A. Coville  : Pierre de Versailles (1380?-1446) (1932)

Texte intégral

Pierre de Versailles
(1380 ?-1446)

par

Alfred Coville

(1932)

Éditions Ars&litteræ © 2024

Introduction

208Il est dans l’histoire des personnages d’apparence secondaires à la fois par leur valeur personnelle et par l’action obscure à nos yeux qu’ils ont exercée, dont cependant il y a profit à retracer l’existence parce qu’ils ont été mêlés aux grands événements de leur temps et que leur rôle, si brièvement qu’il soit signalé dans les textes, n’a pas été sans portée. Tel semble être le moine bénédictin Pierre de Versailles.

Ce Pierre de Versailles n’a encore rencontré à proprement parler qu’un biographe, l’abbé de Launay, dans la Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise (XXVe année, 1923)1. Et encore ce travail, plus rempli d’hypothèses que de faits exacts, a-t-il surtout le défaut singulier de passer à côté de toutes les questions vraiment intéressantes.

I
1380-1418

  • Origine noble ;
  • Naissance (~1380) ;
  • Études théologiques à l’Université de Paris (1405) ;
  • Ambassade armagnac auprès d’Henri IV d’Angleterre (1412) ;
  • Concile de la foi (1413-1414), instigué par Jean Gerson pour condamner de la doctrine du tyrannicide de Jean Petit ;
  • Ambassade royale au concile de Constances aux côtés de Jean Gerson (1415) ; vifs échange avec le bourguignon Martin Porée, évêque d’Arras.

L’origine de Pierre de Versailles est assez mal connue. Le seul renseignement sûr est celui que nous donne Pierre de Versailles lui-même, qui, au concile de Constance, se déclare de noble origine, se asserit de nobili genere procreatum2. Et son contradicteur l’évêque d’Arras, Martin Porée, s’il reproche à ce moine bénédictin de se vanter ainsi de sa noblesse, 209ne conteste pas cette déclaration3. Il appartenait sans doute à la famille des seigneurs de Versailles4, seigneurs en partie de Vémars, près de Luzarches5. Était-il fils de Robert III de Versailles (1348-1402), frère de Regnault Ier de Versailles, de Robert IV et de Jean, écuyer ? Adrien Maquet le suggère et l’abbé de Launay l’affirme6. Il n’y a aucune preuve formelle : c’est simplement vraisemblable.

D’après les étapes de ses études universitaires, on peut croire qu’il naquit aux environs de 1380. La famille de Versailles devait avoir des relations anciennes avec l’abbaye de Saint-Denis : on trouve en 1260 un Pierre de Versailles infirmier du monastère. L’abbaye de Saint-Denis avait dans la censive de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés une véritable colonie entre le quai de la Seine et la rue Saint-André-des-Arts, là où est aujourd’hui la rue des Grands-Augustins qui portait aux XIIIe et XIVe siècles les noms de rue de l’Abbé-de-Saint-Denis et de rue des Écoles ou des Écoliers-de-Saint-Denis7. D’un côté de la rue étaient les trois charités de Saint-Denis avec leur jardin, de l’autre l’hôtel de l’abbé de Saint-Denis, créé dès 1263 par l’abbé Mathieu de Vendôme, auquel fut annexé le collège de Saint-Denis. Hôtel et collège avaient un jardin et une chapelle, mais sans cloche ni cimetière. Les historiens de Saint-Denis ne donnent aucun détail sur les écoliers et leurs travaux. C’est là évidemment que les novices et les jeunes moines de Saint-Denis poursuivaient leurs études universitaires, sans que d’ailleurs le collège fît partie de l’Université. C’est donc là que Pierre de Versailles résidait pendant qu’il étudiait la théologie. Avec un peu de bonne volonté, on peut lui attribuer ce que Rabelais disait de Pantagruel,

qui estoit logé à l’hostel Saint Denis et 210pour lors se pourmenoit par le jardin avecques Panurge, philosophant à la manière des peripatetiques8.

Dès 1405, Pierre de Versailles avait entrepris ses études théologiques. Deux ans après, en 1407, il faisait son second cours et commençait la lecture des Sentences de Pierre Lombard il était donc bachelier formé9. Il fut reçu licencié postérieurement au mois de mai 1412 et devint par suite maître en théologie10 ; c’est avec ce titre qu’on le voit prendre part de novembre 1413 à février 1414 au Concile de la foi de Paris11. En novembre 1413, il résidait encore au collège de Saint-Denis12.

Déjà il lui était arrivé une aventure singulière. Il était sans doute fort lié avec l’augustin Jacques Legrand ; il devait être lié aussi avec un seigneur de l’Île-de-France, Le Galois d’Aunay, dont la famille avait des biens à Vémars dans la mouvance de la famille de Versailles13. Jacques Legrand et Le Galois d’Aunay appartenaient au parti armagnac, c’est ce qui explique que la première manifestation importante de l’activité de Pierre de Versailles soit d’ordre politique dans le camp armagnac. On s’est efforcé de lui attribuer des sentiments patriotiques très décidés. Ses premières démarches connues le présentent seulement comme un homme de parti, peu soucieux des véritables intérêts du royaume, en rapport direct avec les ennemis du roi de France. Dans le conflit armé des Bourguignons et des Armagnacs, le duc de Bourgogne avait en 1411 sollicité l’aide du roi d’Angleterre Henry IV et reçu, en effet, au mois d’octobre, un fort secours 211anglais commandé par le comte d’Arundel. Comme les affaires du parti armagnac allaient fort mal, dès les premiers jours de 1412, les princes qui dirigeaient ce parti, les ducs de Berry, d’Orléans, de Bourbon, le comte d’Alençon, puis le comte d’Armagnac désignèrent des ambassadeurs pour aller vers Henry IV solliciter à leur tour son alliance et ses secours au prix de la restitution de l’Aquitaine, avec tous les droits et dépendances ; ils avaient tout pouvoir pour conclure et s’engager par serment. Or, dans cette ambassade, avec Le Galois d’Aunay, figuraient Jacques Legrand et Pierre de Versailles, encore bachelier formé en théologie14.

Le roi d’Angleterre hésita tout d’abord. S’il accordait les sauf-conduits nécessaires aux ambassadeurs armagnacs, il continuait à négocier avec le duc de Bourgogne ; il recevait, en mars 1412, une ambassade de Jean sans Peur à la tête de laquelle se trouvait Martin Porée, ancien confesseur du duc, évêque d’Arras, avec qui Pierre de Versailles devait se trouver en vive opposition au concile de Constance15. Or, il se produisit alors un incident assez désagréable. Jacques Legrand, en se rendant en Angleterre, soit à Boulogne, selon le Religieux de Saint-Denis, soit en Basse-Normandie, selon Monstrelet et Le Fèvre de Saint-Remi, se laissa prendre tous ses bagages et ses papiers16. Pierre de Versailles était-il avec lui ? C’est probable. Les documents les plus compromettants, renfermés dans un sac de cuir, furent lus au Conseil du roi le 6 avril 1412 et y firent grand scandale. Ce grave échec ne découragea pas les princes du parti armagnac. Une nouvelle ambassade fut organisée et Jacques Legrand et Pierre de Versailles en firent également partie. Avant le 8 mai, ils étaient en Angleterre et négociaient à Eltham avec le roi un traité d’alliance. Et voici ce que disait le traité conclu 212le 8 mai et confirmé par les princes le 18 mai à Bourges17 : les princes promettaient d’exposer leurs personnes et toute leur puissance à servir le roi d’Angleterre en toutes ses justes querelles, et parmi ces justes querelles était la possession du duché d’Aquitaine qui lui appartient par droit héritage et succession naturelle ; — ils se remettaient à la discrétion de Henry IV avec leurs enfants, parents et sujets, et offraient toutes leurs villes, châteaux, forteresses et adhérents pour la récupération du duché d’Aquitaine ; — ils reconnaissaient tenir en hommage du roi d’Angleterre tout ce qu’ils possédaient dans ledit duché ; — ils déclaraient tenir ainsi quinze cents forteresses, dont les vingt plus importantes seront remises aux Anglais ; — ils aideront leur allié anglais à conquérir celles qui ne sont pas dans leurs mains ; — le roi d’Angleterre laisse, leur vie durant seulement, le comté de Poitou au duc de Berry, le comté d’Angoulême au duc d’Orléans ; — celui-ci gardera à toujours le comté de Périgord, et le comte d’Armagnac quatre châteaux ; — moyennant quoi, les princes recevront un secours de mille hommes d’armes et 3,000 archers. Nous ne savons pas quelle part précise prit Pierre de Versailles à cet odieux traité. Sa participation du moins est certaine : elle est affirmée par les actes authentiques publiés dans Rymer18. Elle l’est aussi par le Religieux de Saint-Denis19, qui raconte qu’un agent secret du roi de France rencontra en Angleterre Pierre de Versailles et Jacques Legrand, personnages à l’éloquence persuasive qui multipliaient leurs instances auprès de Henry IV. Le chroniqueur ajoute que ce récit le remplit de honte et que l’action de Pierre de Versailles lui fit craindre que Charles VI se montrât désormais moins favorable à l’abbaye de Saint-Denis.

C’est après son retour d’Angleterre que Pierre de Versailles prit, avec le titre de maître en théologie, une part active, sans doute assez effacée, aux travaux de la Faculté de théologie. Le seul fait connu avec précision à cet égard est son intervention dans la consultation des docteurs de 213l’Université de Paris, de novembre 1413 à février 1414, connue sous le nom de Concile de la foi20, qui avait pour objet l’examen et la condamnation de la doctrine du tyrannicide soutenue par Jean Petit pour justifier le duc de Bourgogne de l’assassinat du duc d’Orléans. Ce concile avait été réuni à l’instigation de Gerson, qui avait dénoncé sept assertions, présentées d’abord par lui sous une forme anonyme. Gerson, dont les amis ne faisaient pas d’ailleurs la majorité, réclama une condamnation immédiate. Pierre de Versailles se rangea nettement dans son parti. Le 30 novembre 1413 et le 6 décembre, il intervint brièvement, déclara que pour la paix il fallait extirper de telles erreurs et qu’il adhérait à la dénonciation ; il était nécessaire de procéder rapidement21. Il paraît bien qu’il ne se livra à aucun développement sur les questions soumises au concile et sur les autorités discutées de part et d’autre ; il était sans doute maître en théologie de trop fraîche date pour se mettre en avant dès ce moment. C’est avec la même brièveté qu’il conclut le 12 février 141422 : il déclara s’en tenir aux conclusions des trois premiers opinants, l’évêque de Nantes, Henri le Barbu, l’abbé de Saint-Denis, Philippe de Villette, et Jean Gerson, qui s’étaient prononcés nettement pour la condamnation de neuf propositions extraites par une commission spéciale de la Justification du duc de Bourgogne de Jean Petit, c’est-à-dire de la doctrine de la légitimité du tyrannicide.

Est-ce pour récompenser son zèle armagnac et sa docilité dans le Concile de la foi qu’il reçut alors en bénéfice le prieuré de Chaumont-en-Vexin ? Nous ne connaissons pas la date précise de cette concession, qui lui fut accordée avant le 17 septembre 1415, puisqu’à cette date il prenait lui-même le titre de prieur de Chaumont23. Il est vrai que son prédécesseur, Jean Generis ou Legendre, portait encore en janvier 1416 ce même titre24. Mais il arrivait souvent que ceux qui avaient résigné un bénéfice, continuaient cependant à en 214porter le titre pendant quelque temps. Pierre de Versailles ne put jouir tranquillement de ce bénéfice pendant longtemps, Chaumont-en-Vexin devant être peu après occupé par les Anglais.

Le concile de Constance mit plus en vue Pierre de Versailles que le Concile de la foi de Paris. Gerson, qui était devenu le premier personnage de l’Église de France et de l’Université de Paris du côté armagnac, avait veillé à la composition de l’ambassade royale et de la délégation universitaire. C’est de l’ambassade royale que paraît bien avoir fait partie Pierre de Versailles25. Gerson en était le véritable chef Pierre apparaît comme son second. Il intervient avec lui et comme lui26.

Il n’est pas possible de suivre de près l’action personnelle de Pierre de Versailles comme ambassadeur royal dans le concile. Gerson occupait presque seul le devant de la scène27. Cependant, quelques épisodes marquent bien le rôle de son collaborateur : malgré les engagements de Charles VI et de Jean sans Peur de ne pas prendre l’initiative de soulever la question de la proposition de Jean Petit et du tyrannicide devant le concile, Gerson, dès le 11 avril 1415, intervenait pour la confirmation par le concile de la sentence de condamnation prononcée par l’évêque de Paris à la suite du Concile de la foi de Paris28. Le 26 mai, dans une grande réunion de la Nation française, après la lecture d’une lettre modérée du duc de Bourgogne, Gerson demandait au concile général cette confirmation en son nom propre, ut privata persona. C’était une sorte de déclaration de guerre. Et aussitôt, dit un procès-verbal de notaires, Pierre de Versailles, également en son 215nom propre et tanquam privata persona, fit la même protestation, s’associa à l’intervention du chancelier de Notre-Dame et adhéra à tout ce qu’il avait dit.

Il y avait donc partie liée. Parmi les nombreux documents publiés par Ellies du Pin au tome V des œuvres de Gerson, on trouve une cédule de Pierre de Versailles, du 17 septembre 1415, sur l’affaire de Jean Petit et du tyrannicide29. Elle fut présentée aux commissaires de la foi. Pierre de Versailles déclarait qu’en matière de foi il ne fallait pas multiplier les procédures per procuratores et advocatos, mais procéder sommairement et de plano, palam et publice, comme pour Jean Huss et Jérôme de Prague. Il se déclarait du diocèse de Paris, d’origine noble, religieux de Saint-Denis de l’ordre de Saint-Benoît, professor immeritus de théologie, prieur de Saint-Pierre de Chaumont, ambassadeur du roi de France. Cet étalage de titres et de qualités était assez singulier. Versailles exprime vivement le regret qu’il y ait tant de divisions et de contradictions quand il s’agit de règles aussi précises de droit naturel : non occides, non perjurabis. Tout catholique ayant l’usage de sa raison doit être d’accord sur ces points, à plus forte raison les prélats, docteurs et juges. Il exalte le Concile de la foi de Paris, Concilium fidei celeberrimum. L’évêque d’Arras a dit que les neuf assertions condamnées à Paris sont soutenables et probables, qu’elles ont de nombreux partisans. Mais, de l’autre côté, il y a le plus grand nombre, plurimi, le roi de France, l’Université de Paris. Les savants et les ignorants sont scandalisés, troublés. Il y a danger si le concile n’y porte pas aussitôt remède, matura celeritate ; il faut procéder constanter, intrepide, summarie. En conséquence, les paroles de l’évêque d’Arras sont véhémentement suspectes d’hérésie ou susceptibles de favoriser l’hérésie ; il s’en fait dénonciateur et, s’il le faut, accusateur.

Mais Pierre de Versailles avait affaire à forte partie. La riposte de l’évêque d’Arras, Martin Porée, qui ne laissait rien passer sans respondre et repliquer, fut longue et vive30. On la trouve dans trois cédules, dont l’une n’a pas moins de 216quatre pages et demie in-folio. Une première, restée inédite, est incomplète et paraît être un premier essai de réponse31. Martin Porée traite son adversaire avec un air de supériorité dédaigneuse : il souhaite que Versailles comprenne mieux ; il n’a rien trouvé d’utile dans sa discussion ; il l’accuse d’ignorance, de haine, d’aveuglement. À Pierre, qui se vante de sa noblesse, il oppose saint Augustin et saint Chrysostome : Il vaut mieux, dit-il, que tes parents se glorifient de toi que toi de tes parents. Il est singulier que ce frère Pierre veuille discuter du droit divin et humain, lui qui ignore les règles élémentaires de l’état monastique ; il devrait reconnaître que par l’entrée au cloître toute noblesse doit être dépouillée. Pierre se vante d’être ambassadeur du roi de France mais lui, Martin Porée, est conseiller très fidèle du roi, très obéissant, tant qu’il vivra, à ses ordres, et en particulier dans le présent concile, et il répond à ce prétendu ambassadeur qu’il ne peut aller contre les intentions et instructions du roi, qui a prescrit de ne pas soulever la question de la sentence de Paris contre Jean Petit. La véritable cédule de l’évêque d’Arras dut être précédée par une courte cédule, présentée en attendant que la cédule définitive ait été mise au point32. Dans cette cédule brève, l’évêque d’Arras déclare la cédule de son adversaire vague, obscure, douteuse, incertaine et dit que celui-ci l’a prononcée avec tant de violence et d’éclat que c’était comme un aboiement et qu’il pouvait à peine parler, objurgatione et latratu ambitioso frequenter et stomachato, ut vix loqui posset. La cédule définitive entre dans de longs détails33. Pierre de Versailles se dit noble et religieux ; il ne le montre pas dans ses procédés. Il est pour le duc de Bourgogne et ses serviteurs un ennemi public. En particulier, il a célébré comme le plus fameux le Concile de la foi de Paris, ce qui est injurieux pour le concile de Constance et faux en soi, puisque cette assemblée de Paris n’était composée que de membres partiaux et prévenus. Ce religieux infatué de ses titres est versipellis calumniator ; il ne recherche 217que sa propre gloire. Le roi de France, in profunditatibus theologicis vel etiam philosophicis inexpertus, a été circonvenu par ses ambassadeurs. Et Martin Porée multiplie les exclamations : O phrenetica dementia et plus quam blasphemans !… O verbum totius infidelitatis veneno respersum !… O archiluciferina superbia ! Pierre de Versailles s’est élevé au-dessus des nuées comme Lucifer, voulant s’égaler au Très-Haut. S’il n’y avait pas la discipline du concile, il serait précipité en enfer.

