Collectif
: Fresh Verdicts on Joan of Arc (1996)
Table des matière
Table
- Table of Contents (English)
- Table des matières détaillée (Français)
Avec pour chaque article un bref résumé et un sommaire détaillé.
Fresh Verdicts on Joan of Arc
- Preface (Charles T. Wood)
- Joan of Arc’s Sword in the Stone (Bonnie Wheeler)
- A Woman as Leader of Men: Joan of Arc’s Military Career (Kelly DeVries)
- Joan of Arc’s Mission and the Lost Record of Her Interrogation at Poitiers (Charles T. Wood)
- True Lies: Transvestism and Idolatry in the Trial of Joan of Arc (Susan Schibanoff)
- Was Joan of Arc a “Sign” of Charles VII’s Innocence? (Jean Fraikin)
- Transcription Errors in Texts of Joan of Arc’s History (Olivier Bouzy)
- I Do Not Name to You the Voice of St. Michael: The Identification of Joan of Arc’s Voices (Karen Sullivan)
- Readers of the Lost Arc: Secrecy, Specularity, and Speculation in the Trial of Joan of Arc (Steven Weiskopf)
- Joan of Arc and Christine de Pizan: The Symbiosis of Two Warriors in the Ditié de Jehanne d’Arc (Christine McWebb)
- PR pas PC: Christine de Pizan’s Pro-Joan Propaganda (Anne D. Lutkus and Julia M. Walker)
- Speaking of Angels: A Fifteenth-Century Bishop in Defense of Joan of Arc’s Mystical Voices (Jane Marie Pinzino)
- Martin Le Franc’s Commentary on Jean Gerson’s Treatise on Joan of Arc (Gertrude H. Merkle)
- Why Joan of Arc Never Became an Amazon (Deborah Fraioli)
- Joan of Arc’s Last Trial: The Attack of the Devil’s Advocates (Henry Ansgar Kelly)
- Jeanne au cinéma (Kevin J. Harty)
- The Joan Phenomenon and the French Right (Nadia Margolis)
- Epilogue: Joan of Arc or the Survival of a People (Régine Pernoud)
- Appendices
- Joan of Arc and Her Doctors (Marie-Véronique Clin)
- Aspects of Material Culture in the Paris Region at the Time of Joan of Arc (Nicole Meyer-Rodrigues)
- Contributors
Nouveaux regards sur Jeanne d’Arc
- Préface (Charles T. Wood)
- L’épée dans le rocher de Jeanne d’Arc (Bonnie Wheeler)
- Une femme qui commande aux hommes : la carrière militaire de Jeanne d’Arc (Kelly DeVries)
- La mission de Jeanne d’Arc et le registre perdu de son examen à Poitiers (Charles T. Wood)
- Mensonges vrais : travestissement et idolâtrie au procès de Jeanne d’Arc (Susan Schibanoff)
- Jeanne d’Arc fut-elle un
signe
de l’innocence de Charles VII ? (Jean Fraikin) - Les erreurs de transcription dans les sources de l’histoire de Jeanne d’Arc (Olivier Bouzy)
Je ne vous nomme point la voix de saint Michel
: l’identification des voix de Jeanne d’Arc (Karen Sullivan)- Les aventuriers de l’Arc perdu : secret, stratagème et spéculation au procès de Jeanne d’Arc (Steven Weiskopf)
- Jeanne d’Arc et Christine de Pizan : la symbiose de deux guerrières dans le Ditié de Jehanne d’Arc (Christine McWebb)
- Propagande sans langue de bois : le parti pris de Christine de Pizan pour Jeanne (Anne D. Lutkus and Julia M. Walker)
- Parole d’anges : un évêque du XVe siècle défend les voix célestes de Jeanne d’Arc (Jane Marie Pinzino)
- Le commentaire de Martin Le Franc sur le traité de Jean Gerson consacré à Jeanne d’Arc (Gertrude H. Merkle)
- Pourquoi Jeanne d’Arc ne devint jamais une Amazone (Deborah Fraioli)
- Le dernier procès de Jeanne d’Arc : l’offensive des avocats du diable (Henry Ansgar Kelly)
- Jeanne au cinéma (Kevin J. Harty)
- Le
phénomène Jeanne
et la droite française (Nadia Margolis)
- Épilogue : Jeanne d’Arc ou la survie d’un peuple (Régine Pernoud)
- Appendice 1 : Jeanne d’Arc et ses soignants (Marie-Véronique Clin)
- Appendice 2 : Aspects de la culture matérielle en région parisienne à l’époque de Jeanne d’Arc (Nicole Meyer-Rodrigues)
- Contributeurs
Table détaillée
- Préface (Charles T. Wood)
- L’épée dans le rocher de Jeanne d’Arc (Bonnie Wheeler)
- Une femme qui commande aux hommes : la carrière militaire de Jeanne d’Arc (Kelly DeVries)
- Introduction : Jeanne chef de guerre, une facette négligée par l’historiographie, et une question rarement posée : pourquoi des soldats ont-ils suivi une femme ?
