A.-F.-F. Huin  : Histoire de la réhabilitation de la mémoire de Jeanne d’Arc (1856)

Histoire de la réhabilitation

Histoire de la
réhabilitation
de la mémoire de
Jeanne d’Arc

par

A.-F.-F. Huin

(1856)

Éditions Ars&litteræ © 2024

5Avertissement

Ce petit ouvrage, complément nécessaire à l’Histoire populaire de Jeanne d’Arc, est écrit essentiellement pour les habitants des campagnes, et contient l’histoire abrégée de la Réhabilitation de l’Héroïne et de la révision de son procès.

J’ai l’espoir que ce modeste ouvrage sera accueilli favorablement, et que, tout en faisant connaître les principaux faits relatifs à Jeanne d’Arc, qui se sont passés depuis sa mort, il servira encore à répandre de plus en plus dans les campagnes, la mémoire de celle qui doit vivre à jamais dans les souvenirs de tous les bons Français.

Les ennemis, après avoir immolé à leur vengeance 6et à leurs terreurs la femme sublime, qui, conduite par le ciel, leur avait fait abandonner de belles et riches provinces de la France, qu’ils voulaient injustement s’approprier, augmentèrent encore l’infamie de leur conduite en voulant déshonorer aux yeux de la postérité la chaste fille dont le nom seul fait respirer je ne sais quel délicieux et saint amour. Bourreaux du corps, ils voulaient encore se faire les bourreaux de sa pureté.

Peut-on lire sans rougir ces pages honteuses qui nous représentent les plus belles vertus, le plus noble dévouement récompensés par un bûcher infâme, qui nous font voir d’ignobles soldats qui naguère fuyaient au seul nom de Jeanne d’Arc, et qui, en voyant son bras faible et désarmé, la tourmentent avec une joie et un courage atroces ?

Ah ! si depuis quatre siècles, tant de monuments 7s’élèvent dans les villes pour perpétuer la gloire de la Vierge de Domrémy, que du moins nous, habitants des campagnes, que la fortune n’a pas honorés de ses dons, nous puissions lui en élever un durable dans nos cœurs en y renfermant son souvenir, et marcher sur ses traces en imitant ses vertus, son dévouement au pays, et surtout sa foi !

A.-F.-F. Huin.

9I.
Impressions produites par la mort de Jeanne d’Arc

Le martyre de Jeanne d’Arc produisit une sensation douloureuse dans toute la France, qui l’avait suivie des yeux dans sa noble et courte carrière, et qui frémit d’indignation 10et d’horreur, lorsqu’elle apprit par quel supplice cet ange de vertu avait terminé sa vie.

Pendant que le plus grand nombre des Anglais et des juges voyaient avec une joie féroce consumer leur mortelle ennemie, dans un bûcher allumé par leur haine pour assouvir leur implacable rage, dix mille hommes pleuraient1 et commençaient à murmurer contre les assassins.

Beaucoup de spectateurs regardèrent Jeanne comme un ange envoyé du ciel, et un anglais même, s’écria en quittant le lieu du supplice : Nous sommes perdus : nous avons brûlé une sainte2.

Un soldat qui s’était distingué par sa brutalité 11envers Jeanne d’Arc, avait juré de jeter lui-même un fagot sur le bûcher pour attiser le feu qui brûlait la sainte. Au moment où il jetait dans le feu le bois qu’il portait, il entendit sortir du milieu des flammes le mot : Jésus ! prononcé d’une voix douce et plaintive : c’était le dernier cri, un cri d’espérance, que poussait Jeanne d’Arc en rendant à Dieu sa belle âme. Cet homme fut tellement frappé de terreur, de honte et de repentir, qu’il se trouva mal et serait tombé si ses camarades ne l’eussent soutenu ; ils l’emportèrent dans une taverne et lui firent boire des liqueurs pour lui rendre des forces et tâcher de le remettre de sa frayeur3.

Quelques heures auparavant, Loiseleur 12qui, pendant une partie de la captivité de Jeanne avait abusé de la naïveté, de la candeur de la jeune fille pour la tromper, ne put la voir conduire au supplice sans éprouver une honte secrète de son indigne conduite. Déjà les remords s’étaient emparés du cœur corrompu de cet homme. Il déplora avec amertume les artifices odieux qu’il avait employés pour découvrir ce qui se passait dans le cœur de la prisonnière, et voulant à tout prix obtenir sa grâce, il fendit la foule qui se pressait sur les pas de la victime, se précipita aux genoux de Jeanne, et, les larmes aux yeux, la supplia instamment de lui pardonner4. Les Anglais accourant, arrachèrent Loiseleur à cette posture suppliante et 13l’entraînèrent hors de la foule. Celui-ci, obligé de s’éloigner quelques jours après pour se soustraire à leur fureur, sortit de Rouen et alla traîner ailleurs sa misérable vie ; mais partout où il porta ses pas, il ne put éviter la vengeance divine : toujours poursuivi par ses remords, il mourut subitement dans une église de la ville de Bâle5.

La voix populaire s’éleva pour protester contre le jugement et la mort de la fille du peuple, et maudire les juges iniques, qui, dégradant leur qualité de Français, avaient donné pour l’Angleterre une preuve si évidente de bassesse et d’abjection. Ces vils bourreaux, en condamnant l’innocence, avaient écouté non seulement leur coupable 14haine, mais encore un sordide intérêt6.

Ainsi, le vice-inquisiteur Jean Lemaistre, reçut de l’Angleterre une somme de 20 saluts7 pour avoir pris part au procès ; le chanoine Estivet qui remplit avec tant de méchanceté le rôle d’accusateur, reçu 20 sous tournois par jour, pendant 120 jours8 ; les autres plus ou moins selon leurs qualités et l’importance de leurs fonctions.

Les idées et les murmures du peuple se manifestant comme par l’ordre de Dieu, trouvèrent un sympathique et douloureux écho dans toute la France. La conduite des Anglais fut dévoilée et flétrie. Les juges qui avaient des crimes à se reprocher s’enfuirent, 15et, pour la plupart disparurent. Cauchon, lui-même, trembla pour sa vie9, et ne trouva de sûreté que dans la protection de la haute classe des Anglais, car le peuple même de cette nation désavoua le juridique assassinat.

Le roi d’Angleterre, d’après les réclamations des coupables10, donna des lettres de garanties, datées du 12 juin 1431, par lesquelles il déclare prendre sous sa protection tous les juges qui lui ont été dévoués ; il dit aussi qu’il défendra par tous les moyens possibles ce qui a été fait dans le jugement.

Ces lettres parurent rendre un peu de calme à Cauchon, du moins à l’extérieur, 16car ce grand criminel devait être à l’intérieur accablé du poids de ses remords.

Déjà le 8 juin 143111, le gouvernement anglais, voulant se disculper aux yeux du monde entier et justifier l’action odieuse qui fera à jamais sa honte, adressa aux princes de la chrétienté, une lettre dans laquelle on trouve une déclamation sur le danger des erreurs et des faux prophètes ; déclamation restée impuissante contre la voix des amis de l’humanité et de la justice, qui regardaient le jugement de l’héroïne comme devant imprimer sur le front des Anglais le sceau de l’infamie.

