J. Gratteloup  : Recueil de textes divers sur Jeanne d’Arc (2023)

Histoire de France pour les Nuls (2013)

Histoire de France
pour les Nuls
(2013)

Couverture de l'Histoire de France pour les Nuls (2e édition, 2013)

Commentaire

Avis général

La séquence Jeanne d’Arc est traitée en 6 pages (sur 800). On déplore des erreurs historiques évitables, quelques inventions inutiles, mais surtout un mauvais goût tout du long, qui se conclut par une caricature de Jeanne sur le bûcher devant un Cauchon ricanant : Elle est tout feu tout flamme !

Remarques sur quelques points précis

1.

Les assiégeants anglais s’installent autour d’Orléans en janvier 1429.

En réalité octobre 1428.

2.

Le bilan de cette escarmouche appelée bataille des harengs est de cinq cents morts, tous soldats aux ordres du comte de Clermont.

Arrivé plus tard, Clermont et ses hommes ne participèrent pas à l’assaut. Les pertes sont à compter parmi les soldats de Dunois et de l’écossais Stuart.

3.

Domrémy est orthographié Donrémy.

4.

Quelles sont donc ces voix qu’une modeste paysanne entend pendant l’hiver 1428 alors qu’elle est au champ vers midi ?

Confusion entre les première apparitions (à treize ans, ~1425, vers midi, en été, dans le jardin de son père) et celles précédant sont départ à Vaucouleurs (hiver 1428).

5.

Hypothèse farfelue sur l’origine physiologique des voix :

Est-ce le vent ? Sont-ce des troubles de l’oreille moyenne, séquelles de mastoïdites à répétition dont aurait souffert la jeune Jeanne, et qui lui font entendre avec quelques heures de retard le bonjour de ses parents ?

Cette hypothèse est écartée mais d’une telle manière tellement mièvre :

Ne serait-ce pas plutôt saint Michel ? […] Eh bien si : la troisième proposition est la bonne !

6.

Sans sourciller, Baudricourt, séduit par cette jeune fille en habits d’homme, par son audace mêlée d’une grâce trouble, lui accorde une escorte.

Au contraire Baudricourt rejeta d’abord Jeanne sans ménagement par deux fois. Jeanne prend des habits homme à son départ de Vaucouleurs, donc après avoir persuadé Baudricourt. Persuadé plutôt que séduit par son audace mêlée d’une grâce trouble (invention).

7.

Jeanne part pour Chinon montée sur une haridelle, un mauvais cheval maigre et efflanqué (invention).

8.

Grande confusion chronologique sur l’arrivée du Jeanne à Chinon, son approbation et son départ pour Orléans avec l’armée.

La pucelle et l’armée [partent] vers Orléans, en faisant un petit détour de trois semaines par Poitiers. Pourquoi ? pour [s’assurer] que Jeanne n’est pas une illuminée.

Le séjour de Jeanne à Poitiers n’est pas un détour mais un prélude à son départ pour Orléans.

9.

Le secret du roi est présenté de manière simpliste et puérile.

Jeanne vient de lui révéler un secret qui ôte définitivement le doute sur sa filiation. Il est bien roi de France et non bâtard.

10.

À Orléans, Jeanne, blessée à l’épaule lors d’un assaut et soignée avec de l’huile d’olive et du lard (déposition de frère Pasquerel) :

… s’élance, son épée en main, son étendard de l’autre, l’huile et le lard à l’épaule.

Sarcasme d’imaginer Jeanne au combat parée de tranches de lard.

11.

Bientôt [après le sacre], la pucelle se retrouve seule, presque abandonnée lorsqu’elle engage un siège devant [Paris].

Il ne s’agit pas vraiment d’un siège mais d’une tentative de prendre la capitale d’assaut. Jeanne d’Arc n’était pas seule mais accompagnait les principaux capitaines (d’Alençon, La Hire, Rais, Boussac,…), et lors de son procès elle se défendit d’avoir été à l’initiative.

12.

De leur côté, les Bourguignons en veulent beaucoup à Jeanne : elle a fait couronner roi de France, le petit roi de Bourges qui est aussi un petit Armagnac ! Les Bourguignons décident de capturer Jeanne.

Un petit Armagnac ? Quel style. La capture de Jeanne était tellement simple qu’il a suffit d’y penser pour la réussir du premier coup.

13.