- Thèse : Jeanne est plus proche du capitaine de compagnie libre que du général noble (soldats d’élite, victoires, mémoire légendaire), mais la loyauté de ses soldats repose sur la promesse du salut spirituel plutôt que sur le butin terrestre (refus du pillage, piété populaire, modèle des mulieres sanctæ)
- Rappel de sa carrière militaire : Orléans, Patay, sacre de Reims ; échec devant Paris, capture à Compiègne et bûcher
- Une autorité contestée par l’ennemi et les capitaines nobles, mais une loyauté sans faille des troupes (l’ennemi attribue cette loyauté à la sorcellerie ou à la terreur, les capitaines raillent Jeanne et contestent ses choix tactiques ; elle s’impose par des réprimandes, des menaces et la désobéissance, jusqu’au ralliement des capitaines)
- Des talents militaires reconnus, qui n’expliquent pourtant pas l’adhésion des soldats (maniement de la lance, artillerie, éloge de Pie II ; refus de verser le sang)
- Jeanne perçue comme une mulier sancta envoyée par Dieu, dont la sainteté rejaillit sur ses soldats (discipline morale imposée aux troupes,
miracles
militaires, virginité) - Conclusion : Jeanne à la jonction de la sainte femme et du capitaine mercenaire, qui paie ses troupes d’élite en richesses spirituelles
- La mission de Jeanne d’Arc et le registre perdu de son examen à Poitiers (Charles T. Wood)
- Introduction : la disparition du registre de Poitiers, sans doute volontaire, éclaire la mission initiale de Jeanne, les véritables objectifs du procès en nullité et l’évolution de ses réponses à Rouen
- L’examen de Poitiers et son registre : des conclusions prudentes et évasives, qui laissent au roi la responsabilité de la décision (procédure de discernement de Gerson : les juges valident la pureté de vie mais attendent un signe, reporté à Orléans) ; une mission limitée à la délivrance d’Orléans (quand les témoins du procès en nullité la centrent sur le sacre de Reims) ; un registre qui a existé (demandes de Jeanne à Rouen, conclusions conservées) et dont la disparition ne peut être accidentelle
- Première hypothèse : une destruction après sa capture ou sa condamnation (1430-1431), pour effacer l’approbation royale d’une mission que l’échec semblait démentir
- Seconde hypothèse : une suppression lors de la réhabilitation, parce que les documents de 1429 contredisaient la nouvelle justification du sacre comme preuve de la filiation du roi (en 1429, l’ennemi contestait sa légitimité par le droit : traité de Troyes ; en 1450, par sa filiation : rumeurs d’adultère d’Isabeau de Bavière) ; seule hypothèse expliquant aussi l’absence des conclusions de Poitiers au procès en nullité
- Deux conséquences : une mission redéfinie au gré des événements et de l’évolution des enjeux, puis mythifiée après la mort de Jeanne ; un procès en nullité aux témoignages
démontrablement absurdes
, dont lespires fraudes
visaient moins à réhabiliter Jeanne qu’à laver le roi du soupçon de bâtardise - À Rouen, Jeanne comprend peu à peu que les clercs et son camp la désavouent : elle cesse d’invoquer le registre et de présenter Orléans comme un signe, livre sous la pression le récit de l’ange apportant la couronne, puis refuse, le 2 mai, de s’en remettre à l’Église de Poitiers, signe qu’elle a appris que les hommes,
même les hommes d’Église français
, ne sont pas dignes de confiance
- Mensonges vrais : travestissement et idolâtrie au procès de Jeanne d’Arc (Susan Schibanoff)
- Le texte comme prétexte : la construction du dossier contre Jeanne
- Passer pour un moine : la tradition hagiographique du travestissement saint
Hormis les marques distinctives de la nature
: le travestissement partiel de Jeanne- Mensonges vrais, mensonges faux : l’image et l’idole (ce travestissement n’élève pas l’esprit mais retient le regard sur son corps)
- Croupir oisif au lit : une déchéance de la masculinité
- Rendre le désir impossible : l’aveu involontaire des compagnons d’armes au procès en nullité
- Jeanne et le tailleur : rhabiller pour réhabiliter
- Jeanne d’Arc fut-elle un
signe
de l’innocence de Charles VII ? (Jean Fraikin)- Une farce de mi-carême : la première entrevue de Chinon (contre Claude Desama)
- Certaines choses dites au roi en secret (contre Bernard Guenée)
- Les erreurs de transcription dans les sources de l’histoire de Jeanne d’Arc (Olivier Bouzy)
- Introduction : Les limites de l’édition pionnière de Quicherat et le projet d’un
Nouveau Quicherat
du Centre Jeanne d’Arc - La bannière de Chandos : une fausse lecture du nom Glacidas (Quicherat, V, 1849), perpétuée sans vérification du manuscrit et malgré l’anachronisme
- Le traité de Jacques Gélu : un texte amputé par préjugé contre la théologie (Quicherat, V, 1849), puis mal traduit, et pourtant précieux
- Les lettres de Jeanne d’Arc : une erreur d’imprimeur sur un fac-similé (Wallon, 1883), qui fit conclure tantôt à un faux, tantôt que Jeanne savait écrire
- La maison de Jeanne à Orléans : une erreur de lecture d’un acte,
la Pucelle
pourla Pinelle
(Doinel, 1876), attribue à Jeanne la location d’une maison - L’anoblissement de Guy de Cailly : un faux fabriqué par Charles du Lys pour anoblir les ancêtres de son épouse, reproduit par Quicherat malgré ses doutes (V, 1849)
- La Piuzela d’Orlhienx : un titre inventé par ses éditeurs (Lanéry-d’Arc et Grellet-Balguerie, 1890), venu appuyer les thèses prêtant à Jeanne une parenté royale
- La
Bonne Nouvelle
: une légende sans source (1885) rattache le nom de la chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle de Montpellier à l’annonce dans la ville de la délivrance d’Orléans - La dispersion des restes de Cauchon : un châtiment posthume imaginaire, démenti par l’ouverture de son cercueil intact en 1931
- Conclusion : hormis les deux procès, qui ont fait l’objet d’éditions modernes, les documents sur Jeanne manquent d’éditions critiques fiables, ce qui fausse sa compréhension
- Introduction : Les limites de l’édition pionnière de Quicherat et le projet d’un
Je ne vous nomme point la voix de saint Michel
