A. Mouchard  : Les fêtes de la béatification de Jeanne d’Arc (1910)

Texte : Introduction

Les fêtes de la
béatification de Jeanne d’Arc
Rome, Orléans, la France
1909

Souvenirs et documents publiés sous la direction de Mgr Touchet, évêque d’Orléans

par

Anselme Mouchard

(1910)

Éditions Ars&litteræ © 2024

Avant-propos

VLettre de l’auteur
à S. G. Mgr Touchet, évêque d’Orléans

Monseigneur,

Vous avez pensé qu’il importait à la gloire de la Bienheureuse Jeanne d’Arc que le souvenir des fêtes qui ont célébré sa Béatification à Rome, à Orléans et en France fût consigné par écrit : tous ces hommages, toutes ces acclamations, toutes ces prières, tous ces actes de foi catholique et de piété patriotique que Sa Sainteté le Pape Pie X a inaugurés, le 18 avril 1909, en priant devant l’image de Jeanne d’Arc, et que toute la France chrétienne a répétés pendant un an dans un admirable concert, vous avez désiré en offrir le résumé à la Bienheureuse, comme pour lui remettre sous les yeux, dans un même tableau, le spectacle de l’Église et de la France agenouillées devant elle.

La Bienheureuse, qui vous doit tant déjà, sera encore votre obligée pour ce nouvel hommage, et la France chrétienne estimera qu’une fois de plus vous aurez bien travaillé pour Jeanne.

Vous m’avez demandé de vous servir de secrétaire pour l’exécution de ce projet : je vous remercie de l’honneur que vous m’avez fait et je vous remets l’œuvre conçue, poursuivie et achevée sous votre direction.

VISi vous jugez qu’elle répond à votre pensée, je vous serai très reconnaissant de vouloir bien la présenter vous-même à la Bienheureuse Jeanne d’Arc.

Daignez agréer, Monseigneur, l’hommage de mon très respectueux dévouement.

A. Mouchard.

Orléans, le 18 avril 1910.

VIILettre de S. G. Mgr Touchet, évêque d’Orléans
à l’auteur

Monsieur le chanoine,

J’ai vivement désiré le livre que vous venez de terminer.

Il sera le mémorial d’un jour et d’une année qui marqueront dans notre Histoire ecclésiastique, le jour et l’année de la Béatification de Jeanne d’Arc.

À vrai dire, ce n’est pas a moi que vous auriez dû dédier ce volume, mais a Celui qui daigna vouloir imprimer ce prodigieux mouvement de culte et d’enthousiasme catholiques en l’honneur de la très sainte et très pure Héroïne.

La discrétion respectueuse nous a seule retenus, vous et moi.

Du moins que le Père commun le sache : ni nous n’ignorons ni nous n’oublions que sans Sa paternelle et vigoureuse initiative qui nous valut les fêtes de Rome, la France et l’Univers n’auraient pas tressailli de l’émotion qui a étonné nos adversaires et nos amis.

Jamais Vénérable ou Sainte en effet n’a reçu tribut d’hommages aussi somptueux que Jeanne ; jamais autel n’a été vénéré à l’égal du sien, depuis que l’Église en décerne l’honneur à des chrétiens héroïques.

Les catholiques de France, meurtris et admirables de constance, de générosité, de foi dans leur meurtrissure, en ont été réconfortés.

Les non-catholiques, pourvu qu’ils aient gardé cet amour qui survit même à la destruction de tous les autres hauts amours, l’amour VIIIde la Patrie, ont été rapprochés de nous, du moins momentanément.

Serait-ce l’annonce et le principe de quelque renouveau dans notre Pays ? Plusieurs qui ne se laissent pas duper habituellement le pensent. Ils ne croient pas aux transformations sociales et politiques instantanées ; mais ils croient que le mouvement inauguré parmi les fêtes de Jeanne peut et doit ne se pas arrêter, pourvu que ceux-là qui doivent par état et par conscience le propager, prennent à cœur l’accomplissement de leur obligation. La Bienheureuse Jeanne d’Arc n’a pu revenir parmi nous pour y ouvrir école d’indolence et d’apathie, mais bien de zèle et d’activité. Dieu ne donne la victoire qu’à ceux-là qui bataillent.

Cette seconde épopée, cette épopée de la Bienheureuse revivant — et cette fois sans martyre, et cette fois à travers la France entière, — ses triomphes d’il y a cinq-cents ans, vous nous l’avez contée avec une exactitude d’historien scrupuleux toujours et une foi et un cœur de vrai Orléanais.

Je souhaite à votre livre tout le succès que méritent le talent de son auteur et la curiosité sainte que provoque universellement son Héroïne.

Veuillez croire, cher Monsieur le Chanoine, à mes dévoués et cordiaux sentiments.

✝ Stanislas, évêque d’Orléans.

Orléans, le 8 mai 1910

1Introduction
Du bûcher à l’autel
(30 mai 1431-18 avril 1909)

Sous le titre : La Vénérable Jeanne d’Arc : du Bûcher à l’Autel, Mgr Touchet, évêque d’Orléans, a publié, pour le saint temps du carême de l’année 1909, une lettre pastorale où sont résumés avec une exacte précision les faits qui ont abouti à la Béatification de Jeanne d’Arc ; cette lettre, accompagnée des principaux documents sur lesquels elle s’appuie, servira d’introduction naturelle au présent récit des fêtes de la Béatification. Nos lecteurs jugeront sans doute que Mgr l’évêque d’Orléans, ayant eu, presque seul, tous les documents entre les mains, pouvait peut-être, presque seul, montrer comment la sainte Libératrice est parvenue aux honneurs des autels. Suivons-la donc, avec un guide si autorisé, dans la voie triomphale.

[Note de la présente édition : les insertions du chanoine Mouchard à la lettre pastorale de Mgr Touchet sont indiquées ainsi.]

I
La tragédie du 30 mai 1431

Personne n’ignore l’abominable tragédie dont le Vieux-Marché de Rouen vit le spectacle, le 30 mai 1431.

Toute la ville était là : hommes d’armes, enfants, femmes, moines, prêtres séculiers, magistrats, simples citoyens, pressés, pêle-mêle, sur la place, les estrades, les toits, les murs, aux balcons, aux fenêtres, dans les rues avoisinantes, partout où l’on pouvait voir ; ils attendaient, causant ou priant, riant ou pronostiquant des malheurs.

2Vers neuf heures, un grand remous se fit dans cette multitude ; la charrette du bourreau Thiérage, escortée de cent quatre-vingts soldats anglais, arrivait.

