Marie-Edmée (1845–1871)
Chronologie
1845
- 28 jan.Mariage, à Nancy, de Vital Pau (39 ans), militaire originaire de Montpellier, et de Emma Alleaume (18 ans), originaire de Nancy.
- 16 nov.Naissance de Marie-Edmée à la Guillotière (Lyon) où le capitaine Pau était en garnison.
1848
(3 ans)- 29 nov.Naissance de son frère Gérald (futur général Pau) à Montélimar, où le père avait été affecté.
1849
(3 ans)-
Le capitaine Pau participe à l’expédition de Rome (qui mit fin à la République romaine et rétablit le pape dans ses États pontificaux). Il y contracte une grave maladie qui l’immobilise et le contraint à quitter le service. La famille s’installe à Nancy.
C’est là que [Marie-Edmée] apprend à lire, à écrire, à compter et surtout à penser. Sa vive intelligence qui veut tout comprendre, tout pénétrer, les élans contenus de son ardente sensibilité, ses merveilleuses dispositions artistiques et, plus encore que tout cela, sa tendresse filiale qui se traduit par mille gentillesses, ravissent le pauvre infirme, et sont comme les derniers rayons du soleil qui embrasent la fin d’un jour d’automne… Marie-Edmée seconde sa mère dans les soins à donner au malade, son cœur aimant lui suggère les plus délicates attentions, et Madame Pau a pu écrire en toute vérité que
Marie-Edmée commençait son rôle d’ange gardien
. — (Marie Pesnel, Marie-Edmée intime, 1911.) 1856
(10 ans)- jan.Marie-Edmée entre en demi-pension chez les religieuses du Sacré-Cœur de Nancy.
- 2 fév.Son père décède des suites de sa maladie, à l’âge de 50 ans. Six mois plus tard Marie-Edmée quitte le Sacré-Cœur et revient près de sa mère.
1859
(13 ans)-
Vers sa treizième année elle commence son Journal :
Voyant mes défauts écrits, je pourrai mieux m’en corriger. — (Journal)
Il y transpire l’admiration pour sa mère et l’amour pour son frère :
Qui pourrait ne pas chérir une mère comme la mienne ! et qui n’aimerait un frère comme celui que Dieu m’a donné. — (Journal)
Sous l’influence de celle-ci, qu’elle accompagne dans ses tournées auprès des malheureux, sa charité prend une dimension sociale :
Nous la voyons à l’œuvre, apprenant aux enfants pauvres de son quartier, outre leurs prières et le catéchisme, les premiers éléments de la lecture et de l’écriture. — (Marie Pesnel)
Elle pratique le dessin, d’abord avec sa mère et un oncle artiste, puis avec un professeur, et s’adonne à la lecture : philosophie, livres saints, histoire, poésie. Elle s’enthousiasme pour les grandes héroïnes telle la polonaise Émilie Plater (martyre à 25 ans lors de l’insurrection contre le tsar Nicolas Ier, 1831) mais surtout Jeanne d’Arc.
1861
(15 ans)-
Sa passion pour Jeanne d’Arc est déjà débordante ; sa mère l’emmène pour la première fois en pèlerinage à Domrémy ; elle visite la maison de Jeanne et est fière d’inscrire son nom sur le registre des voyageurs.
1862
(16 ans)- 30 mai
En ce jour anniversaire de la mort de Jeanne d’Arc, Marie-Edmée passe la journée en prière et en méditation ; elle pleure en relisant le récit de son martyre. Elle composera un poème poignant qui se termine ainsi :
Ô France, donne-moi ce qui reste d’elle !
Que je croie en ta force, en ta gloire immortelle,
Que j’espère en tes fils et que j’aie le bonheur
De mourir comme Jeanne en sauvant ton honneur !...
1863
(17 ans)-
Pressée de n’être plus à charge, elle redouble d’effort dans ses études, dessine et peint avec acharnement.
