Canonisation

Procédure de canonisation de Jeanne d’Arc (1869–16 mai 1920)

Chronologie de la canonisation de Jeanne d’Arc.
Terme de recherche

Chronologie

  • 1869

  • 8 mai

    À la suite du Panégyrique de Mgr Dupanloup .

  • 1874

  • 2 nov. 1874–28 jan. 1876

    Premier procès ordinaire à Orléans. (enquête diocésaine préliminaire)

    Mgr Dupanloup se rend à Rome pour les fêtes de Pâques (6 avril). De retour à Orléans il nomme deux postulateurs de la Cause qui réunissent la documentation préparatoire. Ces travaux terminés, Dupanloup institue un tribunal diocésain spécial.

    • M. Alexandre Collin (au nom de la ville) ;
      (1808-1890) Ingénieur, inspecteur général des ponts et chaussées, ancien conseiller municipal, ancien président de la Société archéologique de l’Orléanais en 1865-1866.
    • l’abbé François-Edmond Desnoyers (au nom du diocèse).
      (1806-1902) vicaire général, official du diocèse, directeur du musée historique d’Orléans, fondateur du musée de Jeanne d’Arc, président de la Société archéologique de l’Orléanais en 1850, 1870-1873, 1877-1879 et 1888.

    Note. — Début 1875, Mgr Dupanloup, constatant que le tribunal est devenu insuffisant pour un si grand travail, institue un tribunal suppléant (Le Français, 20 jan. 1875).

    Juges :

    • l’abbé Louis-Alexandre Rabotin ;
      (1814-1886) Vicaire général (depuis 1861), chanoine honoraire (depuis 1845), l’infatigable collaborateur de Dupanloup (considérations de Mme Marcilhacy).
    • l’abbé Louis Branchereau (suppléant) ;
      (1819-1913) Prêtre de la congrégation de Saint-Sulpice, professeur de philosophie, supérieur du grand séminaire d’Orléans (après l’avoir été à Nantes).

    Juges adjoints (assesseurs) :

    • l’abbé Narcisse-Alexandre Gassot ;
      (Patay, 1819-1878) Professeur de droit canon au grand séminaire d’Orléans, après l’avoir été de philosophie à Toulouse, puis de théologie à Nantes et à Aix.
    • l’abbé Louis Baunard ;
      (1828-1919) Docteur ès lettres (Paris, 1860), docteur en théologie (Rome, 1862), chanoine honoraire d’Orléans, aumônier de l’école normale primaire, futur prélat de Sa Sainteté (1884).
    • l’abbé Charles Coignet (suppléant) ;
      (1840-1909) Docteur en théologie, vicaire de Saint-Laurent, futur curé de Coullons (1880-1901).
    • l’abbé Eugène Jarossay (suppléant) ;
      (1843-) Docteur en théologie, vicaire de Saint-Marceau.

    Promoteur :

    • l’abbé Stanislas-Benoît-Joseph Bardin ;
      (1805-1878) Vicaire général, chanoine.

    Vice-promoteur :

    • l’abbé Delaunay ;
      Directeur du grand séminaire, professeur de morale (professeur d’Écriture sainte et de langue hébraïque).

    Notaire :

    • l’abbé Edmond Séjourné ;
      (1833-1920) Premier aumônier des hospices d’Orléans, bientôt chanoine et secrétaire général de l’évêché.

    Notaire adjoint :

    • l’abbé Léon Renaudin ;
      (1816-1896) Supérieur du petit séminaire de Sainte-Croix (depuis 1855).

    Courriers (Curseurs) :

    • l’abbé Pierre-François Bouloy ;
      (1821-1877) Chanoine honoraire, vicaire de Notre-Dame de Recouvrance, membre de la Société archéologique de l’Orléanais.
    • l’abbé Paul-Marie-Félix Gerbault ;
      (1838-) Vicaire de Saint-Aignan, futur bras droit de Mgr Coullié.

    Témoins instrumentaires (Témoins du serment) :

    • l’abbé Louis-Augustin-Édouard Lambert ;
      (1819-1891) Chanoine honoraire, curé de Notre-Dame de Recouvrance.
    • l’abbé Paul Gélot ;
      (1828-1890) Chanoine honoraire, aumônier de la Sainte-Enfance ; directeur des Annales religieuses.

    Chancelier :

    • l’abbé Jacotte ;
      (1818-1875), Chanoine titulaire et secrétaire général de l’Évêché. Décèdera en avril 1875.

    Sources : Mouchard, Les fêtes de la béatification, 1910, p. 27 et le Bulletin de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, vol. 6, p. 82, Gallica, Google.

    • Robert Deschamps, Conseiller à la Cour d’Appel d’Orléans ;
    • le Comte Anatole de Pibrac ;
    • Alexis-Aignan Germon, Président du Tribunal de commerce ;
    • Paul-Eugène Homberg, Conseiller à la Cour d’Appel ;
    • Henri Genty, Président du Tribunal ;
    • le Baron Achille de Morogues ;
    • Théophile Cochart, professeur au Grand Séminaire ;
    • Maxime de Laage de la Rocheterie ;
    • etc.

    Sources : Pie de Langogne, Jeanne d’Arc devant la Congrégation des rites, 1894, p. 10.

    La première séance a lieu le 2 novembre 1874, à l’évéché d’Orléans. Le tribunal entend de nombreux témoins.

    Le 28 janvier 1876, le tribunal rend ses conclusions (non communiquées au public). Dupanloup part aussitôt pour Rome déposer les pièces dans les bureaux de la Sacrée Congrégation des rites.

  • 1876

  • 1876–1880

    Procès en cour de Rome.

    Les pièces sont traduites en italien, un sommaire du procès est imprimé.

    Pie IX confie la cause au cardinal Bilio :

    • cardinal ponent (rapporteur de la cause) : cardinal Bilio (préfet de la S. C. des rites) ;
    • avocat : Hilaire Alibrandi (juriste italien) ;
    • postulateur : l’abbé Arthur(-Jules) Captier.
      (1828-1903) procureur à Rome de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice (nommé en 1874).
  • 1878

  • 11 oct.
    Décès de Mgr Dupanloup (76 ans) ; Mgr Coullié (50 ans), son coadjuteur, lui succède le jour même.
  • 1885

  • 26 jun.–19 nov.

    Premier procès additionnel ordinaire à Orléans.

    Le but de ce procès est de recueillir les traditions orales qui seraient conservées sur Jeanne d’Arc.

    Une * indique la présence au tribunal de 1874-1876.

    Postulateurs de la Cause :

    • M. Alexandre Collin* (au nom de la ville) ;
      (1808-1890) ancien inspecteur général des ponts et chaussées.
    • l’abbé François-Edmond Desnoyers* (au nom du diocèse) ;
      (1806-1902) vicaire général, fondateur du musée de Jeanne d’Arc, vice-président de la Société archéologique de l’Orléanais.

    Juges :

    • Mgr Louis-Alexandre Rabotin* ;
      (1814-1886) Protonotaire apostolique, ad instar participantium, vicaire général et archidiacre d’Orléans. Décédera le 18 avril 1886.
    • l’abbé Louis Branchereau* ;
      (1819-1913) Vicaire général, supérieur du grand séminaire d’Orléans.

    Juges adjoints :

    • l’abbé Almyre de La Taille (Lolainville) ;
      (1818-1894) Vicaire général et doyen du chapitre, ancien curé de Pithiviers (1858 à 1880).
    • l’abbé François Hautin ;
      (1831-1907) Vicaire général. Deviendra membre de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie (1894).
    • l’abbé Duchemin ;
      Curé de Chevilly, docteur en théologie.
    • M. Agnès.
      Aumônier du Sacré-Cœur, docteur en théologie.

    Promoteur fiscal :

    • l’abbé Louis-Toussaint Tranchau ;
      (1821-1887) Vicaire général, chanoine titulaire et archiprêtre de la cathédrale Sainte-Croix (depuis 1875). Deviendra vicaire général officiel et archidiacre d’Orléans à la mort de Mgr Rabotin (avril 1886). Décédera le 7 décembre 1887.

    Vice-Promoteur :

    • l’abbé Delaunay* ;
      Directeur du grand séminaire, professeur de théologie.

    Notaire  :

    • l’abbé Pierre-Alexandre Laurent ;
      (1824-1888) Chanoine honoraire, secrétaire-archiviste et bibliothécaire de l’Évêché. Décèdera le 10 février 1888, sera remplacé par l’abbé Édouard Gilles (ci-dessous).

    Notaire adjoint  :

    • l’abbé Léon Renaudin* ;
      (1816-1896) Supérieur du petit séminaire de Sainte-Croix.

    Courriers :

    • l’abbé Jacques Bouloy ;
      Aumônier du Calvaire.
    • l’abbé Édouard Gilles ;
      Aumônier des Ursulines ; deviendra secrétaire-archiviste de l’Évêché à la mort de l’abbé Laurent (ci-dessus).

    Témoins instrumentaires :

    • l’abbé Paul Gélot* ;
      (1828-1890) Chanoine d’Orléans, aumônier de la Sainte-Enfance.
    • l’abbé Louis-Augustin-Édouard Lambert* ;
      (1819-1891) Chanoine honoraire, curé de Notre-Dame de Recouvrance.

    Sources : Mouchard, Les fêtes de la béatification, 1910, p. 29.

    Le procès compte 360 pages in-folio.

  • 3 aoû.

    Les postulateurs demandent et obtiennent que deux experts soient envoyés à Paris confronter un exemplaire de Quicherat avec les originaux de la Bibliothèque nationale. Sont commis deux anciens de l’École des chartes :

    • le vicomte Maxime de Beaucorps ;
      (1840-1911), membre de la Société archéologique et historique de l’Orléanais en 1868.
    • Octave Raguenet de Saint-Albin.
      (1853-1920), membre de la Société archéologique et historique de l’Orléanais en 1879.

    Ils confirment la conformité de l’édition de Quicherat.

    Sources : Pie de Langogne, Jeanne d’Arc devant la Congrégation des rites, 1894, p. 37.

  • nov.

    Voyage de Mgr Coullié à Rome.

    Fin novembre, Mgr Coullié est à Rome pour remettre les pièces du procès additionnel à Léon XIII. Il lui apporte également une adresse dans laquelle 113 évêques de France, de Belgique, d’Angleterre et du Canada supplient Sa Sainteté d’ordonner la reprise des travaux sur la canonisation de Jeanne d’Arc. (Journal des villes et des campagnes, 3 déc.)

    Le 2 décembre, le Moniteur de Rome annonce que la cause de la béatification de Jeanne d’Arc a été introduite la veille (mardi 1er décembre) devant la Congrégation des rites. (Le Rappel, 3 déc.)

