Fresh Verdicts on Joan of Arc (1996)
- Olivier Bouzy (1961–)
- Deborah A. Fraioli (1942–)
- Régine Pernoud (1909–1998)
Présentation
Paru aux États-Unis en 1996, Fresh Verdicts on Joan of Arc (Nouveaux regards sur Jeanne d’Arc) est un ouvrage collectif dirigé par deux médiévistes américains reconnus : Bonnie Wheeler, spécialiste de littérature arthurienne et d’histoire des femmes, et Charles T. Wood, spécialiste de l’histoire politique et institutionnelle de la France et de l’Angleterre. (C’est le deuxième volume de la collection The New Middle Ages, dirigée par Bonnie Wheeler et consacrée aux études transdisciplinaires sur les cultures médiévales.)
Sans prétendre bouleverser une trame biographique solidement établie, ce recueil réexamine l’histoire de Jeanne et de ses représentations à la lumière de méthodes critiques renouvelées. Ses vingt contributeurs, américains pour la plupart, mais aussi français, belge et canadienne, couvrent divers champs d’études : histoire, littérature, linguistique, théologie, droit, ethnologie, cinéma, histoire de la médecine, archéologie. L’ouvrage est dédié à Régine Pernoud, qui en signe l’épilogue.
Sommaire
Préface (Preface)
Le mystère de Jeanne semblait insondable. Ces nouveaux regards, fruit d’études pluridisciplinaires, éclairent son histoire sans en bouleverser les fondements : si une part du mystère se dissipe, l’émerveillement demeure intact.
L’épée dans le rocher de Jeanne d’Arc (Joan of Arc’s Sword in the Stone)
En 1429, Jeanne d’Arc fit retrouver sous l’autel de l’église Sainte-Catherine de Fierbois une épée rouillée, marquée de cinq croix. Cette arme s’inscrit dans la tradition médiévale où l’épée identifie et légitime le guerrier, de l’histoire ou de la légende : Durendal de Roland, Joyeuse de Charlemagne, Tizon et Colada du Cid, Excalibur d’Arthur. Elle évoque surtout la première épée d’Arthur plantée dans le rocher, elle aussi liée à une église et à une mission sacrée. Les juges du procès, n’ayant rien à y gagner, n’interrogèrent Jeanne qu’une seule fois sur cette épée.
Une femme qui commande aux hommes : la carrière militaire de Jeanne d’Arc (A Woman as Leader of Men: Joan of Arc’s Military Career)
Pourquoi les soldats français ont-ils suivi une femme, fait sans précédent à la fin du Moyen Âge ? Entourée de soldats d’élite, victorieuse et vite légendaire, Jeanne ressemble moins aux généraux nobles qu’aux capitaines des compagnies libres. Mais quand ces derniers s’attachaient leurs hommes par la promesse du butin, elle ne leur offrait que le salut de leur âme. La loyauté de ses troupes tenait donc à sa réputation de mulier sancta : sa piété, ses miracles
militaires et sa virginité. Sommaire détaillé
La mission de Jeanne d’Arc et le registre perdu de son examen à Poitiers (Joan of Arc’s Mission and the Lost Record of Her Interrogation at Poitiers)
La perte du registre de l’examen de Poitiers (1429) serait le fruit d’une suppression délibérée. Deux hypothèses : soit il aurait été détruit après la capture ou la condamnation de Jeanne (1430-1431), puisque son échec démentait sa mission ; soit lors de la réhabilitation (1450-1456), parce qu’il fallait désormais faire du sacre, et non de la libération d’Orléans, l’enjeu de sa mission, pour légitimer la naissance de Charles VII depuis que les Anglais s’étaient mis à la contester. Quoi qu’il en soit, lors de son procès à Rouen, Jeanne comprend peu à peu que son propre camp la désavoue. Sommaire détaillé
Mensonges vrais : travestissement et idolâtrie au procès de Jeanne d’Arc (True Lies: Transvestism and Idolatry in the Trial of Joan of Arc)
Jeanne a finalement été condamnée pour idolâtrie, visible (l’habit d’homme) et invisible (les voix). Le travestissement était admis, comme chez les saintes qui passaient pour des hommes ; mais Jeanne laissait voir son corps de femme. Or seul ce qui élève le regard est un mensonge vrai