Son procès :

Étant donné qu’elle ne semble pas reconnaître l’autorité de l’Église catholique, elle est jugée comme hérétique.

La non soumission à l’Église fait du coupable plutôt un schismatique. L’hérésie concerne davantage son port de l’habit d’homme ou la témérité à se prétendre sauvée.

14.

Grande confusion autour de l’abjuration.

Mais, le 23 mai 1431, quand Cauchon veut l’obliger à abjurer, à renier toute son action, elle refuse. In extremis, un élément de la sentence doit être examiné par des clercs. Cela lui donne le temps d’abjurer car, dit-elle, elle préférerait être décapitée sept fois plutôt qu’être brûlée.

Qu’elle préfère être décapitée sept fois est une invention. Dans ses interrogatoires Jeanne affiche plusieurs fois sa fermeté dût-on lui couper la tête (21 février, 28 mars), mais rien du genre le 23 mai.

Ce jour-là, rien n’arriva non plus in extremis. Elle fut admonestée et sommée de se soumettre à l’Église (après la réception des avis de théologiens et de l’Université de Paris), c’est-à-dire de s’en tenir à ce que lui commande ses juges quant à ses révélations. Jeanne annonce qu’elle restera sur sa position même face au bûcher.

Le 24 mai, on lui lit en public la sentence qui la condamne à mort ; elle interrompt la lecture et consent à abjurer.

15.

Tous attendent que le bûcher soit allumé, que la fumée s’élève, enveloppe Jeanne qui crie Jésus ! Puis, plus rien. Ils partent, satisfaits.

Satisfaits sans doute, mais aussi ébranlé et ému (Cauchon pleurait) ; ainsi que la conscience peu tranquille : Cauchon ajoutera des témoignages au procès le 7 juin (informations posthumes non authentifiées par les notaires) et obtiendra des lettres de garantie du roi d’Angleterre le 8 juin (au cas où le procès serait contesté devant le pape).

Texte

Extrait de l’Histoire de France pour les Nuls, 2e édition, octobre 2013, chapitre 8 (1422-1514), p. 222-227.

[L’extrait débute par le siège d’Orléans et la journée des harengs.]

222Les Anglais décident de s’emparer d’Orléans afin de s’ouvrir la vallée de la Loire et le Sud qui restent fidèles à Charles VII. Les assiégeants anglais s’installent autour d’Orléans en janvier 1429. Mais, au bout d’un mois, manquant de vivres, ils font venir un convoi de plusieurs dizaines de chariots qui leur apportent des harengs… Le 12 février, le comte de Clermont décide alors avec l’accord de Charles VII d’attaquer ce convoi vital pour l’ennemi : c’est encore une catastrophe pour les Français que les archers anglais tirent comme des lapins. Le bilan de cette escarmouche appelée bataille des harengs est de cinq cents morts, tous soldats aux ordres du comte de Clermont.

Jeanne d’Arc, la Virile pucelle au secours du roi !

Charles VII ne va pas tarder à voir arriver une jeune fille étrange, vêtue de noirs habits d’homme…

223Jeanne ! Jeanne !, les voix de Donrémy…

Jeanne ! Jeanne ! Quelles sont donc ces voix qu’une modeste paysanne de Donrémy entend pendant l’hiver 1428 alors qu’elle est au champ vers midi ? Jeanne ! Jeanne ! Est-ce le vent ? Sont-ce des troubles de l’oreille moyenne, séquelles de mastoïdites à répétition dont aurait souffert la jeune Jeanne, et qui lui font entendre avec quelques heures de retard le bonjour de ses parents ? Ne serait-ce pas plutôt saint Michel, sainte Marguerite et sainte Catherine ? Ces saints ne supportant pas la présence des Anglais en France, n’auraient-ils pas décidé de rompre le silence coupable et éternel des espaces infinis pour suggérer à Jeanne, pucelle pure et pieuse, d’aller bouter ces intrus hors du royaume ? Eh bien si : la troisième proposition est la bonne ! Et Jeanne, immédiatement, se met en route.

