J.-B. Monnoyeur  : Traité de Jean Gerson (1910)

Texte intégral

Traité de
Jean Gerson
sur la Pucelle
Vigile de la Pentecôte
14 mai 1429 - 14 mai 1910

par

Jean-Baptiste Monnoyeur

(1910)

Éditions Ars&litteræ © 2024

5Introduction

Il existe un traité précieux de Gerson sur la Pucelle, traité bien authentique, écrit six jours après la délivrance d’Orléans. Malheureusement il est peu connu et bien peu accessible. On ne le trouve que dans les manuscrits et dans quelques rares encyclopédies, qu’il est difficile de se procurer. Aussi, en cette année, dont toutes les fêtes, fixes et mobiles, coïncident avec celles de 14291, l’année de l’intervention triomphale de la Pucelle, et qui verra pour la première fois son culte célébré régulièrement dans toutes les églises de France, il nous a semblé que ce serait faire œuvre utile et remémorer d’une façon opportune l’anniversaire du 14 mai 1429, date de l’écrit magistral par lequel Gerson approuva hautement la Mission surnaturelle de la Libératrice, que de publier la traduction intégrale de l’Apologie de la de Pucelle, composée par le plus illustre des chanceliers de l’Université de Paris et le plus éminent docteur de son temps.

La découverte de la Chronique de Morosini faite par le R. P. J.-B. Ayroles nous permet de connaître avec certitude l’un des motifs de sa composition. Ce fut contre les intrigues des pharisiens de cette Université, qui, ennemis 6politiques de la Vierge guerrière, tramaient déjà sa perte, que le Chancelier éleva la voix pour défendre celle dont un mûr examen lui avait révélé la vocation céleste. Une première approbation, conditionnelle, avait été donnée par l’autorité ecclésiastique à la mission surnaturelle de Jeanne d’Arc, lors du verdict favorable des juges de Poitiers. Le 8 mai 1429, la Pucelle venait de faire éclater aux yeux de tous le signe promis. La levée du siège d’Orléans eut dans toute la France un profond retentissement. Aux processions de pénitence, aux prières continues et suppliantes succédèrent des feux de joie et des processions d’actions de grâces.

Il y avait pourtant des contradicteurs acharnés. Et c’est avec une nouvelle acuité que chacun se posait désormais la question : Dois-je croire que la Pucelle victorieuse est envoyée de Dieu pour le rétablissement du roi et la délivrance de la nom de la patrie ? Une sanction définitive, prononcée au nom de la science théologique, était attendue de toutes parts. L’Université de Paris et les ennemis de Charles VII condamnaient bien haut la Vierge guerrière, ils intriguaient même en cour de Rome pour la faire condamner comme hérétique, elle et tous ceux qui avaient foi en elle2.

C’est alors que le chancelier Gerson, toujours impartial et intrépide quand il s’agissait des intérêts de Dieu, composa son admirable traité en faveur de la Pucelle, à sa louange et pour sa défense3.

Fut-ce de sa propre initiative ou fut-il consulté par le roi ? Si l’on en croit Mgr Debout, il y aurait eu consultation officielle :

Quels oracles suprêmes, — écrit-il, dans sa biographie de la bienheureuse Jeanne d’Arc4, — résoudraient cette délicate question ? À qui le roi et les savants de France s’adresseraient-ils en une circonstance aussi décisive ? Il y 7avait alors dans le parti national deux hommes qui, sans conteste, s’élevaient au-dessus de tous ;… l’immortel Gerson et Jacques Gélu, archevêque d’Embrun. Gerson composait son commentaire du cantique des cantiques lorsqu’il reçut la consultation relative à la Pucelle : Peut-on croire que Jeanne est envoyée de Dieu ? De quelle façon doit-on croire en elle ? Le port de l’habit d’homme n’est-il pas un empêchement à lui octroyer créance ?

Gerson et Gélu furent-ils ainsi consultés officiellement et furent-ils les seuls à l’être ? N’ayant à notre disposition que l’ouvrage résumé et sans notes de Mgr Debout, nous n’avons pu savoir sur quel document il se fonde pour présenter sous la forme d’un fait précis ce qui ne nous apparaît que comme une hypothèse vraisemblable5.

Quoi qu’il en soit du motif immédiat de sa composition, le mémoire de Gerson exerça certainement une heureuse influence sur la décision du roi, au moment des campagnes de la Loire et du sacre. Il comprend deux parties. Dans la première, après de longs préliminaires d’une allure toute scolastique sur la différence à faire entre la Révélation universelle et les révélations privées, l’illustre théologien proclame et prouve qu’il est bon et salutaire de croire à la Mission céleste de la Pucelle. Il ajoute même qu’il est dangereux, en conscience, de ne pas y adhérer. Dans une seconde partie, sorte d’appendice formé d’une série de conclusions, il justifie la Vierge guerrière de porter des vêtements d’homme.

L’intérêt capital de ce traité a été récemment mis en relief par l’historien qui a le mieux étudié Jeanne d’Arc, le R. P. J.-B. Ayroles6. Nous ne saurions mieux faire que de citer son appréciation si autorisée. Ce traité, dit-il,

est digne de la 8main qui l’a tracé, et presque chaque mot réveille une idée nouvelle. Par prétermission, l’auteur confirme les longues et profondes enquêtes faites sur la vie antécédente de la Pucelle, et il indique que cette vie ne fut pas sans des signes merveilleux. Aucun historien n’a, je crois, signalé d’une manière plus étendue et plus explicite les réformes chrétiennes que la Pucelle réclamait dans tous les ordres de l’État. Conditions bien naturelles dans une intervention si marquée du ciel.

Gerson écrivait après la première victoire de Jeanne ; il devait mourir lorsque la libératrice était sur le chemin de Reims7. Rien donc de plus digne d’attention, que l’insistance avec laquelle il annonce en que la mission de Jeanne, tout en restant surnaturelle, pourrait cependant ne pas produire tous les effets que la divine envoyée et le parti national s’en promettaient. Les iniquités des hommes pouvaient empêcher la plénitude des faveurs célestes. Douloureux pressentiment ! Les événements devaient le justifier8… Aucune idée n’est plus saillante dans ses courtes pages, si ce n’est peut-être la conviction de l’illustre chancelier, que Jeanne est bien surnaturellement suscitée.

Cette conviction s’affirme bien plus hautement dans les conclusions que dans le début… c’est l’œuvre de Dieu, a Domino factum est istud. L’objection tirée du vêtement d’homme, que les prévaricateurs de Rouen devaient si grandement exploiter, provoque son indignation ; il s’écrie : Silence aux langues d’iniquité : obstruatur igitur et cesset os loquentium iniquo. C’est là une témérité qui n’est pas sûre au point de vue de la conscience : ita ut jam non sit securum detrahere ; vel culpare ausu temerario

10N’est-il pas touchant de voir le vénérable Chancelier, parvenu à la fin d’une carrière toute consacrée à Dieu et à la patrie, se pencher, pour la bénir et la protéger, vers l’humble jeune fille qui vient, au nom du ciel, combler ses vœux et faire briller à ses yeux l’aurore du salut de son peuple et de son roi ! Le saint docteur pouvait chanter son Nunc dimittis. Cinq jours avant le sacre, après avoir achevé son traité sur le Cantique des cantiques, Gerson, assisté de la prière des petits enfants, qu’il avait évangélisés avec tant d’amour et de condescendance, rendait à Dieu son âme bienheureuse.

La démarche du grand théologien porta ses fruits. Au procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc on attacha à son traité de la Pucelle toute l’importance qu’il méritait. Dans le manuscrit du Processus Joannæ Puellæ, provenant de la Bibliothèque de Notre-Dame de Paris et cité par le P. Lelong9, il est placé en tête de cinq autres traités qu’on produisit en faveur de la réhabilitation de Jeanne. Ces cinq traités sont ceux d’Élie de Bourdeilles, cordelier, évêque de Périgueux, puis archevêque de Tours et cardinal, d’un personnage qui a signé M. E. N., de Jean Bréhal, dominicain, inquisiteur de la foi, de Robert Ciboule, chancelier de l’Université de Paris, et de Guillaume Bouillé, doyen de l’église de Noyon.

Dans l’édition critique du Procès de Jeanne d’Arc par Quicherat, le traité de Gerson est suivi des sept traités de Élie de Bourdeilles, cordelier, évêque de Périgueux, puis archevêque de Tours et cardinal10, de Thomas Basin, évêque de Lisieux11, de Martin Berruyer, évêque du Mans12, de Jean Bochard, évêque d’Avranches13, de Jean de M(ontigny)14, de 11Guillaume Bouillé, doyen de l’église de Noyon15, et de Robert Ciboule, chancelier de l’Université de Paris16.

L’attribution du présent mémoire au Chancelier a, jadis, été contestée. Ellies Du Pin, qui l’a édité à la suite du traité sur la Pucelle de Henri de Gorkum, le lui dénie aussi bien que le premier, par ces simples mots : Etiam Gersonio perperam ascriptum. [Faussement attribué à Gerson.]

On ne voit guère quel motif sérieux Du Pin pouvait invoquer pour se prononcer de la sorte avec autant de décision17. Un tel jugement est fait pour surprendre, car les preuves en faveur de l’authenticité de cet ouvrage de Gerson sont nombreuses et convaincantes.