C’était une sorte d’exécution. Elle ne fut pas sans lendemain. Quelques jours après, devant les juges de la foi, sans doute le 26 septembre 1415, Pierre de Versailles émettait une proposition bien risquée et sans doute irréfléchie : Si Jean Huss, disait-il, avait eu un avocat, il n’aurait jamais été convaincu d’hérésie, Johannes Huss declaratus et condemnatus per sacrum concilium generale, si habuisset advocatum, nunquam juisset convicturn34. Versailles voulait sans doute faire allusion à l’âpreté et aux interminables argumentations avec lesquelles, non sans succès, était défendu Jean Petit ; c’était en tout cas fort déplaisant pour le concile. L’évêque d’Arras ne manqua pas de dénoncer cette opinion inconsidérée devant la commission de la foi. Une autre opinion également fort scabreuse était attribuée à Pierre de Versailles, mais sans préciser où et comment elle avait été émise35. Il aurait dit que certaines assertions pouvaient être condamnées comme contraires à la foi et aux mœurs par un évêque particulier, même quand il y avait désaccord à leur sujet entre les docteurs solennels et sans appeler ceux qui les avaient produites, ni en faire déclaration préalable. Cette proposition était dite par Martin Porée calomnieuse pour le concile et les docteurs, téméraire, erronée et scandaleuse, contraire à la profession publique de la doctrine catholique, à la procédure des saints conciles et à la détermination de l’Église36. On peut ajouter que dans ce milieu si complexe et si agité de Constance elle était particulièrement maladroite. Il est vrai que la justification que présenta Gerson le 21 octobre pour les deux propositions 218fut très faible37. Pour celle qui concerne Jean Huss, il déclare qu’elle est conforme à une manière commune de parler, et, quant à la seconde, il répond que l’opinion attribuée à Versailles n’est pas textuellement de lui. Mais, à propos de la proposition sur Jean Huss, Pierre de Versailles rencontra un nouvel adversaire. Finke, au dernier volume des Acta concilii Constanciensis38, a publié une réponse de Jean Falkenberg, ce dominicain allemand qui s’est rendu célèbre pour avoir soutenu que le roi de Pologne et les Polonais, qui avaient appelé à leur secours des musulmans et des infidèles contre l’Ordre teutonique, pouvaient être mis impunément à mort par quiconque, comme odibiles heretici et impudici canes reversi ad vomitum sue infidelitatis [d’odieux hérétiques et d’impudents chiens qui retournent au vomi de leur infidélité]. Pour Falkenberg, l’opinion de Versailles est fausse et hérétique. Si Huss avait eu des avocats, a dit ce docteur, il n’aurait pas été condamné : c’est donc que le concile en le condamnant s’est trompé ou a pu se tromper. Or, le concile, c’est l’autorité de l’Église universelle ; l’Église se serait donc trompée, ce qui est hérétique. Si des avocats avaient pu détourner le concile de la condamnation, c’est donc que le concile aurait adhéré aux hérésies mortelles et pestilentielles de Huss. Le jugement du concile, c’est le jugement de l’Esprit-Saint. Comment des avocats auraient-ils pu empêcher le jugement de l’Esprit-Saint ? Cette réplique n’est ni violente, ni injurieuse. Mais sans doute pour Falkenberg, Pierre de Versailles était parmi les maîtres de Paris dont il disait : omnes errabundi et loquaces, opprobrii squalore error eorum coram tota sordescit ecclesia39 [tous errants et bavards, leurs erreurs salissent toute l’Église.]. Par ces quelques faits, il apparaît bien que le rôle de Pierre de Versailles à Constance ne fut guère heureux. Il s’y montra plus ardent qu’avisé et il y fut assez maltraité par ses adversaires.

II
1418-1431

  • Lettre à Jean Jouvenel ;
  • Abbé de Talmont en Vendée (1420) ;
  • Abbé de Saint-Martial de Limoges (1429) ;
  • Examen de Jeanne d’Arc à Poitiers (1429).

Entre les conciles de Constance et de Bâle, la vie de Pierre de Versailles nous est peu connue. Le concile de Constance se sépara le 22 avril 1418. Or, quelque temps auparavant, il 219avait sollicité du pape un bénéfice, le prieuré de Saint-Sauveur-en-Rue, en Dauphiné40. Cette requête ne paraît pas avoir eu de suite ; on ne trouve point son nom dans la liste des prieurs de ce prieuré41. D’ailleurs, un mois après, à Paris, le régime armagnac était renversé ; les Bourguignons redevenaient maîtres de la capitale. Le dauphin Charles s’enfuyait de Paris. Les maîtres de l’Université de Paris les plus compromis dans le parti armagnac l’imitaient et parmi eux était Pierre de Versailles42. Ils furent reniés par l’Université et considérés comme bannis de son sein43. Le 6 octobre, des lettres de Charles VI, imposées par le duc de Bourgogne, désavouaient tout ce que ses ambassadeurs et notamment Pierre de Versailles avaient fait à Constance dans le procès de Jean Petit44. Versailles devait ainsi partager désormais la fortune du dauphin, le futur Charles VII.

À ce temps appartient selon toute vraisemblance un document assez curieux dont l’auteur est Pierre de Versailles : c’est une longue lettre qu’il écrivit à Jean Jouvenel45. On a attribué ce document à l’année 1411. Il y est parlé du Dauphin, et l’on a cru reconnaître dans ce Dauphin Louis, duc de Guyenne46. Pierre de Versailles l’aurait rencontré et même harangué à l’abbaye de Saint-Mesmin de Micy près d’Orléans. Cette hypothèse est inadmissible. On ne connaît à l’époque supposée aucun séjour du dauphin Louis à l’abbaye de Micy. Ce qui est dit du Dauphin ne peut s’appliquer à Louis de Guyenne. Pierre de Versailles fait une allusion très claire aux massacres de Paris, à l’entrée des Bourguignons, à la situation infortunée où se trouvait en 1418 la famille de Jean Jouvenel. La mention de l’abbaye de Saint-Mesmin paraît être une erreur de copie ou d’interprétation : il doit s’agir non de Saint-Mesmin, mais de Saint-Maixent, où le 220dauphin Charles séjourna du 7 au 12 septembre 1418 et encore au mois d’octobre47.

Pierre de Versailles avait des relations personnelles assez étroites avec Jean Jouvenel et sa nombreuse famille ; il lui rappelle, au début de la lettre, la conversation qu’ils eurent dans un jardin. Ils s’étaient entretenus de l’état déplorable des mœurs, du gouvernement du royaume et de son imminente destruction ; ils avaient rappelé les assassinats auxquels s’était livrée la fureur populaire. Jouvenel lui avait dit : Que faisons-nous ? Nous n’agissons pas. La même ardeur belliqueuse, le même zèle pour la foi, le même respect pour la loi les inspiraient. Jouvenel demanda à son ami de réfléchir sur cette situation et de lui écrire le résultat de ses réflexions. Tel est l’objet de l’épître. Versailles décrit allégoriquement la face du royaume en des termes violents et imagés :

Nunc autem crinibus evulsis, lacerata fronte, suffosis oculis, auribus obstructis scabie, maxillis disjunctis a temporibus, genis confectis macie, naribus fœda sanie defluentibus, ruptis dentibus tingentibusque labiis, longa nimium infirmitate ac diuturna lepræ corrosione deformata.

[Les cheveux arrachés, le front lacéré, les yeux enfoncés, les oreilles obstruées par la gale, les mâchoires disloquées par le temps, les joues creusées, les narines suintant le pu, des dents manquantes et les lèvres tachées, défigurée par une trop longue maladie et la corrosion prolongée de la lèpre.]

Il rappelle l’infortune infligée par Dieu à Job, à Nabuchodonosor, l’histoire de Moïse, d’Aaron, d’Élie, d’Isaïe, les saints patrons de la Gaule, Denis, Martial, Martin, Julien, Remi, Germain. Jouvenel doit espérer que l’héritier du trône, le Dauphin, adolescent de bon caractère, sans vices cachés, encore innocent, pourra trouver les remèdes nécessaires pour le salut de la patrie, de la femme et des enfants de Jouvenel, pour celui-ci même qui est conseiller du Dauphin. Pour Versailles, la première calamité, c’est le péché de blasphème. On ne doit pas invoquer vainement le nom de Dieu. Et il passe en revue les blasphèmes du marchand qui accompagne ses exigences de prix de serments exécrables, les jurons des 221joueurs, qu’entendent sans être offensés princes, juges, prélats et ministres de Dieu. Les demeures des princes sont des officines de blasphèmes. Les jeunes gens envoyés à la cour s’y corrompent, et ici encore les mots s’accumulent : scurrilitatem, impudicitiam, luxuriam, gulositatem, mendositatem, insolentiam, nequitiam, Dei et Sanctorum irreverenciam, procerum inobedienciam [raillerie, impudicité, luxure, gourmandise, mensonge, insolence, méchanceté, irrévérence envers Dieu et les Saints, désobéissance aux autorités]. La seconde plaie du temps, c’est le péché de tyrannie et l’oppression du peuple. Et c’est une nouvelle énumération pour décrire les excès des hommes d’armes actuels qui chassent les cultivateurs des campagnes, volent les chevaux nécessaires à la culture, entrent dans les maisons des pauvres pour piller lits et ustensiles et emporter tout ce qui peut se vendre, qui rompent les coffres, enlèvent le pain aux enfants, foulent aux pieds les femmes enceintes, tuent volailles, moutons, bestiaux non pour se nourrir comme feraient des animaux sauvages, mais pour satisfaire leur férocité comme des brutes. Et puis ce sont les exactions des officiers, les vexations des juges laïques et ecclésiastiques, les tailles et les aides. Le troisième fléau, c’est l’adultère. La concupiscence est interdite. Le mariage est indissoluble. Dieu est le créateur et le gardien du mariage il veille en l’absence du mari. Versailles cite de nombreux exemples, de nombreux textes bibliques et jusqu’à Ovide exilé pour son Ars amatoria. La dernière partie de la lettre doit donner les remèdes. Et ici un fait précis : Le matin où le seigneur Dauphin s’apprêtait à quitter le monastère de Saint-Maixent, où je réside en ce moment, quelques religieux me demandèrent qu’au départ du Dauphin je prenne la parole, comme il convenait et qu’il est d’usage. Il prit comme thème : Propter veritatem et mansuetudinem et justiciam, deducet te mirabiliter dextera tua. [Tu régneras par la vérité, la mansuétude et la justice ; et ton bras accomplira des prodiges admirables (Psaume 44,5).] Alors aussitôt un rayon vint illuminer son esprit : voilà les trois remèdes : la vertu de vérité contre le blasphème, la mansuétude contre la tyrannie, la justice contre l’adultère. Voilà ce que le Christ doit planter dans le cœur des hommes. Et Versailles termine en énumérant toutes les vertus que doit avoir le Dauphin pour assurer le salut du royaume.

Il a paru nécessaire d’insister sur cette épître, non qu’elle ait eu une réelle portée historique, mais parce qu’elle montre bien la forme d’esprit, de raisonnement et de style de Pierre 222de Versailles. Elle est médiocre pour le fond : attribuer les malheurs du temps aux blasphèmes vulgaires et aux jurons ou à la fréquence de l’adultère est le fait d’un clerc à l’esprit assez étroit. Les remèdes sont singulièrement vagues et abstraits. Il invoque surtout les textes sacrés, accumule les mots et les images avec plus de rhétorique que de précision. Il semble bien manquer d’originalité et de sens pratique.

En 1420, Pierre de Versailles obtint un nouveau bénéfice : le 3 juillet, il recevait de Martin V l’abbaye de Talmont en Vendée, au diocèse de Luçon, placée sous le vocable de Sainte-Croix48. C’est peut-être son séjour non loin de là, à Saint-Maixent, qui lui fit solliciter et obtenir ce bénéfice sans doute assez avantageux, voisin de la région où se tenait le plus souvent le Dauphin, puis le roi Charles VII et du centre du gouvernement de ce prince, qui était à Poitiers. D’après un témoignage un peu postérieur, c’est d’ailleurs à ses relations avec la cour du Dauphin et en particulier avec le fils de Jean Jouvenel, dit d’ordinaire Juvénal des Ursins, le futur évêque de Beauvais et archevêque de Reims, qu’il dut sa promotion comme abbé de Talmont49. Il est probable d’ailleurs que le nouvel abbé faisait partie de l’entourage de Charles VII.

Plus de huit années passèrent pendant lesquelles on n’a sur l’activité de Pierre de Versailles que de très rares indications. Le 30 octobre 1428, à Chinon, il apparaît comme un des signataires de la promesse de mariage entre Marguerite d’Écosse et le dauphin Louis, le futur Louis XI50. De janvier à mars 1429, on constate sa présence au Conseil du roi51. Il obtient enfin, le 9 décembre 1429, un nouveau bénéfice de grande importance, l’abbaye de Saint-Martial de Limoges52. Il ne semble pas d’ailleurs qu’il se soit beaucoup occupé personnellement de l’administration de ses deux abbayes de Talmont et de Saint-Martial. Aucune trace n’est restée de son administration.

Examen de Jeanne d’Arc à Poitiers (1429)

Il n’est pas impossible qu’il y ait quelque lien entre la promotion 223de Pierre de Versailles à l’abbaye de Saint-Martial, et le rôle qu’il venait de jouer dans l’acceptation de la mission de Jeanne d’Arc. Jeanne était arrivée à Chinon le 6 mars 1429. Quelques jours après, elle suivait le roi à Poitiers : elle devait y être examinée. Là siégeait le Parlement reconstitué par le Dauphin après sa fuite de Paris et se tenaient les maîtres échappés de l’Université de Paris pour fuir le retour des Bourguignons. Ce furent eux surtout qui furent chargés d’examiner et de déterminer si elle venait de Dieu ou du diable53. Parmi les plus célèbres étaient l’archevêque de Reims, Regnault de Chartres, Gérard Machet, confesseur du roi, Jourdain Morin, théologien de grande réputation dans les écoles, Pierre de Versailles et peut-être Jean Juvenal des Ursins. L’examen dura plus d’une dizaine de jours. Jeanne était logée chez maître Jean Rabateau, avocat du roi au Parlement, dont la femme devait veiller sur elle. Les docteurs, par petits groupes, venaient la voir et l’interroger. Un des derniers, sans doute le 22 mars, vint Pierre de Versailles accompagné de maître Jean Erault. Au procès de réhabilitation, l’écuyer de l’écurie du roi, Gobert Thibaut, a raconté, en termes qui semblent vraiment sincères, cette visite dont il fut témoin54 :

Pierre de Versailles dit à Jeanne qu’ils étaient envoyés vers elle par l’ordre du roi. Elle répondit : Je crois bien que vous êtes envoyés pour m’interroger. Mais je ne sais ni A ni B. Versailles et Erault l’interrogèrent, en effet, sur les motifs de sa venue. Elle répondit : Je viens de la part du roi du Ciel pour faire lever le siège d’Orléans et mener le roi à Reims afin qu’il soit couronné et consacré. Et alors elle leur demanda s’ils avaient du papier et de l’encre et dit à Jean Erault : Écrivez ce que je vais vous dire : Vous Suffort, Clasidas et la Poule, je vous somme de par le Roi des cieulx que vous en alliez en Angleterre. Ils ne purent obtenir davantage pour cette fois, nec 224 aliud fecerunt ipsi… illa vice.

C’est tout ce que l’on sait sur l’examen personnel que crut devoir tenter Pierre de Versailles. Il dut, d’autre part, intervenir dans les délibérations des docteurs qui suivirent. La Chronique de la Pucelle raconte

que l’on fist assembler plusieurs notables docteurs en theologie et autres bacheliers, lesquels entrerent en la salle où elle estoit. Ils y furent plus de deux heures où chascun d’eux parla sa fois55.

Il est plus que probable que Versailles parla sa fois. Si l’on ne sait rien de précis à cet égard, on peut remarquer cependant que parmi les docteurs son nom et celui de Jean Morin sont le plus souvent cités. Que Pierre de Versailles fût sincèrement convaincu, c’est ce que paraît bien montrer le trait suivant frère Seguin de Seguin, dominicain, maître en théologie, un des examinateurs de Jeanne d’Arc56, raconta au procès de réhabilitation57 qu’il avait ouï dire à Pierre de Versailles, qui mourut évêque de Meaux, que quelques hommes du service du roi, ayant appris l’arrivée de la Pucelle à Chinon, s’étaient mis sur la route pour la dévaliser, saisir et dépouiller son escorte. Mais quand ils pensaient le faire, voici qu’ils ne purent bouger et que leurs pieds demeurèrent comme cloués au sol. Versailles disait tenir le fait des hommes d’armes eux-mêmes. Cette foi dans un tel récit ne pouvait venir que d’une croyance véritable à la mission de Jeanne. Il est vrai qu’une autre fois il paraît plutôt rigoureux pour elle : après le siège d’Orléans, à la fin de mai, elle était venue trouver le roi alors à Loches ; beaucoup de gens l’entouraient, s’accrochaient aux pieds de son cheval, lui baisaient les mains et les pieds. Pierre de Versailles, qui faisait alors partie de l’entourage du roi, se trouvant avec elle, lui dit qu’elle avait tort de supporter ces démonstrations qui ne lui convenaient pas, qu’elle devait les éviter pour ne pas permettre une pareille idolâtrie. Elle lui répondit avec une douce ironie : En vérité, je ne saurais comment me garder de telles choses que si Dieu lui-même m’en garde. Décidément, Pierre de Versailles n’avait pas avec elle le dernier mot. On ne saurait aller plus loin pour 225préciser son rôle dans la mission de Jeanne d’Arc. Son entrevue et ses conversations avec la Pucelle ne semblent pas indiquer qu’il ait apporté en cette affaire autant de finesse qu’il montra ensuite de confiance. Au reste, aucun fait ni aucun texte ne montre que par la suite il ait manifesté un intérêt quelconque pour Jeanne, pour sa mission ni pour son salut58.

III
1432-1436

  • Ambassade à Rome (1432) auprès du nouveau pape Eugène IV ;
  • Évêque de Digne (1432) ;
  • Ambassade au Concile de Bâle (1433-1436), il soutient la primauté du pape sur le concile.

Si le gouvernement des abbayes de Talmont et de Saint-Martial par Pierre de Versailles n’a laissé aucun souvenir, c’est que les grandes affaires de l’Église allaient absorber l’activité de leur abbé à partir de 1432. Le point de départ fut une ambassade à Rome. Le pape Martin V était mort le 20 février 1431. Onze jours après, le cardinal de Sienne, Gabriel Condolmario, était élu et prenait le nom d’Eugène IV. Noël Valois a tracé ce portrait expressif du pontife auquel Pierre de Versailles devait être très fidèlement attaché :

De haute taille, de belle prestance, la figure peu régulière, avec une expression affable, aimant la lecture et l’étude, fort cultivé, généreux et bienfaisant, opiniâtre, mais soumis à certaines influences ; peu mesuré, enfin d’une santé fragile qui fut fortement éprouvée peu de temps après son avènement59.

Au nouveau pape, Charles VII envoya dès la fin de 1431 une ambassade solennelle pour lui faire obédience et traiter avec lui des questions délicates toujours débattues que soulevaient alors les libertés de l’Église de France et en particulier la collation des bénéfices60. Cette ambassade avait à sa tête Philippe de Coëtquis, archevêque 226de Tours, et Pierre de Versailles en faisait partie, ainsi que Jean Juvénal des Ursins, le futur archevêque de Reims, alors avocat du roi au Parlement. Le séjour de l’ambassade dut se prolonger plusieurs mois. Les négociations furent surtout actives dans le premier trimestre de l’année 1432. Pierre de Versailles y trouva son profit : l’évêque de Digne en Provence, Bertrand Raoul, étant mort le 26 février 1432, il reçut du pape cet évêché le 31 mars61. Cette promotion ne le trouva pas ingrat ; il y eut certainement une part de reconnaissance dans la fidélité qu’il montra à l’égard d’Eugène IV et de l’autorité pontificale. Le diocèse de Digne faisait partie du comté de Provence, et ainsi Pierre de Versailles se trouvait directement lié aux rois de Sicile, comtes de Provence, ce qui le détachait jusqu’à un certain point du roi de France. Il est vrai qu’il ne dut pas plus résider dans son diocèse que dans ses précédents bénéfices ; on ne connaît guère que le nom de son vicaire général, Guillaume Rostagnum, qui sans doute administra l’église de Digne à sa place62. Quoi qu’il en soit, on ne peut discerner le rôle propre de Versailles dans les négociations que poursuivit l’ambassade à Rome au point de vue financier et surtout au sujet des libertés de l’Église de France63. Il est d’autant plus difficile d’avoir quelque précision que le résultat des pourparlers, comme dit N. Valois, demeura enveloppé à dessein dans un demi-jour mystérieux64.

