd’hui. Quelle est donc l’enfant par qui doivent s’accomplir d’aussi grandes choses ?… Peut-être est-ce moi qui serai chargée de lui faire connaître la volonté du bon Dieu… Mais elle ne me croira pas ! Ô très Sainte Vierge Marie et vous, mon bon Ange gardien, daignez m’éclairer et me dire ce que je dois faire !…

Sainte Catherine et Sainte Marguerite, invisibles. Elles chantent sur l’air de L’ange et l’âme.

Aimable enfant, notre douce compagne

Ta voix si pure est montée jusqu’au Ciel

L’ange gardien qui toujours t’accompagne

A présenté tes vœux à l’Éternel.

Nous descendons de son Céleste empire

Où nous régnons pour une éternité

C’est par nos voix que Dieu daigne te dire

Sa volonté !…

Il faut partir, pour sauver la Patrie,

Prendre l’épée pour lui garder l’honneur

Le Roi des Cieux et la Vierge Marie

Sauront toujours rendre ton bras vainqueur.

Jeanne, de plus en plus effrayée

Sauver la Patrie !!!… Prendre l’épée !… Moi, pauvre enfant des champs … mais je rêve !… (Elle se lève et regarde autour d’elle.) Non, je suis bien éveillée !… Ô mon Dieu !… venez à mon secours !… Je suis troublée. J’ai peur !!!… (Elle se cache la figure dans les mains et pleure.)

Sainte Catherine et Sainte Marguerite, invisibles

Console-toi, Jeanne, sèche tes larmes

Prête l’oreille et regarde les Cieux

Là tu verras que souffrir a des charmes

Tu jouiras de chants harmonieux.

Ces mélodies fortifieront ton âme

Pour le combat qui doit bientôt venir

Il te faudra un amour tout de flamme,

Tu dois souffrir !…

Pour l’âme pure, exilée sur la terre

L’unique gloire est de porter la croix

Un jour au Ciel, ce sceptre tout austère

Sera plus beau que le sceptre des rois.

Saint Michel, encore invisible

Pourquoi parler de larmes, de souffrance ?

Chantez plutôt les combats glorieux

Chantez, chantez la beauté de la France

Et l’héroïne au bras victorieux

Jeanne sera, par le Dieu des batailles

Bientôt conduite à des exploits nouveaux

Tous la verront traverser les mitrailles

Suivie des plus grands généraux

Pas un instant la vierge magnanime

Ne cherchera les honneurs de la cour

Son cœur restera pur, sa foi grande et sublime

Jusqu’à son dernier jour.

Pendant les chants Jeanne relève la tête, elle cherche à voir les êtres invisibles qui lui parlent, puis elle demeure dans l’attitude de l’extase.

La voix de Saint Michel l’effraie et la fait pleurer de nouveau. Quand il a fini de chanter, elle dit ce qui suit :

Jeanne

Qui êtes-vous donc pour me parler ainsi ? Oh ! je vous en supplie, montrez-vous à moi. Si votre voix est si belle et si effrayante, que votre visage doit être beau !…

Scène 5

Jeanne, saint Michel.

Saint Michel apparaît dans les airs au milieu d’un nuage lumineux. Jeanne semble très effrayée en le voyant.

Saint Michel

Je suis Michel, le gardien de la France

Grand général au royaume des Cieux ;

Jusqu’aux enfers j’exerce ma puissance

Et le démon en est tout envieux.

Jadis aussi très brillant de lumière,

Satan voulut régner dans le Saint Lieu,

Mais je lançai au milieu du tonnerre

Ces mots : Qui peut égaler Dieu ?…

Au même instant la Divine vengeance

Creusant l’abîme y plongea Lucifer

Car pour l’ange orgueilleux il n’est point de clémence

Il mérite l’enfer !…

Oui, c’est l’orgueil qui renversant cet ange

De Lucifer a fait un réprouvé ;

Plus tard aussi l’homme chercha la fange

Mais son orgueil par Dieu fut réparé.

C’est l’Éternel, le Verbe égal au Père

Qui revêtant la pauvre humanité

Régénéra son œuvre tout entière

Par sa profonde humilité.