Si l’Université de Paris était gagnée aux Bourguignons et aux Anglais, son Chancelier, par contre, était entièrement dévoué à la cause de sa patrie et de son roi. Fréquemment consulté sur les questions du temps, intimement lié 12avec deux des théologiens qui examinèrent la Pucelle à Chinon et à Poitiers : le confesseur de Charles VII, Gérard Machet, et l’ambassadeur de ce même roi à Constance, Pierre de Versailles, abbé de Talmont, il serait fort étonnant que Gerson n’eût pas été questionné et n’eût rien écrit sur un événement qui intéressait si singulièrement l’ordre surnaturel et qui mettait en émoi toute la Chrétienté.

Le style et les pensées sont bien du Chancelier. Ses consultations et ses opuscules sur les questions controversées de l’époque sont d’ordinaire, comme dans le cas présent, de simples notes, aux tournures scolastiques, jetées sans apprêt, mais qui recouvrent toujours une pensée pleine de sagesse, à la fois limpide et profonde. C’est aussi un procédé scolastique familier au grand théologien que de faire suivre son enseignement d’une série de propositions complémentaires, précises, pratiques. Enfin les passages du traité de la Pucelle où il est question de l’Immaculée Conception, du chef de saint Denis et de la vaine curiosité, cadrent d’une façon remarquable avec les écrits du Chancelier.

Mais à ces arguments, d’ordre tout interne et secondaire, s’ajoute le témoignage des manuscrits, et des personnages contemporains ou très peu postérieurs. Le manuscrit français 23133 et le manuscrit latin 5970 de la Bibliothèque nationale, utilisés, le premier par Du Pin, l’autre par Quicherat, le donnent comme écrit à Lyon le 14 mai 1429, par le seigneur chancelier.

L’abréviateur du Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc, qui écrivait en 1500, se réfère au traité de Gerson sur la Pucelle, dont il donne ensuite une analyse. La Pucelle, dit-il,

fut faussement et iniquement condamnée à être brûlée, ainsi qu’il a été trouvé (sic) depuis par le procès de son absolution, par lequel elle a été déclarée innocente de tous les cas desquels elle était accusée, nonobstant la détermination de Messieurs de l’Université de Paris, lesquels par flatterie et 13pour complaire au roi d’Angleterre, la déclarèrent hérétique, contre l’opinion de défunt notre maître Jean Gerson, chancelier de Notre-Dame de Paris, si savant et si sage, comme ses œuvres le montrent et en font le jugement. Laquelle opinion, avec les raisons qui le meuvent à être contre l’opinion de ladite Université, sont écrites ci-après (dans l’analyse du a procès de réhabilitation), par lesquelles on pourra voir là où il y plus d’apparence de vérité et de bon jugement18.

Quelques années plus tard, Jean Bouchet (1474-1530), dans ses Annales d’Aquitaine, faisait cette mention du traité de Gerson et de celui de Henri de Gorkum, attribué faussement à Gerson, encore de nos jours19 :

Maître Jean Gerson, docteur en théologie, chancelier de l’Université de Paris, qui fut homme de grandes lettres et de droite et approuvée vie, a fait un Traité contre ceux qui ont détraicté (mal parlé) de cette Pucelle ; ensemble un autre docteur nommé messire Henri de Gerchkeim (Gorkum) commençant : Me tulit Dominus20 [Le Seigneur m’a pris].

Enfin un dernier témoignage, le plus péremptoire de tous, nous est donné par un contemporain de Jeanne, Pancrace Justiniani. Voici ce qu’il écrit, de Bruges, à son père, dans une lettre datée du 20 novembre 1429 et reçue le 23 décembre suivant, à Venise :

… Tout ce qui est survenu de favorable au roi,… est entièrement dû à la Pucelle. Le croire n’est pas un mal, et celui qui ne le croit pas ne pèche pas contre la foi21.

14Je me trouvais ces jours derniers à discuter à ce sujet avec quelques religieux, et j’ai eu vent que l’Université de Paris, ou mieux les ennemis du roi, avaient envoyé à Rome pour l’accuser auprès du Pape. Cette Pucelle, d’après eux, serait une hérétique, et non seulement elle, mais encore ceux qui ont foi en elle ; elle va, disent-ils, contre la foi en voulant qu’on la croie, et en sachant prédire l’avenir. Le chancelier de l’Université, homme très renommé, docteur en théologie, a composé un très bel ouvrage en sa faveur, à son honneur, à sa louange et pour sa défense. Je vous l’envoie avec cette lettre. Messire le doge22, d’autres encore, d’après ce qu’il me semble, en prendront connaissance avec grand plaisir. Faites que lui et nos amis de chez vous reçoivent communication des nouvelles ci-incluses. Après avoir lu ma lettre, vous pourrez la faire circuler23.

Inutile de souligner tout ce que cette lettre contient d’assertions intéressantes. Outre qu’elle nous montre sur le vif l’importance qu’on attribuait aux écrits du grand chancelier et en particulier à son traité sur la Pucelle, elle nous apprend que l’intervention de Gerson fut provoquée par l’odieuse et partiale opposition, déjà irréductible, de l’Université de Paris. Son traité fut, par conséquent, connu des juges de Rouen, et la façon irréfutable dont il répond à leur chef d’accusation relativement au port de l’habit d’homme fait éclater une fois de plus la mauvaise foi des juges-parties, qui ne tinrent nul compte d’une consultation aussi sage et aussi décisive. Si la bienheureuse Jeanne d’Arc avait eu en face d’elle, non point un tribunal d’adversaires politiques, mais de juges vraiment ecclésiastiques, le mémoire si topique de Gerson sur la Pucelle eût certainement été versé au Procès de condamnation, comme il le fut à celui de la réhabilitation24.

15Il est juste que ce traité, qui fit loi auprès de Charles VII, auprès des vrais français et des bons chrétiens, après la prise d’Orléans et lors du procès de réhabilitation par le Pape25, soit pour jamais remis en honneur, aujourd’hui où l’Église prépare à la bienheureuse Jeanne d’Arc de nouveaux triomphes, une mission plus bienfaisante, plus splendide encore que la première.

Dom J.-B. Monnoyeur, O. S. B.

Jeanne d’Arc entend ses voix (Cliché de l’Œuvre Nationale de Jeanne d’Arc à Domrémy. Secrétariat à Paris, 117, rue Notre-Dame-des-Champs.)

16Consultation théologique

LAAu sujet du triomphe admirable d’une certaine Pucelle, qui a passé de la garde des brebis à la tête des armées du roi de France en guerre contre les Anglais26.

LASur le fait de la Pucelle et de la foi qui lui est due, posons tout d’abord qu’il y a beaucoup de faussetés, qui nous apparaissent d’une vérité probable. Et même, selon le philosophe, plusieurs nous semblent plus probables que l’opinion 17vraie, qui leur est opposée, de telle sorte que deux contradictoires peuvent être également probables, bien que toutes deux ne puissent être vraies.

LARemarquons, en second lieu, que si cette probabilité est fondée et bien comprise, on ne doit la taxer d’erreur qu’autant qu’on s’obstinerait à l’étendre au delà de ses limites. La raison en est que celui qui donne une opinion comme probable, l’appuie sur des raisons et des vraisemblances. À moins que son assertion ne soit tout à fait invraisemblable, il dit donc la vérité. Mais celui qui soutient l’opinion contraire fait aussi une assertion vraie, puisqu’elle a en sa faveur des apparences et des conjectures vraisemblables. Ce dernier peut avoir et a souvent raison, et cela ne contredit point ce qu’on vient d’expliquer.

LAIl faut se rendre compte, en troisième lieu, qu’en ce qui concerne la foi et les bonnes mœurs, il y a deux ordres différents. Certaines vérités, en effet, sont dites de nécessité de foi. À leur égard, le doute n’est pas permis, l’opinion probable n’est pas de mise, selon cet axiome que quiconque doute en matière de foi, est infidèle27. Sur ce sujet il y aurait bien à redire : en semblable matière, la loi civile Barbarius Philippus n’a point de place, et il n’est point d’erreur commune qui puisse faire le droit ; au contraire, plus cette erreur est commune, plus elle est mauvaise. Il faudrait l’exterminer par le fer et le feu28, selon les censures ecclésiastiques 18et civiles portées contre les hérétiques. C’est ici qu’il faut appliquer ce vers : On ne joue point quand il s’agit de la réputation, de la foi et de la vue29.

LACelui qui jouerait sur la foi, pourrait même être traduit au tribunal de la foi, comme suspect d’erreur dans sa croyance.

LAPour ce qui est du second ordre de vérités contenues dans la foi ou qui s’y rapportent, on qualifie ces vérités d’opinions pieuses, de dévotes croyances et nullement de vérités nécessaires. D’elles on dit vulgairement : Qui ne le croit, il n’est pas damné30.

LATrois conditions sont spécialement requises pour les vérités de pieuse croyance :

LALa première, c’est qu’elles excitent à la dévotion et aux affections pieuses envers Dieu et les choses saintes, qu’elles soient une exhortation à louer les miracles de la puissance ou de la clémence divine et à vénérer les saints.

LAL’autre condition, c’est qu’elles reposent sur des conjectures probables, sur la persuasion commune, ou sur le témoignage de personnes sûres, qui disent avoir vu ou entendu.