    Le 9 décembre, en audience, Léon XIII lit une lettre destinée aux fidèles du diocèse d’Orléans avant de la remettre à Mgr Coullié. L’évêque relatera l’événement dans une lettre pastorale dix ans plus tard :

    Arrivé à la dernière phrase, Léon XIII s’arrêta pour nous la faire remarquer :

    J’espère, nous dit-il, que l’on reconnaîtra dans ces lignes la cause de Jeanne d’Arc : La bonté de Dieu, nous vous en exprimons de tout cœur l’augure, exaucera ces vœux que vous faites de concert, ces vœux qui importent à la gloire de la France entière, et spécialement à l’honneur de la cité d’Orléans.

    Nous emportions de cette audience ce bon augure (L’Univers, 4 fév. 1894).

  • 1887

  • sep.

    Le cardinal Howard a accepté d’être ponant dans le procès de béatification.

    Sources : Le Figaro, 27 septembre 1887.

  • 1er déc. 1887–7 fév. 1888

    Second procès additionnel ordinaire à Orléans.

    Même tribunal qu’en 1885 moins Mgr Rabotin, décédé le 18 avril 1886.

    Sources : Mouchard, Les fêtes de la béatification, 1910, p. 29.

    Le procès compte 92 pages in-folio.

  • 1888

  • 9–21 fév.

    Voyage de Mgr Coullié à Rome.

    Mgr Coullié, accompagné du chanoine Séjourné, se rend de nouveau à Rome pour déposer le procès additionnel. — Il arrive dans la ville éternelle le samedi 11 février à 7 heures du matin, après un voyage de quarante heures marqué par une seule halte à Gênes. — Le lundi 13 février au matin, il célèbre la messe à Saint-Pierre, et dans la soirée, remet les pièces du procès à Mgr Salvati, secrétaire de la Congrégation des rites. — Le mardi 14 février à 11 heures, il est reçu en audience par Léon XIII. Avant de repartir pour Orléans, il assiste à la promulgation du décret de béatification de Jean-Baptiste de La Salle, le dimanche 19 février.

    Sources : Annales religieuses d’Orléans, 18 févr..

  • sep.

    Lettre postulatoire du R. P. Général de l’ordre des Franciscains à Léon XII pour la béatification de Jeanne d’Arc.

    Sources : L’Observateur français, 4 sept., Le Figaro, 12 sept., Annales religieuses d’Orléans, 22 sept..

  • 1889

  • 2 déc.

    Rome, 2 décembre. […] Le procès de béatification de Jeanne d’Arc subit un retard de la Congrégation des rites. On croit que le Pape interviendra pour aplanir les difficultés. (Le Figaro, 3 déc.)

  • 23 déc.

    Rome, 23 décembre. […] La position pour la cause de la béatification de Jeanne d’Arc est sous presse en ce moment à la typographie de la Propagande. La Congrégation des rites ne tardera pas à s’occuper de l’introduction de cette cause. Le succès parait assuré. (L’Observateur français, 25 déc.)

  • 1890

  • Un Comité républicain de la fête civique de Jeanne d’Arc s’est formé pour obtenir l’instauration d’une fête laïque en l’honneur de Jeanne d’Arc. Inquiet de l’énergie déployée par le clergé français pour obtenir la canonisation, le Comité adresse au président Carnot une lettre et un mémoire.

    Texte de l’adresse et du mémoire : Revue occidentale, p. 228 et suiv.

  • 4 fév.

    Rome, 14 février. La Congrégation des rites décidera vers la fin de l’année s’il y a lieu de proposer au pape d’instruire le procès canonique pour la béatification de Jeanne d’Arc. (Le Matin, 15 févr.)

  • 1891

  • 30 avr.

    Rome. La Congrégations des rites a été saisie de nouveaux et importants documents relatifs aux procès de béatification et de canonisation de Jeanne d’Arc. On a lieu d’espérer que la cause ne tardera pas à être introduite. (Nouvelle Bourgogne, 30 avr.)

  • 1892

  • avr.
    Mgr Sonnois, évêque de Saint-Dié, rencontre le Pape à Rome et plaide la cause de Jeanne. (La Gazette, 24 avril.)
  • 1894

  • 27 jan.

    Décret de Léon XIII qui déclare Jeanne vénérable et introduit la cause de béatification.

    Le cardinal Aloisi Masella, préfet de la Sacrée Congrégation des rites, écrit le jour même à Mgr Coullié pour lui annoncer la nouvelle. Il ajoute :

    Que les évêques de France tâchent d’empêcher tout signe de ce culte, et même de faire disparaître tout ce qui existe déjà contrairement aux règles du Saint-Siège. Ne le faisant pas, on arrêterait la marche de la cause. (L’Univers, 4 fév.)

    À la demande du postulateur de la cause, la Congrégation des rites ordonne l’ouverture du procès de non-culte (de non cultu) et adresse aux évêques d’Orléans et de Saint-Dié des rescrits (lettres de commission) les chargeant, dans leur diocèse respectif, de l’instruction du procès apostolique.

    La cause n’est plus simplement intitulée : Aurelianensis, mais Aurelianensis seu Sancti Deodati.

  • 17 jun.

    L’évêque de Saint-Dié, Mgr Foucault, reçoit le rescrit de la Congrégation des rites.

  • 15 jul.

    Mgr Coullié ayant été nommé archevêque de Lyon, Mgr Touchet est nommé évêque d’Orléans (janvier) et consacré le 15 juillet.

    Le jour de son installation (19 juillet), Mgr Coullié lui remet le rescrit de la Congrégation des rites.

    Son premier acte épiscopal, le jour même, est la nommination de l’abbé Hertzog comme nouveau postulateur de la Cause, en lieu et place de M. Captier.

    L’abbé Arthur-Jules Captier (1828-1903), procureur de la Compagnie de Saint-Sulpice à Rome, avait été nommé supérieur général de la Compagnie le 16 janvier. L’abbé François-Xavier Hertzog (1857-1945), lui succéda également comme procureur général de la Compagnie.

  • 3 sep. 1894–14 jan. 1895

    Procès de non culte à Orléans.

    Juge apostolique : Mgr Touchet.

    Juges délégués :

    • l’abbé Louis Branchereau* ;
      (1819-1913) Vicaire général, supérieur du grand séminaire d’Orléans.

    Bientôt remplacé par :

    • l’abbé Henri (de Gaudart) d’Allaines ;
      (1849-1934) Vicaire général, archidiacre de Montargis.

    Assisté de :

    • l’abbé Agnès ;
      (1819-1913) Vicaire général, chanoine, directeur de l’Œuvre de Sainte-Marthe.
    • l’abbé (Joseph Célestin) Justinien Dulouart ;
      (1833-) chanoine.
    • l’abbé Auguste Génin ;
      Chanoine, ancien curé d’Amilly, féru de science.
    • l’abbé Adolphe Castera ;
      (1839-1899) Chanoine honoraire (titulaire en 1897), directeur du Petit Séminaire de Sainte-Croix (1883-1897).

    Promoteurs :

    • l’abbé Edmond Séjourné ;
      Notaire lors des procès de 1874 et 1888.

    Bientôt remplacé par :

    • l’abbé Victor (Jean-Baptiste) Boullet ;
      (1847-1913) Vicaire général.
    • l’abbé Henri Despierre ;
      Archiprêtre de la Cathédrale d’Orléans (nommé en 1886), chanoine.

    Notaire :

    • l’abbé Eugène Filiol ;
      Chancelier de l’évêché, chanoine honoraire.
    • (adjoint) l’abbé Hubert Billard ;
      Secrétaire de l’évêché, chanoine honoraire.

    Courrier (Cursor) :

    • l’abbé Émile Théau ;
      Vicaire de la Cathédrale, bientôt curé de Sennely (1895).

    Vice-postulateur (désigné par l’abbé Hertzog, postulateur) :

    • l’abbé Arthur Clain ;
      Directeur du Grand Séminaire.

    La sentence est prononcée le 7 janvier 1895. Lors de la 26e et dernière séance le 14 janvier, Mgr Touchet reçoit une copie sous scellé des actes du procès (307 feuillets), qu’il portera en personne à la Congrégation des rites à Rome.

    Source : Mouchard, Les fêtes de la béatification, 1910, p. 39.

  • 25 sep.–31 oct.

    Procès de non culte à Saint-Dié.

    (11 témoins entendus, procès-verbal de 209 pages environ.)

    Mgr Foucault institue le tribunal courant septembre.

    Juge apostolique :

    • Mgr Eugène Grandclaude ;
      (1826-1900) Supérieur du grand séminaire et vicaire général de Saint-Dié.

    Sous-promoteurs de la foi :

    • l’abbé Jean Hingre ;
      (1823-1898) Chanoine, professeur de chant grégorien, directeur de la Semaine Religieuse du diocèse de Saint-Dié.
    • l’abbé Rovel ;
      Chanoine, aumônier de l’hôpital de Saint-Dié.

    Notaire :

    • l’abbé Edmond L’Hôte ;
      (1846-1911) Chanoine.

    Courrier (Cursor) :

    • l’abbé Defrain ;
      Vicaire de la Cathédrale.

    Vice-postulateur (désigné par l’abbé Hertzog, postulateur) :

    • l’abbé Noël ;
      Chanoine.

    Témoins entendus à la demande du vice-postulateur :

    1. le chanoine Bourgaud, curé de Domrémy ;
    2. Mme veuve Viardin, de Domrémy ;
    3. l’abbé Bernard, curé-doyen de Coussey ;
    4. Aug. Sarrier, adjoint de Domrémy ;
    5. Fr. Eugène Forgeot, de Greux ;
    6. Hyacinthe Maudet, président du conseil de fabrique de Maxey-sur-Meuse ;
    7. l’abbé Vouillaume, curé de Maxey.

    Témoins d’office, entendus à la requête des sous-promoteurs de la Foi :

    1. le chanoine Raison, ancien curé-doyen de Neufchâteau, vicaire général de Mgr Foucault ;
    2. l’abbé Mourot, curé de Laveline, rédacteur de la Voix de Jeanne d’Arc.

    Témoins entendus avant la visite des lieux où le culte prohibé pourrait être rendu :

    1. sœur Hermance, ancienne gardienne de la maison de Jeanne d’Arc et supérieure du pensionnat de Domrémy ;
    2. M. Norguin, membre du conseil de fabrique de la paroisse.

    Le tribunal a dû se transporter deux fois à Domrémy : une première fois pour l’audition des témoins, et une seconde fois pour l’inspection des lieux.

