Texte intégral
Les Compagnons bretons de Jeanne d’Arc
par
(1896)
Éditions Ars&litteræ © 2024
À propos de cette édition
Elle est la reproduction in extenso de l’édition de 1896 (Saint-Brieuc) ; nous avons simplement corrigé quelques coquilles et adopté les graphies modernes des noms propres1. À part les deux premières notes de cette présentation, toutes les autres sont d'origine.
Texte de la page de titre :
Les compagnons bretons de Jeanne d’Arc, par Julien Trévédy, ancien président du Tribunal de Quimper, vice-président honoraire de la Société Archéologique du Finistère. Saint-Brieuc, R. Prud’homme, Place de la Préfecture, 1. Rennes, Caillières, Place du Palais, 8. 1896.
Note :
Cette étude a été lue au congrès tenu par l’Association Bretonne en juin 18962, à Saint-Brieuc. Elle sera continuée, s’il plaît à Dieu, au congrès de l’année prochaine.
3Les Compagnons bretons de Jeanne d’Arc
Il y a quelques années, un écrivain ingénieux, poète breton et français, eut le tort — disons si vous voulez le malheur — de croire que l’histoire s’invente comme une nouvelle
. Il prétendit faire d’une obscure bretonne une héroïne, une guerrière, compagne sinon émule de Jeanne d’Arc. La Bretagne a repoussé la pauvre Pierrone ainsi transfigurée sous le nom inventé pour elle de Perrinaïc ; et la Bretagne, en lui refusant accueil, a fait preuve de bon sens et de justice. Elle estime avoir été très dignement représentée auprès de la grande — disons plus et mieux — de la Vénérable Libératrice.
Des bretons compagnons de Jeanne d’Arc, le plus illustre est Arthur de Bretagne, comte de Richemont, connétable de France. Auprès de lui nous trouvons son lieutenant, Pierre, sire de Rostrenen ; 4Bertrand de Dinan, sire des Huguetières et de Châteaubriant, maréchal de Bretagne ; son frère, Jacques de Dinan, sire de Beaumanoir ; Robert, sire de Montauban ; Guillaume de Saint-Gilles ; Alain de la Feillée ; Jean, sire de Rieux ; Tugdual de Kermoysan, dit le Bourgeois.
D’autre part, nous voyons dans l’armée royale, au siège d’Orléans ou dans la campagne qui suivit, Pierre de Rieux, maréchal de France, frère cadet du sire de Rieux, — le sire de la Jaille, — les deux frères de Laval et le duc d’Alençon.
La Bretagne peut revendiquer les deux Laval3. Je veux parler de Guy, sire du Gavre et de son jeune frère André, sire de Lohéac, le futur maréchal de France et amiral. Ils sont bretons parleur père, Jean de Kergorlay, seigneur de Montfort-la-Cane, Lohéac, etc., qui avait épousé l’héritière de Laval. Celui-ci mourut prématurément en 1414, laissant ses fils sous la tutelle de leur mère, dame de Laval et de leur grand-mère, Jeanne, douairière de Laval, qui avait été la seconde femme du connétable du Guesclin4.
En 1420, quand il avait quinze ans, Guy avait fait ses premières armes en Bretagne devant Champtoceaux ; 5et le duc Jean V l’avait fiancé à l’une de ses filles. André avait été fait chevalier, à douze ans, sur le champ de bataille de la Brossinière (1422)5. Et c’est au retour de cette première expédition, que sa grand-mère ceignit elle-même à son petit-fils une épée de du Guesclin en lui disant : Dieu te fasse aussi brave que celui à qui fut cette épée !
Remarquez-le, ce n’est pas une recommandation que la grand-mère adresse à son petit-fils. C’est une prière à Dieu que la veuve d’un héros verse comme une bénédiction sur les cheveux blonds de ce héros de douze ans. Jeanne de Laval n’avait pas lu l’Iliade ; mais son cœur maternel a trouvé la même prière que le vieil Homère met dans la bouche d’Hector bénissant son fils enfant.
En 1429, les deux Laval avaient vingt-quatre et dix-huit ans. À la nouvelle du siège d’Orléans, les dames de Laval envoyèrent leurs deux fils à l’armée ; Jeanne de Laval adressa un message à Jeanne d’Arc qui répondit par un petit présent ; et une lettre de Guy, précieusement gardée, nous apprend l’aimable accueil que la Pucelle fit aux deux petits-fils de la veuve de du Guesclin6.
Telles étaient, pour le dire en passant, les mères 6et les grand-mères de ce siècle que Michelet a osé nommer le prosaïque quinzième siècle
. Prosaïque, le siècle qui a donné à la France Jeanne d’Arc, c’est-à-dire le salut par une pauvre et ignorante, mais pure et pieuse bergère ; et à la Bretagne Françoise d’Amboise, c’est-à-dire la charité et la vertu sur le trône ducal !
Quant au brillant duc d’Alençon, il est breton par sa mère, Marie de Bretagne, sœur de Jean V et du connétable. Au temps du siège d’Orléans, le duc avait vingt ans. Quatre ans auparavant, il avait gagné ses éperons à la funeste journée de Verneuil (17 août 1424), où il fut fait prisonnier.
Pour reprendre les armes, il lui faut payer une rançon de 28.000 écus, environ deux millions de notre monnaie ; il vend ses seigneuries, entre autres sa belle baronnie de Fougères. Seul des Valois, le jeune duc a cru, dès le premier jour, à la mission divine de Jeanne ; il veut combattre auprès d’elle. Elle-même par reconnaissance le traite comme un frère et avec une familiarité ingénue, elle le nomme mon beau duc
. Mais le beau duc n’a pas le congé de sa femme Jeanne d’Orléans, petite fille de Charles VI : elle veut le retenir elle a peur de le perdre… et aussi d’avoir une seconde rançon à payer. Jeanne intervient et tranche ce débat conjugal : Madame, laissez-le venir ; je vous le ramènerai sain et sauf.
