A. Thalamas  : Jeanne d’Arc, l’histoire et la légende (1904)

L’histoire et la légende

Jeanne d’Arc
l’histoire et la légende

par

Amédée Thalamas

(1904)

Éditions Ars&litteræ © 2024

7Introduction

Le lundi matin 14 novembre 1904, un élève de seconde de Condorcet, chargé par moi de faire, d’après la grande histoire de France de Lavisse ou d’après Michelet, un court exposé sur la personne et le rôle de Jeanne d’Arc, a traité son sujet d’après le panégyrique du R. P. Coubé, de telle manière que j’ai dû refaire son travail de fond en comble.

Voici un extrait du résumé écrit remis par cet élève :

Jeanne est une gloire religieuse et non une déesse païenne du patriotisme, car elle ne peut pas, comme on l’a dit, être relevée par l’âme de la patrie, qui est à terre… Elle ne voit dans le roi que le lieutenant du Christ, et dans la France que le royaume du Christ.

L’élève développait cette dernière pensée en disant que Jeanne est un personnage surnaturel venu pour conquérir la France au Christ. J’ai dû rappeler que l’historien n’avait pas à s’occuper du miracle ni des volontés de Dieu, mais à décrire les faits et j’ai défini scientifiquement le rôle de Jeanne ainsi que la nature de son procès.

Ma correction n’a soulevé en classe aucun incident ; l’élève lui-même l’a trouvée d’une grande précision historique et a déclaré que, grâce à elle, il avait mieux compris le rôle de Jeanne d’Arc. Par contre, elle a provoqué dans le monde clérical et nationaliste une campagne d’une violence inouïe.

Je ne regrette pas les haines, les mensonges, les outrages, les menaces ni les manifestations de 8tout genre dirigés contre les miens et moi des quatre coins de la France et même de l’étranger. Tout cela révèle que la propagande cléricale est assez bien organisée et centralisée pour constituer un danger plus grave que jamais. Tout cela prouve que l’esprit clérical n’a pas changé depuis Jeanne d’Arc, et qu’au lieu de discuter honnêtement les idées contraires aux siennes, il préfère insulter ceux qui les émettent. Tout cela démontre aussi qu’il est temps de rappeler au public de bonne foi ce qu’a été cette Jeanne d’Arc, impudemment confisquée aujourd’hui par les nobles qui l’ont trahie et par les prêtres qui l’ont brûlée.

Ma correction de leçon m’a valu aussi une affaire administrative due à des dénonciations portées, non devant mes chefs, mais devant le Parlement, par un ennemi juré des délateurs, M. le député Berry.

M. Berry s’est fondé une première fois, le 14 novembre, sur un racontar dont il n’a jamais nommé l’auteur, et une seconde fois, le 19, sur deux accusations d’élèves : la première, d’après l’aveu de son auteur, a été faite sur la demande de M. Berry et par un enfant qui, deux jours avant, avait déclaré à mon proviseur n’avoir entendu aucun mot, aucun terme qui fussent un outrage à la mémoire de Jeanne d’Arc ; la seconde a été faite quatre jours après l’événement par un élève, ami du fils de M. Berry, et qui, d’après son aveu, l’a rédigée parce qu’il avait été ému d’apprendre qu’on réclamait des témoignages au père de son camarade.

J’ai été soumis à deux enquêtes sur le même fait1. La première, faite selon les usages par mes chefs hiérarchiques, a amené, le mercredi 16, M. le ministre à me déclarer complètement innocent de toute faute. La seconde a été faite d’après une procédure extraordinaire par deux inspecteurs d’académie agissant pour le cabinet du ministre qui a cru pouvoir évoquer l’affaire ; je n’ai pas été entendu par les inspecteurs ; ils n’ont pas remis de conclusions sur les dépositions d’élèves recueillies par 9eux d’après une méthode qui peut prêter à la critique, huit jours après les événements, en pleine agitation du lycée et de la rue, en l’absence du professeur qui avait reçu ordre de rester chez lui et avait été invité à ne répondre à aucune des attaques de la presse.

Malgré tout cela, cette enquête n’a pas établi que les propos reprochés aient été exactement tenus dans la forme alléguée et avec l’intention reprochée ; mais M. le ministre a trouvé que j’avais manqué de tact et de mesure (sans que je sache d’ailleurs encore aujourd’hui en quoi), m’a blâmé et m’a déplacé.

J’ai cru devoir, en raison même des questions de principe que peut soulever mon cas, m’incliner respectueusement devant la décision de M. le ministre, tout en réservant mon opinion personnelle sur le fond de la cause, la procédure et l’arrêt. Mais, comme au cours des discussions nées de cette enquête, j’ai acquis la conviction que nombre de républicains et de gens cultivés ont sur Jeanne d’Arc des opinions dogmatiques aussi arrêtées, mais aussi peu scientifiques que celles des cléricaux, j’ai pensé qu’il serait utile de rappeler nos propres amis politiques aussi bien que nos adversaires au respect des réalités qui sont d’ailleurs plus belles que la polémique ou le roman.

Voilà pourquoi, au lendemain même de l’affaire Thalamas, le professeur Thalamas fait une brochure sur Jeanne d’Arc. Cette brochure est courte et sans appareil pompeux d’érudition ou de références, mais elle est consciencieuse et loyale ; elle est bon marché pour que le peuple de France qui a, comme Jeanne d’Arc, du bon sens et de la bonne foi, puisse comprendre toutes les faces de la question et se prononcer librement.

Je n’ai pas eu d’ailleurs à inventer. Il m’a suffi de reprendre et de coordonner les idées des savants qui ont rendu Jeanne à l’histoire, mais qu’ont fait oublier malheureusement, depuis un demi-siècle, les hagiographes catholiques, lancés par l’abbé Barthélemy de Beauregard, puis ameutés par l’évêque Dupanloup à la poursuite d’une béatification qui… arrivera trop tard. Je n’ai eu qu’à suivre la tradition des L’Averdy, des Sismondi et des Quicherat. Mais je tiens à citer, 9parmi les ouvrages tout récents, à côté des études de Siméon Luce et d’Anatole France, le livre d’un Américain qui a pu travailler sans nos préjugés et a su travailler avec méthode : c’est Lowell (Joan of Arc, Boston, 1896).

Un mot encore. Ceux qui désireraient un pamphlet contre Jeanne d’Arc feront bien de ne pas lire plus loin. De même que les diamants brillent d’un éclat plus vif lorsqu’ils sont sortis de leur gangue, la personne de Jeanne d’Arc est plus belle et plus touchante lorsqu’on la rend au peuple auquel elle appartient que lorsqu’on en fait une froide image de vitrail : c’est une brave et bonne fille de France qui est du sang des héros de Valmy et eût avec eux chanté la Marseillaise sous les plis du drapeau tricolore.

11I.
Les sources

Le premier devoir d’un historien est de savoir quels sont les documents sur lesquels il s’appuie et de s’en tenir strictement aux renseignements tirés de documents qui aient une valeur critique.

On exagérerait peu en disant que la plupart des historiens de Jeanne d’Arc ont médiocrement rempli ce devoir fondamental. Le manque d’esprit critique est particulièrement remarquable chez les écrivains dominés par des habitudes théologiques ou mystiques et qui sont justement les plus connus du gros public catholique ou laïque.

Pour les premiers, les diverses opinions historiques sont simplement des thèses ou théories soutenues en s’appuyant sur l’autorité de docteurs graves et au moyen de tous les textes qui peuvent les confirmer ou être interprétés de manière à les confirmer ; pour de tels auteurs, le travail critique n’intervient 12qu’à titre secondaire et est destiné surtout à prouver la force des textes favorables ainsi que la faiblesse des textes défavorables.

L’abbé Barthélémy de Beauregard, qui est au XIXe siècle, le plus caractéristique et peut-être le plus important des écrivains de ce genre, a très nettement défini son ouvrage en l’appelant un syllogisme en faveur de la thèse choisie par lui et en le déclarant destiné à réfuter l’erreur et le paradoxe de la thèse combattue par lui, celle des rationalistes.

Dans ces histoires théologiques, il suffit que les textes invoqués soient réputés vraisemblables pour qu’on les retienne, et on n’hésite ni à s’appuyer sur des poèmes en vers latins ou français écrits 70 ou 75 ans après la mort de Jeanne, ni à prendre pour définitive la dernière version, c’est-à-dire la plus lointaine et la moins sûre, des événements extraordinaires de sa vie on en verra plus bas un exemple. Les historiens mystiques ont d’ordinaire fait de réels efforts pour se documenter ; mais, même lorsque leur érudition est sérieuse, ils interprètent les faits d’après des principes de raisonnement qui sont loin d’être purement scientifiques et qui leur viennent d’une véritable révélation intérieure admise par eux sans discussion ; ils ont d’assez bons matériaux, mais s’en servent d’après leurs croyances philosophiques ou métaphysiques et non d’après la seule logique, faisant ainsi un alliage d’éléments scientifiques et d’une poésie personnelle, parfois assez enfantine.

Presque tous les historiens populaires de Jeanne d’Arc rentrent dans cette catégorie. Les uns sont inspirés par la tradition théosophique du XVIe siècle : pour eux Jeanne est une sainte envoyée par l’Être suprême pour sauver la patrie ; Guizot, Henri Martin, Wallon ont écrit des pages significatives sur ce thème.

13Jeanne a été guidée par des inspirations émanées de la source inconnue de toute âme et de toute vie… Jeanne, le Messie de la France, a racheté les crimes de la monarchie… Descendue du ciel avec la couronne des anges, elle y est remontée avec celle du martyre…

(Henri Martin).

Wallon croit à une mission surnaturelle de la Pucelle, directement inspirée par Dieu.