Une enfant de dix-neuf ans quatre mois et vingt-quatre jours en descendit. C’était elle… Elle ! les uns disaient : la sorcière, la dissolue, l’hérétique. Les autres répondaient : la bien croyante, la très pure, la sainte. Tous le savaient : la victorieuse d’Orléans et de Patay, la triomphatrice de Reims, la prisonnière de Compiègne, l’accusée, la condamnée de Rouen : Jeanne d’Arc.

Le docteur Nicolas Midy la prêcha, une longue heure d’horloge.

À son tour, Pierre Cauchon l’exhorta copieusement, prononça contre elle une violente sentence de condamnation, l’abandonna au bras séculier, et se retira.

Enfin, le bailli de Rouen, Jean le Bouteillier, dit aux gardes : Emmenez-la, et (si ce fut vraiment lui) au bourreau : Fais ton devoir. Après quoi, la foule put regarder ce qu’elle était venue regarder.

Jeanne, en effet, fut péniblement hissée sur son bûcher, tant il était élevé. Elle fut liée au poteau qui dominait l’amoncellement des fagots. Elle serra sur sa poitrine la croix qu’un soldat anglais lui avait faite avec deux bâtons. Elle congédia le dominicain Ladvenu, qui l’avait confessée et assistée jusqu’au seuil de la mort ; puis, levant les yeux sur la croix processionnelle de Saint-Sauveur que frère Isambart de la Pierre lui présentait, elle s’abîma dans sa prière et attendit.

Il pouvait être onze heures ou onze heures et demie.

Cependant le bourreau avait approché la torche des fascines. Une colonne de fumée et de flammèches s’éleva.

Sur la place s’était étendu un lourd silence. On put donc entendre la voix de Jeanne, suppliant qu’on lui donnât l’eau bénite, cette eau qui défend le chrétien contre les suprêmes assauts du démon.

La flamme s’avivait de plus en plus ; rouge, énorme, étouffante, elle finit son œuvre de mort.

Avant midi, pensons-nous, la martyre poussa un cri puissant, comme si elle eût salué quelqu’un d’attendu longtemps, venu enfin : Jésus ! Jésus ! Jésus ! Et inclinant la tête, elle rendit sa sainte âme à son Créateur.

Alors, sur un ordre venu d’on ne sait qui, Thiérage écarta le brasier, et ils aperçurent le pauvre corps noirci, tuméfié, entamé par les morsures du feu, toutefois encore pendant au poteau.

C’était toujours elle !… Les Anglais se pouvaient tranquilliser. Ni bons, ni mauvais esprits par puissance surnaturelle, ni hommes, par violence ou surprise, ne la leur avait changée ou enlevée. Elle était 3morte ! La prophétie de Glasdale aux Tourelles : Nous te ferons ardre ! était réalisée.

Après cette constatation, le bûcher fut rallumé. Le bourreau l’activa de toutes ses forces. Au bout de quelques minutes, les liens de chanvre furent consumés ; le corps tomba dans la fournaise…

Ce qui suivit ne se décrit pas. Ces chairs, ces os qui s’incinèrent… Jeanne disait : Se peut-il que mon corps que j’ai gardé net et pur soit brûlé ! On se prend à répéter ce cri : Se peut-il… Se peut-il !…

Le cardinal d’Angleterre avait prescrit que ce qui resterait fût jeté à la Seine.

Thiérage se mit en devoir d’exécuter l’ordre.

Il ramassait donc et entassait les débris dans son tombereau, quand il recula épouvanté. Parmi les charbons, le cœur et les entrailles de la victime lui étaient apparus intacts. Précipitamment, il les inonda de poix et d’huile, afin de commencer une troisième combustion. On raconte que ce fut vainement. Ce cœur auguste, qui n’avait battu que pour son roi, son pays et son Dieu, ne put être entamé. Il dut être emporté comme vivant, parmi les cendres : cendres des bois du supplice, cendres du corps de la suppliciée.

Tout fut précipité dans le fleuve, du haut du pont Mathilde.

Tout ce fleuve est sacré, car il est son tombeau1 !

II
Le lendemain du supplice — La terreur des Anglais

Dès le lendemain de cette funèbre journée, les hommes que Jeanne avait appelés ses ennemis capitaux, se sentirent inquiets. Ce qui s’explique.

Un des bourreaux n’avait-il pas vu l’âme de l’enfant s’envoler au ciel sous la forme d’une blanche colombe ? Thiérage, malgré sa dureté professionnelle, n’était-il pas allé se confesser, gémissant : Jamais je n’obtiendrai mon pardon : j’ai brûlé une sainte ! Le docteur Alespée n’avait-il pas avoué qu’il voudrait bien être où il était convaincu qu’était celle-ci ? L’Anglais Tressart n’avait-il pas répété : Nous sommes tous perdus, nous avons brûlé une sainte ! Quoi donc !… Le cardinal de 4Winchester lui-même, après s’être retiré de la place du Vieux-Marché, était-il si sûr de la besogne qu’il avait faite ? N’avait-il pas pleuré ?

La voix populaire, enfin, plus puissante que nulle autre, ne témoignait-elle pas que sainte Catherine était apparue à Jeanne avant le supplice, lui disant : Fille de Dieu, sois assurée en ta foi, car tu seras au nombre des Vierges dans la gloire du Paradis2.

Qu’était-ce que cette rumeur de sainteté qui circulait autour du supplice de l’hérétique, de l’apostate, de l’excommuniée ? Qu’était-ce que cette aurore de gloire qui se levait sur un bûcher à peine refroidi ?

Il y serait pourvu.

En effet, ils y pourvurent de leur mieux.

Ils rédigèrent un procès-verbal des trois derniers jours de Jeanne, ou le faux et le vrai furent savamment dosés. Jeanne eût confessé, dans ces audiences, qu’elle était coupable contre le ciel et la terre des pires scélératesses ; qu’elle avait trompé tout le monde ; qu’elle ne croyait plus à ses Voix. À vrai dire, les notaires jurés, quoique présents aux interrogatoires, ne voulurent point en contresigner le mensonger récit. Jules Quicherat, tout sceptique qu’il s’est montré dans certains de ses Aperçus, l’a qualifié d’une note qui devrait en interdire l’usage à n’importe quel historien.