Ils partent ensemble, et, quelques jours après à Jargeau, Jeanne, tenant sa parole, sauve la vie au duc.
Et combien d’autres Bretons engagés dans l’armée bretonne ou dans l’armée royale ont combattu auprès 7de Jeanne ! À quel Breton persuadera-t-on que ces preux combattant pour l’indépendance de la France n’ont pas mieux mérité le souvenir de la Bretagne que la pauvre hallucinée brûlée (sentence atroce !) en punition de ses folles rêveries7 ?
Arrière donc Perrinaïc, et place aux preux compagnons bretons de Jeanne d’Arc !
Or, des treize dont je viens de rappeler les noms, quatre au moins sont originaires du département actuel des Côtes-du-Nord ; il y en a deux de Dinan, un de Rostrenen, un de Goudelin, Gommené ou Pommerit-le-Vicomte. J’ajoute que celui qui fut leur chef, le premier d’entre eux, et le plus illustre de nos ducs, notre grand connétable, Arthur, comte de Richemont, fut seigneur de Goëlo : c’est-à-dire de Châtelaudren, Lanvollon, Châteaulin-sur-Trieux, (Pontrieux), etc.
Les habitants des lieux que je viens de nommer entendraient peut-être avec quelque intérêt, non plus une légende imaginaire comme celle de Perrinaïc, mais l’histoire vraie, écrite dans nos annales, de ces preux leurs compatriotes ; mais pourquoi faut-il que cette histoire leur soit comme une révélation !… 8Une notice sur chacun des compagnons bretons de Jeanne d’Arc, répondrait en même temps à deux questions de notre programme :
- 15. Signaler les compagnons de Jeanne d’Arc originaires des Côtes-du-Nord.
- 19. Hommes illustres ou remarquables… peu connus ou méconnus.
Mais je ne ferai pas tout ce travail aujourd’hui, je vous dirai l’histoire — je me trompe — les états de services de deux seulement de nos compatriotes : un grand seigneur, Pierre VIIIe du nom, sire de Rostrenen, et un très noble mais selon toute apparence pauvre gentilhomme, Tugdual de Kermoysan.
I. Pierre VIII de Rostrenen
La seigneurie de Rostrenen, baronnie d’ancienneté au diocèse de Cornouaille, comprenait une douzaine de paroisses contiguës, sans parler des fiefs disséminés en d’autres paroisses. En 1294, elle devait à l’armée du duc deux chevaliers8 ; moins d’un siècle plus tard, le sire de Rostrenen (Pierre VI) apparaît dans une montre de du Guesclin avec le titre de banneret.
Pierre VI avait marié sa sœur Jeanne à Alain VII de Rohan, 9tué à la bataille de Mauron en 1352. Sa fille Marguerite épousa en secondes noces le connétable de Clisson. Celui-ci entraîna son beau-frère Jean, vicomte de Rohan, et le neveu de sa femme, Pierre VII de Rostrenen, dans sa lutte armée contre Jean IV ; mais, après la paix d’Aucfer (1395), Jean IV et après lui Jean V n’eurent pas de sujets plus fidèles que les sires de Rostrenen.
Pierre VII donna la preuve de sa fidélité au jeune duc et à la Bretagne, lorsqu’il fut un de ceux qui s’opposèrent à ce que le duc de Bourgogne eût la garde de Jean V et de ses frères.
Pierre VII mourut en 1419, et eut pour successeur son fils Pierre VIII. Dès cette époque, celui-ci avait presque dédoublé ses domaines, quand il avait pris en mariage Jeanne du Guermeur, héritière de sa maison et dame du Ponthou, au diocèse de Tréguier, seigneurie qui s’étendait sur une dizaine de paroisses9.
Par sa mère, Jeanne du Guermeur était nièce propre du fameux Tanneguy du Châtel, le prévôt de 10Paris qui sauva le Dauphin, depuis Charles VII, des mains des Bourguignons (27 mai 1417) et allait devenir sénéchal de Provence.
En 1420, le sire de Rostrenen est au nombre des cent quarante-trois seigneurs qui, accourant au secours de Jean V, assiègent le château de Champtoceaux où les Penthièvre tiennent prisonniers le duc et son frère Richard10.
Le 1er août 1421, nous le trouvons à la cour de Jean V, avec la qualité de chambellan11. C’est à ce titre que sa présence et son avis et consentement sont constatés au pied des lettres de créance données aux ambassadeurs que le duc envoie aux Rois de France et d’Angleterre pour les exhorter à faire la paix (26 juin 1422)12.
Pierre de Rostrenen signe au traité conclu à Dinan, le 13 décembre 1422, entre le duc de Bourgogne et les États de Bretagne13.
En novembre 1424, le comte de Richemont est revenu de sa longue captivité en Angleterre. Charles VII lui offre l’épée de connétable ; et le comte va 11saluer le Roi à Angers. Un jour du mois de novembre, Richemont passe la Maine au lieu même où passaient les légions romaines ; et les bourgeois d’Angers voient monter vers le château, où le Roi va le recevoir, le futur connétable suivi de neuf bannerets, au nombre desquels le maréchal et l’amiral de Bretagne, et le sire de Rostrenen, douze chevaliers et quarante écuyers sans compter les hommes d’armes14. Tel était le cortège de ce cadet de Bretagne !