LAEnfin, il faut ajouter, comme troisième condition, le jugement de personnages discrets, versés dans la théologie et vertueux, assurant que ces vérités de pieuse croyance ne renferment aucune fausseté, ni erreur qui tende manifestement à tourner au détriment de la foi ou des bonnes mœurs, et cela, soit directement, soit indirectement, de façon ouverte ou dissimulée. Connaître et décider de ces choses, les juger et réprouver hautement, à tort et à travers, où même les approuver de façon à fomenter des disputes, ne convient pas à tout le monde ; surtout quand elles sont tolérées par l’Église ou par les prélats de l’Église, dans une ou plusieurs provinces : le jugement et la décision doivent 19être déférés à cette même Église, à ses Prélats et à ses Docteurs.

LAOn pourrait ici citer, en particulier, bien des sujets de pieuse croyance, par exemple la Conception de la Bienheureuse Vierge31, les opinions discutées entre théologiens, et différentes questions relatives aux Indulgences. Ainsi encore le cas des Reliques vénérées dans tel et tel lieu ; bien plus, 20simultanément dans plusieurs, comme il est arrivé pour le chef de saint Denis, vénéré à la fois dans l’église de Paris et dans l’abbaye de Saint Denis32, près Paris, ce qui a fait l’objet d’un récent procès au Parlement de Paris33.

LAConformément à ces prémisses, et considérées les circonstances, avec leur bon résultat ; vu, en particulier, le but d’une entreprise si juste, qui est le rétablissement du Roi dans son Royaume, et la très juste expulsion et défaite de ses ennemis si acharnés : il est pieux, salutaire, de vraie et dévotieuse croyance, d’approuver le cas de la Pucelle.

LAAjoutons, en outre, que, dans ses pratiques, cette Pucelle n’apparaît point avoir recours aux sortilèges défendus par l’Église, ni aux superstitions réprouvées, ni aux tromperies des gens cauteleux. Elle ne cherche point non plus son intérêt propre, puisqu’elle expose son corps au suprême péril, en témoignage de sa mission.

LAEnfin, aux nombreuses rumeurs répandues par la malveillance et 21la haine de tant de gens bavards, légers ou malicieux, il nous suffira de répondre par ce vers de Caton :

Nous n’avons pas à juger ce que dit un chacun.

LAMais nous avons à juger ce que l’on croit et professe, tout en nous tenant dans les limites de la discrétion, réservés et éloignés des discussions tumultueuses, car, ainsi que dit l’apôtre : Il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur conteste (II Tim. II, 24). Nous n’avons point, dit-il, une telle habitude (I Cor. XI, 16), à savoir de contester34.

LAIl faut donc tolérer ces opinions, ou s’en remettre à la décision des Supérieurs, comme cela s’est fait pour les anciennes canonisations de saints, dont, strictement parlant, beaucoup ne sont pas de nécessité de foi, mais de pieuse croyance, et qui ne peuvent cependant être blâmées, méprisées ou rejetées à la légère et par qui que ce soit. En effet, toutes choses égales d’ailleurs, on doit encore moins les répudier qu’un culte propagé sans canonisation.

LAQu’on ajoute en faveur de notre cause les circonstances suivantes :

LA1° Le conseil du roi et les hommes d’armes ont été conduits à croire à la parole de cette Pucelle et à lui obéir de telle sorte que, sous son commandement et d’un même cœur, ils se sont exposés avec elle aux dangers de la guerre, foulant aux pieds toute crainte de déshonneur35. Quelle honte, en effet, si, combattant sous la conduite d’une femmelette, ils avaient été vaincus par des ennemis si audacieux ! Quelle dérision de la part de tous ceux qui auraient appris semblable événement !

LA2° Le peuple tressaille d’allégresse, une pieuse et profonde 22persuasion l’a gagné, il est entraîné ; à la louange de Dieu et à la confusion des ennemis.

LA3° Ces ennemis, assure-t-on, voire même leurs chefs, se cachent, pris de mille craintes. Ils éprouvent des langueurs, des défaillances, comme la femme qui enfante. C’est l’accomplissement de l’imprécation de du cantique de Marie sœur de Moïse, lorsque, au milieu du chœur de danse rythmé par le son des tambourins, elle s’écriait : Cantemus Domino, gloriose enim magnificatus est, etc. (Chantons à Dieu, car il a magnifiquement fait éclater sa gloire) ; ajoutant : Irruat super eos formido et pavor (Tombent sur eux la terreur et la détresse)36. Qu’on relise cette hymne et qu’on la chante de nouveau, avec la dévotion qui convient à l’événement présent.

LA4° Pesons enfin cette dernière considération : La Pucelle et les hommes d’armes, ses partisans, ne négligent point les moyens de la prudence humaine : ils font ce qui est en eux ; on ne voit pas qu’ils tentent Dieu plus que de raison. On constate que la Pucelle ne s’entête point dans ses propres sentiments et qu’elle ne dépasse point les ordres et inspirations qu’elle est convaincue recevoir de Dieu.

LAOn pourrait alléguer encore bien des circonstances de sa vie, depuis sa première enfance. Elles ont été l’objet de recherches et d’enquêtes longues, approfondies, faites par de nombreux enquêteurs. Il n’en sera rien dit ici37.

LA23Des faits analogues pourraient être rapportés : ceux de Débora, de sainte Catherine convertissant non moins miraculeusement les philosophes ; et bien d’autres encore : tels les exemples de Judith, de Judas Maccabée. Dans tous ces cas [où éclate le surnaturel], se mêle régulièrement un aspect d’ordre naturel.

LAUn premier miracle ne produit pas toujours tout l’effet que les hommes en attendent. Aussi, quand même seraient frustrés, ce qu’à Dieu ne plaise, l’attente de la Pucelle et la nôtre, il ne faudrait point en conclure que ce qui a été accompli vient du malin esprit et n’est pas l’œuvre de Dieu. Notre ingratitude, nos blasphèmes, d’autres raisons, pourraient attirer la colère divine, et faire que, par un secret mais juste jugement de Dieu, nous fussions frustrés dans nos espérances. Puisse-t-il détourner de nous sa colère et faire tout tourner à bien !

[Conditions du plein succès de la Mission de Jeanne]

LAIl faut ajouter les quatre avertissements officiels d’ordre civil et religieux de la Pucelle. Le premier concerne le roi38 et les princes du sang ; le 24second, la milice du roi et du royaume ; le troisième, les ecclésiastiques et le peuple ; le quatrième, la Pucelle elle-même. Ces documents ont la même fin : amener à bien vivre, dans la pitié envers Dieu, dans la justice envers le prochain, dans la sobriété, c’est-à-dire dans la vertu et la tempérance, envers soi-même.

LALe quatrième avertissement, en particulier, demande que la grâce de Dieu manifestée dans la Pucelle ne soit, ni pour elle, ni pour les autres, un sujet de vaine curiosité39, de profits mondains, de haines des partis, de disputes séditieuses, de vengeances du passé, d’ineptes jactances. Elle doit, au contraire, être reçue dans un esprit de mansuétude, de supplications et d’actions de grâces. Que chacun apporte libéralement à une telle entreprise la contribution de ses biens, de façon que la paix revienne à son foyer, et que nous tous, par la faveur de Dieu, délivrés de la puissance de nos ennemis, nous le servions, tous les jours de notre vie, avec 25une sainteté et une justice dignes de ses regards, etc.40.

A Domino factum est istud. (C’est là l’œuvre du Seigneur.)

Lyon, 1429, 14e jour de mai, en la Vigile de la Pentecôte, après le signe accompli à Orléans la levée du siège des Anglais. Fait par le seigneur Chancelier.

[Justification du port d’un vêtement d’homme]

LASuivent41 trois principes pour justifier de porter un vêtement d’homme la bénie Pucelle élue tandis qu’elle suivait ses brebis.

LAPremier principe

La prohibition de la Loi ancienne faite à la femme de prendre vêtement d’homme et à l’homme de prendre vêtement de femme, en tant qu’elle est judicielle, n’oblige point dans la Loi nouvelle, car c’est une vérité constante et de nécessité de salut, que les préceptes judiciels de l’ancienne Loi sont abrogés, et, comme tels, n’obligent point dans la nouvelle, à moins que les Supérieurs ne les aient de nouveau institués et confirmés.

LADeuxième principe

La loi en question contenait un aspect moral, qui doit demeurer dans toute législation. On peut le définir ainsi : il est défendu, à l’homme, comme à la femme, de porter des habits indécents, ne satisfaisant point aux conditions requises pour garder la vertu, laquelle nous commande de peser toutes les circonstances et de voir ce qu’exigent le temps, la nécessité, le but, la manière, et autres conditions 26semblables, qui entrent en ligne de compte dans le jugement du sage. Il serait hors de propos de s’arrêter ici à ces particularités.

LATroisième principe

Cette loi, ni en tant qu’elle est judicielle, ni en tant qu’elle est morale, ne condamne le port du costume viril et guerrier en notre Pucelle, qui est guerrière et fait œuvre virile, que des signes indubitables prouvent avoir été choisie par le Roi du ciel, comme son porte-étendard aux yeux de tous, pour écraser les ennemis de la justice et en relever les défenseurs, pour confondre par la main d’une femme, d’une jeune fille, d’une vierge, les puissantes armes de l’iniquité ; en cette Pucelle, enfin entourée du secours des anges, avec lesquels la virginité forme un lien d’amitié et de parenté, comme le dit saint Jérôme et comme on le voit fréquemment dans les histoires des saints — dans celle de Cécile, par exemple, — où ils apparaissent avec des couronnes de lis et des roses.