Une seconde lettre, datée du 28 juin de la même année12, fut adressée aux Français 17et répandue dans toute la France : c’était un véritable manifeste par lequel le gouvernement anglais voulait montrer aux yeux de tous que le jugement avait été légitimement fait, et que Jeanne d’Arc n’était qu’une femme hardie qui avait su abuser de la crédulité du peuple.

Pendant que les ennemis de la France s’acharnaient à vouloir diffamer la mémoire de Jeanne, et que le peuple et les gens éclairés de l’époque flétrissaient le jugement infâme qui avait anéanti en une heure celle dont le souvenir ne s’éteindra jamais, pas même après des milliers de siècles, que se passait-il sur les bords de la Meuse, dans ce petit village de Domrémy, dont les habitants, naguère encore, redisaient avec tant de plaisir et d’enthousiasme les glorieux exploits 18de l’humble bergère qui avait passé parmi eux sa plus tendre enfance ?

La nouvelle de la mort de Jeanne d’Arc arriva à Domrémy quelques jours après son supplice. Le malheureux Jacques d’Arc, frappé au cœur, au souvenir de sa fille bien-aimée, qu’au sacre de Charles VII il avait vue comblée de gloire et d’honneurs, et qu’à chaque instant il se représentait, sur le bûcher, se tordant dans les souffrances les plus atroces et les moins méritées, le malheureux Jacques, dis-je, ne put supporter le coup accablant qui le frappa, il mourut de douleur en maudissant les Anglais. Le bon et rustique Jacquemin, frère aîné de Jeanne, le seul des garçons de Jacques et d’Isabelle qui fût resté à Domrémy pour aider ses parents dans les travaux de la campagne, 19avait entendu, avec le plus grand étonnement, raconter les hauts-faits de sa sœur, il espérait toujours, comme tous ses parents, qu’elle serait délivrée de la dure captivité qu’on lui faisait subir, et c’est avec une sorte d’impatience qu’il attendait le moment où il pourrait la revoir et l’embrasser, après une si longue absence.

Vain espoir ! Il apprit bientôt qu’elle avait été la victime de la vengeance la plus lâche et la plus grossière. La mort de cette sœur bien aimée fut un coup de poignard plongé dans le cœur de Jacquemin, qui mourut de chagrin quelques jours après son père.

Mais voyez cette pauvre mère, se consumant dans les plaintes, et pleurant nuit et jour sa fille chérie que les Anglais, pareils à des hyènes furieuses, ont enlevée à son amour, 20et que dans leur soif insatiable de son sang, ils ont dévorée : c’est Isabelle Romée, la digne mère de Jeanne d’Arc, qui, comme la Rachel de l’Écriture, est inconsolable d’avoir perdu ce qui l’attachait à la vie. Je pleure avec toi, pauvre mère : ta fille m’est chère aussi, et sa mémoire m’est plus précieuse que toutes les richesses du monde ! Je pleure au souvenir de l’amertume qui vint empoisonner tes jours lorsque tu perdis la noble fille qui, par ses vertus, faisait ta joie et ton orgueil ! L’infortunée Isabelle ne se consola jamais d’avoir perdu sa fille ; mais sa grande confiance en Dieu la soutint, et les conseils salutaires du digne ministre qui avait connu et élevé Jeanne ne lui manquèrent jamais, non plus que ceux de tous ses voisins, dont elle était aimée.

21Durand Laxard qui, le premier, avait cru à la mission divine de Jeanne, qui lui-même la conduisit à Vaucouleurs, et qu’au sacre il vit au faîte des honneurs, conçut un mortel chagrin en apprenant la triste fin de sa nièce.

Pendant que Domrémy déplorait la perte d’un de ses enfants, les Anglais, par leurs manifestes solennels, cherchaient à égarer l’opinion de tous relativement au procès et aux juges, mais pas une personne ne fut dupe de leurs écrits mensongers ; quelques-uns cependant, parurent croire aux paroles contenues dans les manifestes, mais leur cœur les démentait : c’était ceux qui avaient intérêt à être de l’opinion de l’Angleterre.

Alors, pleins de fureur de voir que, malgré 22les soins qu’ils mettaient à cacher la vérité, leur conduite paraissait de plus en plus abominable, Cauchon et Estivet, soutenus des Anglais, firent des menaces à ceux qui voulurent parler du procès comme diffamant pour eux ; quelques personnes même furent emprisonnées.

Ils se portèrent aux derniers excès de la brutalité envers un bon religieux jacobin, nommé Pierre Bosquier13 qui, ayant été témoin des souffrances et de la mort de la vertueuse Jeanne d’Arc, avait mal parlé du jugement rendu contre elle. Ils se le firent amener devant eux, et l’accablant des plus durs traitements, ils le forcèrent à se mettre à genoux, les mains jointes, et à leur demander 23pardon, après lui avoir fait dire publiquement qu’il était ivre lorsqu’il avait blâmé leur conduite. Ce ne fut pas tout : l’impitoyable Cauchon fit condamner Pierre Bosquier, par une sentence du 8 août 1431, à rester en prison dans la maison des frères prêcheurs de Rouen, depuis le 8 août jusqu’au jour de Pâques suivant, n’ayant pour toute nourriture que du pain sec et de l’eau.

La même année 1431, Cauchon fut dépouillé par Charles VII de son évêché de Beauvais14, mais le gouvernement anglais lui donna en échange le riche évêché de Lisieux, comme s’il était digne encore d’être représentant de Jésus-Christ, ministre de la plus sainte des religions, celui-là qui avait déshonoré 24non seulement son titre de prêtre et de chrétien, mais encore sa qualité d’homme ! Cet évêché, qui vint satisfaire en partie sa cupidité, ne fut pas celui que depuis longtemps il convoitait. Il avait fait de nombreuses démarches pour obtenir l’archevêché de Rouen ; dans le cours du procès, il croyait déjà le posséder, et dans sa vanité il souffrait qu’on l’appelât, Monseigneur l’Archevêque.

Que devenaient à cette époque tous ces guerriers dont Jeanne d’Arc avait rempli le cœur de tant d’enthousiasme, et que tant de fois elle avait conduits à la victoire ?

Les Anglais après d’infructueuses tentatives pour reconquérir plusieurs places, réunirent leurs forces et allèrent assiéger Louviers.

La Hire, qui y commandait ne crut pas pouvoir 25résister avec ses deux mille hommes à une armée qui se montait au moins à douze mille combattants. Il sortit pour aller chercher du renfort, mais il eut le malheur d’être fait prisonnier par les Anglais15 ; alors les habitants et la garnison de la ville, découragés par la captivité de leur brave chef, et trop faibles pour tenir tête à tant d’ennemis, capitulèrent à des conditions honorables que les Anglais leur firent.

Les ennemis furent remplis de joie en voyant le succès de leurs armes, mais cette joie fut de courte durée : Charles VII et ses généraux, qu’animaient le souvenir de Jeanne d’Arc, et l’espoir de venger sa mort, les battirent sur tous les points.

26Le gouvernement anglais, alors, voulut essayer si le sacre de Henry VI produirait le même effet que celui de Charles VII : il lui restait encore cet espoir.

Le roi d’Angleterre se dirigea donc sur Paris, qui lui obéissait encore et y entra le 2 décembre 143116. Cauchon courut l’y joindre pour être témoin de la cérémonie du sacre, qui eut lieu le 10 décembre suivant, mais qui ne produisit pas tout l’effet qu’on en espérait.