Mais l’ambassade aurait encore touché une autre question qui était alors la grande affaire de l’Église : elle aurait promis 227à Eugène IV l’approbation du roi de France pour la dissolution du concile qui se réunissait alors à Bâle. Ce concile devait désormais, pendant près de cinq années, occuper Pierre de Versailles, évêque de Digne. Le 19 février 1424, au concile de Sienne, il avait été convenu par les légats du pape Martin V qu’un nouveau concile œcuménique serait réuni à Bâle au mois de mars 1431. À la date fixée, il n’avait encore paru qu’un abbé ; un autre abbé et un évêque arrivèrent le 11 avril. Lorsque le concile s’ouvrit le 23 juillet, il y avait en tout quatre Français65. Eugène IV, qui voyait avec inquiétude ce concile loin de l’Italie et près de Constance, se résolut le 12 novembre 1431 à le dissoudre et à en convoquer un autre dans dix-huit mois à Bologne et un dans dix ans à Avignon66. Les Pères déjà réunis à Bâle ne voulaient point céder. De longues négociations commencèrent. Pendant ce temps, le nombre des prélats, des docteurs, des clercs de toute sorte avait notablement augmenté. Le roi de France, malgré ce qu’avaient dit certains de ses ambassadeurs au pape, se montrait favorable au concile ; une assemblée du clergé de France, réunie à Bourges en février 1432, demandait à Charles VII d’envoyer des ambassadeurs à Bâle et de permettre aux prélats du royaume de s’y rendre67. Dans cette assemblée, on remarqua l’intervention de l’archevêque de Lyon, Amédée de Talaru, qui devait être pour Pierre de Versailles un adversaire redoutable. Pendant une année encore, Eugène IV résista. Mais le concile n’avait pas cessé de grandir ; les Pères de Bâle montraient une ténacité, une énergie que rien ne pouvait rompre ; ils se fondaient sur les fameux décrets du concile de Constance, qui, d’après eux, avaient établi la supériorité du concile général sur le pape. Sept rois, dont le roi de France et l’Empereur, adhérèrent au concile. Enfin lassé, troublé, le 14 février 1433 Eugène IV en consistoire public publia une bulle autorisant la tenue du concile non plus à Bologne, mais à Bâle68. Il avait ainsi capitulé une première fois.

Quel rôle joua en tout ceci Pierre de Versailles ? À quel titre 228et à quel moment vint-il au concile de Bâle69 ? La date doit être précisée. Il paraît bien que l’évêque de Digne se présenta au concile comme ambassadeur de Louis III d’Anjou, roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem et comte de Provence, et comme représentant, d’autre part, du clergé de Provence70. Ce n’est que le 4 décembre 1433 que Pierre de Versailles et, avec lui, l’évêque de Fréjus et l’abbé de Saint-Honorat, également ambassadeurs du roi de Sicile, remirent leurs lettres de créance ; Versailles fit à ce sujet une collation sur le thème Deus glorificatur in concilio Sanctorum. Après quoi, ils furent admis. Ce ne fut pas le seul titre qui permit à l’évêque de Digne de participer aux délibérations du concile. Dans les années qui suivirent, Charles VII montra des dispositions bienveillantes à l’égard du pape et accueillit ses plaintes contre certains membres de l’ambassade française, surtout contre son chef l’archevêque de Tours, qui avait abusé du nom du roi pour se prononcer en faveur du concile contre le pape. Le roi de France s’entendait alors avec Eugène IV, malgré la politique assez tortueuse de celui-ci, pour soutenir dans le royaume de Naples les prétentions du roi René contre le roi d’Aragon. Or, dès ce temps, l’opinion de Pierre de Versailles ne faisait aucun doute : on savait sa reconnaissance pour Eugène IV, son opinion arrêtée en faveur de l’autorité pontificale ; il avait manifesté ses sentiments dès sa collation du 4 décembre 1433. Aussi, à la fin de 1435, le pape demande-t-il que l’évêque de Digne soit adjoint à l’ambassade française71. Et Charles VII, le 30 mars 1436, donnait des instructions en ce sens il faisait

mander et commander à ses ambassadeurs estans à Basle que dores en avant doyent faire et tenir telles manieres es fais de l’Esglise en la faveur de Nostre Saint Pere, que par raison en soit et doit demourer contempt et ausy que l’evesque de Dine 229soit adjoint à l’ambassade du roy estant à Basle72.

La double qualité qu’eut désormais Pierre de Versailles comme ambassadeur de deux rois ne fut pas sans créer quelques difficultés, d’autant plus que le roi Louis de Sicile était mort en 1434 et que son titre avait été relevé par son frère René d’Anjou : comme il y avait une contestation fréquente entre les Provençaux et les Aragonais pour le titre de roi de Sicile, le légat Cesarini avait cru aplanir enfin la difficulté en qualifiant l’évêque de Digne d’ambassadeur du roi de France73 (23 décembre 1436). Mais celui-ci protesta et déclara qu’il n’entendait en rien se désister de sa qualité d’ambassadeur du roi de Sicile et voulait qu’aucun préjudice n’en pût résulter pour son seigneur74. Il y eut finalement un accord : tout en restant ambassadeur du roi René, l’évêque de Digne devait siéger parmi les ambassadeurs du roi de France. Il restait ainsi en droit l’ambassadeur de deux rois devant les Pères du concile.

La place tenue par Pierre de Versailles ainsi qualifié dans le concile fut certainement assez grande, bien que son action personnelle nous soit peu connue dans le détail. Nous savons le nom de son famulus, Pierre Raoutelli, sans aucun autre renseignement sur celui-ci. À plusieurs reprises, l’évêque de Digne intervint dans des circonstances solennelles ; on vient de voir qu’il fit le 4 décembre 1433, en présentant ses lettres de créance, une première collation75 ; — à l’office de la Pentecôte 1434, nouvelle collation76 ; — le 10 juin 1435, autre collation sur le thème Episcopus sanctus docebit vos omnes, à propos de l’examen du livre d’Augustin de Rome, De Christo integro77 ; — le 4 octobre 1435, seconde collation pour la condamnation de ce livre sur le texte Pulchra est anima mea, oculi tui columbarum, etc.78 ; — le 30 septembre 1436, messe pour la fête de saint Jérôme79.

230Si Versailles tenait particulièrement à sa qualité d’ambassadeur du roi de Sicile, c’est qu’il était le personnage principal de cette délégation, tandis que dans l’ambassade du roi de France il y avait des prélats plus ou autant qualifiés que lui et d’opinions fort différentes. Aussi voit-on qu’il mit une grande insistance à faire reconnaître les titres des princes angevins. En remettant ses lettres de créance, il avait donné à Louis III les titres de roi de Sicile et de Jérusalem ; les ambassadeurs du roi d’Aragon protestèrent, réclamant ces titres pour leur roi. Mais l’évêque de Digne protesta à son tour contre cette prétention80. Nouvelle protestation en mars 1434 contre le roi de Chypre, qui avait pris le titre de roi de Jérusalem81, suivie d’une troisième protestation le 1er décembre 1436 pour affirmer les titres du roi René, successeur de Louis III82. Dans la même année, l’Empereur ayant réclamé un rang supérieur pour les royaumes dont il était titulaire, l’évêque de Digne réclama aussi un rang éminent pour les royaumes du roi René83. Si l’on rapproche les faits de la préoccupation qu’il montra au concile de Constance d’affirmer ses origines nobles, on pourra penser que ce moine tenait fort aux titres et aux préséances.

Pierre de Versailles était d’un caractère vif et emporté, et il se fit ainsi des contradicteurs redoutables et malveillants. Æneas Sylvius Piccolomini dit d’une façon assez dédaigneuse qu’il avait plus de passion que d’éloquence, plus animi habens quam eloquentiæ84 [ayant plus d’esprit que d’éloquence]. Il le montre aux prises avec un prélat fort passionné aussi, Amédée de Talaru, archevêque de Lyon, qui paraît avoir été son principal adversaire.

Ce jour-là, (dit Æneas Sylvius), il y eut diverses discussions entre les Pères. L’archevêque de Lyon invectiva amèrement l’évêque de Digne et, bien que chacun eût retenu ses mains, aucun genre d’injure ne fut omis85.

Une autre fois, on voit Versailles se précipiter au milieu de la salle et provoquer 231multas altercationes86. Aussi on ne le ménage pas : l’archevêque de Lyon s’écrie que ce que Versailles déteste le plus, c’est sa propre église de Digne et qu’il ne cesse d’intriguer pour en avoir une plus grasse87. Le 25 février 1435, l’évêque de Digne intervient encore vivement mais l’évêque de Dax riposte

qu’il est le seul qui désire manger au râtelier du pape et que, pour être fait cardinal, il voudrait provoquer la dissolution du concile88.

Jusqu’au mois de mai 1437, Pierre de Versailles paraît avoir pris une part active aux travaux du concile. Il fait partie de la députation de la foi ; il est chargé de négocier avec les ambassadeurs vénitiens, avec l’Empereur, avec les ambassadeurs d’Aragon89. Les affaires qui paraissent l’avoir le plus occupé sont la réforme de l’Ordre de Saint-Benoît, la condamnation d’un livre d’Augustin de Rome, le renouvellement des décrets de Constance, la lutte tantôt sourde, tantôt déclarée entre le concile et le pape, la question des indulgences, l’union des Églises grecque et latine.

Sur la réforme de l’Ordre de Saint-Benoît, nous n’avons guère de renseignement quant à l’action personnelle de Pierre de Versailles. Il était sans doute parmi ceux qui acceptaient le projet d’une réforme, mais à condition qu’elle s’étendît aussi aux Ordres mendiants90.

Deux affaires de foi lui furent confiées. La moins connue est la dénonciation par l’inquisiteur de Pologne d’André Pfaffendorf, qui appartenait à l’Ordre de Sainte-Marie-des-Teutoniques. L’évêque de Digne fut chargé d’examiner ce cas91. On connaît mieux la condamnation du livre De Christo integro d’Augustin de Rome, général des Ermites de Saint-Augustin, nommé par le pape archevêque de Barletta. L’évêque de Digne dut procéder personnellement à l’examen de ce livre92. C’est lui qui, le 10 juin 1435, présenta le rapport 232au concile au nom de la députation de la foi. Après une collation d’un caractère général, il montra comment l’ouvrage incriminé contenait des conclusions et propositions absurdissimes et offensantes pour les oreilles pieuses, par exemple — que le Christ procrée continuellement, puisque les membres du Christ procréent continuellement et que le Christ et ses membres ne font qu’un, — que par conséquent le Christ participe aux péchés des hommes, puisque eux et lui ne font qu’un, — que Dieu dans le Christ préfère la nature humaine à la nature divine, — que le pape n’est pas le chef du corps mystique de l’Église, puisque ce chef est le Christ93. On rapprochait certaines de ces propositions de celles de Jean Huss condamnées à Constance. Comme les doctrines d’Augustin de Rome avaient des partisans jusque dans le concile, surtout parmi les Italiens et les Mendiants, l’affaire ne put être terminée rapidement ; il y eut de longues discussions dans la députation de la foi. Il a été conservé un libellus écrit par le cardinal Jean de Turrecremata, consulté à ce sujet par les prélats et docteurs italiens94 : la matière est ardue, supra vires ingenioli mei. Il discute longuement de nombreux textes avec une certaine subtilité ; il est embarrassé et fait toute sorte de distinctions ; tantôt il condamne et tantôt il accepte ; pour lui la coïncidence avec les propositions de Jean Huss à Constance n’existe pas au sens mystique. Cette consultation est de juillet 1435. Ce n’est que le 4 octobre que la condamnation fut prononcée et ce fut encore l’évêque de Digne qui 233intervint95. Il prononça une collation sur ce texte du Cantique des Cantiques : Pulchra es, amica mea, oculi tui columbarum96. On n’y trouve que des développements oratoires d’assez mauvais goût sur l’Église épouse du Christ, sur le symbole de la colombe, sur le serpent. À la suite de cette collation, Pierre de Versailles lut la sentence de condamnation97.

Mais c’est surtout dans la défense, d’abord modérée, de l’autorité du pape supérieure à celle des conciles généraux que Pierre de Versailles intervint avec une grande suite dans les idées et un véritable courage personnel. Son opinion à cet égard était nettement favorable au pape, sans contester cependant tout pouvoir au concile. La question des rapports du concile et du pape est une question trop complexe, elle a agité trop longtemps le concile de Bâle pour qu’on puisse ici entrer en quelque détail. Il suffit de montrer par des faits précis l’attitude particulière de Pierre de Versailles. En février 1434, à propos de la désignation des présidents par Eugène IV, il se classa nettement parmi ceux qui n’entendaient à aucun prix humilier le pontife et multiplier les désobéissances dont le concile s’était déjà rendu coupable98. Sur le fond même, il ne s’attaquait pas aux décrets de Constance et ne les contestait pas. Mais si le concile de Constance dans les circonstances où il se trouvait alors a eu raison, il ne s’ensuit nullement que ses décisions s’appliquent aux autres conciles généraux ; car celui de Constance qui avait à rétablir l’unité dans le gouvernement de l’Église n’a rien déterminé et déclaré pour l’avenir99. L’évêque de Digne prétendait même, ce qui n’est pas exact, que le concile de Constance avait sollicité de Martin V la confirmation et l’approbation de tout ce qu’il avait fait100. Lorsque, le 30 avril 1434, il fut question à Bâle de renouveler sans atténuation les décrets de Constance, Pierre de Versailles ne fit pas une opposition 234directe, car il ne voulait pas être obligé d’accuser un concile. Mais il demanda aussi le renouvellement du décret condamnant la doctrine de Huss et affirmant que le pape est la tête de l’Église universelle101. Après avoir insisté à plusieurs reprises, il ne put obtenir gain de cause. En juin 1435, pour attaquer le pouvoir pontifical à son point le plus faible, fut proposée au concile la suppression des annates et des taxes apostoliques perçues à l’occasion de la collation des bénéfices. Pierre de Versailles, qui déjà à Constance s’était rangé parmi ceux qui pensaient qu’on ne pouvait supprimer les annates sans compensation102, fut à Bâle un de ceux qui protestèrent le plus vivement103. Même attitude de l’évêque de Digne, quand fut soumis au concile un décret annulant l’appel au Saint-Siège, et cette fois il est probable qu’il eut gain de cause et le décret dut être écarté104. On peut citer aussi la sortie qu’il fit le 2 mars 1436 à propos encore du pouvoir du pape et de celui du concile, et le 11 mai sa déclaration que le concile n’avait pas le droit de délivrer des indulgences105. C’est avec juste raison qu’Ambroise Traversari le recommandait tout particulièrement à Eugène IV parmi les fidelissimos et eximios propugnatores Suæ Sanctitatis, viros profecto singulares… Digniensem maxime106. Sous une apparente modération, on peut se rendre compte de sa doctrine véritable dans un mémoire conservé à la Bibliothèque du Vatican, dont Noël Valois a donné les conclusions principales107 :

C’est erreur de dire — que le pape n’est pas le chef de l’Église collective et en particulier des personnes et des églises, — que le gouvernement de l’Église n’a pas été constitué par le Christ en monarchie, — que le Christ pour le gouvernement de l’Église n’a pas conféré à Pierre la plénitude du pouvoir, — erreur d’affirmer que le concile est au-dessus du pape, — 235erreur d’affirmer et de mettre en pratique que l’on peut appeler du pape au concile, comme de l’inférieur au supérieur, — erreur d’affirmer que le concile a reçu son pouvoir immédiat du Christ à l’exclusion totale de l’autorité pontificale, — que le pape ne peut transférer le concile, — que s’il existe un pape catholique, unique, incontesté et non empêché, le concile général de l’Église puisse créer une assemblée sans le concours de l’autorité du pape.

Noël Valois cite encore un autre mémoire qu’il attribue avec toute vraisemblance à Pierre de Versailles, où l’auteur

demande que le pape condamne ces hérésies par écrit et les signale à toutes les Universités, à tous les groupes de travailleurs, les invitant à compulser les livres des docteurs et à faire connaître aux princes et aux fidèles ce qu’a toujours été en cette matière la doctrine traditionnelle108.

Eugène IV répondit à cet appel dans la bulle Etsi non dubitemus du 20 avril 1441. Pierre de Versailles en était ainsi arrivé à préciser si nettement son opinion qu’un jour le procureur de la foi du concile de Bâle l’invita à en fournir le témoignage écrit, pour qu’il puisse être procédé contre lui judiciairement109 ; et après que l’évêque de Digne eut quitté Bâle, devant le cardinal Louis Aleman, juge de la foi, dans le réfectoire des Frères mineurs, huit propositions erronées émises et publiées par lui, et notamment cinq touchant le pape, furent dénoncées et leur auteur fut signalé comme ayant erré en la foi et devant être jugé comme relaps110. Mais à ce moment Pierre de Versailles était déjà tout occupé de l’union des Églises grecque et latine. On ne connaît du reste cette accusation que par le long compte-rendu du concile de Bâle de Jean de Ségovie. Il ne paraît pas qu’elle ait été suivie d’effet. Le seul fait connu, c’est que l’année suivante Pierre de Versailles et Nicolas de Cues furent déclarés par le concile privés de leurs bénéfices et déclarés inhabiles à en accepter d’autres111, vaine menace d’ailleurs, les jugements de Bâle ne pouvant plus désormais avoir d’effet dans la chrétienté.

236IV
1437-1438

  • Ambassade pontificale à Constantinople pour négocier l’union des Grecs (église d’Orient) et des latins (église d’Occidents) (1437-1438).

Avec cette question de l’union des Églises s’ouvre le chapitre sans doute le plus curieux de la vie de Pierre de Versailles. Lorsque le schisme d’Occident avait été enfin terminé par l’élection de Martin V, l’idée s’était répandue que devait également cesser le schisme d’Orient et que l’Église grecque devait être unie à l’Église latine pour former vraiment l’Église universelle. Martin V y avait songé. Eugène IV voulut s’occuper activement de l’union. L’empereur d’Orient, le patriarche de Constantinople, désiraient également cette union pour obtenir les secours de l’Occident contre les Turcs. Et puis, aux yeux d’Eugène IV, l’union aussi n’était-elle pas un moyen excellent pour supplanter le concile de Bâle et lui opposer la puissance et le prestige d’une papauté ayant reconstitué par son action propre l’unité de la chrétienté. De son côté, le concile comprit le danger d’un tel succès pour le pape et lui aussi voulut poursuivre avec ses propres moyens l’union des deux Églises. Ainsi s’éleva une singulière concurrence dans laquelle Pierre de Versailles joua un rôle de premier plan.