: l’identification des voix de Jeanne d’Arc (Karen Sullivan)- Introduction : pour pénétrer l’expérience intime des voix de Jeanne, les clercs de Rouen exigent qu’elle les identifie (ange, saint ou Dieu lui-même ?) ; cette exigence scolastique de précision s’oppose à la culture laïque de ses contemporains, qui jugent sa mission à ses fruits et restent indifférents à l’identité des voix
- Thèse : tous les historiens ont admis l’identification des voix à sainte Catherine, sainte Marguerite et saint Michel, comme si le procès n’avait fait que la révéler ; une nouvelle lecture montre au contraire que le procès l’a produite
- Absence des saints hors du procès : Jeanne se dit envoyée par Dieu (
Messire
,mon Seigneur
,le roi du ciel
), en insistant sur le but de sa mission (secours d’Orléans, sacre de Reims), sans s’étendre sur son expérience privée ; les chroniqueurs passent vite sur son inspiration pour raconter ses exploits ; lesvoix
,révélations
ouconseil
sont plus rares ; seuls le Bourgeois de Paris et le doyen de Saint-Thibaut de Metz nomment les saints, mais après le procès et sans doute sous son influence - Évolution au cours du procès
- Au début : Jeanne ne parle plus de Dieu mais de ses
voix
, et diffère sa réponse face à l’insistance des juges sur leur identité - Le quatrième jour (27 février 1431) : elle nomme Catherine, Marguerite et Michel, mais hésite, varie et déborde des questions ; les clercs ne retiennent dans l’acte d’accusation que les réponses conformes
- Jeanne est sommée d’identifier ses voix, mais libre de l’identification (ange, saint ou Dieu) : elle choisit des saints familiers qui lui ressemblent
- Au début : Jeanne ne parle plus de Dieu mais de ses
- Conclusion : Jeanne finit par percevoir ses voix comme les saints qu’elle a nommés (
aussi fermement que Dieu existe
) ; l’interrogatoire crée la vérité qu’il prétend révéler (ex. affaire Christian Ranucci, 1974-1976, où l’accusé est amené en garde à vue à se persuader d’un meurtre qu’il niera ensuite)
- Les aventuriers de l’Arc perdu : secret, stratagème et spéculation au procès de Jeanne d’Arc (Steven Weiskopf)
- Introduction : l’exposition du corps nu de Jeanne après le bûcher (d’après le Bourgeois de Paris), comme ultime tentative de percer son secret, qu’elle avait gardé depuis l’ouverture du procès (serment limité, révélations réservées au roi)
- Thèse : Jeanne se construit elle-même comme un texte révélé qui refuse de se laisser lire ; la fixation sur ses secrets en dit moins sur Jeanne que sur les angoisses masculines des autorités ecclésiastiques et laïques sur leur pouvoir d’interpréter, et sur la légitimité royale qui en dépend
- L’illusion de lire le corps dévêtu : exposer le corps, c’est s’imaginer lire la vérité comme dans un livre ouvert (cf. Sheila Lindenbaum) ; mais on y constate seulement que Jeanne était une femme, ce qui n’explique rien de ses victoires ; plus on cherche à la saisir, plus elle se dérobe, et ses interprètes perdent leur propre assurance (cf. Diane Elam : la
mise/Miss en abyme
) - Un défi à l’autorité de l’Église : les juges, de connivence avec le pouvoir anglais (Cauchon), défendent leur monopole d’interprétation (cf. Frank Kermode sur les institutions) ; comme les mystiques, Jeanne fait de son corps le lieu de la révélation et substitue ses voix à la médiation de l’Église
- Le secret du royaume : ce que les juges veulent percer, c’est le signe qui a désigné Charles VII comme roi légitime (Marc :
à vous est donné le secret du royaume
) ; Jeanne refuse de le livrer, et c’est à travers elle que le roi est jugé (votre roi est hérétique et schismatique
) ; le sacre de Reims, qu’elle avait annoncé à Chinon, a ruiné la propagande anglaise - Abjuration et rechute : les juges tentent d’imposer leur lecture ; ils forcent Jeanne à abjurer le 24 mai, et le désaveu de ses voix discrédite Charles VII ; mais trois jours plus tard, elle revient sur son abjuration (ses voix lui reprochent une trahison) et redevient insaisissable
- Conclusion : ses ennemis ont exposé et détruit le support du texte (corps de Jeanne) sans parvenir à en percer ni à en fixer le sens, sur lequel ils continuent de projeter leurs angoisses (Bedford, 1434), à commencer par le doute sur leur propre légitimité
- Jeanne d’Arc et Christine de Pizan : la symbiose de deux guerrières dans le Ditié de Jehanne d’Arc (Christine McWebb)
- Introduction : ce tout premier récit des exploits de Jeanne (1429) est aussi la dernière œuvre de Christine de Pizan, qui sort de onze ans de retraite pour l’écrire ; femme écrivain dans un milieu de lettrés masculins, elle y poursuit son combat dans la querelle des femmes
- Un recours obligé aux masques masculins ou androgynes : Christine s’était imposée en adoptant une identité d’homme (secrétaire de Cupidon dans l’Épître au dieu d’Amour, homme aux commandes d’un navire dans la Mutation de Fortune) ou en regrettant de n’être pas née homme (Cité des dames) ; convergence entre la plume de Christine et l’épée de Jeanne
- Thèse : en ouvrant le Ditié sur
Je, Christine
, la poète fait tomber les masques et parle en tant que femme, en même temps qu’elle célèbre Jeanne comme héroïne en tant que femme (cf. Émile Benveniste sur leje
et letu
de l’énonciation) - Lecture du Ditié centrée sur la relation entre le
je
de Christine et letu
adressé à Jeanne (interlocutrice et sujet du poème)- Du
je
aunous
: la renaissance de Christine grâce aux exploits de Jeanne s’étend à tout le royaume, dont elle se fait la voix - Une attestation du miracle : Jeanne est l’envoyée de Dieu ; la poète se fonde sur des faits connus (examen de Poitiers, chevauchée avec le roi après le sacre) et montre que Jeanne surpasse les figures bibliques et antiques (Esther, Judith, Débora ; Hector, Achille)
- Exaltation de la féminité de Jeanne : vierge (
jeune pucelle
), mère nourricière de la France (la mamelle de paix
), donc figure mariale, mais aussisimple bergiere
, proche de toutes les femmes ; d’où le criHee ! quel honneur au femenin sexe !
