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- Édition de 1766 (Histoire de l’Orléanais)
- Compte-rendus critiques
Édition de 1766
La Dissertation sur Jeanne d’Arc (1776) du marquis de Luchet, est un tirage à part des pages 311 à 415 du premier tome de son Histoire de l’Orléanais (1766), couvrant presque entièrement le quatrième et dernier livre de cette œuvre, dont seul le premier volume a été publié.
Histoire de l’Orléannois, depuis l’an 703 de la fondation de Rome, jusqu’à nos jours. Par M. le marquis de Luchet. Tome premier. À Amsterdam, et se trouve à Paris, chez Gueffier, fils, au bas de la rue de la Harpe, presque vis-à-vis celle S. Severin, à la Liberté. M. DCC. LXVI.
À côté des quelques variantes de style minimes entre les éditions de 1766 (Histoire) et 1776 (tirage à part), on trouve trois différences notables :
- Paragraphe d’introduction
Celui de la première édition (1766) est remplacé par deux paragraphes de Préface (1776), qui reviennent brièvement sur la polémique qui suivit la parution de l’ouvrage.
- Dernières pages
Celles de l’édition originale (1766) décrivant les célébrations de la réhabilitation et quelques faits de la vie de Jean d’Aulon sont supprimées dans le tirage à part (1776).
- Preuves historiques
Les sources primaires insérées en fin de volume (1766) sont également absentes du tirage à part (1776).
La sixième et dernière preuve est un article de Daniel Polluche (1749), soutenant que Jeanne ne serait pas morte à Orléans et aurait épousé Robert des Armoises :
1. Paragraphe d’introduction
L’histoire de Jeanne d’Arc s’insère dans le récit du siège d’Orléans (1428) et débute à la p. 310 par un paragraphe d’introduction (remplacé dans le tirage à part de 1776 par la Préface).
Introduction de 1766 :
Cet événement singulier, qui a occupé la plume de tant d’écrivains, est unique dans son genre. Quoiqu’on doive être en garde contre tout ce qui tient du merveilleux, il se trouve dans cette anecdote tant de circonstances bizarres et si bien accréditées, qu’on a besoin de l’examen le plus scrupuleux, pour appuyer les doutes légers auxquels on ne peut se refuser. Nous voulons parler de Jeanne d’Arc, appelée la Pucelle, qui délivra, dit-on, la Ville d’Orléans : oublions ce siège pour un instant, et jetons un coup-d’œil sur les premiers jours de cette merveilleuse paysanne.
Jeanne d’Arc, vulgairement appelée la Pucelle d’Orléans, naquit de Jacques d’Arc et d’Isabelle Romée, l’an 1412, à Domrémy, …
Ce second paragraphe correspond au début du chapitre 1 de l’édition de 1776.
2. Dernières pages
Les trois dernières pages consacrées à Jeanne d’Arc (p. 415-417) ne figurent pas dans le tirage à part de 1776. L’auteur y évoque les réjouissances ordonnées pour célébrer la sentence de réhabilitation et développe un peu le cas de Dunois. En effet selon lui l’hypothèse d’une intrigue politique pour expliquer Jeanne d’Arc est de tous les systèmes celui qui souffre le moins d’impossibilité
. Il étaye d’avantage cette idée en précisant que la croyance commune désigne Dunois comme l’auteur de l’artifice politique dont la Pucelle fut le premier instrument. Il dut nécessairement y avoir plus de part que tout autre, parce qu’il jouait alors un très grand rôle.
Après le dernier paragraphe de 1776 :
Le singulier événement fut consacré par une procession publique :
Il se fait prédication en l’honneur de la Pucelle, dans l’église de Sainte-Croix, et tous signes de réjouissance et d’allégresse se montrent par concerts de musique et canons qu’on fait tirer, et les capitaines, lieutenants et arquebusiers de buttes se trouvent sur les ponts, qui par une scopéterie [bruit en l’air obtenu par plusieurs coups tirés ensemble], se divisent en deux bandes et compagnies pour renouveler la mémoire de la fuite des Anglais.Cela devait être fort plaisant ; mais ces gaietés n’ont plus lieu aujourd’hui.
On portait aussi vingt-cinq châsses miraculeuses ; cet usage n’a été interrompu que par les vols auxquels il donna lieu. Le trésor de l’église de Sainte-Croix fut volé en 1562.
On chantait sur des théâtres élevés dans les lieux où passait la procession, des motets pleins d’invectives contre les Anglais. En 1514 ils furent supprimés, vu la bonne intelligence qui régnait entre ces deux nations ; on distribuait des emblèmes à la louange de l’héroïne ; c’était un peloton de fil, ou un phœnix qui se brûle sur un bûcher, ou un épervier, dont on dit que la femme vaut mieux que le mâle, et le tout, dit l’auteur orléanais,
afin que leur postérité suive la même piste.Pour réveiller la piété des fidèles, les évêques d’Orléans eurent soin de présenter au peuple des Indulgences. François de Brilhac en fit une fête, et lui donna place dans le calendrier des fêtes de précepte ; elle durait alors tout le jour ; trente ans après elle fut réduite à la moitié. Tout dépend de la manière d’envisager les objets.
La reconnaissance avait élevé à la Pucelle un monument de bronze ; il fut brisé aux seconds troubles de religion, et réparé en 1571. Il était placé sur l’ancien pont, et sera vraisemblablement mis sur le nouveau, quand on l’aura rendu digne du respect des Orléanais pour leur libératrice, et du goût de ce siècle.
Nous ne devons pas finir l’article de la Pucelle, sans dire quelques particularités sur le comte de Dunois, grand capitaine, excellent citoyen, et joignant aux talents plus de vertus encore.
Jean, Bâtard d’Orléans, était fils naturel de Louis, duc d’Orléans, frère du Roi Charles VI. Valentine de Milan, duchesse d’Orléans, l’aimait comme ses enfants. Il ne commença à paraître qu’en 1427, au siège de Montargis que faisaient alors les Anglais ; il avait alors 25 ans, et il s’y montra avec tout le feu de cet âge ; il était parti de Gien avec 1600 hommes, et avait fait une marche si prompte, qu’il était à une demi-lieue de l’ennemi, qui le croyait encore sur le bord de la Loire. On sait qu’on doit à son habileté et à sa valeur la conservation d’Orléans : la croyance commune le désigne l’auteur de l’artifice politique dont la Pucelle fut le premier instrument ; il dut nécessairement y avoir plus de part que tout autre, parce qu’il jouait alors un très grand rôle ; mais assurer que lui ou un autre enfanta ce dessein, le fit goûter au gouverneur de Vaucouleurs, et par son canal adopter à Jeanne d’Arc, c’est ce qui n’est point raconté, ce qui ne peut être que conjecturé, et ce qui ne fera jamais prouvé. La fin tragique de la Pucelle a forcé les premiers auteurs de cette entreprise, de se taire sur ces premières années.
Les succès du comte de Dunois n’étaient point attachés à ceux de la Pucelle ; il prend Chartres : l’évêque se met à la tête des troupes, il est tué. Dunois enleva plusieurs autres places aux Anglais, les poursuivit partout ; et après leur avoir fait la guerre pendant plusieurs années, il fut choisi pour aller chez eux régler la paix.
3. Preuves historiques
Aux 420 pages de son Histoire de l’Orléanais (t. I), Luchet ajoute 101 pages de Preuves historiques, qui sont les sources primaires sur lesquelles il fonde son histoire : auteurs anciens ou contemporains, procès-verbaux, lettres, extraits de registres, arrêts, bulles papales, etc.
Les douze dernières pages (p. 89-101) regroupent les documents sur Jeanne d’Arc.
