Le carnet d’une Parisienne (1882)
- Marie Colombier (1844–1910)
Présentation
Le Carnet d’une Parisienne (1882), recueil de chroniques de Marie Colombier (1844-1910), parues dans l’éphémère quotidien républicain, le Henri IV.
L’article visant le prince Alphonse de Chimay (3e du Carnet) valut au directeur du journal, le baron Albert de Béville, un duel qui le laissa grièvement blessé à la poitrine (duel Béville-Chimay du 4 octobre 1881).
Les indiscrétions du passé sont de l’histoire. Les indiscrétions du présent sont de la médisance, et quoi de plus charmant que la médisance, surtout quand elle nous vient d’une femme et d’une artiste ?
Ceux qui aiment à voir égratigner les boursouflures de la sottise contemporaine par une plume qui ressemble a un ongle rose, n’ont qu’à prendre le Carnet d’une Parisienne, de Marie Colombier.
Ils retrouveront, dans une sens de croquis fort curieux, les petits scandales qui font la joie de Paris pendant un jour et qui exercent la science des commentateurs quand ils sont conservés.
En effet, ce qu’on se dit à l’oreille avec des noms propres ne peut être raconté dans un livre qu’avec des initiales. Mme Marie Colombier s’est conformée à la règle. Ses récits, fort transparents pour notre génération , seront inintelligibles pour nos petits-neveux.
Cela double le prix du Carnet d’une Parisienne. Après avoir charmé les loisirs des salons et couru dans les poches des touristes, ce petit volume sera recueilli par le bibliophile, qui l’ornera d’une clef pour le placer sur ses rayons, dans le coin réservé aux médisants.
C’est là que, plus tard, les historiens et les journalistes, qui ont besoin de confidences pour leurs chroniques, iront le chercher et le disputeront dans la fureur des enchères à la passion jalouse des bibliophiles.
Victor Deloges
La Vérité, 25 avril 1882.