Ce même Dieu daigne sauver la France

Mais ce n’est pas par un grand conquérant

Il rejette l’orgueil et prend de préférence

Un faible bras d’enfant !…

Jeanne, c’est toi que le Ciel a choisie

Il faut partir pour répondre à sa voix ;

Il faut quitter tes agneaux, ta prairie,

Ce frais vallon, la campagne et les bois.

Arme ton bras !… Vole et sauve la France !

Va, ne crains rien… pas même le danger !

Dieu saura bien couronner ta vaillance,

Et tu chasseras l’étranger…

Jeanne, toute tremblante

Est-il possible que Dieu me destine à d’aussi grandes choses ?… Mais je ne sens pas en moi le courage dont vous me parlez. Je ne suis qu’une enfant faible et timide… Hélas ! faudra-t-il donc quitter cette campagne où mon enfance s’est écoulée avec tant de douceur ?…

Saint Michel

Timide enfant, laisse là ta chaumière,

Prends cette épée que Dieu gardait pour toi ;

Prends pour ton étendard une blanche bannière

Et va trouver le Roi !…

Saint Michel veut mettre l’épée dans la main de Jeanne qui recule épouvantée.

Jeanne, d’une voix tremblante

Oh non ! pas encore… Seigneur Saint Michel, gardez votre épée… Je ne suis qu’une enfant, comment donc pourrai-je combattre…

Saint Michel disparaît. Jeanne s’assied sur un rocher.

Scène 6

Jeanne, seule.

Ah ! si Dieu me commandait de me retirer dans une solitude éloignée, je n’hésiterais pas à quitter mes parents chéris, afin de Lui obéir. Mais c’est à la guerre qu’il me faut aller !… Je dois combattre à la tête d’une armée ! Oh non !… c’est impossible !!!…

Scène 7

Jeanne puis Sainte Catherine.

Elle pleure en se cachant le visage dans les mains. Après quelques instants de silence, Sainte Catherine vient se placer auprès de la petite bergère, elle la contemple avec tendresse et la touchant légèrement de la main elle murmure doucement :

Sainte Catherine

Jeanne…

Jeanne relève la tête, regarde le visage rayonnant de la vierge et s’écrie en tombant à genoux :

Jeanne

Ô Madame ! que vous êtes belle !… Votre vue seule me console… Qui donc êtes-vous, je n’ai jamais vu un éclat si doux, si lumineux ?…

Sainte Catherine, chante

(Air : Tombé du nid. La blonde enfant de la colline2.)

Je suis la vierge Catherine

Je viens des Cieux te consoler

Ayant la mission Divine

De te bénir, de te garder

Comme toi je fus sur la terre

Une enfant chérie du Seigneur

Sa tendresse m’était si chère

Que je Lui consacrai mon cœur

Entrant dans la vie

Je donnai ravie

À Dieu mon printemps

Je fus martyre à dix-huit ans !…

Jeanne

Quel changement s’est opéré en moi !… Ô très douce Vierge ! votre voix a dissipé toutes mes craintes, maintenant je n’ai plus peur… L’archange Saint Michel est venu, lui aussi, me visiter, sa voix m’a remplie de terreur, mais votre doux chant me cause tant de joie que sans crainte j’obéirai à la volonté du bon Dieu !

Scène 8

Les mêmes, Sainte Marguerite.

Sainte Marguerite apparaît, elle salue Sainte Catherine.

Sainte Marguerite

(Air : Seigneur, quand de ma froide couche…)

Illustre vierge Catherine

Vous cherchant en vain dans les Cieux

Je viens de franchir la colline

Qui me séparait de ces lieux

J’étais sur la sainte Montagne

Où je suppliais le Seigneur

D’envoyer à notre compagne

Un bel ange consolateur.

Auprès de la simple bergère

M’a répondu notre grand Roi

Vole, céleste messagère

Je puis me confier en toi

Avec la Vierge Catherine

L’épouse chérie de mon cœur

Remplis la mission divine

De soutenir mon humble fleur.

Sainte Catherine, à Sainte Marguerite

(Air : Tombé du nid.)

Je vous salue, ô belle Reine !

Qui êtes chérie du Grand Roi.

Venez, aimable souveraine

Asseyez-vous auprès de moi

Enseignez à l’humble bergère

Le moyen de régner toujours.

Cette enfant qui nous est si chère

Mérite nos soins, notre amour

Pendant son martyre

Venant lui sourire

Nous lui montrerons

Le Ciel, et nous l’y conduirons !…

Les deux Saintes s’asseyent sur le rocher, Jeanne reste à genoux devant elles.