Lorsque Henry VI fit son entrée à Paris, la reine Isabeau de Bavière alla au-devant de lui, le salua, puis des souvenirs amers se présentant à sa pensée, elle se détourna pour cacher ses pleurs.

27Elle pleurait donc, cette femme digne à jamais d’être rayée du nombre des mères ! Elle voyait alors les funestes conséquences de son infâme conduite. Ses larmes devraient être des larmes de sang ! Infidèle épouse, mauvaise mère, femme prostituée, la honte de ce sexe qui produit tant de sublimes dévouements, et dont le cœur est orné de tant de vertus, cette femme devait succomber sous le poids de ses remords. Son époux, qu’elle a rendu malheureux, le Dauphin, son fils, abandonné par elle, et traqué par les Anglais comme une bête fauve, ses liaisons criminelles, la guerre civile, tant de provinces ravagées, ruinées, tout s’élève contre elle comme un spectre menaçant, pour lui reprocher sa conduite. Qui aurait dit qu’un cœur de femme put être la source de tant 28d’iniquités ? Mais ce siècle qui produisit Isabeau, c’est-à-dire la femme au plus bas degré de l’abjection, vit du moins apparaître pour venger son sexe et le réhabiliter la sublime Jeanne d’Arc qui sera à jamais la gloire des femmes. Son cœur renfermait plus de vertus que celui d’Isabeau ne contenait de vices, et elle répara au centuple tous les maux causés par l’épouse de Charles VI.

Dieu après avoir suscité son ange pour abaisser l’orgueil de l’Angleterre et commencer la réconciliation des partis, acheva son ouvrage en appelant à lui la vertueuse duchesse de Bedford, sœur du duc de Bourgogne17. Alors les liens qui attachaient Philippe-le-Bon à l’Angleterre furent définitivement 29rompus ; faisant un retour sur lui-même, il déplora tant de maux causés par la guerre civile ; il écouta les propositions que lui fit Charles VII, et les deux monarques étant parvenus à s’entendre, signèrent, le 21 septembre 1435, une paix qui vint achever de rendre le bonheur à la France.

Deux ans auparavant, Dunois, avec quelques Français, défendit Dieppe contre dix-mille Anglais sous les ordres du vaillant Talbot. Pendant neuf mois entiers cette poignée de braves tint tête au général anglais, et leur persévérance et leur courage furent récompensés, car des secours leur étant survenus, ils obligèrent Talbot à abandonner le siège de cette ville.

Le pouvoir des Anglais décroissait de jour 30en jour. Les Français fidèles redoublèrent de valeur. Beaucoup d’autres Français, pour mériter un pardon que Charles VII était disposé à leur accorder, abandonnèrent le parti des Anglais, appelèrent Charles et le reçurent dans leurs villes.

Dunois et l’intrépide Arthur de Richemont se rendirent sous les murs de Paris. Les habitants de cette ville, las du joug des Anglais, traitèrent avec ces deux généraux et leur ouvrirent leurs portes le 18 avril 143618. Cette même année les Anglais furent entièrement chassés de l’Île-de-France qui était alors la France proprement dite.

Ainsi s’accomplit une des prophéties que 31fit Jeanne d’Arc en présence des Anglais des juges qui la condamnèrent.

33II.
Orléans et Isabelle Romée

Orléans, depuis sa délivrance n’avait cessé de remercier le ciel de lui avoir envoyé Jeanne d’Arc. Une procession solennelle fut établie annuellement pour fêter l’anniversaire de la délivrance de la ville, et pour perpétuer la mémoire de ce glorieux 34évènement, ainsi que la reconnaissance des Orléanais envers Dieu et l’ange tutélaire suscité par lui. Leur vénération pour Jeanne d’Arc fut si grande qu’ils firent sa fête comme si elle avait été canonisée ; ils se plurent toujours à la regarder comme la protectrice de leur ville.

Presque tous les habitants pouvaient se flatter de l’avoir vue, quelques-uns d’avoir touché ses habits, d’avoir vu couler son sang. Tous avaient été témoins de ses vertus, de son courage, de sa profonde piété. Avec quel bonheur ne se rappelait-on pas les exploits de l’héroïne, sa figure angélique, sa bonté, et surtout la manière miraculeuse dont elle avait délivré Orléans.

Depuis ce moment, son souvenir s’est de plus en plus idéalisé dans l’esprit des Orléanais, 35les fêtes les plus belles en son honneur se sont succédé jusqu’aujourd’hui ; elles n’ont été interrompues qu’à l’époque désastreuse où la guerre civile la plus cruelle est venue décimer la France : l’époque de la révolution de 1789.

Dans un de ces nombreux et éloquents panégyriques, prononcés sur Jeanne d’Arc dans la cathédrale d’Orléans, j’aime à relire ces mots de M. l’abbé Bernet, qui s’écrie au milieu d’une foule innombrable d’auditeurs :

Paraissez, Vierge innocente et irréprochable. Que toute votre conduite soit mise au grand jour ; elle ne craint aucun regard ; la rage de vos ennemis n’a servi qu’à en constater l’inaltérable pureté ; dans leur vengeance 36désespérée, ils ont bien pu vous arracher la vie, mais non pas flétrir votre honneur. Quel spectacle extraordinaire et ravissant ! La pudique vertu au milieu des camps, une jeune bergère dans la fleur de l’âge, douée de tous les avantages et de tous les agréments que rehaussait encore la plus touchante modestie, maniant un cheval avec un art inconnu même aux plus habiles écuyers, et disputant de bravoure avec les plus intrépides chevaliers, commande impérieusement à tout autre sentiment que celui du respect. La licence se tait devant elle et fuit à son approche : le soldat lui-même, dans son admiration la regarde et la vénère comme un ange envoyé du ciel.

Plus loin, le panégyriste, parlant du jugement, dit :

37C’est à l’Inquisition, qu’aucune loi formelle n’établissait en France, qui s’y introduisait sourdement, que les Anglais favorisaient, que Jeanne d’Arc fut livrée par eux, non pas pour être jugée, mais pour être condamnée. Quand l’autorité veut le crime, elle trouve des agents jusque dans le sanctuaire. Un pontife, que je me garderai de nommer, abjurant son caractère auguste, se chargea d’être le ministre de leur vengeance. L’évêque de Beauvais, puisqu’il faut le désigner enfin, et le vouer à l’opprobre de tous les siècles, trop fidèle imitateur de ce Caïphe, acharné contre le Juste par excellence, retraça alors la même partialité, la même perfidie, la même iniquité19.

38Je reprends le fil de cette histoire dont je me suis peut-être trop écarté.

Lorsque les habitants d’Orléans apprirent la captivité de leur libératrice, les souffrances qu’elle endura, et la mort affreuse que les Anglais lui firent subir à la fleur de son âge, un cri unanime d’angoisses et de plaintes s’éleva vers le ciel pour lui demander une juste vengeance, un deuil général couvrit la ville, et l’affliction fut à son comble.