Le pape, pour réaliser l’union, avait songé à un concile à Bologne, puis à Ancône, puis s’était accordé avec Jean VIII Paléologue pour un concile de l’Église d’Orient à Constantinople, où il enverrait ses légats112. Mais, dès 1434, le concile de Bâle dépêchait aussi des ambassadeurs à Constantinople et de son côté l’Empereur envoyait des ambassadeurs à Bâle, où on lui proposait non pas une conférence avec l’Église d’Orient à Constantinople, mais de venir à Bâle, sinon à Vienne ou à Bude113, ou encore en Savoie114. Cette question délicate du lieu où se réunirait le concile de l’Union, de la ville où conféreraient Grecs et Latins, prit alors une singulière importance et donna lieu à des négociations compliquées pendant trois ans. Changeant d’avis, malgré une offre séduisante 237des Lyonnais115, le concile finit par arrêter son choix sur Avignon116, à condition que cette ville donnât une forte subvention pour payer le voyage et le séjour des Grecs. Le pape, le projet de Constantinople n’ayant pas eu de suite, n’acceptait qu’une ville d’Italie, Rome, Florence, Sienne ou Udine ; ses préférences étaient pour Florence. Pourquoi l’évêque de Digne, lorsque l’affaire donna lieu à un vote dans l’assemblée générale du concile, se prononça-t-il tout d’abord pour Avignon ? Ce n’était l’avis ni d’Eugène IV, ni même de Charles VII. Peut-être se conformait-il aux vœux du roi de Sicile ou du clergé de Provence qu’il représentait.

Les Grecs ne voulaient à aucun prix traverser les Alpes, ni par suite aller à Avignon. Dans des sessions orageuses, contre une majorité toujours plus forte qui s’obstinait à repousser le choix d’une ville italienne et en particulier de Florence, se forma une minorité peu nombreuse, mais décidée, où on trouve l’évêque de Digne, qui, par suite de l’opposition des Grecs, dit-il plus tard, avait aussi changé d’avis. Cette minorité prétendait représenter la sagesse du concile ; elle avait à sa tête le légat Cesarini et surtout Jean Berardi, archevêque de Tarente, personnage audacieux et entreprenant ; elle se croyait plus d’autorité que la multitude désordonnée de l’assemblée. Les membres de cette minorité préparèrent un décret en faveur de Florence, Udine ou toute autre ville agréée à la fois par le pape et les Grecs. Dans la séance orageuse du 7 mai 1437, le décret de la minorité, le petit décret, fut lu au milieu du bruit en même temps que le grand décret, celui de la majorité favorable à Avignon117. La minorité ne put faire sceller son décret de la bulle qui devait l’authentiquer, mais le fit signer par des notaires. Elle agit d’ailleurs avec décision. Le 20 mai, elle envoyait une délégation de trois membres porter le petit décret au pape à Bologne, prendre ses instructions et se rendre sans 238retard à Constantinople : ces trois délégués étaient Pierre de Versailles, évêque de Digne, Antonio Martinez de Chaves, évêque d’Oporto118, et Nicolas de Cues119. Ils comptaient se présenter comme les ambassadeurs du concile à l’empereur d’Orient qui se trouverait ainsi devant le fait accompli.

Ce fut Pierre de Versailles qui fut le vrai chef de la mission, si on en juge par le rapport qu’il remit au pape et qui nous a été conservé120, et par le fait que le pape le cite toujours le premier. Il est vrai que nous avons le témoignage d’un autre personnage, un grec, Sylvestre Syropoulos, grand ecclésiarque de l’église de Constantinople, qui a écrit une histoire du concile de Florence121 et qui signale en premier lieu le légat du pape, l’évêque de Coron, Christophe Garatoni, puis un évêque de Portugal ; après quoi le manuscrit présente une lacune, si bien que le nom de l’évêque de Digne n’apparaît pas pour nous122. Dans le récit même de Syropoulos, le rôle principal est attribué à l’évêque de Coron, sans doute parce qu’il était premier légat du pape, mais aussi parce que Garatoni était bien connu à Constantinople où il avait rempli déjà plusieurs missions, et qu’il parlait le grec. Ce récit est d’une grande partialité, car Syropoulos, après avoir pris part au concile de Florence et signé l’acte d’union, désavoua avec passion l’œuvre à laquelle il avait participé ; mais sa narration est pleine de vie, de détails curieux et pittoresques, de 239jugements personnels vifs et ironiques sur l’Empereur, le patriarche, les ambassadeurs latins.

Pierre de Versailles et ses deux compagnons trouvèrent Eugène IV à Bologne, où il s’occupait activement, notamment dans un grand consistoire le 24 mai, de préparer l’union avec les ambassadeurs grecs Jean Bissipat et Manuel Tracagnoti123. Leur séjour fut court ; dès le 9 juillet, ils quittaient le pape munis de sa bénédiction. Eugène IV, dans le courant de juin ou au début de juillet, prit une série de mesures pour compléter et faciliter la mission124 : il désigna deux légats, Marc Condolmario, son neveu, archevêque de Tarentaise, et Christophe Garatoni, évêque de Coron, pour accompagner les évêques de Digne et d’Oporto et Nicolas de Cues. Il marquait par là que ceux-ci étaient bien les ambassadeurs du concile, non les siens quoiqu’il prît à sa charge les frais de la mission. Il écrivait à l’empereur Sigismond qu’au moment du consistoire il arriva (accidit), comme si cette venue était imprévue, que l’évêque de Digne et Nicolas de Cues, oratores a consilio Basileensi hac causa missi, vinrent le trouver ; il l’écrivait également aux rois de France et de Portugal. Il le répétait à André Condolmario, capitaine des galères, qui devait transporter ses légats et les soi-disant envoyés du concile à Constantinople125. Il confirmait à Jean Paléologue la désignation des évêques de Digne et de Porto et de Nicolas de Cues par le concile. Florence était désignée comme siège du concile de l’union. Y eut-il en tout cela une intrigue habilement menée par le légat Cesarini et l’archevêque de Tarente à Bâle et la Cour romaine ? C’est probable : en tout cas, l’action de la minorité du concile et celle du pape se rejoignaient et s’unifiaient étroitement.

C’est le 26 juillet que Pierre de Versailles et ses deux compagnons avec les légats du pape s’embarquaient à Venise. Le 15 août, sans s’être arrêtés en route, ils arrivaient à Candie, où ils furent reçus avec grand honneur et où ils séjournèrent quatre jours. Ils s’occupèrent d’une troupe de 300 arbalétriers, que Nicolas de Cues et l’archevêque de Tarentaise devaient 240faire embarquer sur trois grosses galères. Versailles et les évêques de Porto et de Coron firent une traversée heureuse à travers les îles de l’Archipel et arrivèrent avec quatre galères devant Constantinople le 3 septembre ; ils n’avaient mis qu’un mois et neuf jours pour leur traversée. Entrés dans le port le lendemain malgré un fort coup de vent qui parut à certains un mauvais présage, ils furent reçus avec joie et honneur et conduits à cheval à leur demeure. Syropoulos rapporte un incident fâcheux126 : le légat, dit-il, s’avançait avec grande pompe, accompagné des principaux personnages impériaux, précédé de la croix et bénissant largement tous ceux qui venaient au-devant de lui. Était-ce un des deux légats ou Pierre de Versailles ? En tout cas, ce fut un grand scandale dans le clergé grec que cette profusion de bénédictions latines. Le patriarche Joseph, qui au fond tenait au concile de l’union et au voyage d’Italie, ne voulut pas protester. Cependant, de nouvelles bénédictions furent interdites aux prélats latins.

Dès leur arrivée, les ambassadeurs déclarèrent que le pape et le concile s’étaient réconciliés, que le concile de Bâle s’était dissous, que le pape avait une autorité plénière pour réunir le concile œcuménique127. Après quelques jours de repos, ils furent reçus par l’Empereur au monastère de Saint-Jean et présentés par l’évêque de Coron. L’évêque de Digne prit la parole et prononça un discours sur le thème : Princeps ea quæ sunt digna principe cogitabit (Isaïe, 32). D’après son propre résumé, son éloquence semble avoir été assez emphatique. Il s’affirma ambassadeur du concile ; il retraça toutes les démarches qui avaient été faites et exposa toutes les difficultés, magnæ difficultates et perplexitates, pour fixer le lieu du concile. Après lui, l’évêque de Coron demanda que des préparatifs immédiats fussent faits pour venir prendre part au concile128. Le temps était favorable au voyage sur mer 241avant l’hiver. L’Empereur répondit qu’il remerciait le pape de sa bénédiction, qu’il désirait l’union plus que la vie même, et il invita les ambassadeurs à une audience privée. Il s’était d’ailleurs informé des navires et de l’argent dont ils disposaient, et déclaré satisfait. Le lendemain, réception du patriarche à Sainte-Sophie, entouré de métropolites et de clercs. L’évêque de Digne prit encore la parole sur ce thème : In odorem unguentorum tuorum curremus. Il parla longuement en célébrant les vertus du patriarche. Celui-ci répondit d’une façon assez subtile : il fit l’éloge du pape ; il affirma la bonne volonté de l’Église d’Orient. Il fit allusion au mal que l’on disait des ambassadeurs et à celui qu’on leur disait des Grecs, et il ajouta qu’il fallait d’autant plus avoir confiance les uns dans les autres pour ne pas ruiner les sentiments réciproques, non dissolvantur corda. Il semble bien, d’après ces paroles énigmatiques, que le patriarche était au courant de la situation ambiguë des ambassadeurs qu’il avait devant lui.

Les préparatifs pour se rendre au concile de l’union ne durent pas être poursuivis avec diligence ; il ne put en trois mois être armé que deux galères légères. Entre temps, Nicolas de Cues et l’archevêque de Tarentaise arrivèrent de Candie avec trois grosses galères portant 300 arbalétriers. Or, le 4 octobre, il se produisit un véritable coup de théâtre : on apprit l’arrivée à Chio d’une ambassade authentique du concile de Bâle. Pour cette ambassade, nous avons aussi un rapport129, beaucoup plus détaillé que celui de Pierre de Versailles. C’est un des documents les plus curieux du temps. L’auteur principal est l’évêque de Lausanne, Louis de La Palud130. L’intérêt particulier de ce rapport dans le cas présent, c’est la rencontre des deux ambassades à Constantinople. Mais il importe de montrer brièvement comment l’ambassade du concile se trouva si fort en retard. C’était pourtant 242dès le 24 février 1437 qu’elle avait quitté Bâle. Elle était alors composée de l’évêque de Lübeck, de l’évêque de Viseu, de l’évêque de Lausanne, de l’évêque de Parme. Le concile les avait envoyés dès ce temps pour décider en passant les Avignonnais à faire les frais nécessaires à la tenue du conseil de l’union et c’est de là qu’ils devaient gagner Constantinople131. Ils traversèrent la Savoie, allèrent même trouver Charles VII à Montpellier et poursuivirent à Avignon de longues et difficiles négociations132. Les ambassadeurs ne purent s’embarquer sur le Rhône que le 30 juin. Leur petite escadre se constitua à Arles ; le 5 juillet, ils étaient à Toulon. À Nice, il fallut faire un long arrêt. Le capitaine de l’expédition était un seigneur savoyard, Nicod de Menthon, qui commandait la marine du duc de Savoie133 ; il était exigeant, lent et craintif, et fut la principale cause désormais du retard de l’ambassade. Ce ne fut que le 9 août qu’on arriva à Gênes. Les évêques de Lübeck et de Parme trouvèrent des prétextes pour ne pas continuer le voyage. Il fallut seize jours pour aller de Gênes à Civita-Vecchia. Le 22 septembre, les galères arrivèrent à Chio. Ce n’est qu’alors qu’on apprit à Constantinople la venue d’une nouvelle ambassade du concile. Cet événement était inattendu par suite d’un incident qui fit quelque bruit : un héraut du duc de Savoie, Piémont, avait été chargé d’un important courrier du concile, des rois de France et d’Aragon, d’autres princes encore pour annoncer la venue de la véritable ambassade conciliaire. Mais, monté en Crète sur une galère frétée par la première ambassade, où se trouvait l’archevêque de Tarentaise, il fut arrêté, dépouillé de son courrier, mis à la torture, jeté à la mer ou simplement renvoyé à Venise. Ainsi l’Empereur n’avait pas été prévenu. Condolmario, sans doute André, capitaine des galères pontificales, voulait aller au-devant des nouveaux venus et leur livrer combat tandis que l’archevêque de Tarentaise s’apprêtait à fulminer contre eux toutes les peines ecclésiastiques. Il 243fallut que l’Empereur intervînt à deux reprises pour empêcher cette lutte sacrilège ; il désigna lui-même le mouillage des galères de Nicod de Menthon, pour éviter un conflit avec les galères pontificales134.

Le 4 octobre, l’ambassade du concile entra dans le port bannières déployées, en magnifique arroi, au son des trompettes. Les habitants de Péra, rassemblés sur les murs, adressaient des saluts joyeux. Les évêques de Digne, de Porto et de Coron avaient envoyé des gens de leur suite, qui accompagnèrent les ambassadeurs du concile jusqu’à leur demeure. Voici donc deux ambassades en présence pour préparer l’union. Il était vraiment difficile de montrer plus clairement la désunion de l’Église latine. L’ambassade pontificale, qui se prétendait aussi l’ambassade du concile, offrait une ville d’Italie, Florence ou Udine ; les ambassadeurs de la majorité du concile venaient inviter l’Empereur à exécuter de soi-disant conventions conclues à Bâle, où il n’avait été question que de Bâle, de Vienne et de Bude, auxquels le concile de son chef avait substitué Avignon ; il avait été aussi question de la Savoie mais les Grecs déclaraient qu’il ne s’était agi que des domaines du duc de Savoie du côté du Piémont. Les uns contestaient les pouvoirs des autres de part et d’autre, on affirmait représenter le concile mais les premiers venus, agréés par le pape, se prévalaient d’une double autorité. Pendant un mois, il y eut des discussions sur ces points, et ces discussions étaient d’autant plus difficiles que les Grecs devaient être fort bien informés du conflit aigu entre le concile de Bâle et Eugène IV et qu’ils trouvaient singulier que les ambassadeurs d’une église aussi divisée en elle-même vinssent les inviter à l’union avec une telle insistance.

Il n’est pas nécessaire de suivre dans le détail les pourparlers de l’ambassade du concile. Seule la rivalité des deux ambassades importe ici. Après une première entrevue de forme et des visites protocolaires, le 6 octobre, les ambassadeurs du concile furent admis devant l’Empereur ; l’évêque de Lausanne dut renoncer à prononcer la belle harangue qu’il avait préparée135, car Jean Paléologue ne comprenait 244pas le latin. Il affirma du moins que lui et ses compagnons étaient les seuls représentants du concile et qu’ils venaient poursuivre l’exécution des conventions déjà conclues, c’est-à-dire notifier le choix d’Avignon ou de la Savoie. Personne ne viendrait à Florence. Les évêques de Digne, de Porto, Nicolas de Cues n’étaient que des faussaires ; les bulles qu’ils apportaient en donnaient la preuve. D’ailleurs, disaient-ils, le pape avait donné son consentement, comme le prouvait une bulle originale. Ils avaient, en effet, les mains pleines de documents qu’ils voulaient exhiber à tout propos, dix-huit sauf-conduits de rois, de princes et de villes pour assurer la venue de l’Empereur, une bulle d’or et vingt-huit bulles missives du concile, trois lettres du roi de France, deux lettres du duc de Savoie, trois bulles de l’Empereur lui-même et du patriarche, dix-neuf bulles communes, huit cédules de papier et d’autres documents encore. L’Empereur déclara qu’il était certes très au courant de l’affaire, mais qu’il voulait préparer sa réponse, et il les renvoya à un autre jour.

Cependant, d’ambassade à ambassade, on échangeait d’abord quelques politesses. La première ambassade avait envoyé des nuncii à l’arrivée de la seconde ; celle-ci rendit la politesse dès le 6 octobre. Mais les dispositions réciproques étaient mauvaises. Pierre de Versailles, dans son récit, attribue aux adversaires des propos violents dont on ne trouve pas trace dans le rapport de l’évêque de Lausanne. D’après lui, les ambassadeurs du concile auraient déclaré que la situation du pape était compromise, qu’il serait déposé par le concile avant que les Grecs n’aient pu arriver, qu’il n’avait pas le pouvoir de convoquer un concile œcuménique en Italie, que les envoyés du pape n’étaient que des prévaricateurs. Si les Grecs ne viennent pas à Avignon, il ne sera donné aucun subside, aucun secours à l’Empereur ; tous les princes d’Occident deviendront ses ennemis. Si Avignon est accepté, il aura de gros secours, une véritable armée ; ce sera la croisade contre les Turcs avec toute sorte d’indulgences. L’évêque de Digne, dans son récit, forçait peut-être la note. Il paraît bien cependant que les ambassadeurs du concile durent mêler les menaces aux promesses et parler avec plus de force que d’adresse.

Vainement, les démarches de ces ambassadeurs se multipliaient. 245Le 7 octobre, ils furent reçus à Sainte-Sophie par le patriarche, entouré d’une centaine de dignitaires et de clercs, avec une pompe qui paraît les avoir impressionnés. Ils recommencèrent les objurgations faites à l’Empereur et qu’ils devaient répéter avec une inlassable ténacité, mais sans succès jusqu’à la fin de leur mission. Le patriarche, après beaucoup de politesses, répondit qu’il avait l’esprit troublé et inquiet, qu’il était dans une douloureuse perplexité de recevoir ainsi, d’une part, des lettres du concile et, de l’autre, des lettres du pape, qu’il en résultait une grande confusion dans sa pensée, qu’il voulait examiner avec soin les unes et les autres et qu’avant tout, avant d’arriver ad profunditatem hujus rei, il fallait traduire en grec les documents présentés. Les gens du concile promirent de présenter les originaux des documents, car ils voulaient vivre et mourir dans la justice et la vérité. Mais ils comprirent que le patriarche ne voulait pas s’avancer davantage, sed negotium sic obdormire dimisit. Il leur avait déclaré d’ailleurs ce qu’on devait leur répéter à satiété, c’est que les Latins devaient commencer par rétablir la paix entre eux. Pierre de Versailles était tenu au courant de ce qui était dit entre les ambassadeurs du concile, l’Empereur et le patriarche.