Ces preuves n’ont pas été reproduites dans le tirage à part de 1776 ; tout comme leur présentation dans le corps du texte (dans la réfutation du père Berthier par les témoignages des auteurs) :
… dans un temps où les esprits supérieurs entrevoyaient quelques lueurs de raison. [Supprimé dans l’édition de 1776 :] Afin qu’on ne m’en croie pas sur mon simple témoignage, j’ai mis à la fin de ce volume les passages des auteurs nommés. Le père Berthier en a aussi nommé quelques-uns, pour soutenir sa cause ; on jugera à quel parti ils sont favorables.
Ces preuves historiques sont :
§1. Antonin, archevêque de Florence
Tunc obtulit se Regi Franciæ quædam Puella filia rustici assueta pascere gregem, dicens si missam ad juvandum exercitum ejus, ætate octodecim annorum, vel circa, qui milites in multis instruebat, in bellando et Civitates capiendo. Hæc equitabat apte, ut miles in exercitum ibat, cum eis insidias inimicorum detegebat, et modum ad capiendas Civitates docebat : et multa alia admiratione digna agebat. Quo autem spiritu ducta vix scribatur credebatur magis spiritu Dei, et hoc ex operibus ; nihil enim inhonestum in ea videbatur, nihil superstitiosum, in nullo a veritate fidei discrepabat. Sacramenta Confessionis et Communionis frequentabat et orationes. Et post multas victorias Regis Franciæ, capta ab hostibus occisa est. — (D. Antoninus Archiepiscopus Florentinus.)
§2. Paul Jove
His tantis virtutibus una castrensis gloria deerat, concepta jam animo ingenti, adauctaque Anglorum studia, quæ sua consuetudine bella, prælia tranquillitati atque otio præferebant, odio scilicet illo in Gallos a majoribus tradito deflagrantes, a quibus si Gallia Regno, et tota fere continente pulsos indignabantur, et quod ignominiæ nomine in fortibus viris iras accendebat, Puella præsertim duce, quæ miraculo quodam excitatis Gallorum animis, felici ausi superiores victorias atque illa decora angelicæ virtutis trophea penitus evertisset. — (Paulus Jovius, Novocomensis Episcopus, Nucerinus in Britanniæ descriptione.)
§3. Robert Gaguin,
ministre général de l’ordre des Trinitaires
ministre général de l’ordre des Trinitaires
Erat istis diebus apud Vallicolorem annos vigenti nata Joanna, quæ patre Jacobo Darco, matre Isabella in Vico Dampremo genita, ob corporis perpetuam integritatem Puellæ appellationem obtinuit. Ea rerum præsentium adversitatibus Deo autore compatiens, Robertum Baudricurtum oppidi Præfectum, aliosque complures præsidii equites duce avunculo suo crebro adibat ; eos admonens, ut ad Carolum eam deducerent allaturam rebus desperatis non minimum opem. Mulierem Baudricurtus parvi a se æstimatam iterum atque iterum aspernatus perseverantem demum exaudivit : datisque Puellæ corporis custodibus ad Regem duci jubet. Ad Carolum veniens Puella tametsi nullo illum tempore vidisset, ipseque cæteris aulicis veste minus ornatus ex industria esset, reverenter tamen, atque urbane Regem intuita ; salve, inquit, generosissime Rex, detque vitam tibi prosperam Deus, cui cum si Regem esse Carolus pernegasset : ah ! inquit Puella, tu ipsi Rex es Francorum nobilissimus. Ad hæc verba spem cœpit Rex cujuspiam fortunæ melioris. Itaque selectis prudentibus aliquot viris, qui eam diligentius probarent, illa se a Deo venisse constanter affirmat, ut Carolum in regnum restituat ; Deum ita decrevisse, ut se duce Aurelianenses obsidione liberentur, et Angli Francia tandem extrudantur. Perducturam se Carolum ad Rhemos, ubi more majorum sacra Unctione linatur ; de quibus omnibus oracula divinitus accepisset ; tantum copiis opus esse, quas illi ducendas Carolus committat. Et dum de aliis arduis et ad Religionem Christianam pertinentibus multa accurate rogaretur, supra fœminæ sensum respondebat. Sive enim de divinitate, sive de bello quæreretur, non muliebriter, sed scite et quasi perita loquebatur ; ita ut mulier admirationi esset multis. Perpenso igitur consilio, visum est optimum factu esse, si auspicio ejus Carolus ad bellum uteretur. De importando Aureliam commeatu primum mandatum Puella accepit, quam Raius et Delorus aureæ militiæ equites valida armatorum manu stipati comitabantur, etc. Puella vero per medios hostes flumine trajecto, quem vehebat commeatum in Urbem importavit. Victualibus Civitate confortata, Joanna armis egregie instructa ad propugnaculum, quod sancti Lupi appellabatur, movens Anglos, qui in eo erant, potenter oppugnat atque vincit, nemine superstite qui vel occisus, vel captus non fuerit, etc. Mense Junio insequentis anni, qui fuit christianæ gratiæ quadringentesimus vigesimus nonus supra mille, Joanna Puella Carolum conveniens ; jam, inquit, Serenissime Rex, hoste superior esse incipis. Multas Urbes atque arces ex Anglis ereptas tibi audientes videmus : nunc tuæ consecrationis tempus advenit, dignationis placet ad Rhemos proficiscaris, ubi more Majorum sacra Unctione delibutus diadema suscipias. Qua una re venerabilius Franco Populo tuum nomen erit, et Hosti formidabile. Nihil te perterreat, quod Campania et reliquiæ fere Belgeæ omnes ab hoste tenentur, viam tibi propitiatore Deo parabimus ; tantum copias contrahe, et Dei decretum exequamur. Hæc Joannæ verba spem omnibus magnam faciebant, propterea quod vitæ puritate Puella præ se ferebat sanctitatem, et nihil muliebriter agebat aut loquebatur. Enim vero sacerdotali confessione quaque fere hebdomade conscientiam purgabat, et divinam Eucharistiam desumebat. Igitur collecto apud Gien non mediocri exercitu, Carolus Rhemos per Campaniam petere constituit, præmissa cum aliquot præfectis Joanna Puella, qui obstantem forte hostem impedirent, etc. Inde Rhemos, qui Anglo parebant, adoritur, quos nulla vi recepit, lætis procul dubio Civibus suum Regem excipere. Itaque Carolus coronatus est a Reginaldo Charthensi Rhemorum Antistite, assistente Puella, quæ et militare vexillum manu gerebat, nimirum exultant, quod se una hortante Carolus regni diadema et sacram Unctionem loco celebri atque hujusmodi sacris multos per annos ad id muneris designato recepisset, etc. His diebus Puella cum Latiniacum accessisset, cognito quod quadraginti ex Anglorum copiis non procul a Latiniaco in Franciam contenderent ; assumpto Foucaudo, et aliis ex Latiniaci præsidio hostem adoritur, omnes ad unum necans. Sed non multis post diebus dissimilis apud Compendium fortuna illi fuit. Nam Anglis Burgundionibusque in Compendii obsidione sedentibus, Joanna subsidium obsessis ferens, cum oppidum ingressa esset, et paulo post eruptione in hostem facta res non prospere sibi succederet ; dum oppidum repetit, capitur a Joanne Luxembargo, qui eam Anglis venundedit ; a quibus hostiliter habita Rothomagi cremata est odio videlicet nominis Franci, et quod virili veste fœmina usa esset. Prius tamen quam sententiam diceret hostis, frequenti foro et crebris consultationibus Puellam tentat, de fide atque religione Christi multa scrutatus. Arbitrabatur enim mulierem magia aliqua edoctam a Carolo Rege assumptam esse ; et propterea a Catholica veritate aberrasse, indignumque esse cui regnum deberetur. Sed supra fœminæ vires fuit : pluribus cum hoste (ut est nonnullorum mos) per assentationem sentientibus prævalere, quanquam se, et quæque gessisset, Apostolicæ sedis examini permitteret. — (Robertus Gaguinus, Ordinis sanctæ Trinitatis Minister Generalis, in Historia.)