LAPar là, encore, la Pucelle est justifiée de s’être fait couper les cheveux, malgré la prohibition que l’Apôtre semble en avoir faite aux femmes.

[Conclusion]

LATrêve donc et silence aux langues d’iniquité ! Car lorsque la puissance divine opère, elle établit des moyens en harmonie avec la fin, et il devient dangereux, osé et téméraire de blâmer et d’incriminer des choses qui ont été instituées par Dieu42.

LAOn pourrait ajouter bien d’autres raisons encore : emprunter des exemples à l’histoire sacrée et à l’histoire profane, rappeler Camille et les Amazones, noter que ces faits trouvent leur justification dans la nécessité, dans une évidente 27utilité, dans une coutume admise, dans le commandement ou la dispense des supérieurs. Mais ce que nous avons dit suffit pour établir brièvement la vérité43.

LAAh ! désormais, que le parti qui a de son côté la justice prenne garde, de rendre inutile et d’arrêter dans son cours, par incrédulité, ingratitude et autres prévarications, le secours divin dont le commencement s’est manifesté de façon si évidente et si merveilleuse. C’est, comme nous le lisons dans les Écritures, le malheur arrivé jadis à Moïse et aux fils d’Israël, qui avaient reçu tant de promesses divines. Dieu en effet, sans qu’il y ait de changement dans ses desseins, varie cependant l’application de ses décrets selon le changement des mérites des hommes.

A. Vermare. D. Saudinos-Ritouret.

28Lilia crescant44

Beaucoup de traités et de sermons de Gerson sont suivis d’appendices. Ces appendices ne sont pas toujours des conclusions théologiques. Ce sont parfois des poésies sorties du cœur. Il n’y cherche point la perfection du rythme, mais un pieux délassement. On y trouvera ce que Gerson a voulu y mettre : l’expression des sentiments délicats de son âme, le chant simple et primesautier de son cœur45.

FRLilia crescant

FRI

Lilii flores rutilantis auri

Franciæ scuto, saphyri coloris

Enitent, omnis cor habens pium, dic :

Lilia crescant.

FRII

Lilii flores solito magis sunt

Inter urticas tribulosque spinis

Obsiti densis ; miserante Christo,

Lilia crescant.

29FRIII

Lilii flores varium suborti

Nunc sunt prius et fuerunt.

Stipitem solus tenet hinc in ipso :

Lilia crescant.

FRIV

Lilii flores, scelus o pudendum !

Unguibus curvis lacerans leo trux,

Istius votis prohibebat usum :

Lilia crescant.

FRV

Quisquis es Francus fidei probatæ,

Hoste sublato, Domino volente

Voce præcelsa reboato dicens :

Lilia crescant.

FRVI

Lilii flores Dionysius olim

Franciæ fertur domui dedisse

Cuius obtentu precibusque dignis,

Lilia crescant.

FRVII

Vulgus ingratum, stolidum, profanum

Cladibus diris meritum perire

Obstrepens, tali iubilo decenti :

Lilia crescant.

30FRVIII

Jure qui Francos regis et coronam

Corde devoto reverere Christum

Te libens totum sibi da, jubebit

Lilia crescant.

FRIX

Lilii florei decorastis ample

Remigi, necnon Ludovice46, sancti.

Jugiter vestro petimus favore

Lilia crescant.

LAQue grandissent les lis

LAI

Des fleurs de lis l’étincelant semis

Sur bleu d’azur brille au blason de France.

Cœurs généreux, chantez pleins d’espérance :

Que fleurissent les lis !

LAII

Les fleurs de lis, qu’on admirait jadis

Gisent parmi les ronces, les épines

Ô Christ Sauveur, c’est assez de ruines,

Que grandissent les lis !

LAIII

Les fleurs de lis ont vu des temps bénis

Par les autans leurs têtes sont flétries…

Que droits et fiers sur leurs tiges hardies,

Refleurissent les lis !

LAIV

Les fleurs de lis — ô honte, ô jours maudits ! —

Ont disparu sous la griffe terrible

Du léopard. Dieu, tout vous est possible :

Que fleurissent les lis !

LAV

Que tout Français contre les ennemis

Demande au ciel pitié, secours et force.

Oui, Dieu le veut ! que tout Français s’efforce

De ranimer les lis !

LAVI

Les fleurs de lis, qu’autrefois saint Denis

Donna, dit-on, à la maison de France,

Gardent leurs droits… Divine Providence,

Faites croître les lis !

LAVII

Le peuple ingrat, fuyant les saints parvis,

Devait périr de la mort de l’impie.

Ô Dieu clément, notre espoir, notre vie,

Que grandissent les lis !

LAVIII

Au Seigneur Christ, Français, soyons soumis.

C’est notre Roi, faisons ce qu’il ordonne.

Ô Roi des rois, protégez la couronne,

Et grandissent les lis !

LAIX

Les fleurs de lis, grâce à nos saints bénis,

Rémi, Louis, ont fleuri magnifiques :

Parmi les Francs féaux et catholiques,

Que grandissent les lis !

32
Épilogue

Saint-Maurice de C***
14 mai, Vigile de la Pentecôte 1910.

En cet anniversaire du jour où Gerson signa son immortel traité de la Pucelle, nous ne croyons mieux faire, pour terminer le présent opuscule, mis aujourd’hui sous presse à Ligugé, que de rappeler les conditions de salut que la liturgie du jour et le Chancelier nous proposent.

Écoute, semble dire le Seigneur à la France, la nation choisie de la Nouvelle Alliance, écoute les ordonnances de vie : prête l’oreille pour apprendre la sagesse. D’où vient que tu es aujourd’hui regardée comme ceux qui sont descendus dans le tombeau ? C’est que tu as abandonné la source de la sagesse. Car si tu avais marché dans la voie de Dieu tu aurais prospéré dans une paix éternelle. Apprends où est la prudence, où est la force, afin que tu saches, en même temps, où est la stabilité de la vie, la vraie nourriture, la lumière des yeux et la paix47.

Et par la bouche dEzéchiel, il ajoute cette promesse, chantée en partie à l’introït de la Messe :

Quand j’aurai été sanctifié en vous, aux yeux des nations, je vous donnerai un esprit nouveau, et je ferai que vous suiviez mes ordonnances. Vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu… Et les nations qui seront restées autour de vous sauront que moi, le Seigneur, j’ai rebâti ce qui était renversé, planté tout ce qui était ravagé48.

Cette sanctification de Dieu en nous, et la préparation du règne du Sacré-Cœur sur la France, font, à n’en pas douter, l’objet de la seconde mission de Jeanne d’Arc.

Comme la première, et plus peut-être que la première, elle 33doit, suivant la pressante recommandation de Gerson, être reçue dans un esprit de charité, de prières et d’actions de grâces.

Que chacun de nous, — conclurons-nous donc, à la suite du saint docteur des consolations et de la paix, — apporte libéralement sa contribution à une telle entreprise, de façon que la paix revienne à son foyer, et que nous tous, par la faveur de Dieu, délivrés de la puissance de nos ennemis, nous le servions tous les jours de notre vie dans la sainteté et la justice.

Au milieu des malheurs de la patrie, Gerson dans son hymne Lilia crescant, ignorant encore la vocation de la Pucelle, chantait l’espérance au Christ.

Pour nous, il nous est permis d’espérer en Jésus, Roy du ciel, de France et de tout le monde, au nom même de son envoyée, la bienheureuse Jeanne d’Arc, et de nous écrier vers elle avec confiance :

Spes tuis, Virgo, redit atque vita ;

O potens, rursus venias, precamur.

Jam malum sæcli fugit, alma nautis

Stella refulges49.

Fr. J.-B. Monnoyeur.

Maison de Jeanne d’Arc a Domrémy.
Basilique de Domrémy (Clichés de l’Œuvre Nationale de Jeanne d’Arc à Domrémy. Secrétariat à Paris, 117, rue Notre-Dame-des-Champs.)

34Appendix

FRDe mirabili Victoria cuiusdam Puellæ de postfœtantes receptæ in ducem belli exercitus regis Francorum contra Anglicos50.

FRSuper facto Puellæ et credulitate ei præstanda51, præsupponendum est imprimis quod multa falsa sunt probabilia immo secundum Philosophum non refert quædam falsa quibusdam veris esse probabiliora52, usque adeo quod duo contradictoria simul stant in probabilitate, licet non in veritate.

FRAdvertendum est ulterius quod ista probabilitas, si recte fundata sit et rite intellecta, non est dicenda error vel erronea, nisi pertinaciter extendatur assertio ultra terminos probabilitatis. Ratio hujus est, quia probabiliter loquens, fundat se in hoc quod rationes et apparentias habet pro parte sua. Et hoc utique verum est, nisi sit penitus improbabile. Verum est similiter de parte opposita, quod ad eam sunt rationes et apparentiæ seu verisimiles conjecturæ. Et hoc similiter potest esse et est sæpe verum. Nec53 ista contradicunt exposita.

FR35Attendendum54 est tertio, quod aliqua concernentia fidem et bonos mores, sunt55 in duplici differentia, quantum spectat ad præsens. Aliqua enim dicuntur de necessitate fidei, et in istis non licet dubitare vel probabiliter opinari, juxta illud vulgatum Dubius in fide infidelis est. Et de talibus justa esset conquestio, neque lex illa civilus Barbarius Philippus56 haberet57 locum, neque in talibus communis error faceret jus, immo tanto deterior quanto communior ; esset denique ferro et igné exterminandus. juxta Ecclesiasticas et civiles censuras contra hæreticos latas. Locum etiam habet illud metricum [salubre] : Non patitur ludum fama, fides, oculus.