Les pièces qui suivent, (dit-il), sont écrites de la même main que le reste des procédures, mais elles cessent d’être revêtues de la signature qui, auparavant, se trouve apposée au bas de chaque feuillet du manuscrit. On verra, par les interrogatoires du second procès, que les greffiers se sont refusés à les valider de leur attestation3.

De ce procès-verbal, le canevas, — ou le résumé, — fut envoyé par lettre du petit roi Henri VI à l’empereur, aux rois, aux ducs, aux comtes des pays chrétiens. Cette communication eut lieu le 7 juin.

Vingt jours après, nouvelle circulaire du prince aux prélats, ducs, comtes de son royaume de France. Enfin, l’Université de Paris elle-même donna.

La Lumière des peuples écrivit au Pape et aux Cardinaux une relation des événements.

Et ici revient l’inexorable question : Quelle est cette enfant qui force, tout cendre qu’elle est, le roi d’Angleterre et de France à s’occuper d’elle ? Quelle est cette enfant à laquelle s’intéressent l’empereur, les rois, les ducs, les comtes de la chrétienté ; les prélats, les ducs, les comtes 5de France ? Quelle est cette enfant morte et qui menace tellement de revivre ?…

Vous l’avez brûlée ; vous la calomniez : de quoi avez-vous peur ? Vous avez jeté à l’eau ses restes, et jusqu’aux charbons de son bûcher, par crainte que la dévotion populaire les vénérât. Il ne subsiste d’elle ni mémoire, puisque vous l’avez flétrie ; ni reliques, puisque vous avez tout noyé dans la Seine. De quoi avez-vous peur ?

Il est vrai : ils pressentaient que quelque chose les menaçait.

S. G. Mgr Touchet, évêque d’Orléans, écrivant Du Bûcher à l’Autel.
S. G. Mgr Touchet, évêque d’Orléans, écrivant Du Bûcher à l’Autel.

Le danger qu’ils eussent été embarrassés de définir, nous, éclairés par les événements, nous le connaissons avec précision.

À la martyre, en apparence abandonnée de l’univers, il restait trois forces qui devaient la conduire au triomphe définitif, le plus beau qui se puisse rêver : il lui restait sa mère, Orléans et Dieu !

6III
La réhabilitation de Jeanne d’Arc — Le rescrit de Calixte III — La sentence solennelle

Avant que la famille de Jeanne d’Arc prît en main sa cause, une enquête sur le procès de condamnation avait été ordonnée par Charles VII, plus préoccupé peut-être de son intérêt propre que de celui de la victime. Mais, selon la remarque d’un de ses historiens4, Jeanne, ayant été condamnée par un tribunal ecclésiastique jugeant en matière de foi, ne pouvait être réhabilitée que par un tribunal ecclésiastique investi d’une juridiction souveraine qui lui conférât le droit de réformer et, au besoin, de casser la sentence des premiers juges. Ce fut le cardinal-légat d’Estouteville qui dirigea l’information canonique sur le procès de Rouen (1452) ; il n’eut pas le temps de l’achever et il laissa ce soin à Jean Bréhal, grand inquisiteur de France. Diverses circonstances retardèrent l’heure favorable où l’on pouvait solliciter du Saint-Siège l’ouverture d’un procès de réhabilitation : enfin, en 1455, l’œuvre de justice commença par l’accueil de la supplique de la famille de Jeanne au pape Calixte III.

Jacques d’Arc était mort de douleur, paraît-il, en apprenant la tragédie de Rouen.

Isabelle Romée se courba sous l’orage, puis se releva. Peu après le supplice de Jeanne, elle quitta Domrémy. Venue à Orléans où elle fut reçue, soignée, pensionnée, elle attendit, dans la métairie de Bagneaux, l’heure des réhabilitations de Jeanne, que faisait prévoir une enquête menée par le cardinal d’Estouteville. Sa confiance ne fut pas déçue. Un jour de novembre de l’année 1455, on la vit, accompagnée de plusieurs dames orléanaises, sortir de sa ferme, qu’elle ne quittait guère. Vieillie, cassée, l’esprit toujours présent cependant, elle se rendit à Paris avec son fils, Pierre du Lys, qui partageait, en sa compagnie, les bonnes grâces de la cité, du chapitre et du duc d’Orléans.

Dans l’église de Notre-Dame, elle réclama de Juvénal des Ursins, 7archevêque de Reims, d’Alain Chartier, évêque de Paris, de Robert de Longueil, évêque de Coutances, la révision du procès de son enfant, outragée indignement par des hommes qui se disaient des juges et n’étaient que des bourreaux.

On raconte qu’étouffée par ses larmes Isabelle ne put aller au bout de sa supplique.

Il fut décidé que, dix jours plus tard, les prélats invoqués examineraient l’affaire au fond.

Pendant ces délais, les dames d’Orléans restèrent auprès de leur vénérable cliente, qu’elles accompagnèrent encore le 17, dans l’audience décisive où se constitua le Tribunal de révision.

Elles virent Isabelle remettre aux évêques le rescrit de Calixte III, qui leur donnait mandat de procéder à la révision au nom du Siège apostolique, et elles entendirent ceux-ci accepter la charge qui leur était confiée. Elles assistèrent à la plaidoirie de Pierre Maugier, docteur en Décret, qui conclut que prompte justice fût faite à Isabelle et à ses parents, suivant toutes les exigences du droit. Enfin, sur les réquisitions de l’inquisiteur Jean Bréhal, elles ouïrent Isabelle affirmer, sous la foi du serment, qu’elle était bien la mère de Jeanne d’Arc, et qu’à ce titre elle demandait la cassation du jugement de Rouen.

L’action était ouverte.

On a bien compris il s’agissait de savoir si oui ou non Jeanne avait été hérétique, dissolue, menteuse, schismatique, adoratrice de mauvais esprits, ainsi que l’avaient affirmé Pierre Cauchon et ses assesseurs.

L’enquête se fit à Domrémy, à Paris, à Rouen, à Lyon, à Orléans.

À Domrémy, il fut entendu trente-quatre témoins, dont Jean de Novelompont, Bertrand de Poulengy, Durand Laxart.

À Paris, vingt, dont Thomas Courcelles et le duc d’Alençon.

À Rouen, dix-neuf, dont Manchon, Massieu, Taquel, Seguin de Seguin qui avait assisté au procès de Poitiers.

À Lyon, un, sur commission rogatoire, d’Aulon.

À Orléans, quarante et un, dont Dunois, Gaucourt, le chanoine Compaing, Charlotte Havet, qui était la fille de Jacques Boucher, hôte de Jeanne, lors de la délivrance.