§4. Papire Masson
Joanna Puella annorum non amplius octodecim ad erigendos Francorum animos opportune adfuit. Hæc ex oppidulo cui Remigio nomen in agro Tullensi apud Leucos nata, patre Jacobo Darcio, Agricola, matre Isabella, probis et honestis moribus pascere paternas oves solita, ad Carolum venit prædicans se a Deo missam, ut Aureliam obsidione liberaret, utque eum Rhemos ad sacram inaugurationem perduceret. Hæc dicenti fides non prius habita quam interrogata a compluribus Theologis sanctissime respondit. Tum ire Aureliam cum exercitu ad commeatum in eam importandum permissa est. Armis fulgens signum militare tulit candidi coloris, in quo spectabatur Christi Imago lilium manu gestantis, atque intrepide spectantibus hostium copiis Urbem ingressa est : nec mora, Anglos prius ut ab obsidione recederent monitos nec obsequentes, sexto Calendarum Junii millesimo quadringentesimo vigesimo nono, circa auroram adoritur, Civibus illa duce quodvis periculum subire paratissimis. In ipso ardore pugnæ sagittæ ictu graviter collum inter atque humeros sauciata neque pedem retulit, neque vulnus obligari passa est, quin acerrime prælians et mixta fortibus viris magnum ad victoriam momentum attulit. Angli victi, Aurelia liberata. Hoc primum Puella egregium facinus facit, cujus rei testem habeo Joannem Comitem Dunensem. Is annos natus unum et quinquaginta jubente Calisto Pontifice interrogatus de rebus a Puella gestis Aureliæ, quæ hactenus dicta sunt, productus dixit, ejusque depositionem ex armario Ecclesiæ Parisiensis, ubi adhuc servatur, exscribere placuit. Idemque testis super ejus pudicitia interrogatus, respondit, nullum a quoquam nisi castæ, pudicæ, modestæque virginis signum in ea deprehensum ; idemque adfirmavere alii magno numero producti testes idonei atque omni existimatione majores. Quo magis miror post tot annos Joannæ, cineres impudicitiæ argui, quos gravissimi scriptores laudant Alanus, qui Gallico sermone res gestas Caroli VII, memoriæ mandavit, Antoninus Pontifex Florentinus, Gerso insignis Theologus, Æneas Sylvius, Fulgosus, lib. 3. Benedictus Curtius in Mediolanensi Historia, Laonicus Calcondilas lib. II de reb. Turcicis : cujus nolo locum illum præterire. Erat mulier forma haut illiberali, quæ dicebat sibi cum Deo esse colloquium : hæc regebat Gallos qui ipsam sequebantur, militiæque Dux erat, de Maria Puteolana sui temporis forti et spectata bello virgine Petrarcha elegantem epistolam scribit, quam qui legerint, mirabuntur tantum in re militari virginis decus ac multo magis Joannem laudabunt, cujus auspiciis Anglos ab Aureliæ mœnibus depulsos, tot Urbes bello receptas, Regem per medios hostes ad suspiciendam inaugurationem Rhemos ductum intelligent. Quæ cum feliciter successissent, fortuna eam in medio cursu deserente capta ad Compendium oppidum atque igni cremata est ; Petro Chauchonio Bellovacorum Pontifice, qui Anglis favebat, hunc illi exitum vitæ procurante. Post modum anno quadringentesimo quinquagesimo sexto, Isabella Joannæ mater rescriptum a Calisto Romano Pontifice obtinuit, quo Joannes Archiepiscopus Rhemensis, et Vilelmus Parisiensis causæ illius cognitores esse jubebantur. Innumeri testes super Joanna natalibus, vita, Religione, moribus, rebus gestis fidem fecere virginem illam injuria damnatam, atque ita pronunciatum est ab illis sanctissimis viris : Non. Juliis anno quadringentesimo quinquagesimo sexto : quarum rerum acta in scrinio Parisiensis Ecclesiæ adhuc servantur. — (Papirius Massonus Annalium lib. 4. in Historia regni Caroli VII.)
§5. Extraits des registres du Parlement de Paris
Du mardi 10 mai 1429.
Ce jour fut rapporté et dit à Paris publiquement, que dimanche dernier passé, les gens du dauphin en grand nombre, après plusieurs assauts entretenus par force d’armes, étant entrés dans la bastille que tenait Guillaume Blasdat [William Glasdale] et autres capitaines et gens d’armes anglais de par le roi, avec la tour de l’issue du pont d’Orléans, par de la Loire, et que ce jour les autres capitaines et gens d’armes tenant le siège et les bastilles, en avaient levé le siège pour aller conforter ledit Blasdat et ses compagnons, et pour combattre les ennemis qui avaient en leur compagnie une Pucelle seule ayant bannière entre les ennemis, si comme on disait, Quis eventus fuerit, novit Deus bellorum Dux et Princeps potentissimus in prælio. Vide supra in registro XXV. diei Maii et sequent, in captione hujus Puella prosequentis Ducis Burgundiæ.
Du samedi 18 juin 1429.
Ce jour, furent au conseil messire Jehan Flatel, le sire de Lescale [Thomas de Scales], messire Thomas de Rampton et autres capitaines, gens d’armes et archers anglais qui s’étaient assemblés pour conduire vivres et faire secours au sieur Tallebot [John Talbot] Anglais, étant naguère en la garde garnison des villes et forteresses de Meung et de Beaugency, et par désarroi furent déconfits par les ennemis étant presqu’en en pareil nombre, en la compagnie desquels était la Pucelle qui avait été à eux le dixième jour de ce mois à la prise et recouvrement de Jargeau, qui au rencontre dessusdit, prirent entre les autres prisonniers ledit de Tallebot, Rampton et Lescale, si comme on disait, Flatel se retrahit et retourna vers le duc de Betfort étant lors à Corbeil. Et hic succubuerunt Anglici absque defensione, ut fertur.
§6. Problème historique sur la Pucelle d’Orléans
(par M. Daniel Polluche, de la Société Littéraire d’Orléans, 1749)
(par M. Daniel Polluche, de la Société Littéraire d’Orléans, 1749)
Il parut en 1683 dans le Mercure Galant du mois de novembre, une lettre adressée à M. de Grammont, qui surprit bien des gens : l’Auteur y avança que Jeanne d’Arc, plus connue sous le nom de Pucelle d’Orléans, n’avait point été brûlée à Rouen le 30 mai 14311 ; mais que s’étant sauvée des mains des Anglais, elle avait été mariée en 1436 à un gentilhomme de Lorraine dont elle avait eu des enfants, et il apporta en preuves l’extrait d’un manuscrit que le père Vignier de l’Oratoire avait trouvé à Metz, dans un voyage qu’il avait fait en Lorraine avec M. de Ricey qui y allait être intendant. Ce manuscrit a depuis été imprimé sous le titre de Chronique de Metz, composée par le doyen de Saint-Thiébault de la même Ville, et va jusqu’à l’an 1445. Le père Calmet l’a donné dans les pièces justificatives de son Histoire de Lorraine : voici l’extrait en question, colonne CXXI. et CXXII. du II. volume.