    La sentence est rendue par Mgr Grandclaude le lundi 15 octobre, en présence de Mgr Foucault ; et les actes publiés. Une transcription authentique sera faite (31 oct. ?) pour être remise à la Congrégation.

  • 1897

  • Mgr Touchet reçoit l’ordre de constituer un tribunal nouveau afin d’examiner l’héroïcité des vertus.

  • 1er mar.–22 nov.

    Procès apostolique sur les Vertus et les Miracles in specie.

    (122 séances, 48 témoins entendus, dont le père Ayroles, procès-verbal de 3000 pages.)

    Une * indique la présence au tribunal de 1894 pour le non culte.

    Juge apostolique : Mgr Touchet.

    Juges délégués :

    • l’abbé Henri d’Allaines* ;
      (1849-1934) Vicaire général.
    • l’abbé Agnès* ;
      (1819-1913) Chanoine titulaire.
    • l’abbé Justinien Dulouart* ;
      (1833-) Chanoine titulaire.
    • l’abbé Auguste Génin* ;
      Chanoine titulaire.
    • l’abbé Adolphe Castera* ;
      (1839-1899) Chanoine titulaire.

    Sous-promoteurs de la foi :

    • l’abbé Victor Boullet* ;
      (1847-1913) Promoteur du diocèse.
    • l’abbé Henri Despierre* ;
      Archiprêtre de la Cathédrale.

    Notaire :

    • l’abbé Eugène Filiol* ;
      Chancelier de l’évêché.

    Notaires adjoints (dix, parmi lesquels) :

    • l’abbé Gilles ;
      Secrétaire de l’évêché.
    • l’abbé Hubert Billard* ;
      Secrétaire de l’évêché, chanoine honoraire.

    Courrier (Cursor) :

    • l’abbé Henri Lefort ;
      Vicaire de la cathédrale.

    Vice-postulateur :

    • l’abbé Arthur Clain ;
      Directeur du Grand Séminaire.
    1. le père Ayroles (à la requête du vice-postulateur, l’abbé Clain) ; il est entendu les 21 et 22 septembre ;
    2. Daudier ;
    3. Maxime de la Rocheterie ;
      (1837-1917) Historien.
    4. Henri Wallon ;
      (1812-1904) Historien.
    5. l’abbé Edmond Séjourné ;
      (1833-1920) Cf. tribunal de 1874.
    6. l’abbé Théophile Cochard ;
      (1836-1914) Chanoine d’Orléans, directeur des Annales religieuses d’Orléans, membre de la Société archéologique et historique de l’Orléanais (1880).
    7. Bourgault ;
    8. Mère Thérèse de la Croix ;
    9. trois religieuses de la Visitation ;
    10. Herluison ;
    11. Godefroid Kurth ;
      (1847-1916) Historien belge.
    12. Georges Goyau ;
      (1869-1939) Historien orléanais.
    13. Marius Sepet ;
      (1845-1925) Historien.
    14. Louis Jarry ;
      (1837-1898) Historien orléanais.
    15. le comte Gustave Baguenault de Puchesse ;
      (1843-1922) Historien orléanais.
    16. l’abbé Gustave Vié ;
      (1849-1918) Supérieur du petit séminaire de La Chapelle (depuis 1886).
    17. l’abbé Henri Debout ;
      (1857-1936) Prédicateur du grand Pèlerinage français à Domrémy.
    18. le R. P. Francis Wyndham.
      (1838-1919) Supérieur général des Oblats de Saint-Charles, de Londres ; auteur de : The Maid of Orleans (Orléans, Herluison, 1891), traduit en français par Édouard Pelletier : La Pucelle d’Orléans (Orléans, Herluison, 1892).
    1. M. Lelong ;
    2. Mlle Laforge ;
    3. M. Rivet ;
    4. M. le Dr Baille ;
    5. Mlle Amélie Sella ;
    6. Mme Gravier ;
    7. Mme Renard ;
    8. trois religieuses de Nancy ;
    9. M. et Mme Leroy-Veillard ;
    10. M. l’abbé Leroy ;
    11. M. Paul Leturque ;
    12. M. le Dr Baranger ;
    13. M. le Dr Fauchon ;
    14. M. Guéroult et deux de ses paroissiens ;
    15. M. de Hédouville ;
    16. M. le Dr Arqué et trois ou quatre religieuses de l’hôpital.

    Lire : Mouchard, Les fêtes de la béatification, p. 42

  • 26 nov.–17 déc.

    Voyage de Mgr Touchet à Rome.

    De Paris où il assistait à la réunion des évêques à l’Institut Catholique, Mgr Touchet par pour Rome le jeudi 25 novembre afin de remettre le dossier du procès au pape. Il arrive le mardi 30 novembre ; est reçu en audience privée par Léon XIII les jeudi 2 et vendredi 10 décembre ; quitte Rome le dimanche 12 ; est de retour à Orléans le vendredi 17 .

  • 1898

  • 24 mar.–28 jun.

    Le procès orléanais sur l’héroïcité des vertus est validé dans la forme par le Tribunal de la Rote . L’examen de fond peut commencer.

  • 1899

  • L’archevêque de Paris et l’évêque d’Orléans font la preuve de la fidélité des publications de Quicherat relatives à Jeanne. Le promoteur de la foi, Mgr Lugari et le cardinal préfet des rites, Mazella, agréent les documents.
  • 1899–1901
    L’avocat Minetti plaide l’héroïcité des vertus.
  • 1901

  • avr.

    Le promoteur de la foi produit ses objections. Elles sont envoyées à Orléans.

    Mgr Touchet réunit et préside une commission d’historiens, de canonistes et de théologiens, puis transmet ses réponses.

  • 10 nov.
    Lettre circulaire de Mgr Touchet qui annonce la première séance de la Congrégation des rites, à Rome, pour la cause de béatification de la Vénérable Jeanne d’Arc. (Cf. la Vérité du 23 novembre 1903, doc. Ayroles.)
  • 17 déc.
    Première séance solennelle de la Congrégation des rites à Rome, dite antépréparatoire, pour débattre de l’héroïcité des vertus, avec les consulteurs (juges romains), sous la présidence du cardinal Parocchi. Vote favorable, la cause suit son cours.
  • 1903

  • 17 mar.
    Seconde séance solennelle à Rome, dite préparatoire, avec les consultateurs (21) et les cardinaux (17). Unanimité ; la troisième et dernière audience (présidée par le pape) est fixée par Léon XIII au 14 juillet 1903. Sa mort reporte la séance au 17 novembre.
  • 17 nov.
    Troisième et dernière séance solennelle, présidée par Pie X.
  • 1904

  • 6 jan.
    Pie X prononce que Jeanne avait réellement pratiqué à un degré héroïque les vertus qui font les saints.

Références

  • Journal des villes et des campagnes, 6 décembre 1874, Retronews

    Nos lecteurs trouveront un nouveau motif d’espérance dans la composition même du tribunal ecclésiastique, qui tient jusqu’à deux sessions par semaine dans l’évêché d’Orléans. Ce tribunal est ainsi composé : Juge, M. l’abbé Rabotin, vicaire général. Juges-adjoints : M. l’abbé Gassot, professeur de droit canon au grand séminaire ; M. l’abbé Baunard, docteur en théologie et docteur ès-lettres. Promoteur, M. l’abbé Bardin, vicaire général. Vice-promoteur, M. l’abbé Delaunay, directeur du grand séminaire. Notaire ecclésiastique, M. l’abbé Séjourné, premier aumônier des hospices. Cursores : M. l’abbé Bouloy, chanoine honoraire ; M. l’abbé Gerbault, vicaire de Saint-Aignan. Postulateurs : M. l’abbé Desnoyers, vicaire général, postulateur nommé par le chapitre ; M. Collin, ancien inspecteur général des ponts et chaussées, postulateur, nommé par l’administration municipale d’Orléans.

  • Le Français, 20 janvier 1875, Retronews

    On lit dans les Annales religieuses d’Orléans :

    Le procès de l’ordinaire pour la béatification de Jeanne d’Arc se poursuit à Orléans avec autant de rapidité que de soin. Le tribunal ecclésiastique, établi selon les règles canoniques, étant devenu insuffisant pour un si grand travail, Mgr l’évèque d’Orléans vient, après en avoir référé à Rome, d’instituer un tribunal suppléant. Font partie de ce tribunal : M. l’abbé Branchereau, supérieur du grand séminaire, comme juge suppléant ; M. l’abbé Coignet, docteur en théologie, comme assesseur suppléant ; M. l’abbé Jarossay, docteur en théologie, également comme assesseur suppléant. Le dimanche 3 janvier, à l’issue des grands offices de la cathédrale, où il avait officié pontificalement pour le vingt-cinquième anniversaire de son épiscopat, Mgr l’évêque d’Orléans a voulu encore présider une séance de ce tribunal et lui faire une communication importante.

  • Journal des villes et des campagnes, 3 décembre 1885, Retronews

    Rome, le 27 novembre. […] La béatification de Jeanne d’Arc. — Parmi les prélats actuellement à Rome on remarque Mgr Coullié, évêque d’Orléans, accompagné de son secrétaire, M. l’abbé Séjourné et de M. le comte de Terouenne, chef d’une des familles catholiques les plus influentes de l’Orléanais, et qui a pris une part très importante à la préparation du procès de canonisation de Jeanne d’Arc. Ce procès va entrer dans une phase nouvelle. Mgr d’Orléans est porteur d’une adresse au Pape dans laquelle 113 évêques de France, de Belgique, d’Angleterre et du Canada supplient Sa Sainteté d’ordonner la reprise des travaux sur la canonisation de Jeanne d’Arc. Fait remarquable déjà signalé par la Défense, deux cardinaux anglais s’occupent activement de ce procès : S. Ém. le cardinal Manning, qui a signé l’adresse, et S. Ém. le cardinal Howard, qui a été nommé cardinal ponent de la cause. L’avocat consistorial, M. Tosti de Dominicis a été désigné comme avocat pour la cause. […]

  • Le Rappel, 3 décembre 1885, Retronews

    Le Moniteur de Rome annonce que la cause de la béatification de Jeanne d’Arc a été introduite hier mardi [1er décembre] devant la Congrégation des rites. Désormais Jeanne d’Arc portera le titre de vénérable jusqu’à sa béatification.