Bientôt ils entendirent parler de la douleur d’Isabelle Romée. Vous, mère de famille, qui avez prodigué à votre enfant chérie les soins les plus tendres, qui l’avez vue grandir sous vos ailes maternelles, qui l’avez vue répondre avec une vive reconnaissance aux soins que vous lui avez donnés dans son jeune âge, mais qui la 39voyez, dans sa plus brillante adolescence, moissonnée par la mort, et vous précéder au tombeau en vous laissant triste et désolée sur la terre, jugez quelle devait être l’amertume de la douleur de cette pauvre mère ! Les Orléanais la comprirent, et, reconnaissants, ils voulurent se charger de lui donner des consolations.

Pour montrer combien le souvenir de Jeanne d’Arc leur était cher et précieux, ils appelèrent au milieu d’eux cette mère affligée. D’abord elle n’accepta pas les propositions des Orléanais, car elle ne pouvait s’arracher de la maison qui avait vu naître sa fille, et des lieux où elle croyait voir encore l’empreinte de ses pas, et dont chaque objet lui rappelait un souvenir aimé. Mais les Orléanais insistèrent et montrèrent un tel dévouement, 40une telle amitié pour sa personne, et tant de commisération pour sa douleur, qu’à la fin elle se laissa gagner. On était en 1438.

Une chose qui, avec l’amitié des Orléanais, la décida à quitter les rives de la Meuse, ce fut le bonheur de se rapprocher des lieux que sa fille a parcourus en guerrière, et qui furent le théâtre de ses glorieux exploits : Orléans, qu’elle délivra, l’endroit où une flèche ennemie lui fit répandre du sang, les habitants qui ont conversé avec elle, et surtout la bonne Charlotte Boucher, la compagne de ses nuits et sa meilleure amie.

Isabelle quitta Domrémy avec son fils Pierre, appelé le Chevalier du Lys, qui était rentré dans son village pour aider et consoler sa mère. Jean, son deuxième fils, alla plus 41tard habiter la maison de ses parents, lorsqu’il occupait à Vaucouleurs un poste honorable pour le roi de France.

Isabelle n’eut jamais qu’à se louer des habitants d’Orléans, qui eurent pour elle tous les égards que méritaient ses malheurs. Son alliance fut recherchée par les plus grandes maisons, et Pierre d’Arc contracta, avec Jeanne de Proville, une union qui devint la souche de familles très-honorables20.

Plusieurs années s’écoulèrent, pendant lesquelles les Anglais perdirent beaucoup de provinces. L’Angleterre, déchirée par des factions, était obligée de charger ses peuples d’impôts pour survenir aux frais ruineux de 42la guerre injuste par laquelle elle soutenait ses ridicules prétentions à la couronne de France. En 1440, leurs finances étaient tellement épuisées, qu’ils écoutèrent les propositions qu’on leur fit pour le rachat du duc Charles d’Orléans, pris à la bataille d’Azincourt, malgré le serment qu’on avait fait à Henry V, lorsque ce roi était sur son lit de mort, de ne jamais relâcher aucun prince du sang royal fait prisonnier à cette bataille.

Le bon duc d’Orléans, qui avait passé de longues années dans les cachots de l’Angleterre, occupant son temps à faire des poésies qui peignent on ne peut mieux ses malheurs et le regret d’être séparé peut être pour toujours de sa belle France, fut enfin racheté, et, qui le croirait ? par ce même duc de Bourgogne, jadis son irréconciliable 43ennemi, alors franchement retourné dans la bonne voie21.

Dans tous ces évènements, il est impossible de méconnaître les œuvres de la Providence.

Le duc d’Orléans quitta l’Angleterre, et sa rentrée en France fut une joie générale.

Orléans donna, à cette occasion, des fêtes qui durèrent plusieurs jours et montrèrent combien les habitants aimaient le duc.

La même année, la ville de Pontoise fut reconquise, et partout les armées de Charles VII remportèrent sur les Anglais des avantages signalés.

Le 18 octobre 1442, Cauchon, criblé de remords, tomba expirant pendant que son 44barbier lui coupait les cheveux et la barbe.

Plus tard, dit-on, le pape Calixte III l’excommunia ; on exhuma son corps, et ses os furent jetés aux bêtes féroces22.

Avant de passer à la révision du procès de Jeanne d’Arc, je me hâte de dire que l’année 1450 fut remarquable par les pertes nombreuses des Anglais. Arthur de Richemont, avec trois mille Français, gagna sur eux la célèbre bataille de Formigny, dans laquelle trois mille sept cent quatorze Anglais furent tués, et quatorze cents faits prisonniers.

Honfleur, Caen, Falaise, Cherbourg, rentrèrent sous la domination de Charles VII, et la Normandie enfin fut entièrement soumise.

45Dans la Guyenne, les armes de Dunois furent partout victorieuses : Bordeaux, Bayonne, tout le Midi, tomba au pouvoir des Français, et la bataille de Castillon, gagnée par eux, chassa définitivement les Anglais de la France, où ils ne possédèrent plus que la ville de Calais23.

47III.
Révision du procès de Jeanne d’Arc

Par le Peuple

Si l’on consulte l’histoire, on voit que le parti adopté par le peuple a toujours été le meilleur, et qu’une cause n’est bonne qu’autant qu’elle a été embrassée et défendue par lui. Le peuple ne se trompe jamais et les idées qui se produisent chez lui sont toujours exemptes 48d’égoïsme. Sa voix n’est autre chose que la manifestation de celle de Dieu. On ne sera donc pas surpris lorsqu’on verra que, malgré les manifestes de l’Angleterre, le peuple ait adopté la cause de Jeanne comme la sienne propre. De tous les points de la France et du monde des plaintes amères s’élevèrent de leur sein et protestèrent contre l’inique jugement rendu contre l’héroïne, ainsi qu’on l’a vu au commencement de cette histoire. Le peuple anglais, lui-même, désavouant le forfait de son gouvernement, embrassa le parti de la sainte victime, car chez tous les peuples, fussent-ils ennemis, surgissent les mêmes idées, celles de la vérité et de la justice, et si une instruction salutaire leur fournissait les moyens de s’entendre, les guerres civiles et étrangères, les discordes sanguinaires, 49et tant d’autres fléaux, disparaîtraient bientôt de la terre, et l’humanité n’aurait pas à se reprocher des crimes atroces comme celui de la mort de Jeanne d’Arc.

La mémoire de cette sainte fille n’aurait pas été réhabilitée par ce qu’on appelle les hautes classes de la société, que son souvenir n’en serait ni plus ni moins glorieux, et l’opinion du peuple prouve assez que Jeanne d’Arc fut injustement et indignement sacrifiée, et suffit pour imprimer sur le front des Anglais d’alors le stigmate de la honte.

51
Par la Royauté

Lorsqu’en 1449, Charles VII se fut rendu maître de la ville de Rouen, il n’y entra pas comme un triomphateur fier d’avoir remporté sur les ennemis plusieurs victoires : les souvenirs encore récents de la mort de Jeanne d’Arc qui lui avait redonné son royaume, remplissaient son cœur d’une grande affliction, et il savait qu’il allait trouver à Rouen les traces de la mort la plus injuste. Les guerriers qui l’accompagnaient, et qui avaient combattu avec Jeanne d’Arc avaient le cœur navré et rempli d’amertume au souvenir du jeune chef qui tant de fois les fit vaincre.