L’an 1436, fut Sire Phelepin Marcoulz, Maître Echevin de Metz. Icelle année le 20. jour de Mai, vint la Pucelle Jehanne qui avoit été en France à la Grange aux Hormes près St. Privey, et y fut amoinnée pour parler à aucuns des Seigneurs de Metz, et se faisoit appellé Claude, et le propre jour y vinrent ces deux Freres ; dont l’un estoit Chevalier et s’appelloit Messire Pierre, et l’autre Jehan Escuyer, et cuidoient qu’elle fut ars, et tantost qu’ils la virent, ils la congneurent, et aussy fist elle eulx. Et le Lundy 21. jour dondit mois, ils l’amoinnont lor Suer avecq eulx à Bacquillon, et ly donnait le Sire Nicole Lowe Chevalier, ung roussin, du prix de 30 francs, et une paire de houzels, et Seignour Aubert Boulay ung chapperon, et Sire Nicole Groignart une espée, et ladite Pucelle saillit sur ledit cheval très-habillement, et dict plusiours choses au Sire Nicole Lowe, dont il entendit bien que c’estoit celle qui avoit esté en France, et fut recongneu par plusiours enseignes pour la Pucelle Jehanne de France, qui amoinnast sacrer le Roy Charles à Reims ; et voulurent dire plusiours qu’elle avoit été ars à Rouen en Normandie… Et quant elle volt partir, plusiours de Metz l’allont veoir à ladite Marieulle, et ly donnont plusiours juelz, et la recongneurent-ilz que c’estoit proprement Jehanne la Pucelle de France, et adoncq ly donnoit Joffroy Dex ung cheval. Item quand elle fut à Arelont, elle estoit toujours de costé Madame de Lucembourg, et y fut grant pieçà jusqu’à tant le filz le Comte de Warnenbourg l’enmoinnast à Coullongne… Et puis s’en vint à ladite Arelont, et là fut faict le mariage de Messire Robert des Hermoises, Chevalier, et de ladite Jehanne la Pucelle, et puis après s’en vint ledit Sieur des Hermoises avec sa femme la Pucelle, demourer en Metz, en la maison ledit Sire Robert des Hermoises avoit devant Saincte Segoleine, qu’il et se tinrent là jusques tant qu’il lors plaisir.
Ce récit est soutenu du contrat de mariage de Robert des Hermoises [Armoises] avec la Pucelle, que le père Vignier assurait avoir vu dans les titres de la maison des Hermoises ; et par un contrat de vente faite par le même Robert des Hermoises, seigneur de Trichiemont [Tichémont], et Jehanne du Lis la Pucelle de France, dame dudit Trichiemont sa femme, de certains biens qu’ils avaient à Harancourt [Haraucourt], ledit contrat du 7 novembre 14362. Enfin par la persuasion où sont encore aujourd’hui messieurs des Hermoises qu’ils descendent de la Pucelle.
Je viens de trouver depuis quelques jours de nouvelles preuves à l’opinion du père Vignier. Car ayant eu occasion de parcourir les anciens comptes des Receveurs de notre Hôtel-de-Ville, je suis tombé par hasard sur celui de Jacques l’Argentier pour les années 1435 et 1436, où j’ai lu à l’article de la dépense de la dernière.
A Renaut Brune le 25 jour dudit mois [Juillet] au soir pour faire boire ung Messagier, qui apportoit lettres de Jehanne la Pucelle, et alloit devers Guillaume Belier, Bailly de Troyes ; pour ce 11 f. 8 d. par.
A Jehan du Lis, frere de Jehanne la Pucelle, le Mardy 21. jour d’Aoult 1436 ; pour don à luy faict, la fomme de 12 liv. tournois, pour ce que ledict frere de ladicte Pucelle vint en la Chambre de ladicte Ville, requerir aux Procureurs de ladicte Ville, qu’ils luy voullissent aidier d’aucun poy d’argent pour s’en retourner par devers sadicte Seur ; disant qu’il venoit de devers le Roy, et que le Roy luy avoit ordonné cent francs, et commandé qu’on les lui baillast, dont on ne fit rien, et ne luy fut baillé que 20 liv. dont il avoit despendu les 12 liv. et ne luy restoit plus que 8 liv. qui estoit peu de chose, pour s’en retourner, veu qu’il estoit son cinquième à cheval ; et pour ce luy fut ordonné en ladicte Chambre de la Ville par lesdicts Procureurs qu’on lui donna 12 liv. pour ce 9 liv. 12 s. par.
Je passe quelques articles, qui concernent la manière dont ce Jean du Lis, frère de la Pucelle, fut régalé à Orléans, pour venir à ce qui fait mon objet.
A Cueur de Lils le 18. jour d’Octobre 1436, pour un voyage qu’il a faict pour ladicte Ville, par devers la Pucelle, laquelle estoit à Arlon en la Duchié de Luxembourg, et pour porter les lettres qu’il apporta de ladicte Jehanne la Pucelle à Loiches par devers le Roi qui là estoit, auquel voyage il a vacqué 41 jours : pour ce 6 liv. par.
En continuant mes recherches et parcourant le compte de Gilles Morchoasne pour les années 1439 et 1440. J’ai de plus trouvé quelques articles des 28, 29 et 30 juillet 1439, pour vin et rafraîchissements présentés à dame Jehanne des Armoises, et enfin :
A Jehanne Darmoises, pour don à elle faict le premier jour d’Aoust 1439. Par délibération faicte avecques le Conseil de la Ville, et pour le bien qu’elle a faict à ladicte Ville durant le Siège, deux cens dix liv. par. pour ce 210 liv. par.
De pareils témoignages sont bien capables de faire douter de l’opinion qu’on a communément, que la Pucelle est morte en 1431. Le récit du doyen de Saint-Thiébault, et les extraits de notre Hôtel-de-Ville, sont précis. La Pucelle après s’être sauvée des mains des Anglais, il importe peu comment, vient à Metz où on la croyait avoir été brûlée à Rouen ; elle y est reconnue par plusieurs personnes dignes de foi, et plus particulièrement par ses deux frères. Ces derniers pouvaient-ils méconnaître leur sœur, eux qui étaient venus en France et qui avaient servi avec elle. Jean, l’aîné, deux mois après avoir retrouvé sa sœur, part de Lorraine, va trouver le Roi à Loches pour lui confirmer cette découverte ; il repasse par Orléans pour se rendre auprès de cette même sœur, qui trois ans après vient elle-même dans cette ville, où elle devait être bien connue ; elle y séjourne 5 à 6 jours ; elle y est reconnue et traitée aux dépens de la ville, qui lui fait à son départ, présent d’une somme très considérable pour le temps3. Peut-on s’imaginer que les Orléanais aient pris le change, et que cette Jeanne des Hermoises, si elle avait été une fausse Pucelle, se fut maintenue dans la persuasion du contraire ; le propre du mensonge est de se dissiper bientôt. Nous le verrons plus bas.
Ajoutons une nouvelle preuve de l’opinion où l’on était à Orléans, que la Pucelle vivait encore. Dans ce même compte de Gilles Morchoasne que j’ai cité, on trouve bien passé en dépense, deux mois avant l’arrivée de Jeanne des Hermoises :
Neuf livres de cire pour faire quatre cierges et ung flambeau, pour l’obseque de feue Jehanne la Pucelle, en l’Eglife St. Sanxom d’Orléans, la surveille de la Fête-Dieu 1439.
Mais on ne voit rien de semblable dans la dépense de 1440, où il n’est nullement parlé d’un pareil anniversaire.
On peut encore fortifier le sentiment du père Vignier d’un autre exemple. Charles, duc d’Orléans en 1443, donna l’Île-aux-Bœufs près Orléans, à Pierre du Lis, frère de la Pucelle.
Ouye la supplication dudit Messire Pierre, contenant que pour acquitter la loyauté envers le Roy nostredit Seigneur et Monsieur le Duc d’Orléans, il se partit de son pays pour venir à leur service en la compagnie de Jehanne la Pucelle sa sœur, avec laquelle et jusques à son absentement et depuis jusques à présent, il a exposé son corps et ses biens audit service4.