Le 8 octobre, nouvelle audience de l’Empereur dans un jardin de la banlieue, sans doute pour ne pas donner trop de publicité à ces pourparlers. En vain, les ambassadeurs du concile répétaient qu’eux seuls représentaient le concile, que les Grecs avaient pris des engagements, qu’il fallait se hâter. L’Empereur répondit que le concile avait trop tardé à faire exécuter les engagements pris à Bâle dès le 11 septembre 1434, qui ainsi se trouvaient périmés. Surtout, il ne cessait de redire qu’il fallait rétablir la concorde, que les deux ambassades n’avaient qu’à se mettre d’accord. Le colloque dura longtemps. Les ambassadeurs du concile étaient dans un extrême embarras ; ils n’avaient pas de pouvoir pour terminer le conflit entre Latins. Les négociations furent poursuivies jusqu’au 15 octobre avec les délégués de l’Empereur, le patriarche, l’Empereur lui-même, sans aboutir, chacun restant sur ses positions, mais sur un ton qui devenait de plus en plus aigre. L’évêque de Lausanne, d’après son propre récit, et l’évêque de Viseu dirent bien des paroles malheureuses. 246Et puis il y avait une question d’argent. Dès 1434, le concile de Bâle avait promis que l’Église d’Occident prendrait à sa charge 8,000 ducats pour réunir à Constantinople les prélats d’Orient, l’équipement de quatre galères, dont deux grosses, pour amener l’Empereur, 15,000 ducats pour l’entretien de l’Empereur et d’une suite très nombreuse, enfin pour la défense de Constantinople contre les Turcs deux galères, 300 arbalétriers et 10,000 ducats pour cet objet l’ambassade envoyée à Constantinople pour aller chercher l’Empereur devait amener quatre galères et apporter les 15,000 ducats136. Lorsqu’il avait envoyé ses deux légats avec Pierre de Versailles et ses compagnons, Eugène IV avait pris à son compte les promesses du concile. La première ambassade avait sans doute répandu beaucoup d’argent dans la cour impériale. La seconde ambassade fit sonner bien haut qu’elle apportait 20,000 florins ; elle distribua elle aussi de l’argent dans la cour impériale. L’Empereur dut en recevoir sa bonne part. Au conflit s’ajoutait ainsi une déplorable concurrence.

Pour sortir de toutes ces difficultés, le 15 octobre les délégués de l’Empereur firent aux gens du concile une triple proposition : l’Empereur ne pouvait considérer séparément le pape et le Concile, c’est avec l’un et l’autre qu’il voulait traiter ; il était donc nécessaire qu’avant le départ la concorde fût rétablie entre les deux ambassades ; enfin, si l’accord ne se faisait pas, il s’embarquerait avec les deux parties jusqu’à un port, Venise ou Gaëte, où l’on pourrait faire la paix, sinon chacun s’en irait de son côté, là où il voudrait. Les envoyés du concile discutèrent, répétèrent leurs arguments, dirent que, si satisfaction ne leur était pas donnée, ils n’avaient qu’à s’en aller. Pendant ces pénibles et vaines négociations, Pierre de Versailles et ses collègues avaient bien travaillé : ils avaient conféré non en public, mais confidentiellement, ne fieret scandalum ecclesiæ nostræ, sed per privatas allocutiones. Après avoir amplement réfuté les arguments de leurs adversaires, ils avaient enfin persuadé l’Empereur et ses conseillers d’accepter leurs propositions. Sans doute le 16 octobre, Jean VIII les fit appeler et leur dit satis publice qu’il viendrait avec les galères du pape. C’était un 247grand succès. Toutefois, l’Empereur ne perdait pas tout espoir de conciliation le même jour, il faisait encore proposer aux ambassadeurs du concile de l’accompagner avec leurs galères infra gulphum Venetianum ou même de monter sur sa propre galère. Le 17 octobre eut lieu la dernière entrevue : le refus des gens du concile fut aussi formel ; de plus, ils se plaignirent amèrement des mauvais traitements, de la mort même du héraut Piémont et ils réclamèrent l’argent qu’ils avaient déjà remis à l’Empereur ; l’entretien fut assez vif, puis on se sépara définitivement. Quant au patriarche, il ne voulut point les recevoir. Le 21 octobre, ils se transportèrent avec leurs galères et leurs objets précieux devant Péra137. Il y eut encore pendant quinze jours de vaines démarches. Enfin, l’ambassade du concile mit à la voile dans la nuit du 2 au 3 novembre. Son retour fut long et mouvementé. Ce n’est que le 16 décembre 1437 que l’évêque de Lausanne débarqua à Nice.

La place était libre pour Pierre de Versailles et son ambassade. Ils ne quittèrent Constantinople avec l’Empereur que le 25 novembre 1437. L’évêque de Digne est très réservé dans son rapport ; il ne se plaît pas, comme l’évêque de Lausanne, à énumérer à la fin de son récit les honneurs faits à l’ambassade du concile tout le long de la route, les bons repas et les bons vins, et en particulier à Constantinople les outres de vin, les moutons, les poulets, les perdrix, les lièvres, le cerf avec ses cornes offerts par l’Empereur et le patriarche. Mais Syropoulos s’étend sur les préparatifs qui précédèrent le départ, sur le peu d’empressement des évêques d’Orient à entreprendre un si lointain voyage, sur l’argent dépensé, sur l’enlèvement et le transport sur les galères des objets sacrés les plus précieux et les plus vénérables. Le voyage même a été raconté longuement par Syropoulos dont le récit est très curieux et très vivant et mériterait une étude spéciale138, plus brièvement, d’autre part, par Pierre de Versailles à la fin de son rapport. Il y eut au moment de lever l’ancre un tremblement 248de terre. Puis, le vent étant devenu favorable, on put traverser heureusement les parages fréquentés par les Turcs. Mais surtout Versailles comprit alors une des raisons pour lesquelles l’Empereur et le patriarche n’avaient pas voulu traverser la mer Tyrrhénienne et pousser jusqu’à Avignon :

Le patriarche, (dit-il), et d’autres personnages âgés, quelquefois même l’Empereur, à moins qu’on ne relâchât dans un port, ne pouvaient ni manger, ni boire, ni dormir.

Si on n’avait pas navigué entre les îles, jamais ils n’auraient pu supporter le voyage. L’évêque de Digne donne ces détails avec une nuance d’ironie qui montre qu’il avait le pied marin. Il avait avec son ambassade remporté un grand succès pour le pape. L’ambassade et les Grecs débarquèrent à Venise le 8 février 1438. Le 1er mars 1438, Pierre de Versailles fit son rapport au pape à Ferrare dans la grande chapelle du palais apostolique en présence du marquis d’Este et des ambassadeurs de Venise et de Florence. Eugène IV lui témoigna sa reconnaissance en lui accordant un don de 200 ducats139.

V
1438-1440

  • Concile de Ferrare (1438) ;
  • Acte d’Union des Églises (1439) ;
  • Pragmatique Sanction (1438) ;
  • Évêque de Meaux (1439) ;
  • Ambassade pontificale à Bourges (1440).

Il faut abandonner l’empereur Jean Paléologue et son cortège, auxquels Venise fit une réception magnifique. Pierre de Versailles fut aussitôt occupé d’autres affaires140. Des faits graves s’étaient passés pendant son ambassade. Le 1er octobre 1437, le concile de Bâle avait déclaré Eugène IV contumace. Quelques jours auparavant (18 septembre), le pape avait promulgué la bulle Doctoris gentium, qui transférait le concile à Ferrare. Ainsi, au moment où les Grecs allaient venir traiter de l’union, le schisme se préparait dans l’Église latine. C’est vers le pape et son concile qu’ils s’étaient tournés : Jean Paléologue arrivait à Ferrare le 4 mars 1438. Mais, pendant que le concile pontifical se constituait péniblement, Pierre de Versailles, qui avait alors 249toute la confiance du pape, était chargé d’une nouvelle ambassade cette fois auprès du roi de France.

Charles VII venait de donner gain de cause au concile de Bâle dans une déclaration faite personnellement à Tours le 23 janvier 1438. Cependant, en raison des mesures violentes prises à Bâle contre le pape, il se mit à hésiter, à rechercher une conciliation difficile. Pour la préparer et apaiser sa conscience, il réunit une assemblée du clergé du royaume, qui, convoquée le 1er mai, ne s’ouvrit que le 5 juin. Le pape y envoya une ambassade : elle était composée de Pierre de Versailles, de l’archevêque de Crète, Fantino de Valaresso, de l’évêque de Grenade, Gonzalve de Valbuena, en tout de onze évêques et d’un docteur en théologie de l’Université de Paris que l’on retrouvera bientôt, Robert Ciboule141. Entre les deux étrangers qui la dirigeaient, Pierre de Versailles en fut le véritable chef142. Le 5 juin, à l’ouverture de l’assemblée, devant le roi, l’archevêque de Crète prononça une harangue en latin puis Pierre de Versailles prit la parole en français. Nous n’avons pas le texte de son discours mais on peut en déterminer le fond d’après un compte-rendu de l’assemblée qui a une allure officielle, d’après les renseignements envoyés au concile de Bâle et enfin par une note insérée dans les œuvres de Nicolas de Clamanges143. Le ton dut être assez vif, puisqu’un des membres de l’ambassade du concile écrivait au cardinal Aleman que l’évêque de Digne avait parlé injurieusement de l’assemblée de Bâle, multum inhoneste locutus fuit144. Ce que demandait Pierre de Versailles, c’est que le roi reconnût le concile de Ferrare145 comme universel, que le roi envoyât des ambassadeurs à ce concile et au pape, comme fils d’obédience, que toute liberté fût laissée au clergé du royaume pour aller à Ferrare, que tous les Français fussent 250invités à quitter Bâle, que la suspension prononcée contre Eugène IV ne fût pas acceptée en France146. L’évêque de Digne aurait de plus demandé la convocation des Trois États du royaume147. Le lendemain, mais sans la présence du roi, Thomas de Courcelles, au nom du concile, répondit pendant deux heures à l’évêque de Digne. Ce n’était pas une réponse directe, puisque seule l’ambassade du pape avait été convoquée à la séance de la veille, sans doute pour éviter une altercation ; car les ambassadeurs du pape qui avaient siégé à Bâle étaient considérés par ceux du concile comme des parjures et on ne se privait pas de le dire148. Les deux ambassades ne prirent pas part aux délibérations de l’assemblée qui eurent lieu, les parties retraites tant d’un coté comme de l’autre149. Mais elles ne se privèrent pas d’intriguer. Une lettre au cardinal Aleman reproche aux envoyés du pape d’avoir essayé de toutes les formes de corruption, etiam cum promissionibus beneficiorum et pecuniarum150. Les décisions de l’assemblée furent favorables aux réformes des conciles de Constance et de Bâle, et ce sont elles qui firent l’objet, le 7 juillet 1438, de la Pragmatique Sanction. À cet égard, c’était un échec pour la mission de Pierre de Versailles, qui, frustrato desiderio, en marqua peut-être quelque humeur auprès des princes présents à Bourges en cherchant à les persuader que le pape était comme les princes séculiers à l’égard de leurs sujets et ne pouvait être soumis à l’autorité du clergé assemblé151.

L’année 1439 fut marquée surtout par deux événements : le 25 juin, Eugène IV fut déposé par ce qui restait du concile de Bâle ; — le concile de Ferrare ayant été transféré à Florence, le 5 juillet fut publié le décret d’union entre les Grecs et les Latins, ce qui parut alors un véritable triomphe pour la papauté. Pierre de Versailles dut assister au moins au concile de Florence ; on n’a aucun renseignement précis sur 251le rôle qu’il put y jouer. On constate seulement qu’il signa le 21e l’acte d’union152.

Dans le courant même de l’année 1439, un changement important se produisit, qui modifia profondément la dernière partie de la vie de Pierre de Versailles. L’évêché de Digne était bien lointain, bien pauvre pour le personnage qu’il était devenu. Les circonstances le mettaient désormais en rapports plus fréquents et d’une portée diplomatique plus grande avec le roi de France qu’avec le roi René. Or, depuis le 13 avril 1436, Charles VII était maître de Paris. La ville et le marché fortifié de Meaux étaient restés aux mains des Anglais. L’évêque, Pasquier de Vaux, était tout dévoué au roi d’Angleterre153 ; il abandonna sa ville épiscopale, quand il la vit menacée. Le 12 août et le 15 septembre 1439, les Français s’emparaient de la ville et du marché. Il est probable que déjà le roi et le pape s’étaient entendus pour donner à Pasquier de Vaux un successeur qui fût agréable à l’un et à l’autre. Le 25 septembre 1439, Pierre de Versailles était transféré du siège de Digne à celui de Meaux154. Le diocèse était plus important ; Meaux était en plein domaine royal, aux portes de Paris, près de l’Université. Mais ce diocèse avait beaucoup souffert de la guerre étrangère et de la guerre civile, et la plupart des édifices religieux étaient en ruines155 ; le nouvel évêque avait dépassé la soixantaine et les affaires générales de l’Église l’occupaient encore.

C’est de nouveau comme ambassadeur du pape que Pierre de Versailles apparaît à l’assemblée du clergé de France à Bourges en 1440. Le roi de France ne pouvait souscrire aux mesures violentes prises à Bâle contre Eugène IV. D’autre part, dans le clergé du royaume, bien des personnages notables et aussi l’Université de Paris restaient attachés aux décrets de Bâle. Afin de sortir d’embarras et de se faire appuyer dans sa politique plus favorable à Eugène IV, Charles VII convoqua une nouvelle assemblée du clergé à Bourges pour 252le 20 novembre 1439. Le pape y envoya sans retard une ambassade : Pierre de Versailles en fit encore partie mais les personnages les plus considérables étaient plutôt Jean de Torquemada, qui fut fait alors cardinal, et Barthélemy Zabarella, archevêque de Florence156. Il leur fallut attendre, non sans impatience du pape, que le roi de France pût venir à Bourges, c’est-à-dire pendant neuf mois. Dans cet intervalle, les ambassadeurs purent être reçus par Charles VII à Angers ; d’après Thomas de Courcelles, ils lui auraient présenté une proposition contre le concile de Bâle et ses erreurs hérétiques, ut fugaret errores istos ab aula regia157. Enfin, le 28 août, le roi, en ouvrant l’assemblée, donna audience à l’ambassade pontificale et entendit deux discours, l’un en français de Pierre de Versailles, l’autre en latin du chevalier vénitien Capodilista. Ces deux discours ne nous ont pas été conservés mais Noël Valois en a reconstitué les éléments principaux grâce à un résumé de Jean de Ségovie et à la réponse, d’ailleurs remarquable et qui dura deux heures, de Thomas de Courcelles, député du concile de Bâle158. De la constitution monarchique de l’Église fondée sur de nombreux textes,

ils déduisaient l’obligation égale pour les individus et pour les collectivités d’obéir au souverain pontife, le droit des papes de transférer ou de dissoudre les conciles, l’incompétence de tout tribunal qui prétendait juger un pape unique, incontesté et exempt d’hérésie. On traitait Eugène IV de schismatique et d’hérétique ; ils renvoyèrent ces reproches aux auteurs du nouveau schisme, à ceux qui entendaient révolutionner l’Église, imposer leur autorité, faire du souverain pontife une espèce de bedeau. Avec ces belles doctrines, plus de paix possible dans l’Église, plus même de sécurité dans l’État… Mais, objectait-on, l’Église est infaillible. Soit. S’ensuit-il que ses représentants jouissent de la même prérogative ?… On reprochait certains abus à l’administration pontificale mais était-il sûr qu’Eugène IV dût en être responsable ? Il se commet des 253fautes que les souverains ignorent… Les prétendus crimes d’Eugène ? Il n’en avait pas conscience. En somme, sa vertu pouvait soutenir avantageusement la comparaison avec celle de n’importe quel de ses accusateurs.

Comme pour la précédente assemblée de Bourges, Pierre de Versailles apparaît au premier jour et son action personnelle par la suite reste inconnue. Du moins, l’ambassade pontificale fut-elle en grande partie satisfaite, puisque Charles VII déclara qu’il persistait dans l’obédience d’Eugène IV. Pour l’avenir, il se déclarait prêt à accepter toute solution qui serait absolument démontrée après délibération dans un concile général. C’était l’idée de son confesseur Gérard Machet et sans doute de Robert Ciboule, et on verra bientôt Pierre de Versailles la développer au nom du roi devant le pape.

VI
1441-1444

  • Correspondance avec Gérard Machet, confesseur de Charles VII ;
  • Ambassade royale auprès d’Eugène IV pour un concile en France (1441-1442).

Ce fut la dernière mission pontificale de l’évêque de Meaux.

C’est, d’autre part, vers ce temps que nous rencontrons une nouvelle source très digne d’attention, la correspondance de Pierre de Versailles et de Gérard Machet, son contemporain, maître en théologie et confesseur du roi ; il ne nous reste d’ailleurs que des lettres de Gérard Machet. Dix lettres seulement de celui-ci figurent dans le manuscrit latin n° 8577 de la Bibliothèque nationale159. Ce n’est évidemment qu’un extrait des lettres échangées ; le ton même de Machet permet de supposer que cette correspondance affectueuse, confiante, où apparaissent sous forme d’allusion les principaux faits de l’histoire ecclésiastique de ce temps, a eu une longue durée. Pierre de Versailles avait notamment fréquenté Gérard Machet à l’Université de Paris, au Concile de la foi de 1413-1414, auprès du roi entre 1418 et 1432. Il est vrai que des opinions opposées sur le concile de Bâle, l’attachement de l’évêque de Digne à la monarchie 254pontificale, certaines questions de personne, enfin le caractère entier de Versailles auraient pu influer sur le ton ou la fréquence de leurs relations épistolaires. Mais leur amitié ne paraît pas en avoir été altérée et Pierre de Versailles dut avoir avec Gérard Machet des rapports encore plus suivis après son transfert au siège de Meaux, par suite de la plus grande facilité des rencontres. Le style des lettres de Gérard Machet, d’un latin médiocrement correct, mais assez recherché, n’est pas toujours clair. Machet, d’ailleurs, est un esprit prudent, comme il convient au confesseur du roi qui enveloppe volontiers sa pensée et use souvent d’une brièveté énigmatique. Dans les relations personnelles des deux amis, ce qui frappe le plus, c’est le respect et l’affection que Machet témoigne à l’évêque de Meaux. Il l’appelle amantissimus dominus, pater valde desiderabilis, singulari affectu recolendus ; il qualifie son affection de zelantissima caritas ; il parle de la suavitatem omnem amoris. Il ne désire rien tant que le voir et l’entendre, pour devenir plus savant, quo pacto doctior redirem post datas reditasque vivas voces. Il insiste sur son amour

enraciné et affermi par le lien d’une sincère affection qui a grandi avec les années, s’est développée dans un commerce fraternel et a duré jusqu’à présent entière et inébranlable, si bien que ni la distance, ni la diversité des opinions n’a pu changer ou relâcher ce lien. Si je vous contristais, qui me consolerait ? Qui me rendrait quelque joie160 ?

Et ce début de la dixième lettre :

Tandis que j’étais assoupi et engourdi dans l’oisiveté, votre lettre est venue me réveiller comme un son harmonieux, plus douce que le miel et ses rayons, plus suave que le chant du rossignol, plus gracieuse pour mon cœur que les accords de la lyre161.

La première des lettres de Gérard Machet à Pierre de Versailles se rapporte sans doute à l’année 1440, comme l’indiquent les doléances de Machet sur la division qui, à partir de février 1440, troubla l’abbaye de Saint-Denis à la suite de la double élection abbatiale, en mars 1440, de Jean Courtois et de Philippe de Gamaches, division qui devait durer trois années162. C’est pour le confesseur du roi l’occasion de 255multiplier ces exclamations dont il était coutumier :

O dies, o mores, o tempora, o bone Jesus, quem finem das !

et de se plaindre aussi de son âge et de ses infirmités. La lettre suivante est de très peu postérieure. Machet était venu à Paris sur l’ordre du roi, pour le service de la Chapelle royale. Mais il est revenu à Saint-Denis où il se lamente de nouveau sur le malheur des temps. Dans la lettre précédente, il avait beaucoup insisté pour revoir l’évêque de Meaux ; mais il sait maintenant combien sont impérieux les devoirs qui retiennent son ami dans son diocèse ; il comprend qu’il lui faut se consacrer à la prédication, afin, dit-il d’une façon expressive, que le peuple saporem anglicanum rejiciat, et il cite ces paroles du prophète :

Et requievit in frecibus suis.

