#Capitaine
6 témoins :
- Pierre Compaing
- Louis de Coutes, page de Jeanne
- Jean d’Alençon
- Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
- Simon Charles
- Aignan Viole
Pierre Compaing
- Enquête à Orléans (16 mars 1456)
Se souvient parfaitement qu’elle engageait les hommes d’armes à confesser leurs péchés ; et de fait, lui qui parle, a vu qu’à son instigation et à sa requête La Hire confessa ses péchés, ainsi que plusieurs autres de sa compagnie.
Louis de Coutes(page de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 avril 1456)
Le lendemain de son entrée, elle alla voir le bâtard d’Orléans, et s’entretint avec lui ; au retour elle était très irritée, car il avait été décidé pour ce jour-là de ne pas partir à l’assaut.
Elle se rendit à un retranchement, et s’adressa aux Anglais se trouvant dans le retranchement vis-à-vis, leur disant de s’en aller, au nom du Christ, sinon elle les chasserait. Le bâtard de Grandville lui lança plusieurs injures, lui demandant si elle voulait qu’ils se rendissent à une femme, et appelant les Français se trouvant avec Jeanne : maquereaux mécréants
.
L’armée alla devant Jargeau, qui fut prise d’assaut. On fit de nombreux prisonniers, parmi lesquels Suffolk et Pole.
Jean d’Alençon
- Enquête à Paris et à Rouen (3 mai 1456)
Mais les capitaines n’étaient pas d’accords entre eux ; certains était pour l’assaut, d’autres opposés, à cause de la puissance et du nombre des Anglais. Jeanne intervint et leur dit de ne pas craindre les Anglais, car Dieu conduisait leur entreprise. Elle ajouta que si elle n’avait pas été sûre que Dieu menât l’affaire, elle aurait préféré garder ses moutons et ne pas s’exposer à tant de périls.
À ce moment-là, le témoin et Jeanne apprirent que le connétable approchait avec quelques troupes. Ils furent mécontents, car ils avaient l’ordre de ne pas le recevoir, et songèrent se retirer de la ville. Mais le lendemain, le connétable n’était pas encore là qu’on annonça l’arrivée de renforts anglais, menés par Talbot. Jeanne réussit à convaincre le témoin de rester. Finalement les Anglais se rendirent au témoin qui les laissa partir avec un sauf-conduit. — Alors que ces Anglais se retiraient, un homme de La Hire, vint annoncer que mille hommes d’armes Anglais seraient bientôt en vue. Lorsque Jeanne l’apprit elle accueillit le connétable : Ah ! beau connétable, vous n’êtes pas venu de par moi ; mais puisque vous êtes venu, soyez le bienvenu [en français].
Beaucoup appréhendait la suite, mais Jeanne affirma qu’elle était sûre de la victoire : En nom Dieu, il les faut combattre ! s’ils étaient pendus aux nues, nous les aurons, car Dieu nous les envoie pour que nous les punissions
. Elle ajouta : Le gentil roi aura aujourd’hui la plus grande victoire qu’il eut jamais. Mon conseil m’a dit qu’ils sont tous nôtres. [En français.]
Les Anglais furent défaits et tués sans grande difficulté : ce fut un grand massacre d’Anglais, puis les gens du roi gagnèrent Patay. Talbot, fait prisonnier, fut amené devant le témoin, le connétable et Jeanne ; le témoin lui déclara qu’il ne s’imaginait pas le matin qu’il en serait ainsi, à quoi Talbot répondit que c’était la fortune de la guerre. — On retourna ensuite auprès du roi, qui décida d’aller à Reims pour son sacre.
Elle détestait aussi entendre les hommes d’armes jurer, et les réprimandait beaucoup, surtout le témoin, qui se retenait de jurer dès qu’il la voyait.
Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 mai 1456)
Après le dîner un célèbre chevalier (le témoin a oublié son nom) vint lui annoncer que les capitaines tenaient conseil et parlaient d’interrompre les assauts : les Anglais étaient plus forts ; Dieu leur avait déjà accordé de beaux succès ; enfin la ville disposait d’assez de vivres pour attendre un secours du roi. Jeanne leur répondit : Vous êtes allés à votre conseil, et moi au mien ; et croyez que le conseil de mon Seigneur sera accompli et que mais l’autre périra.
.
Le lendemain samedi, après la messe, Jeanne partit à l’assaut de la bastille du Pont, où était Clasdas. L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil, sans interruption.
Après le déjeuner, Jeanne fut atteinte d’une flèche au-dessus du sein comme elle l’avait prédit ; elle eut peur et pleura, puis fut consolée. Quelques soldats proposèrent de charmer [en français] sa blessure : Je préférerais mourir plutôt que déplaire à Dieu
; ajoutant qu’elle mourrait bien un jour, ne savait pas quand, où et comment, ni à quelle heure ; cependant, elle acceptait d’être soignée si l’on ne pêchait pas. On pansa sa blessure avec de l’huile d’olive et du lard ; Jeanne se confessa au témoin, pleurant et se lamentant puis elle retourna à l’assaut.
Elle cria à Clasdas : Rends-toi au Roi des cieux. [en français] Tu m’as appelée putain, moi j’ai grand pitié de ton âme et de celle des tiens.
Alors celui-ci, armé de pied en cap, tomba dans le fleuve de Loire et se noya. Jeanne pleura abondamment pour son âme et celle des nombreux autres noyés. Les Anglais qui défendaient la bastille furent faits prisonniers ou moururent.
Simon Charles
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
Il tient de Gaucourt ce qui suit. Le jour où fut prise la bastille des Augustins, les capitaines avaient décidé de ne pas lancer d’assaut et Gaucourt fut commis pour garder les portes afin d’empêcher toute sortie. Jeanne pensait au contraire qu’ils fallait l’attaquer, et beaucoup d’hommes d’armes et de gens de la ville étaient de cet avis. Elle dit à Gaucourt qu’il était un mauvais homme, et ajouta : Que vous le vouliez ou non, les hommes d’armes viendront, et ils gagneront comme ils ont gagné ailleurs.
Les hommes sortirent, prirent la Bastille, et Gaucourt raconta qu’il fut lui-même en grand danger.
Aignan Viole
- Enquête à Paris et à Rouen (11 mai 1456)
On la disait extrêmement habile dans l’ordonnance de ses troupes pour le combat, au point qu’un capitaine exercé et savant en matière de guerre n’aurait su faire mieux. Aussi les capitaines en étaient-ils surpris et pleins d’admiration.