L’année suivante, le connétable resté en Bretagne, aide son frère à créer les milices paroissiales, à munir les côtes, à fortifier Rennes et Pontorson, une porte ouverte sur la Normandie, que tiennent les Anglais. Rostrenen assiste le connétable, qui lui donne la garde de Pontorson15. Un jour un parti anglais venu d’Avranches menace la place ; Rostrenen sort avec tout son monde, et repousse l’ennemi jusqu’aux portes d’Avranches ; mais il est fait prisonnier.
On sait comment la jalousie de La Trémouille fit exiler le connétable dans sa ville de Parthenay ; mais il n’y reste pas oisif. Il se prépare à exercer, même sans l’aveu du Roi, son office de chef de guerre, et il charge Rostrenen de recruter en Bretagne pour secourir Orléans. Vers la fin du siège tout est prêt.
Au signal de Richemont, les Bretons se mettent en marche, commandés par les deux Dinan, sieurs de 12Beaumanoir et des Huguetières, Robert de Montauban, Guillaume de Saint-Gilles, Alain de La Feuillée, les sires de Rieux et de Rostrenen.
En même temps, Richemont sort de Parthenay emmenant Tugdual de Kermoysan.
À Loudun, le sire de la Jaille apporte au connétable ce message du Roi : Retournez en arrière ou le Roi vous combattra.
— Ce que je fais, répond le connétable, est pour le bien de l’État
, et il poursuit sa marche. À Amboise, il apprend la grande nouvelle : le siège d’Orléans est levé ! L’armée royale, commandée par le duc d’Alençon et Jeanne d’Arc, assiège Beaugency… Le connétable se hâte vers Beaugency.
Il dépêche en avant Rostrenen et Kermoysan pour demander son logis
. Mais ceux-ci reviennent annonçant que Jeanne va venir le recevoir à coups d’épée. C’est l’ordre du Roi ! — Eh bien, répond l’obstiné Breton ; s’ils viennent, on les verra
, et il marche en avant.
Pour obéir à l’ordre du Roi, d’Alençon et Jeanne s’éloignent du siège et marchent contre le connétable. Mais l’arrivée de celui-ci est attendue comme une espérance16. Quand il paraît dans la plaine à la tête de sa troupe avançant en bel ordre, une immense acclamation s’élève derrière Jeanne et d’Alençon. Les Laval, Dunois, La Hire et d’autres descendent de cheval pour aller saluer le connétable… Le moyen 13de ne pas suivre ce mouvement ? D’Alençon lui-même est entraîné ; et Jeanne, la dernière, va baiser ses genoux. C’était le 17 juin.
La troupe amenée par Richemont, 400 lances (au moins 2.400 hommes), et 800 archers, dédoublait presque l’armée royale. Les Anglais ont compris qu’ils n’avaient qu’à se retirer. Le lendemain, ils rendent Beaugency, abandonnent le château de Meung, et s’éloignent en hâte sans être inquiétés.
Remarquons-le, après leur jonction, les deux armées ne s’étaient pas fondues en une seule dans la main d’un chef unique, qui aurait dû être le connétable. Jeanne et d’Alençon, lieutenant général du Roi, continuaient à commander les Français, Richemont commandait les Bretons.
Jeanne ni Richemont ne se souciait d’engager une bataille rangée. Les souvenirs de Crécy, Poitiers, Azincourt, hantaient les esprits comme des fantômes. Jeanne et le connétable sentaient que leurs armées étaient le dernier espoir de la France, et leur hésitation s’expliquait trop bien. D’ailleurs l’un d’eux eût-il été d’avis de risquer la partie, il ne pouvait rien sans l’autre.
D’un mot un Breton fit cesser toute hésitation. Rostrenen eut une inspiration, et s’adressant au connétable :
— Monseigneur, faites lever et marcher votre bannière, tout le monde la suivra.
Tout le monde… non-seulement les Bretons qui obéiront à leur chef ; mais les Français et Jeanne que l’exemple des Bretons entraînera.
La bannière du connétable se met en marche et les Bretons la suivent.
14Dans l’armée française on hésite et on délibère encore. Mais aux hésitations de Jeanne succède un confiant enthousiasme. Ses voix lui ont parlé.
Voyez-la armée tout en blanc17
poussant son cheval au-devant des compagnies :
— Il fera bon, s’écrie-t-elle joyeuse, avoir des chevaux ! Avez-vous de bons éperons ?
— Comment, devrons-nous fuir ?
— Non il faut chevaucher hardiment. Nous aurons bon compte des Anglais, et nos éperons nous serviront fort. En nom Dieu, il faut combattre : quand les Anglais seraient pendus aux nues, nous les aurons ! Le gentil Roi aura aujourd’hui la plus grande victoire qu’il ait eue. Mon conseil me l’a dit : ils sont à nous18 !
Sur l’ordre de Richemont, les mieux montés étaient partis en avant avec Jacques de Dinan, sire de Beaumanoir. Richemont les eut bientôt rejoints. Après une poursuite de cinq lieues ils attaquèrent brusquement les Anglais sans leur laisser le temps de se mettre en ligne. Le gros de l’armée française survint ; la bataille fut courte et la victoire éclatante. Après deux heures presque tous les chefs anglais étaient morts ou prisonniers avec l’illustre Talbot19.
Les Bretons avaient combattu avec furie
, comme ils firent au même lieu le 8 décembre 1870. Date qui réveille un souvenir funèbre dans plus d’une famille bretonne, mais glorieuse pour la Bretagne !
15Revenant à ces lointains souvenirs, les Bretons peuvent se dire avec un légitime orgueil que c’est un de leurs compatriotes, Pierre de Rostrenen, qui en déterminant le combat, a donné à Jeanne d’Arc l’occasion de vaincre à Patay.