L’entrée à Rouen fut une entrée de deuil, 52et les guerriers, émus, courbant la tête pour la première fois depuis deux ans, marchèrent lugubrement et en versant des larmes de tristesse vers le lieu où Jeanne d’Arc avait consommé son sacrifice, heureux encore s’ils avaient pu pleurer sur son tombeau et le couvrir de lauriers, mais la rage implacable des Anglais leur avait ôté jusqu’à cette dernière consolation : pas le moindre atome du corps de Jeanne d’Arc : la Seine avait roulé et englouti dans son sein jusqu’aux cendres du bois qui avait brûlé la sainte martyre.

Charles VII, faisant sur lui-même un tardif retour, et contemplant sa vie passée et les conséquences fatales de son insouciance sur le sort de Jeanne d’Arc, et sur l’ingratitude dont il avait payé ses services, fut effrayé des funestes résultats de sa conduite.

53Craignant qu’elle ne parut odieuse à la postérité, il voulut réparer ses torts. Par son ordre, maître Guillaume Bouillé, son conseiller, prit des informations sur le jugement de Jeanne d’Arc, et consulta plusieurs savants jurisconsultes, puis après l’audition de sept personnes qui avait été témoin de la captivité, des souffrances et de la mort de la pauvre Jeanne d’Arc, le procès fut déclaré injuste au fond et nul dans la forme24.

Les témoins entendus dans cette affaire furent :

  • Martin L’Advenu ;
  • Isambard de La Pierre ;
  • 54Guillaume Manchon ;
  • Jean Massieu ;
  • Jean Toutmouillé ;
  • Jean Beaupère ;
  • Guillaume Duval.

55
Par l’Inquisition

Cette institution qui, au nom d’un Dieu de paix, de justice et de clémence, commit des injustices et des cruautés inouïes, compta en Jeanne d’Arc une victime de plus.

Cette institution tyrannique, d’abord introduite en France sous le plus grand secret, n’avait pas tardé à se montrer et à lever la tête comme une hydre menaçante, surtout lorsqu’elle eut cessé d’être religieuse pour devenir un instrument de politique entre les mains des rois qui, secondés par l’Inquisition, conduisaient les peuples par la crainte, les empêchaient, en les abrutissant de plus en plus, de sentir leur dignité d’hommes, et de s’opposer au pouvoir des princes ; 56pouvoir souvent injuste, et qui, par des lois arbitraires et toujours cruelles, les tenait enchaînés dans une servitude affreuse, les traitait avec une atroce barbarie, et les confondait avec les animaux les plus immondes, comme si en agissant ainsi ce n’était pas protester contre l’œuvre sublime de la création, et à la face de Dieu, qui nous a créés tous égaux !

Charles VII, qui sentait combien il importait à sa réputation de ne pas suivre la lâche politique de ses prédécesseurs, osa cependant s’adresser à elle, pour la réhabilitation de la mémoire de Jeanne d’Arc, et il eut le bonheur de trouver dans Jean Bréhal, inquisiteur de la foi en France, un des rares honnêtes hommes de la sainte inquisition.

57Jean Bréhal fit, tant en France qu’à l’étranger, de nombreuses consultations25 qui lui furent données avec la plus sévère impartialité. Lui-même blâma les moyens employés dans le procès, par le vice-inquisiteur Jean le Maistre, et déclara que, dans Jeanne d’Arc, l’innocence avait été indignement calomniée, et que le procès avait été conduit du commencement à la fin, avec la plus révoltante injustice.

59
Par le Clergé de France

Le Clergé voulut à son tour venger l’innocence opprimée et une violation si manifeste de toutes les lois divines et humaines, tant pour rendre justice à Jeanne d’Arc, que pour désavouer l’abominable conduite de quelques-uns de ses membres, poursuivis depuis longtemps par le mépris, l’exécration publique, et qui feraient la honte de leur religion, si, par son origine céleste et la sublimité de ses maximes, elle n’était au-dessus des passions de ses indignes ministres.

En 1452, le Cardinal d’Estouteville, archevêque de Rouen, touché des plaintes du 60peuple26 qui, depuis vingt ans ne cessait d’élever la voix pour demander vengeance des bourreaux qui avaient martyrisé Jeanne d’Arc, se joignit à l’inquisiteur Jean Bréhal, et tous deux, de concert, firent une révision d’office de ce procès, si tristement célèbre ; ils la commencèrent et la continuèrent avec autant de dévouement que de justice.

Le Cardinal n’ayant pu suivre l’affaire que jusqu’au 6 mai, se fit remplacer par le trésorier de la cathédrale de Rouen, Philippe de la Rose, son grand-vicaire. Dix-sept témoins furent entendus, lesquels déposèrent en faveur de Jeanne d’Arc, et contre le procès homicide, qu’ils regardèrent comme le forfait le plus atroce qui ait jamais été commis.

61Ces témoins furent :

  • Martin L’Advenu ;
  • Jean Massieu ;
  • Guillaume Manchon ;
  • Isambard de La Pierre ;
  • Bardin de La Pierre [doublon du précédent] ;
  • Pierre Migèce [Miget] ;
  • Nicolas Taquel ;
  • Guillaume Dubois [du Désert] ;
  • Pierre Cusquet ;
  • Pierre Bouchier ;
  • Nicolas de Houppeville ;
  • Nicolas Caval ;
  • André Marquerie [Marguerie] ;
  • Jean Fabri ;
  • Thomas Marie ;
  • Léon [Jean] Fave.

63
Par le Souverain Pontife

Révision solennelle

Depuis dix-sept ans, Isabelle Romée était à Orléans et jouissait des bienfaits et de l’amitié des habitants de cette ville ; mais, toujours triste, elle regrettait sans cesse d’être séparée de sa fille, et soupirait après l’heureux moment où la mort la réunirait pour toujours à Jeanne, ce qui ne devait pas tarder d’arriver, car elle était presque septuagénaire, et les chagrins avaient encore avancé sa vieillesse.

Une chose qui vint pour un moment faire diversion à sa douleur, ce fut la joie de voir 64que la mémoire de sa fille était partout vénérée, et que Charles VII, l’Inquisition et le Clergé avaient commencé la révision de son procès.

Cependant, malgré les démarches de Charles VII et d’une foule de personnes, près de la cour de Rome, le Pape n’avait jamais consenti à réhabiliter Jeanne d’Arc aux yeux du monde entier, ç’aurait été jeter à la face des Anglais le blâme le plus solennel de leur conduite, et on voulait les ménager.

Un nouveau pape, Calixte III, venait de monter sur le trône pontifical, en 1455. C’était un homme juste, vertueux et éclairé, qui, malgré les brigues et les perfides insinuations de l’Angleterre, accueillit avec la plus grande bonté la supplique d’Isabelle Romée, de ses deux fils, de leurs parents, 65d’un grand nombre de personnes notables d’Orléans et d’autres villes qui demandaient une révision entière du procès de Jeanne d’Arc.

Calixte III consulta les informations du cardinal d’Estouteville, archevêque de Rouen, et, touché de la mort injuste de Jeanne, et des iniquités dont les juges avaient souillé leur mémoire, il fit droit aux réclamations des parents de la jeune vierge, soutenus de tant de personnes honorables. Par des bulles datées du 15 juillet 145527, il ordonna une enquête générale et solennelle, et nomma un tribunal composé de prélats dont la loyauté était connue :

  • Jean, archevêque de Reims ;
  • 66Guillaume, évêque de Paris ;
  • Richard, évêque de Coutances ;
  • Jean Brehal, inquisiteur ;
  • Un promoteur, etc.