Jeanne déniche Charles VII à Chinon

Elle va confier le contenu de sa communication avec les saints au capitaine Baudricourt, commandant la place de Vaucouleurs. Sans sourciller, Baudricourt, séduit par cette jeune fille en habits d’homme, par son audace mêlée d’une grâce trouble, lui accorde une escorte. Et la voilà partie pour Chinon où se trouve le roi avec sa cour. Pendant dix jours, elle va voyager dans une campagne infestée de brigands de toutes sortes, d’Anglais, de Bourguignons. Vêtue de noir, les cheveux coupés au bol, montée sur une haridelle et entourée de son escorte composée d’une dizaine de gens en armes, elle arrive à Chinon précédée d’une rumeur qui la présente comme porteuse d’une incroyable nouvelle pour le roi Charles. On se demande bien ce que va révéler cette jeune fille de dix-sept ans !

8 mars 1429 : le roi enfin roi

Charles souffre de tout ce que lui ont fait subir sa mère et Philippe le Bon en signant le honteux traité de Troyes. Plus pour longtemps : Jeanne va lui apprendre l’incroyable nouvelle… Le 7 mars 1429, après avoir passé la nuit dans une maison que le roi a choisie pour elle — mais ils ne se sont jamais rencontrés — Jeanne d’Arc est interrogée sur ses intentions. Elle répond : J’ai reçu du roi des Cieux le commandement de repousser les Anglais qui assiègent Orléans, et de conduire le roi de France à Reims pour qu’il y soit sacré et couronné ! On s’étonne et on s’émerveille. Les évêques décident de laisser Jeanne agir. Le lendemain 8 mars, elle entre dans la grande salle du château de Chinon. Éclairée par une centaine de torches, cette salle est occupée par plus de trois cents gentilshommes. Elle se répète un passage important de la communication qu’elle a eue avec les trois saints : Va hardiment, lui ont-ils dit. Dès que tu seras devant le roi, il te recevra, et ce que tu lui diras, il le croira ! Oui, mais voilà, où est le roi dans toute cette assemblée, elle ne l’a jamais vu !

224Figure 8-1 : Jeanne d’Arc lors du couronnement de Charles VII à la cathédrale de Reims, par Jean Auguste Dominique Ingres.

Gentil Dauphin de France !

L’inexplicable arrive alors : elle s’avance vers l’estrade du roi, remarque un petit groupe d’hommes et s’agenouille devant celui à qui elle dit : Gentil Dauphin de France, Dieu vous donne longue vie ! L’homme lui répond : Ce n’est pas moi, c’est lui, en montrant son voisin le comte de Clermont de la bataille des harengs. Mais Jeanne insiste, affirme qu’elle ne se trompe pas, et délivre son message. Le roi est troublé. Il s’en va vers une fenêtre, discute une heure avec la pucelle et revient transfiguré parmi les siens : Jeanne vient de lui révéler un secret qui ôte définitivement le doute sur sa filiation. Il est bien roi de France et non bâtard. Dans les jours qui suivent, la foule chinonaise encourage le roi, la pucelle et l’armée qui partent vers Orléans, en faisant un petit détour de trois semaines par Poitiers. Pourquoi ? pour que le Parlement et l’Université de Paris, transférés dans cette te ville, s’assurent que Jeanne n’est pas une illuminée de plus, car l’époque en regorgeait, palliatif à une institution spirituelle en déshérence.

225Une flèche dans l’épaule

Enfin, Jeanne arrive à Orléans assiégée par les Anglais. Elle réussit à entrer dans la ville avec quelques chevaliers, galvanise le courage des habitants. Les troupes françaises parviennent à la rejoindre et le combat commence le 4 mai 1429. Les premiers Anglais sont délogés des bastilles qu’ils occupaient. Le 7 mai, Jeanne est en train de placer une échelle contre une muraille, en pleine bataille, lorsqu’elle reçoit dans l’épaule un trait d’arbalète. Elle est transportée à quelque distance, mais, sans attendre de médecin, elle retire elle-même la flèche, y applique de l’huile et du lard. Soudain, sentant que son absence provoque la reculade de ses troupes, elle sort de sa courte retraite, et s’élance, son épée en main, son étendard de l’autre, l’huile et le lard à l’épaule, vers le lieu où l’engagement est indécis. Dix minutes plus tard, la victoire est acquise !

Jeanne gêne

Dans le mois qui suit, Jeanne ne cesse de remporter des succès qui ouvrent à Charles VII la route de Reims où il entre le 16 juillet 1429. Le 17, il est sacré roi de France. D’autres combats sont engagés, d’autres victoires sont remportées contre les Anglais, mais Paris reste à prendre ! Et, contrairement à ce qu’on peut penser, Charles VII n’est pas pressé de reprendre la capitale. Il préfère la négociation à l’affrontement. Et Jeanne la guerrière commence à le gêner dans ses démarches de paix. Bientôt, la pucelle se retrouve seule, presque abandonnée lorsqu’elle engage un siège devant une ville. Cela n’empêche pas le roi de l’anoblir ainsi que toute sa famille et la descendance de celle-ci.