Et il ajoute, pour mieux marquer encore les traces fâcheuses laissées par les ennemis : :

Idcirco permansit gustus ejus in eo, et odor ejus non est immutatus163.

La fin de la lettre donne un détail curieux, mais difficile à préciser le roi a chargé Gérard Machet et Pierre de Versailles d’examiner à Saint-Denis, où Machet séjournait alors, la collection des chroniques. Machet prendra soin de le notifier à celui qui est chargé de faire le nécessaire164. Il est probable qu’il s’agit ici des travaux préparatoires à la chronique latine de Jean Chartier pour le règne de Charles VII dont il nous reste un fragment et qui devait prendre place dans la série des chroniques latines officielles. Jean Chartier, sous le contrôle de Machet et de Versailles, fut chargé des recherches nécessaires. Le roi, en effet, avait donné à Chartier la charge d’historiographe, pour laquelle il prêta serment le 18 novembre 1437165.

Une affaire fort délicate apparaît dans les lettres suivantes. C’est la promotion d’un nouvel évêque à Luçon. Le chapitre s’était partagé entre deux candidats166. L’un d’eux était Pierre de Clairvaux, abbé de Saint-Maixent. Gérard Machet avise Pierre de Versailles, sans doute alors en mission près du pape à Florence, que le roi a écrit à Eugène IV pour 256lui recommander spécialement l’abbé de Saint-Maixent, son conseiller, et demande à son ami de seconder ce désir du roi167. Or, le pape, sans en tenir compte, nomma à l’évêché de Luçon Nicolas Cœur, frère de l’argentier du roi, chanoine de la chapelle du Palais de Bourges, procureur de Charles VII en cour de Rome, qui partageait les idées de Pierre de Versailles sur le pouvoir pontifical. Cette nomination rencontrait une certaine opposition auprès du roi. Dans ce conflit, qui pouvait devenir aigu, Gérard Machet s’en fiait à la prudence de l’évêque de Meaux,sapiens estis, nolo docere Minervam168. La mort de l’abbé de Saint-Maixent apporta une solution opportune, car le concile de Bâle s’était saisi de la question et avait nommé l’abbé169. Il semble que Pierre de Versailles, sans se compromettre, tout en observant la prudence que lui recommandait son correspondant, était plutôt favorable à l’élu du pape.

À la fin de 1441, l’évêque de Meaux fut encore chargé d’une importante mission, mais cette fois par Charles VII. Lui le partisan résolu de l’autorité pontificale contre le concile de Bâle, il allait auprès d’Eugène IV plaider la cause d’un nouveau concile général, cette fois à Avignon ou dans le royaume même de France. À vrai dire, il semble que ce fut là une idée de Gérard Machet bien plutôt que de Pierre de Versailles lui-même170. Le 16 décembre, l’ambassade royale, qui comprenait outre l’évêque de Meaux, l’évêque d’Avignon et un maître bien connu de l’Université de Paris, Robert Ciboule, après être passée à Bologne, était reçue à Florence par le pape171.

Nous avons le discours prononcé ce jour-là par Pierre de Versailles, chef de la mission172. Ce discours est fort curieux. Le roi très chrétien adresse sa clameur au pape, parce qu’il a horreur de la division de l’Église, du gouffre infernal, tartaream voraginem, du schisme actuel. L’orateur prend pour texte : Princeps noster esto, ruina 257autem hæc non manu tua. [probablement sub manu tua : Tu seras notre chef, ce pays en ruines, gouverne-le ! (Isaïe 3,7)] Il proclame le principe monarchique de l’Église, tuum principatum monarchicum esse a Deo. Nous reconnaissons et professons la légitimité de ton pouvoir. Le pape est plein de prudence, circumspectus ad pericula, meticulosus, id est non temere confidens, et in casu periculi strenuus sollicitusque omnia remedia tractans. Ces compliments devaient faire passer la suite. L’évêque de Meaux s’efforce de montrer la différence qu’il y a entre le pouvoir laïque et le pouvoir ecclésiastique. Le mal vient de deux prétentions extrêmes : ceux qui veulent gouverner comme les princes de la terre, sola voluntatis libidine, — et ceux qui, pour résister aux abus du pouvoir absolu, veulent supprimer le pouvoir lui-même, en arrivent à cette aberration de refuser au rang suprême un pouvoir unique et placent l’autorité dans la multitude qui tout de suite se divise173. Ainsi est détruite la monarchie, l’unité au profit de la démocratie ou de l’aristocratie, ainsi naît le schisme. Dans sa tristesse, le roi très chrétien croit qu’il faut supprimer les deux extrêmes, et pour cela il faut un concile général. Le concile de Bâle représente un des extrêmes. Le concile de Florence, au contraire, a fait briller la vérité ; mais il n’a rien fait pour régler l’usage du pouvoir ; aussi paraît-il à beaucoup n’avoir rien fait pour réduire l’autre extrême et l’a même rendu plus aigu. Or, pour dire la vérité au pouvoir et en régler l’usage, il faut un concile et cela en France, in aliquo loco nationis Gallicanæ qui concilium nondum habuit. On dira pourquoi un nouveau concile ? La cour romaine et son chef ne suffisent-ils pas ? Pourquoi convoquer la multitude et lui faire discuter le pouvoir ? Il est certain que le pouvoir monarchique est odieux à la multitude. Mais c’est que l’on confond le pouvoir temporel avec le pouvoir spirituel. Pour réparer le mal et supprimer les deux extrêmes, l’autorité du pape est insuffisante à elle seule. Au reste, les vertus ne sont pas égales chez tous les pontifes. L’autorité de la curie romaine est diminuée, diminuta, ne dicam deperdita174. Ses décisions 258ne sont pas respectées. Le secours d’un concile est nécessaire, d’un bon concile, sans tumulte, composé de gens mûrs et sages, rien de semblable à ceux de Bâle. On dira bien que dans toute multitude il y a danger. Il n’y en a pas, si elle est disciplinée, refrénée par les lois divines, si elle considère la monarchie comme une délégation du Tout-Puissant et la vénère. Il n’y a donc rien à craindre. Ce qu’il faudrait craindre surtout, c’est le refus du pape ; il faut éviter la dureté, l’ignorance, l’inertie ou le mépris, qui causent la dispersion du troupeau : Ô Père très saint, que soit loin de toi une telle dureté, loin de notre temps un tel orage qui annoncerait la venue de l’Antéchrist ! Le moyen d’arracher le schisme, c’est le concile. Plût à Dieu qu’il y eût un autre remède ! Si par ton bâton de roseau, par tes censures et fulminations, tu penses réprimer les schismatiques, c’est bien vain, car les sentences ne valent pas plus quam si feram inhumanissimam baculo domare tentares [plus que si tu essayais de dompter la bête la plus inhumaine avec un bâton]. Tout cela est dit en public, pour qu’on connaisse le sentiment du roi. Le roi aime le pape, parle de lui avec éloges, n’en laisse pas dire de mal. Il faut réparer les ruines de l’Occident après celles de l’Orient. Ce discours serait assez surprenant dans la bouche de Pierre de Versailles, si l’on ne pensait qu’il lui avait été imposé comme l’objet même de sa mission : s’il avait ainsi atténué son zèle pontifical, s’il réclamait un frein à l’omnipotence du pape, un remède aux abus de la curie, c’est que le roi et Gérard Machet n’avaient pas pensé trouver avocat de plus de crédit pour persuader Eugène IV, qui avait tant souffert du concile de Bâle et ne devait rien tant redouter que de réunir un nouveau concile, aussi lointain.

L’ambassade avec un tel programme avait peu de chance de convertir Eugène IV, alors qu’il projetait de transférer au Latran sous ses yeux le concile de Florence, son concile, qui était de tout repos. Cependant, par déférence pour le roi de France, il ne voulut pas repousser la proposition qui lui était présentée sans une délibération décente ; il désigna trois cardinaux, Cesarini, Torquemada et son confident, l’ancien évêque d’Amiens et de Thérouanne, Jean Le Jeune, pour conférer avec les ambassadeurs. Le compte-rendu de la conférence a été conservé mais rien n’y est attribué proprement 259à Pierre de Versailles175. Les Français produisaient en faveur d’un nouveau concile quinze arguments, dont plusieurs étaient fort désobligeants pour Eugène IV. À ces quinze arguments, les trois cardinaux en opposèrent vingt-sept, auxquels répliquèrent les ambassadeurs. Celui qui dut conduire la discussion du côté français fut très probablement non pas l’évêque de Meaux lui-même, mais le normand Robert Ciboule, maître en théologie, ancien recteur de l’Université de Paris, plus jeune au moins d’une dizaine d’années que Pierre de Versailles, qui avait fait une rapide fortune dans l’Université et avait la confiance du roi176. Il devait être hardi et entreprenant : dans la défense des privilèges de la Nation normande contre la nouvelle Université de Caen, il est dit athleta ac pugil intrepidus177. Son opinion était adroitement intermédiaire : il restait en relation avec les chefs de l’assemblée de Bâle, notamment avec Louis Aleman ; il était déjà venu, d’autre part, deux fois en mission pour l’Université et pour le roi auprès d’Eugène IV, pour lequel il se montre assez ironique dans sa correspondance178.

Une lettre de Gérard Machet paraît bien avoir été adressée à l’évêque de Meaux pendant son séjour à Rome. Il lui parle d’une dignité dont il l’a déjà entretenu ; il a confié l’affaire à la prudence et à la discrétion de son ami. D’ailleurs, le procureur du roi en cour de Rome a des relations amicales avec lui. Il s’agit sans doute, comme l’on voit dans une des lettres suivantes, d’un projet de promotion de Machet à l’archevêché de Tours, dont il ne voulait à aucun prix179. Robert Ciboule était rentré à Paris le 4 mai 1442. Dans le même temps, Versailles revint par Lyon, où il dut s’arrêter ; de là, il écrivit à Gérard Machet180. Malgré les périls de la 260route, il rentra sain et sauf dans sa ville épiscopale mais, fort fatigué, il ne put aller rendre compte de sa mission au roi, qui accepta ses excuses181. Au reste, Eugène IV n’avait pas donné aux ambassadeurs une réponse précise et définitive : ils avaient bien rapporté une lettre fort élogieuse du pape pour Charles VII et une lettre du cardinal Bessarion. Mais un nonce spécial, Pietro dal Monte, devait apporter un refus formel, bien qu’entouré d’un certain apparat. Dans les instructions très détaillées données en mai 1442 aux nonces Pietro dal Monte et Thomas Narducci, le pape leur recommande d’entrer en rapport avec les personnages les plus influents, comme le chancelier Regnault de Chartres, l’archevêque de Vienne, le médecin du roi, Gérard Machet ; il ne parle pas de Pierre de Versailles182. Ce n’est pas que celui-ci se désintéressât dès lors des grandes affaires ecclésiastiques. Une lettre que lui adresse, sans doute en juin 1442, Gérard Machet est curieuse à cet égard183. Gérard Machet reconnaît qu’il espérait un meilleur résultat de la mission de l’évêque de Meaux. Cependant, celui-ci y a acquis une plus grande expérience encore des affaires de l’Église. Tout va bien mal ; de là de nouvelles interjections. Il rappelle les lettres gracieuses du pape, du cardinal grec (Bessarion) que le roi a reçues avec grand plaisir. Mais le remède nécessaire n’est pas encore venu. On attend et on espère la légation du cardinal Le Jeune. Il est vrai que l’évêque de Meaux compare le pape à un homme qui aurait absorbé un remède trop désagréable et qui, désormais, se défierait de tous les médecins et détesterait tous les remèdes. Aux autres tristesses s’ajoute le regret de ne pas voir réglée l’affaire de Loudun, puis la mort de Jean Morin, qui était un maître illustre de l’Université de Paris184. Les dernières phrases parlent non sans obscurité de la chancellerie de l’Université de Paris à propos d’une affaire dont il sera question plus loin. Le roi, ajoute Machet, pour ne pas laisser grandir cette peste quam non nomino [que je ne nomme pas], s’en tient 261fermement à sa Pragmatique Sanction. Mais quelle est cette peste ?

La lettre suivante, sans doute de la fin de juin, n’est pas moins curieuse ni moins obscure185. Ce que Machet avait dit de la Pragmatique Sanction avait piqué l’évêque de Meaux, toujours partisan résolu de l’autorité pontificale, malgré son discours de Florence. Il y a désaccord sur ce point entre les deux amis comme sur les affaires de Bâle. Mais les divergences d’opinion ne peuvent altérer leur affection. Or, l’amour lui permettra de parler à cœur ouvert. En quoi le roi a-t-il offensé le siège apostolique ? Machet défend le roi, qui veut honorer avec des sentiments pieux et un amour filial le siège apostolique. Versailles a incriminé les deux puissances ; le seigneur jugera. Si on reproche à Machet sa rigueur, les uns et les autres rendront compte au Christ de ce qu’a dicté leur conscience. Quant à lui, sa conscience porte témoignage de son zèle pour la maison de Dieu, et c’est ce zèle qui l’a décidé à ne pas entrer dans des argumentations et des discussions comme le lui reproche l’évêque de Meaux. Puis il est question du choix de l’évêque de Luçon ; la difficulté vient de se résoudre par la mort de l’un des concurrents. Enfin, la lettre se termine par un passage assez énigmatique :

Plût à Dieu que notre très saint Seigneur (le pape) eût dirigé sur vous le regard de sa sainteté, lorsqu’il fit la collation que vous avez vue. Il eût agi honnêtement, saintement et justement en reportant la louange et la gloire (sur vous ?). Le roi l’en aurait loué, ainsi que beaucoup de gens de cœur. J’espère, mon père, que cette affaire aboutira à sa conclusion due, que bientôt sera faite justice par la volonté de notre très saint Seigneur. Veuillez donc ne pas vous indigner intérieurement, stomachari. Pardonnez-moi si je vous parle avec cette audace, alors que tout ne répond pas aux vœux de votre chère paternité.

Il paraît bien s’agir d’une promotion de l’évêque de Meaux au cardinalat. Déjà, à Bâle, on parlait de Versailles pour le chapeau de cardinal et, lors de sa mission au concile de Bâle, Angelo Traversari semblait l’avoir particulièrement signalé à l’attention 261d’Eugène IV186. L’ambition de Versailles devait être vive et impatiente, puisque Machet, se défiant du caractère de son ami, lui demande de refréner sa colère et s’efforce de lui dire que tout n’est pas perdu187. Mais, de cette épître suggestive, on peut conclure que l’étoile de Pierre de Versailles pâlissait : le roi pouvait lui en vouloir de son hostilité contre la Pragmatique Sanction et le pape, sans doute, ne lui pardonnait pas son ambassade et son discours de Florence. De plus, il avait été gravement malade188. Ainsi s’explique le demi-effacement des dernières années.

Encore en 1444 on le voit s’occuper des affaires générales de l’Église de France. Le nonce Pietro dal Monte, évêque de Brescia, au cours d’un long séjour en France, négociait un concordat entre le roi de France et le pape. Les négociations étaient assez avancées pour que Charles VII convoquât une assemblée du clergé au 1er mai 1444 à Bourges. Elle ne s’ouvrit qu’en septembre. L’Université de Paris prépara les instructions qu’elle devait donner à ses délégués. Un fort parti maintenait la supériorité du concile général sur le pouvoir pontifical. Alors s’ouvrirent de grandes disputacions publiques au cloître des Bernardins, le 8 août ; elles durèrent jusqu’au 2 septembre189. Plusieurs maîtres en théologie, parmi lesquels Jean Broust, curé de Saint-Gervais, Jean Pain-et-Cher, soutinrent les opinions et décrets du concile de Bâle.

Reverend pere en Dieu, monseigneur maistre Pierre de Versailles, evesque de Meaux et docteur en theologie, (dit Jean Maupoint), maistre Robert Siboule, chanoine de Paris, maistre Robert de la Porte, augustin, maître en théologie, ce jour arguerent solemnellement et bien.

La controverse 263dura les jours suivants. Pour répondre, il fallait attendre que tous les maîtres qui voulaient intervenir aient pris la parole, et cette attente paraît avoir dépassé la patience de l’évêque de Meaux :

Le mercredi deuxieme jour de septembre, le devant dit evesque de Meaux et ses adjoins ne voulurent arguer, mais vouloit respondre, ce que ne voulurent souffrir nos devant dicts maistres respondre, disant que conclu avoit esté par nostre mere l’Université tous nos maistres de theologie qui vouldroient arguer, argueroient et ilz respondroient. Et le dit Monsieur de Meaux disoit plusieurs choses au contraire, et pour ce que ce jour ne pot estre receu à respondre, il appela à nostre mere l’Université et à tant pour ceste heure fut terminée la dicte solempnelle deputation.

C’est quelques jours après que se tint l’assemblée de Bourges, peu nombreuse d’ailleurs : l’évêque de Meaux était un des sept évêques présents. Les travaux étaient terminés le 28 septembre. Âgé, Pierre de Versailles ne dut pas y prendre une part très active. Au reste, aucun résultat précis ne fut obtenu et aucun concordat ne put être conclu entre le roi et le pape.

VII
1444-1446

  • Retrait des affaires de l’Église ;
  • Conservateur des privilèges de l’Université de Paris (1444) ;
  • Décès (11 novembre 1446).

C’en est fini pour Pierre de Versailles des affaires générales de l’Église. Les dernières lettres de Gérard Machet190 parlent de faits pour la plupart mal connus de nous191. Il ne veut plus, du reste, entrer en discussion avec son ami, ni pénétrer dans le dédale de la convocation d’un concile général, intrare silvam illam super congregacionem generalis synodi que judicio meo pernecessaria videretur. Mais les sentiments exprimés sont de plus en plus tendres les effusions se multiplient, le besoin de se voir, de s’épancher dans le sein l’un de l’autre grandit encore. Un amour leur est commun, celui de l’Université de Paris. Machet demeure dans le désert et la sécheresse d’une cour séculière, tandis que l’évêque de Meaux s’abreuve largement au fleuve du studium Parisiense du 264lait doux comme le miel de leur commune mère nourricière, mellifluo lacte nostræ almæ matris que nos aluit. Et, en effet, la vieillesse de Pierre de Versailles paraît surtout occupée de questions universitaires. Dès février 1442, pendant son séjour à Florence, le pape l’avait chargé d’enquêter sur la chancellerie de l’Université et sur les inconvénients que pouvait présenter l’exercice de cette charge par un chancelier qui n’était pas gradué en théologie192. En 1445, l’évêque de Meaux fut désigné pour régler une contestation qui s’était élevée pour la chancellerie de Sainte-Geneviève entre l’abbé, qui voulait imposer son candidat, et la Nation française, qui soutenait Philippe Langlais, maître ès arts et chanoine de Sainte-Geneviève193. Pierre de Versailles donna gain de cause à Philippe Langlais.