L’effet moral de la victoire fut immense : les Français retrouvèrent leur confiance dans les combats en plaine et les Anglais sentirent faiblir leur présomptueuse audace. Un autre résultat de la victoire fut d’ouvrir la route de Reims.
Le connétable envoie Rostrenen au Roi pour lui demander congé de le servir à son sacre
. Jeanne joint ses supplications à celles du connétable20. Tout est inutile. Moins heureux que l’étendard de la Pucelle, le connétable qui fut à la peine ne sera pas à l’honneur !
Quand le connétable, comme en punition de sa victoire, fut de nouveau exilé à Parthenay, Rostrenen l’accompagna. En 1430, comme ami, il assistait au contrat de mariage que le connétable avait enfin négocié entre Pierre de Bretagne, son neveu, qui sera le duc Pierre II, et Françoise d’Amboise.
Nous trouvons ensuite Rostrenen à son poste de chambellan auprès du duc. Celui-ci ne voit pas dans son chambellan seulement un homme d’action l’épée à la main, mais un habile négociateur.
16Dès 1429, le duc l’avait chargé d’une mission secrète auprès du Roi ; et c’est à cette occasion que, en témoignage de sa vénération, il le chargea de présents pour Jeanne d’Arc ; Rostrenen est un des ambassadeurs que le duc envoie à l’assemblée convoquée par le Pape à Auxerre, pour le rétablissement de la paix. C’est lui enfin que le connétable et le chancelier de France dépêcheront au Roi, pour lui rendre compte de l’état des affaires. Il fera deux voyages de ce genre de Paris à Montpellier et de Paris à Reims en 1437 et 143921.
La rentrée en grâce du connétable ramène Rostrenen dans les camps. En 1434, il accompagne le connétable à une expédition dans le Maine. En 1436, nous le trouvons gouverneur de Compiègne.
Au printemps de cette année, le connétable veut, sinon entrer à Paris, du moins montrer aux parisiens la bannière française qu’ils n’ont pas vue depuis seize ans. Il se porte vers Saint-Denis et il envoie Kermoysan en avant-garde : celui-ci se heurte à une troupe d’Anglais sortis de Paris pour aller piller Saint-Denis et l’abbaye. Ne se sentant pas en force, il envoie prévenir le connétable. Rostrenen reçoit l’ordre de pousser les Anglais vers Paris. Le connétable les prend en écharpe ; et de ceux qui leur échappent à ce moment beaucoup sont tués jusque sur les glacis. — Les parisiens ont vu la bannière française : ils savent que le secours est proche, et trois jours après, le 13 avril, le connétable entrera 17sans coup férir dans la capitale perdue depuis tant d’années22.
L’année suivante, Rostrenen, selon l’expression d’un historien, fait des merveilles au siège de Montereau
. Un peu après il a la garde du pont de Charenton23.
En 1439, sur l’avis ou la révélation d’un chartreux, le connétable, avec des moyens presque insuffisants, se résout à assiéger Meaux. Rostrenen, qu’il a fait venir de Paris, commande un des trois corps de l’armée. — Nous dirons plus loin le succès du siège.
En 1440, quand éclate la guerre de la Praguerie, et que le Roi a besoin d’être défendu contre ceux qu’il combla de faveurs, il appelle au secours le glorieux disgracié. Oubliant toutes ses injures le connétable accourt ; et il charge son fidèle lieutenant du 18gouvernement de Paris. Cette année, le 13 août, le vaillant Pierre de Rostrenen mourut à Paris24.
Il fut inhumé derrière le chœur des Jacobins, avec les princes du sang. Cinquante ou soixante ans plus tard, l’historien Le Baud put lire sur l’inscription tumulaire les titres de chambellan du Roi Charles VII et lieutenant général du connétable de Richemont
. Cette inscription qui allait disparaître pour faire place à d’autres25 était peut-être, dès ce moment, le seul souvenir restant à Paris du Breton qui avait déterminé le glorieux combat de Patay !
Le nom de Pierre de Rostrenen n’a pas trouvé place dans la plupart des histoires de France. Nos historiens bretons l’ont nommé. D’Argentré le met dans sa liste des Bretons illustrés dans les armes :
Messire Pierre de Rostrenen, chevalier, conseiller et chambellan du Roi Charles VII, et lieutenant du 19connétable de France, lequel mourut à Paris, le douzième d’août 1440, duquel la sépulture se voit aux Jacobins de Paris26.
Je copie cette mention de l’historien, parce qu’elle semble reproduire l’inscription tumulaire.
Mais elle ne rappelle pas le principal titre de Rostrenen à la gloire et au souvenir reconnaissant de la France : je veux dire son heureuse initiative au matin de Patay. Lobineau le premier, je crois, a mis en pleine lumière l’attitude de Rostrenen ; et son récit a pour garant un témoin bien informé et qui était présent, Guillaume Gruel, écuyer de Richemont.
Mais qui donc lit Guillaume Gruel et même Lobineau ? Les dictionnaires biographiques ne sont-ils pas de notre temps les principales sources d’informations historiques ? Interrogez-les ; ils vous diront que Dunois fut vainqueur à Patay… Du connétable pas un mot ! On dirait que les auteurs français ont hérité l’injustice du Roi Charles VII envers son glorieux et fidèle connétable. Quant à Pierre de Rostrenen les biographes français ne le connaissent pas.