, qui libère Christine de son armure androgyne
- Du
- Conclusion : légitimation mutuelle de l’écrivaine et de l’héroïne : Jeanne donne à Christine l’autorité d’écrire en tant que femme (revendiquée dans l’explicit) ; Christine inaugure le mythe de Jeanne, emblème de l’héroïsme féminin
- Propagande sans langue de bois : le parti pris de Christine de Pizan pour Jeanne (Anne D. Lutkus and Julia M. Walker)
- Introduction et thèse : loin d’un simple poème de célébration, le Ditié est une propagande politique en faveur de Jeanne contre Charles VII sur la question de Paris ; daté du 31 juillet 1429, il aurait été écrit plus tard, fin août ou septembre, et antidaté pour lui donner la force d’une prophétie en cours de réalisation
- La trêve et la question de Paris : après le sacre, Charles VII conclut avec la Bourgogne une trêve de quinze jours qui doit lui livrer Paris ; Jeanne la désapprouve (lettre aux Rémois), mais ne donne l’assaut à Paris qu’en septembre ; le désaccord ne pouvait être public dès le 31 juillet
- Lecture du Ditié : Jeanne au-dessus du roi
- Une poète prophétesse : après les prophéties de Merlin, de la Sibylle et de Bède, au centre du poème, Christine prophétise à son tour (croisade menée par Jeanne, entrée du roi dans Paris
promise
par la Pucelle) ; ouvert parJe, Christine
comme un acte juridique, le poème ne tire son autorité que d’elle-même et de Dieu - Un poème sur Jeanne plus que sur le roi : la Pucelle est désignée dans 27 strophes, le roi dans 14 ; seules les actions de Jeanne sont au présent ; son triomphe futur est affirmé (indicatif), la grandeur du roi seulement souhaitée (subjonctif) ; le roi tient son pouvoir de Jeanne
- Une critique voilée du roi : les strophes qui suivent le sacre montrent un roi qui s’efface ; celles sur Paris et sur ceux à qui le poème déplaira visent le roi et les partisans de la trêve
- Une poète prophétesse : après les prophéties de Merlin, de la Sibylle et de Bède, au centre du poème, Christine prophétise à son tour (croisade menée par Jeanne, entrée du roi dans Paris
- Conclusion : quelle que soit la date exacte du poème, Christine signe sciemment une pièce de propagande en faveur de Jeanne et contre les arbitrages politiques de Charles VII
- Parole d’anges : un évêque du XVe siècle défend les voix célestes de Jeanne d’Arc (Jane Marie Pinzino)
- Introduction et thèse : le procès de réhabilitation (1456) ne cherche pas qu’à annuler la condamnation de 1431, mais aussi à réhabiliter les voix de Jeanne, déclarées diaboliques à Rouen ; les deux procès sont politiques, et le second, pro-français, porte des témoignages sincères (cf. Régine Pernoud), mais d’une vérité moins littérale que culturelle : celle d’un peuple élu de Dieu, dont Jeanne est la figure centrale
- Le traité d’Élie de Bourdeilles : parmi les huit consultations de théologiens et de juristes, celle de l’évêque de Périgueux est la plus attentive aux voix de Jeanne, et justifie le terme de
réhabilitation
; interprétant tout en faveur de Jeanne (Ne jugez pas
), Bourdeilles fait de la France un nouvel Israël et de Jeanne un nouveau Moïse - La défense des voix
- L’existence et le rôle des esprits célestes (anges et saints) : ils gardent les royaumes et les personnes, combattent pour Dieu (saint Michel) et apparaissent aussi aux humbles et aux femmes (les bergers, Agar, Marie) ; l’ange gardien préserve du péché, instruit, révèle la volonté divine et protège la virginité (Sara, Cécile), dont Jeanne est un exemple ; la condition de Jeanne (sexe, âge, origine paysanne) plaide pour l’origine divine de sa sagesse
- Voix et apparitions : Dieu choisit à qui et comment se manifestent les esprits, par une voix ou sous une apparence corporelle (comme Jeanne les décrit dans ses interrogatoires) ; ces réalités secrètes échappent donc au jugement des hommes
- Bons ou mauvais esprits ? : difficulté principale, car le démon peut se déguiser en ange de lumière et Dieu se sert parfois de démons (la Pâque, Balaam) ; mais dans le cas de Jeanne, on peut pieusement croire qu’il s’agit de bons esprits : sa piété, son refus de toute magie (elle n’invoquait que la Trinité, le Christ et la Vierge), la lumière et le réconfort de ses visions, la valeur de leurs conseils et surtout sa mission de délivrance et de miséricorde (œuvre que Dieu ne confie jamais aux mauvais anges)
- Une contradiction : Bourdeilles reproche aux juges de Rouen d’avoir jugé les réalités secrètes de Jeanne, mais les juge lui-même ; il perpétue ainsi le contrôle de l’Église sur la mystique des femmes laïques, signe d’une ambivalence qui conduira aux procès de sorcellerie
- Conclusion : écrivant après la victoire finale, Bourdeilles fonde surtout sa défense des voix de Jeanne sur le succès de sa mission ; il raconte l’histoire du salut d’un peuple délivré par les mérites de saint Louis et des rois saints, et dont Jeanne est le lien avec le Ciel
- Le commentaire de Martin Le Franc sur le traité de Jean Gerson consacré à Jeanne d’Arc (Gertrude H. Merkle)
- Introduction : six huitains du Champion des dames de Martin Le Franc (1440-1442), retirés du manuscrit original et retrouvés par Arthur Piaget (1893), portent sur la mission de Jeanne, son habit d’homme et le
petit traité
de Gerson ; ils éclairent à la fois l’échec du poème et le traité de Gerson - Martin Le Franc et le Champion des dames : prêtre et poète, secrétaire d’Amédée VIII (Félix V), élève de Thomas de Courcelles (l’un des juges de Jeanne), Le Franc défend les femmes contre la misogynie savante (Roman de la Rose) et célèbre Christine de Pizan et Jeanne, à laquelle il consacre 45 strophes