L’archevêque de Rouen, les évêques de Paris et de Coutances, dûment informés par ces enquêtes et par le réquisitoire de Jean Bréhal, grand inquisiteur de la foi, portèrent leur sentence :

Nous disons, prononçons, définissons et déclarons que les procès (de chute et de rechute menés à Rouen), et les sentences qui les ont suivis, manifestement frauduleux, calomnieux, iniques, répugnants, contenant des erreurs évidentes de droit et de fait, avec l’abjuration qui y 8est annexée et les exécutions qui en ont été les conséquences, sont et seront tenus pour nuls (en droit), invalides et vains. Nous les cassons… les annulons… leur enlevons toute valeur… Notre sentence sera publiée sur la place Saint-Ouen, et au Vieux-Marché de Rouen, en ce lieu où Jeanne fut brûlée dans le plus cruel des supplices… ; elle sera publiée de même dans les principales villes et les endroits considérables du royaume5.

Ce jugement fut rendu le 7 juillet 1456. Le procès de réhabilitation avait duré huit mois.

Isabelle Romée eut la joie de cette justice. Elle s’éteignait deux ans environ plus tard, au mois de novembre 1458. Elle fut enterrée à Sandillon6. Nous ne savons pas où est sa tombe.

C’est grand dommage. Les mères du Loiret, les mères de France, s’y rendraient en pèlerinage, afin d’apprendre deux sciences, dont l’une, très haute, est nécessaire à toutes, dont l’autre, terrible, est nécessaire, hélas ! à plusieurs ; à savoir : comment on élève une Française et une sainte ; et comment on survit à son enfant, en se préparant, par la prière résignée, à l’aller retrouver dans les éternelles joies du Paradis.

Rescrit de Calixte III

La supplique de la mère et des frères de Jeanne d’Arc avait été remise par le cardinal d’Estouteville au pape Nicolas V. Celui-ci mourut (mars 1455), sans avoir eu le temps de déférer à la requête des suppliants ; mais son successeur, Calixte III, élu le 8 avril 1455, se hâta de publier (11 juin) un rescrit par lequel il ordonnait l’information canonique sur le procès de condamnation.

Calixte, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos vénérables frères, l’archevêque de Reims et les évêques de Paris et de Coutances, salut et bénédiction apostolique.

Nous prêtons volontiers l’oreille aux humbles requêtes des suppliants, et nous nous plaisons à leur accorder des grâces opportunes. Il nous a été récemment présenté, de la part de nos chers fils Pierre et Jean appelés d’Arc, laïques, et de notre chère fille en Jésus-Christ, Isabelle, mère desdits Pierre et Jean, et d’un certain nombre de leurs parents, du diocèse de Toul, une supplique contenant ce qui suit.

Bien que feue Jeanne d’Arc, sœur de Pierre et de Jean, et fille d’Isabelle, 9mère des susdits, tandis qu’elle vivait en ce monde, eût détesté toute hérésie, et n’eût rien cru ou affirmé qui sentît l’hérésie, et se fût de plein gré conformée aux traditions de la foi catholique et de la sainte Église romaine ; cependant, feu Guillaume d’Estivet, ou tout autre, en ce temps investi de la charge de promoteur des affaires criminelles de la cour épiscopale de Beauvais, à l’instigation, comme on le croit avec vraisemblance, de certains ennemis, tant de ladite Jeanne que de ses frères et de sa mère susdits, rapporta faussement à feu de bonne mémoire7, Pierre, évêque de Beauvais, et aussi à feu Jean Le Maître, de l’ordre des Frères prêcheurs, professeur, remplissant alors les fonctions de vice-inquisiteur de l’hérésie en ces régions, encore vivant maintenant, que ladite Jeanne, qui se trouvait alors dans le diocèse de Beauvais, s’était rendue coupable du crime d’hérésie, et avait commis d’autres crimes contraires à la foi. Sous ce prétexte et sur ce faux rapport, ledit évêque, en sa qualité d’ordinaire, et ledit Jean Le Maître, se disant muni pour cela d’un pouvoir suffisant, commencèrent une procédure d’inquisition contre ladite Jeanne, procédure qui fut continuée conformément aux poursuites du promoteur. Aussitôt, sans que l’évidence du fait, ni la véhémence des soupçons, ni la clameur de l’opinion publique l’exigeassent, ils enfermèrent l’accusée dans une prison. Et enfin, bien que par cette procédure d’inquisition ils n’eussent pas acquis, — et ils ne pouvaient l’acquérir, — la certitude légale que ladite Jeanne se fût rendue coupable du crime d’hérésie ou qu’elle eût commis d’autres crimes contraires à la foi, ni aucun crime ou excès de ce genre, ni qu’elle eût consenti à aucune erreur contraire à la foi, bien que toutes ces accusations ne fussent pas notoires ni vraies, et que ladite Jeanne eût requis ledit évêque et ledit Jean Le Maître que, s’ils prétendaient qu’elle eût dit ou fait quelque chose qui sentît l’hérésie ou fût contraire à la foi, ils renvoyassent cela à l’examen du Siège apostolique, dont elle était prête à subir le jugement : néanmoins, enlevant à ladite Jeanne toute possibilité de défendre son innocence et négligeant l’ordre régulier du droit, selon l’arbitraire de leur seule volonté, usant en cette inquisition d’une procédure entachée de nullité et purement de fait, ils prononcèrent contre ladite Jeanne, la déclarant convaincue d’hérésie et d’autres crimes et excès, une sentence définitive et impie. À la suite de cette sentence, ladite Jeanne fut méchamment livrée par la justice séculière au dernier supplice, au péril des âmes de ceux qui la condamnèrent, à l’ignominie 10et opprobre, charge, offense et injure de sa mère, de ses frères et de ses parents susdits. Et, selon ce qu’ajoute ladite supplique, la nullité de ce procès d’inquisition résulte clairement, ainsi que l’innocence de Jeanne, des actes de cette procédure et d’autres documents, et il est facile d’établir par des preuves légales que ladite Jeanne a été méchamment condamnée, sans qu’elle eût mérité cette condamnation par aucune faute.

En conséquence, ses frères, sa mère et ses parents susdits, désirant agir à l’effet principalement de recouvrer leur honneur et celui de ladite Jeanne, et d’effacer la note d’infamie qu’ils ont injustement reçue de cette sentence, nous ont fait humblement supplier que nous daignions commettre à certaines personnes, en ces régions, le soin d’entendre au procès de nullité de ladite sentence et de réhabilitation de ladite Jeanne, et de la conduire régulièrement à sa fin, et leur mander d’admettre lesdits suppliants à la poursuite de ce procès de nullité et de réhabilitation, nonobstant les procédures et condamnations susdites.