Que signifie ce terme d’absentement, sinon que la Pucelle n’avait été qu’absente et qu’elle n’était pas morte ? Ce que Pierre du Lis, son frère, n’aurait pas manqué d’exprimer dans sa requête, si la chose avoir été véritable, afin de s’attirer plus d’attention de la part du prince. La mort, et une mort telle que celle qu’on donne communément à la Pucelle, est bien plus touchante qu’une simple fuite ou qu’une absence.
Enfin on doit se souvenir qu’aussitôt après le 30 mai 1431, le bruit courut que la Pucelle n’était pas morte, et que les Anglais avaient substitué à sa place une malheureuse qui méritait par ses crimes le supplice qu’ils voulaient qu’on crût qu’ils avaient fait endurer à la Pucelle : quelques-uns même avancèrent qu’elle n’était point tombée entre les mains des Anglais ; voyons-en les preuves.
La Chronique de Lorraine imprimée parmi les pièces justificatives de l’Histoire de cette province par le père Calmet, col. IX. et qui ne passe pas l’an 1544, parlant du siège de Compiègne5, dit que la Pucelle :
Là fut perdue, et on ne sceut quelle devint, plusieurs disoient que les Anglois la prirent, dedans Rouen fut menée, les Anglois ce la firent brûler ; d’autres disoient qu’aucuns de l’armée l’avoient faict mourir pour cause qu’elle attribuait tous les honneurs des faicts et armes à elle.
La Chronique de Metz est plus décisive, col. CC. :
La Pucelle fut prinse par les Anglois et par les Bourguignons qui estoient contre la gentille Flour de Lys… puis envoyée en la Cité de Rouen en Normandie, et là fut-elle échaffaudée et arce en ung feu, ce volt-on dire, mais depuis fut trouvé le contraire.
Enfin, on lit dans le Journal d’un Bourgeois de Paris, pour le règne de Charles VII, et qui va jusqu’à l’an 1449, imprimé dans l’Histoire de Charles VI de l’édition du Louvre6, qu’après le supplice de la Pucelle :
Maintes Personnes qui estoient abusez d’elle7, creurent fermement que par sa sainteté, elle se fust eschappée du feu, et qu’on eust arse une autre, cuidans que ce fust elle-même.
Il paraît même que dès le temps de la prison de la Pucelle, il courait déjà des bruits qui tendaient à faire croire un jour qu’elle n’aurait point été exécutée, puisqu’un témoin oculaire qui déposa dans le procès de sa justification en 14558, nous apprend que lors de l’exécution faite à Rouen :
Les Anglois doubtans qu’on voulut semer qu’elle [la Pucelle] ne fût point morte, ou que quelqu’autre qu’elle fust bruslée en son lieu, firent après qu’elle fust morte, retyrer le feu et tout le bois arrière du corps affin qu’on congneut qu’elle fut morte.
Cette dernière circonstance qui semble d’abord favoriser le sentiment qui veut que la Pucelle ait été brûlée effectivement, est susceptible de toute autre explication. Une personne qui vient d’être étouffée par un grand feu qui a consumé ses vêtements, est-elle bien reconnaissable ? et la précaution que prirent les Anglais de mettre sur la tête de la malheureuse qu’ils conduisirent au supplice, une mitre élevée qui l’a déguisait, et de faire porter devant elle un tableau plein d’injures et de contumélies contre elle9, n’étaient-ils pas autant de moyens de distraire l’attention des spectateurs, dont à l’exception d’un petit nombre, les uns ne l’avaient jamais vue, et les autres ne l’avaient vue qu’en passant ? Il n’en fallait pas davantage pour les jeter tous dans l’erreur, et leur faire croire ce qu’on voulait absolument qu’ils crussent.
On peut ici faire quelques objections. La première, que si la Pucelle avait échappé à la cruauté des Anglais, il est impossible qu’il n’en eut pas été fait quelque mention dans le procès de sa justification, surtout après une audition aussi ample que celle de 112 témoins. Il est facile de répondre avec le père Vignier, qui se faisait la même objection, que la commission de ceux que le Pape Calixte III délégua en 1455 pour cette affaire, n’était pas de montrer que la Pucelle eut échappé de la mort à Rouen, mais d’examiner si on avait eu raison de l’y condamner comme hérétique, relapse, apostate et idolâtre ; et quoiqu’il soit assez vraisemblable qu’ils sussent que cette fille n’avait pas été brûlée, c’était un fait étranger à leur commission, et sur lequel ils pouvaient aisément passer.
La seconde objection roule sur ce que dans le même temps à peu près qu’on voit la Pucelle en Lorraine et à Orléans, il paraît deux autres femmes que le peuple faisait passer pour être la Pucelle, et dont la fourberie fut découverte ; d’où l’on peut inférer que Jeanne des Hermoises était une pareille aventurière, si même elle n’est pas l’une de ces deux premières : les voici.
On lit dans le Journal10 pour la vie de Charles VII, que j’ai déjà cité, que :
En l’an 1440, le Parlement et l’Université firent venir à Paris une femme suivant les Gens de guerre, que plusieurs croyaient être Jeanne la Pucelle, et pour ceste cause à Orléans avoit esté très-honorablement reçue, laquelle femme fust monftrée au Palais sur la pierre de marbre en la grande Cour, et là fust preschée et toute sa vie et tout son estat, et recongnu qu’elle n’estoit pas Pucelle, et qu’elle avoit esté mariée.
L’autre fausse Pucelle se trouve dans un ms. de la bibliothèque du roi, du temps de Charles VII, intitulé Exemples de hardiesse de plusieurs rois et empereurs, et coté suivant le père Labbe 18011.
Entre autre, me conta ledit Seigneur [M. de Boissy] que dix ans après la Sentence de Rouen en 1441, fut ramenée au Roi une autre Pucelle affectée, qui moult ressembloit à la première et voulut l’en donner à entendre, en faisant courir le bruit que c’estoit la première qui estoit ressuscitée. Le Roi oyant cette nouvelle, commanda qu elle fut amenée devant lui… Mais que le Roi lui ayant dit, Pucelle ma mie, vous soyez la très-bien venue, au nom de Dieu, qui sçait le secret qui est entre vous et moi. Alors miraculeusement, après avoir ouï ce seul mot, se mit à genoux devant le Roi, cette fausse Pucelle, en lui criant mercy, et sur le champ confessa toute la la trahison, dont aucuns furent justiciez très-asprement.
Mais examinons ces faits. Dans le premier récit il y a des traits qui ne peuvent absolument convenir à Jeanne des Hermoises ; la femme dont il est parlé était une coureuse qui suivait les soldats et qui se disait fille. Rien de tout cela dans Jeanne des Hermoises, qui se donnait pour femme mariée, en se faisant appeler du nom de son mari, qui vint à Orléans avec ses seuls domestiques, puisque dans tout le compte de Morchoasne, il n’est point parlé qu’elle fut avec des gens de guerre, capitaines ou officiers, moins encore avec des soldats, comme celle du Journal ; circonstance à remarquer. Puisqu’une telle conduite aurait été odieuse dans une demoiselle qui avait épousé un gentilhomme, un chevalier d’une maison qui a toujours passé pour une des meilleures de Lorraine. Secondement, ajoutons que si on avait bien su distinguer à Paris et à la cour l’une de ces guerrières d’avec la véritable, il était beaucoup plus aisé de faire ce discernement à Metz et à Arelont, comme étant plus proches du pays de la Pucelle, et à Orléans, qui avait été le premier théâtre de ses belles actions, et que le témoignage de Pierre et de Jean du Lys, en faveur de Jeanne des Hermoises, qu’ils reconnaissent pour leur sœur, est un argument contre lequel il n’y a guère à répliquer.
