Biographie
Jules Quicherat (1814-1882)
par
(1882)
Éditions Ars&litteræ © 2021
Portrait

1Jules Quicherat
En annonçant dans le dernier numéro de la Revue1 la mort de Jules Quicherat, nous avons exprimé l’intention de lui consacrer une notice spéciale. C’est qu’en effet on mesurerait mal l’influence qu’a eue ce savant éminent sur le développement des études historiques si l’on se bornait à énumérer les titres de ses ouvrages.
Archéologue, il a créé la science de l’archéologie du moyen âge. Dès 1847, alors qu’aucune vue d’ensemble ne s’était encore manifestée, il était seul en état de substituer à l’engouement irraisonné des romantiques un corps de doctrine fondé sur des observations, où se trouvaient en germe la plupart des idées qu’il a semées pendant un enseignement de trente années sans cesse renouvelé. Critique, il a fait servir à la vérification et à l’interprétation des sources de l’histoire, textes ou monuments, les ressources inépuisables d’une sagacité supérieure et d’un jugement admirable de sûreté, servis par l’ensemble des connaissances les plus variées. Historien, il a fixé, en un style sobre et original, en des traits d’une précision merveilleuse la physionomie de l’une des époques les plus curieuses de notre histoire et son nom est désormais associé pour toujours à celui de Jeanne d’Arc. Professeur, il s’est conquis l’affection et le respect de trente-cinq promotions de jeunes gens sortis de l’École des chartes, auxquels son enseignement a inculqué, non pas seulement les principes des sciences qu’il a enseignées, mais le goût des études sérieuses, l’amour de la vérité, l’ardeur des recherches scientifiques, la connaissance des méthodes les plus rigoureuses de l’investigation et de la critique.
Et ce n’est pas tout encore, l’influence de son enseignement oral n’a pas été restreinte aux privilégiés qui ont pu se grouper 2autour de sa chaire pour écouter sa parole ; ses vacances de chaque année ont été l’occasion d’un autre enseignement non moins fructueux. Depuis sa sortie de l’École des chartes et pendant plus de quarante années, Quicherat n’a cessé de profiter de tous ses loisirs pour parcourir la France dans tous les sens, cherchant partout les antiquités, visitant les endroits célèbres dans l’histoire, amassant, pour le faire passer dans son enseignement, un trésor d’observations précises, mais aussi excitant aux recherches les travailleurs de la province, leur en expliquant l’intérêt, leur indiquant les moyens de s’instruire, les encourageant et les conseillant dans leurs travaux, provoquant partout la formation de collections particulières et de musées provinciaux. Rentré à Paris, il ne perdait pas de vue les recherches et les travailleurs auxquels il s’était intéressé ; aucune demande de renseignements ni de conseils ne lassait son dévouement à la science, il ne cessait de prodiguer les indications, les encouragements, les conseils, soit par des lettres privées, dont quelques-unes sont d’admirables dissertations, soit par l’intermédiaire du Comité des travaux historiques où, de 1858 jusqu’à sa mort, il ne cessa de faire des communications et des rapports. Ce comité, la Commission des monuments historiques, celle des voyages et missions, celle du catalogue général des manuscrits des bibliothèques des départements, celle de l’inventaire général des richesses d’art ont bénéficié de la parfaite connaissance qu’il avait acquise des hommes et des choses de la France ; il leur a prodigué sans compter son temps et sa science, tout en constatant, non sans quelque amertume, qu’aux besognes arides que son dévouement lui imposait, il perdrait peut-être en partie le fruit de ses recherches et de ses réflexions, et que le temps lui manquerait pour mener jusqu’à leur achèvement plusieurs grands travaux auxquels il attachait plus de prix qu’à tous ceux qu’il avait publiés auparavant.
On conçoit qu’un tel homme n’est pas tout entier dans ses ouvrages. Rendre à sa mémoire l’hommage qui lui est dû, ce n’est pas seulement faire apprécier son talent et montrer son influence sur le développement des études historiques, c’est aussi faire connaître ses doctrines et proposer en exemple une admirable vie, qu’ont entièrement remplie l’ardeur scientifique, la recherche de la vérité, l’amour de la patrie et la pratique de la vertu.
Jules Quicherat, Bourguignon d’origine, est né à Paris le 313 octobre 1814, sur la montagne Sainte-Geneviève, auprès du collège Sainte-Barbe, dont la cloche, disait-il, fut pour lui dans sa première enfance comme la cloche du village. Son père, venu de Paray-le-Monial à Paris pour y exercer sa profession d’ébéniste, était alors presque un vieillard. Il avait longtemps vécu sous l’ancien régime et avait assisté à Paris à toute la Révolution. Ses récits du vieux temps firent la plus vive impression sur l’esprit de son jeune fils qui jusqu’à la fin de sa vie s’est plu à invoquer son témoignage sur les choses de la France d’autrefois. Précédé de quinze ans dans la vie par son frère, le savant latiniste Louis Quicherat2 qui a la douleur de lui survivre, Jules lui succéda sur les bancs du collège de Sainte-Barbe dont la bienfaisance de Victor de Lanneau3, qui devina les aptitudes des deux frères, leur ouvrit les portes. Ses condisciples d’alors ont gardé la mémoire de son application et de ses succès. Jules Quicherat fit à Sainte-Barbe de fortes études classiques dont il aimait à rapporter l’honneur à la direction de son frère aîné qui fut le guide de sa vie et qu’il entoura toujours d’un amour presque filial.
Au sortir du collège, Jules Quicherat paraît avoir hésité sur le choix d’une carrière. Il essaya d’abord des mathématiques, puis fréquenta quelque temps l’atelier du peintre Charlet4 où il acquit cette habileté de main qui fut plus tard pour l’archéologue un instrument si précieux. La soif de savoir le poussa ensuite vers l’étude des langues orientales, mais bientôt l’enseignement de Michelet5, avec lequel il entretint bientôt d’affectueuses relations, l’attira vers l’étude du passé de la France et de ce moment sa vocation fut fixée : en 1835, il entra à l’École des chartes.
On jugerait mal de l’enseignement qui s’y donnait alors si l’on consultait les programmes de l’époque où il y fut maître lui-même. Deux chaires le constituaient à elles seules. Champollion-Figeac faisait un cours élémentaire
aux élèves de première année, Benjamin Guérard enseignait à ceux de seconde année la paléographie et la diplomatique6. L’École sans domicile fixe ne mettait à la disposition des étudiants ni salles d’études ni instruments de travail ; à eux de se pourvoir comme ils l’entendaient du supplément de connaissances indispensables pour devenir de bons érudits. Et cependant quelles vaillantes promotions que celles qui comptaient, avec Quicherat, Douët d’Arcq, Leroux de Lincy, Redet, Francis Wey, Guessard, Vallet de Viriville, Bourquelot, pour ne citer que les morts !
4Sorti en 1837 de l’École à la tête de sa promotion, Quicherat fut chargé la même année de travailler sous la direction de Champollion-Figeac au dépouillement des collections historiques de la Bibliothèque du roi. À ce moment commence véritablement sa carrière scientifique.
Ce fut alors que, pour soutenir les droits de l’École des chartes, assurer son existence et son développement, démontrer son utilité, quelques anciens élèves, et parmi eux Quicherat, créèrent la Société de l’École des chartes et fondèrent la revue d’érudition, spécialement consacrée à l’étude du moyen âge, à laquelle ils donnèrent le nom qu’une disposition de la charte constitutive de l’École, l’ordonnance de 1829, avait attribué au recueil dans lequel devaient être imprimés les travaux des élèves, disposition qu’un rapport de l’Académie des inscriptions avait fait abroger en 1832. Le premier volume de la Bibliothèque de l’École des chartes, publié en 1839, ne contient pas moins de cinq articles de Quicherat ; la 1re livraison du 43e volume, parue quelques jours après sa mort, publie les paroles émues qu’il avait prononcées quelques mois auparavant sur la tombe de Thurot7. Ce n’est pas ici le lieu de parler de la valeur et de l’autorité du recueil fondé par Quicherat et ses amis, mais nous devons rappeler, qu’il doit cette valeur et cette autorité à la vaillante rédaction des premiers jours dont on n’a cessé de conserver intacte la tradition. Quicherat fut jusqu’en 1850 l’un des membres les plus actifs du Comité de publication ; il demeura toujours un collaborateur assidu.