Sainte Marguerite, à Jeanne

(Air : Seigneur, quand de ma froide couche…)

Le Ciel est tout près de la terre

Le Seigneur connaît tes désirs

Les saints entendent ta prière

Ils recueillent tous tes soupirs

Les Bienheureux et les Saints Anges

Ne cessent de te protéger

Toutes les célestes phalanges

M’ont priée de te l’assurer.

Jeanne

C’est trop de consolation pour un jour !… (Joignant les mains). Madame, je ne puis reconnaître tant de bienfaits, mais puisque vous êtes si bonne, daignez ne pas me cacher votre nom.

Sainte Marguerite

(Air : Seigneur, etc.)

Je suis la reine Marguerite

Mon royaume est le beau Ciel bleu

Pour l’éternité je m’abrite

Dans le grand palais de mon Dieu

Jamais les grandeurs de la terre

N’ont eu de charmes à mes yeux

La joie me paraissait amère

Lorsque je regardais les Cieux.

Bientôt les honneurs et la gloire

Jeanne, vont commencer pour toi

Tu remporteras la victoire

Et tu régneras comme moi

Ne voulant d’aucune louange

Toutes seront pour ton Jésus

Tu feras sourire ton ange

Qui recueillera tes vertus.

Voilà comment, douce bergère

Tu sauras bien régner toujours

Méprisant l’honneur de la terre

Jésus aura tout ton amour.

Jeanne

C’est vrai, ô belle Reine ! je ne désire que l’honneur et la gloire de Notre Seigneur, je ne veux pas des grandeurs de la terre, mais la royauté du Ciel me paraît bien désirable ; pour l’acquérir je sens que rien ne me coûtera. Quand même il me faudrait aller au bout du monde et verser tout mon sang, j’espère avec la grâce de Notre Seigneur que je n’hésiterais pas un seul instant.

Sainte Catherine

(Air : Tombé du nid.)

Comme moi tu seras martyre

Mais Jésus te fortifiera

Toujours comme un bouquet de myrrhe

Sur ton cœur Il reposera

Après l’exil de cette vie

Jésus saura te consoler

Inclinant sa Face bénie

Il te donnera son baiser !…

Jeanne, enfant martyre,

Dans un saint délire

Au Ciel pour jamais

Tu chanteras tous ses bienfaits…

Jeanne

Pour que Jésus incline vers moi sa divine Face, je comprends qu’il me faudra souffrir, mais je suis sa petite épouse et je veux essayer de lui rendre amour pour amour. Dites-moi, je vous en supplie, ce que je dois faire pour attirer les regards de Notre Seigneur.

Sainte Marguerite

(Air : L’ange a fini sa mélodie.)

Tu dois quitter cette campagne

Pour obéir au Divin Roi

Mais Il est là qui t’accompagne

Il veut cheminer avec toi.

Jeanne

Et mes parents… Le Bon Dieu sans doute en prendra soin aussi ?… La douleur que va leur causer mon départ m’est bien plus sensible que tous les autres sacrifices…

Sainte Catherine

(Air de la Glose de Sainte Thérèse.)

Voyant pleurer ta bonne Mère

Pauvre enfant, ton cœur va souffrir

Et les larmes de ton vieux Père

Te feront aussi tressaillir

Mais Dieu voit tous tes sacrifices

Il se montrera généreux

En faisant goûter ses délices

À tes chers parents dans les Cieux.

Jeanne

Puisque Dieu est si généreux pour moi, je veux l’être aussi pour Lui. (Avec fermeté :) Oui, je partirai de ces lieux pour aller chasser l’étranger hors de France !… Je n’ai besoin que d’une seule chose, la bénédiction de mon Seigneur Jésus-Christ et la protection de Notre Dame.

Sainte Catherine

Marie, l’Étoile matinale

Chère enfant, guidera tes pas

Et sa tendresse virginale

Va bientôt diriger ton bras

Après d’éclatantes victoires

L’astre dévoilant sa beauté

T’illuminera de ses gloires

De son ineffable clarté

Tu verras sans voile

Cette douce étoile

Briller à tes yeux

Éternellement dans les Cieux.