  • Albert Lecoy de La Marche, Le culte de Jeanne d’Arc (partie 5/5, Journal des villes et des campagnes, 26 février 1888, Retronews)

    En 1874, [Mgr Dupanloup] put se remettre à l’œuvre. Pour achever de préparer les voies, il se rendit à Rome aux fêtes de Pâques et revint enchanté de son voyage. […] Aussitôt deux postulateurs de la cause furent nommés, l’un au nom de la ville, l’autre au nom du clergé. Le premier fut M. Collin, inspecteur général des ponts et chaussées, membre du conseil municipal, ancien président de la Société archéologique de l’Orléanais. […] Le second fut M. l’abbé Desnoyers, vicaire général official du diocèse, directeur du musée historique d’Orléans, fondateur du musée de Jeanne d’Arc. […] Leurs travaux préparatoires terminés, un tribunal spécial, institué par l’autorité épiscopale, fut chargé d’émettre un premier jugement. Ce tribunal se composait de deux juges, de quatre juges adjoints, d’un promoteur, d’un vice-promoteur, d’un notaire, d’un notaire adjoint, de deux courriers et de deux témoins instrumentaires, pris tous parmi l’élite du clergé diocésain. Il entendit de nombreuses dépositions, entre autres celle de M. Wallon. […]

    Le procès fut mené très activement, car la première séance eut lieu le 2 novembre 1874, à l’évêché d’Orléans, et dès le 28 janvier 1876 les opérations étaient closes. Les conclusions ne furent pas connues du public et ne devaient pas l’être ; mais il est facile d’en deviner le sens, rien qu’à voir l’empressement avec lequel Mgr Dupanloup reprit, malgré son grand âge, le chemin de la Ville éternelle pour remettre lui-même les pièces à qui de droit. Moins d’un mois après, cette remise était opérée. Le premier coup d’œil jeté sur la procédure produisit, paraît-il, un certain effet ; car les Romains s’inclinèrent, et l’un d’eux, le commandeur Alibrandi, avocat consistorial, s’écria que la cause de Jeanne d’Arc était la plus magnifique des causes (magnificentissima causa).

    Alors l’affaire entra dans une phase décisive : le procès de l’ordinaire ayant été traduit en italien, et son sommaire imprimé, celui de la Sacrée Congrégation des rites commença ; Rome allait informer à son tour. Pie IX désigna comme cardinal ponent de la cause le cardinal Bilio, qui avait encouragé toutes les démarches de l’évêque d’Orléans, et ce choix parut encore du plus favorable augure. On confia les importantes fonctions d’avocat à M. Alibrandi, qui témoignait tant d’enthousiasme. Puis un troisième postulateur fut adjoint aux deux premiers, et celui-ci ayant à remplir ce rôle, non plus à Orléans, mais auprès de la Congrégation, l’on choisit un ecclésiastique français résidant à Rome : ce fut M. l’abbé Captier, procureur des Sulpiciens, frère du célèbre dominicain martyrisé sous la Commune.

    Pendant plusieurs années, l’information canonique suivit son cours normal : des explications s’échangèrent entre Orléans et Rome ; des objections furent soulevées, des réponses préparées. Mgr Dupanloup continuait de s’occuper activement du procès. […] Hélas ! il n’eut pas le temps d’en voir la complète réalisation. […] Le 29 septembre de la même année, anniversaire de la naissance du comte de Chambord, il écrivait au noble exilé pour lui demander de s’intéresser à l’œuvre de la canonisation […] quelques jours après, Mgr Dupanloup s’éteignait saintement.

    Mgr Coullié, successeur de l’illustre évêque, reprit aussitôt sa tâche inachevée. Mais il se heurta tout d’abord à des difficultés inattendues, indépendantes de la volonté des hommes. L’avocat de la cause en cour de Rome, M. Alibrandi, ayant été obligé de renoncer à sa mission pour un motif de santé, il dut lui chercher un successeur. Mgr Lauri accepta la charge. Mais voilà, peu après […] il faut le remplacer à son tour. On s’adresse au commandeur de Dominicis de Tosti. Celui-ci reprend la succession et déploie un zèle extraordinaire ; au bout de quelque temps, le voilà qui meurt. C’était à croire qu’une puissance mystérieuse s’efforçait d’entraver le projet de canonisation. On revint, en fin de cause, à M. Alibrandi, qui se chargea pour la seconde fois du rôle d’avocat et qui le remplit encore. Le cardinal ponent, le principal personnage du procès, allait bientôt succomber aussi : Léon XIII, par un trait de génie, devait nommer à sa place un cardinal anglais, Mgr Howard ; c’était fermer la bouche à tous les opposants qui pouvaient surgir au delà de la Manche.

    Mais tous ces changements, on le comprend, occasionnèrent autant de retards, autant d’interruptions. Pour y remédier, Mgr Coullié fit plusieurs fois le voyage de Rome. Il eut la joie d’obtenir du Souverain-Pontife en personne une parole approbative. Dites en France, lui dit le Pape, qu’on vous a encouragé. Un second procès de l’ordinaire, plus complet, plus nourri de faits que le premier, fut alors instruit par ses soins, sur le conseil de l’avocat ; commencé au mois de juin 1885, il fut porté à Rome au mois de novembre suivant par un ancien guide de Lamoricière, M. de Terrouenne. À cette occasion, le Saint-Père se montra plus affirmatif encore : Nous aimons à vous présager, écrivit-il à Mgr Coullié, l’heureux succès dont Dieu lui même daignera couronner vos vœux unanimes en faveur d’une cause qui intéresse la gloire de la France entière et le principal honneur de la ville d’Orléans. Léon XIII, dit-on, avait été particulièrement frappé de la découverte faite peu de temps auparavant, parmi les manuscrits du Vatican, d’un nouveau témoignage en faveur de Jeanne d’Arc [le Breviarum historiale], document publié depuis par M. Léopold Delisle […] : cette voix inconnue, sortie si à propos du fond de ses propres archives, lui semblait un avertissement du ciel. Ainsi les postulateurs, et les nombreux évêques qui ont appuyé leur requête, et les milliers de fidèles qui ont joint leurs vœux aux leurs dans les congrès catholiques, peuvent se dire, depuis ce jour, qu’ils ont le pape avec eux. Que dis-je? Ils ont pour eux jusqu’à l’avocat du diable ! Mgr Caprara, investi de cette ingrate fonction, n’a-t-il pas laissé échapper cet aveu charmant : In hac nobilissima causa vincere cupio, sed vinci magis desidero [Dans cette cause très noble, je désire ardemment l’emporter, mais je souhaite encore plus être vaincu.] […]

    Actuellement, un troisième procès informatif, nécessité par une modification dans la procédure, se termine à Orléans et sera sous peu remis à la Congrégation des rites. […]

  • Interview de Mgr Termoz, postulateur de la cause. On apprend que Dupanloup et certains prélats français, persuadés que la canonisation de Jeanne d’Arc était certaine, voire déjà acquise, ont en réalité contribué à retarder la procédure ; rappelant ainsi qu’une canonisation n’est jamais garantie. Le Matin, 9 mars 1890, Retronews

    On savait aussi qu’un procès de canonisation était introduit à Rome. Où en-est ce procès ? Voilà ce que nous avons voulu savoir, et il résulte de notre enquête qu’à Rome on n’est pas fort empressé de doter la France d’une sainte patriotique.

    Un de nos amis a rencontré, Mgr Termoz, prélat de la maison de Sa Sainteté, postulateur de la cause de Jeanne d’Arc, de passage à Paris, et lui a demandé où en était le procès en canonisation de l’héroïne.

    — Personne ne peut mieux que vous, monseigneur, nous renseigner sur le procès en canonisation de notre Jeanne d’Arc, puisque vous êtes le postulateur de la cause. Auriez-vous, lui avons-nous dit, la bonté de nous faire l’exposé de cette question ?

    — Ce sera peut-être un peu long. Mais, puisque vous voulez bien me le demander, je le ferai aussi brièvement que possible.

    Vers la fin de l’Empire, les archevêques de Bordeaux, de Reims et de Rouen exprimèrent à Sa Sainteté le pape Pie IX leur désir de voir s’ouvrir le procès en canonisation de Jeanne d’Arc. Mais aucune procédure ne fut engagée. Survint la guerre entre la France et la Prusse. Les choses en restèrent là.

    En 1878, je crois, je fus assez heureux pour obtenir l’expédition du Propre du diocèse d’Orléans, bien qu’il eût été déposé un peu tardivement. Mgr Dupanloup voulut bien m’en remercier par une lettre qui se terminait ainsi : Puisque vous avez si bien enlevé l’expédition, de mon Propre, ayez donc l’obligeance de vous informer, à la Congrégation des rites, où en est la cause de Jeanne d’Arc.

    Un culte prématuré.

    Je me rendis aussitôt chez le secrétaire de la Congrégation des rites, Mgr Bartolini. Mgr Bartolini a été, depuis, cardinal. Il y a quelques années qu’il est mort. C’était un homme énorme, d’une franchise un peu brusque, et qui aimait a s’entourer d’historiens d’archéologues, d’artistes. Mgr Bartolini me répondit : Mais, cher monseigneur, il n’y a rien de fait, pas un iota ! Mgr Dupanloup a placé Jeanne d’Arc sur les vitraux de sa cathédrale, entre les saints et les saintes. Dans ses homélies, il la canonise. Est-ce ainsi qu’on procède ? Comment voulez-vous, dans ces conditions, que nous procédions au procès? Vous savez aussi bien que moi que, lorsqu’on veut engager un proeés, il faut se garder avec soin de rendre un culte quelconque au personnage dont on demande la canonisation, pour ne pas préjuger les décisions de la congrégation. Vous savez aussi bien que moi que le procès, même engagé, même avancé, même sur le point de recevoir une solution, tombe par le fait de ce culte ipso facto, parce que, je le répète, ce culte préjuge les décisions de la Congrégation, qu’il est attentatoire à la dignité, à l’autorité et à la liberté de la Congrégation. Mgr Dupanloup n’est pas, d’ailleurs, le seul évêque français qui procède de cette façon. Tenez, je viens de recevoir une lettre du cardinal Bonnet, archevêque de Bordeaux, qui me demande, à la bonne franquette, la canonisation de Jeanne d’Arc ! Or, on ne sait pas encore où est né Christophe Colomb ni seulement s’il a été baptisé !

    Je fis observer à Mgr Bartolini que, si l’on n’avait pas procédé régulièrement jusqu’alors, on pouvait le faire à l’avenir; je le remerciai de son obligence, je pris congé de lui, et je me rendis chez l’avocat consistorial Alibrandi pour le consulter sur la procédure à suivre.