- Le De mirabili victoria de Gerson (14 mai 1429) : traité théologique écrit au lendemain de la délivrance d’Orléans, qui aborde le cas de la Pucelle sous trois aspects : il n’est pas nécessaire d’y croire (pieuse croyance), et le jugement revient aux supérieurs (alors que Gerson est l’un des plus éminents théologiens de son temps) ; la mission de Jeanne est juste, désintéressée et exempte de sortilèges ; l’interdit du Deutéronome sur l’habit d’homme n’oblige plus (loi judiciaire de l’Ancien Testament), sauf s’il est confirmé à nouveau par les supérieurs
- Les strophes retrouvées, une raillerie de Gerson : après avoir rappelé que les anges accompagnaient Jeanne et que Dieu l’a envoyée, humble créature, abattre l’orgueil anglais, Le Franc raille le traité de Gerson,
plus subtil que nous ne pensons
: sur l’habit d’homme, sa réserve (sauf confirmation par les supérieurs) permettait d’invoquer contre Jeanne un interdit aussi caduc que les interdits alimentaires de la loi mosaïque, que plus personne ne respecte (le lièvre, le porc), et il lui oppose une justification pratique : l’habit court rendait Jeanne plus agile et plus redoutée ; en ne nommant jamais Jeanne, le traité défend son auteur plus qu’elle, et laisse ouverte la voie à la condamnation (qu’annonce déjà la réponse d’un clerc parisien à Gerson) ; en s’en moquant, Le Franc raillait l’Inquisition - Des strophes censurées : mal reçu, le poème exposait son auteur au bûcher (Complainte, ajoutée par la suite), ses détracteurs voulant qu’on le brûle ou qu’on l’oblige à le réécrire ; tant que la condamnation de Jeanne tenait, ces strophes étaient subversives et exposaient le prince à l’excommunication ; en les retirant, Le Franc aurait
réécrit
son livre - Mais des strophes sauvées : Jean de Créqui, bibliothécaire de Philippe le Bon, que Le Franc désigne dans la Complainte comme le défenseur de son honneur, les aurait mises à l’abri en les faisant copier à la fin d’un manuscrit
- Appendice (les stances retrouvées)
- Introduction : six huitains du Champion des dames de Martin Le Franc (1440-1442), retirés du manuscrit original et retrouvés par Arthur Piaget (1893), portent sur la mission de Jeanne, son habit d’homme et le
- Pourquoi Jeanne d’Arc ne devint jamais une Amazone (Deborah Fraioli)
- Introduction et thèse, la fausse piste de l’Amazone : la vogue des Amazones chez les premiers humanistes n’a pas favorisé l’approbation de la mission de Jeanne par les théologiens de Charles VII, car sa gloire tenait à sa faiblesse, signe qu’elle était l’instrument de Dieu ; ses modèles étaient donc les héroïnes bibliques et non les Amazones païennes, dont la force, acquise par l’entraînement, visait leur propre gloire ; ce que montre Christine de Pizan dans le Ditié
- Les Neuf Preux et les Neuf Preuses : le canon masculin (1312) célèbre la prouesse guerrière de trois héros païens (Hector, Achille, César), trois de l’Ancien Testament (Josué, David, Judas Maccabée) et trois chrétiens (Arthur, Charlemagne, Godefroy de Bouillon) ; apparu plus tard, le canon féminin ne parvient pas à cette symétrie : Jean Le Fèvre n’y admet que des guerrières païennes, surtout des Amazones, car des héroïnes bibliques ou des saintes auraient fait prévaloir la vertu sur la prouesse ; le poète Eustache Deschamps hésite entre ces deux modèles de gloire féminine
- L’irruption de Jeanne et son examen à Poitiers (1429) : au même moment, un poème latin de propagande la présente en Amazone,
fille de Mars
; mais les théologiens chargés de se prononcer pensent sa mission à partir de l’Ancien Testament : les Français sont le nouveau peuple de Dieu (De quadam puella, Jacques Gélu), et Jeanne, comme Esther et Judith, montre la faiblesse triomphant de la force (1 Co 1, 27) - Le Ditié de Christine de Pizan (1429) : dans le sillage des théologiens, Christine insiste sur la fragilité de Jeanne, sans jamais diminuer son miracle, et ne cite aucune Amazone ; elle refait le canon des preux et des preuses avec les seuls personnages bibliques (Moïse, Josué, Gédéon ; Esther, Judith, Débora), célébrés non pour leurs prouesses mais pour les miracles que Dieu a accomplis par eux
- La métamorphose des Neuf Preuses : en France, le canon reste celui des Amazones, où Mamerot (1461) fait entrer Jeanne comme dixième preuse, avant de disparaître ; en Allemagne, il est recomposé sur le modèle des Preux, avec des femmes vertueuses (trois païennes, trois bibliques, trois chrétiennes), mais sans Jeanne, sans doute jugée trop Amazone
- Conclusion : la vogue des Amazones, et l’image d’Amazone qui reste attachée à Jeanne après Poitiers, pourraient laisser croire que les théologiens qui l’examinaient la voyaient ainsi ; il n’en est rien : dans ce cercle restreint, où son cas fut pensé à partir de la Bible, les Amazones n’ont joué aucun rôle dans son approbation
- Le dernier procès de Jeanne d’Arc : l’offensive des avocats du diable (Henry Ansgar Kelly)
- Introduction : le dernier procès de Jeanne : après le procès pour promesse de mariage, l’examen de Poitiers (1429), les procès de condamnation et de relapse (1431), et le procès en nullité (1455-1456), Jeanne affronte un sixième procès, celui de sa canonisation (1869-1920) ; lancé par Mgr Dupanloup, retardé par la guerre de 1870, instruit à Orléans, il se poursuit à Rome, à l’écart des tensions entre la France et le Saint-Siège : l’étude porte sur cette phase romaine (1892-1903), dont la forme accusatoire oppose le promoteur de la foi, communément appelé l’avocat du diable, aux défenseurs de la cause
- Premier avocat du diable, Augustin Caprara, face à Hilaire Alibrandi : la réputation de sainteté (1893)
- Contexte : il s’agit d’abord d’établir la réputation de sainteté de Jeanne ; les débats sont réunis dans la Positio super introductione causæ (1893)