Avec faculté de s’adjoindre des docteurs pour s’aider de leurs lumières.

Cette révision mémorable fut commencée le 17 novembre 1455. On consulta minutieusement toutes les pièces du procès. On entendit des témoins de Domrémy, de Greux, de Moncel, de Neufchâteau, de Toul, de Vaucouleurs, d’Orléans, de Rouen, de Paris et de beaucoup d’autres lieux. Chaque personne qui avait connu Jeanne s’empressa de déposer en sa faveur.

Les quatre enquêtes principales que l’on fit eurent lieu, la première à Rouen, la seconde 67à Domrémy, la troisième à Orléans, et la quatrième à Paris28.

Un jour, à Paris, devant le tribunal des respectables pontifes et docteurs, assistés d’un nombre considérable de prélats, d’abbés, de professeurs de toutes les classes et de tous les pays, on vit tout d’un coup apparaître dans l’enceinte du lieu où se tenaient les séances, une pauvre femme courbée par l’âge et plongée dans la douleur, soutenue par ses deux enfants, et suivie d’un grand nombre d’ecclésiastiques, de parents et d’une multitude de femmes. C’était Isabelle Romée, qui, le rescrit du pape en main, venait supplier les juges de rendre justice à sa fille. Le long et triste cortége, la voix suppliante, entrecoupée 68de gémissements, de cette mère éplorée, frappa toute l’assemblée de pitié et d’émotion.

Isabelle, versant des larmes amères, dit à l’assemblée que Jeanne d’Arc était sa fille29, qu’elle l’avait élevée dans des sentiments d’honneur et de probité ; que depuis son jeune âge, elle était animée de la piété la plus profonde, qui, dans les champs ou à la maison, ne l’abandonna jamais ; que les malheureux et les infortunés trouvaient en elle une âme compatissante, toujours prête à les consoler.

On me félicitait, reprit Isabelle, on me parlait de ma fille comme d’un modèle de conduite pour les jeunes personnes. 69Comme j’étais fière d’avoir une telle fille, et quel heureux avenir j’entrevoyais pour elle ! Et cependant, dans son amour pour la France, un jour elle quitta père, mère, frères, sœur, compagnes, pays, et nous laissa tous tristes et désolés de son départ ; plus tard, j’entendis dire qu’elle avait sauvé la France, et que, pendant une année bien glorieuse, sa piété, sa bonté ne l’avaient pas quittée un seul instant.

Plus tard encore, j’appris que pour prix de tant de services rendus à sa patrie, une affreuse prison vint s’ouvrir pour la recevoir, et fit résonner sur elle le bruit de ses verrous. D’infâmes bourreaux la tourmentèrent comme si elle était chargée des crimes les plus atroces. On la 70traita de folle, de sorcière. Un évêque, la honte du clergé et du genre humain, des anglais furieux, et des français indignes, torturant son âme et son corps, acharnés comme des bêtes féroces contre ma fille, ne se sont pas contentés de mettre sa chair en lambeaux, pour comble de cruautés, un affreux bûcher fut dressé pour elle, et la plus belle vie s’éteignit par la mort la plus horrible !

À ces derniers mots qui rappelaient au cœur d’Isabelle de poignantes douleurs, les sanglots étouffèrent sa voix, et ayant cessé de parler, maître Maugier, son défenseur, prit à son tour la parole30, et par un plaidoyer qui allait au cœur, il s’étendit longuement sur l’incompétence des juges 71qui avaient condamné Jeanne d’Arc. Il fit un narré fidèle et touchant des violences dont elle avait été l’objet, de la lâcheté et de la dureté de ses gardes, des menaces qui furent faites aux assesseurs, de l’abjuration que la ruse la plus adroite et la plus méchante arracha à Jeanne d’Arc, de la rechute provoquée par les juges pour avoir un sujet de la condamner.

Le tribunal donna à Isabelle les consolations que son état réclamait et la fit retirer du lieu des séances, craignant que sa présence ne nuisit aux débats, puis il continua le procès de révision.

Cent quarante-quatre dépositions vinrent confirmer l’innocence de Jeanne d’Arc, et flétrir sa condamnation31.

72Toutes les personnes entendues ont été témoins de la conduite de Jeanne. Ainsi, en faveur de ses jeunes années, on vit venir déposer le curé de Domrémy, le curé de Moncel, Durand Laxard, la veuve Félicité Thiesselin, marraine de Jeanne d’Arc, et trente autres personnes tant de Domrémy que des environs32.

Puis, pour la vie publique de Jeanne d’Arc, les docteurs de Poitiers, Bertrand Poulengy, Jean de Metz, le vaillant Dunois, fils du Duc d’Orléans, le Duc d’Alençon, Jean d’Aulon, son écuyer, Louis de Contes, son page, les plus illustres de ses compagnons d’armes, Jean Pasquerel, son aumônier, Jean Massieu, Martin L’Advenu, Isambard 73de La Pierre33, vinrent tous devant l’imposant tribunal rendre un éclatant hommage aux vertus de Jeanne.

Les juges alors purent embrasser d’un seul coup toute l’iniquité du premier procès ; ils purent voir aisément qu’on avait condamné :

  • Comme Menteuse, celle dont les paroles étaient autant de prophéties qui, toutes, se sont réalisées ;
  • Comme Devineresse, celle avec qui Dieu communiquait par ses anges, et à qui il révélait des choses inconnues et cachées ;
  • Comme Superstitieuse et Invocatrice du Diable, celle dont Dieu et l’Église du Christ faisaient toute la croyance ;
  • 74Comme Blasphématrice, celle qui ne prononça jamais que des paroles de douceur et de consolation, et qui reprenait ouvertement le moindre blasphème de ses compagnons d’arme ;
  • Comme Pernicieuse, celle dont les salutaires exemples ramenèrent au bien tant de personnes ; celle qui chassait des armées et fuyait avec horreur les femmes de mauvaise vie34, celle, enfin, qui réunissait toutes les perfections d’un ange ;
  • Comme Abuseresse, celle qui sacrifia sa vie pour prouver la vérité de sa mission ; celle qui ramena les Français à des sentiments d’honneur et de patriotisme, et à l’obéissance de leur roi légitime ; celle qui fut la source 75du bonheur de la France, disparu depuis longtemps de cette terre malheureuse ;
  • Comme Malcréante de la Foi, celle dont la piété et la soumission aux lois de Dieu et de l’Église faisaient l’admiration de tous les prêtres qui l’ont confessée ;
  • Comme Vanteresse, la vierge inspirée, dont la voix n’était que l’écho de celle de Dieu, et qui, à lui seul, reportait toutes ses actions ;
  • Comme Idolâtre, celle dont la vie ne fut qu’un continuel hommage au Dieu vrai, seul et unique ;
  • Comme Cruelle, celle qui ne versa jamais une seule goutte de sang, et qui plus d’une fois demanda la vie des ennemis qu’allait immoler la juste fureur des Français ;
  • Comme Apostate, Hérétique, Schismatique, 76inventions de Cauchon et de son horrible entourage, afin d’avoir un motif de retrancher du sein de l’Église, et d’abandonner au bras séculier pour être livrée aux flammes, celle qui pendant toute sa vie se conduisit selon les sages conseils des plus dignes ministres de la religion ;
  • Comme Dissolue, le plus parfait modèle de pureté et de chasteté ; ce qui a été attesté par ses ennemis mêmes.