FRImmo et pro tali ludo in his quæ sunt fidei, posset evocari sic jocans ad judicium fidei, tanquam de errore suspectus in fide.

FRConsiderandum est pro altera differentia eorum quæ sunt in fide, vel de fide, quod illa vocantur de pietate vel devotione fidei, et nullo modo de necessitate, de quibus solet dici vulgariter : Qui ne le croit, il n’est pas damné.

FRSpectant autem ad pietatem fidei tres conditiones in speciali.

FRPrima, quod faciant ad excitationem devotionis et piæ affectionis circa Deum et divina ; quia scilicet resonant in laudem divinæ potentiæ vel clementiæ in miraculis et venerationem Sanctorum.

FRAltera conditio est, quod habeatur circa talia probabilis aliqua conjectura vel ex communi relatione, vel ex fidelium attestatione, qui dicunt se vidisse vel58 audisse.

FRSuperadditur tertia conditio, cum discretione pensanda, per viros in theologia et bonis moribus eruditos, quod in hujusmodi relationibus eorum quæ dicuntur de pietate fidei, 36non includatur vel immisceatur aliquod falsum vel erroneum, quod manifeste sit in detrimentum fidei vel bonorum morum directe vel indirecte, palam vel occulte. Super qua re59 cognoscenda vel determinanda, non est fas cuilibet palam et passim ferre sententias et reprobationes ; immo nec approbationes contentiosas ; maxime quando tolerantur ab Ecclesia, seu prælatis Ecclesiæ, in una provincia, vel in multis : sed judicium et determinatio debent deferri ad eamdem Ecclesiam prælatos60 et doctores.

FRPossent hic notari multa, in particularibus, ut de materia Conceptionis Beatæ Virginis : ut de opinionibus probabilibus inter doctores : ut de Indulgentiis, quoad circumstancias multas ; sicut61 de veneratione reliquiarum in uno loco et alio, immo in multis diversis62 simul ; quemadmodum fuit nuper contentio in Parlamento Parisiensi, super veneratione capitis sancti Dyonisii in ecclesia Parisiensi et in abbatia sancti Dionysii prope Parisiis.

FRConcludendum est tandem ex præmissis quod pie et salubriter potest, de pietate fidei et devotionis, sustineri factum illius Puellæ, circumstantiis attentis, cum effectu competenti63, præsertim ex causa finali quæ justissima est, scilicet restitutio regis ad regnum suum, et pertinacissimorum suorum justissima repulsio, seu debellatio.

FRAddito præterea quod in observationibus suis, hæc Puella non reperitur uti sortilegiis ab Ecclesia prohibitis, neque superstitionibus palam reprobatis, neque cautelis hominum fraudulentis, neque ad quæstum proprium, vel aliquid64 tale subdolum ; cum in attestationem suæ fidei exponat extremo periculo suum corpus.

FRPostremo, si multi multa loquantur et référant, pro garrulitate 37sua Appendice et levitate, aut dolositate, aut alio sinistro favore, vel odio, subvenit illud Catonis : Arbitra nostri non est quod quisque loquatur.

FREst tamen arbitrii nostri quid credatur seu teneatur, servata modestia et contentione, seu seditione procul pulsa ; quia sicut dicit Apostolus : Non oportet servum Dei litigare (II Tim. II, 24). Nos, inquit, talem consuetudinem non habemus (I Cor., XI, 16), FRut scilicet litigemus, sed tolerare oportet, vel ad superiores sicut65 præmissum est, determinanda66 referre. Ita enim fuit in canonizatione Sanctorum primaria, quorum canonizationes67, ut in pluribus quæ leguntur, non sunt de necessitate fidei, stricte loquendo : sed de pia devotione, quæ non est passim per quoslibet reprobanda, irridenda, vel repudianda, et minus, cæteris paribus68 quam alia, sine canonizatione vulgata.

FRJungantur ad causam nostram istæ circumstantiæ.

FRUna, quod consilium regis et gentes armorum potuerunt induci ad vocem illius Puellæ taliter credere et obsequi, quod sub ea69 exposuerunt se, conspirato animo, ad pericula, bellica70, dedecore omni procul pulso : quod evenire poterat, si sub una muliercula militantes, victi fuissent per hostes procacissimos, et irrisi apud omnes qui audissent.

FRAltera, quod exsultatio71 popularis cum pia credulitate tanta subsequi cernitur ad laudem Dei, et hostium confusionem.

FRAltera, quod latentes inimici, etiam magni, referuntur in timores varios, immo et in languores, quasi parturientis, 38cecidisse, juxta imprecationem cantici illius a Maria sorore Moisis72 timpanizati in choro ludentium : Cantemus Domino gloriose enim magnificatus est73, etc. (Exod. XV, 1). Sequitur : Irruat super eos formido et pavor (XV, 16). Videatur, et cum devotione facto nostro consona recolatur et cantetur.

FRPonderandum est, ad extremum, quod hæc Puella et ei adhærentes militares74, non dimittunt vias humanæ prudentiæ75, faciendo scilicet quod in se est, quod appareat tentari Deus ultra quam necesse est. Unde constat hanc Puellam non esse pertinacem in adhæsione proprii capitis et ultra76 quam reputet a Deo se habere monitiones seu instinctus.

FRPossent insuper superaddi multæ circumstantiæ de vita ejus, a puero, quæ interrogatæ sunt et cognitæ diu et multum, et per multos : de quibus hic nihil inseritur.

FRExempla possunt induci, de Debora77 et de sancta Katharina78, in conversione non minus miraculosa quinquaginta doctorum seu rhetorum79, et aliis multis, ut de Judith et de Juda, in quibus (ut communiter80) miscetur semper aliquid naturale.

FRNeque sequitur semper, post primum miraculum, quidquid ab hominibus exspectatur81. Præterea etsi82 frustraretur ab omni exspectatione83 sua et nostra (quod absit) prædicta puella, non oporteret84 concludere ea quæ facta sunt, a maligno spiritu, vel non a Deo facta esse ; sed vel propter nostram ingratitudinem, et85 blasphemias, vel86 aliunde, 39justo Dei judicio, licet occulto, potest contingere frustratio exspectationis nostræ in ira Dei, quam avertat a nobis et bene omnia vertat.

FRSuperadduntur quatuor civilia et theologica documenta. Unum, concernit regem et consanguineos regiæ domus. Secundum, militiam regis et regni. Tertium ecclesiasticos, cum populo. Quartum Puellam ipsam. Quorum documentorum iste unicus est finis, bene vivere, pie ad Deum, juste ad proximum, et sobrie, hoc est virtuose et temperanter ad seipsum.

FREt in speciali, pro quarto documento, quod gratia87 Dei ostensa in hac Puella, non accipiatur et traducatur, per se, aut88 alios ad vanitates curiosas, non ad mundanos quæstus, non ad odia partialia, non ad seditiones contentiosas, non ad vindictas de præteritis, non ad gloriationes ineptas. Sed in mansuetudine et orationibus, cum gratiarum actione cum liberali præterea temporalium subventione quilibet laboret [et] in idipsum ; quatenus veniat pax in cubili suo, ut de manu inimicorum liberati, Deo propitio89 serviamus illi, in sanctitate et iustitia coram ipso, omnibus diebus nostris, amen90. A Domino factum est istud91.

Lugduni. 1429. Die decima quarta Maii, in Vigilia Pentecostes, post signum habitum Aurelianis, in expulsione obsidionis Anglicanæ, actum est a Domino Cancellario92.

FR40Sequitur triplex veritas ad justificationem electæ Puellæ de post fœtantes acceptæ, utentis veste virili93.

FRPrima veritas94.

Lex vetus prohibens mulierem uti veste virili et virum veste muliebri, pro quanto est pure judicialis, non obligat in nova lege ; quia, secundum veritatem tenendam, de necessitate salutis, judicialia antiquæ legis ablata sunt, nec obligant in nova, ut talia sunt, nisi noviter per superiores ea institui, seu confirmari contingat.

FRSecunda veritas.

Lex hujusmodi continebat aliquid95 morale, quod stabile est in omni lege (et illud possumus exprimere : prohibitionem indecentis habitus, tam in viro quam in muliere)96, contra médium virtutis, quod observare débet circumstantias omnes debitas97 : ut, quando oportet, cur oportet, qualiter oportet ; et ita de reliquis, ut sapiens judicabit, de quibus non est hic dicendum98 per singula.

FRTertia veritas.

Lex hujusmodi nec ut judicialis est, nec ut moralis, damnat usum vestis virilis et militaris in Puella nostra virili et militari, quam ex certis signis elegit Rex cœlestis omnium, tanquam vexilliferam, ad conterendos hostes justitiæ, et amicos sublevandos, ut in manu feminæ puellaris et virginis, confundat fortia iniquitatis arma, auxiliantibus angelis, quibus virginitas amica est et cognata, secundum Hieronymum, et in sacris historiis frequenter apparuit : sicut in Cecilia visibiliter, cum coronis ex rosis et liliis.

FR41Rursus per hoc salvatur attonsio crinium, quam Apostolus prohibere videtur in femina99.