D’autres historiens aussi enthousiastes, mais moins déistes et, il me semble, moins nets dans leurs conceptions, expliquent Jeanne par l’action d’une sorte de Raison nationale qui sommeille chez les Français de tous les temps et se réveille au moment des crises graves chez les plus généreux d’entre eux. Jeanne est alors une sainte laïque qui incarne en elle le génie de la Patrie ; c’est la conception de Louandre, auteur de cette phrase typique : La religion du pays peut toujours enfanter des miracles ; de Lamartine qui a appelé Jeanne l’héroïne et la sainte du patriotisme français ; de Michelet qui en a fait à la fois l’incarnation de la pureté féminine chère aux romans de chevalerie, l’incarnation de la Patrie et l’incarnation de la bonté cette suprême beauté de l’âme humaine ; de M. Joseph Fabre qui a proposé la création d’une fête nationale de Jeanne d’Arc2.

D’autres historiens encore sont remontés jusqu’aux traditions bibliques par l’intermédiaire de Bossuet et ont présenté Jeanne comme l’instrument des vengeances et des miséricordes divines, comme une sorte de Juge hébraïque :

Quand sonna pour la France l’heure de la miséricorde, pour délivrer de l’oppression ce royaume si rudement châtié, 14Dieu ne suscita ni un Josué ni un Gédéon ; mais, selon la remarque d’un auteur contemporain (sic), voulant montrer que toute force vient de lui et qu’il fait toutes ses œuvres merveilleusement et miraculeusement, il anima et enhardit un faible corps de femme…

(De Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. II, 1882.)

C’est pour remplacer toute cette littérature par une connaissance positive des faits que j’essaie de donner en cette brochure non une étude critique complète, mais une impression vraie de la question.

Il y a sur Jeanne d’Arc peu de documents sérieux et indiscutables : deux seulement sont des informations directes, officielles et soumises, dès leur origine même, à un contrôle sérieux : ce sont les comptes de la ville d’Orléans et le procès de condamnation.

La ville d’Orléans faisait administrer ses finances par douze procureurs élus par une suffrage à deux degrés et sans l’ordre desquels aucun paiement ne pouvait être fait. Ces comptes formaient deux parties distinctes les comptes de commune (administration civile, un quart des revenus) et les comptes de forteresse (administration militaire, trois quarts des revenus) ; pour les années 1429 à 1430, les comptes de forteresse sont gardés ; mais il n’y a pour les comptes de commune, que quelques mandats de paiement.

Le procès de condamnation a été rédigé en latin sur les minutes ; l’instrument du procès a été surtout l’œuvre du greffier Manchon et du juge assesseur Thomas de Courcelles. Il est probable qu’il y a eu certaines omissions d’actes considérés comme inutiles par suite des aveux de l’accusée, mais le document, tel qu’il est, a une valeur qui n’a jamais été contestée. Ces deux documents sont bons, mais nous renseignent insuffisamment sur bien des points : c’est un 15malheur dont il faut prendre son parti, l’historien ne pouvant raisonner que sur ce qui subsiste du passé.

À côté de ces textes capitaux, il en est beaucoup d’autres qui sont à peu près contemporains, mais qui doivent être soumis à une critique sévère ; ils constituent, en effet, des informations indirectes, des opinions ou reportages d’opinions sur la nature desquels on n’est même pas toujours exactement fixé.

Le premier est le procès en réhabilitation qu’on peut considérer, à bon droit, comme constituant une première forme de la légende. Il a été fait 25 ans après les événements, dans un but d’édification et avec des souvenirs que le temps avait sûrement modifiés, d’autant plus que l’héroïcisation de Jeanne a commencé dans l’opinion avant même qu’elle ne fût morte.

Accordé par le pape, après plus de quatre ans d’insistance de Charles VII, qui agissait dans un but que nous définirons, il est loin, dans la forme comme dans le fond, de donner satisfaction aux critiques. Écrit dans un style diffus, touffu et souvent incorrect, il contient des fautes de rédaction, des erreurs de noms ou de prénoms et des variantes dans ses divers manuscrits ; d’après Quicherat, les expéditions authentiques sont sorties du greffe sans avoir été collationnées, les greffiers s’en remettant des fautes commises par leurs employés à l’excellence de leur cause. De plus, on y trouve la preuve de nombreuses irrégularités ou d’étranges oublis de mémoire ; les enquêtes n’ont pas été faites dans tous les lieux importants ; les dépositions ont été reçues très souvent par des substituts des deux greffiers ; les témoins appelés n’ont pas tous déposé ; on n’a interrogé qu’un des juges survivants, Thomas de Courcelles et ses réponses sont en contradiction visible avec le 16texte du premier procès, rédigé par lui ; les consultations doctorales, sauf quatre, ont été reçues verbalement, et ces consultations orales ont été non pas spécifiées une par une, mais fondues en un seul résumé ; parmi elles on a admis celles antérieures au procès, faites sur l’ordre du roi pour décider le pape à agir ; enfin, on n’a ni produit l’examen de Jeanne à Poitiers, ni cité ceux qui auraient pu en parler.

Telles sont les principales, mais non les seules raisons, qui font de ce second procès un document très inférieur au premier.

Ensuite il y a de très nombreuses chroniques à peu près toutes partiales et où il est difficile de démêler le vrai du faux. Certaines, et non des moins célèbres, sont faites de morceaux d’âge et d’auteurs différents. Tel est le Journal du siège, composé, d’après les meilleurs critiques, de notes du temps du siège grossies d’additions vraisemblablement postérieures à la mort de Charles VII3.

Telle est la prétendue Chronique de la Pucelle, en partie tirée d’un livre, les gestes des nobles Français qui est attribué par Vallet de Viriville à Guillaume Cousinot, chancelier du duc d’Orléans, présent au siège, et en partie écrite beaucoup plus tard par son neveu, Cousinot de Montreuil, mort après Louis XI, et d’après ses souvenirs.

Telle est encore la chronique de Jean Chartier, historiographe de Charles VII, frère de l’évêque de Paris qui fut juge à la réhabilitation, document riche en invraisemblance et ne constituant un témoignage direct que pour les faits postérieurs de plusieurs années à la mort de Jeanne.

D’autres chroniques relatent, avec une exactitude 17que nous ne pouvons guère contrôler, les bruits et les passions du temps ; tels sont les écrivains bourguignons, très hostiles à Jeanne, dont l’un fait une servante d’auberge ; les impressions de voyage de Morosini, Vénitien dont la lecture est intéressante pour connaître l’opinion publique, mais qui contiennent des erreurs énormes ; les notes consignées par Guillaume Giraut, notaire d’Orléans, sur son registre de minutes, notes très raturées et surchargées qui donnent l’opinion d’un gros bourgeois sur les événements.

Ces exemples peuvent suffire à donner l’impression des difficultés que rencontre l’historien d’aujourd’hui.

Enfin, il est un dernier ordre de prétendus documents que le bon sens le plus élémentaire commande de laisser de côté. Ce sont d’abord les poèmes latins ou français, anonymes ou signés, écrits depuis la fin du XVe siècle et qui n’ont pu qu’utiliser, en les déformant plus ou moins, les récits antérieurs. Deux des plus célèbres sont le mystère du siège d’Orléans et les vers latins de Valeran Varanius (1501).

Ce sont ensuite les écrits faits sous François Ier et relatant, d’après des témoignages de seconde ou de troisième main, des faits nouveaux, d’ordinaire miraculeux ou épiques : un de ces écrits est le manuscrit de Sala, ancien valet de Louis XI et maître d’hôtel de Louis XII, mis à la retraite par François Ier, et qui occupa ses derniers jours à écrire un volume intitulé : Exemples de hardiesse de plusieurs rois et empereurs.

Ainsi, dût le personnage y perdre, il faut s’en tenir surtout aux documents directs, user avec circonspection des informations indirectes, et considérer le reste comme n’appartenant plus à l’histoire.

Je voudrais, pour terminer, donner un exemple de la manière dont on a déformé les faits. On sait qu’à Chinon Jeanne parla en secret à Charles VII 18et que celui-ci fut très content de cet entretien. Que lui dit-elle ? Jeanne, au procès, déclara que son roi, avant de consentir à croire à elle, eut un signe de son fait. Elle avoua un instant qu’elle lui avait montré un ange ; mais elle le nia ensuite, et il n’y a aucune raison de voir dans cet aveu autre chose qu’une faiblesse passagère.

Au procès de réhabilitation, l’aumônier de Jeanne affirme qu’elle dit au roi : Je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France et fils du roi ; le témoin ajoute que le dit alors : Jeanne m’a dit certains secrets que nul sauf Dieu ne pouvait savoir.

En 1516, Sala raconte que M. de Boissy, ancien chambellan de Charles VII, lui a affirmé, une trentaine d’années au moins avant cette date, qu’il tenait de la bouche de Charles VII, mort depuis une trentaine d’années au moment où ce souvenir était narré à l’auteur, que Jeanne avait rappelé au Dauphin une prière désespérée adressée par lui à Dieu et dont nul n’avait eu connaissance.

Je n’ai pas besoin de dire qu’aujourd’hui cette invraisemblable et miraculeuse version est admise par presque tous les historiens. L’abbé Barthélemy de Beauregard l’a d’ailleurs relatée en ces termes :

Le secret serait resté impénétrable sans la découverte d’un manuscrit du temps (sic !) où il se trouve assez bien expliqué.

C’est ainsi que trop souvent a été écrite l’histoire de Jeanne d’Arc.

La Pucelle entre dans l’histoire le 13 février 1429, jour de son départ de Vaucouleurs, et en sort le 30 mai 1431, jour de son exécution à Rouen : ce sont 19deux années bien remplies, pendant lesquelles Jeanne d’Arc a joué un rôle important, mais en somme décroissant depuis son entrée triomphale à Orléans jusqu’à l’abandon de son pauvre corps au bourreau.