Enfin, après avoir entendu cent douze témoins, après une foule de débats et des formalités sans nombre, les respectables délégués du Souverain Pontife attestèrent :

Que le procès fait à Jeanne d’Arc, et le jugement sur ce intervenu, étaient pleins de dol, de calomnies, d’injustices, de contrariétés, d’erreurs en fait et en droit. 77Par quoi, en tant que besoin était, selon droit et raison, ils les cassaient, et biffaient, annulaient les exécutions et tout ce qui s’en était ensuivi, comme de nul effet, et Y déclaraient, elle et ses parents, n’avoir encouru par telle mort, aucune tache ni note d’infamie35.

L’innocence de Jeanne d’Arc fut solennellement reconnue et proclamée à Rouen le 7 juillet 1456. Deux processions et des prédications publiques furent faites dans cette ville ; deux croix expiatoires y furent élevées : l’une sur la place du Vieux-Marché, lieu de l’exécution, et l’autre sur la place Saint-Ouen, où s’était passée l’épisode de la fausse abjuration.

78De plus, le jugement fut affiché dans toutes les communes de la France.

Deux ans après, en 1458, Isabelle Romée, n’ayant plus rien à souhaiter sur cette terre, mourut chargée d’années, et alla rejoindre sa fille, qu’elle avait pleurée toute sa vie.

79IV.
Conclusion

Lorsque l’on réfléchit sur la vie tout entière de Jeanne d’Arc, on y trouve une grande conformité avec celle du Christ, dont Jeanne était un parfait modèle sur la terre. Tous les deux naissent dans la classe 80du peuple, dans la condition la plus modeste, l’un et l’autre se distinguent par leur conduite exemplaire ; ils sont en butte aux traits envenimés de l’envie, et tous les deux, enfin, meurent martyrs de leur dévouement : Jésus-Christ à la cause de l’humanité tout entière, et Jeanne d’Arc à la cause de son pays36.

Seulement, sans le Christ, il n’y aurait peut-être pas eu de Jeanne d’Arc, car sa religion sublime est seule capable de faire naître des prodiges de dévouement qu’on ne trouva jamais dans les autres religions.

Quelques-uns ont prétendu que les visions de Jeanne d’Arc n’étaient autre chose que les résultats d’une imagination exaltée et 81frappée par le récit des maux qui accablaient la France ; d’autres ont dit qu’elle possédait un sixième sens, un sens magnétique37, qui lui faisait voir des yeux de l’esprit ce qu’elle ne pouvait apercevoir des yeux du corps, et qui lui faisait deviner les choses avant qu’elles arrivassent.

Ces prétentions ridicules tombent d’elles-mêmes.

En effet, est-il possible que cette imagination exaltée se soit maintenue pendant plusieurs années, non seulement au milieu d’une foule d’exploits glorieux, mais encore à travers toutes les phases des plus grands malheurs ? Est-il possible que cette imagination 82exaltée lui ait fait répondre savamment aux docteurs les plus éminents de l’époque, les docteurs de Poitiers, et aux juges qui la condamnèrent, elle, qui jamais n’avait fréquenté d’autres gens que ceux de son village, et qui, de sa vie, n’avait lu dans un livre ? Est-il possible que cet esprit exalté ne l’ait pas abandonné même au milieu des flammes ?

Pour les seconds, peut-on admettre que ce sixième sens, ce sens magnétique, qui la mettait en communication avec des êtres d’une nature supérieure à celle de l’homme, qui lui faisait deviner les choses les plus cachées, qui lui montrait l’avenir et la faisait prophétiser, qui la fit marcher de succès en succès et ne l’abandonna pas même au moment suprême, peut-on admettre qu’il lui ait caché la mort affreuse qui devait terminer 83ses jours ? Jeanne d’Arc désirait sans cesse retourner à Domrémy38 : c’eût été là pour elle un grand bonheur ; elle palpitait après le moment qui la réunirait à ses parents, et cependant, son sixième sens ne lui fit pas voir l’absurdité de ses désirs, et lui cacha toujours l’horrible destinée qui l’attendait.

Disons plutôt : les desseins de la Providence sont impénétrables. Tout ce qui n’est pas athée remarquera comme moi, combien cette bonne Providence est admirable dans ses œuvres, et comme elle se sert à propos des âmes privilégiées pour opérer ses prodiges !

C’est donc à Dieu seul, qu’on peut attribuer 84toutes les merveilles opérées par Jeanne d’Arc : cette puissante cause retranchée de là, tout le prestige de gloire qui environne l’héroïne disparaît à mes yeux.

Jeanne d’Arc est apparue aux Français découragés, pour montrer combien Dieu aime et protège la France ; elle est morte martyre parce que, comme le Christ, il fallait qu’elle mourût, qu’elle scellât de son noble sang sa mission divine. Quel bonheur pour elle d’avoir été la victime de la perversité des hommes, et d’avoir souffert, ainsi que Jésus, toutes sortes d’outrages et d’ignominies ! Sa gloire n’en est que plus grande. Depuis longtemps, elle a reçu pour prix de son dévouement, la triple couronne des Vierges, des Guerriers et des Martyrs, et maintenant, resplendissante 85de gloire, elle devient auprès de Dieu, une puissante protectrice pour la France.

Comme Jésus, elle a eu elle-même ses martyrs. Toutes les personnes qui ont pris la défense de sa cause ont été indignement maltraitées. On cite parmi elles une Bretonne39 qui, dans le cours du procès, soutint à Paris que Jeanne d’Arc avait des révélations et des communications avec les anges. Les tortures les plus atroces ne purent lui faire changer de sentiments. Tous les discours qu’on lui tint, toutes les prédications qui lui furent faites pour la décider à embrasser l’opinion des ennemis, devinrent inutiles. On lui fit subir une question rigoureuse, mais 86ni les souffrances qu’elle endura, ni les promesses qu’on lui fit, ne purent ébranler sa croyance. Les Anglais, alors, furieux contre l’innocente Bretonne, la firent brûler publiquement à Paris, le 3 septembre 1430.

Voilà l’histoire exacte de la réhabilitation de la plus vertueuse héroïne des temps anciens et des temps modernes ; maintenant l’Histoire, comme un juge intègre et éclairé, s’est prononcée, elle a rendu le plus grand hommage à Jeanne d’Arc et flétri tous ses ennemis ; elle est dégagée d’une foule d’écrits qui en obscurcissaient la vérité, grâce à de dignes historiens parmi lesquels on compte, en première 87ligne, M. Le Brun de Charmettes, et M. l’abbé Barthélemy de Beauregard, qui ont consacré tous leurs instants à élever un monument précieux et impérissable à Jeanne d’Arc ; leurs ouvrages seront toujours consultés, parce que le style en si beau, les pensées si nobles, les faits si exacts, qu’ils sont indispensables à ceux qui s’occupent de Jeanne d’Arc. Honneur donc à ces écrivains dévoués et pleins de cœur !