    L’avocat Alibrandi est un vieillard à figure ascétique et bienveillante, savant dans l’un et l’autre droit, réputé pour un maître dans les procès en canonisation. C’est aussi un latiniste de premier ordre, qui parle le latin comme Cicéron et qui l’écrit comme Salluste. Il a fait de Tite-Live son livre de chevet. Il prétend que Tite-Live a écrit ses annales non d’après des légendes, mais sur des documents aujourd’hui perdus. Tite-Live contient un grand nombre d’expressions archaïques, au moyen desquelles il travaille à reconstituer l’ancienne langue des Étrusques.

    L’avocat Alibrandi me dit qu’il fallait engager le procès de Jeanne d’Arc comme un procès ordinaire en canonisation, bien qu’il parût en différer.

    Au palais Borghèse.

    Je fis aussitôt part du résultat de mes démarches à Mgr Dupanloup, qui me répondit : J’arriverai tel jour à Rome. Je vous attendrai a dîner, avec l’avocat Alibrandi, chez le prince Borghèse. Nous causerons tous trois de l’affaire. Vous savez sans doute que Mgr Dupanloup descendait ordinairement à Rome chez le prince Borghèse et que la princesse, née La Rochefoucauld d’Estissac, l’avait en grande vénération. J’eus, en effet, l’honneur de me rencontrer, au jour dit, avec Mgr Dupanloup qui, à l’issue de notre entretien, voulut bien me nommer postulateur de la cause.

    À son retour à Paris, Mgr Dupanloup, à qui l’avocat Alibrandi avait recommandé de former d’abord et avant tout le dossier du procès, fit part à son collègue de l’Assemblée nationale, M. Wallon, de son embarras. Mais, monseigneur, lui répondit M. Wallon, nous possédons, dans nos archives, toutes les pièces du procès de Jeanne d’Arc ; j’en ai fait le dépouillement pour écrire ma Jeanne d’Arc ; nous formerons facilement le dossier pour la Congrégation des rites.

    Les événements politiques ne permirent pas à Mgr Dupanloup de donner immédiatement suite, à l’affaire. L’évêque d’Orléans mourut en 1878. Et les choses, une fois encore, en sont restées là.

    L’enquête canonique.

    — La cause n’est donc pas encore introduite, monseigneur, avons-nous alors demandé à Mgr Termoz ?

    — Pas encore.

    — Quand pourra-t-elle l’être ?

    — Quand l’examen du dossier aura établi que la Congrégation des rites peut, en toute sûreté, procéder à son introduction.

    — Et ensuite?

    — Ensuite, la congrégation procédera à l’information et au procès.

    — Et sur quoi portera le procès ?

    — Sur deux points :

    De virtutibus in gradu heroico. Jeanne d’Arc a-t-elle eu, au degré héroïque, la prudence, la justice, la force, la tempérance qui résument toutes les vertus humaines et chrétiennes ? Vous, avez dû voir, dans les fresques du Vatican, dues au pinceau de Michel-Ange et de Raphaël, ces quatre vertus,représentées sous les traits de personnes symboliques. La morale de l’Église s’appuie sur elles.

    De miraculis. Jeanne d’Arc a-t-elle opéré des miracles ?

    — Comment est composée la Congrégation des rites qui jugera le procès ?

    — Ce tribunal ecclésiastique a pour président Sa Sainteté le pape, qui ne le préside jamais et qui se borne à confirmer ou à infirmer ses sentences. Il se compose de cardinaux assistés d’officiers, c’est-à-dire de consulteurs, d’avocats, etc.

    — Et combien de temps peut duper ce procès ?

    — Oh ! ceci, il est impossible de le prévoir. Peut-être dix ans, vingt ans et plus. On ne se fait guère d’idée, en France, des travaux énormes auxquels donne lieu un procès en canonisation.

    — Alors, ce tribunal pourra, même après un aussi long temps, rejeter la demande en canonisation de Jeanne-d’Arc ?

    — Le peuple romain a un dicton qui répond à votre question : Souvent un saint reste à la porte du Paradis. Sans doute, il y a au Paradis des multitudes qui n’ont pas été élevées à l’honneur des autels. Mais ce dicton veut dire que, souvent, les procès en canonisation n’aboutissent pas à la canonisation.

  • La Gazette, 24 avril 1892, Retronews

    À l’occasion du séjour qu’il vient de faire à Rome pour sa visite ad limina, Mgr Sonnois, évêque de Saint-Dié, a plaidé soit auprès du Pape, soit auprès des Cardinaux et des prélats, la cause de la béatification de Jeanne d’Arc. (C’est dans le diocèse de Saint-Dié, à Domrémy, qu’est née la grande héroïne française.)

    Tous les documents, ainsi que les actes des procès des Ordinaires et leurs lettres postulatoires, ont été déjà transmis à la Sacrée-Congrégation par l’intermédiaire du postulateur de la cause, M. Captier, procureur général à Rome de la Société de Saint-Sulpice. Il s’agit maintenant de faire le dépouillement de tout ce dossier et de confier au Promoteur de la foi, Mgr Caprara le soin de présenter les objections destinées à faire éclaircir tous les points qui offriraient des obscurités.

    Aux objections formulées par le Promoteur de la foi, la postulation de la cause fera répondre en détail par M. l’avocat Minetti, qui aura pour aide dans l’accomplissement de ce mandat le célèbre jurisconsulte M. Alibrandi. Le tout, imprimé et distribué ensuite aux ÉÉmes Cardinaux et aux RRmes Prélats officiers et consulteurs des Rites, quarante jours au moins avant la séance à tenir à cet effet, servira de base à leur décision sur l’introduction canonique de la cause, c’est-à-dire sur la renommée de sainteté, sur les vertus et les miracles in genere de la servante de Dieu. Si l’introduction est décidée et sanctionnée par le Saint-Père, Jeanne d’Arc recevra par le fait même le titre de Vénérable, et le procès suivra ensuite son cours régulier.

    Autre article similaire dans le Petit Clermontois, 18 mai 1892, Retronews.

  • Mgr François Lagrange, évêque de Chartres, Vie de Mgr Dupanloup, 1894, Archive) :

    P. 319 : Deux autres motifs s’ajoutaient à ces considérations [d’entreprendre un voyage à Rome] : le procès de Jeanne d’Arc, ce procès préliminaire dont nous avons parlé, destiné à renseigner la cour de Rome sur les possibilités d’introduire la cause, était terminé ; Mgr Dupanloup tenait à le présenter lui-même, et à faire toutes les démarches requises en pareilles affaires par les lois canoniques ; puis, fatigué par les années et les travaux, et condamné de nouveau à un éloignement indéfini de son diocèse, la pensée lui était venue de se donner un coadjuteur, et il voulait pressentir le Pape là-dessus. De nouveau M. de Corcelles l’y invitait : Je ne saurais trop vous exprimer, lui écrivait-il le 27 décembre, le désir de vous voir arriver à Rome le plus tôt possible, pour y témoigner avec tout votre cceur les sentiments que les correspondances ne peuvent exprimer qu’imparfaitement. Il partit donc, le 30 décembre, d’Orléans.

    Note : selon Lecoy de La Marche (qui a manifestement lu cette Vie de Dupanloup, le tribunal diocésain tint sa dernière séance le 28 janvier 1876. Dupanloup aurait-il reçu ses conclusions avant ?

    P. 322 : En ce qui concernait son projet d’obtenir un coadjuteur, le Pape l’agréa tout de suite, ne faisant qu’une réserve éventuelle sur le choix non encore arrêté de la personne. Et quant au procès de Jeanne d’Arc, la copie en fut remise dans les formes à la congrégation compétente ; puis un avocat, le célèbre Alibrandi, et un postulateur de la cause, M. l’abbé Captier, frère du martyr, procureur à Rome des Sulpiciens, furent choisis, et l’affaire se trouva ainsi mise en bonne voie. C’est, disait l’avocat Alibrandi, une bien belle cause, magnificentissima causa.

  • Annales religieuses d’Orléans, dans Semaine religieuse du diocèse de Lyon, t. I, déc. 1893, mai 1894., Google) :

    Historique de la cause de Jeanne d’Arc.

    C’est à Mgr Dupanloup que revient l’initiative de la Cause. Le 8 mai 1869, douze archevêques et évêques français, après avoir entendu le grand Evêque d’Orléans soutenir, dans le panégyrique traditionnel, la thèse de la sainteté de Jeanne d’Arc, signaient une adresse pour solliciter du Souverain Pontife, Pie IX, la canonisation de Jeanne d’Arc. Des douze signataires, un seul est survivant : Son Em. le cardinal Meignan, archevêque de Tours, qui était alors évêque de Châlons. Voici l’adresse du 8 mai 1869, à laquelle répond le décret du 27 janvier 1894. […]

    Ont signé S. E. le cardinal Bonnechose, archevêque de Rouen ; Mgr Guibert, archevêque de Tours; Mgr le prince de la Tour d’Auvergne, archevêque de Bourges; Mgr Gignoux, évêque de Beauvais: Mgr Caverot, évêque de Saint-Dié; Mgr Pie, évêque de Poitiers; Mgr Pallu du Parc, évêque de Blois; Mgr Meignan, évêque de Châlons; Mgr Foulon, évêque de Nancy; Mgr Hacquart, évêque de Verdun, dans les diocèses desquels Jeanne d’Arc avait passé Mgr de Las Cases, évêque de Constantine et Mgr La Carrière, ancien évêque de la Basse-Terre.

    Rome accueillit avec considération cette démarche collective d’évêques, dans les diocèses desquels Jeanne s’était illustrée; et la sacrée Congrégation des rites, par l’entremise du promoteur de la foi, engagea Mgr Dupanloup à suivre son dessein, en instruisant la cause de Jeanne d’Arc selon les formes ordinaires. La guerre étant survenue, ce ne fut qu’en 1874 que notre évêque put entreprendre le procès de l’ordinaire sur la réputation de sainteté de Jeanne d’Arc, devant un tribunal ecclésiatique institué à cet effet à l’évêché. Ce tribunal tint, du 2 novembre 1874 au 28 janvier 1876, trente-trois séances, pendant lesquelles douze témoins furent entendus: MM. Deschamps; Dufaur de Pibrac; A. Germon; Homberg; Gentil; Achille de Morogues; Baschet; Th. Cochard; Max, de la Rocheterie; L. Daudier; Wallon.

    Muni de la copie de cette première procédure, Mgr Dupanloup, en février 1876, partait pour Rome, et s’empressait de la remettre à la Congrégation des rites. Par ce fait, saisie du procès, celle-ci faisait traduire en italien toutes les pièces, et confiait la cause à l’avocat consistorial, M. le commandeur Alibrandi. En même temps, le Saint-Père daignait nommer pour cardinal ponent S. E. le cardinal Bilio (à sa mort, il eut pour successeur le cardinal anglais Howard qui, étant décédé, fut remplacé par le cardinal Parocchi), et agréer comme postulateur M. l’abbé Captier, procureur de Saint-Sulpice à Rome, que l’évêque d’Orléans avait choisi. Des remarques furent faites et des explications demandées. Mgr Dupanloup se proposait de répondre aux unes et aux autres, quand il mourait le 11 octobre 1878.