Jeanne, levant les yeux au Ciel

Quand donc me sera-t-il donné de la voir, cette douce et lumineuse étoile ?… Ô belles Saintes du Paradis ! Vous qui avez déjà contemplé la blancheur virginale de Marie, daignez me conduire bientôt auprès d’elle… (Après une pause :) Oh ! dites-moi, je vous en prie, quel est donc le mystère qui a fait descendre du Ciel une Vierge et une belle Reine afin de consoler une pauvre petite bergère et lui faire pressentir les joies du Paradis ?…

Sainte Marguerite

(Air : Seigneur, quand de ma froide couche, jusqu’à la fin.)

Ne t’étonne pas qu’une Reine

Pour te parler vienne en ces lieux.

Dieu la grandeur souveraine

Sur ton âme a jeté les yeux

C’est l’humilité de Marie

Qui attira le Divin Roi

C’est l’humilité de ta vie

Qui le fait s’abaisser à toi.

Jeanne

Ma vie est pauvre et cachée, je croyais ne rien faire pour le Bon Dieu. Maintenant je comprends pourquoi Notre Seigneur a voulu naître dans l’indigence puisque l’humilité Lui est si chère.

Sainte Marguerite

Jésus est né dans une étable

Jésus, le fils du Dieu vivant

A voilé sa gloire ineffable

Sous les traits d’un petit enfant.

Une crèche formait son trône

Il n’avait point de sceptre d’or

On ne voyait pas de couronne

Ni rien qui brillât au-dehors.

Les Séraphins ne pouvaient croire

Que Dieu si bas fût descendu

Ils voulaient couronner de gloire

Le grand Roi qu’ils avaient perdu.

Mais l’Enfant Jésus dans les langes

Plutôt que la grande clarté

Plutôt que l’ardeur de ses anges

A préféré l’humilité !…

Jeanne

Moi aussi, je veux rester toujours bien petite, bien humble, afin de ressembler à Jésus et de mériter qu’Il fasse en moi sa demeure… Ô belles Saintes ! vous qui avez daigné m’appeler votre sœur, protégez-moi toujours. Avec vous je ne craindrai aucun danger, mais si vous m’abandonnez, je deviendrai faible et timide comme autrefois.

Sainte Catherine

Elle s’approche de Jeanne, dépose un baiser sur son front et chante ce qui suit :

Je suis ta sœur et ton amie

Toujours je veillerai sur toi

Car dans l’éternelle Patrie

Tu seras placée près de moi

Bientôt les célestes collines

Où paît le troupeau virginal

T’ouvriront leurs sources divines

Transparentes comme un cristal

Et dans les campagnes

Avec tes compagnes

Tu suivras l’agneau

Chantant le cantique nouveau !…

Sainte Marguerite

Déjà l’heure s’est avancée

Il nous faut remonter aux Cieux

Mais ne crains pas, enfant aimée

Tu nous reverras en ces lieux

Avec Michel, le grand archange

Nous reviendrons pour te bénir

Et tu entendras ce bel ange

Qui t’ordonnera de partir.

Les saintes s’éloignent. Jeanne les suit des yeux et reste à genoux.

Scène 9

Jeanne, seule.

Ô mon Dieu ! que vous êtes puissant !… En m’ordonnant de sauver ma Patrie, vous me donnez pour elle un ardent amour. Maintenant mon cœur est tout changé, il me semble être de feu !…

Je connais votre volonté, Seigneur, et je veux l’accomplir, mais les détails de ma mission, je ne les connais pas… Ô Saint Michel ! daignez de nouveau me faire entendre votre voix, maintenant je ne crains plus ni l’épée ni la guerre et je suis capable de soutenir l’éclat de votre visage enflammé.

Dites-moi, je vous en prie, à quelle personne je dois m’adresser pour être instruite dans l’art des combats ?

Scène 10

Jeanne, Saint Michel.

Saint Michel apparaît dans les airs comme la première fois. Jeanne paraît comblée de joie en le voyant.

Saint Michel

(Air : Partez, hérauts.)

Jeanne, tu dois confier notre cause

Au valeureux sire de Baudricourt

Mais lui, pensant que c’est rêverie fausse

À ton appel d’abord il sera sourd.

Le Dieu Très-Haut, par sa toute-puissance

Va renverser l’orgueil du grand seigneur

Et le soumettre à ton obéissance

Comme un très humble serviteur.