En 1841, il fut chargé d’une mission pour rédiger le catalogue des manuscrits de la ville d’Arras ; l’année suivante, pareille tâche lui fut confiée pour les manuscrits de Charleville et de Metz8. Il avait choisi dès lors dans le vaste champ de l’histoire plusieurs sujets de prédilection qui devaient l’occuper toute sa vie. Le XVe siècle français et, dans ce siècle, les figures de Jeanne d’Arc et de Louis XI l’avaient particulièrement attiré. Les voyages qu’il faisait à travers la France depuis 1838 et son habileté à dessiner développaient ses facultés d’observation et le portaient à l’étude de l’archéologie. Entre temps, il s’appliquait à recueillir 5avec un goût particulier les moindres débris inédits de la latinité classique ou de la décadence que pouvaient receler les manuscrits du moyen âge. Un morceau sur les figures de rhétorique, des fragments de Publilius Syrus, des pensées inédites de Varron, une déclamation en vers latins d’un écolier de la décadence (Neptune volé par un pêcheur), un traité inédit de Priscien le philosophe9, sans parler des fragments qu’il a signalés dans ses catalogues ni de ceux qu’il a recueillis et qu’il n’a pas publiés, sont autant de témoignages de son goût pour cette littérature qu’il a conservé toute sa vie.
Dès 1840, Quicherat proposait à la Société de l’Histoire de France la publication des deux Procès de Jeanne d’Arc dont les cinq volumes parurent de 1841 à 1849 et furent suivis, en 1850, des Aperçus nouveaux, où tous les historiens postérieurs ont puisé leurs renseignements. Il semblait dès lors avoir épuisé le sujet, mais Quicherat ne cessait jamais de s’intéresser aux choses qui l’avaient une fois occupé. L’œuvre achevée, il continuait à se renseigner, à réfléchir, à amasser des matériaux pour compléter, rectifier, soumettre ses conclusions au contrôle des nouvelles découvertes. Il en fut ainsi pour ses travaux sur Jeanne d’Arc. Après la publication de ces six volumes, il continua à recueillir les documents inédits qu’il put découvrir. Il vida une première fois son portefeuille, en 1866, au profit du comité de souscription pour le rachat de la tour de Jeanne d’Arc à Rouen10. En 1877, il publia ici même une relation inédite sur la Pucelle11 ; le dernier travail qu’il ait composé, d’une main déjà défaillante, a eu pour but de signaler les quelques faits qui avaient enrichi la biographie de Jeanne depuis l’édition des procès et de publier une relation inédite d’où l’on peut tirer encore quelques nouveaux renseignements12. Il a terminé ainsi sa vie par un dernier hommage à la mémoire de l’héroïne à laquelle, ainsi qu’il le disait lui-même dans une circonstance solennelle, il avait voué un véritable culte, parce qu’elle avait été pour lui l’image de la patrie et la personnification de tout ce qu’il y a de généreux, de grand, d’impérissable dans le cœur de la France
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Ses recherches sur Jeanne d’Arc lui avaient donné l’occasion 6de relever dans les documents de fréquentes mentions d’un aventurier autrefois célèbre, dont l’histoire avait complètement perdu le souvenir. Reconstituer l’histoire de Rodrigue de Villandrando c’était faire la peinture de la vie de la plupart des chefs de bande qui furent la plaie de l’Europe à cette époque du moyen âge. Quicherat s’y appliqua et publia, en 1844, un mémoire de moins de cent pages, nourri de faits. La publication faite, loin de cesser de s’occuper du singulier héros dont il avait raconté les aventures, il profita de l’éveil de l’attention pour se renseigner plus complètement, amasser de nouveaux documents, compléter et rectifier sa biographie. Cette enquête continuée pendant trente années aboutit à une seconde édition du mémoire, transformé en un volume de 350 pages13. Le volume publié, l’enquête n’était pas interrompue, et déjà s’était formé un dossier de supplément d’informations, quand la mort de Quicherat vint arrêter ses recherches.
On a dit ici récemment14 quelle était la valeur de ce livre et nous n’avons pas à y revenir. Il est toutefois un caractère de cet ouvrage qui n’a peut-être été nulle part assez remarqué, c’est que la plupart des renseignements nouveaux qu’il contient sont dus à des communications faites à Jules Quicherat. L’œuvre s’est ainsi formée peu à peu de pierres apportées une à une par les amis, les disciples, les admirateurs du maître, qui est resté l’architecte et a réglé l’ordonnance du monument dont les matériaux sont autant d’hommages d’une foule de collaborateurs.
Revenons à l’époque de sa vie où il explorait les bibliothèques, les archives, les musées de la France, et recueillait, avec les éléments de son travail sur Jeanne d’Arc, ses premières observations archéologiques. Michelet préparait alors les volumes de son histoire de France où devait revivre tout le XVe siècle. Quicherat fut pour ces deux volumes un véritable collaborateur et contribua à leur donner pour base cette consciencieuse étude des documents, qui, entre tous les volumes de l’Histoire de France, fait de ceux-ci la partie la plus solide et la plus durable peut-être de l’œuvre historique de Michelet. Dès 1839, à propos d’une édition illustrée des romans de Walter Scott, Quicherat avait publié un article plein d’humour sur Quentin Durward15 ; la manière 7dont il y parle du caractère de Louis XI, de celui de Charles le Téméraire, de l’entrevue de Péronne, montre que les idées générales qu’il s’était alors formées sur cette époque n’ont subi depuis que peu de modifications. En 1840, il expliquait comment avait été composée la Chronique de Louis XI16 ; en 1841, il rendait à l’histoire des règnes de Charles VIII et de Louis XI, attribuée jusqu’alors à un certain Amelgard, le nom de son véritable auteur, Thomas Basin, évêque de Lisieux17 ; en 1843, il publiait les Lettres, documents et mémoires relatifs à la guerre du Bien public18 ; en 1848, il retrouvait et étudiait les œuvres, pleines de sel gaulois et d’une inspiration voisine de celle de Villon, d’un poète oublié du temps de Louis XI et de Charles VIII19, qu’il publia plus tard20 ; en 1855, il éditait les œuvres historiques qu’il avait rendues à Thomas Basin21, et, la même année, il étudiait et publiait par extraits un manuscrit interpolé de la Chronique scandaleuse22. Ce sont les dernières publications relatives à cette époque qu’il ait données au public, mais il ne cessa jamais de recueillir des documents sur Louis XI. Il fut, à la Société de l’Histoire de France, l’un des promoteurs de la publication de la correspondance de ce prince, commencée par Mlle Dupont, continuée par Léopold Pannier, si impatiemment attendue depuis longtemps, et dont les éditeurs actuels, MM. Charavay et Vaësen, viennent de perdre en Quicherat un conseiller sûr, un guide attentif et désintéressé, qui faisait profiter leur publication des trésors qu’il avait rassemblés et de la sûreté de son jugement.