Mais il y a plus ! Pas un biographe breton n’a nommé Pierre VIII de Rostrenen, lieutenant général du connétable, et n’a signalé son attitude à Patay ! En fait de Rostrenen, l’un ne connaît que le père Grégoire, l’auteur du dictionnaire franco-breton27, qui était né à Rostrenen ; l’autre ne signale qu’un connétable 20de Louis le Débonnaire, premier connétable de France, dit-il, qui, dans une bataille eut l’extrémité du nez enlevée d’un coup de sabre, ce qui lui fit donner le surnom de Guillaume au court nez
.
Le biographe le célèbre et dans son enthousiasme s’écrie en finissant :
Valeureux Guillaume, voilà plus de mille ans que tu es mort pour nous, et chez nous rien encore ne glorifie ton dévouement28 !
Un autre enfin, parmi les comtes de Rostrenen, (un titre imaginé par lui) signale un chambellan de Charles VII29. C’est notre Pierre VIII ; mais il se 21garde d’en dire rien autre chose. Que nous voilà bien informés !
Il était écrit que les Rostrenen attendraient nos jours avant de trouver un historien. La première Madame la comtesse Jégou du Laz, née de Saisy, a donné dans sa Baronnie de Rostrenen des notices vraiment historiques sur cette illustre maison.
II. Tugdual de Kermoysan30
Il avait une belle devise : Plutôt mourir que faillir
, qui semble une traduction libre ou une imitation de la devise latine de Bretagne.
Tugdual de Kermoysan apparaît d’abord sous le nom de : Le Bourgeois, traduction française du nom breton de : Bourc’his, nom originaire de la famille. Le nom de Kermoysan, qui était celui de trois maisons nobles des paroisses de Gommené, Goudelin et 22Pommerit-le-Vicomte, fut substitué au nom patronymique breton et français. Mais, Tugdual s’étant illustré sous le nom de Le Bourgeois, les Français continuèrent à l’appeler de ce nom. Il est vraisemblable, comme nous le verrons, qu’il était cadet, et qu’il n’a pas été sire de Kermoysan.
Sa réputation était faite en France dès avant 1416. La preuve c’est que, faisant montre de sa compagnie, le 1er juin de cette année, à Montivilliers, près du Havre, il compte sous ses ordres, lui simple écuyer, neuf écuyers dont les noms ne sont pas bretons31.
Cette réputation hors de Bretagne est encore mieux prouvée parce qui suit. En 1420, la duchesse femme de Jean V charge Le Bourgeois de recruter en France pour le siège de Champtoceaux où les Penthièvre retenaient le duc prisonnier32.
L’année suivante, nous trouvons Tugdual au service du Dauphin avec son compatriote et ami Prigent de Coëtivy, le futur amiral de France, qui a le titre de lieutenant du Dauphin, en Champagne. Tous deux fatiguent les Anglais par leurs courses en Brie. Ils ont pour retraite le château de Montaiguillon : l’armée du comte de Salisbury les y assiège ; ils résistent vaillamment, faisant des sorties et des contre-mines ; mais menacés de mourir de faim, ils sont contraints de se rendre, la vie sauve, et demeurent prisonniers33.
23Huit ans plus tard, nous retrouvons Kermoysan. Il est auprès du connétable de Richemont, quand celui-ci, malgré la défense du Roi, va joindre Jeanne d’Arc. En approchant de Beaugency c’est, nous l’avons vu, Kermoysan que le connétable envoie en avant avec Rostrenen son lieutenant. Kermoysan fit la campagne de Patay.
En 1435, sur l’ordre du connétable, le maréchal de Rieux assiège Saint-Denis, Kermoysan monte le premier à l’assaut. Mais les courses que les Bretons poussent jusqu’aux portes de Paris, attirent sur eux l’armée anglaise. Les Bretons soutiennent un assaut pendant une journée entière, et le soir, les Anglais ne sont maîtres que du faubourg dit de Pontoise. Sur l’heure, Kermoysan demande au maréchal cinq hommes parmi lesquels au moins deux Bretons, Jean Budes et Hector de Mériadec. Tout les six sortent de la ville et passent le fossé sur une planche qui n’avait pas un pied de large
. Ils entrent dans le faubourg, tuent ou mettent en fuite les Anglais surpris ; et avant la nuit le faubourg est de nouveau aux Bretons34.
En 1436, le connétable tente une entreprise sur Paris ; il part d’Orléans emmenant avec lui Kermoysan35 ; et, comme nous l’avons vu, il le 24lance en avant-garde dans la plaine Saint-Denis36.
En février 1437 (1436, v. s.) Kermoysan, qualifié capitaine de gens d’armes et de trait
, tient avec sa compagnie, garnison à Saint-Denis37.
C’est de là qu’il part pour le siège de Montereau. Il monte le premier à l’assaut ; mais sa vaillance et celle des Bretons qui le suivent excitent la jalousie des Français. Au moment où Kermoysan met le pied sur le mur, un boulet parti des batteries françaises abat sous ses pieds un pan de la muraille, et il roule avec les débris au fond du fossé38.
En 1438 et 1439, nous trouvons Kermoysan avec le titre de capitaine de Saint-Germain-en-Laye39. Un peu après, capitaine de gens de guerre
, il se tient de nouveau à Saint-Denis40.
25Nous avons dit plus haut le commencement du siège de Meaux en 1439. Dix-huit ans auparavant, en 1421, la place avait arrêté le Roi Henri V, pendant neuf longs mois. Les Anglais en ont augmenté les défenses, et leur résistance est d’autant plus vigoureuse qu’ils savent qu’une armée vient à leur secours. Le connétable le sait aussi. Que faire ? Lever le siège ou brusquer l’assaut. Mais après vingt jours les approches ne sont pas faites. L’assaut est pourtant résolu. Kermoysan et d’autres Bretons au nombre desquels La Bouëxière s’y portent avec furie ; en une demi-heure ils sont dans la place.