Je vais essayer d’abord de la replacer dans le milieu où elle est apparue, puis de la montrer dans sa gloire, enfin de la suivre dans ses dernières aventures.

20II.
L’anarchie française

1.
L’impuissance gouvernementale

Bien qu’une telle opinion semble paradoxale, il est très difficile de faire l’effort critique et l’effort d’imagination nécessaires pour se représenter exactement la France de 1429 : rien en effet n’y ressemble aux choses que nous voyons aujourd’hui.

Le royaume était partagé entre deux rois rivaux : le roi anglais de Paris et le roi français de Bourges ; mais ni le pouvoir de ces princes, ni l’action de leur administration n’étaient les forces fondamentales de cette époque ; c’était un âge d’anarchie grouillante où toutes les énergies se heurtaient violemment et directement, sans que le pouvoir souverain pût faire autre chose que chercher à les utiliser pour son service. De toutes les parties de la France, on pouvait dire ce qu’Alain Chartier disait alors des campagnes :

Les pays sont tournés à l’état de la mer, où chacun a tant de seigneurie comme il a de force.

Rien ne peint mieux l’état général de la France que le contraste entre l’impuissance des deux gouvernements et la puissance des éléments sociaux en lutte à côté d’eux. Malgré leurs victoires les Anglais n’avaient pas pris 21racine en France.

Survenus au milieu d’une guerre civile atroce entre Armagnacs et Bourguignons, ils avaient d’abord joué le rôle de troisième larron, et après Azincourt ils avaient conquis la Normandie et la Basse-Seine jusque vers Saint-Germain-en-Laye, sans qu’aucun des deux partis français fît rien pour les arrêter. Mais ils n’avaient pu s’étendre jusqu’à la Meuse et à la Loire qu’en devenant les alliés et presque les auxiliaires des Bourguignons.

Ils ne quittaient leur île qu’en petit nombre et nullement pour coloniser. Henri V avait essayé de peupler Harfleur d’Anglais, de distribuer les seigneuries normandes à ses chevaliers ; il avait édicté la peine de mort contre ceux qui retourneraient en Angleterre sans sa permission ; le régent Bedford avait continué à donner des châteaux à ses capitaines. Rien n’y avait fait : la plupart étaient repartis, souvent après avoir vendu jusqu’aux pierres et aux poutres de leurs maisons. La France était restée pour eux une colonie d’exploitation, où l’on venait, non s’établir, mais faire fortune.

En Picardie, les Anglais n’occupaient que Rue et le Crotoy ; en Champagne et Île-de-France, les garnisons des villes étaient en majeure partie françaises, avec des gouverneurs français ou bourguignons ; la garnison de Cherbourg était de 160 hommes, celle de Rouen était de 75 hommes.

Pour une opération de premier ordre, comme le siège d’Orléans, on ne parvenait à rassembler que quelques milliers de combattants.

Les gouverneurs des places n’étaient Anglais qu’en Normandie ; dans le conseil de régence de Paris, il n’y avait que deux Anglais sur seize membres. Les bandes armagnaques parcouraient même la Normandie, où Bedford n’eut souvent que 1.600 hommes à répartir entre 50 places.

22Ces intrus, peu nombreux, étaient d’ailleurs énergiques et assez bien disciplinés, mais brutaux et violents ils étaient très redoutés dans les villes, ayant la main lourde et le meurtre facile ; à Troyes, les bourgeois suspects devaient fournir des répondants ; en Normandie, les femmes qui avaient donné des vivres aux Armagnacs étaient enterrées vivantes au pied de leur gibet ; les villes prises par les Anglais étaient mises à sac et à peu près anéanties. Les godons (goddam) tenaient surtout à l’argent, car le Parlement anglais n’entendait pas payer les frais de la conquête ; ils rançonnaient sans scrupule prisonniers et bourgeois, avaient fini par obtenir du pape le droit de lever des décimes sur le clergé français et en usaient jusqu’à le ruiner, à Sens et en Cham-pagne, par exemple.

Avec cela, barbares et crédules comme des conquistadores, sauf quelques rares esprits cultivés, tels que Bedford ou Falstaff. Ils avaient dû laisser leur allié bourguignon administrer la plupart de leurs villes ; ils n’avaient pas pu rétablir l’ordre dans leurs propres domaines ; malgré l’appui d’une notable partie du haut clergé séculier et surtout de l’Université de Paris, ils avaient sacrifié au pape les libertés de l’Église gallicane et créé ainsi, surtout dans l’est, de nombreux mécontents. Ils n’avaient gardé l’appui des riches bourgeois qu’en leur accordant une véritable autonomie locale. Ils n’avaient même pas pu s’entendre entre eux : Bedford venait d’être rappelé en Angleterre par une guerre civile, créée par Glocester. Enfin, leur roi était un enfant de sept ans qui avait hérité de la folie de son grand-père.

La vraie force des Anglais, c’était la guerre civile des Français, ainsi que la discipline relative et le courage des armées britanniques.

23Du côté français, malgré bien des faiblesses, la situation était meilleure. Le roi de Bourges possédait encore la moitié de la France ; s’il n’avait plus dans le nord que quelques places fortes, comme le mont Saint-Michel et les petites villes de la haute Meuse, s’il avait dû confier au comte de Foix l’administration du Languedoc, il possédait, au sud de la Loire et sur le Rhône, de vastes provinces dont les bonnes villes lui étaient fidèles et où il avait de nombreux domaines personnels. De plus, presque tous les princes du sang, depuis Azincourt, étaient prisonniers ou bien, comme le duc d’Anjou, étaient allés guerroyer au loin ; leurs domaines formaient vers la Loire moyenne une sorte d’État tampon (Maine, Anjou, Orléanais), que le roi pouvait voir ravager sans en souffrir personnellement beaucoup ; les villes du centre, Poitiers et Bourges notamment, étaient très prospères.

Le pouvoir royal avait d’ailleurs fait de réels progrès. La plus grande partie des grands corps de l’État avait suivi le dauphin et lui constituait un personnel de gouvernement expérimenté : Cour des aides, Chambre des comptes, Parlement et grand Conseil avaient été reconstitués depuis 1422. Les États provinciaux ou les États généraux de langue d’oïl et de langue d’oc se réunissaient à peu près tous les ans et votaient d’importants subsides que l’on parvenait à percevoir en très grande partie.

Enfin, grâce surtout à la belle-mère du dauphin, Yolande de Sicile, duchesse d’Anjou, des traités d’alliance avaient été conclus avec de nombreux princes étrangers ou français, notamment avec la Castille, les duchés de Milan et de Bretagne ; une trêve avec la Bourgogne avait même pu durer quatre ans.

24Le roi de Bourges pouvait compter sur des mercenaires écossais, lombards et espagnols, ainsi que sur l’appui des moines mendiants, hostiles à l’Université parisienne, et qui, toujours ambulants et prêchants, fournissaient une milice sacrée très influente, surtout dans les villes de l’Est.

Le roi aurait pu trouver dans les bandes armagnaques du nord de la Loire de précieux secours. Malheureusement toutes ces ressources ne servaient à rien. Charles VII, alors âgé de 26 ans, était un dégénéré. Malingre et mince, avec de courtes jambes aux genoux cagneux, une grosse tête aux fortes mâchoires, de petits yeux troubles et des lèvres épaisses, ce fils de fou et de ribaude était incapable de prendre une décision ou d’imposer ses volontés. Toujours tremblant de terreurs maladives, il fut la proie de ses favoris qui dissipèrent ou engloutirent la plus grosse partie de ses ressources, le brouillèrent avec ses meilleurs serviteurs et travaillèrent à l’entretenir dans une inaction qui profitait à leurs appétits.

En 1428, la Trémoille, un gros homme déjà mûr et parfait brigand, avait entraîné le roi, au moment même du siège d’Orléans, dans une guerre contre son propre connétable, le prince breton Richemont ; et il eût voulu détourner pour cette lutte les forces rassemblées pour aller au secours de la ville.

En Poitou et en Languedoc, les agents du roi ne tenaient même plus compte de ses ordres ; plusieurs, révoqués par le roi, continuaient à tenir leurs charges. Il eût fallu à Charles VII une forte impulsion morale qui l’empêchât de douter de lui-même et de sa légitimité et qui groupât autour de lui toutes les forces qui ne demandaient qu’à s’employer à son service.

252.
Les forces sociales

En dehors des deux rois, trois grandes puissances se partageaient la France : les soldats, les villes et le clergé. Comme au temps des grandes compagnies, la guerre avait fait naître sur tout le territoire un nombre infini de bandes d’hommes d’armes, généralement peu nombreuses, mais très capables de se grouper en masses importantes à l’appel d’un chef connu et célèbre, comme ce Villandrando que Charles VII envoya avec ses 10.000 soldats dans les pays du Rhône.

Chaque château était devenu un repaire d’aventuriers qui se réclamaient des Armagnacs, des Bourguignons ou des Anglais, mais qui vivaient en réalité de la guerre et n’entendaient recevoir d’ordres que de qui il leur plairait. Le roi ne pouvait appeler aux armes sa noblesse sans se mettre à la merci de seigneurs brigands servis par des soldats sans scrupules.

Chaque prince s’efforçait donc d’avoir un petit corps d’étrangers, dévoués et bien payés, qui pussent le mettre à l’abri des surprises : tels étaient les Picards du duc de Bourgogne, les Anglais de Henri VI, les Lombards de Charles. Au contraire, les nobles cherchaient à se créer chacun une troupe suffisante pour exploiter tout ou partie du pays, et même rançonner les princes : le comte de Clermont fit arrêter le chancelier de France dont Charles VII paya la rançon. Avec ces bandes, la guerre était toujours incertaine et ruineuse pour le pays ; un chef passait, au gré de ses intérêts du moment, d’un parti à l’autre, ou entrait en lutte avec les gens de son propre parti.