Honte à cet infâme écrivain dont la plume, trempée dans la fange, a écrit tant d’insignes ordures, et qui, continuant l’odieux procès des bourreaux de Jeanne comme pour prolonger le martyre de la sainte fille, a voulu, jaloux de la gloire la plus pure, ternir l’éclat de ses actions tourner en ridicule ses vertus, et lui jeter un peu de la fange dans 88laquelle il s’est roulé toute sa vie, comme si le plus bas, le plus abject des mortels eût pu porter la contagion devant le trône de Dieu et parmi ses anges !

Après l’histoire, la pure et brillante poésie, avec ses nobles inspirations et ses expressions sublimes, est venue jeter un nouveau lustre sur Jeanne d’Arc, en idéalisant son souvenir. Entre autres ouvrages de cette nature, on peut citer celui de M. A. Guillemin, ayant pour titre : Jeanne d’Arc.

Et celui de M. Le Brun de Charmettes : L’Orléanide.

Je n’oublierai pas non plus l’Ange de la France, drame historique et lyrique en cinq actes et dix tableaux, de M. Félix Étienne. 89Le caractère de Jeanne d’Arc, celui de ses parents et de ses compagnons d’armes sont si bien rendus que ce n’est qu’avec la plus vive émotion qu’on peut lire ce drame.

L’auteur est un homme qui, depuis longtemps a consacré sa vie et sa fortune à rendre hommage à Jeanne d’Arc. Son dévouement pour elle est si grand qu’il fait l’admiration de tous ceux qui le connaissent.

Puissé-je, comme lui, posséder dans mon cœur le souvenir de cette chaste héroïne et me rendre digne de travailler pour sa gloire. C’est à elle que je dédie ce modeste ouvrage, heureux si j’avais pu exprimer ma pensée comme elle est gravée dans mon âme !

90 Je me suis peut-être laissé entraîner par ma haine contre les ennemis de Jeanne d’Arc, sur lesquels s’est appesantie la justice de Dieu. Serais-je digne de m’occuper de la Vierge de Domrémy, si, comme elle, je n’avais l’esprit dégagé de toute espèce d’inimitié contre mes malheureux frères, poussés au mal par je ne sais quel mauvais génie ? Le cœur magnanime de Jeanne d’Arc, suivant le sublime exemple du Christ, a pardonné même aux auteurs de sa mort, et moi, pauvre et chétive créature, dois-je m’écarter de si beaux modèles ? Non. Cauchon, Estivet et tant d’autres, je vous pardonne ! Voltaire, je méprise ton ouvrage sur Jeanne d’Arc, et tant d’autres qui lui ressemblent ; je m’en éloigne comme on fuit le voisinage d’un serpent, mais pour toi, que Dieu a jugé, je 91te pardonne. Je fais à Jeanne d’Arc, qui, maintenant, jouit de la plus heureuse immortalité le sacrifice de toutes mes passions.

Je la prie de m’inspirer une étincelle de l’amour qu’elle portait à son Dieu et à son pays, et de faire que l’égoïsme disparaisse du cœur des pharisiens de nos jours, et de ceux que la fortune ou les honneurs ont aveuglés, et qui, malheureusement sont trop nombreux. Je ne leur porte pas de haine : ce sont de pauvres brebis égarées qu’un peu de malheur peut ramener au bercail !

Fin

93Nombre
d’ouvrages littéraires et artistiques qui ont paru sur Jeanne d’Arc depuis sa mort jusqu’aujourd’hui40.

  • Histoires de France et d’Angleterre dans lesquelles il est parlé de Jeanne d’Arc : 62
  • Histoires de Charles VII : 71
  • Histoire de Jeanne d’Arc : 65
  • Éloges et panégyriques : 53
  • 94Traités, mémoires, dissertations, discours, etc. : 355
  • Romans historiques : 11
  • Articles de journaux : 190
  • Poèmes : 34
  • Tragédies, drames, comédies, etc. : 45
  • Épîtres, odes, stances, élégies, etc. : 45
  • Pièces de musique, cantate, chansons, etc. : 48
  • Monuments élevés en son honneur, tableaux, etc. : 56
  • Jetons et médailles : 42
  • Gravures, estampes, etc. : 420
  • En tout : 1497 œuvres.

Depuis la mort de Jeanne d’Arc jusqu’aujourd’hui, il a été célébré à Orléans 413 Fêtes en son honneur.

Notes

  1. [1]

    Michelet, Histoire de Jeanne d’Arc.

  2. [2]

    Le Brun de Charmettes, Histoire de Jeanne d’Arc, 1817, t. IV.

  3. [3]

    Le Brun de Charmettes.

  4. [4]

    Le Brun de Charmettes.

  5. [5]

    Le Brun de Charmettes.

  6. [6]

    Angelo Renzi, Jeanne d’Arc, sa mission et son martyre, 1855.

  7. [7]

    Ce qui équivaut aujourd’hui à 240 fr. 30.c.

  8. [8]

    Ce qui fait 118 fr. 50 c.

  9. [9]

    L’abbé Barthélemy de Beauregard, Histoire de Jeanne d’Arc, 1847, t. II.

  10. [10]

    L’abbé Barthélemy de Beauregard.

  11. [11]

    Le Brun de Charmettes.

  12. [12]

    Le Brun de Charmettes.

  13. [13]

    L’abbé Barthélemy de Beauregard.

  14. [14]

    Le Brun de Charmettes.

  15. [15]

    Le Brun de Charmettes.

  16. [16]

    Le Brun de Charmettes.

  17. [17]

    Le Brun de Charmettes.

  18. [18]

    Le Brun de Charmettes.

  19. [19]

    Fête du 8 mai 1817.

  20. [20]

    Nobiliaire de la Lorraine et du Barrois, par le R. P. Dom Ambroise Pelletier, religieux bénédictin, curé de Senones, 1758.

  21. [21]

    Le Brun de Charmettes.

  22. [22]

    Le Brun de Charmettes.

  23. [23]

    Calais fut repris aux Anglais en 1558.

  24. [24]

    L’abbé Barthélemy de Beauregard.

  25. [25]

    L’abbé Barthélemy de Beauregard.

  26. [26]

    Jollois, Histoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d’Arc, 1818.

  27. [27]

    André Du Chesne, Histoire des papes, 1616, vie du pape Calixte III.

  28. [28]

    Le Brun de Charmettes.

  29. [29]

    Le Brun de Charmettes.

  30. [30]

    Le Brun de Charmettes.

  31. [31]

    Le Brun de Charmettes.

  32. [32]

    Jollois.

  33. [33]

    Jollois.

  34. [34]

    Voir mon Histoire populaire de Jeanne d’Arc, p. 54.

  35. [35]

    Histoire des papes, 1616, vie du pape Calixte III.

  36. [36]

    Félix Étienne, fondateur du musée de Jeanne d’Arc.

  37. [37]

    Voir l’Histoire de Jeanne d’Arc, 1847, par l’abbé Barthélemy de Beauregard.

  38. [38]

    Voir mon Histoire populaire de Jeanne d’Arc, p. 70 et 80.

  39. [39]

    Gayot de Pitaval, Causes célèbres et intéressantes, 1745.

  40. [40]

    J’ai suivi pour l’ordre M. l’abbé Barthélemy, et j’ai ajouté au nombre des Ouvrages qu’il a désignés, ceux qui ont paru depuis, et qui sont à ma connaissance.

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