    Mgr Coullié, son successeur, continua l’œuvre de Mgr Dupanloup, qui devenait sienne, et qu’il aura l’éternel honneur de mener à bonne fin. Après plusieurs voyages ad limina, s’apercevant qu’à Rome Jeanne d’Arc était plutôt considérée comme une héroïne célèbre que comme une sainte, il s’attacha à détruire ce préjugé, en complétant, dans un second procès de l’ordinaire, les documents relatifs à l’héroïcité des vertus pratiquées par la Pucelle d’Orléans. Cette deuxième procédure, commencée le 26 juin 1884 et close le 10 novembre 1885, se fit en trente-trois sessions, dans lesquelles furent entendus onze témoins M. Boucher de Molandon; Mgr de Briey, évêque de Saint-Dié ; sœurs Marguerite de Sales, Sainte-Marie-Emmanuel, Marie-Marthe, religieuses de la Visitation d’Orléans; sœur Thérèse de Sainte-Croix, des sœurs de Saint-Aignan d’Orléans; MM. Edm. Sejourné, Raison et Bourgaut. La copie de ce second procès fut portée à Rome, en décembre 1885, par M. Maurice de Terrouenne, chevalier de l’ordre de Pie IX, qui eut l’honneur de la remettre à la Congrégation des rites. Aussitôt à la période préparatoire succédait la période active d’une procédure, que les lettres postulatoires des évêques de tous pays ne pouvaient qu’achever.

    Entre temps, des faits miraculeux, obtenus par l’intercession de Jeanne d’Arc, étaient déférés à l’évêque d’Orléans ; et les enquêtes canoniques faites sur chacun d’eux formaient un troisième procès de l’ordinaire, que Mgr Coullié se hâtait de transmettre à la Congrégation des rites. Cependant, en France, et dans le diocèse d’Orléans surtout, où Sa Grandeur l’avait recommandé, l’on priait, espérant que l’année jubilaire de Sa Sainteté ne s’achèverait pas sans qu’une décision formelle n’ait été sanctionnée par Léon XIII.

    Les pièces des procès et les lettres postulatoires réunies constituaient, un dossier considérable, que le postulateur, le R. P. Captier, avait transmis à la Congrégation des rites. Alors commençait la période active de la cause. La Congrégation se mit à le dépouiller ; ce travail fait, elle le confiait au promoteur de la foi, Mgr Caprara, afin que celui-ci formulât toutes les objections 2 possibles, de manière à ce que toute difficulté fût élucidée avant tout jugement. En effet, des objections furent posées ; et l’avocat consistorial, M. Alibrandi, fut chargé de les résoudre de concert avec M. Minetti, qui lui fut adjoint.

    Enfin, la Congrégation confiait à la Typographie de la propagande l’impression de toutes les pièces et mémoires. Ce fort volume in-folio de 686 pages, en beaux et gros caractères, était remis à chacun des membres de la Congrégation, au commencement de janvier, afin qu’il se fît une opinion et préparât son vote. Voilà pourquoi, en règle générale, il s’écoule environ 40 jours entres la distribution du volume et la convocation pour la séance plénière, où la décision à prendre sera posée, discutée et votée. Et cependant, sur l’initiative du Souverain-Pontife lui-même, ce délai, malgré toutes les prévisions, devait être abrégé.

    Sa Sainteté Léon XIII, qui suivait les travaux avec le plus vif intérêt, invitait les officiers et consulteurs de la congrégation à se réunir au plus tôt, au palais apostolique du Vatican, en séance extraordinaire et secrète.

    En conséquence, le 27 janvier, les Éminentissimes cardinaux qui appartiennent à la sacrée Congrégation des rites et qui se trouvaient à Rome, se réunissaient à dix heures dans la salle dite des Congrégations, savoir: LL. EE. Aloisi-Masella, préfet des Rites ; Parocchi, Bianchi, Melchers, Ricci-Paracciani, Ruffo-Scilla, Mocenni, Verga, Mazzella, et S. E. le cardinal Langénieux, archevêque de Reims.

    Au commencement de la séance, l’éminentissime Parocchi, en sa qualité de cardinal ponent, ou rapporteur de la cause, prenait le premier la parole et faisait en latin un magnifique exposé des documents produits et des motifs qui permettent au Saint-Siège de prendre à cœur cette cause, de la faire sienne et et de la traiter, en la reprenant à son origine, en discutant en particulier, in specie, l’héroïcité des vertus et l’authenticité des miracles. Puis la question de l’introduction de la Cause a été posée en ces termes : An sit signanda commissio introductionis causæ servæ Dei Joannæ d’Arc, in casu et ad effectum de quo agitur ? Tous les cardinaux présents, après avoir pris la parole pour motiver leur opinion,se sont tous prononcés pour l’affirmative, et ont donné leur vote par rang d’ancienneté. Puis, le vote émis, Mgr Nussi, secrétaire de la Sacrée Congrégation, est allé en toute hâte porter au Pape le rescrit composé à ce sujet. Léon XIII, rayonnant de joie, disent les correspondances italiennes, a daigné signer sur-le-champ le décret si désiré. Seulement, comme il s’agit de la simple introduction de la cause, le Saint-Père a signé, selon l’usage en pareil cas, de son nom de baptême : Joachim, en réservant de signer de son nom pontifical : Leo PP. XIII, les décrets subséquents, lorsqu’il y aura lieu de se prononcer sur l’héroïcité des vertus et sur l’authenticité des miracles. Et au milieu de Rome surprise, la bonne nouvelle a éclaté comme une fanfare de triomphe. La manière dont a été produite une cause si chère, a donc été une sorte de salut d’honneur à la France. (Annales du diocèse d’Orléans.)

  • Annales religieuses d’Orléans, dans Semaine religieuse du diocèse de Lyon, t. II, juin-nov. 1894, p. 560-561, Google) :

    Cause de la vénérable Jeanne d’Arc à Orléans. Les Annales religieuses d’Orléans publient la note suivante :

    L’introduction de la cause de Jeanne d’Arc n’était qu’une préface. En effet, au lendemain de la promulgation du décret qui déclarait vénérable la pucelle d’Orléans, la Congrégation des rites, sur la demande du postulateur de la cause, ordonnait l’instruction de non cultu.

    L’objet de ce nouveau procès, qui se fait au nom du souverain Pontife et par son autorité, est d’établir authentiquement qu’aucun culte public et ecclésiastique n’a été et n’est rendu prématurément à la Vénérable contre les défenses de l’Église. Le culte privé n’est point interdit : ce n’est donc point aller contre le décret d’Urbain VIII, ni contre les règles de la Sacrée Congrégation, que d’adresser, en son particulier, des prières à Jeanne d’Arc, pour obtenir de Dieu, par son intercession, des grâces spirituelles et temporelles, même des miracles, qui permettront à la Sacrée Congrégation de reconnaître que la volonté de Dieu est que sa servante soit élevée à l’honneur des autels. Seul est défendu le culte public: exposer, par exemple, dans une église, à la vénération des fidèles, la statue de la Vénérable, ou la représenter la tête ceinte d’un nimbe ou d’une auréole.

    Il est on ne peut plus opportun de faire remarquer que l’autorité ecclésiastique n’est nullement responsable de ce que la fantaisie des artistes ou l’initiative privée de certains éditeurs se permettent, en représentant, nimbée, la tête de Jeanne d’Arc.

    La Sacrée Congrégation des rites, sans tarder, répondait à la requête de M. le postulateur en adressant aux évêques d’Orléans et de Saint-Dié des lettres chargeant ces Ordinaires, dans leur diocèse respectif, de l’instruction du procès apostolique de cultu publico et ecclesiastico nunquam exhibito. Voilà pourquoi la cause n’est plus simplement intitulée : Aurelianensis, mais Aurelianensis seu Sancti Deodati.

    Ces lettres furent adressées à Mgr Coullié, archevêque de Lyon, qui administrait le diocèse, puis transmises à son successeur au moment de son installation, qui eut lieu le 20 juillet 1894. Aussitôt Mgr Touchet prenait en main la cause qui lui était confiée. Son premier acte épiscopal, en effet, fut de signer les lettres qui nommaient postulateur aux lieu et place de M. Captier, devenu supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice, M. Herzog, nouveau procureur, à Rome, de la Compagnie. Puis, usant des pouvoirs spéciaux que lui conféraient les lettres remissioniales, Monseigneur procédait, le 2 septembre 1894, à la constitution du tribunal chargé d’instruire au nom du souverain Pontife le procès de non cultu dans la cause de béatification de la Vénérable servante de Dieu Jeanne d’Arc.

    À Rome, Mgr Parocchi demeure le cardinal ponent, et Mgr Caprara, promoteur de la foi. Le nouveau postulateur est M. l’abbé Herzog, prêtre de Saint-Sulpice, et l’avocat, défenseur de la cause, sera M. Minetti, qui avait été adjoint déjà dans le procès de l’introduction au célèbre avocat consistorial Alibrandi, décédé le jour même où était signé le décret de vénérabilité.

    M. le postulateur ayant donné à M. l’abbé Clain, directeur au grand séminaire d’Orléans, un mandat de vice-postulateur, le tribunal d’Orléans est ainsi composé :

    Sa Grandeur s’est réservé les fonctions de juge apostolique et a nommé : juge sous-délégué, M. l’abbé Branchereau, supérieur du grand séminaire et vicaire général ; juges adjoints, MM. les chanoines Dulouart et Agnès ; sous-promoteur de la foi, M. le chanoine Despierre, archiprêtre de la cathédrale ; notaire, M. l’abbé Filiol, chancelier de l’évêché.

    M. le vice-postulateur a déjà désigné un certain nombre de témoins, prêtres et laïcs, qui seront appelés successivement à prêter serment et à faire leurs dépositions.

    Le premier témoin entendu, les 21 et 22 septembre, a été le R. P. Ayroles. Les autres témoins ne tarderont pas à comparaître, car Monseigneur a hâte, avant son premier voyage ad limina, d’achever le procès de non cultu.

  • Procès de non Culte à Saint-Dié (1894).

    Nous lisons dans la Semaine Religieuse de Saint-Dié :

    Le procès ouvert devant la Sacrée Congrégation des rites pour la béatification de la Vénérable Vierge Jeanne d’Arc se poursuit activement.