(l’image), non ce qui le retient sur la matière (l’idole). Jeanne devient une fausse image de l’homme, qui menace la masculinité, comme l’avouent ses compagnons d’armes, incapables de la désirer. La réhabiliter exigeait donc de la rhabiller
en femme. Sommaire détaillé
Jeanne d’Arc fut-elle un signe
de l’innocence de Charles VII ? (Was Joan of Arc a “Sign” of Charles VII’s Innocence)
Deux points des débuts de Jeanne sont ici abordés. 1. La reconnaissance du roi : la première rencontre à Chinon aurait eu lieu le 6 mars 1429, dimanche de Laetare, alors considéré comme la mi-carême. Contre Claude Desama, l’auteur juge donc crédible la mise en scène où l’on présente à Jeanne de faux rois, farce de mi-carême sans risque de ridicule pour le roi. 2. Le secret du roi : Bernard Guenée le lie aux remords du meurtre de Montereau, mais cette interprétation reposerait sur un contresens dû au latin fautif du procès de condamnation et sur un manuscrit lacunaire du procès en nullité (Stowe 84), retenu par Pierre Duparc dans son édition. Sommaire détaillé
Les erreurs de transcription dans les sources de l’histoire de Jeanne d’Arc (Transcription Errors in the Texts of Joan of Arc’s History)
Cette contribution présente la réédition critique des volumes 4 et 5 du recueil de Quicherat par le Centre Jeanne d’Arc. Après celles de Tisset (vol. 1) et de Duparc (vol. 2-3), elle formera un Nouveau Quicherat
. Il montre par l’exemple que les éditions existantes sont peu fiables, par négligence ou biais idéologique : erreurs de lecture perpétuées (bannière de Chandos, maison d’Orléans), traité amputé par préjugé puis mal traduit par patriotisme (Gélu), erreur d’imprimeur sur une signature, faux reproduit (Guy de Cailly), titre inventé (Piuzela d’Orlhienx), légendes sans source (Bonne Nouvelle, restes de Cauchon). Or ces sources sont indispensables pour comprendre Jeanne. Sommaire détaillé
Je ne vous nomme point la voix de saint Michel
: l’identification des voix de Jeanne d’Arc (“I Do Not Name to You the Voice of St. Michael”: The Identification of Joan of Arc’s Voices)
Et si l’identification des voix de Jeanne (saint Michel, saintes Catherine et Marguerite) n’était pas une vérité antérieure révélée à Rouen, mais le produit des interrogatoires ? Jusque-là en effet, Jeanne se dit envoyée par Dieu, et ses contemporains s’intéressent plus à sa mission et à ses victoires qu’à l’identité de ses voix. Mais à Rouen, ses juges, guidés par l’exigence scolastique, la somment de les nommer : après avoir résisté, elle choisit des saints qui lui ressemblent et finit par les percevoir comme tels. Le procès façonne ainsi la vérité qu’il prétend dévoiler, comme dans certains faux aveux modernes. Sommaire détaillé
Les aventuriers de l’Arc perdu : secret, stratagème et spéculation au procès de Jeanne d’Arc (Readers of the Lost Arc: Secrecy, Secularity, and Speculation in the Trial of Joan of Arc)
Jeanne se serait construite elle-même comme un texte révélé qui refuse de se laisser lire : elle garde jusqu’au bout le secret de ses voix et du signe donné à Charles VII. Ses juges, de connivence avec le pouvoir anglais, veulent percer et fixer ce sens, car c’est leur monopole d’interprétation et la légitimité royale qui sont en jeu. Ils la forcent à abjurer, mais elle se rétracte. Même l’exposition de son corps nu après le bûcher ne livre rien : le secret survit et continue de hanter ses ennemis, qui y projettent leurs angoisses. Sommaire détaillé
Jeanne d’Arc et Christine de Pizan : la symbiose de deux guerrières dans le Ditié de Jehanne d’Arc (Joan of Arc and Christine de Pizan: The Symbiosis of Two Warriors in the Ditie de Jehanne d’Arc)
Le Ditié de Jehanne d’Arc (1429), tout premier récit des exploits de Jeanne, marquerait une étape dans l’œuvre de Christine de Pizan. Après avoir dû adopter des masques masculins ou androgynes pour s’imposer parmi les lettrés, elle ouvre le poème sur Je, Christine
et parle enfin en tant que femme. Elle s’adresse à Jeanne (tu