L’armée de secours arrive et se loge en partie dans une île de la Marne ; au lieu d’aller chercher l’ennemi, le connétable l’y enferme, et charge Kermoysan et Jean Budes de la garde du pont. Les Anglais vaincus par la famine se rendent après une quinzaine.
En 1443, les Anglais, établis dans un fort construit auprès de Dieppe, bloquent et menacent la ville. Le Roi, qui est à Abbeville, veut avoir l’avis d’un homme expérimenté sur ce qu’il convient de faire. Il mande Kermoysan auprès de lui ; et, sur le rapport du Breton, le conseil de guerre résout le siège du fort et charge Kermoysan de l’investir. Il attaque le 11 août, et, le 14, il monta à l’assaut41.
Au commencement de 1450, Kermoysan tenait du duc François Ier un poste de confiance : il était gouverneur 26de son comté de Montfort-l’Amaury42 ; mais la guerre allait bientôt le rappeler : comment n’aurait-il pas pris sa part de la gloire de Formigny ?
Richemont était venu en Bretagne pour défendre son neveu Gilles contre son frère le duc François : il retournait en Normandie. L’armée anglaise, forte de six ou sept mille hommes, était double de l’armée française, que commandait le comte de Clermont, gendre du Roi ; et le connétable forçait les marches pour se rapprocher du comte. Kermoysan arrive, comme toujours impatient de combattre, mais au dernier moment. Le connétable l’accueille en plaisantant :
— Jamais je ne t’ai vu demeuré (en retard) de bonne besogne jusqu’à cette fois.
— Monseigneur, reprend Kermoysan presque pleurant, je sais que vous ne combattrez pas.
Mais le connétable le console d’un mot :
— Je voue à Dieu que avant retourner, je les verrai (les ennemis) avec la grâce de Dieu.
On sait comment le comte de Clermont, qui commandait l’armée royale, se heurta aux Anglais, le 15 avril, auprès de Formigny, et comment le connétable arrivant en hâte le lendemain matin avec ses Bretons, changea une rencontre douteuse, ou plutôt une défaite certaine, en une victoire éclatante43.
27La journée de Formigny rendit les Français maîtres de la campagne ; mais les places restaient à prendre. Vire et Bricquebec furent emportées par le connétable ; puis les deux armées réunies allèrent assiéger Caen, où le Roi arriva huit jours après.
Là, nous retrouvons Kermoysan. La colonne qu’il commande arrive la première au pied de la muraille. Elle est minée. Pour que l’assaut soit donné dès ce premier jour que faut-il ? Quelques pièces d’artillerie ; mais le Roi les refuse aux Bretons ; il ne veut pas qu’ils aient l’honneur d’emporter la place ! Caen ne capitulera que le 1er juillet44.
Le 22, le connétable s’emparait de Falaise et venait en hâte mettre le siège devant Cherbourg : il était suivi de Philippe de Culant, maréchal de France, de Prigent de Coëtivy, l’amiral, capitaine de Granville, de Montauban, maréchal de Bretagne, de Guy XIII, comte de Laval45 et de son frère André maréchal de Lohéac.
Kermoysan n’est pas nommé parmi ces personnages ; mais il était là ; et c’est devant Cherbourg que devait finir son héroïque carrière. Un coup de couleuvrine emporta l’amiral de Coëtivy et son humble mais glorieux compatriote et ami Tugdual de Kermoysan46.
28Quand on lit cet état de services on ne s’étonne pas que le nom de Kermoysan ait été connu de toute la France, et que l’armée française ait jalousé la renommée de notre compatriote. Mais on peut s’étonner que Kermoysan n’ait pas été chevalier. Aucun doute pourtant sur ce point.
En 1449, l’année qui précéda celle de sa mort, Kermoysan prend le titre d’écuyer qu’il avait déjà en 1416. Dans l’intervalle il a pu prendre les titres de capitaine de Saint-Germain, de Montecler47, de gouverneur de Montfort, enfin, au temps de sa mort, de bailli ou sénéchal de Troyes, en Champagne48. Mais le titre de chevalier ne lui appartint pas.
Faut-il supposer que, cadet de famille, Kermoysan n’avait qu’un mince patrimoine, que durant quarante années de guerres il avait acquis plus de gloire que de richesses, et qu’il n’aurait pu tenir l’état de chevalier ? car le chevalier devait paraître à la cour, aux tournois, honorer par sa magnificence l’ordre de chevalerie
. Peut-être Kermoysan craignit-il 29de ne pouvoir satisfaire à ces devoirs de représentation. Peut-être aussi tenait-il au titre d’écuyer qui, gardé par lui pendant plus de trente quatre ans, le mettait hors de pair avec les autres écuyers.
Quoiqu’il en soit, Tugdual de Kermoysan n’a-t-il pas bien mérité la place que d’Argentré lui donne entre les illustres capitaines bretons en France :
Messire Tudual Carmoisien, dit Le Bourgeois, très grand ingénieur, qui fut excellent capitaine, baillif de Troyes et gouverneur de Dieppe sous Charles VII et fut tué à Cherbourg49.
Quand je parle de l’héroïque Tugdual de Kermoysan gardant jusqu’à la fin son titre d’écuyer, et que je célèbre son éclatante bravoure, la pensée se reporte comme naturellement vers un Breton du dernier siècle, comme Kermoysan sans peur et sans reproche, qui exerça plus d’une fois le commandement de général, mais qui ne voulut être que capitaine : Théophile Malo Corret de Kerbauffret, illustre sous le nom de La Tour d’Auvergne Corret, et sous le titre qu’il a seul porté de Premier grenadier des armées de la République50.