- Réquisitoire
- Prologue : Caprara compare Jeanne à Christophe Colomb, dont la cause avait échoué (1877) ; il admire la première partie de sa vie, mais juge que sa captivité en révèle les fautes (ce sera sa conclusion) ; sa réputation de sainteté est récente : Benoît XIV (XVIIIe siècle) la citait en exemple d’une prophétie sans sainteté
- Examen des pièces du dossier : Caprara accorde plus de crédit au procès de condamnation qu’à celui de réhabilitation, et demande d’écarter la déposition de l’historien Henri Wallon, recueillie à Paris sans l’autorisation de l’archevêque
- Objections aux arguments de la défense : Jeanne fut admirée pour ses exploits, non pour sa sainteté ; Caprara la loue d’avoir refusé les honneurs quasi divins que lui rendait le peuple, sans voir qu’il reconnaît ainsi une réputation de sainteté ; elle manqua parfois de pudeur (le duc d’Alençon a vu ses seins) et de douceur ; son don de prophétie ne prouve pas sa sainteté ; elle n’est pas martyre, car on ne meurt pas martyr pour une révélation privée ; aucun miracle ne lui est attribué
- Obstacles : la réhabilitation ne fut jamais confirmée par le pape ; canoniser Jeanne exposerait le clergé qui l’a condamnée ; captive, elle a failli : saut de Beaurevoir, insoumission à ses juges, mensonges sur le signe, abjuration, refus de soumettre ses révélations à l’Église (Caprara raille les théologiens de la réhabilitation qui défendaient son droit au secret : Bouillé, Ciboule, Montigny)
- Issue : regrettant presque d’avoir dû soulever tant d’obstacles, Caprara espère qu’ils seront levés, ce dont Alibrandi prend acte ; le décret d’introduction de la cause déclare Jeanne vénérable (1894), et la Synopsis vitae publiée par la Congrégation écarte ses objections : l’abjuration, par exemple, n’y compromet en rien Jeanne
- Deuxième avocat du diable, Jean-Baptiste Lugari, face à Minetti, Mariani et Guidi : l’héroïcité des vertus, premier examen (1901)
- Contexte : il faut désormais prouver que Jeanne a pratiqué à un degré héroïque les vertus théologales et cardinales ; les débats sont réunis dans les deux volumes de la Positio super virtutibus (1901)
- Réquisitoire
- Prologue : Lugari reconnaît en Jeanne une femme remarquable, mue par une inspiration divine, mais juge que les lois de l’Église s’opposent à sa canonisation
- Examen des pièces du dossier : le procès de réhabilitation n’est pas moins politique que celui de condamnation, seulement partial en sa faveur
- Objections aux arguments de la défense : les textes invoqués ne prouvent aucune vertu héroïque ; manque de force d’âme (souffrances subies sans les désirer, réaction à une blessure, crainte de la prison, voix mal comprises, peur devant la mort), de tempérance (colère, goût du luxe, pudeur : Alençon et d’Aulon l’ont vue à demi nue) et d’humilité
- Obstacles : Lugari rejette la réponse d’Alibrandi à Caprara, selon laquelle Benoît XIV, en citant Jeanne, invitait à ouvrir sa cause ; il juge aussi que Jeanne s’en est tenue à son propre jugement sur ses révélations ; elle a combattu les jours de fête, manqué de respect à ses juges, menti, méprisé ses voix en sautant de la tour et, en abjurant, renié la mission reçue de Dieu
- Issue : les objections sont examinées en congrégation antépréparatoire, chez le cardinal rapporteur Parocchi, où seuls les consulteurs votent ; la cause est admise devant la congrégation préparatoire
- Troisième avocat du diable, Alexandre Verde, face à Minetti, Mariani et Guidi : l’héroïcité des vertus, deuxième et troisième examens (1902-1903)
- Contexte : la cause passe en congrégation préparatoire, puis générale, présidée par le pape ; à chaque étape, Verde doit présenter ses objections et celles des consulteurs, experts de la Congrégation, qu’il juge valables ; il en fait l’essentiel de ses réquisitoires, ce qui leur donne un poids nouveau
- Premier réquisitoire, devant la congrégation préparatoire (1902)
- Examen des pièces du dossier : faute de témoins contemporains, de documents sûrs et de tradition, les preuves manquent ; les témoins modernes, trop enthousiastes (Ayroles), manquent d’impartialité
- Objections aux arguments de la défense : les voix de Jeanne relèveraient peut-être de l’hystérie, ce que réfute Minetti ; sa mission, qui ne visait qu’à libérer la France, ne peut se comparer à celles des héroïnes de l’Ancien Testament, qui préparaient la venue du Messie, et rien ne prouve qu’elle fût divine : cette France a produit Charles VIII et ses guerres en Italie, François Ier, etc. ; ses faiblesses (pudeur, force, humilité) excluent l’héroïcité de ses vertus
- Obstacles : la défense n’a toujours pas fourni la liste des vertus héroïques demandée par Lugari ; le saut de Beaurevoir et l’abjuration restent des fautes
- Second réquisitoire, devant la congrégation générale (1903)
- Examen des pièces du dossier et objections aux arguments de la défense : les documents historiques ne suffisent pas, et ne vantent que ses vertus militaires ; sa chasteté et sa force ne furent pas héroïques
- Obstacles : le saut de Beaurevoir, que Minetti présente comme la chute d’une corde rompue, et l’abjuration, dont il conteste la formule en s’appuyant sur le débat savant qui l’a depuis corrigée
- Conclusion : l’acquittement (les accusations de l’avocat du diable contre ses vertus sont rejetées) : au terme de ce procès, et malgré les réserves de nombreux consulteurs, attachés à une sainteté sans faiblesse et à un idéal étroit de pudeur, Pie X proclame l’héroïcité des vertus de Jeanne (6 janvier 1904) ; trois miracles approuvés, elle est béatifiée en 1909, à l’unanimité des cardinaux et des consulteurs
- Jeanne au cinéma (Kevin J. Harty)