Nous donc, accueillant favorablement ladite supplique, nous mandons à votre fraternité par ce rescrit apostolique que vous, ou deux ou un d’entre vous, après vous être adjoint un inquisiteur de l’hérésie résidant en France, et avoir fait citer le vice-inquisiteur actuel de l’hérésie au diocèse de Beauvais, et le promoteur actuel des affaires criminelles en ce diocèse, et tous autres qui seront à citer devant vous ; après avoir ouï tout ce qui sera, de part et d’autre, proposé devant vous sur les choses susdites, vous rendiez en dernier ressort une juste sentence, que vous ferez observer fermement au moyen des censures ecclésiastiques. Nonobstant toutes constitutions et ordonnances apostoliques et toutes choses contraires quelconques.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l’an de l’incarnation du Seigneur MCCCCLV, le trois des ides de juin, de notre pontificat l’an premier.

Sentence solennelle de réhabilitation

Au nom de la Trinité sainte et indivisible du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

La Providence de l’éternelle Majesté, le Christ Sauveur, Seigneur, Dieu et Homme, a chargé le bienheureux Pierre et ses successeurs apostoliques de gouverner son Église militante. Ils sont les gardiens vigilants qui, sous la pleine lumière de la vérité, instruisent les fidèles à marcher dans les sentiers de la justice, soutiennent les bons, relèvent les 11opprimés et ramènent dans les voies droites, par le jugement de la raison, ceux qui s’en sont détournés. En vertu de cette autorité dont nous sommes investis, Nous, Jean, par la grâce de Dieu, archevêque de Reims ; Guillaume, évêque de Paris ; Richard, évêque de Coutances, et Jean Bréhal, des Frères prêcheurs, professeur de théologie, un des inquisiteurs de la perversité hérétique dans le royaume de France, juges spécialement désignés par notre seigneur le très saint Pape récemment élu ;

Vu le procès solennellement agité devant Nous, en vertu du mandat apostolique qui Nous a été adressé et que Nous avons respectueusement accepté pour la cause d’honnête personne et veuve, Isabelle d’Arc, mère de la Pucelle, de Pierre et de Jean d’Arc, frères propres, naturels et légitimes de feue Jeanne d’Arc, de bonne mémoire, nommée communément la Pucelle, et pour la cause de leurs parents, demandeurs, contre le vice-inquisiteur de la perversité hérétique dans le diocèse de Beauvais, contre le promoteur des causes criminelles en la cour épiscopale de Beauvais, et contre Mgr Guillaume de Hellande, évêque de Beauvais, et en général contre tous les autres qui croiraient avoir intérêt en cette affaire et, tant conjointement que séparément, voudraient s’y porter respectivement comme défendeurs ;

Vu d’abord l’évocation péremptoire et son exécution, décrétée par Nous sur l’instance des demandeurs et du promoteur institué par Nous d’office en la cause, juré et créé, contre lesdits défendeurs, en vue de la mise à exécution du rescrit pontifical, sauf de leur part à protester, à répondre et à procéder comme ils croiraient devoir raisonnablement le faire ;

Vu la requête des demandeurs eux-mêmes, les faits, les raisons, les conclusions écrites par eux, présentées en forme d’articles, concluant et tendant à déclarer entaché de nullité, d’iniquité et de dol, certain prétendu procès en matière de foi, fait naguère et exécuté en cette ville contre ladite défunte Jeanne, par Pierre Cauchon, alors évêque de Beauvais, par feu Jean Le Maître, vice-inquisiteur prétendu dans ledit diocèse de Beauvais, et feu Jean d’Estivet, promoteur ou remplissant au même diocèse les fonctions de promoteur ;

Vu ces conclusions tendant du moins à la cassation du procès susdit, à l’annulation des abjurations et sentences ainsi que de toutes les choses qui en sont résultées, à la réhabilitation de ladite défunte, comme aux autres fins qui y sont exprimées ;

Vu, de plus, la lecture et l’examen plusieurs fois répétés des minutes originales, instruments, pièces et actes, notules et protocoles du susdit procès, remis et montrés à Nous par les notaires et autres personnes en vertu de nos lettres compulsoires ;

12Vu la vérification faite en notre présence de leurs seings et écritures ;

Vu les longues explications échangées sur ces sujets avec lesdits notaires et officiers dudit procès et les conseillers appelés au même procès, dont nous avons pu obtenir la présence, après avoir préalablement rapproché et comparé les minutes et les notes abrégées ;

Vu aussi les informations préparatoires recueillies d’abord par T. R. P. en Christ, le seigneur Guillaume, cardinal prêtre du titre de Saint-Martin-des-Monts, alors légat du Saint-Siège apostolique au royaume de France, avec l’assistance de l’inquisiteur, après examen des livres et des instruments à lui présentés, et les informations recueillies par Nous et nos commissaires au commencement du présent procès ;

Vu et considérés divers traités dus à des prélats, docteurs, hommes d’expérience, illustres et de grand renom qui, après s’être longuement rendu compte des livres et instruments du susdit procès, ont entrepris d’en élucider les points douteux, en des écrits composés et publiés tant sur nos ordres que sur ceux du Révérend Cardinal susnommé ;

Vu les articles et interrogatoires susdits à Nous présentés par les demandeurs et promoteurs, et après plusieurs évocations, admis à preuve ; attendu les dépositions et attestations des témoins, tant sur les mœurs de défunte Jeanne et son départ du pays natal ; sur l’examen auquel elle fut soumise en présence de nombreux prélats, docteurs et gens de savoir, principalement de T. R. P. Regnault, alors archevêque de Reims et métropolitain dudit évêque de Beauvais, examen plusieurs fois renouvelé à Poitiers et ailleurs ; sur la délivrance admirable de la cité d’Orléans, sur la marche vers Reims et le couronnement du roi ; tant, dis-je, sur ces choses que sur les circonstances du procès même, les qualités des juges et leur façon de procéder ;

Vu encore, indépendamment desdites lettres, dépositions et témoignages ; vu, dis-je, d’autres lettres, instruments et pièces à l’appui présentés et produits dans les délais voulus avec forclusion d’y contredire ;