    Mgr Foucault a reçu dimanche dernier [17 juin], de la sacrée Congrégation le Rescrit qui délègue Sa Grandeur pour l’instruction du procès apostolique de non culte dans le diocèse de Saint-Dié. On se rappelle que le procès apostolique est celui qui s’instruit au nom du Souverain Pontife et par son autorité. L’objet du procès de non culte est d’établir authentiquement qu’aucun culte public et ecclésiastique n’a été et n’est rendu prématurément à la Vénérable, contre les défenses de l’Église. Et à cette occasion nous rappelons encore que, loin d’interdire le culte privé, c’est-à-dire les prières adressées en particulier à Jeanne d’Arc pour obtenir par son intercession des grâces spirituelles ou temporelles, la Sacrée Congrégation des rites les recommande plutôt. Le culte public est défendu : exposer, par exemple, la statue de la Vénérable à la vénération des fidèles dans une église, ou la représenter avec un nimbe ou une auréole. Monseigneur constituera incessamment le tribunal chargé d’instruire le procès en question, et les témoins qui doivent être entendus ne tarderont pas à être convoqués. En chargeant Mgr l’évêque de Saint-Dié de ce procès, la Sacré Congrégation des rites reconnaît hautement la part prépondérante qui revient de droit au diocèse d’origine de Jeanne d’Arc, dans la cause de béatification de la Vénérable. (La Vérité, 25 juin.)

    Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié, vient de recevoir de la sacrée congrégation le rescrit qui le délègue pour l’instruction du procès apostolique de non cultu, dans la cause de béatification de Jeanne d’Arc. Le procès apostolique est celui qui s’instruit au nom du Souverain Pontife et par son autorité. Le procès apostolique de non cultu a pour but d’établir authentiquement qu’aucun culte public et ecclésiastique n’a été rendu au personnage dont la cause a été introduite, ce qui serait une violation du décret du pape Urbain VIII. Aucune prescription de l’Eglise n’interdit le culte privé. (Le Figaro, 3 juil.)

    Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié, vient, en vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés par le Saint-Siège, de constituer le tribunal chargé d’instruire, au nom du Souverain-Pontife, le procès de non cultu dans la cause de béatification de Jeanne d’Arc. Mgr Grandclaude, supérieur du grand séminaire et vicaire général de Saint-Dié, a été nommé juge. Les sous-promoteurs de la foi sont M. le chanoine Hingre et M. le chanoine Rovel. Le notaire est M. le chanoine Lhôte. M. l’abbé Defrain, vicaire de la cathédrale, a été désigné comme cursor. Mgr l’évêque de Saint-Dié a déjà désigné comme postulateur de la cause M. Herzog, procureur de Saint-Sulpice à Rome, déjà nommé en cette qualité par Mgr l’évêque d’Orléans. Ces fonctions étaient précédemment occupées par M. Captier, le supérieur général actuel de la Compagnie. Le mandat de propostulateur, pour le procès de Saint-Dié, a été conféré à M. le chanoine Noël. Une enquête analogue doit être faite à Orléans, la cause de Jeanne d’Arc appartenant à ces deux diocèses. (Le Gaulois, 25 sept.)

    On lit dans la Semaine Religieuse de Saint-Dié :

    Le procès de non cultu, ouvert et instruit dans notre diocèse par ordre du Saint-Siège, est à peu près terminé.

    C’est lundi dernier [15 octobre] que s’est tenue, en présence de Mgr Foucault, la séance de clôture, dans laquelle Mgr Grandclaude, juge délégué, après avoir reçu, le vendredi précédent [12 octobre], le serment de calumnia, demandé de nouveau au vice-postulateur, a prononcé sa sentence (que Sa Grandeur a ensuite confirmée), publié les actes du procès et fait prêter serment aux deux copistes nommés pour les transcrire.

    Cette transcription faite, la copie sera collationnée avec l’original par deux notaires assermentés, en présence du juge et des sous-promoteurs, et lorsqu’elle aura été ainsi authentiqué, un portitor sera chargé de la remettre au secrétaire de la Sacrée Congrégation des rites, ce qui pourra avoir lieu vers la fin de ce mois ou au commencement du mois prochain.

    La Sacrée Congrégation des rites aura alors à se prononcer prochainement sur cette question : An sententia judicis delagati… sit confirmant vel non ? Y a-t-il lieu de confirmer on non la sentence du juge délégué pour l’instruction du procès de non cultu ?

    Les témoins entendus sont au nombre de onze : sept à la demande du vice-postulateur, deux à la requête des sous-promoteurs de la Foi, et deux autres à l’occasion de la visite de la maison de la Vénérable, de l’église de Domrémy et de la crypte du Bois-Chenu. Les sept premiers sont : M. le chanoine Bourgaud, curé de Domrémy ; Mme veuve Viardin, de Domrémy ; M. l’abbé Bernard, curé-doyen de Coussey ; M. Aug. Sarrier, adjoint de Domrémy ; M. Fr. Eugène Forgeot, de Greux ; M. Hyacinthe Maudet, président du conseil de fabrique de Maxey-sur-Meuse ; M. l’abbé Vouillaume, curé de Maxey. Les deux témoins d’office : M. le chanoine Raison, ancien curé-doyen de Neufchâteau, vicaire général de Mgr Foucault ; M. l’abbé Mourot, curé de Laveline, rédacteur de la Voix de Jeanne d’Arc. Les deux témoins entendus avant la visite des lieux où le culte prohibé pourrait être rendu : la chère sœur Hermance, ancienne gardienne de la maison de Jeanne d’Arc et supérieure du pensionnat de Domrémy ; M. Norguin, membre du conseil de fabrique de la paroisse.

    Le tribunal a dû se transporter deux fois à Domrémy : une première fois pour l’audition des témoins, et une seconde fois pour l’inspection des lieux.

    Le dossier du procès formera un volume de 209 pages in-folio environ.

    Du jour de la publication des actes, le secret promis et juré, tant par les membres du tribunal que par les témoins a été levé. (La Vérité, 22 oct.)

  • Voyage de Mgr Touchet à Rome (nov.-déc. 1897)

    Mgr Touchet, qui assistait hier à la réunion générale des évêques fondateurs de l’Institut catholique de Paris, partira pour Rome aujourd’hui. Au cours de ce voyage ad limina, l’évêque d’Orléans remettra au Saint-Père tout le dossier du procès de béatification de Jeanne d’Arc. Mgr Touchet ne reviendra en France qu’aux environs de la fête de Noël, devant prononcer à cette époque, dans la cathédrale de Coutances, l’oraison funèbre de Mgr Germain. (Le Figaro, 25 nov.)

    (Par dépêche de notre correspondant particulier) Rome, 1er décembre. Mgr Touchet est arrivé hier pour sa visite ad limina. Il sera incessamment reçu par le Pape. (Le Figaro, 2 déc.)

    Mgr Touchet, évêque d’Orléans, est arrivé à Rome et descendu à la procure de Saint-Sulpice alle quatro fontane, sur les hauteurs du Quirinal. (La Vérité, 4 déc.)

    Le Saint-Père a reçu jeudi [2 déc.], en audience privée, Mgr Touchet, évêque d’Orléans. (La Croix, 5 déc.)

    Rome, 12 décembre. Sa Sainteté a reçu vendredi [10 déc.] en audience particulière Sa Grandeur Mgr Touchet, lequel doit repartir justement aujourd’hui de Rome pour aller prêcher, dans la cathédrale de Coutances, l’oraison funèbre du regretté évêque de ce diocèse, Mgr Germain. (Le Peuple français, 13 déc.)

    Nous lisons dans le Journal du Loiret : Mgr Touchet est revenu de Rome, vendredi [17 déc.], en très bonne santé, après s’être arrêté à Nice, chez Mgr Chapon. Il a présidé, samedi, à l’ordination que nous avions annoncée et, ce matin, il est parti, par la ligne de Chartres, pour Coutances, où, demain, il prononcera l’oraison funèbre de Mgr Germain, son ami bien regretté. Le Souverain Pontife a fait à notre évêque le plus bienveillant accueil. Il n’a pas permis que Mgr Touchet choisit, selon la coutume, un cardinal, pour lui confier les intérêts de la cause de Jeanne d’Arc. Prenez le Pape, lui a-t il dit. Le procès de Jeanne d’Arc passe au premier rang. Mais, comme on le sait, il se prolongera quelques années, cinq ou six ans peut-être. (L’Univers, 22 déc.)

  • Annales religieuses d’Orléans, 2 avril 1898, p. 201-202, Google :

    Cause de la Béatification de la Vénérable Jeanne d’Arc.

    Troisième péroraison. On appelle péroraison, dans les causes de béatification, une plaidoirie courte, faite devant le Saint-Père et les cardinaux, en Consistoire public, à l’effet d’obtenir que le pape déclare Bienheureux tel personnage déjà proclamé Vénérable.

    Cette péroraison est une pure formalité, une supplique, dans laquelle un avocat, qui peut — comme dans l’espèce — n’être pas celui de la Cause, ne discute nullement le fond de l’affaire, mais demande officiellement qu’elle soit introduite. La péroraison doit se reproduire en trois Consistoires successifs.

    Grâce à ces trois avertissements, aucune Cause ne peut prendre un caractère subreptice. Tous les cardinaux, même ceux qui ne font point partie de la Sacrée-Congrégation des rites, sont tenus au courant et peuvent proposer les observations que leur conscience exigerait.

    La première péroraison pour la béatification de la Vénérable Jeanne d’Arc, celle qu’on appelle en style de droit péroraison instante, eut lieu dans le Consistoire du 25 juin 1896 ; la seconde, péroraison plus instante, eut lieu le 3 décembre 1896 ; la troisième, péroraison très instante, vient d’avoir lieu dans le Consistoire du 24 mars 1898.

    L’avocat consistorial, comte Capogrossi-Guarna, a donc lu un mémoire en latin, suppliant le Saint-Père de procéder à la Béatification. Le Pape a fait droit à cette demande par les paroles d’usage : Ad S. Nostram Rituum Congregationem, ut videat et referat : Soit envoyée l’affaire devant notre Congrégation des rites, afin qu’elle l’examine et nous fasse un rapport.

    Quant à la validité du procès apostolique, sur les vertus in specie de la Vénérable Jeanne d’Arc, instruit par Mgr l’Évêque d’Orléans en 1897, elle sera examinée, aussitôt que les documents seront prêts, dans une Congrégation rotale, dont S. Ém. le cardinal Parocchi, ponent de la Cause, fixera probablement lui-même la date. On se rappelle qu’ainsi qu’il fut dit dans un article précédent de nos Annales, le jugement de la Cour de Rote sur la validité est la première procédure de fond du procès de Béatification.