24 mai 1430 : Jeanne capturée

La France s’est désormais réveillée. Elle se met en lutte contre l’occupant anglais, mais cela ne plaît pas à tous les Français, ceux du Nord en particulier qui s’accommodaient fort bien de la présence anglaise. De leur côté, les Bourguignons en veulent beaucoup à Jeanne : elle a fait couronner roi de France, le petit roi de Bourges qui est aussi un petit Armagnac ! Les Bourguignons décident de capturer Jeanne. Le 23 mai 1430, ils assiègent la ville de Compiègne occupée par Jeanne qui tente alors une sortie avec ses combattants. Les Bourguignons la font reculer vers la porte d’où elle vient. Sa troupe peut se mettre à l’abri en rentrant dans la ville. Au moment où elle-même va passer le pont-levis, celui-ci se relève un peu trop tôt. Voilà Jeanne isolée au bord des douves pleines d’eau ; ses ennemis la capturent, la transfèrent au château de Jean de Luxembourg qui la vend aux Anglais pour 10 000 livres ! Ceux-ci n’ont qu’une idée en tête : la faire disparaître. Qui pourrait intervenir, la sauver ? Charles VII. Mais il n’en fera rien…

226Figure 8-2 : Scène de Jeanne d’Arc, film de Luc Besson (1999).

Jeanne jugée

Du 21 février au 30 mai 1431, le procès de Jeanne d’Arc se tient à Rouen. Il faut trouver un motif acceptable pour la traduire devant le tribunal. Étant donné qu’elle ne semble pas reconnaître l’autorité de l’Église catholique, elle est jugée comme hérétique. On l’accuse aussi de sorcellerie ! Les auditions sont conduites par l’évêque de Beauvais : Pierre Cauchon. C’est un universitaire qui s’est rangé du côté des Bourguignons et s’est trouvé mêlé, en tant que recteur de l’université de Paris, à tous les troubles qui ont eu lieu dans la capitale au temps des cabochiens. Il est entièrement acquis à toutes les causes anglaises. Son rôle est de faire mourir Jeanne. Il n’est pas difficile à ce licencié en droit canonique, à ce docteur en théologie, de mettre en difficulté Jeanne qui se défend malgré tout avec adresse et à propos.

Plutôt être décapitée sept fois…

Mais, le 23 mai 1431, quand Cauchon veut l’obliger à abjurer, à renier toute son action, elle refuse. In extremis, un élément de la sentence doit être examiné par des clercs. Cela lui donne le temps d’abjurer car, dit-elle, elle préférerait être décapitée sept fois plutôt qu’être brûlée. Le 28 mai, Cauchon vient voir Jeanne en sa prison. Et Jeanne lui dit que Dieu et les saints ont pitié d’elle parce qu’elle a trahi en abjurant, parce qu’elle a menti en reniant tout ce qu’elle a fait ! Cauchon exulte : elle est relapse, c’est-à-dire qu’elle vient de tomber dans l’hérésie. Il ne faut pas perdre de temps.

22730 mai 1431 : Jeanne au bûcher

Le 30 mai 1431, elle est coiffée d’une mitre sur laquelle on peut lire hérétique, relapse, apostate et idolâtre. À neuf heures du matin, cent vingt hommes en armes l’entourent place du marché à Rouen. Elle monte sur le bûcher. Jusqu’au dernier moment, Jeanne a espéré un soulèvement populaire, un complot qui la libérerait, l’intervention du roi, du pape. Rien ! Le bourreau lui lie les épaules, la taille, les cuisses et les genoux. Il tremble, il sait que Jeanne n’est pas une condamnée ordinaire ! Les membres du tribunal et les Anglais sont aux premiers rangs des spectateurs, Cauchon est le mieux placé. Tous attendent que le bûcher soit allumé, que la fumée s’élève, enveloppe Jeanne qui crie Jésus ! Puis, plus rien. Ils partent, satisfaits. En fin d’après-midi, les cendres de Jeanne sont dispersées dans la Seine.

[Jeanne d’Arc sur le bûcher par Emmanuel Chaunu.]
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