Reste une troisième difficulté. Si la Pucelle, dira-t-on, se fut échappée de la main des Anglais, n’aurait-elle pas reparu à la cour ou à l’armée ? et ne trouverait-on pas que le roi l’eût récompensée des services qu’elle lui avait rendus ? On ne voit rien de tout cela, et par la manière dont Jean du Lys, son frère, fut reçu à Loches en 1436, suivant ce qu’il raconta lui-même dans le passage que nous avons rapporté plus haut, il y a toute apparence qu’on n’ajoutât pas beaucoup de foi à ses paroles.
Pour répondre à cela, il ne faut que se rappeler la jalousie qu’avaient contre la Pucelle ceux qui approchaient le plus du roi, et surtout Georges de La Trimouille [Trémouille], son favori, qui pour me servir des expressions de la Chronique de Metz :
… n’estoit mie loyaux audict Roy son Seignour, et avoit envie des faicts qu’elle faisoit, et fut cause de sa prinse.
Le crédit de ce seigneur n’était que trop puissant pour empêcher le roi de reconnaître la Pucelle, qui passait pour avoir été brûlée. Quant à la reconnaissance de Charles VII, où trouvera-t-on que sur la nouvelle du supplice de la Pucelle, il ait jamais usé de représailles sur les premiers Anglais ou Bourguignons qui tombèrent entre ses mains ? Où voit-on qu’il ait vengé une mort qui le déshonorait ? Il faut convenir que la conduite de ce prince est la même dans ces deux circonstances, et que les raisons qui la déterminent partent du même principe. La jalousie des courtisans en est également la source.
Il est, je crois, assez inutile de parler ici d’une fille que le jeune comte de Virnembourg [Virnebourg] prétendit vers l’an 1473, être la Pucelle d’Orléans, que Dieu avoir ressuscitée pour établir sur le siège archiépiscopal de Trèves Uldaric de Mandencheit [Ulrich de Manderscheid], et dont la fourberie fut découverte par l’inquisiteur de Cologne, qui la fit arrêter, et qui lui aurait fait son procès, si le comte n’avait trouvé le moyen de la faire évader, et d’éviter par sa fuite la mort qu’elle avait mérité par sa vie pleine d’infamies12. Le temps où cette troisième fourbe se montra est trop éloigné pour avoir quelque rapport avec celle dont nous avons parlé ; encore moins avec Jeanne, devenue femme de Jean [Robert] des Hermoises, dont il faudrait prouver le désordre avant de la vouloir confondre avec elle. Ce qu’on ne fera sûrement pas, et ce que nous avons dit des autres, pouvant d’ailleurs se dire avec plus de raison de cette troisième aventurière.
Je finis en disant que comme l’arrivée de la Pucelle en France est un de ces événements où beaucoup de personnes ont cru voir un mystère caché, il en est peut-être de même de son supplice, dont le secret se découvrira quelque jour. En attendant, contentons-nous des raisons que nous avons d’en douter.
Compte-rendus critiques
Pierre-Jean-Baptiste Chaussard(1806)
Extrait de Jeanne d’Arc. Recueil historique et complet, 1806.
(Lien : Google Book.)
[P. 382-383, à propos du Discours sur la Pucelle d’Orléans du père Berthier, dans son Histoire de l’Église gallicane, t. XIV :]
Le marquis de Luchet dans son Histoire de l’Orléanais, 2 vol. in-4°, 1766, réfute le P. Berthier et tous les auteurs qu’il a cités l’un après l’autre. Il lui accorde une érudition profonde, une habileté rare qui persuaderait bien davantage qu’une prévention outrée…
J’avoue, dit M. de Luchet, qu’il a répondu sans réplique à plusieurs difficultés de son adversaire (Rapin Thoyras), mais ces difficultés étaient celles de M. de Thoyras, et non celles du commun des auteurs, qui ne voient rien de merveilleux dans ce phénomène historique.
Les doutes réels qu’il est difficile de ne pas former ne sont point levés. Voyez cet ouvrage très-philosophique, mais trop sévère à l’égard de la Pucelle.
[P. 411-415 :]
Lettres d’un Orléanais, sur la nouvelle Histoire de l’Orléanais par le marquis de Luchet ; Bruxelles, (Paris) in-12.
Ce petit volume de quarante pages, est une critique de l’ouvrage du marquis de Luchet. L’auteur y relève plusieurs erreurs et omissions échappées à cet historien de l’Orléanais, tant dans sa préface, que dans tout l’ouvrage, sur l’origine, la topographie, la description et l’histoire de l’Orléanais : c’est ainsi qu’il en parle (p. 12 et 13).
L’auteur de la nouvelle Histoire de l’Orléanais a-t-il satisfait aux engagements qu’il semblait avoir contractés par le Prospectus qu’il a répandu dans le Public ? Ce que j’ose vous assurer, c’est que celle description topographique n’apprend pas même à connaître la situation du pays ; elle ne saurait donner une idée de l’état actuel de la ville d’Orléans, de ses fortifications, de ses promenades, de ses portes, de son pont, de ses faubourgs, etc.
Pages 36 et suivantes :
Je ne saurais finir cette lettre, ajoute-t-il, sans dire un mot de la manière dont l’auteur parle du siège d’Orléans, sous Charles VII. Bien loin de s’arrêter sur ce siège fameux, qui dura près de sept mois, et produisit tant d’événements mémorables, M. de Luchet néglige même de parler de la bataille de Rouvray-Saint-Denis ; il semble qu’il n’ait eu d’autre but que de vouloir jeter du ridicule sur ce morceau si intéressant de notre histoire…
Ce siège conduit naturellement l’historien à l’événement à jamais fameux de la vie de Jeanne d’Arc, si connue sous le nom de la Pucelle d’Orléans : mais comment traite-t-il cet article si célèbre dans notre histoire ? C’est en s’efforçant de détruire tout ce qu’on a dit jusqu’ici à la louange de cette fille extraordinaire… Ce n’est plus cette fille célèbre guidée par une main divine, dont le bras toujours invincible sauva la France d’un esclavage honteux, soutint le trône chancelant, et raffermit la couronne sur la tête de son Roi ; si ferme dans ses réponses, victime funeste de la passion, de l’injustice, de l’ingratitude des grands et de la méchanceté des hommes : c’est une malheureuse insensée, une visionnaire extravagante, laide, folle, brutale, faible, opiniâtre, dont la vie n’est qu’un tissu de fanatisme et de superstitions, qui ne connaît point les droits de la nature, à qui on refuse même la qualité d’être vertueuse, dont toutes les réponses ne sont qu’un amas grossier de contradictions, d’extravagances, d’illusions, de faiblesse et de mensonges.
Je ne m’arrêterai point à réfuter les raisons sur lesquelles l’auteur appuie un sentiment aussi singulier.
Ce n’est pas qu’on doive soutenir que Jeanne d’Arc, ait été réellement inspirée… L’histoire de cette fille singulière est remplie de tant de circonstances, de tant de faits extraordinaires, qu’on a besoin de la discussion la plus exacte, de l’examen le plus scrupuleux, pour pouvoir déterminer son jugement. On trouve à la fin de cette histoire, quelques particularités sur la vie du célèbre Dunois,
grand capitaine, excellent citoyen, et joignant aux talents plus de vertus encore. L’auteur place sa mort en 1458, cette date n’est pas exacte, puisque le comte de Dunois a vécu sous Louis XI, qui n’est monté sur le trône qu’en 1461…On y trouve à chaque instant des noms défigurés, des dates dérangées, etc.
Le Public serait satisfait si l’on découvrait dans cet ouvrage l’impartialité, l’amour du vrai, le respect pour la vertu : c’est cet amour pour la vérité qui m’a engagé à écrire ces remarques…
C’est du milieu, dit il, de nos mensonges, de nos rêveries, de nos contradictions, de nos bévues, de nos prolixités qu’on pourrait quelquefois tirer d’utiles vérités. On doit au moins lui savoir gré de la bonne foi avec laquelle il nous a tenu parole.