FRObstruatur igitur et cesset os loquentium inique100 quia ubi divina virtus, operatur, média secundum finis exigentiam disponuntur ; ita ut jam non101 sit securum detrahere, vel culpare, ausu temerario ea quæ a Deo sunt, secundum apostolum, ordinata102 (Rom., XIII, 14).

FRDenique possent particularitates addi multæ et exempla de historiis sacris et gentilium, sicut de Camilla et Amazonibus ; sicut præterea in casibus vel necessitatis, vel evidentis utilitatis, vel approbatæ consuetudinis, vel ex auctoritate, seu dispensatione superiorum. Sed ista pro veritate sufficiant et veritate103. FRTantummodo caveat pars habens justam causam, ne per incredulitatem, vel alias injustitias, faciat irritum divinum tam patenter et mirabiliter auxilium inchoatum, prout in Moise104 et filiis Israel, post collata divinitus tot promissa, legimus contigisse. Deus enim etsi non consilium, sententiam tamen mutat, pro mutatione meritorum.

Explicit consideratio magistri Johannis de Jarsono, cancellarii Parisiensis, edita anno quo supra105.

Notes

  1. [1]

    En 1910, comme en 1429, le Vendredi saint est tombé le 25 mars, fête de l’Annonciation, et la vigile de la Pentecôte, le 14 mai.

  2. [2]

    Voir la lettre de Justiniani citée à la fin de la présente introduction.

  3. [3]

    Ibid.

  4. [4]

    Ch. VIII, p. 165.

  5. [5]

    Parmi les mémoires composés en 1429 sur la Pucelle, ceux du Chancelier et de l’évêque d’Embrun sont les seuls qui aient été écrits en mai, et avant la campagne de la Loire.

    Traité de Jacques Gelu, mai 1429, dédié à Charles VII. (Quicherat, Procès, III, 393-410 ; Notice, V, 473. Bibl. nat., ms. lat. Cangé, 6199 ; coll. Dupuy, ms. 639. — Ayroles, I, 39 s. : traduction sur le ms. 6199.)

  6. [6]

    Ayroles, Vraie Jeanne d’Arc, I, 29-30.

  7. [7]

    Gerson mourut en odeur de sainteté, le mardi 12 juillet 1429, cinq jours avant le sacre.

  8. [8]

    Le P. Ayroles ajoute ici que rien alors ne semblait le faire concevoir. Nous croyons que sa propre découverte de la chronique de Morosini prouve le contraire.

  9. [9]

    Bibliothèque historique de la France, II, 183, n° 17201.

  10. [10]

    Quicherat, III, 306-308.

  11. [11]

    Quicherat, III, 309-314.

  12. [12]

    Quicherat, III, 314D-317.

  13. [13]

    Quicherat, III, 317D-319.

  14. [14]

    Quicherat, III, 319D-322.

  15. [15]

    Quicherat, III, 322B-326. Voir plus bas, la note de la page 14.

  16. [16]

    Quicherat, III, 326B-328.

    Le traité de Jean Bréhal, cité plus haut, est le mémoire récapitulatif des huit traités précédents. Quicherat l’a donc édité à leur suite, p. 334-349. Ces traités forment le chapitre huitième du procès. Suivis du mémoire de Jean Bréhal, qui leur sert de conclusion, ils sont précédés de l’introduction suivante (Quicherat, III, 298).

    [Præsentatio consultationum per doctores scriptarum]

    Præsentatis igitur coram præfatis dominis Delegatis, ex parte promotoris prædicti et partium prædictarum, pereorum procuratorem, absque novorum allegatione factorum, rationibns, allegationibus et motivis juris prætactis, prout per dictos dominos fuerat reservatum ; ex parte promotoris prædicti fuit specialiter requisitum quatenus placeret prædictis dominis Delegatis, in hujus finali examitiatione et districtione processus, visitare et specialiter adnotare certas considerationes, opiniones et tractatus nonnullorum probatissimorum et solemnium prælatorum, qui super factis Puellæ antedictæ, necnon super processu ipso contra eamdem facto, suas opiniones et considerationes dederunt, et in scriptis etiam redegerunt, et quorum scripta fuerunt eisdem dominis debite et fideliter præsentata, et ab eis recepta.

  17. [17]

    R. P. Ayroles, Vraie Jeanne d’Arc, I, 20 :

    L’école césaro-gallicane, qui a tant fait pour mutiler et amoindrir la céleste envoyée, a nié l’authenticité de l’écrit de Gerson. Elle n’aurait pas voulu que celle qui l’offusque à un haut degré pût s’abriter derrière le nom que cette même école exalte entre tous.

  18. [18]

    Ayroles, III, 281-282.

  19. [19]

    Voir plus loin, note 1 de la traduction du traité du chancelier.

  20. [20]

    Ayroles, III, 295-D. Le traité de Gorkum se trouve dans Du Pin, Opera Gersonii, III, 859-864 ; Quicherat, III, 411-421 ; Ayroles, I, 60-68 (traduction).

  21. [21]

    Léon Dorez, traducteur de la Chronique de Morosini éditée par la Société de l’histoire de France, t. III, p. 233, note 3, remarque, que cet avis est visiblement inspiré par le passage suivant

    du célèbre traité de Gerson sur la Pucelle : De quibus solet dici vulgariter : qui ne le croit, il n’est pas dampné.

    Cf. infra, p. 34 D.

  22. [22]

    Francesco Foscari, doge de 1423 à 1457. C’est sous sa présidence que Venise atteignit à l’apogée de sa grandeur.

  23. [23]

    Ayroles, III, 601 D. — Chronique de Morosini, III, 232, 234.

  24. [24]

    Ibid.

  25. [25]

    Quicherat, V, 463 :

    Le manuscrit 5970… contient les huit mémoires et la récollection de Jean Bréhal. Il n’en reste que cinq dans les manuscrits de d’Urfé, qui sont ceux de Bouillé, Gerson, Élie de Bourdeilles, Thomas Basin et Martin Berruyer. Enfin le manuscrit prétendu original par Edmond Richer (Cf. Quicherat, V, 467) en contenait six sous les noms de Gerson, Élie de Bourdeilles, Jean Bréhal, Robert Ciboule, Guillaume Bouillé, et un inconnu (M. E. N.).

    Quicherat propose :

    M(artinus) E(piscopus) C(enomannensis), soit Martin Berruyer.

    Quicherat, V, 372 :

    Les (7) autres (traités versés au procès de réhabilitation à la suite du mémoire Gerson) qui sont antérieurs à la cause, datent de l’année 1452 ou l’Église commença à prendre un parti dans l’affaire de Jeanne. Le moment où ils furent accueillis par le tribunal n”est pas spécifié dans la rédaction définitive ; mais le manuscrit de d’Urfé nous apprend que le mémoire de Guillaume Bouillé fut présenté par Isabelle d’Arc, le jour qu’elle vint demander justice à l’auditoire de l’évêque de Paris.

    Quicherat, V, 463 :

    D’après le même texte, l’opuscule de Gerson fut déposé à l’audience du 5 juin 1456.

    Voici la partie de ce texte qui nous intéresse, Quicherat, V, 443, Procès verbal du 5 juin 1456 :

    Ad satisfaciendum assignationi diei, ipsi procuratores exhibuerunt et produxerunt quandam litteram regis Anglie signatam per magistrum Laurentium Calot, secretarium suum… ; nec non quoddam papirum in quo dicebatur contineri quoddam opus per magistrum Johannem de Jarson, factum ; …

  26. [26]

    De mirabili Victoria cuiusdam Puellæ de postfœtantes receptæ in ducem belli exercitus regis Francorum contra Anglicos.

    Bibl. nat. ms. fr. 23135 (Vict. 699).

    Ms. lat. 5970. Quicherat pense que ce fut l’exemplaire de la réhabilitation destiné à Charles VII, et que Louis XI fit déposer au trésor des chartes. (Quicherat, V, 447).

    Le ms. 937 de la Mazarine intitule ce traité de la sorte : Item opusculum super facto Puelle et credulitate ei præstanda, feuillet de garde, verso. L’opuscule, ainsi annoncé, a un disparu du ms. (XVe s.).

    Ce traité a été édité :

    1. Dans recueil de cinq dissertations anciennes sur Jeanne d’Arc, intitulé : Sibylla Francica seu de admirabili Puella Joanne Lotharinga, Pastoris filia, Dutrice exercitus Francorum sub Carolo VII. Dissertationes aliquot coævorum scriptorum historicæ et philologicæ omnia ex bibliotheca Melchioris Goldasti eruta. Ursellis, Sutorii, 1606. 3e dissert. : Johannis de Gerson, apologia pro Puella, t. IV, p. 864 ; (On trouve des extraits de ces dissertations dans l’Histoire de Jeanne d’Arc, I, 185 s., et la Méthode historique, IV, 63 (4°), de l’abbé Lenglet ; dans la Bibliot. Harley, II, 512 ; R. P. Nicéron, Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres de la république des lettres, XXIX, 393) ;
    2. dans les Opera Gersonii, éd. Richer (1606), II, 870 s. ;
    3. éd. Du Pin (1706 et 1728), IV, 864-8 ;
    4. dans le Procès de Jeanne d’Arc, édité par Quicherat, III, 298-306.

    Le R. P. Ayroles a donné au t. I de la Vraie Jeanne d’Arc, p. 25-31, une traduction quasi intégrale de ce traité, avec notes et appréciations, que nous avons consultées avec fruit.