Sur la fin du règne de Louis-Philippe, l’École des chartes avait déjà produit, en dépit de son organisation précaire, tout un groupe d’hommes distingués dont les œuvres et la renommée lui faisaient honneur. Elle végétait cependant malgré leurs efforts, quand un savant, dont tous ceux qui l’ont connu ne parlent qu’avec vénération, M. Letronne23, alors directeur des Archives du royaume, résolut de la prendre sous sa sauvegarde. Les études de cet homme 8éminent ne semblaient pas le porter à s’intéresser aux choses du moyen âge, mais son esprit ouvert, sa curiosité de toute science et par-dessus tout l’affection qu’il portait naturellement à la jeunesse studieuse l’attirèrent vers cette école qui n’avait ni asile, ni ressources et à peine un enseignement. Il lui offrit pour amphithéâtre, dans les bâtiments des Archives, l’ancien salon ovale de la duchesse de Soubise et y joignit des dépendances suffisantes pour établir une bibliothèque et des collections, qu’il contribua à enrichir. Il provoqua une réorganisation complète de l’école, en accepta gratuitement les fonctions de directeur, et, de concert avec le ministre auquel il sut faire partager ses vues, fit ajouter à l’enseignement, désormais réparti en trois années, plusieurs chaires dont l’une devait être consacrée à l’archéologie nationale.
Pour créer cet enseignement, qui n’existait alors nulle part en France, les vues du nouveau directeur de l’École et du ministre se portèrent sur Jules Quicherat. Dans les paroles émues qu’il a prononcées sur la tombe de son ami, M. Henri Bordier n’a pas manqué de rappeler le souvenir de la séance d’inauguration de la nouvelle École, le 5 mai 1847, dans laquelle M. de Salvandy apporta à Quicherat, aux applaudissements de tous ses camarades, sa nomination de professeur et celle de chevalier de la Légion d’honneur.
Comme archéologue, Quicherat ne s’était encore fait connaître que par quelques comptes-rendus critiques de peu d’étendue, insérés dans la Bibliothèque de l’École des chartes, et par une série d’articles remarquables sur l’Histoire du costume en France, publiés depuis 1845 dans le Magasin pittoresque. Ce travail, dont il lut un fragment, l’Histoire du costume au XIVe siècle, à la séance même d’inauguration, continué dans le même recueil jusqu’en 1869, devint plus tard, complété et remanié, le beau livre auquel il donna le même titre et dont il publia deux éditions successives en 1874 et en 187724.
Le bagage archéologique du jeune professeur n’était donc pas considérable en apparence, mais on savait qu’il avait déjà commencé la grande enquête sur tous les monuments du passé de notre pays qui n’a cessé qu’avec sa vie ; on savait aussi qu’il s’était trouvé déjà en état de réduire l’archéologie nationale en un corps de doctrine et d’en écrire un précis que M. Adolphe 9Regnier lui avait demandé pour l’instruction du comte de Paris.
Son cours à l’École des chartes fut une révélation. Tous ceux qui ont eu le bonheur de bénéficier de son enseignement en ont gardé un souvenir ineffaçable ; aucun maître n’a jamais fait plus d’impression sur des jeunes gens. Quicherat avait toutes les qualités du professeur et surtout, la première de toutes, le goût de l’enseignement ; il avait au plus haut degré la faculté de réduire en doctrine la matière de tout ce qu’il enseignait, sa parole était vive et mordante, il parlait une langue claire et semée de traits qui forçaient l’attention, rencontrait toujours l’expression juste et définissait avec un rare bonheur. Il accompagnait ses démonstrations de dessins qu’il traçait au tableau, tout en parlant, avec une admirable sûreté de main, et les faisait suivre de généralisations lumineuses qui les rattachaient à l’ensemble. Quiconque a vu naître sous sa main, membre à membre, à mesure qu’il décrivait chacun d’eux, soit les façades des églises romanes, soit les hautes travées des cathédrales, ou les arcs et les piliers qui forment l’armature extérieure des églises gothiques, quiconque a écouté, ne fût-ce qu’une fois, l’un de ces résumés lumineux où, après avoir décrit les diverses parties d’un monument ou divers monuments d’une époque, il marquait leur place dans le développement de l’art, en a conservé une impression profonde.
Dès le début de son enseignement, Quicherat avait compris que, pour lui donner toute sa valeur, il fallait qu’il embrassât l’art du moyen âge tout entier. Il s’était appliqué à n’en sacrifier aucune partie ; si vaste et si varié qu’en soit le développement, il avait réussi à le condenser, à le proportionner, à le soumettre à une méthode rigoureuse, de telle sorte que, de leçon en leçon, il conduisait en une seule année ses élèves émerveillés à travers toutes les manifestations de l’art, depuis l’époque de la décadence romaine jusqu’au début de la Renaissance.
Ses études antérieures l’avaient admirablement préparé à professer l’archéologie. D’une part la critique pénétrante à laquelle il avait l’habitude de soumettre les textes, de l’autre sa sûreté de coup d’œil, sa faculté d’observation lui permirent de mettre sur la même ligne, parmi les sources de sa doctrine, les documents et les monuments. Les interpréter les uns et les autres, leur appliquer, en vue d’arriver à la connaissance du passé, une critique féconde, qui renouvelle toute science et la fait entrer dans une voie de progrès indéfini, ce furent sa méthode et son originalité.
10À l’époque où il commença ses études archéologiques, les monuments du moyen âge devaient au mouvement romantique d’avoir retrouvé des admirateurs. Arcisse de Caumont, Victor Didron avaient publié leurs premiers livres, fait connaître et déjà comparé entre eux bon nombre de monuments, mais leurs essais, que dirigeait une admiration instinctive plutôt qu’une méthode rigoureuse, devaient aboutir à des systèmes ingénieux et non à une doctrine scientifique. C’est l’honneur de Quicherat de l’avoir créée tout entière.
On connaît aujourd’hui la genèse des formes de l’architecture romane et de l’architecture gothique ; on sait, par exemple, que la forme du temple chrétien dérive de celle de la basilique romaine, que le besoin de couvrir les nefs de voûtes a déterminé le mode de construction des églises romanes, que toutes les transformations de l’architecture du moyen âge sont la conséquence du fractionnement des voûtes, que l’emploi de l’arc brisé, improprement appelé ogive par les archéologues romantiques, n’a qu’une importance tout à fait secondaire dans le développement de l’art du moyen âge, que ce nom d’ogives doit être réservé aux membrures qui se croisent diagonalement dans les voûtes gothiques, que la voûte en croisée d’ogives est fondamentale dans l’architecture du moyen âge et que c’est elle qui a fait sortir du sombre vaisseau roman la svelte église gothique qui, de transformation en transformation, en arriva à n’être plus qu’une charpente de pierre fermée par de la verrerie.
Ces idées et bien d’autres sont aujourd’hui répandues même dans le grand public, mais c’est dans la chaire de l’École des chartes qu’elles furent exprimées pour la première fois.
À diverses reprises, des fragments de ces cours ont été publiés par le maître ou par ses élèves. Dès 1850, il protestait dans la Revue archéologique contre l’emploi abusif du mot ogive appliqué aux arcs brisés, abus dont la conséquence avait été l’erreur commise par tous les archéologues qui faisaient de l’arc en plein-cintre la caractéristique de l’architecture romane, de l’arc en tiers-point, qu’ils nommaient ogive, celle de l’architecture gothique, qu’ils nommaient ogivale25. Dans une autre série d’articles très remarquables, il détermina les caractères constitutifs des constructions de l’époque romane ; il montra que c’était après 11l’an 1000 que l’architecture, de romaine qu’elle avait été jusque-là, était devenue romane, détermina sa durée et substitua à la géographie des styles imaginée par M. de Caumont une bonne classification des espèces26. D’autres fragments du cours de Quicherat ont été encore publiés dans le Journal général de l’instruction publique, dans la Revue des cours publics d’Odysse Barrot et dans la Revue des Sociétés savantes27.