Les soldats étaient les vrais maîtres du plat pays ; mais ils pouvaient peu de chose contre les villes, à moins d’une surprise. Les villes étaient alors assez petites mais assez nombreuses, pourvues de fortifications sérieuses qu’il était malaisé d’abattre, 26parce que l’artillerie, rare et peu transportable, était incapable de démolir de loin les épaisses murailles. La population, divisée le plus souvent en corporations de métiers qui se partageaient la garde des remparts et la défense de la cité, n’aurait pu se mesurer en rase campagne avec la chevalerie ; mais, derrière ses tours, elle était d’autant plus difficile à vaincre que chacun luttait pour ses biens et sa vie, toute ville prise étant mise à sac.

Les villes essayaient, moyennant quelques impôts, de se recommander à un prince assez fort pour les protéger ; mais elles faisaient peu de difficultés à l’abandonner s’il cessait d’être le plus fort. Surtout elles comptaient d’abord sur elles-mêmes et tenaient à leur autonomie, qui, seule, assurait leur sécurité. Elles avaient fini par s’entraider en cas d’attaque. Orléans a reçu des secours d’un grand nombre d’autres villes dévouées à Charles VII.

Enfin le clergé formait alors un corps profondément divisé. Il était troublé par des rivalités entre séculiers et réguliers, entre docteurs d’Université et moines mendiants, agité par des querelles d’intérêts entre dignitaires ecclésiastiques rivaux, entre prélats et princes, passionné enfin par les graves questions soulevées par la crise qui déchirait l’Église. La catholicité, en effet, comptait alors deux papes : Martin V, l’élu du concile de Constance, et Clément VIII, l’élu des derniers cardinaux de feu Benoît XIII ; l’hérésie Hussite avait triomphé en Bohême de toutes les croisades ; les infidèles turcs avaient écrasé une croisade et menaçaient Constantinople ; la réforme de l’Église était réclamée par tout le monde.

Or, ces questions, qui nous paraîtraient aujourd’hui moins importantes que les affaires politiques, semblaient alors capitales ; 27la foi passait avant tout : ainsi plus d’un Anglais, qui ne voulait pas aller combattre en France, croyait devoir s’enrôler contre les hérétiques de Bohême ; ainsi, aux yeux de certains Français, il était plus grave de se tromper sur le vrai pape que de se tromper sur le vrai roi.

L’Église était mêlée à tout : elle marchait en tête des armées ; elle dirigeait les consciences ; elle cumulait souvent ses fonctions spirituelles avec les fonctions de l’État ; elle était profondément bouleversée ; mais elle eût assuré une influence prépondérante à celui des deux rois qui eût su créer en sa faveur un mouvement de l’opinion religieuse, la seule opinion générale d’alors.

Mais dans tout cela où était la France ?

3.
Orléans

Le 12 octobre 1428 commença contre Orléans une attaque anglaise qui marqua le point tournant de la guerre.

Orléans était une grosse ville du temps. Située sur la rive droite de la Loire, elle couvrait un espace d’environ 75 hectares, ayant la forme d’un rectangle à peu près long d’un kilomètre et demi et large d’un demi-kilomètre ; le tout était entouré d’une enceinte en pierre garnie de 34 tours et précédée de fossés profonds. Au nord, la ville se prolongeait en de riches faubourgs où l’on comptait 21 églises. Au sud, elle communiquait avec la Sologne par un pont de pierre de dix-neuf arches appuyé en son milieu sur la petite île Saint-Antoine ; ce pont était gardé par deux forteresses en pierre, ou bastilles, l’une placée au milieu du pont, l’autre à la tête du pont, sur la rive gauche. En avant de cette dernière, appelée bastille des Tournelles, se trouvaient un fossé, puis un boulevard, c’est-à-dire un ouvrage avancé en terre.

Orléans comptait 28alors avec ses faubourgs une vingtaine de mille âmes ; les bourgeois en étaient riches et administraient leur cité librement ; leur duc, Charles d’Orléans, prisonnier depuis quatorze ans, était représenté par un chancelier, Cousinot, et un gouverneur militaire, de Gaucourt, respectés par les habitants, mais sans action sur l’administration municipale ; les corporations, fortement organisées en milice, avaient chacune la garde d’une des tours de l’enceinte.

L’attaque des Anglais constituait une déloyauté : ils avaient, en effet, promis au duc d’Orléans, leur prisonnier, de ne pas ravager ses États, afin de lui permettre de lever sur ses sujets la grosse rançon qu’ils lui demandaient. Cette attaque pouvait aussi être considérée comme une maladresse.

La ville, qui employait depuis douze ans les trois quarts de ses revenus à organiser sa défense, avait refait ses fortifications et réuni de nombreuses machines de guerre ainsi qu’une artillerie formidable pour l’époque : 71 canons, dont les plus gros, les bombardes, lançaient à 600 mètres un boulet de 180 livres pesant, et dont les plus petits, faits en cuivre, les couleuvrines, alors usités pour la première fois dans un siège, étaient de véritables fusils de rempart avec lesquels on pouvait viser juste et tirer loin.

De plus, le siège d’Orléans allait forcer Charles VII à sortir de son inaction : si la ville était prise, ses domaines propres étaient ouverts à l’invasion ; aussi les États de Chinon venaient-ils de lui donner 500.000 livres grâce auxquelles une armée d’une dizaine de mille hommes avait été réunie à Blois.

Les Anglais jouaient donc une grosse partie. Ils voulaient frapper un coup hardi qui décidât la Bourgogne, dont la trêve avec le dauphin venait d’expirer, et, au besoin, la Bretagne, irritée par la guerre faite à 31Richemont par la Trémoille, à s’allier à eux.

De plus, les pays du nord de la Loire étaient dévastés ; le parlement anglais ne donnait rien : les provinces du centre, encore riches, tentaient les godons. Or les villes du Maine et du Gâtinais étaient petites et ruinées ; le Mans, Châteaudun, Montargis avaient été surpris par les Armagnacs : autant valait prendre le taureau par les cornes et se jeter sur Angers ou Orléans. Mais une expédition contre Angers eût inquiété les Bretons ; une expédition contre Orléans n’inquiétait ni Bretagne ni Bourgogne.

Une fois décidée, l’expédition fut menée, suivant l’usage anglais, avec audace et vigueur.

Les secours sérieux ne semblaient guère pouvoir venir à Orléans que de l’aval (Blésois et Touraine). Au nord, la forêt arrivait jusqu’à 3 kilomètres de la ville, et, au delà, la fertile Beauce était anglaise. Au nord-ouest et au nord-est, tous les pays étaient dévastés. En amont, les régions riches (Bourgogne, Nivernais) étaient à l’allié des Anglais ; la navigation du fleuve était difficile à cause des îles basses et buissonneuses qui divisaient le courant en chenaux de faible profondeur. Au midi, c’étaient les bocages, landes et marais de Sologne, avec quelques misérables villages et trois routes aboutissant toutes à la tête du pont qui menait droit à la ville.

Suivant l’usage du temps, les Anglais tentèrent d’abord une surprise en force ; un petit corps de 3.000 hommes environ, menés par Salisbury, et sans matériel de siège, parut le 12 octobre sur la rive gauche et, après deux semaines d’observation, se lança furieusement sur les Tournelles. La tentative était adroite : de ce côté, pas de guerre de rues à craindre, puisqu’il n’y avait pas de faubourg ; pas de 32diversion non plus, puisque le pont était la seule route aussi bien pour les défenseurs que pour les assaillants, et cette route étroite, en cas de défaite des Orléanais, pouvait être encombrée assez pour que vainqueurs et vaincus entrassent ensemble dans la ville. Les Anglais enlevèrent les Tournelles, s’engagèrent sur le pont ; mais les Orléanais purent en rompre une arche avant que l’ennemi arrivât à l’île Saint-Antoine.

Il fallait recourir à un siège.

Pour ce siège, les Anglais résolurent d’isoler Orléans de la rive gauche en gardant les Tournelles ; mais, comme l’artillerie ennemie les y gênait, ils s’établirent à la croisée des routes, dans une grande bastille, celle des Augustins, où ils laissèrent 500 hommes.

Le reste repartit le 9 novembre pour revenir sept semaines après avec une grosse armée comptant 10.000 Anglais et 1.500 Bourguignons. Elle était pourvue d’un matériel de siège médiocre et de canons peu perfectionnés. Son but était de masquer la ville, à l’ouest, par des travaux de circonvallation, et de la bloquer jusqu’à ce que la famine ou l’épuisement des munitions l’obligeât à se rendre ; on ne fit, à vrai dire, aucuns travaux d’approche directe. À l’est, on se borna à surveiller les bords du fleuve, l’arrivée d’un convoi par terre étant peu probable et l’arrivée d’un convoi par eau n’étant possible qu’au moment des crues de la Loire, toujours brusques et brèves.

D’ailleurs les Anglais occupèrent deux villes sur le fleuve, l’une en amont (Jargeau), l’autre en aval (Beaugency).