Ouï notre promoteur qui, ayant pris connaissance des mêmes preuves et écrits, s’est pleinement adjoint aux demandeurs, et, en tant qu’il en était chargé par Nous, a reproduit pour son compte tous documents, en vue des fins déterminées dans les écritures desdits demandeurs avec certaines protestations ;

Vu les autres requêtes et réserves émanant soit de lui, soit des demandeurs et par Nous admises, ainsi que maints motifs de droit exposés brièvement par écrit et propres à frapper notre esprit, par Nous admis également ;

Après quoi, ayant conclu dans la cause au nom du Christ et fixé le jour d’huy pour rendre notre sentence ; vu, mûrement pesées et considérées 13toutes et chacune des choses exposées plus haut, ainsi que maints articles commençant par les mots Certaine femme, que les juges du premier procès prétendirent avoir été extraits des aveux de l’accusée, et qu’ils transmirent à de très nombreux et solennels personnages, pour que ceux-ci donnassent leur opinion ; articles que le promoteur et demandeurs susdits ont attaqués, comme iniques, faux, étrangers aux aveux de la défense et fabriqués mensongèrement ;

Afin que notre présent jugement soit comme un rayon de la face de Dieu qui pèse les esprits, et qui seul connaît parfaitement et juge selon la vérité les révélations qu’il envoie ; qui souffle où il veut, et parfois choisit ce qui est faible pour confondre ce qui est fort, qui n’abandonne pas ceux qui espèrent en lui, mais leur vient en aide dans les épreuves et la tribulation ; après avoir mûrement délibéré avec des hommes de savoir, d’expérience et de conscience, tant sur les préliminaires que sur la décision de a cause ; vu leurs déterminations solennelles, exposées en des traités inspirés d’ouvrages considérables et en des mémoires nombreux ; vu les opinions exprimées et formulées de vive voix et par écrit, tant sur la forme que sur le fond dudit procès, opinions qui représentent les faits de l’accusée comme dignes non de condamnation, mais d’admiration ; le jugement de réprobation qualifiée prononcé contre elle, comme étrange et pour le fond et pour la forme ; et reconnaissant qu’il est d’autant plus difficile de porter en une cause pareille un arrêté que le bienheureux Paul, parlant de ses propres révélations, dit ne pas savoir s’il les a eues en corps ou en esprit, et s’en rapporte à Dieu du tout ;

En premier lieu Nous disons, et la justice l’exigeant, Nous déclarons que les articles commençant par les mots Certaine femme, insérés dans le prétendu procès et dans l’instrument des prétendues sentences portées contre ladite défunte, demeurent, ont été et sont un extrait corrompu, dolosif, calomnieux, frauduleux et inique du prétendu procès et des aveux de ladite défunte ;

Que la vérité a été passée sous silence et le mensonge introduit en plusieurs points essentiels, lesquels étaient par suite de nature à entraîner en des opinions différentes ceux qui délibéraient et qui jugeaient ;

Qu’on y a indûment ajouté des circonstances aggravantes non contenues dans ledit procès et dans lesdits aveux ;

Qu’on y a omis plusieurs circonstances favorables et justifiant l’accusée, et qu’on y a altéré jusqu’à la forme du langage, de manière à changer le sens même des choses ;

En conséquence, Nous cassons, annulons, anéantissons lesdits articles comme faux, extraits calomnieusement et dolosivement, et non conformes 14aux aveux, et Nous décrétons que ces articles, que Nous avons fait arracher dudit procès, seront ici lacérés judiciairement ;

En second lieu, après avoir examiné de nouveau soigneusement les autres parties dudit procès, et principalement les deux sentences prétendues, dites de chute et de rechute, contenues en icelui ; après avoir longuement pesé la qualité des juges susdits et de ceux sous le pouvoir et la garde desquels ladite Jeanne était détenue ;

Vu les récusations, les soumissions, les appels et les requêtes multiples par lesquelles ladite Jeanne a demandé à plusieurs reprises et avec instance qu’on déférât tous ses dits et faits et le procès lui-même au Saint-Siège apostolique et à notre seigneur très saint le Souverain Pontife, se soumettant elle-même et soumettant à son jugement la cause tout entière ;

Vu, quant à la matière dudit procès, une certaine abjuration prétendue, entachée de fausseté et de dol, extorquée par violence et crainte, en présence du bourreau et sous la menace du bûcher, sans que ladite défunte l’ait aucunement prévue et comprise ;

Vu, en outre, les traités et opinions susdites des prélats et solennels docteurs, versés dans la connaissance du droit divin et humain, disant que les crimes imputés à ladite Jeanne dans les prétendues sentences susdites, ne sont nullement prouvés par la suite du procès et ne sauraient en être déduits ; ce qui amène ces docteurs à exposer de nombreuses considérations desquelles découle la nullité et l’injustice de ces parties du procès et de plusieurs autres ;

Après avoir examiné diligemment toutes les choses et chacune de celles qu’il y avait lieu d’examiner et de considérer ; Nous, siégeant sur ce tribunal, ayant Dieu seul devant les yeux, par cette sentence définitive que, siégeant sur ce tribunal, Nous avons écrite et portons, Nous disons, prononçons, décrétons et déclarons que lesdits procès et sentences sont entachés de dol, de calomnie, d’iniquité, de contradiction, d’erreur manifeste en droit et en fait, et qu’avec l’abjuration susdite, leur exécution et tout ce qui a suivi, ils ont été, sont et seront nuls et nulles, sans valeur aucune, sans effet et mis à néant ;

Et néanmoins, autant que besoin est et comme le prescrit la raison, Nous les cassons, irritons, annulons et les dépouillons de toute valeur ; et nous déclarons que ladite Jeanne, les demandeurs et ses parents n’ont contracté ni encouru, à l’occasion des procès et sentences susdites, aucune note ou tache d’infamie ; que ladite Jeanne n’est nullement atteinte par eux, qu’elle en est et demeure purgée, et, autant que besoin est, l’en purgeons totalement ;

15Nous ordonnons que l’exécution et la solennelle intimation de cette sentence prononcée par Nous aient lieu immédiatement en cette cité en deux endroits ; aujourd’hui, sur la place Saint-Ouen, après une procession générale et avec un sermon solennel ; demain, sur la place du Vieux-Marché, au lieu même où Jeanne fut suffoquée en subissant le cruel et horrible supplice du feu, avec une prédication solennelle et plantation d’une croix pour perpétuer le souvenir de la victime, pour le salut de son âme et celui des autres trépassés.