    M. Masson dans son magnifique ouvrage : Jean Gerson, sa vie, son temps, ses œuvres (Lyon, Vitte, 1894), p. 341, 384-387, attribue, à tort, deux opuscules à Gerson. Il analyse assez longuement le premier qui n’est pas de lui, mais de Henri de Gorkum. Du second, que nous donnons ici, et qui est sûrement de Gerson, il ne donne aucun détail et se contente de dire qu’il a été écrit à Lyon le 14 mai 1429. Enfin l’abbé Albert Lafontaine dans son esquisse sur Jean Gerson (1363- 1429) Poussielgue, 1906, p. 310-3, analyse chacun des deux mémoires, comme étant de Gerson.

  27. [27]

    Dubius in fide infidelis est.

  28. [28]

    Les maux incalculables que commençait à causer aux individus et à la société le flot montant de l’erreur avaient persuadé le doux Gerson que la rigueur la plus extrême — mais employée à bon escient, cela va sans dire — était de droit et qu’elle éviterait à la chrétienté et à l’humanité tout entière bien des maux et des catastrophes. C’est ce qui explique la vigueur avec laquelle le chancelier poursuivit, au Concile de Bâle, les fauteurs d’erreurs dangereuses, tels que Petit et Jean Huss. Si le mal naissant avait été fermement réprimé dès le XIVe siècle ou au commencement du XVe, les guerres affreuses de religion et les malheurs incalculables dus au protestantisme eussent été épargnés à la civilisation européenne. Le chirurgien qui coupe ou brûle un membre contaminé n’est point cruel. Il le serait si, par une aberration semblable à celle de nos contemporains, il laissait, en n’intervenant point, pleine liberté à la gangrène d’envahir tout le corps.

  29. [29]

    Non patitur ludum fama, fides, oculus.

  30. [30]

    Ces mots sont en français dans le texte original.

  31. [31]

    Gerson soutint toujours avec décision le privilège de l’immaculée Conception de Marie. Le sermon que, simple bachelier encore, il prononça 1387 sur ce sujet, vu son importance doctrinale, est suivi de remarques ou propositions théologiques. La troisième remarque mérite d’être rapportée ici en son entier :

    Sancti Patres interdum generaliter locuti sunt de Domina nostra, et aliis in hac materia volentes dare intelligere quod sine privilegio speciali, et secundum generales causas, Domina nostra habuisset peccatum originale sicut aliæ : Et per hoc ponunt differentiam inter Jesum Christum et Dominam nostram, quoniam Jesus Christus nunquam eguit privilegio, redemptione, vel præservatione contra peccatum hoc. Et invenio etiam quod sanctus Augustinus, sanctus Anselmus, et alii expresse eam exceperunt. Augustinus : De natura et gratia. Cum de peccatis agimus, etc. Et Anselmus de conceptu Virginis. Quis dicere audeat, etc. Et sanctus Thomas super psalmos, dicit.

    Les saints Pères sur ce sujet se sont parfois exprimés de la même façon au sujet Notre-Dame et du reste des hommes, voulant donner à entendre que, sans un privilège spécial, elle eût été soumise, comme tout autre, au péché originel. Ils établissent ainsi la différence qu’il y a entre Jésus-Christ et Notre-Dame, attendu que Jésus-Christ n’a jamais eu besoin de privilège, de rachat ou de préservation par rapport à ce péché. Et je trouve même que saint Augustin, saint Anselme et d’autres l’ont expressément déclarée exempte… (Du Pin, Op. Gers., III, 1330-1331.)

    Au troisième point de son Sermon sur la Nativité de Marie prêché au Concile de Constance, le chancelier parle ainsi de la répression du foyer de péché en Marie et en Joseph :

    Maria (de qua natus est Jesus) sicut fuerat in utero sanctificata priusquam nasceretur , ita de Joseph, virginali viro suo, pia credulitate credi potest, quamvis non omnino similiter. Potest forsan hæc dissimilitudo notari in hoc, quod Joseph post originale contractum sanctificatus est in utero, Baptismo flaminis, sicut Johannes Baptista, et aliorum plurimi. Sic enim in officio Ierosolymitano de Joseph composito continetur, et ex præmisso quadruplici principio sequi videtur. Mariam autem ita prævenit gratia sanctificans, ut quamvis Lege communi teneretur obnoxia peccato originali juxta causas universales generationis ab Adam traductæ ; non sic autem filius Jesus, quia non ex virili concubitu genitus est ; nihilominus ipsa Maria lege privata ac privilegiata sic præventa est ut nequaquam illud generale contraheret, quoniam hoc et potuit et decuit fieri ut perfectissimus Salvator Filius ejus perfectissimum in sua Matre modum salvationis impenderet, taliter eam sanctificando a peccato ut in quod aliquando casura erat, ipso sanctificante, et gratiam infundente, non caderet, et ita contereret et caput serpentis antiqui… (Ibid., 1349, cf. 941 A, autre sermon sur la Nativité.)

  32. [32]

    L’abbé de Saint-Denis ayant fait apposer dans son église un écriteau déclarant que la prétention de l’Église de Paris à posséder des reliques du chef de saint Denis reposait sur une erreur mensongère et intolérable, une assemblée composée de trois cents personnages environ, membres du Parlement et des Facultés de Théologie et du Droit blâma cet écriteau comme injurieux et contraire à la charité. L’un d’eux, le chancelier Gerson, désireux d’éviter le scandale qui allait résulter de la lutte ouverte de ces deux Églises vénérables, écrivit à l’abbé, en termes conciliants mais fermes, de retirer l’affiche, seul moyen d’éviter un éclat déplorable.

    Le rite de la vénération des reliques, — dit-il, — serait vite déconsidéré dans quantité d’églises et même dans la vôtre, si toute prétention opposée était traitée d’erreur intolérable et de mensonge. C’est ce qui arriverait au sujet des chefs des bienheureux Jean-Baptiste, Benoît, Madeleine, Lazare et de quantité d’autres reliques.

    Et Gerson termine sa lettre par la phrase suivante, dont le style et la pensée rappellent d’une manière frappante le raisonnement par lequel il ouvre sa consultation théologique sur la mission de la Pucelle :

    Nihil itaque prohibet utrumque contradictoriorum stare simul cum altero ; et si non in veritate, tamen in tali ratiorum probabilitate, quæ sufficiat ponentes, et laudabiles reddere, et eos defendere a mendacio vel errore ; cum error in materia Religionis, atque mendacium, culpæ notam denominet.

    [Ainsi rien n’empêche que ces deux contradictoires puissent subsister l’un avec l’autre ; et si ce n’est pas dans la vérité, c’est néanmoins dans une probabilité raisonnablement suffisante pour rendre ceux qui les posent à la fois dignes d’éloge et à l’abri de l’accusation de mensonge ou d’erreur. Car, en matière de religion, l’erreur comme le mensonge implique toujours une notion de faute.]

    (Lettre du 8 oct. 1408. Bibl. nat. ms. lat., 14437 (Vict. 106) ; Du Pin, IV, 722.)

  33. [33]

    Ce procès eut lieu en 1406. Cf. Gallia christiana, VII, 142.

  34. [34]

    Voici le contexte du passage cité : Si quelqu’un se plaît à contester, nous n’avons point cette habitude, non plus que les églises de Dieu.

  35. [35]

    Au sortir de Blois, le 28 avril 1429, les compagnons d’armes de Jeanne la suivirent vers Orléans, dit le commentateur du Jouvencel,

    pour en faire l’essay, car de tous points la chouse sembloit estrange.

  36. [36]

    Exod. XV, 1-16.

  37. [37]

    Résumé des conclusions de Poitiers (Quicherat, IV, 491 ; Ayroles, I, 14).

    … Le roi à fait éprouver la dite Pucelle sur sa vie, sa naissance, ses mœurs et et en ses intentions ; il l’a fait garder avec lui pendant six semaines, pour la démontrer à toutes gens, gens d’église, gens de dévotion, gens d’armes, femmes veuves autres ; et publiquement et secrètement elle a conversé avec toutes gens, mais elle, l’on ne trouve point de mal. Au contraire, bien, humilité, virginité, dévotion, honnêteté, simplesse. Et de sa naissance et de sa vie plusieurs choses sont dites comme vraies…

    Ces recherches sur le passé de la Pucelle ont été surtout multipliées et approfondies à l’examen de Poitiers.

    Le roi, — dit le chroniqueur de Tournai, — observa selon son conseil (de Poitiers), envers ladite Pucelle… probation de prudence humaine et inquisition de signe de Dieu par oraison…, et de sa naissance et de sa vie furent oyes plusieurs choses merveilleuses conformantes à vérité. (Ayroles, III, 620).

    Les témoignages contemporains rapportent d’une façon à peu près identique le jugement favorable des enquêteurs. Mathieu Thomassin, dans son Registre Delphinal (bibliothèque de Grenoble), s’exprime ainsi :

    De sa naissance de sa vie, plusieurs choses merveilleuses ont été dites comme vraies.

    Eberhard de Windecke, secrétaire de Sigismond, écrit à son tour :

    Et sur sa vie et sa naissance et sa conduite, beaucoup de choses merveilleuses ont été dites qu’on a tenues pour vraies. (Ayroles, IV, 270).

    Voir notre plaquette : La Royauté de Jésus-Christ et la Vénérable Jeanne d’Arc, ou L’Épiphanie du Christ-Roi et la Mission de Jeanne d’Arc (Paris, Téqui, 1907), dans laquelle nous avons rapporté, pages 1 et 2, le récit de la merveilleuse naissance de la Pucelle, retracé par Perceval de Boulainvilliers.