Le blocus n’a jamais été complet : Monstrelet, Chartier et bien d’autres, confirmés par les événements du siège, sont très nets sur ce point. Si le siège effectif put durer près de cinq mois, c’est que les Orléanais avaient profité des semaines de répit 33comprises entre le coup de force et le blocus. Ils avaient envoyé des ambassadeurs aux bonnes villes françaises et avaient reçu d’elles des vivres, des munitions, des fonds et même des hommes ; ils avaient mis en commun à l’hôtel de ville leurs provisions et leur argent, créé un hôpital, mobilisé les habitants et engagé de nombreux aventuriers. Ils avaient rasé leurs superbes faubourgs, églises comprises, et construit à quelques centaines de mètres en avant des murs des ouvrages en terre qui obligèrent les Anglais à établir leurs lignes à 800 mètres de l’enceinte, qui resta ainsi hors de la portée de leurs canons.

Il n’y a peut-être rien de plus beau dans notre histoire que cet admirable élan de solidarité populaire et d’héroïque raison.

Les assiégeants mirent quatre mois à construire leurs lignes de l’ouest ; finies le 15 avril, ces lignes, presque inexpugnables, comprenaient deux grosses bastilles, reliées entre elles ainsi qu’à la bastille des Augustins par des boulevards en bois et terre ; un de ces boulevards, placé dans l’île Charlemagne, barrait le fleuve. Du côté de l’est, les assiégés avaient pu sortir librement jusqu’en mars ; ils avaient même, en février, combiné avec un corps armagnac venu de Blois, une attaque sur un convoi de vivres destiné aux Anglais et qui aurait été pris sans la sottise des chevaliers français, restés les dignes descendants des preux imbéciles de Poitiers et d’Azincourt.

Mais en mars, les Anglais avaient construit de ce côté une bastille, jetée à près d’une lieue de leurs lignes de l’ouest, sans communication assurée avec la rive gauche et où la garnison semble avoir été toujours assez faible : il y avait moins de 200 hommes dans cette bastille Saint-Loup lorsqu’elle fut prise en mai ; 34c’était une gêne pour la ville, mais non une [fatalité].

35III.
La Pucelle

1.
L’entrée en scène

Dans les premiers jours de mars 1429, une petite troupe de sept cavaliers, parmi lesquels une jeune femme revêtue d’habits masculins, arriva au village de Sainte-Catherine de Fierbois, situé dans un repli du plateau de Sainte-Maure, à quelques lieues de Chinon.

Le village était médiocre, mais son église était un lieu de pèlerinage célèbre et contenait un grand nombre d’ex-voto. La troupe avait passé la Loire au pont de Gien, mais venait de beaucoup plus loin. Elle s’arrêta là une journée pendant laquelle la jeune femme, tout heureuse de faire à son aise les dévotions qu’elle n’avait pu accomplir pendant le voyage, entendit trois messes et pria avec une ferveur tout à fait édifiante.

Elle était toute jeune mais robuste, comme les filles des champs qui paraissent de bonne heure avoir plus que leur âge ; elle était de taille moyenne mais bien prise, forte de poitrine mais néanmoins assez svelte ; son visage était agréable mais sans réelle beauté ; il avait une expression de candeur aimable qui inspirait la sympathie et qu’accentuaient encore de grands yeux francs et mélancoliques. La voix était forte mais 36douce. Le maintien était simple et digne, avec une certaine grâce décente qui commandait le respect.

Deux de ses compagnons étaient des chevaliers armés de toutes pièces, ayant depuis peu passé la trentaine : le chef, Bertrand de Poulangy, était un noble homme de trente-six ans. Deux des autres étaient leurs écuyers ; les deux derniers, plus légèrement équipés étaient des soldats. Tous témoignaient à leur compagne un respect visible, bien qu’elle leur parlât familièrement et avec confiance.

Ces gens formaient l’escorte donnée par Robert de Baudricourt, capitaine royal commandant la place de Vaucouleurs, à une jeune de Domrémy qui se déclarait envoyée par Dieu pour sauver la France et le roi et qui avait réussi à convaincre de la vérité de sa mission les gens de Vaucouleurs et même le duc de Lorraine, ancien connétable de Charles VI.

Le roi de Bourges, averti, avait autorisé Baudricourt à la faire partir. La troupe avait marché rapidement et avec prudence faisant à peu près une douzaine de lieues par 24 heures, chevauchant surtout de nuit, évitant les rencontres, ne s’arrêtant même pas dans les villages assez longtemps pour permettre à la jeune fille d’entendre la messe.

Depuis Gien, ils étaient à peu près en sûreté.

Le 6 mars, ils arrivaient sans encombre à Chinon, ayant même évité une troupe que le roi avait envoyée au devant d’eux.

2.
Le personnage

L’histoire de cette jeune fille est aujourd’hui, malgré quelques graves lacunes, assez bien connue.

Elle était née de paysans libres et aisés, venus s’installer à Domrémy où ils possédaient 12 hectares de terres, 374 hectares de prés, un petit bois, une maison proprette contenant quelque mobilier ; ils avaient aussi un peu d’argent comptant.

Le père, Jacques d’Arc4, originaire de Ceffonds en Champagne où il avait gardé une maison, semble avoir été un honnête paysan sans grandes préoccupations intellectuelles. La mère, Isabeau de Vouthon, originaire de Vouthon en Barrois français, où il lui restait encore quelque bien, était surnommée la Romée, sans doute parce qu’elle avait fait le pèlerinage de Rome ; c’était une excellente ménagère, très pieuse, qui semble s’être associée de bonne heure à la mission de sa fille : dès le 20 avril 1429, elle était près de Chinon avec deux moines, le franciscain Jean Pasquerel et le cistercien Nicolas Romée.

Le ménage eut trois fils et deux filles sur les dates de naissance desquels on est mal renseigné ; Jeanne, la seconde fille, est vraisemblablement née entre 1409 et 1412.

Le première enfance de Jeannette la Romée n’offre rien de très remarquable. Cependant, bien qu’on ne lui ait donné aucune instruction5, elle fut mieux élevée que beaucoup de paysannes ; dès qu’elle fut un peu grandette, on cessa de l’envoyer garder les bêtes dans le pâtis communal ; si son père l’emmena souvent avec lui travailler aux champs, elle passa à la maison la plus grande partie de son temps et devint très bonne ménagère : elle excellait dans les ouvrages d’aiguille ainsi que dans l’art de filer.

Elle profitait de ce que l’église touchait à la maison de son père pour y aller plusieurs fois par jour ; elle y récitait souvent le Pater, l’Ave et le Credo que sa mère lui avait appris ; on dit même qu’elle s’attendrissait 38à contempler le corps du Christ accroché à la croix et qu’elle apportait des fleurs devant les images des saintes qui ornaient l’église.

Parmi les saints les plus vénérés dans le pays on peut citer saint Rémy, l’auteur du sacre de Clovis à Reims6 ; saint Michel, patron du pays barrois ainsi que d’une abbaye alors héroïquement défendue contre les Anglais ; sainte Catherine, patronne d’une paroisse voisine et dont une sœur de Jeanne portait le nom : sainte Marguerite la Pucelette dont la légende était alors très populaire. Il est probable que Jeannette avait entendu raconter au prône la vie de tous ces saints. C’était une gentille enfant, vive, gaie, bonne, obéissante et très sensible.

À peu près à l’époque de sa puberté, de grands changements se produisirent dans son caractère et dans le pays ; il est impossible de préciser la part que les événements extérieurs ont eue dans les changement moraux de Jeanne, bien qu’il y ait entre eux des coïncidences de date assez remarquables. J’examinerai donc successivement les uns et les autres.

Domrémy est un village de la rive gauche de la Meuse, situé au bas d’une côte : la vallée jusqu’à Vaucouleurs, était domaine du roi, le plateau de l’ouest était du Barrois, celui de l’est était de Lorraine. Ce village, situé sur une grande route, avait été longtemps épargné par la guerre ; mais, en 1423, il dut payer tribut à un chef de bande, le damoiseau de Commercy ; le 22 juillet 1425, il fut pillé par des Picards au service du sire de Vergy ; en 1428, les habitants durent se réfugier quinze jours à Neufchâteau ; le village fut dévasté, la maison d’Arc fut détruite. Quelques mois après, Jeanne fut appelée à Vaucouleurs 39près de sa tante malade. C’est là que sa piété attira sur elle l’attention de quelques chevaliers de la garnison qui décidèrent Baudricourt à la recevoir7, à la faire exorciser par un prêtre, puis à proposer au dauphin de la lui envoyer.

D’autre part, depuis l’âge de treize à quinze ans, Jeanne devint moins expansive ; elle ne se joignit plus guère à ses compagnes pour les fêtes du village ; elle devint silencieuse et rechercha la solitude. Elle redoubla de piété au point que ses amies se moquaient de sa dévotion. Il est possible d’ailleurs qu’elle n’ait point connu les infirmités féminines.

Au mois de juillet 1425, le lendemain d’un jour de jeûne, en pleine chaleur de midi, après avoir couru en jouant, avec une animation qui avait étonné ses compagnes, quelqu’un lui ayant dit que sa mère l’appelait, elle revint par le jardin ; là, elle entendit sur sa droite, venant de l’église, une voix qui prononçait son nom, puis elle vit une grande lueur. La voix lui parla ensuite, lui conseillant d’être pieuse et sage ; elle dit plus tard que c’était la voix de saint Michel.

Depuis cette date, le même phénomène se reproduisit de plus en plus souvent et avec des détails de plus en plus précis. Jeanne n’entendait d’abord ces voix que dans le jardin paternel ; elle finit par les entendre plusieurs fois par semaine, puis toutes les fois qu’elle ressentait une émotion vive, si bien qu’elle put demander conseil aux saints en toutes les circonstances graves. Les bruits mesurés et lointains, 40le son des cloches, le vent dans les arbres provoquaient les voix ; elles s’accompagnaient de lumière et d’apparitions visuelles parmi lesquelles Jeanne distinguait surtout une infinité de petits êtres vagues qu’elle appelait ses anges, et de grandes figures ayant un timbre de voix distinct, des traits peu précis, mais sentant bon et dont elle a parfois embrassé certaines avec grand plaisir : c’étaient ses saints, Michel, Marguerite et Catherine.