    Annales religieuses d’Orléans, 16 juillet 1898, p. 441-443, Google :

    Où en est la cause de Jeanne d’Arc

    Les lecteurs des Annales se souviennent que, du 1er mars au 22 novembre 1897, le Procès apostolique des Vertus et des Miracles de Jeanne d’Arc a été instruit devant le Tribunal ecclésiastique constitué à cet effet, en vertu d’une délégation du Souverain-Pontife, par Mgr l’Évêque d’Orléans.

    Ils se souviennent également que les pièces de ce procès, en double copie, ont été remises par Mgr Touchet, le 30 novembre 1897, au greffe de la Congrégation des rites (Annales des 24 et 31 décembre 1897).

    Depuis cette époque et conformément à la promesse du Souverain-Pontife : La Cause de Jeanne d’Arc sera examinée avant toutes les autres — la Cause de la Vénérable a marché. Dès le 24 mars 1898, à la suite d’une troisième et dernière instance de l’avocat consistorial, Sa Sainteté saisissait officiellement la Congrégation des rites de la Cause de Béatification de la Vénérable, et lui commandait de faire, sur les pièces du Procès d’Orléans, son enquête et son rapport : ut videat et referat (Annales du 2 avril 1898).

    Son Ém. le cardinal Préfet de la Congrégation, Mgr Mazella engageait aussitôt l’affaire.

    Il ordonnait d’abord l’ouverture du volumineux dossier apporté à Rome par Mgr l’Évêque d’Orléans. Par les soins de la Chancellerie des Rites, les 4,000 feuillets des deux exemplaires du Procès étaient collationnés un par un, paraphés et paginés à nouveau, rubriqués enfin et authentiqués, de façon à ce que les Juges soient assurés d’avoir entre les mains le texte vrai et intégral de toutes les parties du Procès.

    À la suite de ce travail préliminaire s’est ouverte une procédure particulière qui avait pour objet d’établir la validité du Procès d’Orléans.

    C’est peu, en effet, d’avoir sous les yeux un texte authentique et garanti contre toute altération : il faut savoir ce que vaut ce texte et, quand il s’agit, comme dans les Causes de Béatification, de témoignages, il faut savoir ce que valent ces témoignages : il faut examiner d’où ils viennent, dans quelles conditions ils ont été recueillis, et si vraiment toutes les précautions qu’exige la prudence ont été prises pour assurer leur sincérité et leur autorité. Dans ce but, un décret d’Urbain VIII (5 juillet 1634), de nombreuses instructions de Benoît XIV (1740-1758), plusieurs décisions récentes de Congrégations Romaines ont réglé l’ordre et la marche à suivre dans les Procès apostoliques ; de là une procédure très compliquée sans doute, mais très sage et très efficace, qui ne laisse rien au hasard, au caprice ou à l’arbitraire ; tout y est prévu en ce qui regarde la constitution du tribunal chargé de recueillir les témoignages ; le lieu, la date, l’ouverture et la clôture des sessions ; la présence des juges, l’assistance des délégués du Promoteur de la foi ; le choix des témoins, leur compétence, la formule de leur serment, leur comparution, les questions qu’on leur fera soit au nom du Postulateur de la Cause, soit au nom du Promoteur de la foi ; la manière dont on doit recueillir et enregistrer leurs dépositions ; les droits et les devoirs des Juges, du Postulateur, du Promoteur, du Notaire ; la loi du secret jusqu’à la clôture de l’Instruction, etc., etc.

    Et toutes ces prescriptions doivent être soigneusement observées : en violer quelqu’une, ce serait s’exposer à voir annuler le Procès tout entier.

    Car il y a, à Rome, un tribunal qui possède, entre autres attributions, celle d’examiner, à l’occasion de chaque Procès de Béatification, si les formalités commandées ont été observées : c’est le Tribunal de la Rote (1).

    C’est devant ce tribunal que s’est ouverte, au mois d’avril dernier, l’instruction destinée à constater la validité de notre Procès apostolique. Et voici comment les choses se sont passées.

    Par ordre du cardinal Préfet, les deux exemplaires, authentiqués par le greffier des Rites, ont été remis, l’un à l’avocat de la Cause, M. Minetti, l’autre, au Promoteur de la foi, Mgr Lugari. Ces Messieurs en ont pris connaissance, M. Minetti pour établir la validité du Procès et sa parfaite régularité ; Mgr Lugari pour chercher et signaler les vices de forme dans lesquels les Juges d’Orléans avaient pu tomber.

    Les résultats de ce double examen ont été consignés dans trois rapports imprimés, que nous avons sous les yeux, et qui ont été distribués à chacun des Juges de la Rote et aux Révérends Pères de la Congrégation des rites.

    Le premier de ces rapports est celui de M. l’avocat de la Cause. Dans son informatio, M. Minetti se contente de faire l’histoire du Procès ; en une dizaine d’articles, il établit que la Procédure suivie à Orléans a été correcte et régulière, et que toutes les formes ont été respectées. À ce rapport est joint un répertoire — summarium — dans lequel sont reproduites les pièces justificatives. Ce premier travail comprend environ 60 pages in-folio, d’un texte très dense.

    Les critiques, ou animadversiones, de Mgr le Promoteur ont été peu nombreuses ; elles tiennent en deux petites pages : elles portent sur 5 ou 6 points seulement, de minime importance. À nous, et à tous ceux qui en prendront connaissance, ce curieux document fournit une preuve du soin méticuleux et consciencieux avec lequel Mgr Lugari a examiné chaque pièce l’une après l’autre.

    M. Minetti, en une plaidoirie d’une dizaine de pages, a détruit point par point, les objections que Mgr le Promoteur de la foi avait formulées — ainsi qu’il dit lui-même — pour l’acquit de sa charge.

    Après avoir pris connaissance des différentes pièces, les juges de la Rote ont émis un avis favorable à la reconnaissance de la validité du Procès d’Orléans ; et, le 28 juin dernier, Mgr l’Évêque avait la joie d’apprendre que, dans la séance ordinaire de ce jour, la Congrégation des rites avait rendu le Décret de validité du Procès apostolique de virtutibus et miraculis de la Vénérable Jeanne d’Arc.

    Voilà où en est la Cause.

    Les questions préliminaires de forme sont donc vidées : l’examen du fond va commencer. Il est commencé, nous dit-on, et M. Minetti rédige déjà la nouvelle plaidoirie dans laquelle, à l’aide des pièces du procès, il démontrera, nous l’espérons, que notre Jeanne d’Arc a pratiqué à un degré héroïque les vertus théologales et cardinales, et que, par son intercession, des grâces signalées, de véritables miracles, ont été obtenus du ciel.

    À nous tous maintenant de continuer nos prières, de les multiplier, pour hâter la solution que chrétiens et français, orléanais surtout, appellent de tous leurs vœux.

    (1) Ce tribunal se compose de prélats appartenant aux différentes nations catholiques. Il doit son nom à ce que ses audiences sont présidées à tour de rôle — ad rotam — par chacun des auditeurs de la Rote. La Rote était autrefois le Conseil d’État et la Cour de cassation du gouvernement pontifical ; ses avis formaient la jurisprudence administrative et judiciaire des États de l’Église. Les membres qui composent ce tribunal sont aujourd’hui : N.N. S,S. de Montel, Mourey, Béfani, Carcani, Pallotini, Persiani, Riccardi, Giustini.

  • Mgr Touchet, Jeanne d’Arc du bûcher à l’autel, lettre pastorale, dans Revue du clergé français, t. LVIII, avril-mai-juin 1909, p. 220-241, NumeLyo) :

    Prélats signataires de la supplique de Dupanloup (p. 230) :

    Les prélats signataires furent, avec Mgr Dupanloup suppliant : S. Ém. le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen ; Mgr Guibert, archevêque de Tours ; Mgr Caverot, évêque de Saint-Dié ; Mgr Pie, évêque de Poitiers ; Mgr du Parc, évêque de Blois ; Mgr Meignan, évêque de Châlons ; Mgr Foulon, évêque de Nancy ; Mgr Hacquard, évêque de Verdun ; Mgr de la Tour-d’Auvergne, archevêque de Bourges ; Mgr Gignoux, évêque de Beauvais ; Mgr de Las Cases, évêque de Constantine, et Mgr Lacarrière, ancien évêque de Basse-Terre.

    Composition du tribunal du premier procès de l’ordinaire (1874-1876) (p. 230) :

    Le tribunal était composé comme suit : Juges : MM. Rabotin et Brancheau, vicaires généraux. — Juges adjoints : MM. Cassot, professeur au grand séminaire ; Baunard, aumônier de l’École normale ; Coignet, vicaire de Saint-Laurent ; Jarossay, vicaire de Saint-Marceau, docteur en théologie. — Promoteur : M. Bardin, vicaire général. — Vice-Promoteur : M. Delaunay, professeur de morale. — Notaire : M. Sejourné, aumônier des hospices. — Avocats : MM. Renault, directeur de Sainte-Croix. — Commissaires : MM. Bouloy, vicaire de Notre-Dame ; Gerbault, curé de Saint-Laurent. — Messieurs les trumeantaires : MM. Lambert, curé de Recouvrance ; Gélot, aumônier de Sainte-Enfance. Les postulatrices de la Cause furent, au nom de la ville, M. Colin ; au nom du diocèse, Mgr Desnoyers.

    Lettre du maire d’Orléans à Dupanloup désignant M. Collins comme postulateur au nom de la ville (p. 241) :

    Orléans, le 16 mai 1874.

    Monseigneur, Vous m’avez fait l’honneur de me demander de désigner l’un de nos concitoyens digne de vous assister en notre ville dans l’œuvre si grande à laquelle vous vous consacrez pour notre glorieuse Jeanne d’Arc. Je viens proposer, à cet effet, à Votre Grandeur, M. Collin, inspecteur général des Ponts et Chaussées, ancien Conseiller municipal, membre de nos Sociétés savantes. On ne peut trouver réunis à un plus haut degré les solides principes, le savoir, la droiture de jugement, le dévouement. Vous connaissez depuis longtemps M. Collin, Monseigneur, et je suis certain que vous partagerez mes sentiments. Daignez agréer, Monseigneur, l’assurance de ma haute et respectueuse considération. Le Maire d’Orléans, Signé : A. de Lévin.

  • Mgr Touchet, Les fêtes de la béatification de Jeanne d’Arc : Rome, Orléans, la France, 1909, p. 220-241, Gallica).

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