Ces fragments, qui suffisaient à faire connaître au public les points fondamentaux de la doctrine archéologique, faisaient vivement désirer de la voir exposée dans tous ses détails et appuyée de toutes ses preuves dans un livre tel que le maître seul pouvait l’écrire. Mais alors, préoccupé d’amasser davantage de matériaux, voulant poursuivre encore la double critique à laquelle il soumettait les textes et les monuments, empêché par des devoirs professionnels et des travaux d’un autre ordre, il ajournait la rédaction de son cours à une époque où ses idées plus mûries auraient reçu la confirmation de nouveaux documents et de nouvelles observations qu’il ne se lassait pas de recueillir. De temps à autre seulement la publication de quelques textes archéologiques habilement interprétés et commentés, des comptes-rendus critiques, des notices sur certains monuments ou d’admirables mémoires, traitant de quelques points de détail, semblaient autant de jalons où l’on se plaisait à trouver la preuve de la préparation de son œuvre. C’est ainsi que, dès 1847, il écrivit dans la Revue archéologique une Notice sur l’hôtel de Clisson, dont la porte flanquée de tourelles était alors l’entrée de l’École des chartes28. En 1848, il publia une notice sur les Registres de l’œuvre de la cathédrale de Troyes constatant les travaux faits à cet édifice de 1372 à 1385. En 1849, l’Album d’un architecte du XIIIe siècle, le cambraisien Villard de Honnecourt, document unique dont les difficultés d’interprétation avaient jusqu’alors rebuté tous les archéologues, lui fournit l’occasion d’une étude dans laquelle on ne sait ce qu’on doit le plus admirer de la sagacité de la critique ou de la clarté de l’exposition 12d’une matière si difficile29. En 1851, il publia et expliqua quelques documents qui précisaient l’époque de la construction de Saint-Ouen de Rouen30. En 1853, ce furent des documents sur Notre-Dame de Béhuard31 ; en 1857, un compte de fabrique de l’église Saint Lazare d’Autun32. En 1869, il entreprit de restituer la basilique de Saint-Martin de Tours d’après les descriptions de Grégoire de Tours, de Fortunat et les autres documents contemporains33. En 1874, la découverte aux Archives nationales d’une lettre inédite d’Alexandre III lui permit de fixer à 1170 ou environ la date de construction de la cathédrale de Laon, que les textes antérieurement connus semblaient devoir vieillir d’une soixantaine d’années, date importante entre toutes parce qu’elle implique la date même de la naissance de l’art gothique34. Enfin, en 1878, il fit pour la basilique de Fano, décrite par Vitruve qui l’avait construite, un travail de restitution analogue à celui qu’il avait fait précédemment pour Saint-Martin de Tours35.
Tous ces travaux de détail qui semblaient préparer Quicherat au grand ouvrage que le monde savant attendait de lui avec impatience l’en ont peut-être détourné. Depuis longtemps ses amis le pressaient de mettre à exécution l’œuvre qui devait être son plus beau titre de gloire. Michelet, à partir de 1864, à chaque ouvrage, livre ou brochure qu’il recevait de lui, le suppliait d’écrire enfin son archéologie nationale. Il semblait que cela lui fût si facile, la doctrine paraissait si parfaite, les preuves si solides et si abondantes, la forme même de ses cours était si achevée, qu’on pouvait croire qu’il n’avait plus qu’à l’écrire. Mais lui rêvait toujours d’une perfection plus grande, la réflexion apportait sans cesse à son plan des modifications, ses recherches s’étendaient, et, après quarante ans de travail, lui apportaient encore des preuves nouvelles ou même parfois des raisons de modifier certaines de ses idées. Les loisirs, du reste, lui manquaient. 13Lorsqu’en 1878 il se détermina à quitter sa chaire et remit entre les mains du plus vaillant de ses disciples l’enseignement qu’il avait fondé, ses amis et ses élèves espérèrent qu’il allait enfin leur donner comme son testament la grande œuvre de sa vie. Il se mit en effet à coordonner ses notes et écrivit quelques chapitres, mais ses multiples devoirs l’empêchaient d’aller aussi vite qu’il l’eût fallu ; il en vint à désespérer de pouvoir mener son ouvrage jusqu’à l’entier achèvement ; il s’efforça d’y travailler, affaibli déjà par la maladie, jusqu’aux derniers jours de sa vie, mais ses forces le trahirent.
Il laisse du moins le plan de son œuvre tracé, les premiers chapitres écrits et un grand nombre de fragments assez avancés pour que les soins pieux de ses disciples puissent, en s’aidant de ses notes et des leçons recueillies par ses élèves, donner au public le cours d’archéologie nationale dont il voulait doter la France.
Parmi ces fragments il en est un, écrit le dernier, qui mérite une mention spéciale parce qu’il met bien en relief les qualités et la méthode de Quicherat, montre comment il ne cessait de soumettre sa doctrine au contrôle de la critique, avec quelle persistance il réfléchissait aux difficultés qui l’avaient une fois arrêté et, par-dessus tout, quel étonnant parti il savait tirer, pour l’interprétation des monuments, des textes les plus éloignés en apparence de son sujet. Il s’agit de l’origine de l’ogive. Jusqu’en ces derniers temps, Quicherat avait toujours fait honneur au moyen âge de l’invention de la voûte d’ogive. Dans l’architecture de cette époque, formée tout entière de pièces d’emprunt, la croisée d’ogive lui semblait la seule chose qui fût vraiment originale. Mais ses idées à cet égard s’étaient récemment modifiées et il en était venu à rapporter à l’antiquité ce mode de construction. Il démontre en effet, dans le fragment dont nous parlons, que la voûte d’ogive fut connue des Grecs, qui l’exécutèrent, sinon en Grèce, du moins en Asie et en Égypte, et que probablement c’est d’Orient qu’elle est venue chez nous. Un passage du petit traité sur les sept merveilles du monde attribué à Bède avait attiré son attention en 1842, quand il l’avait rencontré parmi les manuscrits de Charleville. À propos du phare d’Alexandrie et du théâtre d’Héraclée, il y est dit que le premier de ces monuments était établi super quatuor cancros, et le second super septem cancros. Ces expressions avaient été le point de départ de réflexions et de recherches qui l’amenèrent à conclure, quarante ans plus tard, que le 14mot cancer était le nom que les anciens donnaient à la croisée d’ogive.
On ne doit pas conclure de cet exemple que, s’il eût été donné à Quicherat d’écrire son traité d’archéologie, il aurait ainsi sur tous les points renouvelé la science. Trente années d’enseignement avaient divulgué sa doctrine, il avait eu la satisfaction de la faire presque universellement accepter, de la rencontrer souvent exposée dans des ouvrages, dont les auteurs n’avaient pas toujours l’attention de reconnaître ce qu’ils lui devaient, et de la voir devenue le point de départ de presque tous les travaux d’archéologie qui se faisaient en France. Son autorité était incontestée. À la section d’archéologie du Comité des travaux historiques, dont il faisait partie depuis 1858 et dont il fut vice-président depuis 1876, comme à la Commission des monuments historiques où il était entré en 1871 et dont il avait aussi été nommé vice-président en 1881, à l’époque de la création d’un ministère des beaux-arts, sa voix était très écoutée et il ne cessait de rendre les plus grands services. Le musée de sculpture comparée qui vient de s’ouvrir au Trocadéro est en partie son œuvre.
Une satisfaction plus grande encore pour lui avait été de pouvoir transmettre son enseignement à celui de tous ses élèves qu’il en avait jugé le plus digne. Grâce à son successeur, Quicherat n’est pas mort tout entier, et lui-même, avant de mourir, avait pu constater que les générations nouvelles retrouvaient dans ce cours d’archéologie, non pas sa doctrine immobilisée, mais les traditions vivifiantes de méthode et de critique auxquelles son enseignement avait dû son éclat.