Nous nous réservons de faire exécuter, publier et notifier ultérieurement notre sentence avec l’éclat voulu, pour en garder la mémoire, dans les cités et autres lieux insignes du royaume, selon qu’il Nous semblera expédient ; s’il y a quelque autre chose à faire, c’est à Nous, le cas échéant, qu’il appartiendra d’aviser.

La présente sentence a été portée, lue, promulguée par les seigneurs juges, en présence de R. P. en Christ, le seigneur, évêque de Démétriade ; d’Hector de Coquerel, de Nicolas du Boys, d’Alain Olivier, de Jean du Bec, de Jean de Gouys, de Guillaume Roussel, de Laurent Surreau, chanoines ; de Martin Ladvenu, de Jean Roussel, de Thomas de Fanouillères.

De tout ceci, maître Simon Chapitault, promoteur ; Jean d’Arc et Prevosteau pour les autres demandeurs, ont réclamé l’instrument, etc.

Fait au palais archiépiscopal, l’an du Seigneur MCCCCLVI, le VIIe jour du mois de juillet.

IV
Jeanne d’Arc et l’opinion publique, du milieu du XVe siècle au milieu du XIXe

Réhabilitée par l’Église, la mémoire de Jeanne d’Arc ne fut pas aussitôt restaurée dans l’opinion publique, ni sa figure aussitôt couronnée de cette auréole de gloire incomparable dans laquelle Français et étrangers, croyants et incroyants, s’accordent aujourd’hui, sauf quelques sectaires, à la contempler et à la bénir. Ce qu’il y a de plus remarquable dans les vicissitudes que la mémoire de Jeanne eut à subir pendant près de quatre siècles, c’est en somme moins les attaques dont elle fut l’objet que l’inintelligence ou même 16l’oubli dont elle fut victime. Mgr Touchet résume dans les termes suivants ces variations de l’opinion publique de Jeanne d’Arc :

Jeanne préoccupa prodigieusement ses contemporains. Amis ou ennemis, compatriotes ou étrangers écrivirent sur elle des lettres, des traités, des mémoires, des plaidoyers, des réquisitoires, des légendes, des poésies en latin ou en langue vulgaire, des procès-verbaux. Une littérature johannique, nombreuse et variée, inonda presque l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, la France8.

L’Université de Paris l’a constaté avec une précision qui ne saurait guère appartenir qu’à la colère :

Dans presque tout l’Occident, (écrit-elle), le troupeau du Christ est empoisonné par l’admiration de cette créature.

Cette enfant devenue subitement chef de guerre ; cette paysanne des Marches de Lorraine, prophétisée et prophétesse ; cette ignorante, dont la langue merveilleuse sonnait comme un pur cristal ; cette guerrière qui ne versa jamais le sang ; cette triomphatrice qui ne concevait aucune superbe de ses victoires ; cette vierge, si pure que sa seule présence inspirait la pureté ; cette âme si unie à Dieu que les distractions des camps ne l’en pouvaient séparer ; cette héroïne brave comme une lance de chevalier et humble comme la plus petite des moniales ; cette intrépide que ses blessures n’arrachaient pas au champ de bataille, mais qui pleurait à la pensée que plusieurs étaient tués sans confession ; cette âme toute simple et toute en contrastes, la plus une et la plus complexe qui se soit livrée aux études et aux discussions de l’homme, une vie de miracle, une mort de martyre, avaient retenu, étonné, enthousiasmé quiconque s’était approché d’elle, même d’un peu loin.

Assez naturellement, le supplice de Jeanne et les lettres qui furent envoyées ensuite par les juges, sous le couvert du petit roi anglais, jetèrent de l’eau sur cette flamme d’admiration. Elle se ranima un peu vers le temps du procès de réhabilitation ; puis, s’ouvrit une période d’oublis et d’inintelligences singulières, traversée à peine par quelques rayons de vérité.

Le savant Père Ayroles9 a étudié soigneusement, dans plusieurs de ses livres, les causes de ce phénomène. Il en a accusé le demi-paganisme du XVIe siècle, le gallicanisme du XVIIe, le naturalisme du XVIIIe.

On estimera qu’il n’a pas tort, si l’on veut bien réfléchir. Le paganisme, 17le gallicanisme et le naturalisme sont les adversaires inévitables de Jeanne.

Quoi qu’il en soit de ses origines, le fait est indéniable.

Cinquante ans après sa réhabilitation, Jeanne d’Arc n’est plus, communément, qu’un thème littéraire, une Bellone fougueuse, une amazone de roman, une fille d’auberge exploiteuse et exploitée, rien ! C’est ainsi que la présentaient au public lettré, des Graviers, Malherbe, l’abbé d’Aubignac, Shakespeare, Voltaire, Schiller pas malpropre comme Voltaire, pas sot comme d’Aubignac, si loin de la réalité cependant. Je ne parle pas de l’honnête Chapelain.

Heureusement, ceux qui lurent des Graviers, Malherbe, Voltaire, même ceux qui écoutèrent d’Aubignac, Shakespeare, Schiller, étaient le petit nombre. Les masses finirent donc par perdre presque le souvenir de Jeanne que les historiens eux-mêmes passèrent sous silence. Mieux valait qu’elle fût ignorée que défigurée.

V
Orléans et Jeanne d’Arc

Ce fut Orléans qui garda sa mémoire comme une religion. La nouvelle de la réhabilitation y fut accueillie par des transports d’enthousiasme ; deux des juges de Reims, Richard de Longueil et Jean Bréhal, y présidèrent une procession solennelle à laquelle parurent au premier rang Isabelle Romée et ses fils ; un monument fut élevé à Jeanne sur le pont qu’elle avait traversé triomphalement en revenant de la prise des Tourelles10 ; et ce monument était un monument religieux, un calvaire. Mais c’est surtout par la fête annuelle du 8 mai qu’Orléans a conservé, depuis bientôt cinq siècles, le souvenir de sa Libératrice.