Suivant les conseils de cet oncle elle envoie à l’éditeur Hetzel, plusieurs de ses essais, avec l’espoir d’être désignée pour illustrer quelques-uns des livres ou albums destinés à la jeunesse. — (Marie Pesnel.)
- 7 mai
Second voyage à Domrémy qui coïncide avec la cérémonie de l’étendard (offert cette année par les dames d’Orléans). Le pays est en liesse :
La musique joue, je suis au ciel, car il me semble que Jeanne d’Arc est sur la terre. Toute une foule est là sous mes yeux ; l’étendard de Jeanne flotte au vent, les noms de ses victoires écrits sur des écussons entourent la place, le soleil fait étinceler le tout d’une gloire et d’une allégresse nationales que je n’espérais jamais voir sur la terre de France. — (Journal.)
Elle rentre bouleversée :
J’ai laissé une bonne partie de mon cœur là-bas ; Domrémy est la terre sainte de mon enthousiasme. — (Journal.)
Dans le plus grand secret, elle commence la composition, texte et dessin, de son histoire de Jeanne d’Arc.
1865
(19 ans)-
Marie-Edmée s’installe avec sa mère à Paris pour y suivre les leçons du peintre Léon Cogniet (70 ans), qui l’encourage paternellement. Lors d’une visite au Musée de Versailles elle tombe sur l’original de la statue de Jeanne d’Arc par la princesse Marie d’Orléans, qui lui cause une vive impression.
1867
(21 ans)- aoû.Avec l’aval de sa mère, elle se rend à Orléans pour rencontrer Mgr Dupanloup, l’
évêque de Jeanne d’Arc
et lui soumettre sa Jeanne d’Arc. D’abord réticent (Ne brodez pas de légendes une histoire sublime comme celle de Jeanne d’Arc
), il se laisse gagner par la ferveur communicative de Marie-Edmée, l’encourage à poursuivre et lui prodigue des conseils. 1868
(22 ans)-
Elle ouvre un cours de dessin à Nancy. Sa mère l’aide à recruter les élèves.
- jul.
Pendant les vacances, elle retourne à Paris fréquenter les musées afin d’étudier les grands maîtres.
Elle se présente un jour chez le père Gratry, tout juste reçu à l’Académie française, pour lui offrir son portrait de l’abbé Perreyve. Il la reçoit avec bienveillance et lui dédicace son dernier livre (La Morale et la loi de l’Histoire) avec ces paroles d’encouragement :
Courage ! Mon enfant, me comprenez-vous ? La vie de la femme est habituellement passive. Il n’en sera pas ainsi de la vôtre, il vous faudra beaucoup de persévérance et d’énergie.
1869
(23 ans)-
Les premières pages de son Histoire de notre petite sœur sont imprimées à Nancy (Husson-Lemoine) et livrées aux souscripteurs. L’accueil est très positif et dépasse la région. L’Univers lui consacre une longue et favorable recension après les trois premières livraisons.
Voir : L’Univers, 18 juillet 1869, Retronews
- sep.Troisième voyage à Domrémy, avec entre autres l’intention de dessiner les fillettes du village. Elle visite le bois chesnu, alors difficile d’accès et y prie avec dévotion.
1870
(24 ans)- 19 jul.
La France déclare la guerre à la Prusse.
Gérald, sorti de Saint-Cyr l’année précédente puis nommé sous-lieutenant, par au combat. Premières batailles, premières défaites. Marie-Edmée et sa mère se portent immédiatement volontaires à la Croix-Rouge (appelée alors Croix-de-Genève) ; elle-même fonde la Compagnie de Jeanne d’Arc pour venir en aide aux blessés. À la gare de Nancy où ceux-ci sont acheminés, elle apprend que Gérald a été gravement touché à la bataille de Wœrth (6 août) et risque l’amputation. Le 12 août les Prussiens entrent dans Nancy ; il faut désormais soigner aussi les ennemis. Le 31 leur parvient enfin une lettre de Gérald : blessé à la jambe et amputé de la main droite, il peut rentrer à la maison.