Fin
Notes
- [1]
Noms de lieux :
- Briquebec : Bricquebec
- Broussinière : (bataille de la) Brossinière
- Chantocé : Champtocé
- Chantoceaux : (siège de) Champtoceaux
- Meun : Meung
Noms de personnes :
- Lahire : La Hire
- Coétivy : (amiral de) Coëtivy
- [2]
Le mercredi 24 juin 1896, d’après le Bulletin archéologique de l’Association bretonne, troisième série, tome XV, trente-septième congrès tenu à Saint-Brieuc du 21 au 28 juin 1896.
- [3]
Mais nous ne revendiquons pas leur cousin Gilles de Laval né en 1404, seigneur de Retz, Champtocé et Ingrandes, qui entra avec Jeanne dans Orléans, que son héroïsme fit créer maréchal de France en 1429, à 25 ans, qui, sur l’ordre du Roi, portait la sainte ampoule à son sacre (Bertrand d’Argentré, Histoire de Bretagne, 3e édition, 1618, p. 779), et qui devait finir dans l’ignominie sinon dans la démence (1440).
- [4]
Veuve de du Guesclin, Jeanne de Laval-Châtillon, avait épousé Guy XII de Laval.
- [5]
On écrit aujourd’hui Brécinière. Sur les limites de la Bretagne et du Maine, à trois kilomètres au nord de la gare de Saint-Pierre-la-Cour (chemin de fer de Laval à Rennes).
- [6]
Dom Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire de Bretagne, t. II (1744), col. 1224-1225. Lettre du 8 juin. — C’était un mercredi : les frères avaient vu Jeanne le samedi précédent, 5 juin, après la levée du siège, à Selles en Berry.
- [7]
Pierrone (pas Perrinaïc) a été brûlée à Paris, le 3 septembre 1430, et ses cendres ont été jetées au vent. Qui l’aurait jamais cru ? Un journal parisien vient de publier que la tombe de la guerrière Perrinaïc a été retrouvée dans l’église de Louannec, près de Lannion. Et cette mauvaise plaisanterie a été prise au sérieux ! Cette tombe est celle d’un Coëtmen, seigneur d’une moitié de Louannec. (Voire réponse dans l’Indépendance Bretonne du 26 mars 1896).
- [8]
Dom Morice, Preuves, t. I (1742), col. 1114. — Le vaste diocèse de Cornouaille ne devait en tout que quinze chevaliers.
- [9]
Sans parler de possessions en Basse-Cornouaille, notamment Coatfao, avec haute justice, paroisse de Pluguffan, près de Quimper.
Ce sont les titres de Coatfao qui nous donnent la date approximative du mariage de Pierre VIII. — Aveux de 1421, 22, 23 (archives du Finistère.) Réf. de 1446
Coatfao-métayers au sire de Rostrenen, à cause de sa femme, au manoyr de Coatfao.
Le Ponthou était une ancienne seigneurie. En 1294, le seigneur déclara devoir
demy-chevalier d’Ost
. Dom Morice, Preuves, t. I, col. 1113. - [10]
Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1060.
- [11]
Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1084. Il reçoit comme gages 150 l. par an, environ 6.000 fr. de notre monnaie. Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1194. Compte de Jean Droniou (1423-1426).
- [12]
Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1113.
- [13]
Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1148.
- [14]
Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1148.
- [15]
Rostrenen était capitaine de Pontorson dès 1426 (Alexandre de Couffon de Kerdellec’h, Recherches sur la chevalerie du duché de Bretagne, t. II, p. 57).
- [16]
Le 8 juin, Guy de Laval écrit à ses
redoutées dames et mères
:Et est vent ici que Mgr le connétable vient avec 600 hommes d’armes et 400 hommes de trait.
Il en amena beaucoup plus.
- [17]
Lettre de Guy de Laval.
- [18]
François Guizot, L’histoire de France racontée à mes petits-enfants, t. II, p. 312.
- [19]
Sur ce qui précède et sur ce qui va suivre, Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, t. I.
- [20]
D’Argentré, Histoire de Bretagne, p. 778.
- [21]
Comptes de trésorerie (Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1268.)
- [22]
Je ne sais pourquoi Lobineau donne la date du 20 avril. La date du vendredi 13 avril est certaine ; elle résulte même des renseignements qu’il donne : Pâques était le 8 avril. Le combat de Saint-Denis est du mardi de Pâques, 10 avril. Le soir même Richemont reçoit un message de bourgeois de Paris. Il fait aussitôt ses préparatifs ; et le vendredi suivant (qui est le 13), une porte lui est ouverte (Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, t. I, p. 605).
- [23]
4e compte de Raguier, 1436-37-38 :
A M. de Rostrenen, capitaine de Compiègne, pour VIII hommes d’armes et XXIV hommes de trait. Cent quarante-cinq écus XII s. VI deniers. — (Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1267.)
Quittance donnée le 18 mars 1436 [1437 n. s.], Pierre, Chevalier, sr de Rostenay, etc… Pont de Charenton. — (Id., col. 1298.)
- [24]
Pierre ne laissa pas de fils mais seulement trois filles.
- [25]
L’inscription n’a pas été reproduite par M. de Guillermy. Si le tombeau existait encore en 1792, les armoiries ont dû appeler sur lui
la massue nationale qui à Franciade (Saint-Denis) frappait les tyrans jusque dans leurs tombeaux
(Rapport de Grégoire, Moniteur, an II, n° 346, p. 1422).Du Guesclin ne fut pas épargné bien que le décret du 1er août 1793 ne prescrivit que
la destruction des tombeaux des ci-devant rois
. - [26]
D’Argentré, Histoire de Bretagne, p. 80.