De Baudricourt en t’armant pour la guerre

Va te choisir une escorte d’honneur

Qui de sa mission heureuse et toute fière

Quittera Vaucouleurs.

Jeanne

Mais où trouverai-je le roi ? je ne le connais pas et je ne sais dans quelle ville il habite.

Saint Michel

C’est à Chinon que tu verras paraître

Le grand Dauphin avec ses courtisans

Dieu saura bien te le faire connaître

Sous des habits simples et non brillants

Tu lui diras : Gentil Prince, en présence

De tous les grands, je vous donne ma foi.

À votre nom appartient la puissance

C’est vous le véritable roi.

Soyez certain que Saint Louis, Charlemagne

Ne cessent pas de prier à genoux

La France est leur patrie, sur la sainte montagne

Ils combattent pour vous !…

Jeanne

Le Roi voudra-t-il me croire ? Comment confier une armée à une pauvre petite bergère ?…

Saint Michel

Fille de Dieu, fille à l’âme vaillante !

Oui, Charles sept va répondre à ta voix

Et ton armée deviendra plus puissante

Dans les combats que celle des grands rois.

C’est Orléans que l’ennemi assiège

Jeanne, qu’il faut promptement secourir

Ton seul aspect fera lever le siège

Tu verras tout Anglais s’enfuir !…

Ensuite à Reims, entrant victorieuse

Ton étendard flottera près de toi

Tu feras célébrer la fête glorieuse

Du sacre de ton Roi !…

C’est en ce jour, valeureuse guerrière,

Que tu verras ta mission finir,

C’est en ce jour que tu verras ton Père

Fendre la foule afin de te bénir.

En l’embrassant, tu sentiras renaître

L’amour des tiens, ton hameau d’autrefois

Te paraître le seul lieu digne d’être

Ton repos après tant d’exploits.

Jeanne

Oui, le village de Domrémy sera toujours le lieu cher à mon cœur ! J’y reviendrai après avoir accompli la volonté de Dieu. Quand ma mission sera finie, je n’aurai plus qu’un désir, celui de me cacher afin de laisser à Dieu seul la gloire du triomphe.

Mais je crains que le Roi ne veuille pas me permettre de quitter l’armée… Dîtes-moi, je vous en conjure, glorieux Archange, ce que je devrai faire alors ?…

Saint Michel

Si Charles sept ne veut pas condescendre

À ta prière, à ton humble désir

Jeanne, invoque ton Dieu, dont l’amour est si tendre

Confie-Lui l’avenir !…

Scène 11

Jeanne, puis Germaine et Catherine.

Saint Michel disparaît. Jeanne reste immobile dans l’attitude de l’extase. Bientôt les petites bergères s’approchent d’elle avec un air très inquiet.

Germaine

Jeanne, la fête est presque achevée, nous espérions toujours que tu allais venir, mais à la fin nous avons craint qu’il te soit arrivé quelque malheur… Pourquoi nous avoir causé cette inquiétude, ne sais-tu pas combien nous t’aimons ?…

Catherine

Ô Jeanne ! pourquoi n’es-tu pas venue ? Si tu savais comme j’ai eu peur ! tu m’avais promis de me rejoindre et c’est la première fois que je te vois manquer à ta parole !…

Jeanne

Une grave occupation est venue me faire oublier ma promesse, mais il ne m’est arrivé aucun malheur, retournez sans crainte à la fête et ne soyez plus inquiètes.

Catherine, presque bas

Non, Jeanne, je ne puis y retourner, je vois bien que tu as entendu quelque chose d’extraordinaire, je veux rester avec toi. (Elle pleure).

Jeanne

Germaine, retourne à la fête, ton absence pourrait être remarquée, je vais garder Catherine puisqu’elle n’est pas assez raisonnable pour se passer de moi.

Germaine

Je vois bien que tu as un secret… J’espère que tu me le confieras un autre jour. Adieu Jeanne, je reviendrai demain.

Jeanne

À bientôt Germaine.

Scène 12

Jeanne, Catherine.

Jeanne, après le départ de Germaine, s’assied avec sa sœur sur le rocher et lui dit :

Catherine, ma petite Sœur chérie, réjouis-toi, le bon Dieu a bien voulu me choisir pour sauver la France. Saint Michel m’est apparu, il m’a ordonné d’aller secourir la ville d’Orléans et de faire sacrer le Roi à Reims.