- 2 sep.Désastre de Sedan. L’armée capitule, l’Empereur est fait prisonnier.
- 5 sep.À la gare de Nancy les arrivées se succèdent mais Gérald n’apparaît pas. N’y tenant plus, la jeune fille monte dans le train pour Wœrth afin de le chercher sur place. Après quelques jours elle le retrouve ; son état d’incapacité est tel qu’il n’a pas été transféré en Allemagne avec les autres prisonniers. Marie-Edmée harcèle Bismarck, qui accepte de laisser partir Gérald contre sa parole de ne pas reprendre les armes. Ce dernier refuse ! Sa sœur obtient du médecin un certificat attestant de son invalidité ; Bismarck la reçoit une troisième fois et autorise le retour.
- 12 sep.Le 12, Madame Pau accueille ses deux enfants. Marie-Edmée se mue en infirmière, auprès de son frère mais aussi des autres soldats blessés ; elle en dessine les portraits qu’elle envoie à ces mères qui peut-être ne reverront jamais leur fils.
- 8 oct.
À la stupeur générale, Gérald annonce qu’il s’estime assez rétabli pour repartir au combat :
C’est le devoir.
Marie-Edmée veut l’accompagner, il refuse.Les premiers temps, quelques courriers parviennent du front ; puis rien. Noël passe.
1871
(25 ans)- 28 jan.Capitulation de Paris et signature de l’armistice.
- 9 fév.L’absence de nouvelles et l’inactivité rendent la situation intenable pour Marie-Edmée qui décide de partir une nouvelle fois chercher son frère. Elle monte dans le train qui la dépose à Strasbourg le lendemain ; après avoir traversé le territoire allemand, elle atteint Bâle, se présente au consulat français qui la redirige vers Berne. Une fois sur place, elle apprend que le régiment de son frère a pris part à la bataille de Villersexel (9 janvier) avant de se replier sur la Suisse, sans plus de précisions. À Neufchâtel elle consulte les liste des défunts, visite le cimetière où sont déposés les corps de soldats à identifier. Un article de journal lui apprend qu’un petit groupe de soldats a pu regagner la France par le Jura ; persuadée que son frère est l’un deux, elle s’engage sur ses traces, en traîneau, en train, à pied, jusqu’à Pontarlier ; la route est jonchée de cadavres. Là, un courrier de Suisse lui apprend que son frère est vivant et qu’elle peut rentrer chez elle. Ivre de bonheur elle rebrousse chemin.
- 25 fév.Après deux semaines ballottée entre la France, l’Allemagne et la Suisse, Marie-Edmée rentre à Nancy, sa mission accomplie : elle est très affaiblie et fiévreuse.
- 6 mar.La veille de sa mort, elle reçoit une lettre de son frère qui lui apprend son retour prochain, sain et sauf.
- 7 mar.
Marie-Edmée décède, dans les bras de sa mère.
Toute la ville de Nancy voulut s’associer au deuil d’une famille justement estimée, et accompagner la jeune morte jusqu’à sa dernière demeure. [...] Les Prussiens, étonnés de cette manifestation si grandiose dans sa touchante simplicité, demandèrent quelle princesse on escortait de la sorte… Une enfant, inspirée sans doute par son bon ange, répondit : — Ce n’est pas une princesse, c’est une petite sœur de Jeanne d’Arc. — (Marie Pesnel.)
1874
-
L’écrivain Antoine de Latour découvre son travail et fait publier chez Plon son Histoire de notre petite sœur Jeanne d’Arc, ouvrage acclamé par la critique et courronné par l’Académie française.
1876
-
Latour publie le Le Journal de Marie-Edmée.
1879
-
La nouvelle édition de l’Histoire de Jeanne d’Arc comprend une courte biographie de Marie-Edmée ainsi qu’une lettre de l’évêque de Saint-Dié.
Images (2)
[1897]