Arrivé à la fin de sa vie, il n’avait pas encore dépouillé toute ambition. Au mois de mars 1444, avant même que l’office fût vacant, il brigua la charge de conservateur des privilèges de l’Université de Paris. S’il était appuyé par le confesseur du roi, son ami Gérard Machet194, il avait un concurrent redoutable dans la personne de Guillaume de Hellande, neveu de l’archevêque de Reims, chancelier de France ; ce candidat, évêque élu de Beauvais, était recommandé par des lettres du roi et du Dauphin, soutenu par des conseillers du roi. Mais le chancelier de France vint à mourir le 4 avril. D’autre part, la Nation normande faisait opposition, et dans la congrégation du 1er juin 1444, aux Mathurins, les Facultés de théologie, de médecine et des arts promurent à cet office l’évêque de Meaux. Il prêta tous les serments et prit tous les engagements qu’on lui demanda195. Pierre de Versailles ne jouit de cette dernière dignité que pendant deux ans. Il mourut le 11 novembre 1446 et le lendemain fut enterré dans la cathédrale de Meaux au coin du grand autel du côté de l’Évangile196.

Conclusion

Pendant plus de trente ans, Pierre de Versailles avait été un personnage important dans l’Église. Mêlé aux événements 265les plus considérables de son temps, ayant négocié et parlé plutôt qu’administré ou écrit, il a laissé peu de traces de son activité. Maître en théologie, bien qu’il ait fait partie de la commission de la foi au concile de Bâle, il ne fut pas à proprement parler un théologien ; on ne peut lui attribuer que de courts écrits de circonstance. Il a prononcé des discours et des sermons, mais ce qui en est resté confirme le jugement d’Æneas Sylvius qu’il avait plus de feu que de véritable éloquence. Il était ampoulé, verbeux, usant plutôt de mots que de pensées personnelles, sans autre originalité que sa nature prompte à l’indignation. Il avait, en effet, un tempérament passionné, facilement emporté. Son adversaire Martin Porée et son ami Gérard Machet le représentent comme se mettant violemment en colère. De sa culture, on ne peut rien préciser : un recueil qui lui a appartenu est aujourd’hui conservé à la bibliothèque de Tours197 : il contient des extraits d’Hugues de Saint-Victor, de saint Anselme, de Cassien, de saint Bonaventure, des prières, des méditations, livre de piété qui n’apporte rien de personnel sur sa formation intellectuelle. De sa correspondance, qui dut être abondante, il ne paraît être rien resté. Les lettres que lui adressait Gérard Machet le montrent comme un personnage auquel on ne parlait qu’avec respect et déférence, dont le commerce était recherché, d’ailleurs fort attaché à ses devoirs et plutôt obstiné dans ses idées. Bien que dans plusieurs circonstances mémorables il ne semble pas avoir été très heureusement inspiré, on devait en son temps lui reconnaître une certaine habileté diplomatique, si on en juge par le nombre des missions qui lui furent confiées, et il paraît du reste avoir fort bien réussi dans son ambassade de Constantinople. Il dut être plutôt ambitieux : il eut de nombreux bénéfices, un prieuré, deux abbayes, deux évêchés, sur ses vieux jours la conservation des privilèges de l’Université de Paris. Et cependant, après avoir servi avec ardeur Eugène IV, il ne put obtenir le cardinalat. Il a été le second de Gerson, peut-être aussi à un certain moment de Jean Torquemada, et même, si l’on peut dire, de Robert Ciboule. Doit-on lui faire grand honneur d’avoir contribué à faire reconnaître par Charles VII la mission de Jeanne d’Arc ? Mais dix-huit ans auparavant il 266avait été chercher les Anglais, on a vu à quel prix, pour les faire intervenir dans la guerre civile. Après le supplice de Jeanne, qu’a-t-il fait en sa faveur ? On ne trouve rien. Sa destinée de Rome à Bâle, à Constantinople, à Florence l’avait fait plus ultramontain que gallican. Il fut, en effet et malgré ses déboires, avant tout, un partisan décidé de la monarchie pontificale dans le temps où elle était le plus discutée. Avec de telles opinions, il appartient dans le clergé de France, comme dans l’Université de Paris, à une minorité dont il fut sans doute le personnage le plus représentatif, et c’est par là qu’il peut encore le plus nous intéresser198.

Notes

  1. [1]

    Les notices du Gallia Christiana sont très brèves et sans intérêt. On peut signaler ce qu’ont dit de Pierre de Versailles : Félibien, Histoire de l’abbaye de Saint-Denis, 329 ; — Toussaint Duplessis, Histoire de l’église de Meaux, I, 290 ; — Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, III, 203 ; — de Gaucourt, Versailles, seigneurie, château et ville, 58 ; — A. Maquet, Versailles aux temps féodaux, 101 ; — Ayroles, La Pucelle devant l’Église de son temps, 8. ; — Denifle et Chatelain, Chartul. Universitatis Parisiensis, IV, 224, et Auctarium, II, 583, n. 2, donnent quelques renseignements précis d’après les archives du Vatican.

  2. [2]

    Gersonii Opera, éd. E. du Pin, V, 562.

  3. [3]

    Bibl. nat., ms. latin 14851, fol. 56 ; — Gersonii Opera, V, 565.

  4. [4]

    Maquet, Versailles aux temps féodaux, 99-100. On trouve encore quelques indications peu sûres dans Dussieux, Le château de Versailles, I, 5.

  5. [5]

    Fagniez, Recherches sur Vémars (Mém. de la Société de l’hist. de Paris, II, 279, 281).

  6. [6]

    Revue de l’histoire de Versailles, 1923, 25e année, 12. De Gaucourt, Versailles, seigneurie, château, ville, 58, avait été beaucoup plus prudent :

    Le degré de parenté avec Robert nous est complètement inconnu ; on peut penser qu’ils étaient frères.

  7. [7]

    Berty et Tisserand, Topographie de l’ancien Paris. Université, région occidentale, 228-237.

  8. [8]

    Pantagruel, II, XVIII.

  9. [9]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 224.

  10. [10]

    C’est par erreur que Denifle et Châtelain le font licencié dès 1411. Le ms. de la Bibl. nat., latin 5657a, fol. 14, auquel ils empruntent la liste des licenciés de 1411, ne donne pas son nom à cette date et le désigne seulement (fol. 15) parmi ceux qui furent reçus entre 1413 et 1421. L’analogie avec Jean Broust et Jean Michaëlis invoquée par les éditeurs du Chartularium ne prouve rien. En effet, des documents certains, cités plus loin (p. 211), le déclarent encore bachelier formé en janvier et mai 1412, Rymer, Acta publica, IV, II, 4, 14 :

    Forma concordiæ… Petrus de Versallis, in sacra pagina baccalarius formatus… 8 mai 1412.

  11. [11]

    Toussaint Duplessis, Hist. de l’église de Meaux, I, 290, le dit aussi docteur en droit. Aucun texte ne confirme l’attribution de ce titre à Pierre de Versailles, qui n’était pas homme cependant à négliger aucun de ses titres. Même renseignement erroné dans de Gaucourt, Versailles, seigneurie, château et ville, 59.

  12. [12]

    Gersonii Opera, V, 68.

  13. [13]

    Fagniez, Recherches sur Vémars (Mém. de la Société de l’histoire de Paris, III, 281-298).

  14. [14]

    Sur cette ambassade, voir Rymer, Acta publica, IV, II, 3-14 ; — Monstrelet, Chroniques, éd. Douët d’Arcq, II, 232 ; — Le Fèvre de Saint-Remi, éd. Morand, I, 58 ; II, 389 ; — J. de Wavrin, Chroniques, éd. W. Hardy, III, 140 ; — Walsingham, Hist. Anglicana, II, 287 ; — Juvénal des Ursins, Hist. de Charles VI, éd. Godefroy, 470. Voir, d’autre part, de Beaucourt, Hist. de Charles VII, I, 252 ; — A. Coville, De Jacobo Magni, 21 ; — Wylie, Hist. of England under Henry the fourth, IV, 64.

  15. [15]

    Monstrelet, Chroniques, éd. Douët d’Arcq, II, 232.

  16. [16]

    Religieux de Saint-Denis, IV, 626 ; — Monstrelet, Chroniques, éd. Douët d’Arcq, II, 236 ; — Le Fèvre de Saint-Remi, éd. Morand, I, 49. Sur cet épisode, voir la note de Morand dans son édition de Le Fèvre de Saint-Remi, II, 389.

  17. [17]

    Rymer, Acta publica, IV, II, 12, 14 ; — Monstrelet, Chroniques, éd. Douët d’Arcq, II, 339. Cf. A. Coville, De Jacobo Magni, 30.

  18. [18]

    Idem.

  19. [19]

    Religieux de Saint-Denis, IV, 658.

  20. [20]

    Sur ce Concile de la foi, voir A. Coville, Jean Petit. La question du tyrannicide au commencement du XVe siècle, ch. XIV.

  21. [21]

    Gersonii Opera, V, 65, 77.

  22. [22]

    Gersonii Opera, V, 296.

  23. [23]

    Gersonii Opera, V, 562.

  24. [24]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 128, n. 7.

  25. [25]

    Religieux de Saint-Denis, V, 438. H. Finke, Forschungen und Quellen zur Geschichte des Konstanzer Konzils, 260, ne donne pas son nom parmi ceux qu’il a relevés dans les actes du Concile. Mais Pierre de Versailles se déclare lui-même ambassadeur du roi de France, Gersonii Opera, V, 562.

  26. [26]

    A. Coville, Jean Petit. La question du tyrannicide au commencement du XVe siècle, ch. XV.

  27. [27]

    Cependant, Pierre de Versailles dut être considéré dans le concile comme un personnage de marque : le 9 mai 1415, jour de l’Ascension, à la messe qui fut célébrée par le cardinal de Cambrai, Pierre de Versailles prononça le sermon en présence de l’Empereur, de l’Impératrice, des cardinaux et des Pères du Concile. Finke, Acta concilii Constanciensis, II, 363, 411.

  28. [28]

    N. Valois, La France et le Grand Schisme, IV, 318 – A. Coville. Jean Petit. Jean Petit. La question du tyrannicide au commencement du XVe siècle, 515.

  29. [29]

    Gersonii Opera, V, 562.

  30. [30]

    Juvénal des Ursins, Hist. de Charles VI, éd. Godefroy, 284, montre bien que l’évêque d’Arras ne laissait rien passer sans y répondre aussitôt :

    De l’autre part estoit l’evesque d’Arras, qui leur respondist par escrit et lisoit les responses en une cédule à chascune fois qu’il falloit respondre et repliquer.

  31. [31]

    Bibl. nat., ms. latin 14851, fol. 56.

  32. [32]

    Gersonii Opera, V, 574.

  33. [33]

    Gersonii Opera, V, 565.

  34. [34]

    Gersonii Opera, V, 444.

  35. [35]

    Gersonii Opera, V, 443.

  36. [36]

    Gersonii Opera, V, 443, 444.

  37. [37]

    Gersonii Opera, V, 449, 450.

  38. [38]

    Acta concilii Constanciensis, IV, 411.

  39. [39]

    Acta concilii Constanciensis, IV, 252.

  40. [40]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 224.

  41. [41]

    Charpin-Fouguerolles et M.-C. Guigue, Le cartulaire du prieuré de Saint-Sauveur-en-Rue, notice préliminaire.

  42. [42]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 344.

  43. [43]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 347.

  44. [44]

    Chartul. Univ. Paris., IV, n°2113.

  45. [45]

    Thesaurus novus anecdotorum, I, 1723. On en trouve une analyse et des extraits dans de Gaucourt, Versailles, seigneurie, château et ville, 60, qui date ce document, on ne sait pourquoi, de 1407.

  46. [46]

    De Launay, Revue de l’histoire de Versailles, 1923, 25e année, 14.

  47. [47]

    De Beaucourt, Hist. de Charles VII, I, 111, date également de 1418, après la fuite du Dauphin de Paris, la lettre de Pierre de Versailles. L. Batiffol place bien ce document aussi en 1418, mais en mai, avant l’entrée des Bourguignons à Paris. Plusieurs allusions, notamment celle que fait Versailles aux tribulations de la famille de Jouvenel, ne permettent pas d’accepter la date de mai. L. Batiffol, Jean Jouvenel, 239, dit que Jouvenel quitta Paris avec sa famille mais Juvenal des Ursins, Hist. de Charles VI, éd. Godefroy, 354, après avoir parlé de la fuite des notables gens, ajoute : Depuis leurs femmes et enfans par divers subtilitez trouverent maniere d’aller après.

  48. [48]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 224.

  49. [49]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 661.

  50. [50]

    Dumont, Corps diplom., II, 225. Sur ces négociations, voir de Beaucourt, Hist. de Charles VII, II, 397.

  51. [51]

    Bibl. nat., ms. nouv. acq. franç. 5084, 168, 217 v°.

  52. [52]

    Chartul. Univ. Paris., IV 224.

  53. [53]

    Il y a toute une littérature sur cet examen de Poitiers. Tous les historiens de Jeanne d’Arc en ont parlé, avec plus ou moins d’exactitude ou d’esprit critique. Il convient de se référer en particulier au Chartul. Univ. Paris., IV, 514 ; — Ayroles, La Pucelle devant l’Église de son temps, 8 ; — de Saint-Albin, Les juges de Jeanne d’Arc à Poitiers ; — Anatole France, La vie de Jeanne d’Arc, I, 217.

  54. [54]

    Quicherat, Procès de Jeanne d’Arc, III, 73, 82. Lors du procès de réhabilitation, Gobert Thibault était élu à Blois et devait avoir cinquante ans.

  55. [55]

    Chronique de la Pucelle, éd. Vallet de Viriville, 275.

  56. [56]

    Sur Seguin de Seguin, voir Ayroles, La Pucelle devant l’Église de son temps.

  57. [57]

    Quicherat, Procès de Jeanne d’Arc, III, 202.

  58. [58]

    L’abbé de Launay (op. cit., 160) exagère en tout ceci le rôle de Versailles. Il attribue sans preuve au frère de Pierre, Guy, un Breviarium historiæ rédigé par un clerc de la Cour apostolique, où il est question de Jeanne d’Arc. Sur ce Breviarium, voir L. Delisle, Un nouveau témoignage relatif à la mission de Jeanne d’Arc, dans Bibl. de l’École des chartes, 1885, 649, et Ayroles, La Pucelle devant l’Église de son temps, 53. Rien non plus de ce que dit l’abbé de Launay sur l’intérêt que par la suite Pierre de Versailles porta à Jeanne d’Arc n’est appuyé sur un témoignage quelconque. On peut signaler seulement que son frère Guy de Versailles, chanoine de la cathédrale de Tours, lors du procès de réhabilitation, rédigea un mémoire intitulé Scriptum magistri Guidonis de Verseilles, canonici sancti Gatiani Turonensis super certis punctis Puelle, Bibl. nat., ms. latin 13837, fol. 40 v°-43, qui doit faire l’objet d’une étude de M. H. Lemoine (Le mémoire de Guy de Versailles, dans la Revue de l’histoire de Versailles, année 1933).

  59. [59]

    N. Valois, Le pape et le concile, I, 95.

  60. [60]

    N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction de Bourges, LVII, où toutes les sources sont indiquées.

  61. [61]

    Sur cette promotion, voir Chartul. Univ. Paris., IV, 224 ; — Eubel, Hierarchia catholica, II, 160 ; — Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction, LVIII.

    L’abbé de Launay (op. cit., 163) dit que le cardinal Albergati dut être le consécrateur du nouvel évêque de Digne. C’est une simple supposition.

  62. [62]

    Gassendi, qui était prévôt de l’église cathédrale de Digne et qui a consacré à cette église une longue notice fort précise, reconnaît que l’on ne trouve guère de trace de l’administration épiscopale de Pierre de Versailles. Il cite deux discours qui n’ont aucun rapport avec le diocèse de Digne ; il donne seulement le nom du vicaire général, Opera omnia, V, 716.

  63. [63]

    Dans une plaidoirie devant le Parlement de Paris, du 20 novembre 1432, on trouve cette indication :

    Dit que l’arcevesque de Tours estoit le principal des ambaxeurs […] sans lequel les autres ambaxeurs ne povoient rien conclurre ne consentir ; et quant vint à la scedule monstrer, et il [le pape] la vit, il dist que pour riens ne la consentiroit, et se les autres ambaxeurs l’avoient passée, ce ne vauldroit, attendu ce que dit est qu’ilz n’avoient puissance. — (N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction de Bourges, LXXVII.)

  64. [64]

    N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction de Bourges, LXIII.

  65. [65]

    N. Valois, Le pape et le concile, I, 116.

  66. [66]

    N. Valois, Le pape et le concile, I, 123.

  67. [67]

    N. Valois, Le pape et le concile, I, 153.

  68. [68]

    N. Valois, Le pape et le concile, I, 213.

  69. [69]

    Sur l’organisation du concile de Bâle, voir P. Lazarus, Das Basler Konzil, seine Berufung und Seitung, etc., Berlin, 1912.

  70. [70]

    Tam nomine regis quam episcoporum et prelatorum Provincie, Monum. Conciliorum, III, 531 ; — Gassendi, Opera omnia, V, 716.

  71. [71]

    N. Valois, Le pape et le concile, II, 11. Le protocole du concile (Concil. Basiliense, II, 24) porte que, le 17 octobre 1432, les noms des ambassadeurs du roi de France furent notifiés au concile, et parmi ces noms figure l’évêque de Digne ; ce ne peut être qu’une confusion résultant d’une rédaction postérieure du protocole.

  72. [72]

    Concil. Basiliense, II, 531.

  73. [73]

    Monum. Conciliorum, II, 925.

  74. [74]

    Bibl. nat., ms. latin 15625, 112 v°.

  75. [75]

    Concil. Basiliense, II, 531.

  76. [76]

    Concil. Basiliense, V, 91. — Vidal, Un rec. manuscrit de sermons prononcés aux conciles de Constance et de Bâle (Revue d’histoire ecclés., X, 500). Ce recueil se trouve maintenant à la bibl. de Vienne.

  77. [77]

    Concil. Basiliense, V, 136.

  78. [78]

    Bibl. de Douai, ms. 1983, fol. 238 ; — Concil. Basiliense, III, 542.

  79. [79]

    Concil. Basiliense, IV, 238.

  80. [80]

    Concil. Basiliense, II, 531.

  81. [81]

    Concil. Basiliense, III, 52.

  82. [82]

    Concil. Basiliense, IV, 345.

  83. [83]

    Concil. Basiliense, IV, 29.

  84. [84]

    Lettre du 20 mai 1437, Der Briefwechsel des Eneas Silvius Piccolomini, éd. Wolkan, Fontes rerum Austriac., II, LXI, 24, 62, 65.

  85. [85]

    Ibid.

  86. [86]

    Concil. Basiliense, IV, 72 V, 119.

  87. [87]

    Monum. Conciliorum, II, 956.

  88. [88]

    Concil. Basiliense, V, 119.

  89. [89]

    Concil. Basiliense, III, 42, 77, 159, 268, 275, 415, 542. La mission auprès de l’Empereur ne fut pas faite en Allemagne, mais à Bâle, où il se trouvait alors.