Catherine, interdite

Jeanne, tu vas partir ! tu vas me quitter ! Je ne sais pas ce que c’est qu’Orléans et Reims, mais je comprends que tu vas partir… alors emmène-moi avec toi !…

Jeanne

Non, Catherine, tu ne peux me suivre à la guerre, mais console-toi, je reviendrai après avoir accompli la volonté du Bon Dieu.

Catherine, sanglotant

Tu ne m’aimes donc plus, puisque tu veux me quitter ?… Je vais mourir de chagrin… Et nos pauvres parents, jamais ils ne vont pouvoir supporter une aussi grande peine.

Jeanne, tristement

Je regrette de t’avoir confié mon secret puisque je fais couler tes larmes. J’ai pleuré, moi aussi, lorsque l’Archange m’a ordonné de partir, mais Sainte Catherine et Sainte Marguerite sont venues me consoler, elles m’ont promis de me protéger et ont ajouté que le Bon Dieu récompenserait magnifiquement mes chers parents si j’obéissais fidèlement à la voix du Seigneur.

Catherine

Je ne veux plus pleurer puisque je te fais de la peine… Je vois bien que le Bon Dieu t’a visitée, ton visage a quelque chose qui m’inspire le respect.

Jeanne

Maintenant, Catherine, il faut que tu retournes auprès de notre bonne Mère, mais ne lui dis rien de mon secret. Je le lui confierai quand mes voix m’ordonneront de le faire.

Catherine

Jeanne, tes voix vont-elles revenir ? Je voudrais bien les entendre et voir les Saints qui chantent si bien.

Jeanne

Ils ne chanteront pas devant toi. Ce n’est pas pour moi non plus qu’ils se font entendre, mais c’est pour le salut de la France. Je ne suis qu’un faible instrument choisi par Dieu qui me conduira par sa puissante main afin que j’accomplisse son œuvre.

Catherine

Jeanne, il faut donc te quitter ?… Je ne puis m’habituer à cette idée !… mais du moins ne pars pas sans me le dire.

Jeanne

Non, Catherine, je te le promets et j’espère revenir bientôt dans mon cher village de Domrémy.

Catherine

Oh ! j’ai bien peur que le roi ne te laisse pas revenir !…

Jeanne

Ma petite sœur chérie, il faut abandonner l’avenir entre les mains du bon Dieu ; si nous ne devons pas nous revoir ici-bas, nous nous retrouverons là-haut dans la Patrie Céleste pour ne plus jamais nous séparer. C’est alors que tu te réjouiras avec moi de la belle mission que le Seigneur me confie aujourd’hui, qui est de conserver la Foi de notre chère France et de peupler le Ciel de nombreux élus !…

Catherineembrasse Jeanne et lui dit :

Tu es bienheureuse d’avoir été choisie par Dieu et je suis fière d’être ta petite sœur. Et moi, ne pourrai-je pas faire aussi quelque chose pour le bon Dieu ?…

Jeanne

Reste toujours bien pure, sois continuellement unie au bon Dieu et tu feras de grandes choses pour lui ; par là tu m’aideras à remporter des victoires sur les hérétiques, et dans le Ciel tu auras une part de gloire et de bonheur semblable à la mienne, des chemins différents nous conduiront au même but… (Elle embrasse sa petite sœur). Adieu Catherine, prie pour moi et pour la France pendant que je combattrai pour elle.

Scène 13

Jeanne, seule.

Catherine s’éloigne en pleurant. Après son départ, Jeanne se met à genoux et chante sur l’air du petit mousse : Pourquoi m’avoir livré l’autre jour, ô ma Mère ?

Pour vous seul, ô mon Dieu, je quitterai mon Père

Tous mes parents chéris et mon clocher si beau

Pour vous je vais partir et combattre à la guerre

Pour vous je vais laisser mon vallon, mon troupeau.

Au lieu de mes agneaux, je conduirai l’armée

Je vous donne ma joie et mes dix-huit printemps

Pour vous plaire, Seigneur, je manierai l’épée

Au lieu de me jouer avec les fleurs des champs. (bis)

Ma voix qui se mêlait au souffle de la brise

Doit bientôt retentir jusqu’au sein du combat

Au lieu du son rêveur d’une cloche indécise

J’entendrai le grand bruit d’un peuple qui se bat.