Grâce à la générosité des héritiers de Quicherat, l’École des chartes a pu recueillir ses manuscrits et les notes nombreuses qu’il avait rassemblées. Parmi ces reliques, l’archéologie tient la plus grande place ; elle y est représentée entre autres par une série de cinquante-trois albums contenant les notes et les croquis qu’il prenait pendant les voyages auxquels il consacrait les loisirs de ses vacances. Le plus ancien est de 1838, le plus récent de 1881. Ce trésor d’observations recueillies au jour le jour, dans tous les pays, devant les monuments de tous les âges que Quicherat s’en allait rechercher, en parcourant, presque toujours en solitaire, tous les chemins de la France, est peut-être ce qui raconte le mieux sa vie, tout entière consacrée à la science. Dans 15les premiers on sent davantage l’artiste épris du pittoresque de la nature et des monuments ; peu à peu aux paysages, aux vues d’ensemble, l’on voit succéder les croquis de détails et les relevés de mesures. Son crayon facile et sûr y a dessiné avec la même exactitude les détails d’architecture, la belle sculpture du moyen âge qu’il fut l’un des premiers à apprécier à sa valeur, les ustensiles vulgaires, les débris arrachés à la terre et les croquis topographiques. À côté, se pressent des notes nombreuses de son écriture élégante et fine. Il est impossible de feuilleter sans émotion ces pages où quarante-trois ans durant se sont ajoutés les uns aux autres les matériaux qui fournissaient à son intelligence lucide tous les éléments de l’histoire de l’art et de la civilisation de la France.
L’enseignement de l’archéologie ne fut pas le seul dont Quicherat fut chargé à l’École des chartes ; il dut y joindre, de 1849 à 1870, celui de la diplomatique française. Il sut vite se mettre à la hauteur de ce surcroît de besogne qu’il n’avait pas souhaité. En diplomatique, la doctrine n’était point à créer, elle était sortie tout entière, à la fin du XVIIe siècle, du cerveau de Mabillon36.
Mais, depuis lors, la tradition s’était interrompue ; les recherches et les observations nouvelles n’avaient été rattachées à des vues d’ensemble ni dans les travaux des Bénédictins du XVIIIe siècle ni dans les Éléments de paléographie de M. N. de Wailly. Quicherat reprit la tradition du fondateur de la science ; à la critique pénétrante qui forçait les textes à lui livrer tous leurs secrets, il joignit les lumières de la doctrine. Comme en archéologie, il sut trouver le lien qui unissait entre elles les matières si diverses d’un pareil enseignement, il rendit sensible à ses élèves l’utilité de la critique appliquée aux sources diplomatiques et leur inculqua les principes d’une méthode rigoureuse et féconde en ses applications.
Le petit traité de la Formation française des anciens noms de lieu, qu’il publia en 1867, constituait l’une des parties les plus originales de ce cours. Pour se rendre compte de sa méthode, il faut lire sa courte dissertation sur l’Enregistrement des contrats à la curie37 et surtout le mémoire célèbre où il a surabondamment prouvé la fausseté des deux actes sur lesquels les 16Bénédictins faisaient reposer les origines de l’abbaye de Saint Germain-des-Prés38.
En 1856, Quicherat poursuivait les divers travaux dont nous avons parlé ; il y avait ajouté depuis quelque temps des études sur l’ancienne Université de Paris d’où devait sortir plus tard son Histoire de Sainte-Barbe ; ses voyages en France, ses recherches archéologiques, son goût pour l’antiquité l’avaient conduit à s’occuper des campagnes de César et il avait déjà publié un mémoire sur le Lieu de la bataille entre Labiénus et les Parisiens39, quand le hasard vint le mêler à une polémique qui, pendant dix ans, le tint sur la brèche aussi prompt à l’attaque qu’à la riposte. Un architecte de Besançon, Alphonse Delacroix, archéologue à ses loisirs, esprit original et doué d’une remarquable sagacité, lui fit parvenir une brochure dans laquelle, contraire ment à l’opinion reçue qui identifiait Alise-Sainte-Reine avec l’ancienne Alésia, il plaçait en Franche-Comté, dans le massif d’Alaise, l’antique ville gauloise40. Quicherat fut aussitôt séduit. Sans s’arrêter aux allures un peu fantaisistes du mémoire de l’archéologue franc-comtois, il prit en main la question et annonça, le 10 mai 1856, dans l’Athenaeum français, en un court article, La découverte de l’Alésia des Commentaires de César. Nous n’avons point à raconter ici les épisodes de la lutte épique qui en fut la conséquence ni à nous prononcer sur son résultat. Quicherat, ardemment convaincu, surexcité par les attaques de ses adversaires, déploya pour les confondre toutes les ressources de son talent. Aux discussions tirées des textes et de la topographie on fit succéder bientôt des arguments qu’on alla chercher dans les entrailles de la terre. Quicherat prit part personnellement à cinq campagnes de fouilles dans l’intérieur et sur le pourtour d’Alaise, pendant les automnes des années 1858, 1859, 1861, 1862 et 1863, qui donnèrent lieu à autant de rapports, adressés par M. Castan, son ami et son collaborateur, à la Société d’émulation du Doubs. Entre temps, Quicherat ne se lassait pas de répondre à toutes les objections. Plus les adversaires étaient nombreux, plus sa science et son talent trouvaient de ressources ; plus 17les coups partaient de haut, moins ils réussissaient à réduire au silence sa verve qui semblait intarissable.
Aujourd’hui que le retentissement causé un moment par ce débat s’est apaisé, que l’ardeur de la lutte s’est éteinte et que la fumée de la bataille s’est dissipée sans qu’on puisse cependant discerner les vainqueurs parmi les combattants, qui, des deux côtés, se sont jusqu’au bout attribué la victoire, il est permis de se demander si un problème, peut-être insoluble, valait tant d’ardeur dépensée et tant de science prodiguée, si, en particulier, Quicherat ne lui a pas un peu vainement consacré son temps, les trésors de son érudition, toute sa sagacité d’archéologue et de critique, tout son talent qu’il aurait pu réserver pour des questions plus hautes et surtout plus fécondes.
À ce doute, lorsqu’on l’exprimait devant lui, Quicherat répondait sans hésiter qu’il n’avait jamais moins regretté ni son temps ni sa peine et que jamais travail n’avait été plus fécond que celui de ces dix années. Il n’était pas en effet de ces savants qui restent indifférents à l’intérêt que le grand public peut attacher à leurs travaux. Un débat qui avait passionné un peuple sur la question de ses origines nationales n’était point à ses yeux une controverse stérile. Les fouilles d’Alise-Sainte-Reine et celles d’Alaise avaient fait sortir de terre une foule d’objets sur lesquels s’était portée l’attention des savants et avaient provoqué une véritable renaissance de l’archéologie gauloise et gallo-romaine. Il n’était pas jusqu’à la création du musée d’antiquités nationales de Saint Germain-en-Laye qui ne fût, dans une certaine mesure, la conséquence de la lutte entre les partisans de l’Alaise comtoise et les défenseurs du mont Auxois. À ce compte, peu de discussions archéologiques pourraient se targuer d’avoir eu autant d’importance. À ces raisons, qu’il donnait lui-même, il faut ajouter, pour tout dire, que Quicherat avait goûté une sorte de plaisir à entrer en lutte contre l’impérial auteur de l’Histoire de César41. Il convenait à son inflexibilité républicaine de tenir en échec, lui simple érudit, les archéologues courtisans et de lutter, avec les maigres ressources dues aux souscriptions de particuliers, contre la science officielle largement subventionnée par le budget impérial. Du reste, malgré la défection de plusieurs de ses plus anciens partisans, sa conviction ne fut jamais ébranlée. Il s’était pris d’attachement pour la Franche-Comté, où il s’était fait des amis dévoués, il retournait encore de temps à autre, comme en pèlerinage, 18dans le massif d’Alaise, il songeait à défendre encore son opinion, en faveur de laquelle il avait trouvé de nouveaux arguments, et méditait un dernier mémoire sur la question d’Alésia, dont il avait déjà rassemblé la plupart des matériaux.
Ajoutons enfin que c’est aux études qu’il entreprit à l’occasion de cette polémique que Quicherat dut de devenir l’antiquaire consommé qui, pendant plus de vingt ans, attentif à toutes les fouilles, curieux de toutes les découvertes qui se faisaient en France, a sur chacune d’elles, soit dans ses rapports à la section d’archéologie du Comité des travaux historiques, soit dans ses communications à la Société des Antiquaires, soit surtout dans sa correspondance avec tous les savants et tous les chercheurs qu’il ne cessait d’encourager, émis ses avis, proposé ses opinions et prodigué ses conseils avec une autorité sans cesse croissante.