- Introduction : Jeanne au cinéma, une symbolique changeante : plus que les faits historiques, bien connus, c’est la symbolique mouvante de Jeanne qui fascine les cinéastes depuis près d’un siècle
- Le cinéma muet (1897-1928)
- Méliès, Jeanne d’Arc (1897-1900) : douze tableaux, de la bergère de Domrémy à l’apothéose, montrent d’abord l’héroïne nationale, puis la future sainte
- Hatot, Jeanne d’Arc (1898), et Caserini, La béatification de Jeanne d’Arc (1901) et Vie de Jeanne d’Arc (1908-1909, d’après Schiller) : films presque entièrement perdus
- Capellani, Jeanne d’Arc (1908-1909, Léontine Massart) : sorti pour la béatification, le film innove en alternant studio et extérieurs, et fait de Jeanne un chef de guerre ; entre la Jeanne républicaine et la Jeanne catholique, il ménage aussi l’Entente cordiale : les ennemis ne sont jamais désignés comme anglais, et les évêques français occupent la tribune des juges
- Oxilia, Giovanna d’Arco (1913, Maria Jacobini) : grand spectacle (mille figurants, trois cents chevaux) qui concilie des sources opposées (Anatole France contre Andrew Lang et Gabriel Hanotaux) ; il ajoute à Jeanne un compagnon, Bertrand, et lui fait pardonner à Loyseleur
- DeMille, Joan the Woman (1917, Geraldine Farrar) : premier grand spectacle sur Jeanne et appel à l’entrée en guerre des États-Unis aux côtés de la France ; un soldat anglais de 1917 revit l’amour d’un chevalier pour Jeanne ; le film peut aussi se lire comme un plaidoyer pour le vote des femmes, et montre des juges encagoulés à la manière du Ku Klux Klan
- Dreyer, La passion de Jeanne d’Arc (1927-1928, Maria Falconetti) : le plus grand film sur Jeanne ; les interrogatoires, condensés en une seule journée et filmés en gros plans, font de son procès une passion à l’image de celle du Christ ; le film prouve que le cinéma peut être un art
- De Gastyne, La merveilleuse vie de Jeanne d’Arc (1928, Simone Genevois) : succès de son temps, perdu puis restauré par la Cinémathèque française, le film célèbre le chef de guerre et l’héroïne nationale, et fait de son procès la suite de son combat contre les Anglais ; il est tourné à Carcassonne, à Reims et au Mont-Saint-Michel
- Le cinéma parlant (1935-1994)
- Ucicky, Das Mädchen Johanna (1935, Angela Salloker) : film approuvé par le régime nazi, dont le héros est Charles VII, prince machiavélique qui sacrifie Jeanne au bien de la nation, et qui annonce un sauveur de l’Allemagne ; la critique anglo-saxonne n’y vit alors rien d’inquiétant
- Fleming, Joan of Arc (1948, Ingrid Bergman) : superproduction en Technicolor tirée de la pièce de Maxwell Anderson ; elle reflète la guerre froide (une paix qui n’assure aucune sécurité), la vogue des films religieux, et l’image publique que Bergman s’était construite
- Rossellini, Giovanna d’Arco al rogo (1954, Ingrid Bergman) : tiré de l’oratorio de Claudel et Honegger, le film montre Jeanne immobile au bûcher, entre dialogues et retours en arrière, avec des juges à têtes d’animaux ;
cinéma pur
pour Rossellini, il a divisé la critique - Preminger, Saint Joan (1957, Jean Seberg) : d’après Shaw, sur un scénario de Graham Greene, le film fait de Jeanne une jeune fille désinvolte ; échec critique et commercial, il trahit Shaw, qui donnait aussi la parole aux accusateurs
- Bresson, Le procès de Jeanne d’Arc (1962, Florence Carrez) : réaction à la commercialisation hollywoodienne, le film se limite au procès et garde Jeanne à distance ; indifférent à la politique, il en fait une méditation sur la grâce, que l’on conquiert par sa propre volonté
- Rivette, Jeanne la Pucelle (1993-1994, Sandrine Bonnaire) : deux films de près de trois heures chacun (Les batailles, Les prisons), dépouillés et sans parti pris politique ni psychologique ; Jeanne y est à la fois héroïque et humaine, mais le film gagnerait à être plus court
- Conclusion : un siècle de regards sur Jeanne : de Méliès à Rivette, aucun esprit commun ne relie ces films ; comme l’intérêt pour le Moyen Âge, celui pour Jeanne peut masquer des archaïsmes religieux ou des réactions politiques ; les cinéastes l’ont montrée tour à tour paysanne, politique rusée, androgyne, femme, pécheresse en proie au doute, symbole national et sainte sûre d’elle
- Le
phénomène Jeanne
et la droite française (Nadia Margolis)- Introduction et thèse : le
phénomène Jeanne
: les percées électorales du Front national de Jean-Marie Le Pen en 1995 invitent à retracer l’histoire de la droite française, dont les idéaux se cristallisent en Jeanne ; cephénomène
, pluriel au point d’en être contradictoire, a été façonné par des intellectuels, même les plus objectifs, qui ont contribué à la renaissance d’une Jeanne de droite ; comme l’Allemagne nazie après 1918, la droite française veut restaurer la fierté nationale après 1870, mais elle n’a pas besoin d’emprunter son idéal : elle a Jeanne - Un clivage gauche/droite dès l’époque de Jeanne d’Arc : après Azincourt (1415), la France est divisée et démoralisée ; Jean-François Kahn voit dans les Bourguignons, soutenus par le peuple de Paris (ordonnance cabochienne, dont Cauchon fut l’un des auteurs), la première gauche, et dans les Armagnacs, royalistes, la première droite ; relue ainsi, la vie de Jeanne offre des prises à tous les camps, mais son lien avec Dieu et le roi l’apparente plus naturellement à la droite
- De nobles intentions ? La naissance d’une Jeanne de droite (XIXe-XXe siècles)
- Une Jeanne disputée : à la fin du XIXe siècle, Jeanne incarne l’opposition entre l’ancienne et la nouvelle France, catholique-monarchiste d’un côté, démocratique-révolutionnaire de l’autre (Winock), avec bien des nuances ; si les intellectuels s’efforcent de réunir ces figures au service de l’unité nationale, c’est la Jeanne de droite, emblème du