) pour attester le miracle et célébrer l’envoyée de Dieu, vierge, mère et bergère. Alliance de la plume et de l’épée, légitimation réciproque : Jeanne donne à Christine l’autorité d’écrire en femme, et Christine inaugure le mythe littéraire de Jeanne, emblème de l’héroïsme féminin. Sommaire détaillé
Propagande sans langue de bois : le parti pris de Christine de Pizan pour Jeanne (Christine de Pizan’s Pro-Joan Propaganda)
Loin d’être un simple poème de célébration, le Ditié de Jehanne d’Arc serait une propagande politique en faveur de Jeanne. Daté du 31 juillet 1429, il aurait en réalité été écrit fin août ou septembre, quand Jeanne, hostile à la trêve avec la Bourgogne, voulait prendre Paris contre l’avis du roi ; antidaté, il prend la force d’une prophétie en cours de réalisation. Christine y tient pour certain le triomphe de Jeanne, mais pas celui du roi, qui s’efface après le sacre et dont elle critique à mots couverts les choix. Sommaire détaillé
Parole d’anges : un évêque du XVe siècle défend les voix célestes de Jeanne d’Arc (Speaking of Angels: A Fifteenth-Century Bishop in Defence of Joan of Arc’s Mystical Voices)
Le traité d’Élie de Bourdeilles pour le procès de réhabilitation (qui est plus qu’une annulation) entend réhabiliter les voix de Jeanne, jugées diaboliques. Après avoir montré que les esprits existent, agissent et se manifestent sous forme de voix ou de corps, Bourdeilles conclut que ceux de Jeanne étaient bons, en invoquant sa piété, le réconfort de ses visions, leurs bons conseils et surtout sa mission de miséricorde et de délivrance, que Dieu ne confie jamais aux démons. Écrit après la victoire, ce plaidoyer exprime une vérité culturelle : l’élection divine du peuple français. Sommaire détaillé
Le commentaire de Martin Le Franc sur le traité de Jean Gerson consacré à Jeanne d’Arc (Martin Le Franc’s Commentary on Jean Gerson’s Treatise on Joan of Arc)
Six huitains du Champion des dames (1440-1442) de Martin Le Franc, retirés du texte et retrouvés en 1893, visent surtout le traité de Gerson sur la Pucelle (De mirabili victoria, 1429), dont Le Franc raille la subtilité
. Tournant en dérision l’interdit biblique de l’habit d’homme, comparé aux tabous alimentaires obsolètes, il préfère justifier l’habit par l’efficacité martiale. Selon l’auteure, le traité de Gerson défend son auteur plus que Jeanne. Tant que la condamnation tenait, de telles strophes étaient subversives : Le Franc les aurait retirées, et Jean de Créqui, bibliothécaire de Philippe le Bon, sauvées. Sommaire détaillé
Pourquoi Jeanne d’Arc ne devint jamais une Amazone (Why Joan of Arc Never Became an Amazon)
L’engouement médiéval pour les Amazones a-t-il joué un rôle dans l’approbation de Jeanne par les théologiens de Charles VII ? Aucun, semble-t-il : ils ne l’ont pas identifiée aux héroïnes païennes, dont la force virile, acquise par l’entraînement, visait leur propre gloire, mais aux héroïnes bibliques, dont la faiblesse, comme la sienne, montrait l’action de Dieu. Christine de Pizan les suit dans le Ditié, où elle refait le canon des Neuf Preuses, jusque-là tout d’Amazones, avec des figures bibliques. Mais hors de Poitiers, Jeanne garde une image d’Amazone, qui a pu faire croire que ses examinateurs la voyaient ainsi. Sommaire détaillé
Le dernier procès de Jeanne d’Arc : l’offensive des avocats du diable (Joan of Arc’s Last Trial: The Attack of the Devil’s Advocates)
La phase la plus disputée du procès de canonisation de Jeanne d’Arc oppose les avocats de la défense aux avocats du diable
. De 1892 à 1903, Caprara, Lugari et Verde attaquent successivement Jeanne sur sa réputation de sainteté et l’héroïcité de ses vertus : preuves insuffisantes, gloire seulement militaire, manque d’humilité, d’ascèse et de pudeur, défaillances en captivité (saut de Beaurevoir, insoumission à l’Église, lamentations face à la mort), doute sur ses voix (hystérie) et la divinité de sa mission (reniées lors de l’abjuration). La défense l’emporte : Pie X reconnaît ses vertus héroïques (1904). Sommaire détaillé