  38. [38]

    Eberhard de Windecke, le trésorier de Sigismond, nous détaille ainsi la partie du premier avertissement qui concerne le roi :

    D’abord, quand la Pucelle arriva auprès dudit roi, elle lui fit promettre trois choses : la première de se démettre de son royaume, d’y renoncer et de le rendre à Dieu de qui il le tenait, l’autre de pardonner à tous ceux des siens qui avaient été contre lui, et lui avaient jamais fait de peine ; la troisième qu’il s’humiliât assez pour que tous ceux qui viendraient à lui, pauvres ou riches, pour lui exposer leurs demandes, fussent bien reçus, tant les ennemis que les amis.

    Le clerc de Martin V raconte ainsi la façon piquante dont Jeanne obtint l’hommage du Royaume au Christ-Roi :

    Un jour, la Pucelle demanda au roi de lui faire un présent. La prière fut agréée. Elle demanda alors, comme don, le royaume de France lui-même. Le roi étonné le lui donna après quelque hésitation et la jeune fille l’accepta. Elle voulut même que l’acte en fut solennellement dressé et lu par les 4 secrétaires du roi. La charte rédigée et récitée à haute voix, le roi, resta un peu ébahi, lorsque la jeune fille le montrant dit à l’assistance : Voilà le plus pauvre chevalier de son royaume.

    Et après un peu de temps, en présence des mêmes notaires, disposant en maîtresse du royaume de France, elle le remit entre les mains du Dieu tout-puissant. Puis, au bout de quelques autres moments, agissant au nom de Dieu, elle investit le roi Charles du royaume de France ; et de tout cela, elle voulut qu’un acte solennel fut dressé par écrit.

  39. [39]

    La vaine curiosité est l’un des défauts des contemporains de Gerson, contre lesquels il s’est élevé avec le plus de vigueur. Voir ses deux conférences contre la vaine curiosité. Bibl. nat. lat., 14704 (Vict. 848). Arsenal 523, f. 66-82 ; 282-96. Du Pin, Op. Gers., I, 86-106 ; sa lettre contra curiositatem studentium, aux étudiants du collège de Navarre. B, nat. fr., 24967 (Vict. 698). Du Pin, Op. Gers., I, 106-110. Cf. ibid. I, 19, 222 D. ; III, 407.

  40. [40]

    Cantique de saint Zacharie. Luc, I, 71-75.

  41. [41]

    C’est un procédé très employé par Gerson, on l’a remarqué dans la préface, de résumer et de conclure ses traités par une suite de propositions ou notes qui précisent et définissent les questions en cause.

  42. [42]

    Rom., XIII, I.

  43. [43]

    Voir dans l’édition, par Quicherat, du Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc les passages où la Pucelle est justifiée du port des habits d’homme : II, 41D, 180B ; III, 133B, 269, 286B, 405, 440 (le témoignage de Gerson se trouve p. 304) ; V, 48.

  44. [44]

    Du Pin, Op. Gers., III, 1439-1440.

  45. [45]

    Voir la poésie qu’il composa pour se défendre de n’avoir pas recherché l’élégance et dont voici les deux premiers et les trois derniers vers :

    Vidit livor edax, ut (et) mea carmina

    Despexit, nitida veste carent, ait.

    Mendax musa strepat bis, quibus est Venus,

    Aut Mars deliciæ, vanaque numina,

    Noster solus amor Jesus.

    (Carminum suorum honesta defensio, decantata Lugduni vix XII dies ante vitæ consummationem.) Du Pin, Op. Gers., IV, 540.

  46. [46]

    Gerson avait une grande dévotion à saint Louis. C’est à la suite d’un de ses sermons prêches en l’honneur du saint roi qu’il lui consacra l’hymne suivante :

    1. Rex et progenies inclita Regum,

    Cœlesti nimium plena decore,

    Et plusquam nivea Lilia fulgens,

    Tu nostris facilem te dato votis

    Rex Ludovice.

    2. Dum rexit fragiles spiritus artus,

    Francorum populo iura dedisti,

    Nunc celsa residens pulcher in aula,

    Nos regimunque tuum cernis ab alto

    Mente serena.

    3. Parvulosque dies cernere desis,

    Sed curam capias more vetusto

    Nostri sollicitam, ferque juvamen.

    Ut tecum placido detur in Evo

    Vit a beata.

    (Du Pin, III, 1440).

  47. [47]

    Cinquième prophétie de la Vigile de la Pentecôte. Baruch, III, 9-14.

  48. [48]

    Ezech., XXXVI, 23, 26-28, 36.

  49. [49]

    Vierge, au cœur des Français ramène l’espérance ;

    Reparais, apportant encor la délivrance.

    Si tu reviens, soudain fuira le mal amer,

    Brillante étoile de la mer.

  50. [50]

    Quicherat ne donne pas ce titre. Il reproduit seulement l’entête que les juges du procès de réhabilitation lui ont donnée en l’insérant. La voici :

    Sequuntur considerationes et tractatus prælatorum pariter et doctorum, inferius designatorum, qui super factis et dictis Johannæ Puellæ antedictæ, et super processu contra dictam Johannam agitato, suas considerationes dederunt, prout inferius opinionibus atque tractatibus immediate describuntur.

    I. — Et primo, incipit opusculum magistri Johannis de Jarsonno cancellarii Parisiensis, super facto Puellæ antedictæ, editum Lugduni anno Domini MCCCCXXIV. die XIV maii, quæ fuit vigilia Pentecostes, post signum habitum Aurelianis in depulsione obsidionis Anglicanæ.

    Comme Quicherat nous avons mis entre crochets les deux mots qui ne se trouvent pas dans les manuscrits qu’il a consultés. Sauf pour le titre, pris dans l’édition de Du Pin, nous avons suivi le texte de Quicherat, en le collationnant avec celui de l’édition de Du Pin (1706), dont les variantes seront mises en notes. Celles-ci montreront que Quicherat aurait pu mettre plus de deux mots entre crochets.

  51. [51]

    Ces sept premiers mots ne sont pas dans Du Pin.

  52. [52]

    Du Pin : quædam falsa probabiliora esse quibusdam veris.

  53. [53]

    D : verum, nec…

  54. [54]

    D : advertendum.

  55. [55]

    D et Goldast : considerantur.

  56. [56]

    Dig. l. 1, tit. 14, l. 3. Du Pin : barbaris.

  57. [57]

    D : habet.

  58. [58]

    D : et.

  59. [59]

    D : super qua cognoscenda.

  60. [60]

    D : prælatos ejus.

  61. [61]

    D : sic.

  62. [62]

    D : in diversis.

  63. [63]

    D : patenti, leur résultat manifeste.

  64. [64]

    D : aliquod.

  65. [65]

    D : sicuti.

  66. [66]

    D : determinando.

  67. [67]

    D : in Canonizationibus Sanctorum primariis, quales Canonizationes. Du Pin commence par une majuscule les mots de quelque importance, comme Foi, Roi, Prélat, Loi, etc.

  68. [68]

    D : (ceteris paribus).

  69. [69]

    D : sub ea vel cum ea.

  70. [70]

    D : bellica pericula.

  71. [71]

    D : exultatio.

  72. [72]

    D : Moysi.

  73. [73]

    D : et gloriose canticum.

  74. [74]

    D : et adhærentes sibi militares.

  75. [75]

    D : humanæ providentiæ.

  76. [76]

    D : ultra.

  77. [77]

    D : Debbora.

  78. [78]

    D : Catharina.

  79. [79]

    D : miraculosa Rhetorum.

  80. [80]

    D : in quibus communiter.

  81. [81]

    D : quicquid ab omnibus expectabatur vel expectabitur.

  82. [82]

    D : si.

  83. [83]

    D : expectatione.

  84. [84]

    D : oportebit.

  85. [85]

    D : vel.

  86. [86]

    D : aut.

  87. [87]

    D : quod hæc gratia.

  88. [88]

    D : vel.

  89. [89]

    D : propicio.

  90. [90]

    D : nostris, etc.

  91. [91]

    D : istud, etc.

  92. [92]

    Cette apostille, donnée par Du Pin, n’est pas dans le manuscrit produit au Procès de réhabilitation et édité par Quicherat.

  93. [93]

    Goldast : Electa Puella, de post fetantes (sic) accepta, utens veste virili, triplici veritate justificari potest, quæ contra objectiores sigillatim et breviter explanandæ sunt.

  94. [94]

    Prima Veritas, secunda, etc., est la version de Du Pin. Quicherat donne simplement les chiffres romains : I, II, III, au commencement de chaque alinéa. Bien entendu, dans Du Pin, Veritas porte une majuscule.

  95. [95]

    D : Aliquod.

  96. [96]

    La parenthèse n’est pas dans Du Pin.

  97. [97]

    Debitas manque dans Du Pin.

  98. [98]

    D : declarandum.

  99. [99]

    Quicherat : fœmina, par faute d’impression.

  100. [100]

    D : iniqua.

  101. [101]

    D : non jam.

  102. [102]

    D : sunt répété après ordinata, par faute d’impression.

  103. [103]

    Cette phrase prise dans l’édition de Du Pin semble préférable à la version de Quicherat : Sed ita pro brevitate sufficient et veritate.

  104. [104]

    D : Moyse.

  105. [105]

    Cet explicit fait défaut dans Du Pin.

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