Les voix l’invitèrent d’abord à faire vœu de virginité, puis à aller trouver le dauphin pour lui signifier les volontés de Messire. Ces volontés étaient, à ce qu’il semble, de délivrer des Anglais Orléans, puis la France et de faire sacrer Charles VII à Reims afin de prouver qu’il était le vrai roi, bien que son père et sa mère l’eussent renié. Plus tard, Jeanne ajouta qu’il devait faire hommage à Dieu de son royaume.

Le savant doit donc reconnaître que Jeanne a eu des hallucinations olfactives, tactiles, visuelles et surtout auditives. Mais elle n’a nullement été une délirante vulgaire, à la merci d’impressions irraisonnées. Les voix ne furent point pour elle des obsessions annihilant sa volonté. Son robuste bon sens, sa finesse naturelle, son esprit d’à-propos ne l’abandonnèrent jamais ; les saints furent pour elle des conseilleurs qui renforcèrent de leur autorité morale les suggestions de sa raison, et non des maîtres qui annihilèrent son indépendance d’esprit. Elle a discuté avec eux, leur a désobéi parfois.

En même temps, l’exaltation causée en elle par la ferme croyance en sa mission divine n’a nullement changé la bonhomie ni la générosité de son caractère. Jusqu’au bout, elle est restée vaillante avec simplicité, soucieuse de ne compromettre qu’elle-même et de se sacrifier même pour des ingrats, 41puritaine au point de forcer des soudards à se confesser et de casser sur le dos de deux ribaudes l’épée rouillée de sainte Catherine, mais charitable aussi pour les prisonniers et compatissante à toutes les misères.

C’est là ce qui fait l’originalité et la grandeur de cette paysanne admirable égarée au milieu des égoïsmes et des brutalités raffinées d’un âge anarchique ; c’est là ce qui explique sa supériorité sur les autres voyantes et l’enthousiasme qu’elle a soulevé dans les masses populaires, grâce à ses réponses toujours frappées au coin d’un bon sens parfois un peu gouailleur et à ses exemples d’un courage inlassable et communicatif.

Elle a été pour les Français un signe de ralliement ; elle a provoqué, jusque chez Charles VII lui-même, des élans d’enthousiasme.

C’est Jacques Bonhomme s’élevant naturellement, par la notion du danger réel et l’ardeur de convictions fortes, jusqu’à un véritable héroïsme ; c’est un Socrate paysan dont le démon a pris, en raison du temps où elle a vécu, des allures chrétiennes.

Est-ce à nous, qui considérons le génie comme une névrose, de reprocher à Jeanne d’avoir objectivé en des saints les voix de sa propre conscience ?

42IV.
La geste de la Pucelle

1.
La consécration officielle de la royauté

L’opinion reçue est que Jeanne fut l’auteur principal de tous les événements aux quels elle fut mêlée. La vérité est moins brillante : la Pucelle a été une force morale dont les partis se sont servis et qui a fini par être abandonnée par tous, parce qu’elle a voulu rester fidèle à elle-même. Le fond de son histoire, c’est un contraste touchant entre la splendide conviction de l’héroïne et les sordides calculs de ceux qui l’ont exploitée.

Tout le monde admettait alors que Dieu peut choisir un fidèle méritant pour manifester ses volontés : le merveilleux, le miracle, les prophéties étaient considérés comme des éléments naturels de la vie. Seulement, la nature humaine étant par excellence faillible, il fallait s’assurer de la réalité de la mission invoquée. C’était à l’Église qu’en revenait le soin. On exigeait du voyant des mœurs irréprochables ; l’existence matérielle de la virginité en était la confirmation la plus haute ; aussi les pucelles jouissaient-elles d’une considération particulière ; on exigeait aussi du voyant qu’il ne fût en état de péché grave ni en vers Dieu ni envers l’Église ; on prenait soin surtout qu’il ne fût point suspect d’hérésie ni d’orgueil et qu’il se tînt bien dans les limites de la mission confiée à lui par Dieu. Enfin on lui demandait des signes de sa mission ; on lui imposait donc des épreuves à vaincre et on lui demandait de prouver par des actes tangibles la vérité de cette mission.

Jeanne n’a été ni la première ni la dernière des voyantes ; il y en a eu jusque sous Louis XVIII ; à l’époque du sacre de Charles VII, il y en avait plusieurs sous la conduite d’un franciscain : une femme de la Rochelle, Catherine ; deux Bretonnes, dont l’une fut brûlée à Paris en 1430, et Jeanne ; après elle, il y eut un jeune berger idiot, Guillaume, venu du Gévaudan, et que les Anglais jetèrent à l’eau, cousu dans un sac. Les voyants accompagnaient l’armée, comme les prêtres eux-mêmes, et étaient placés d’ordinaire sous la direction d’ecclésiastiques à qui ils se confessaient. Seulement, Jeanne n’a pas été une voyante comme les autres : elle était pucelle authentique ; son bon sens étonnait les docteurs ; sa mission avait une précision rare ; ses prédictions consistaient ou bien dans l’affirmation que sa mission serait accomplie, ou bien dans des pronostics de politique ou de stratégie, comme en ont fait, dans tous les temps, les hommes d’État supérieurs et les grands capitaines [Quicherat, Aperçus nouveaux] ; elle exerçait une action morale incontestable sur les hommes d’armes ; enfin elle allait au combat, bravement, vêtue en chevalier et était un véritable entraîneur de guerriers.

[Le 18 mars au soir, à la lueur de cinquante torches, elle découvrit facilement], 44comme le firent d’ailleurs les autres voyantes, au milieu des courtisans, le roi dont on lui avait souvent dépeint les traits et que peut-être elle avait aperçu à Chinon depuis son arrivée. Elle lui affirma probablement, au nom de Dieu, sa légitimité dont il doutait, ce qui frappa fort cet esprit irrésolu.

Néanmoins, avant de se décider à l’employer, on fit encore faire une enquête à Domrémy, puis un interrogatoire de deux semaines à Poitiers par les théologiens armagnacs.

Enfin on lui donna une armure, une bannière et une escorte. L’escorte était d’environ trois lances garnies, soit 15 hommes, commandés par d’Aulon et parmi lesquels était un page pour Jeanne ; on y adjoignit plusieurs moines franciscains. La bannière, faite à Tours, était blanche et brodée de lis ; d’un côté était peinte l’Annonciation de la Vierge ; de l’autre Dieu assis sur un arc-en-ciel, au milieu des nuages, et tenant le monde dans sa main, avec la devise des Franciscains : Jésus-Maria. Tous les jours on chantait devant la bannière des antiennes à la Vierge Marie. L’armure comprenait une vieille épée apportée, sur les désirs de Jeanne, de l’église Sainte-Catherine de Fierbois, et qui fut remplacée, après Jargeau, par une neuve.

Toute cette compagnie suivit les armées où le roi l’envoya ; Jeanne eut incontestablement sur beaucoup de soldats et chefs armagnacs, notamment sur le duc d’Alençon, le bâtard d’Orléans et Étienne de Vignolles, dit la Hire (la colère), une action personnelle très grande ; elle fut admise, lorsqu’on le jugea nécessaire, à exhorter le roi, mais elle ne fut jamais qu’une auxiliaire.

Lorsque Orléans fut délivré, la ville lui fit cadeau d’une belle robe ; mais c’est à ses propres protecteurs, saint Aignan et saint Euverte, qu’elle rendit grâces solennellement ; lorsque l’honnête 45Jouvenel des Ursins rendit compte aux États, en 1429, de l’expédition d’Orléans et de Reims, il ne prononça pas le nom de Jeanne.

L’enthousiasme de la Pucelle ne fut jamais partagé par la cour ni par le roi.

2.
La chevauchée du sacre

Pour raconter l’œuvre de Jeanne, il suffit, les faits étant connus de tous, d’indiquer à quoi et avec qui elle servit.

Dans le conseil du roi, deux courants d’opinions se dessinaient ; un parti de la paix, dont profitait la Trémoille et que dirigeait surtout Regnault de Chartres, archevêque de Reims in partibus : ceux-là voulaient l’alliance bourguignonne et désiraient que le roi laissât faire la guerre par des mercenaires ; un parti de la guerre, dont l’âme était Richemont, alors en disgrâce et que le roi détestait, mais que soutenait la belle-mère du roi : ceux-là voulaient assembler toutes les bandes royales et armagnaques et, sous la direction de Charles VII, les jeter en masse sur l’ennemi.

L’arrivée de Jeanne eut pour résultat de rallier à ce dernier parti l’esprit du roi et de détacher de l’autre l’archevêque de Reims qui voyait dans le sacre une excellente occasion d’aller prendre possession de son diocèse.

On ne put d’abord obtenir qu’une tentative de délivrance d’Orléans : un convoi de 60 voitures de munitions et de 400 têtes de bétail fut expédié avec une escorte presque aussi forte que l’armée anglaise entière (7.000 hommes environ). Le tout devait aller passer la Loire en amont et entrer par la trouée de l’est.

Déjà les garnisons royales des villes voisines avaient reçu ordre d’entrer par cette voie ; la Hire notamment avec 400 hommes était venu de Châteaudun. Mais la Loire fut trouvée en crue ; alors l’armée prit une 46position de couverture vers le port Saint-Loup pendant que les Orléanais prévenus vinrent en barques chercher le convoi en amont, à l’île aux Bourdons.

Jeanne fut détachée vers Chécy avec 300 lances, force considérable pour l’époque et, après avoir couché au château de Reuilly, entra dans la ville en passant devant la bastille Saint-Loup d’où les Anglais, peu nombreux, n’osèrent sortir (29 avril).