  90. [90]

    Concil. Basiliense, IV, 275 :

    Videtur patribus et dominis Ordinis S. Benedicti, quod multum prodesset ad reformationem quarumcumque religionum, etiam mendicantium.

  91. [91]

    Concil. Basiliense, IV, 268.

  92. [92]

    Concil. Basiliense, III, 415, 542 ; V, 136.

  93. [93]

    L’ouvrage, comme la personne d’Augustin Favaroni, de Rome, sont peu connus et mériteraient de l’être davantage. On trouve Augustin Favaroni provincial de la province romaine de l’Ordre des Augustins en 1405, en 1411 régent au couvent de Pérouse. Le 21 août 1421, il devient prieur général de son Ordre au chapitre d’Asti ; il le resta sans doute jusqu’en 1431 et apparaît désormais comme archevêque de Barletta. Il était hautement estimé pour sa piété ; son livre, d’ailleurs, fut condamné à Bâle, salva auctoris persona. Quant au De Christo integro, il faisait partie d’un grand ouvrage, In Apocalypsim S. Johannis, composé de quatre traités. Le titre complet du premier est De sacramento unitatis et ecclesie, sive de Christo integro. Incipit : Cum glorioso Evangelista Joanne… Il était dédié à Charles Malatesta. Il n’a jamais été imprimé ; ces renseignements sont dus à M. Van Moé, d’après les Analecta Augustiniana, VI, 87, 255-270 ; Ughelli, Italia sacra, VII, 773 ; Lauteri, Postrema secula sex religionis Augustinianæ, I, 252-254, et Eremi sacræ Augustinianæ, I, 119-120. La consultation de Jean de Turrecremata est fort intéressante pour la doctrine, Mansi, Concilia, XXX, 979.

  94. [94]

    Mansi, Concilia, XXX, 979.

  95. [95]

    Concil. Basiliense, III, 542 ; — Monum. Concil., II, 830.

  96. [96]

    Bibl. de Douai, ms. 1983, fol. 238.

  97. [97]

    L’ouvrage fut brûlé, sauf un exemplaire. Augustin de Rome en appela au pape. Eugène IV reçut cet appel et désigna une commission pour examiner les doctrines incriminées, au grand scandale du concile de Bâle, qui déniait au pontife le droit de procéder ainsi, Mansi, Concilia, XXX, 1068.

  98. [98]

    N. Valois, Le pape et le concile, I, 321.

  99. [99]

    N. Valois, Le pape et le concile, I, VI.

  100. [100]

    N. Valois, Le pape et le concile, I, XXII.

  101. [101]

    Concil. Basiliense, III, 85, 134 ; — Monum. Concil., II, 712 ; — N. Valois, Le pape et le Concile, I, 330.

  102. [102]

    N. Valois, La France et le grand schisme, IV, 412.

  103. [103]

    Monum. Concil., II, 797, 799, 800 ; — Concil. Basiliense, III, 408, 413.

  104. [104]

    Monum. Concil., II, 846 ; — Concil. Basiliense, IV, 65, 72 ; — N. Valois, Le pape et le Concile, I, 366.

  105. [105]

    Concil. Basiliense, IV, 72, 131.

  106. [106]

    A. Traversari, Epistolæ (éd. Mehus), III, XLIV, 163.

  107. [107]

    N. Valois, Le pape et le Concile, II, 207, d’après le ms. Bibl. du Vatican, lat. 4134, fol. 168-169.

  108. [108]

    N. Valois, Le pape et le Concile, II, 207, d’après le ms. Bibl, du Vatican, lat. 4140, fol. 30-33.

  109. [109]

    Monum. Concil., II, 846.

  110. [110]

    Monum. Concil., III, 221.

  111. [111]

    Monum. Concil., III, 402.

  112. [112]

    N. Valois, Le pape et le Concile, I, 379.

  113. [113]

    N. Valois, Le pape et le Concile, I, 380.

  114. [114]

    L’Empereur fit savoir par l’intermédiaire de l’évêque de Digne que le choix de Bude lui déplairait, bien que le pape l’acceptât. Monum. Concil., II, 956. Voir l’intéressant exposé de Jean Palomar dans sa Quæstio sur Le pape et le Concile, Döllinger, Beiträge zur politischen, kirchlichen und Cultur-Geschichte, II, 428.

  115. [115]

    Vaesen, Un projet de translation du concile de Bâle à Lyon en 1436 (Revue des Quest. hist., 1881, XXX, 566). Cet article donne une lettre des archevêques de Lyon et de Bourges, des évêques d’Orléans et de Digne, de Jourdain Morin, ambassadeur du roi au concile de Bâle, qui remercient les Lyonnais de leur offre, mais ne peuvent la faire accepter à cause des troubles récents, 2 juillet 1436. Il y eut aussi des offres très libérales de Florence, de Venise, de Sienne et d’Avignon. Jean Palomar, op. cit., 430.

  116. [116]

    N. Valois, Le pape et le Concile, II, 44.

  117. [117]

    N. Valois, Le pape et le Concile, II, 59.

  118. [118]

    Pereira de Figuerredo, Portugezes nos concilios gerals, 47-59.

  119. [119]

    Nicolas de Cues n’avait alors que trente-six ans ; voir Vansteenberghe, Le cardinal Nicolas de Cues, 4, n. 1.

  120. [120]

    Ce rapport a été publié par Cecconi, Studi storici sul concilio di Firenze, I, Docum. CLXXXVIII, sous le titre : Relazione fatta alla presenza del S. P. nella solenne congregazione di questo giorno dal vescovo di Digne a nome eziandio dei suoi colleghi intorno alla loro missione a Costantinopoli. Il est daté du 1er mars 1438. Voir, d’autre part, la première partie du même ouvrage, 186. Cf. également Mansi, Concilia, XXXIa, 1370-1380.

  121. [121]

    Le récit de Syropoulos a été conservé dans le ms. grec. 427 de la Bibl. nat. Une copie en fut faite par Claude Sarrau, conseiller au Parlement, qui la remit à Vossius. Elle fut publiée par Robert Creighton, prédicateur de Charles II d’Angleterre, à La Haye, en 1660, avec une traduction latine, sous le titre : Vera historia unionis inter Græcos et Latinos, sive Concilii Florentini narratio. Ce texte mériterait une nouvelle édition. Un résumé a été donné dans la Biographie universelle, art. Syropulus. On peut signaler encore le commentaire donné dans la Quæstio de Jean Palomar, Döllinger, Beiträge…, II, 431, et le récit du voyageur espagnol Pero Tafur, voir Vassilieff, Pero Tafur, a Spanish traveller of the XV Century (Byzantion, 1932, 75).

  122. [122]

    Vera historia unionis, notes, p. 10 :

    Lacuna est in ms. e qua parum aut nihil deest præter unum illud episcopi tertii nomen.

  123. [123]

    La relation du consistoire général du 24 mai à Bologne l’appelle Manuel Tracagnoti Vuloti, Cecconi, op. cit., CCCXXXIX.

  124. [124]

    Voir les divers actes donnés par Mansi, Concilia, XXXIB, 1375-1381.

  125. [125]

    Guglielmotti, Storia della Marina Pontificia nel Medio Evo, II, 149,

  126. [126]

    Syropoulos, Vera historia unionis, 53.

  127. [127]

    Syropoulos, Vera historia unionis, 52.

  128. [128]

    On verra plus loin que l’Empereur, qui avait écouté le discours de Pierre de Versailles, ne voulut pas entendre le discours de l’évêque de Lausanne au nom de l’ambassade du concile pour la raison qu’il ne comprenait pas le latin. Il est probable que cette différence de traitement venait du fait que Pierre de Versailles était accompagné de l’évêque de Coron, qui parlait le grec, græcæ et latinæ linguæ peritus.

  129. [129]

    Ce long et minutieux document a été publié in extenso avec grand soin par G. Berkmann au tome V du Concilium Basiliense, 175-363. Voir pour la bibliographie la notice placée par Berkmann en tête du texte. L’étude de Zlocisti, Die Gesandtschaft des Baseler Koncils nach Avignon und Konstantinopel (1437-1438), Halle, 1908, est plutôt superficielle.

  130. [130]

    Sur Louis de La Palud, voir Schweitzer, Le cardinal Louis de la Palu, évêque de Lausanne, 136. On doit signaler aussi le rôle de Louis de Amaral, évêque de Viseu. Cf. Vassilieff, Pero Tafur, a Spanish traveller, dans Byzantion, 1932, 83-84. Il est curieux de constater la présence dans chaque camp d’un évêque portugais.

  131. [131]

    N. Valois, Le pape et le Concile, II, 74.

  132. [132]

    Labande, Projet de translation du concile de Bâle en Avignon pour la réunion des églises grecque et latine, dans Annuaire de la Société d’études provençales, 1904, 13-24.

  133. [133]

    Mugnier, Nicod de Menthon à Constantinople, dans Mémoires de la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie, XXXII, 1893, 33, et le Compte du capitaine général Nicod de Menton, dans Bulletin hist. et philolog. du Comité, 1892, 335.

  134. [134]

    Syropoulos, Vera historia unionis, 54.

  135. [135]

    Elle avait pour texte : Venite, dilecti mei, egrediemini in agrum, Schweitzer, Le cardinal Louis de la Palu, 138.

  136. [136]

    Pour ces engagements, voir Mansi, Concilia, XXXIB, 1382.

  137. [137]

    Les ambassadeurs du pape auraient tenté de s’approprier l’argent déposé par l’ambassade du concile dans la maison de Jean de Raguse ; mais cette tentative fut sans succès, l’argent ayant été déjà enlevé. Schweitzer, Le cardinal Louis de la Palu, 138.

  138. [138]

    Syropoulos, Vera historia unionis, 67.

  139. [139]

    Ces 200 ducats d’or devaient être prélevés chaque année pendant trois ans sur les revenus de l’évêché de Luçon. Lorsque Pierre de Versailles fut transféré à Meaux, il en fit don au chapitre de sa cathédrale. Eubel, Hierarchia catholica, II, 200 ; — Toussaint Duplessis, Hist. de l’église de Meaux, I, 290.

  140. [140]

    Dès le débarquement à Venise, Pierre de Versailles et Nicolas de Cues s’étaient rendus à Ferrare près du pape, Vansteenberghe, Le cardinal Nicolas de Cues, 61-63.

  141. [141]

    Ampliss. Collectio, VIII, 945 ; — N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction, LXXX, 90.

  142. [142]

    Dans le compte-rendu signalé plus loin, Pierre de Versailles est ainsi qualifié : L’evesque de Digne, maistre en theologie à Paris et a surnom Versailles. Ampliss. Collectio, VIII, 945.

  143. [143]

    Ampliss. Collectio, VIII, 145 ; — Concil. Basiliense, V, 167, 172 ; — Nic. de Clamanges, Opera, 106. Cf. N. Valois, Le pape et le Concile, II, 142, et Hist. de la Pragmatique Sanction, LXXX.

  144. [144]

    Concil. Basiliense, V, 167.

  145. [145]

    Les ambassadeurs du concile disaient Ferrariense monstrum, N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction, 90.

  146. [146]

    Ampliss. Collectio, VIII, 945 ; — Concil. Basiliense, V, 167.

  147. [147]

    Concil. Basiliense, V, 172.

  148. [148]

    N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction, 90.

  149. [149]

    Ampliss. Collectio, VIII, 945. L’abbé de Launay affirme, toujours sans preuve, que Pierre de Versailles prit plusieurs fois la parole dans l’assemblée. L’ambassade pontificale ne pouvait prendre la parole et intervenir dans les délibérations régulières de l’assemblée.

  150. [150]

    N. Valois, Hist. de la .Pragmatique Sanction, 91.

  151. [151]

    Concil. Basiliense, V, 172.

  152. [152]

    Mansi, Concilia, XXXIA, 1035.

  153. [153]

    Sur Pasquier de Vaux, voir Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 1930, 326-365.

  154. [154]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 224 ; — N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction, CXV.

  155. [155]

    Denifle, La désolation des églises en France vers le milieu du XVe siècle, I, nos 143-149, 969-970.

  156. [156]

    N. Valois, Le pape et le Concile, II, 225.

  157. [157]

    Preuves des libertez de l’Église gallicane, I, 477.

  158. [158]

    N. Valois, Le pape et le Concile, II, 230. On doit reconnaître sans doute Pierre de Versailles dans l’ambassadeur du pape dont Jean Palomar donne les conclusions présentées au roi de France et à son concile ; mais on ne peut préciser s’il s’agit de l’assemblée de 1438 ou de celle de 1440, Döllinger, Beiträge…, II, 426.

  159. [159]

    Fol. 15-16, 20, 21-22, 30, 36, 48, 54, 74, 86, 89. Les lettres de Gérard Machet devaient être publiées par le P. Denifle avec une étude sur ce personnage, Chartul. Univ. Paris., IV, 90. Elles seront prochainement l’objet d’une publication de M. Pierre Champion, qui a bien voulu extraire du manuscrit pour le présent travail les lettres de Machet à Versailles. Ces textes ont été collationnés avec la copie préparée par le P. Denifle.

  160. [160]

    Fol. 48.

  161. [161]

    Fol. 89.

  162. [162]

    Félibien, Hist. de l’abbaye de Saint-Denis, 352. Philippe de Gamaches ne prit possession de la dignité abbatiale qu’à la fin de 1442.

  163. [163]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 21.

  164. [164]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 22.

  165. [165]

    Cette curieuse indication n’a pas été relevée par ceux qui ont étudié Jean Chartier et ses chroniques de Charles VII, notamment Fr. Delaborde, La vraie chronique du religieux de Saint-Denis, dans Bibl. de l’École des chartes, LI, 1890, 93, et Ch. Samaran, La chronique latine inédite de Jean Chartier, ibid., LXXXVII, 142.

  166. [166]

    N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction, CXIV,

  167. [167]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 29.

  168. [168]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 36 v°.

  169. [169]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 48. — N. Valois, Hist. de la Pragmatique, 108.

  170. [170]

    Voir une lettre de Gérard Machet à Pierre de Versailles, Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 89.

  171. [171]

    N. Valois, Le pape et le Concile, II, 248, 250.

  172. [172]

    Rinaldi, Annales eccles., IX, 372. Une partie de ce discours est traduit dans de Longueval, Hist. de l’Église gallicane, XVI, 395, qui déclare la harangue vive et pressante.

  173. [173]

    Pierre de Versailles, au concile de Bâle, avait déjà émis cette idée qu’il fallait écouter les deux opinions extrêmes, ut duo extreme retunderentur (Monum. Concil., II, 712, c. 21).

  174. [174]

    N. Valois cite un passage d’un mémoire de Pierre de Versailles, écrit vers 1441, conservé aux Archives du Vatican, où l’auteur juge avec quelque sévérité les abus de la cour de Rome, Le pape et le Concile, II, 319.

  175. [175]

    Mansi, Conciliorum… Supplem., V, 235 ; — Lecoy de la Marche, Le roi René, II, 248 (Instruction d’Eugène IV à ses ambassadeurs en France, 22 mai 1442) ; — N. Valois, Le pape et le Concile, II, 251-253. On retrouve cependant cet argument, déjà plusieurs fois répété par Pierre de Versailles, que les décrets de Constance n’avaient qu’une valeur de circonstance, Mansi, op. cit., 243.

  176. [176]

    Sur Robert Ciboule, voir Chartul. Univ. Paris., Auctarium, II, 483 ; – Ayroles, La Pucelle devant l’Église, 271.

  177. [177]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 695.

  178. [178]

    N. Valois, Le pape et le Concile, II, 250.

  179. [179]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, 30 v°, 36.

  180. [180]

    N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction, 100.

  181. [181]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 36.

  182. [182]

    N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction, CXXX ; — Lecoy de la Marche, Le roi René, II, 245.

  183. [183]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 36.

  184. [184]

    On ne sait pas au juste la date de la mort de Jourdain Morin en 1442. Chartul. Univ. Paris., IV, 108.

  185. [185]

    Cette lettre a été publiée par N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction, 107.

  186. [186]

    Par l’intermédiaire de Christophe de San Marcello, évêque de Cervia, confident du pape, Traversari recommande ceux qui soutiennent le mieux la cause d’Eugène IV,

    vere athletæ invicti…, magnaque constantia et virtute bellarunt bella Domini.

    Il insiste :

    Digni sunt quod Pontifex noster et in honore et in deliciis habeat…, merenturque ut eos Pontifex Summus commendatos habeat.

    Traversari, Epistolæ (éd. Mehus), II, 159, 163, 169.

  187. [187]

    L’abbé de Launay (op. cit., 166), avec son imagination toujours indulgente, pense que si Pierre de Versailles ne fut pas fait cardinal, c’est que son humilité de moine le fit renoncer aux honneurs. Il semble bien que ce fut tout le contraire. Déjà, comme on l’a vu plus haut, à Bâle, l’évêque de Dax lui attribuait cette ambition. Concil. Basiliense, V, 119.

  188. [188]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 40.

  189. [189]

    Journal de Jean Maupoint, éd. Fagniez, dans Mém. de la Société de l’histoire de Paris, IV, 33.

  190. [190]

    Bibl. nat., ms.latin 8577, fol. 74, 86, 89.

  191. [191]

    On doit signaler cependant les efforts faits par l’abbé de Saint-Denis pour rentrer en possession de reliques, le clou de la Croix et la Sainte Couronne, déposés par prudence à la cathédrale de Bourges et que Saint-Denis ne put recouvrer, sur l’ordre du roi, qu’en juillet-août 1445. Félibien, Hist. de l’abbaye de Saint-Denis, 354.

  192. [192]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 36 v° ; — Chartul. Univ. Paris., IV, n° 2557.

  193. [193]

    Chartul. Univ. Paris., IV, 662 ; — Auctarium, II, 665.

  194. [194]

    Bibl. nat., ms. latin 8577, fol. 54.

  195. [195]

    Chartul. Univ. Paris., Auctarium, II, 583, 590.

  196. [196]

    Toussaint Duplessis, Hist. de l’Église de Meaux, I, 290 ; — Chartul. Univ. Paris., IV, 674 ; — Gassendi, Opera omnia, V, 716.

  197. [197]

    Ms. n° 519.

  198. [198]

    Dans le présent travail, il n’a guère été question de Guy de Versailles, parce que les renseignements précis sur ses rapports avec son frère Pierre de Versailles nous manquent. Il fut un personnage assez important : chanoine de Saint-Gatien et chantre de l’église de Tours, il assista au concile de Bâle, aux assemblées du clergé de France, intervint dans les affaires municipales de Tours et harangua Louis XI au nom des habitants de Tours en 1461. La bibliothèque de Tours possède plusieurs manuscrits de lui, dont un traité sur le concile général (n° 238). M. H. Lemoine, comme on l’a vu plus haut, doit publier une notice sur Guy de Versailles à propos de son mémoire sur Jeanne d’Arc. Sur son rôle à Tours même, on peut consulter le livre récent de M. Georges Collon, Pierre Bérard et la réforme municipale de Tours en 1462, dans Mém. de la Société archéologique de Touraine, t. LIII.

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