Je désire la Croix !… J’aime le sacrifice !…

Ah ! daignez m’appeler, je suis prête à souffrir

Souffrir pour votre amour me paraît un délice

Jésus, mon Bien Aimé, pour vous je veux mourir. (bis)

Scène 14

Jeanne, Saint Michel, Sainte Catherine, Sainte Marguerite.

Saint Michel apparaît avec les deux Saintes. Il porte l’épée, Sainte Catherine la palme et Sainte Marguerite la couronne.

Saint Michel

(Air : Les Rameaux.)

Il en est temps, Jeanne, tu dois partir

C’est le Seigneur qui t’arme pour la guerre

Fille de Dieu, ne crains pas de mourir

Bientôt viendra la vie que tu espères.

Sainte Marguerite

Enfant chérie, tu régneras.

Sainte Catherine

Suivant l’Agneau avec la troupe virginale.

Les deux Saintes, ensemble

Comme nous, tu chanteras

De Dieu la magnificence royale.

Saint Michel

Jeanne, ton nom est écrit dans les Cieux

Avec les noms des sauveurs de la France

Et Dieu te garde un trône glorieux

Qui montrera ta grandeur, ta puissance.

Les deux Saintes, ensemble

Avec bonheur, nous contemplons

L’éclat divin qui déjà sur ton front rayonne

Et du Ciel nous t’apportons

Sainte Catherine

La palme du martyre

Sainte Marguerite

et la couronne.

Les Saintes s’avancent pour donner à Jeanne la palme et la couronne, mais Saint Michel les empêche d’approcher en montrant l’épée et en chantant ce qui suit :

Saint Michel

Il faut combattre avant d’être vainqueur

Non, pas encore la palme et la couronne

Arme ton bras, Jeanne, fille au grand cœur

Prends cette épée, c’est Dieu qui te la donne.

Jeanne reçoit l’épée à genoux, ensuite elle se lève, la regardant avec bonheur et amour, et la pressant sur son cœur.

Les deux Saintes, ensemble

Dans les combats, nous te suivrons

Jeanne, te faisant toujours gagner la victoire

Et bientôt, nous poserons

Sur ta tête un diadème de gloire.

Jeanne

(Air : Mignon sur la rive étrangère.)

Avec vous, Saintes Bien-aimées

Je ne craindrai pas le danger

Oui, je quitterai ces vallées

Afin de chasser l’étranger.

J’aime la France, ma patrie,

Je veux lui conserver la Foi

Je lui sacrifierai ma vie

Et je combattrai pour mon roi…

Non, je ne crains pas de mourir

C’est l’Éternité que j’espère !…

Maintenant qu’il me fait partir

Ô mon Dieu ! consolez ma Mère !…

Saint Michel, daignez me bénir. (bis)

Jeanne se met à genoux pour recevoir la bénédiction de Saint Michel. Ensuite elle s’éloigne. Après son départ, Saint Michel regarde le Ciel et chante d’un air inspiré.

Saint Michel

(Air : Les Rameaux.)

Je vois déjà les Bienheureux du Ciel

Se réjouir en écoutant la lyre

De Léon treize, pontife immortel

Qui chantera Jeanne vierge et martyre.

J’entends l’univers proclamer

Les vertus de l’enfant qui fut humble et pieuse

Et je vois Dieu confirmer

Le beau nom de Jeanne la Bienheureuse !

En ces grands jours, la France souffrira

Car les impies rempliront son enceinte

Mais de Jeanne la gloire brillera

Toute âme pure invoquera la Sainte.

Des voix monteront vers les Cieux

Chantant en chœur avec amour et confiance.

Les trois, ensemble

Jeanne d’Arc, entends nos vœux

Une seconde fois, sauve la France !!!…

 

21 janvier 1894

Notes

  1. [1]

    Partez, hérauts de la bonne nouvelle : cantique composé par Charles Gounod (1818-1893) et Mgr Charles Dallet (1829-1878) pour les cérémonies du départ des missionnaires de la société des Missions Étrangères de Paris.

  2. [2]

    Tombé du nid (1856), romance de Louis Clapisson (1808-1866) et Hippolyte Guérin (1797-1861).

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