[P. 416-417 :]
Dissertation sur Jeanne d’Arc, vulgairement nommée la Pucelle d’Orléans, par M. Luchet, ancien officier de cavalerie, 1776, in-8°.
L’auteur est souvent, dans cet ouvrage, en contradiction avec ce qu’il a écrit de la Pucelle, dans son Histoire de l’Orléanais en 1766, et généralement dans cette dissertation comme dans son premier ouvrage, il n’est pas toujours d’accord avec lui-même. Cependant il répète en partie ce qu’il a dit dans son Histoire de l’Orléanais ; le résultat que j’ai transcrit est absolument le même.
Pour résumer, dit-il, ce que nous avons écrit sur cette fille extraordinaire, nous pensons… [Chaussard reproduit les trois derniers paragraphes de la conclusion].
Berriat-Saint-Prix(1817)
Dans sa Jeanne d’Arc (1817), Berriat s’appuie abondamment sur Luchet (une douzaine de références dans ses notes), notamment pour des extraits du procès.
Jeanne d’Arc, ou Coup-d’œil sur les révolutions de France au temps de Charles VII, etc., 1817.
(Lien : Google Book.)
[Exemple, p. 193 (note sur l’imagination exaltée et ardente de Jeanne) :]
Hume est à-peu-près du même avis, et Luchet lui-même ne peut s’empêcher de dire, p. 338 : La question n’est pas si elle se croyait inspirée ; qui en doute ? mais si elle l’était.
Mais dès que Luchet connaissait si bien la véritable question, pourquoi a-t-il fait tant de pages pour réfuter ce qui ne méritait pas une réfutation ?
Le Brun de Charmettes(1817)
Le Brun répond aux auteurs qui remarquent que toutes les actions de Jeanne ne sont pas celles d’une sainte ; il relève que l’un d’eux (Luchet) ne la voit non seulement pas sainte, mais pas même saine !
Histoire de Jeanne d’Arc, etc., t. IV, 1817, p. 444.
(Lien : Google Book.)
Un auteur moderne va plus loin. Non seulement il ne reconnaît dans la Pucelle aucun signe de sainteté ; selon lui, c’était une malheureuse insensée, une visionnaire extravagante, laide, folle, brutale, faible, opiniâtre, dont la vie n’est qu’un tissu de fanatisme et de superstitions ; qui ne connaissait point les droits de la nature ; à qui on refuse même d’être vertueuse ; dont toutes les réponses ne sont qu’un amas grossier de contradictions, d’extravagances, d’illusions, de faiblesse et de mensonges
(M. le marquis de Luchet, Histoire de l’Orléanais, 1766).
On répond à ce second système :
Oui, Dieu peut s’occuper du sort des empires. Rien n’est grand, rien n’est petit à ses yeux. Son vaste et pénétrant regard embrasse et suit en même temps le cours des soleils dans l’espace, et l’insecte imperceptible à nos sens qui se meut dans la poussière. En douter, c’est juger de Dieu par l’homme, qui prononce sur l’importance des choses d’après leur rapport avec ses dimensions physiques et morales ; qui se sent petit à l’égard des unes et s’estime grand à l’égard des autres. Mais qu’est-ce que le plus ou le moins comparé à l’immensité ? Où l’homme ne voit qu’un grain de sable, Dieu reconnaît un monde ; également admirable dans ces deux infinités, son attention inépuisable, immense comme sa bonté même, se répand à la fois sur tous les objets sans en négliger aucun.
En vain allègue-t-on le peu de droits qu’avait, dit-on, Charles VII, à mériter un si grand secours du ciel : il n’a pas été dirigé uniquement en sa faveur, quoiqu’il en ait recueilli le premier les fruits apparents. Ce secours était destiné principalement pour la race de saint Louis et pour la nation française, suffisamment punie de ses fautes par tant d’années de calamités. Qui sait s’il n’avait pas encore pour objet de la préserver du joug de l’hérésie, sous lequel elle serait probablement tombée un siècle après, si elle eût passé entièrement, à l’époque de la mission de la Pucelle, sous le sceptre des rois d’Angleterre ?
Barthélemy de Beauregard (1847)
Extrait de son Histoire de Jeanne d’Arc, t. II, p. 401-405.
Après tout, je l’ai dit, je permets et pardonne tout aux Anglais, quand il s’agit de la femme qui a si bien humilié leur incorrigible orgueil ; mais le sang me monte au visage, d’indignation et de honte, quand je vois des Français faire cause commune avec eux et les dépasser dans leur acharnement contre la plus pure de toutes les gloires de la France. Ainsi, je ne puis pardonner à Lenglet du Fresnoy, surtout en sa qualité d’abbé, son scepticisme à l’endroit des apparitions et de l’inspiration de la Pucelle dont il fait cependant un instrument de la Providence, ni à d’Argens, ni à Beaumarchais, ni au marquis de Luchet, en leur double qualité de Français et de gentilshommes, de s’être faits les échos des calomnies de Voltaire.
Dans son Histoire d’Orléans, ouvrage qu’il aurait pu intituler Delicta juventutis meæ [mes péchés de jeunesse], le marquis de Luchet tombe souvent, dit Chaussard [Jeanne d’Arc, recueil historique et complet, 1806], peu suspect en cette matière, dans des erreurs et des contradictions, se lançant trop légèrement dans le paradoxe, parce qu’il aime la singularité
, c’est-à-dire parce qu’il est tout à fait de son école et que Voltaire ne pouvait pas le renier pour son disciple.
Dans le récit du marquis, où l’on trouve à chaque instant des noms défigurés, des dates bouleversées, Jeanne d’Arc, dit un Orléanais [Daniel Jousse] dans les lettres qu’il publia pour lui répondre, n’est plus cette fille célèbre guidée par une main divine, dont le bras toujours invincible sauva la France d’un esclavage honteux, soutint le trône chancelant et raffermit la couronne sur la tête de son roi, si ferme dans ses réponses, victime funeste de la passion, de l’injustice, de l’ingratitude des grands et de la méchanceté des hommes : c’est une malheureuse insensée, une visionnaire extravagante, laide, folle, brutale, faible, opiniâtre, dont la vie n’est qu’un tissu de fanatisme et de superstitions, qui ne connaît point les droits de la nature, à qui on refuse même la qualité d’être vertueuse, dont toutes les réponses ne sont qu’un amas grossier de contradictions, d’extravagances, d’illusions, de faiblesse et de mensonges.
Quel acharnement de la part du maître et des adeptes contre cette pauvre fille, l’orgueil à la fois de la religion et de la patrie ! L’auteur des lettres ne daigne pas même réfuter les raisons sur lesquelles le léger marquis appuie un sentiment aussi singulier.
En 1776, le même marquis, alors ancien officier de cavalerie, publia encore une Dissertation sur Jeanne d’Arc, que j’ai en ce moment sous les yeux. L’auteur y est souvent en contradiction avec ce qu’il a écrit dans son Histoire d’Orléans, et dans l’un et l’autre ouvrage, il s’en faut beaucoup que l’auteur soit toujours d’accord avec lui-même. Désireux de donner un échantillon de la prose du marquis, j’ouvre le livre au hasard et je tombe sur la page 27, où je lis ce qui suit :
On demandera peut-être pourquoi je n’ai point parlé des histoires plus anciennes ? [Il vient de parler de Lenglet du Fresnoy, du père Berthier et de Rapins Thoyras.] Parce qu’elles ne sont que les rêveries de l’ignorance. Peut-on continuer la lecture d’un ouvrage qui dit que la Pucelle s’appelait Jehannette ; qu’elle cousait et ne craignait aucune femme de Rouen à filer ; qu’elle voulait coucher au four, afin que les pauvres couchassent dans son lit ; qu’elle priait, jeûnait, et faisait souvent ses Pâques ; qu’elle eut des voix, des révélations, des visions ? Les voix étaient sainte Marguerite et sainte Catherine ; qu’elle vit saint Michel en la forme et en l’habit d’un très vrai prud’homme. On publiait ces extravagances alors, parce qu’on était cru ; on ne doit pas les transcrire aujourd’hui, parce qu’on ne serait pas lu.