Nous avons dit déjà que pour écrire une histoire du collège Sainte-Barbe, auquel il était resté dévoué, Quicherat s’était mis à étudier l’organisation de l’enseignement dans l’ancienne Université de Paris. C’était là une dette de gratitude qu’il méditait depuis longtemps de payer à sa manière à l’établissement auquel il devait lui et ses frères les bienfaits de l’instruction ; mais incapable de se borner à rédiger une simple notice sur les renseignements que les archives et les traditions du collège pouvaient lui fournir, écrire une histoire de Sainte-Barbe, ce fut pour lui l’occasion d’approfondir toute l’histoire de l’Université depuis le XVe siècle, pour y marquer la place et le rôle de son collège. Les trois volumes qu’il publia de 1860 à 1864 conduisent l’histoire de l’institution depuis l’époque de sa fondation, en 1460, jusqu’à la date de la publication de l’ouvrage. Il est inutile d’insister sur l’intérêt des deux premiers volumes qui ont la plus grande importance historique ; le dernier, qui parle de faits plus voisins de nous, n’est pas moins attachant. Pas plus que les précédents il n’est restreint à l’histoire intérieure et au récit des anecdotes de la maison. Les vicissitudes de l’enseignement secondaire depuis la Révolution, les conditions qui ont été faites aux établissements libres par les divers gouvernements qui se sont succédé en France, les méthodes pédagogiques et les doctrines de l’enseignement, telles sont les questions qui y sont agitées.
Le 4 septembre 1871, Jules Quicherat fut nommé directeur de l’École des chartes. On peut dire sans exagérer qu’à partir de ce moment il n’a plus vécu que pour son école. Son activité, son 19énergie, son intelligence lui furent consacrées sans réserve ; ses études personnelles, ses anciens projets et jusqu’à l’achèvement de ses travaux commencés furent subordonnés à l’accomplisse ment des nouveaux devoirs qu’il s’imposa. Il concevait l’École des chartes comme une institution qui devait procurer à ses élèves la connaissance synthétique de toutes les sciences auxiliaires de l’histoire, leur enseigner la méthode, leur inculquer l’esprit critique et les doter des connaissances professionnelles utiles aux diverses carrières dans lesquelles ils pouvaient s’engager. Toutes les réformes qu’il provoqua tendirent à réaliser plus complètement cette conception. Élever dans ce sens le niveau des études, développer l’enseignement, assurer l’avenir des élèves, telles furent ses constantes préoccupations. Son rêve était de tirer l’École des locaux obscurs et étroits où elle est reléguée pour la transporter dans un édifice digne d’elle, situé au centre du quartier des études. S’il n’a pas vu avant de mourir la réalisation d’un de ses veux les plus chers, il a pu du moins entrevoir la terre promise et dresser lui-même les plans de la nouvelle école qui doit s’élever auprès du jardin du Luxembourg.
Après avoir, en 1878, renoncé à l’enseignement sans que les loisirs qu’il espérait consacrer à l’achèvement de ses travaux se fussent beaucoup accrus, Quicherat fut pris du pressentiment qu’il n’aurait pas le temps de les achever et voulut renoncer à toute fonction publique. À la prière de ses amis et de ses collègues, à la demande du ministre qui fit appel à son patriotisme, il se résigna à rester à la tête de l’École. Ses amis, ses collègues, ses élèves s’en réjouirent et, pour l’en remercier, lui offrirent, le 2 juin 1880, au banquet annuel de la Société de l’École des chartes, une réduction en bronze de la Jeanne d’Arc de Frémiet42. Aucun de ceux qui étaient présents à cette fête n’a oublié les paroles éloquentes et comme inspirées, la voix vibrante et attendrie avec lesquelles, presque suffoqué par l’émotion, il les remercia de ce témoignage d’affection qu’on venait de découvrir inopinément devant lui. Cette date du 2 juin 1880 marque en quelque sorte l’apogée de la carrière de Quicherat. Des honneurs qu’il évitait avec le zèle que d’autres mettent à les rechercher venaient malgré lui le trouver : l’Académie des inscriptions, qui ne se souvenait pas sans amertume de l’avoir autrefois repoussé, sollicitait en quelque sorte sa candidature en lui attribuant le prix Jean Reynaud dont elle disposait pour la première fois ; le ministère réparait un 20oubli en le nommant officier de la Légion d’honneur et les votes unanimes de ses collègues l’envoyaient siéger au Conseil supérieur de l’instruction publique.
Là encore il rendit d’éminents services. Partisan des fortes études classiques, fermement convaincu que toute science ne s’acquiert qu’au prix de longs efforts, il combattit de toutes ses forces ceux qui pensaient qu’on pouvait, sans dommage pour les études, diminuer le temps consacré aux langues anciennes et supprimer les exercices qui en avaient jusqu’alors procuré la connaissance. Il contribua aussi à la réorganisation de l’enseignement du dessin et travailla beaucoup à la commission de scolarité, mais son action fut surtout sensible dans la lutte entreprise par le ministère contre l’enseignement des congrégations religieuses dont il se montra l’un des plus fermes adversaires.
Ses amis se réjouissaient de l’ardeur toute juvénile qu’il apportait dans la lutte ; ni son entrain, ni sa santé ne semblaient souffrir de l’accumulation de tant de devoirs, dont il ne se plaignait que parce qu’ils lui laissaient trop peu de loisirs à donner à la science. Chaque automne, un séjour dans les montagnes, une excursion archéologique, une visite à ses vieux amis de Franche-Comté semblaient lui faire oublier ses fatigues de l’année et lui rendre toute sa vigueur. Cette année cependant il n’en fut pas ainsi. Dès le mois de janvier il se sentit fatigué et le travail lui devint pénible. Il voulut néanmoins continuer à remplir ponctuellement tous ses devoirs ; ses amis lui conseillèrent vainement de prendre du repos, il l’ajournait aux vacances de Pâques. Malgré de vives douleurs, il ne cessa pas de venir à l’École, de diriger les études des élèves, de les conseiller dans le choix de leurs thèses ; il fit un dernier effort pour siéger aux examens semestriels, mais, les vacances arrivées, il se sentit incapable d’entreprendre le voyage sur lequel il avait compté pour rétablir sa santé. Malgré sa faiblesse croissante, ses amis conservaient des illusions ; en le trouvant toujours assis à sa table de travail, occupé des affaires de l’École, s’efforçant de travailler encore, ils le croyaient plutôt fatigué que malade. Une crise, que personne, excepté lui peut-être, ne prévoyait, l’emporta brusquement le 8 avril.
Cette mort imprévue a réalisé les craintes qu’il avait tant de fois exprimées : les plus importants peut-être de ses travaux sont demeurés inachevés.
Outre le cours d’archéologie dont nous avons parlé plus haut, 21il avait encore entrepris, il y a plus de vingt ans, une Histoire de l’industrie et du commerce de la laine en Occident et n’avait cessé d’en recueillir et d’en coordonner les matériaux. La laine ayant formé au moyen âge à peu près exclusivement l’habillement des nations occidentales, il n’y avait pas d’industries plus importantes que celles qui la manufacturaient, aucune n’employait autant de bras, et le commerce auquel donnaient lieu les diverses industries de la laine était considérable. L’histoire de l’industrie, du commerce et même de l’agriculture, celle de la condition des artisans, des commerçants et des paysans, celle de la technologie, celle des confréries, des associations, des communes et des corporations sont en grande partie comprises dans cette histoire de la laine. Pour mettre en œuvre les éléments d’un pareil travail qu’il avait à peu près complètement rassemblés, il fallait réunir le merveilleux ensemble de connaissances que lui seul possédait. Il entendait prendre cette histoire aux origines du métier, c’est-à-dire chez les Gaulois, fameux déjà dans l’antiquité par leur habileté dans l’art du tissage, et la conduire jusqu’aux temps modernes. Les dix premiers chapitres, qui vont jusqu’à la fin du XIIe siècle, sont complètement achevés ; quelques autres, où le XIIIe siècle est étudié, sont assez avancés pour être encore donnés au public, le reste ne se compose que de matériaux et de fragments.