nationalisme intégral
, qui finit par s’imposer auprès du grand public - De la Révolution à Michelet, une historiographie républicaine qui finit par profiter à la droite : sous la Révolution, la droite s’empare de Jeanne quand les révolutionnaires lui préfèrent Marianne ; mais en voulant combattre l’imaginaire de droite par la vérité savante, les historiens républicains Quicherat et Michelet l’ont nourri (Michelet faisant malgré lui ce que Leni Riefenstahl fera sciemment pour les nazis)
- L’Action française (1899) : Maurras, Daudet et Bernanos diffusent leur Jeanne jusque dans les manuels scolaires ; condamnés par le Vatican (1926), ils s’identifient à Jeanne persécutée par l’Église
- Les images de Jeanne : de la fillette de Boutet de Monvel (1896) à la Jeanne christique de Guillonnet (1912) et à la guerrière virile de l’affiche de Vichy ; la statue de Frémiet, place des Pyramides ; aucune de ces images ne libère la femme de son rôle traditionnel
- Le mythe lorrain : Barrès cherche à Domrémy une Jeanne plus celtique que catholique, et Péladan prétend percer son secret par l’occultisme
- Les affaires Dreyfus et Thalamas : le professeur Thalamas, qui enseignait une approche rationaliste de Jeanne, est agressé par les Camelots du roi, dont le futur sculpteur de Jeanne, Réal del Sarte ; la droite associe Dreyfus, Thalamas, Cauchon, les juifs et les francs-maçons comme ennemis de la France
- Bilan : la droite fait de Jeanne une essence de la France qui supplante Marianne : patriote, sainte, femme, mais aussi
antisémite et xénophobe
- Une Jeanne disputée : à la fin du XIXe siècle, Jeanne incarne l’opposition entre l’ancienne et la nouvelle France, catholique-monarchiste d’un côté, démocratique-révolutionnaire de l’autre (Winock), avec bien des nuances ; si les intellectuels s’efforcent de réunir ces figures au service de l’unité nationale, c’est la Jeanne de droite, emblème du
- Une nouvelle trahison des clercs ?
- Des récupérations successives, jusqu’au Front national : après l’Action française, Jeanne est revendiquée par les communistes, par Vichy (antisémitisme, anglophobie, soumission au régime), puis par le Front national de Le Pen (1984), qui en fait l’emblème de la lutte contre l’immigration et des valeurs familiales
- L’appel à la lucidité intellectuelle : le Front national n’a pas d’apologiste ayant le talent et l’érudition d’un Barrès ou d’un Maurras ; mais journalistes et universitaires, fascinés par les figures de l’extrême droite, écrivent sur elle en amateurs d’histoire ; mieux armés qu’autrefois, les historiens doivent se montrer plus vigilants pour informer le public
- Introduction et thèse : le
- Épilogue : Jeanne d’Arc ou la survie d’un peuple (Régine Pernoud)
- Introduction : une épopée brève aux conséquences décisives : en deux ans à peine, dont un en prison, Jeanne assure la survie d’une France divisée et envahie ; mais avec elle s’achève le monde qui avait vu naître la chevalerie (Malraux : le bûcher de Rouen,
cadavre brûlé de la chevalerie
) - La chevalerie, un idéal français et chrétien : de la paix de Dieu (Charroux, vers 989) et de la trêve de Dieu à la chevalerie du XIIe siècle, qui met la force au service des faibles, cet idéal exigeant unit les domaines du royaume et connaît son apogée sous saint Louis, où la guerre reste surtout défensive
- Son déclin, déjà avancé au début du XVe siècle : au XIVe siècle, la guerre n’est plus chevaleresque, même si le peuple en garde la mémoire (Jeanne respecte la trêve du dimanche devant Orléans) ; signe de cette décadence, l’assassinat du duc d’Orléans (1407), qui aurait été jugé monstrueux un siècle plus tôt, provoque la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, qui ouvre la voie à l’invasion anglaise
- Le sursaut suscité par Jeanne : au plus fort de la confusion (Paris occupé, l’Université ralliée aux Bourguignons), Jeanne délivre Orléans et fait sacrer le roi légitime ; alors que la chevalerie décline depuis Philippe le Bel (Courtrai, 1302 ; Crécy, Poitiers), elle en ranime la ferveur, qui se manifeste dans tout un peuple, et ses victoires (Patay efface Azincourt) renversent le cours de la guerre de Cent Ans
- Conclusion : Jeanne aura sauvé la France, pas la chevalerie : amorcé par Philippe le Bel, qui préféra les juristes aux chevaliers, le déclin s’achève avec Charles VII, qu’elle croyait chevaleresque et qui n’était qu’un
administrateur
(Péguy) ; avec son armée permanente et ses finances, il fonde l’État moderne, centralisé et uniforme, qui mènera à la Révolution et au monde d’aujourd’hui
- Introduction : une épopée brève aux conséquences décisives : en deux ans à peine, dont un en prison, Jeanne assure la survie d’une France divisée et envahie ; mais avec elle s’achève le monde qui avait vu naître la chevalerie (Malraux : le bûcher de Rouen,
- Appendices
- Jeanne d’Arc et ses soignants (Marie-Véronique Clin)
- Le personnel médical du temps
- Des professions qui se spécialisent et se masculinisent (médecins, chirurgiens, barbiers, matrones)
- Jeanne et ses soignants : sur le champ de bataille (barbiers et chirurgiens) ; à Rouen (quatre médecins, maîtres de la faculté de Paris, liés aux Anglais)
- Les pratiques médicales
- Les examens et les soins (palpation, pouls et saignée ; fièvre et vomissements après une carpe envoyée par Cauchon)
- Les examens de virginité à Poitiers et à Rouen (l’enjeu décisif de la
Pucelle
)
- Le personnel médical du temps
- Aspects de la culture matérielle en région parisienne à l’époque de Jeanne d’Arc (Nicole Meyer-Rodrigues)
- Jeanne d’Arc et ses soignants (Marie-Véronique Clin)
- Contributeurs