Ce panorama retrace un siècle d’adaptations cinématographiques de Jeanne d’Arc (1897-1994). De la féerie de Méliès à la chronique dépouillée de Rivette, chaque cinéaste réinvestit la plasticité symbolique de la Pucelle : appel patriotique chez Capellani, DeMille et De Gastyne, récupération par la propagande nazie (Ucicky), échos de la guerre froide chez Fleming. À l’opposé du grand spectacle, Dreyer et Bresson visent l’épure spirituelle, par le gros plan ou par la distance. Tour à tour paysanne, femme, sainte, chef de guerre ou symbole national, Jeanne reflète les mutations idéologiques et esthétiques du XXe siècle. Sommaire détaillé
Le phénomène Jeanne
et la droite française (The “Joan Phenomenon” and the French Right)
Partant des succès du Front national en 1995, l’article retrace l’appropriation de Jeanne par la droite française. Selon l’auteure, le clivage remonte au XVe siècle, et l’héroïne pieuse et fidèle à son roi était prédisposée à devenir une figure de droite. Au XIXe siècle, les historiens républicains Quicherat et Michelet veulent la rendre à la vérité, mais leurs travaux nourrissent malgré eux l’imaginaire de droite : des affaires Dreyfus et Thalamas à l’Action française, de Vichy au Front national, Jeanne devient l’emblème du nationalisme intégral
. L’auteure appelle les intellectuels, qui ont contribué à ce phénomène, à plus de vigilance. Sommaire détaillé
Épilogue : Jeanne d’Arc ou la survie d’un peuple (Epilogue: Joan of Arc or the Survival of a People)
Selon l’auteure, en une année d’action, Jeanne d’Arc a sauvé de l’anéantissement une France déchirée entre l’invasion anglaise et la guerre civile. Réactivant l’idéal de la chevalerie chrétienne, vouée à la défense des faibles, la Pucelle a soulevé l’élan populaire d’Orléans à Patay, permettant le sacre de Reims et la libération du pays. Mais ce sursaut est un chant du cygne : avec Charles VII naît l’État moderne. Jeanne a sauvé la France, pas la chevalerie. Sommaire détaillé
Appendice : Jeanne d’Arc et ses soignants (Appendix: Joan of Arc and Her Doctors)
Les soins et examens reçus par Jeanne s’inscrivent dans un Moyen Âge où la médecine s’est spécialisée (médecins, chirurgiens et barbiers) et masculinisée (femmes reléguées au rôle d’accoucheuses). Sur le champ de bataille, barbiers et chirurgiens soignent ses blessures, à l’épaule (huile et lard, sans incantations) puis à la cuisse (sans mandragore). À Rouen, quatre médecins, maîtres de la faculté de Paris, l’examinent et prescrivent des saignées (Warwick tient à la garder vivante pour le bûcher). À Poitiers et à Rouen, des matrones attestent sa virginité, enjeu décisif pour la Pucelle
, que Cauchon préféra taire dans son procès. Sommaire détaillé
Appendice : Aspects de la culture matérielle en région parisienne à l’époque de Jeanne d’Arc (Appendix: Aspects of Material Culture in the Paris Region at the Time of Joan of Arc)
Cette contribution présente les résultats de vingt ans de fouilles préventives à Saint-Denis (1973-1993). Verrou stratégique de Paris et cité abbatiale dévastée par la guerre (1410-1436), la ville a livré plus de trente mille objets, dont beaucoup datent du début du XVe siècle, préservés dans les fosses et la vase anoxique du Croult : céramiques culinaires (coquemars, oules), vaisselle de bois tourné, verres, poulaines en cuir, parures, nécessaires de toilette et enseignes de pèlerinage. Confronté au Livre vert (recueil des coutumes de la ville rédigé en 1411), ce mobilier éclairera la vie matérielle au temps de Jeanne d’Arc.
Éditions
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1996 : New York, Garland (relié/hardcover, XVI-317 p.)
Fresh Verdicts on Joan of Arc — Edited by Bonnie Wheeler, Charles T. Wood — The New Middle Ages, vol. 2
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1999 : New York & London, Garland (Taylor & Francis) (broché/paperback, XVI-317 p.)
2013 : New York & London, Routledge (Taylor & Francis) (numérique, 342 p.)
2016 : Routledge (broché/paperback, XVI-317 p.)
2018 : Routledge (numérique, 334 p.)