L’histoire du vieux Paris était l’un des sujets qui avaient aussi le plus souvent attiré l’attention de Quicherat et plusieurs de ses mémoires, publiés par la Société des Antiquaires, montrent quelle connaissance merveilleuse il avait des antiquités parisiennes. Depuis longtemps, les ruines romaines de la rive gauche, les vestiges rencontrés, les débris de tous genres exhumés dans les fouilles opérées dans les 5e et 6e arrondissements, l’avaient conduit à penser, contrairement à l’opinion de tous les historiens de Paris, que Lutèce n’avait pas toujours été sous les Romains la ville insulaire du commencement du moyen âge. Quelques mois avant sa mort, il avait entrepris de donner un corps à ses idées. Un premier mémoire à ce sujet, qu’il lut à la Société des Antiquaires dans une des dernières séances auxquelles il put assister, sera bientôt publié dans les mémoires de cette Compagnie ; un second, qui s’est retrouvé dans ses papiers, est resté inachevé. Passant en revue les édifices romains de la rive gauche, il y trouve d’abord, sur l’emplacement actuel de la rue Soufflot, le 22château d’Hautefeuille, repaire de brigands au début du moyen âge dont le nom s’est perpétué dans celui d’une rue ; sur ses ruines s’est élevé plus tard un donjon féodal devenu ensuite le Parloir-aux-Bourgeois ; il marque l’endroit où se trouvait le poste fortifié ou camp permanent établi par Constance Chlore, sinon par Probus ou par Aurélien. Il rencontre ensuite les arènes, découvertes il y a peu d’années lors du percement de la rue Monge, le théâtre, retrouvé sous les fondations du vieux collège Saint-Louis quand il fut reconstruit, le cirque, qu’il démontre avoir existé là où se trouve aujourd’hui la halle aux vins, un édifice considérable non déterminé, dont on a retrouvé les substructions en perçant la rue de l’École polytechnique, et enfin, les thermes publics, sur les ruines desquels Constance Chlore bâtit un palais dont le nom est resté accolé à celui qui rappelait la destination de l’édifice primitif. De la présence de tous ces monuments et des nombreux autres vestiges et substructions antiques rencontrés dans les fouilles, il conclut que pendant la période heureuse de la domination romaine, il s’était élevé sur le coteau méridional de la Seine un beau quartier, détruit au milieu du IIIe siècle, lors des premières invasions, et qui ne s’est reformé que beaucoup plus tard.
On a pu voir par ce qui précède quelle a été la variété des travaux de Quicherat ; rien de ce qui touchait à l’histoire ne lui était étranger. L’antiquité classique semblait lui être aussi familière que le moyen âge qu’il connaissait sous tous ses aspects. Non qu’il se fût farci la tête d’une multitude de faits et de dates, ni qu’il fût servi par une mémoire exceptionnelle. C’était à son intelligence, aux réflexions qu’il avait faites sur chaque époque, aux fortes études auxquelles il s’était livré, au sens critique dont il était doué, qu’il devait de féconder tous les sujets qu’il abordait. Ayant acquis de l’histoire générale toute la connaissance qu’il peut être donné à un homme d’acquérir, doué à la fois d’un esprit généralisateur et d’une puissante faculté d’analyse, quel que fût le sujet de ses études, il le creusait à fond sans cesser jamais de marquer d’un trait sûr sa relation avec l’ensemble. Dans les moindres écrits qui sortaient de sa plume apparaissait une doctrine lumineuse et surtout éminemment suggestive. Plusieurs de ses comptes-rendus critiques et la plupart de ses rapports au Comité ont par là autant de valeur et d’importance que de longs mémoires.
23Peu soucieux d’étaler son érudition, jugeant inutile de faire parcourir à ses lecteurs la voie qui l’avait conduit lui-même à la vérité, ni de leur montrer les transformations successives de sa pensée et la série de ses recherches ou de ses tâtonnements, il n’arrêtait le plan d’un travail qu’après de longues réflexions. Qu’il s’agisse d’un article, d’un mémoire ou d’un livre, il sacrifiait sans regret le superflu de ses recherches pour aller droit au but. Les mêmes qualités se retrouvaient dans son style. Quicherat était un écrivain de race et profondément original. Cette originalité n’était due qu’aux procédés les plus simples. La phrase brève et parfois d’un tour un peu archaïque, l’expression juste ou même crue, le goût des mots techniques, une certaine âpreté qui ne nuit pas à la saveur, le mépris des formules toutes faites, tels étaient les principaux caractères de son style. Jaloux d’arriver à l’appropriation parfaite de son langage avec sa pensée, il ne se lassait pas de retoucher, de remanier, de revoir ses travaux. Il est bon de dire aux jeunes gens à quel travail cet homme éminent soumettait ses ouvrages avant de les produire en public. Il est tel chapitre de son Histoire de l’industrie et du commerce de la laine qu’il avait refondu, remanié, complètement rédigé jusqu’à trois fois avant d’en être satisfait. C’est à ce prix qu’il arrivait à concentrer sa pensée et à l’exprimer tout entière dans le moins de mots et de phrases possible. Cette recherche de la sobriété avait bien il est vrai quelques inconvénients : on a vu par quels efforts elle était obtenue, et quelquefois l’effort restait trop sensible. Plus souvent, le style satisfaisait le lettré, mais l’érudit n’eût pas été fâché d’un supplément de renseignements. Cette méthode conduisait Quicherat à supprimer trop souvent de ses livres tout appareil scientifique ou même à dédaigner parfois de donner au public l’indication de ses autorités, voire le nom précis des auteurs auxquels il demandait ses citations. Il se contentait parfois de dire qu’il empruntait l’une à un rimeur du temps
et telle autre à un homme qui s’y connaissait
. Considérant l’érudition comme un moyen et non comme son but à elle-même, il trouvait suffisantes ces indications énigmatiques quand il n’avait pas à en discuter l’autorité.
La plupart des ouvrages de Quicherat ne s’adressaient pas seulement aux purs érudits, il avait l’ambition de les rendre intelligibles pour le grand public, à la portée duquel il tenait à mettre tous les résultats de la science. Loin de dédaigner de faire œuvre 24de vulgarisation, il était fier d’y faire servir toute sa science. On pourrait alléguer tous ses ouvrages comme exemple, mais sans même parler de sa longue collaboration au Magasin pittoresque, nous nous bornerons à citer un dessein qu’il avait formé en 1867 et que les circonstances l’empêchèrent malheureusement de mener à fin. Frappé des conditions dans lesquelles se produisaient la plupart des découvertes archéologiques, ayant eu souvent, au cours de ses voyages, l’occasion de voir combien il était facile d’y intéresser ceux qui les font ou qui sont à portée d’en avoir les premières nouvelles, il avait médité d’écrire, à l’usage de ceux qu’il appelait les pourvoyeurs de l’archéologie, c’est-à-dire des gens de la campagne, des curés, des instituteurs, des enfants des écoles, un court manuel destiné à éveiller leur curiosité, à les guider dans les recherches, à leur montrer comment ils peuvent devenir les collaborateurs des savants. Ce petit livre, dont le plan à peine ébauché s’est retrouvé dans ses papiers, devait commencer par un tableau des anciennes civilisations qui se sont succédé sur le sol de la France. Ce morceau est le seul qui soit écrit, et encore il s’arrête au XIe siècle ; on pourrait en critiquer certaines idées, mais tel quel, c’est une page admirable. Le style en est d’une simplicité singulière, d’un bout à l’autre ne se rencontre pas une seule expression abstraite et pas un terme technique qui ne soit expliqué. Il est peu d’écrits où se manifeste davantage l’amour de la science et de la patrie, et qui soient plus propres à le communiquer.