Voilà la force du marquis. Maintenant, qui croirait que l’homme qui a écrit ces lignes a aussi écrit celles qui suivent et que je prends également au hasard dans le même ouvrage (p. 112) :
Il est absurde et barbare, dit-il, de condamner la Pucelle sur les révélations qu’elle publie ; la manière de ses révélations est la manière de tous ceux qui ont participé aux célestes secrets. Saint Ignace voit une croix, saint Dominique voit la sainte Vierge qui lui montre un scapulaire, sainte Thérèse entend le chœur des anges, Jeanne d’Arc voit saint Michel, elle entend sainte Catherine et sainte Marguerite. Nous n’avons d’autres preuves, je l’avoue, que son récit ; mais quelle autre preuve a-t-on des révélations de saint Ignace et de saint Dominique ? La fin des choses révélées… Faire lever un siège dont dépend la gloire et le salut de sa patrie, rendre à son roi légitime une couronne usurpée, est une fin plus honnête que l’objet de la plupart des révélations. La qualité de la personne était très susceptible d’une semblable faveur, elle était simple et vierge.
Voilà comment le marquis s’accorde avec lui-même !
Charles François Vergnaud-Romagnesi(1858)
Extrait de la Notice sur les divers ouvrages et sur les nombreux écrits relatifs à Jeanne d’Arc, dans le Bulletin du Bouquiniste (1858), d’Auguste Aubry, p. 2-3.
(Lien : Google Book.)
1766. — De Luchet, Histoire de l’Orléanais, Paris, Gueffier fils, 1766, 1 vol. in-4°. Son livre IV, uniquement consacré à Jeanne d’Arc et au siège d’Orléans, a été vivement critiqué lorsqu’il parut. Aujourd’hui il est mieux apprécié, et l’on doit le consulter pour se former une opinion personnelle sur ces faits extraordinaires. (Voir 1776.) M. de Luchet devait faire imprimer trois volumes et recevoir pour cela 6,000 fr. des échevins de la ville d’Orléans et du duc d’Orléans. Lorsque son premier volume parut, son scepticisme et sa manière cavalière de présenter certains faits déplurent au clergé d’abord, et son IVe livre ne convint guère plus aux échevins et au duc d’Orléans. On le pria de, cesser cette publication, et pour cela, on lui donna 3,000 fr. dont il se contenta, dit-il, dans son reçu du 22 juillet 1766. On retira successivement du commerce le plus qu’on put du volume paru, ce qui le fit devenir rare. Mais, plus tard, l’auteur fit réimprimer à part son IVe livre. (Voyez 1776.)
1766. — Lettre d’un Orléanais à un de ses amis sur la nouvelle histoire de l’Orléanais, par M. le marquis de Luchet, in-12 de 40 pages, à Bruxelles et à Paris, chez Debure. Cette lettre acerbe contient une appréciation trop sévère du chapitre de Jeanne d’Arc de M. de Luchet. Elle est attribuée, à tort peut-être, à M. Jousse.
[…]
1776. — Dissertation sur Jeanne d’Arc, etc., par M. de Luchet, ancien officier de cavalerie, sans date ni nom de ville, in-8° de 134 pages, extraite de son Histoire de l’Orléanais et publiée isolément en 1776. Curieuse, un peu longue et très-rare.
Pierre Lanéry d’Arc (1894)
Notice sur l’ouvrage de Luchet dans son Livre d’or de Jeanne d’Arc, p. 312.
700. Luchet (Pierre-Louis de la Roche du Maine, marquis de), ancien officier de cavalerie, conseiller du Landgrave de Hesse-Cassel. — Dissertation sur Jeanne d’Arc, vulgairement nommée la Pucelle d’Orléans. [Amsterdam, Paris Gueffier, 1766], in-4 de 120 p.
Bibl. Nat. Lk2 1302.
Extrait de son Histoire de l’Orléanais, p. 310-419.
— Le même. Dissertation sur Jeanne d’Arc, vulgairement surnommée la Pucelle d’Orléans. [Orléans, 1776], in-18 de 131 p.
Bibl. Nat. Lb26 31.
Vente de Latour, cart. 2 fr. ; de Bouteiller, dem. rel, 2 fr.
Tirage à part de l’Histoire de l’Orléanais, t. II, p. 414 et suiv.
Luchet cherche à réfuter Lenglet Du Fresnoy et le P. Berthier qui venaient de publier deux mémoires en faveur de l’inspiration divine de Jeanne.
J’avoue que le P. Berthier a répondu sans réplique à plusieurs difficultés de Rapin-Thoyras, mais ces difficultés étaient celles de M. Thoyras et non celles du commun des auteurs, qui ne voient rien de merveilleux dans ce phénomène historique.
Voici sa conclusion :
Pour résumer ce que nous avons écrit sur cette fille extraordinaire, nous pensons qu’elle n’a mérité ni les louanges dont on ne cesse de la combler, ni le supplice dont on l’a flétrie. Elle nous paraît plus à plaindre qu’à admirer.
Cette œuvre sans valeur fut critiquée comme elle le méritait, par Jousse, dans une brochure, anonyme intitulée : Lettres d’un Orléanais… sur la nouvelle histoire de l’Orléanais par le marquis de Luchet, Bruxelles, (Paris), 1766, in-12 de 40 p.
Comment traite-t-il Jeanne ? En s’efforçant de détruire tout ce qu’on a dit jusqu’ici à la louange de cette fille extraordinaire, c’est en injuriant tous ceux qui ont écrit sur cette matière ; c’est en l’accablant elle-même des injures les plus atroces. Ce n’est plus cette fille célèbre, guidée par une main divine, dont le bras toujours invincible sauva la France d’un esclavage honteux, soutint le trône chancelant et raffermit la couronne sur la tête de son roi : si ferme dans ses résolutions, si sage dans ses réponses, victime funeste de la passion, de l’injustice, de l’ingratitude des grands et de la méchanceté des hommes. C’est une malheureuse insensée, une visionnaire extravagante, laide, folle, brutale, dont la vie n’est qu’un tissu de fanatisme et de superstition, etc.
Notes
- [1]
Le président Hénault met cette exécution au 14 juin, et l’historien De Serres la recule jusqu’au 6 juillet. Ils sont contredits l’un et l’autre par le texte du procès de la Pucelle, qui la place au pénultième mai.
- [2]
Calmet, Histoire de Lorraine, t. II, p. 703.
- [3]
L’argent ne valait alors que 7 l. 10 s. le marc et 210 par. reviennent aujourd’hui à plus de 1700 liv.
- [4]
Pasquier, Recherches, p. 467, Trésor du domaine d’Orléans.
- [5]
Il y a Rouen dans la chronique, mais c’est une méprise de l’auteur.
- [6]
P. 514.
- [7]
L’auteur était dans le parti des Bourguignons.
- [8]
Ms. de la bibliothèque du chapitre d’Orléans.
- [9]
Pasquier, Recherches, p. 464.
- [10]
P. 514.
- [11]
Labbe, Mélanges, t. II, p. 714.
- [12]
Jean Nider, Formicarius, l. 5. — Calmet, Histoire de Lorraine, t. II, p. 906.