Le 4 mai, l’armée entière suivit la même route avec un nouveau convoi. Aussi le siège fut-il vite levé : pendant que les Orléanais et une partie des forces immobilisaient les Anglais de l’ouest, les meilleures troupes enlevèrent Saint-Loup, puis les Augustins et les Tournelles ; Saint-Loup avait été attaqué sans même que l’on prévint la Pucelle qui accourut pendant la bataille. Mais depuis son arrivée, elle excitait un réel enthousiasme parmi les troupes et à l’attaque des Augustins et des Tournelles, elle joua un rôle important ; c’est elle qui, malgré l’avis des chefs, lança les soldats sur les Tournelles qui furent emportées d’un élan irrésistible.

Les Anglais, habitués à vaincre avec peu de gens de grosses armées françaises, se croyaient victimes des sortilèges d’une magicienne.

C’est alors que commence, malgré la légende, la déchéance de Jeanne. Pendant que, fidèle à sa mission, elle ne cessait de conseiller au nom de Dieu la marche sur Reims et le sacre, le roi se reprenait à hésiter ; il aimait mieux vivre à Bourges que de faire campagne ; il fallut plus d’un mois pour le décider : encore ne céda-t-il qu’à l’enthousiasme excité par Jeanne dans l’armée et popularisé dans tout le royaume par les prêcheurs franciscains qui, depuis le séjour forcé de Jeanne à Neufchâteau, avaient été ses confesseurs préférés : par eux la légende commençait déjà.

483.
Les aventures

[La délivrance d’Orléans avait déjà amené la réconciliation avec Richemont.]

51V.
Le martyre

1.
La victime de l’Université

Les prisonniers étant alors des objets de commerce, Charles VII aurait pu racheter la Pucelle ou même l’échanger contre le fameux Talbot, pris à Patay par les Français.

Il semble que Jean de Luxembourg, chef du soldat obscur qui l’avait prise, s’y soit attendu ; c’est seulement le 21 novembre, six mois après la prise et à la suite des sommations comminatoires de l’Université de Paris, qu’elle fut cédée aux Anglais pour 10.000 livres tournois, plus une petite rente faite au soldat auteur de la capture. Le roi aurait bien pu trouver les 60.000 francs nécessaires ; le peuple, qui fit partout des prières pour elle, semble avoir compté qu’elle serait rachetée.

Mais la cour n’agit pas : la lueur d’enthousiasme que le roi avait eue à Chinon était éteinte depuis longtemps ; la Pucelle était devenue un embarras pour les grands ; son orgueil, sa capture même pouvaient être interprétés comme la preuve que Dieu l’abandonnait ; le jugement ecclésiastique dont la menaçait l’Université de Paris pouvait rejaillir sur le roi, qui, en cas de condamnation, serait accusé d’être complice d’hérétique ou de magicienne ; mieux valait se réserver une échappatoire.

Et puis le roi avait d’autres soucis il était retombé dans sa veulerie et ses intrigues 52de cour.

Abandonnée par les grands, la Pucelle fut martyrisée par les prêtres : c’est sur l’Université de Paris que retombe surtout la responsabilité de son procès.

L’Université de Paris était alors le véritable centre théologique de France. Ses docteurs, justement célèbres dans toute la chrétienté, avaient joué un rôle prépondérant dans les derniers conciles et aspiraient à en jouer un plus grand encore dans le concile prochain. Tout courant d’opinion religieuse né en dehors d’eux leur paraissait de mauvais aloi, surtout quand il se présentait sous les auspices de leurs adversaires naturels, les franciscains, agitateurs populaires qui inquiétaient l’aristocratie sorbonique, et mystiques incorrigibles qui faisaient peur au rationalisme de la Faculté.

L’Université se croyait donc le devoir de rendre un arrêt dans une question aussi grave et qui lui paraissait suspecte ; elle ne voulait pas laisser égarer l’opinion publique qu’elle se croyait mission de diriger. Déjà, en novembre 1429, Jeanne avait été dénoncée de Paris au pape. Aussi, dès que la prise de la Pucelle fut connue, l’Université la réclama pour la faire juger.

Le 26 mai, le greffier de l’Université, au nom de l’inquisiteur de France, somma le duc de Bourgogne de se faire remettre la prisonnière et de l’envoyer juger à Paris.

Jusqu’en juillet, les sommations, soit à Jean de Luxembourg soit au duc, se succédèrent en se précisant. On alla jusqu’à menacer Jean de le poursuivre comme complice de la Pucelle et on finit par exhiber un usage de Paris qui permettait au roi 53d’exiger qu’on lui vendît la prisonnière. À cette nouvelle, Jeanne essaya de se sauver, tomba du haut des tours de Beaurevoir, près Cambrai, sans se faire grand mal d’ailleurs.

2.
Le procès

C’était donc un procès d’hérésie qui se préparait.

Or il y avait deux juges concurrents de l’hérésie : l’évêque et l’inquisiteur ; la tradition de l’Université la portait à préférer la juridiction épiscopale, plus conforme aux libertés gallicanes ; de plus, l’inquisiteur était douteux, tandis que l’évêque Cauchon, dans le diocèse duquel Jeanne avait été prise, était conservateur des privilèges de l’Université, Bourguignon fanatique et chassé de son diocèse par les Armagnacs.

On fit donc réclamer Jeanne par Cauchon, et comme il ne pouvait siéger à Beauvais, on lui ménagea avec le chapitre de Rouen un accord qui lui permit d’exercer sa juridiction épiscopale en cette ville.

Entre temps, on avait jugé et brûlé à Paris une des voyantes du sacre, une Bretonne qui affirmait la vérité de la mission de la Pucelle (septembre 1430).

C’est donc bien le plus grand corps ecclésiastique de France qui a engagé le procès : le roi anglais ni le duc de Bourgogne ne l’eussent pu ni osé ; au contraire, les Anglais ne cessèrent en cette affaire de se déclarer fils obéissants de l’Église à qui ils consentirent à prêter leur prisonnière pour le procès, se réservant de la reprendre si elle n’était pas condamnée. Ils n’ont pas eu besoin de susciter un mouve-ment d’opinion dans le clergé français ; ils n’ont fait que s’y associer et qu’en profiter.

La question était, en effet, grave : si Jeanne était condamnée, l’autorité ecclésiastique la plus haute de France affirmant qu’elle était un envoyé du démon, nul ne pouvait plus se servir d’elle ; la légitimité de Charles VII pouvait redevenir douteuse ; la panique ne semblait plus à craindre dans les rangs anglais : c’était la réponse de la légalité à la foi. Il importait donc de donner au procès de la Pucelle toutes les apparences du droit le plus incontestable. Quicherat a très bien montré comment on y parvint.

Cauchon, esprit étroit mais puissant, coléreux mais retors, très versé dans le droit canon, réussit à s’adjoindre, par pression morale, le vice-inquisiteur, moine timide et sans grande valeur. Il s’entoura des docteurs les plus respectés de l’Université ; il prit notamment comme assesseurs les élus de l’Université au concile de Bâle, puis des lauréats et gradués en théologie, enfin des bénéficiers normands notables. C’était un tribunal où se trouvaient de nombreux juristes de grande valeur et à plusieurs desquels Charles VII a témoigné plus tard une haute considération ; les plus connus sont : Guillaume Érard, Nicolas Midi et un jeune théologien qu’on appela la lumière de Bâle et le second Gerson, Thomas de Courcelles.

Pour assurer leur indépendance, le roi anglais leur donna des lettres de garantie au cas où ceux qui avaient eu les erreurs de Jeanne pour agréables essayeraient de les traîner en cause devant le pape, le concile ou autre part. Il est certain, comme le constatent de Beaucourt et Quicherat, que la décision d’un pareil tribunal dut être accueillie en toute la France avec respect. De plus, Cauchon fut loin d’user de toutes les rigueurs que lui permettait le droit inquisitorial.

55La recherche des hérétiques était confiée à de véritables tribunaux de salut public, agissant d’après un droit révolutionnaire qui laissait au juge la liberté la plus grande. Là, le juge siège en son tribunal comme en celui de la pénitence, en père spirituel réputé par essence indulgent et qui peut, s’il lui plaît, ne s’astreindre à aucune des formes judiciaires normales. La décrétale sur les hérétiques laisse aux juges la faculté de procéder d’une manière simplifiée et directe, sans vacarme d’avocats, ni figure de jugement.

Un docteur grave, Nicolas Eymeric, dont les opinions faisaient jurisprudence, dit que l’évêque et l’inquisiteur d’accord entre eux forment une autorité suffisante pour interpréter la loi. Les seules garanties laissées à l’accusé étaient que les interrogatoires devaient être faits devant deux personnes impartiales au moins, et que la sentence ne devait être rendue qu’après avoir pris l’avis d’hommes sages, avis que d’ailleurs on n’était pas forcé de suivre. Information ouverte au gré du juge qui est saisi dès que le cri public vient frapper son oreille, procédure secrète, témoignages anonymes et communiqués seulement dans la mesure où le juge les trouve graves pour l’accusé, avocats désignés par le juge et seulement s’il les croit nécessaires, instruction par torture, si besoin est, telle est la coutume. L’accusé était livré, sans défense et sans secours, à la clairvoyance et à la conscience de son juge.

Toute cette procédure devait aboutir à une abjuration publique après laquelle le coupable s’en remettait à la miséricorde de l’Église qui lui infligeait à son gré une pénitence ou de la prison. En cas de refus d’abjuration ou d’abjuration rétractée, l’accusé persistant dans ses fautes était livré au bras séculier… 56qui punissait du bûcher les gens coupables d’hérésie.