Un trait encore qu’il faut ajouter à cette étude pour bien faire connaître Quicherat, c’est que ce savant, qui pendant près de cinquante ans s’est occupé du moyen âge, sut toujours se garder de l’engouement qu’ont pour cette époque la plupart des érudits qui en font leur étude exclusive. Le commerce qu’il n’avait cessé d’entretenir avec les auteurs de l’antiquité l’en avait préservé non moins que son impatience du joug des préjugés et de toutes les fictions politiques ou religieuses.
Nous avons cherché ici à faire connaître le savant, l’homme valait mieux encore. Sous une écorce un peu rude se dissimulait une exquise bonté ; faire le bien était comme une fonction de sa nature ; nul maître n’a plus aimé la jeunesse ni rendu service à plus de jeunes gens, soit en les lançant dans la carrière, soit en les soutenant dans les moments difficiles. Non pas qu’il fût disposé à leur épargner les efforts, ni qu’il lui déplût de les voir aux 25prises avec les difficultés matérielles. Avant d’avoir une place dans son estime il fallait sinon les avoir surmontées, du moins avoir fait œuvre virile ; il appréciait surtout les hommes en raison des qualités d’initiative, de volonté et d’énergie qu’ils avaient manifestées. Lui-même aimait à se donner pour un parvenu du travail et c’est le seul titre dont il ait jamais songé à se faire honneur. De même que la vérité fut le guide de sa pensée, la franchise fut la règle de tous ses actes ; elle respirait dans toutes ses paroles et était peinte sur sa figure. Ses vertus, l’austérité de sa vie, la fermeté inébranlable de ses principes de républicain et de libre-penseur n’ont pas été pour la jeunesse d’un moindre exemple que ses travaux et son enseignement.
Notes
- [1]
Cette notice est extraite de la Revue historique, t. XIX (mai-août 1882), p. 241. [Gallica].
- [2]
Louis-Marie Quicherat (1799-1884), latiniste. Son dictionnaire latin fut constamment révisé et réédité avant d’être supplanté dans l’usage des écoliers par celui de Félix Gaffiot (1934).
- [3]
Victor de Lanneau (1758-1830), d’origine bourguignonne comme les Quicherat, ancien prêtre et ancien noble devenu franc-maçon et révolutionnaire, il refonda le collège Sainte-Barbe et le dirigea pendant plus d’un quart de siècle.
- [4]
Nicolas-Toussaint Charlet (1792-1845) peintre et graveur, célèbre pour ses sujets historiques et militaires ou ses scènes populaires.
- [5]
Jules Michelet (1798-1874), le grand historien du XIXe siècle dont les premiers tomes de son Histoire de France venaient de paraître (1833).
- [6]
Champollion-Figeac (1778-1867) est le frère aîné du célèbre égyptologue et premier déchiffreur des hiéroglyphes Jean-François Champollion (1790-1832). Il entra comme professeur à l’École des chartes vers 1830, à la même époque que Benjamin Guérard (1797-1854), lequel en devint également directeur à partir de 1848.
- [7]
Charles Thurot (1823-1882), linguiste décédé au début de l’année 1882, quelques mois avant Quicherat.
- [8]
[Note originale] Le catalogue d’Arras, complètement achevé en 1842, est publié dans le t. IV du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques des départements, ceux de Metz et de Charleville, dans le t. V ; ces deux volumes ont paru l’un en 1872, l’autre en 1879. N’est-il pas inconcevable que le ministère ait gardé plus de trente ans dans ses cartons, sans les publier, les manuscrits de ces travaux ?
- [9]
Bibliothèque de l’École des chartes, 1839, 1840, 1849, 1852.
- [10]
Revue de Normandie, 1866.
- [11]
Revue historique, tome IV, p. 327.
- [12]
Supplément aux Témoignages contemporains sur Jeanne d’Arc, Revue historique, t. XIX, p. 68 (mai-juin 1882).
- [13]
Rodrigue de Villandrando, Paris, 1879, in-8°.
- [14]
Revue historique, t. XVII, p. 174.
- [15]
Journal général de France. Feuilleton du 22 décembre 1839.
- [16]
Recherches sur le chroniqueur Jean Castel, dans Bibliothèque de l’École des chartes, 1840.
- [17]
Thomas Basin, sa vie et ses écrits, dans Bibliothèque de l’École des chartes, 1841.
- [18]
Documents inédits, Mélanges, t. II, pp. 194-470.
- [19]
Henri Baude, dans Bibliothèque de l’École des chartes, 1848.
- [20]
Les vers de maître Henri Baude, Paris, 1856, in-12.
- [21]
Société de l’Histoire de France, 4 vol. in-8°.
- [22]
Bibliothèque de l’École des chartes, 1855 et 1856.
- [23]
Jean-Antoine Letronne (1787-1848), linguiste et archéologue, directeur de la Bibliothèque du Roi de 1832 à 1840. Il devint de fait le premier directeur de l’École des chartes en 1847.
- [24]
Revue historique, t. I, p. 623.
- [25]
De l’ogive et de l’architecture dite ogivale dans Revue archéologique, t. VII, pp. 65-76.
- [26]
Revue archéologique, t. VIII (1851), pp. 145-148, t. IX (1852), pp. 525-540, t. X (1853), pp. 65-81, t. XI (1854), pp. 668-690.
- [27]
Journal général de l’Instruction publique, numéros des 21 et 22 mai et du 6 juillet 1856. — Revue des cours publics, numéros des 2 et 9 décembre 1855, des 6 et 13 janvier 1856, des 11 et 25 janvier, 22 février et 19 avril 1857. — Revue des Sociétés savantes, t. III (1877), 2e semestre, pp. 641-652.
- [28]
Revue archéologique, t. IV (1847), pp. 760-769.
- [29]
Revue archéologique, t. VI (1849).
- [30]
Documents inédits sur la construction de Saint-Ouen de Rouen, dans Bibliothèque de l’École des chartes, 3e série, t. IV, p. 464.
- [31]
Revue de l’Anjou (1852).
- [32]
Revue archéologique, t. XIV (1857), p. 173.
- [33]
Restitution de la basilique de Saint-Martin de Tours, dans Revue archéologique, t. XIX (1869), et t. XX (1870).
- [34]
L’âge de la cathédrale de Laon, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXXV.
- [35]
La basilique de Fanum construite par Vitruve, dans Revue archéologique (1878).
- [36]
Jean Mabillon (1632-1707), moine bénédictin et historien et fondateur de la diplomatique (traité De re diplomatica, 1681). Sa méthode d’analyse des documents historique fut enseignée dès l’origine et de façon systématique à l’École des chartes.
- [37]
Bibliothèque de l’École des chartes, 5e série, t. I (1859-1860), p. 440.
- [38]
Critique des deux plus anciennes chartes de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Bibliothèque de l’École des chartes, 6e série, t. I (1864), p. 513.
- [39]
Mémoires de la Société des Antiquaires de France (1852).
- [40]
Alésia, par A. Delacroix, dans Mémoires de la Société d’émulation du Doubs (1856).
- [41]
Napoléon III écrivit une monumentale Histoire de Jules César (1865-1866) dont le second volume est consacré aux guerres gauloises. Dans la querelle sur l’emplacement d’Alésia, l’empereur opinait pour Alise-Sainte-Reine en Côte-d’Or, et donc contre Quicherat qui argumentait pour Alaise en Franche-Comté.
- [42]
Il s’agit de la statue équestre de Jeanne d’Arc située place des Pyramides à Paris. Elle fut commandée par le gouvernement français suite à la défaite de 1870, exécutée par Emmanuel Frémiet (1824-1910), et inaugurée en 1874.