- [27]
Jean Levot, Biographie bretonne, t. II (1857) p. 780
- [28]
Abbé de Garaby (Annales des Côtes-du-Nord, 1842, p. 145 et suivantes).
Avant lui, Jean-Baptiste Ogée avait écrit :
Tous les historiens sont d’accord que c’est cette famille [de Rostrenen] qui a donné à la France son premier connétable sous Louis le Débonnaire… — (t. II, 2e édition, p. 687.)
Ce qui est certain au contraire, c’est que le connétable n’est devenu grand officier de la couronne et chef de l’armée qu’après la suppression du sénéchal en 1091. Le père Anselme ne compte les connétables qu’à partir de 1060.
Benjamin Jollivet copie l’abbé de Garaby. Il ajoute :
En 1433, le sire de Rostrenen [c’était Pierre VIII] prit de nouveau parti pour Clisson contre Jean V. En 1437, il fait des prodiges au siège de Moncontour. — (Les Côtes-du-Nord, t. III, 1856, p. 269.)
Que d’erreurs en deux lignes ! Jamais Clisson n’a combattu Jean V, qu’il avait voulu armer chevalier ; et Clisson était mort depuis le 23 avril 1407. Le mot Moncontour doit être remplacé par Montereau. Ci-dessus, p. 15.
- [29]
Géographie historique des Côtes-du-Nord, p. 322.
- [30]
M. de Courcy (Nobiliaire et armorial de Bretagne, 3e édition, t. II, p. 115) n’a eu garde d’omettre Tugdual de Kermoysan ; mais la notice contient des inexactitudes dont plusieurs sont assurément des fautes d’impression. Ainsi :
- la date 1298 donnée avant 1248 ;
- la date du siège de Caen 1459, au lieu de 1450 ;
- plus loin 1314 au lieu de 1814.
L’abbé de Garaby a consacré une notice à Kermoisan (Personnes marquantes nées dans les Côtes-du-Nord. Annuaire de 1848, p. 42 à 45).
- [31]
Dom Morice, Preuves, t. II, col. 928.
- [32]
Dom Lobineau, Histoire, t. I, p. 545.
- [33]
Dom Lobineau, Histoire, t. I, p. 559.
- [34]
Dom Lobineau, Histoire, t. I, p. 603.
- [35]
Compte d’Antoine Raguier, trésorier des guerres, 1437-1438 :
A Tudual le Bourgeois pour don à lui fait par M. Le Connestable, pour estre venu en sa compagnie d’Orléans jusqu’à Paris, 14 escus, 15 s. tourn. 20 l. tourn. — (Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1268.)
- [36]
Ci-dessus, p. 14.
- [37]
Compte Raguier, 1437-1438 :
A Tudual Bourgeois, capitaine de gens d’armes et de trait ; pour vingt hommes d’armes et quarante hommes de trait, estant de par lui en garnison à St-Denis, demi mois de febvrier 1436 (v. s. 1437.) 246 l. tournois. — (Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1268.)
- [38]
Dom Lobineau, Histoire, t. I, p. 606.
- [39]
Compte de Ragnier, 1438-1440 :
A Tugdual le Bourgeois, capitaine de St-Germain-en-Laye, pour 8 mois commencés le 1er octobre 1438, 783 liv. tournois [au moins 15,320 fr. de notre monnaie]. — (Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1268-1269.)
- [40]
Au même
chef de certain nombre de gens de guerre à Saint-Denis pour un quart d’an 2712 l. t.
(ou 105.480 fr. de notre monnaie au minimum). La dépense pour l’année entière aurait été de plus de 434.000 francs. Il est permis de supposer une faute d’impression. (Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1268.) - [41]
Dom Lobineau, Histoire, t. I, p. 623. Le Roi à cette occasion le fit gouverneur de Dieppe, comme nous verrons plus loin.
- [42]
Archives de la Loire-Inférieure, E. 245. Tugdual représente le duc François Ier dans l’acte d’acquêt de la seigneurie de Houdan, et il prend le titre de gouverneur de Montfort.
- [43]
Dom Lobineau, Histoire, t. I, p. 641. Ce qui n’empêcha pas le Roi de décerner l’honneur de la victoire au comte de Clermont. Les biographes français le donnent aujourd’hui à Dunois !
- [44]
Dom Lobineau, Histoire, t. I, p. 645.
- [45]
Guy de Laval, sire de Gavre, prit le titre de comte de Laval, du vivant de sa mère héritière de Laval qui survécut jusqu’au 28 janvier 1466. La baronnie de Laval avait été érigée en comté par lettres de Charles VII du 17 juillet 1429.
- [46]
Dom Lobineau, Histoire, t. I, p. 647.
- [47]
Montecler, place du Maine (Alexandre de Couffon de Kerdellec’h, Recherches sur la chevalerie du duché de Bretagne, t. II, p. 172).
- [48]
Le sénéchal ailleurs qu’en Bretagne était un officier de robe courte. Sur ce point, cf. lettre du Roi Charles IX, de Saint-Maur, 14 mai 1566, déclarant que en Bretagne les
sénéchaux sont de robes longues de tout temps et d’ancienneté
(Dom Morice, Preuves, t. III, col. 1349). - [49]
D’Argentré, Histoire de Bretagne, p. 81.
- [50]
La légende s’est emparée de Corret : elle l’a amoindri et défiguré avec le parti pris de l’agrandir et de le glorifier. Prochainement nous réfuterons les légendes. C’est autant plus nécessaire qu’à notre époque elles ont reçu l’estampille officielle. Cf. les discours prononcés au Panthéon le 4 août 1889.
Hier (11 août), à Rennes, M.le Président de la République célébrait La Tour d’Auvergne, soldat et gentilhomme. Deux légendes !…