Or Cauchon, loin d’user de toute cette rigueur, y apporta de nombreuses atténuations. Il fut d’abord obligé de laisser Jeanne dans une prison laïque, comme on l’avait fait pour les Templiers, parce qu’elle appartenait au roi anglais qui, l’ayant payée, ne voulait pas s’en dessaisir, à moins qu’elle ne fût condamnée ; mais il la fit ôter de la boucle et lui offrit de lui faire retirer même ses fers, si elle promettait de ne pas fuir, ce qu’elle refusa.

Pendant l’instruction qui dura jusqu’au 24 mars 1431, Cauchon fit prendre à Domrémy par des commissaires, dont un a témoigné au procès de réhabilitation, des informations dont lecture fut donnée aux chanoines de Rouen, le 13 janvier, et qui, réduites en articles par les greffiers, furent communiquées aux Universitaires le 19 février ; elles furent d’ailleurs résumées en 70 articles dans le réquisitoire.

Le 20 février commencèrent en la chapelle royale du château les interrogatoires qui eurent lieu devant bien plus des deux personnes impartiales réglementaires.

Le 17 mars, Cauchon offrit à Jeanne de lui désigner un conseil, qu’elle refusa.

La torture fut rejetée à l’unanimité moins trois voix.

Enfin, si on envoya à l’accusée un faux confident qui tâcha de tirer d’elle, en confession, des aveux, ce moyen, si odieux qu’il nous paraisse, n’a rien d’anormal dans la procédure inquisitoriale.

Enfin il y eut plusieurs consultations de prud’hommes : consultation des ecclésiastiques de Rouen, consultation de la Sorbonne (19 avril) confirmée par les quatre Facultés (14 mai) : toutes conclurent contre la Pucelle.

Aussi le frère Isambard lui-même dut-il déclarer, en 1456, qu’on avait observé le droit à son égard.

573.
Le jugement

Après cette instruction, le jugement fut rendu dans les formes.

On a voulu objecter qu’il avait été rendu sans tenir compte des corrections proposées par les assesseurs : mais sur 15 corrections demandées, 11 ont été acceptées par le tribunal.

Seulement, selon le mot très juste de Quicherat,

l’instruction avait fondu aux débats devant les aveux de l’accusée.

En effet, bien que Jeanne n’eût pas toujours répondu vrai aux questions des juges, bien qu’avec un à-propos rare, qui l’amena souvent à une véritable éloquence, elle eût évité sur beaucoup de points des réponses compromettantes8, il y avait dans ses paroles plus qu’il n’en fallait pour la condamner.

Elle refusa de s’en rapporter à la détermination de l’Église sur son orthodoxie et sur la réalité de ses voix ; elle refusait de s’engager à ne pas reprendre l’habit d’homme qui était pour elle le signe de sa mission ; elle ne s’expliquait pas nettement sur les moyens employés par elle pour gagner la confiance des soldats. La naïve et sincère jeune fille, toujours fidèle à ses convictions, ne reniant rien de son glorieux passé et se sentant en présence de juges hostiles, refusait de s’ouvrir complètement à eux, mais n’avait pu éviter des déclarations compromettantes.

Aussi, le 24 mai, eut lieu le jugement public selon les formes d’usage. Au cimetière Saint-Ouen, en présence d’une immense multitude, Jeanne, malgré les exhortations de maître Guillaume Érard, docteur 58insigne, malgré les criailleries des Anglais et les [***]

59Ainsi finit la pauvre Pucelle, victime, comme tant d’autres héros populaires, de l’ardeur de sa foi ainsi que de l’égoïsme et des préjugés des aristocrates de son temps. Puisse ce modeste récit contribuer à rendre au respect du peuple de France la mémoire de cette fille du peuple, encore plus exploitée peut-être après sa mort qu’elle ne l’a été de son vivant, et par ceux-là même qui n’auraient droit qu’à sa dédaigneuse pitié.

60Conclusion

Resterait à étudier comment s’est peu à peu modifiée dans l’histoire la figure de la Pucelle. C’est une tâche qui nécessiterait de longues pages et qui relève plus de l’érudition que de la vulgarisation. Chacun peut maintenant comprendre la différence qui existe entre les traditions courantes et les faits.

Le personnage de la Pucelle a été déformé par une succession de légendes dont chacune a eu son heure.

La première et peut-être la plus curieuse est presque contemporaine de l’héroïne.

Au XVe siècle, les réputations et les récits populaires se faisaient exclusivement par voie orale et adaptaient, par suite, les faits aux sentiments des auditeurs. Or Jeanne, de son vivant même, avait déjà été l’objet de récits chevaleresques et miraculeux : une lettre reproduite par Morosini nous la montre faisant tomber morts à terre les Anglais qui la menaçaient. Son armure, sa participation aux combats lui donnaient les allures d’une Marphise ou d’une Bradamante ; aussi parla-t-on bientôt de ses brillants coups d’épée et lui attribua-t-on des exploits guerriers merveilleux.

Enfin le peuple de France semble avoir été aussi enthousiaste que les courtisans l’étaient peu : il ne pouvait se résoudre à croire morte la Pucelle ; aussi accueillit-il avec faveur, en 61Lorraine, Poitou, Orléanais notamment, une prétendue Pucelle qui parut en 1436 et dont la personne et l’histoire sont obscures au point que certains écrivains affirment encore, avec des arguments parfois embarrassants, qu’elle était bien Jeanne d’Arc dont l’exécution n’aurait pas eu lieu.

La Pucelle se transformait de plus en plus dans la conscience populaire en héros de roman.

La légende a pris une forme plus nette lors du procès en réhabilitation fait sur le tard par Charles VII. Le procès, poursuivi dans le but d’asseoir définitivement la croyance à la légitimité du roi, fut, après des résistances faciles à comprendre, accordé par le pape comme une concession à l’esprit du temps et expédié comme une cause jugée d’avance. Prononcé par des juges probes, mais sur des informations médiocres et tronquées, à un moment où la mort de Cauchon permettait de faire de lui sans danger un bouc émissaire, le jugement en réhabilitation fixa les récits légendaires.

Désormais, Jeanne est devenue un personnage épique sur lequel s’exercèrent, jusqu’au XVIIIe siècle, les efforts des littérateurs et des poètes. Dès la Renaissance, Guillaume Postel célébrait en elle la sainte patriotique à laquelle on doit croire sous peine d’être un mauvais Français ; Malherbe, Chapelain l’ont habillée au goût classique ; Voltaire, par réaction, en a fait un personnage grotesque et répugnant.

Au XIXe siècle, les philosophes et les ultramontains ont fait de la Pucelle un instrument de guerre destiné à rallier à leur parti l’opinion publique ; on a vu ce qu’en ont dit les historiens romantiques et les polémistes catholiques. Par contre, les essais de critique sérieuse ont eu jusqu’à présent peu de succès, précisément parce qu’ils s’adressaient à un auditoire qui 62s’intéressait moins aux œuvres de raison qu’aux œuvres de sentiment : Du Bellay, dès le XVIe siècle, a entrevu nettement son rôle ; L’Averdy, Sismondi ont fait entrer la question dans le domaine critique ; Quicherat a fini par la traiter presque tout entière dans ses Nouveaux aperçus.

J’ai essayé de résumer les faits de mon mieux : en tout cas, si je me suis trompé quelquefois, j’estime que mes erreurs seront encore plus profitables à ceux qui me liront que les sophismes ou les niaiseries de ceux qui mettent Jeanne d’Arc en litanies9, et qui veulent transformer en fétiches les cendres de leur victime d’antan.

Fin

Notes

  1. [1]

    Dans le dossier que j’ai vu et qui, par suite, est le seul valable, il n’existe aucun rapport, aucune conclusion des enquêteurs.

  2. [2]

    D’après le texte de son discours, c’est aussi la conception de M. Chaumié, qui a dû, évidemment de très bonne foi, voir en mon rationalisme un sacrilège.

  3. [3]

    En 1467, trente-sept ans après les événements, la ville d’Orléans a payé une somme d’argent à un clerc pour avoir écrit la relation du siège.

  4. [4]

    La particule n’est nullement signe de noblesse.

  5. [5]

    Elle ne sut ni lire, ni écrire.

  6. [6]

    Domrémy était de l’archevêché de Reims.

  7. [7]

    M. Lowell a démontré que le premier voyage de Jeanne vers Baudricourt, à l’époque de l’Ascension de 1428, n’a jamais été fait. Il est seulement probable qu’au temps où elle vint pour soigner sa tante, elle alla trouver Baudricourt qui l’éconduisit.

  8. [8]

    Notons par exemple celle-ci : Êtes-vous en état de grâce ? — Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre ; si j’y suis, Dieu veuille m’y maintenir. En répondant oui, elle était suspecte d’hérésie, car il ne lui appartenait pas de décider cela à elle seule ; en répondant non, elle permettait de contester la divinité de sa mission.

  9. [9]

    Vous êtes l’honneur du peuple, la fleur des héroïnes, l’ornement de votre sexe, la gloire de l’Église, l’une des plus éclatantes manifestations de la Providence, la joie des croyants, le désespoir des impies, l’orgueil de la France ! Brillez donc d’un éclat toujours nouveau, gardez, pour l’éternelle honte de l’Angleterre, votre triple couronne d’héroïne, de martyre et de vierge inspirée, et que nulle main française ne s’élève plus pour y toucher. Veillez du haut du ciel sur la patrie qui vous fut si chère… Priez pour l’Église gallicane… Priez pour ceux qui combattent pour Jésus… Priez en particulier pour l’auteur de ce livre.

    À ces paroles de Barthélemy de Beauregard, on me permettra bien d’ajouter : Ainsi soit-il !

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