À chaque retour de mai, depuis l’an 1431, échevins, clergé, peuple, hommes d’armes, administrateurs se réunissaient à la cathédrale. Il s’y 18célébrait une messe d’action de grâces en souvenir de la Délivrance. On y entendait immanquablement un panégyrique, dans lequel était présenté au pays la vraie physionomie de Jeanne11. Puis, la procession se mettait en marche. Elle passait par les rues que la Libératrice avait suivies. Personne qui n’évoquât sa chère mémoire. On se redisait à tout pas les exploits et les vertus de la sainte Pucelle. Dans cette maison, celle de Jacques Boucher, elle avait donné l’édification de sa modestie. Dans cette église Saint-Paul, chaque matin, elle avait ouï plusieurs messes, avait communié, avait vénéré Notre-Dame-des-Miracles. Dans celle-ci, 19Sainte-Croix, elle avait assisté au Te Deum qui suivit la victoire des Tourelles. Sous cette porte, la Porte-Bourgogne, elle avait contraint le vieux Gaucourt, qui avait fini par en prendre son parti, à lui livrer passage pour aller déconfire l’ennemi. Ici elle avait couru une lance aux côtés de La Hire qui ne l’avait pas distancée, et elle avait enfoncé un parti de Godons. Plus loin, elle avait prononcé la parole célèbre : Entrez, tout est vôtre. Dans cette vigne, elle avait soigné la blessure du vireton qui lui perça l’épaule, et avait prié. En ce lieu, elle avait ordonné qu’une messe fût célébrée, en plein air, après la fin du siège. En cet autre, elle avait sauvé par un bon mot quelques Anglais déguisés en gens d’Église : Ne les frappez pas, avait-elle dit en souriant ; l’Église a des immunités. Les pères racontaient à leurs enfants les traits qu’eux-mêmes avaient reçus d’une tradition fidèle. Pas d’amazone, pas de Bellone, pas de billevesées romanesques ; l’image d’une libératrice, jeune, pleine d’entrain, brave, pudique, spirituelle, pieuse, bien Française et bien chrétienne, se conservait et passait seule d’âge en âge.

La fête du 8 mai fut le salut de la mémoire de Jeanne dans le cœur du peuple. Elle fut la protestation, jamais étouffée, contre les conspirations du silence, du mensonge, et de l’aberration des hommes de plume. Jeanne avait, par la victoire, gardé Orléans à la France. Orléans, par la commémoraison de cette victoire, garda Jeanne à la France. Les orateurs que la cité invitait, la solennité même qu’elle organisait empêchèrent et l’oubli et la dénaturation des faits.

Au milieu des aberrations de l’esprit public, (a écrit éloquemment M. Lecoy de la Marche), le culte de Jeanne d’Arc… gardait, chez les Orléanais… sa ferveur première. C’est ainsi que l’on voit quelquefois un petit ruisseau, né dans une riante prairie, traverser tranquillement un marais fangeux, sans perdre la pureté de ses ondes, et les rouler toujours 20claires jusqu’au pays où elles deviendront un grand fleuve.

Le nom d’Orléans et celui de Jeanne sont inséparables. La langue des peuples, celle même de l’Église12, les a unis, parce que de réciproques services les avaient scellés. Jeanne sera la Pucelle d’Orléans à jamais. À jamais, Orléans sera la ville de Jeanne.

Ô bienheureuse Jeanne, bénissez, bénissez votre Cité !

VI
L’intervention de Dieu dans la conservation du culte de Jeanne

Mgr Touchet la caractérise en disant qu’elle a été ce qu’elle fut dans toutes ses grandes opérations, lente, progressive, magnifique ; et qu’elle a consisté à disposer un ensemble de moyens, les uns naturels, les autres surnaturels, aboutissant à faire éclater la sainteté de la Bienheureuse.

Comment ces choses sont-elles advenues ?

Le procès apostolique dont j’ai parlé, — celui que présida Juvénal des Ursins, — n’avait pas pour objet la canonisation de Jeanne, mais uniquement sa réhabilitation.

Toutefois, il est impossible de ne pas voir que le portrait, présenté aux juges, dépasse de beaucoup le cadre qu’il s’agissait de remplir. Ce n’est pas seulement la figure d’une honnête femme, d’une innocente méchamment condamnée, qui jaillit devant les yeux, c’est celle bien autrement austère et douce, simple et solennelle, d’une sainte.

Étudié à ce point de vue, le témoignage des Orléanais, dans le procès de réhabilitation, est extrêmement remarquable.

Don des miracles ; don des prophéties ; science surnaturelle des armes ; victoires providentielles ; mission divine incontestable ; intrépidité héroïque ; miséricordieuse pitié pour ceux qui l’avaient le plus cruellement insultée ; passion sainte de l’Eucharistie ; esprit de pénitence toujours en éveil ; entrain joyeux dans la fatigue ; sobriété telle qu’on n’en vit jamais ; zèle des âmes qu’elle entendait avant tout sanctifier ; confiance en Dieu qui ne reculait pas devant l’humainement impossible, dès 21qu’elle croyait l’humainement impossible dans les vouloirs divins ; pureté gardée par la plus ferme vigilance, et si saintement contagieuse, qu’elle rayonnait parmi ses compagnons d’armes jusqu’à détruire en eux, elle présente, le germe des pensées perverses ; besoin sublime de la prière, même au milieu de la bataille : aucune grandeur, aucune beauté morale ne furent refusées à la Libératrice.

Ainsi parlèrent Dunois qui l’avait assistée dans la campagne de la Loire, le drapier-fourreur Lhuillier qui lui avait confectionné des vêtements, Charlotte Havet, la fille de Jacques Boucher, qui, enfant, avait partagé sa chambre, Gaucourt, une quarantaine d’autres, hommes et femmes.

Les dépositions venues de Domrémy et de Rouen n’avaient fait que confirmer ces appréciations.

Les gens de Domrémy avaient conté les grâces charmantes, et déjà présageant la prédestinée, de Jeanne enfant. Les Rouennais avaient rapporté les souffrances cruelles de la prisonnière et de la martyre, supportées avec tant de douceur, de résignation, de magnanimité, qu’on a pu soutenir qu’un décret, d’en-haut avait modelé de très près sa passion sur la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Il est vrai : les pièces qui gardaient cette histoire furent inconnues du public, jusque vers le milieu du siècle dernier. Il était cependant résulté des témoignages une impression qui ne s’anéantit jamais et se changea en tradition, cristallisée, comme je l’ai dit, autour des solennités du 8 mai.

De plus, l’ensemble, les faits saillants de la vie de Jeanne n’avaient pu être tellement obscurcis qu’on ne sût pas, au moins en gros, l’enfance à Domrémy, la délivrance d’Orléans, le sacre de Reims, le martyre de Rouen, avec quelques-unes de leurs circonstances. Cette épopée, sublime en dépit de ses lacunes, suffisait à faire travailler et conclure les esprits réfléchis.

Et ils travaillaient, et ils concluaient.

Tantôt, c’était un évêque, François de Brilhac, qui renouvelant, en 1482, le geste du cardinal d’Estouteville, accordait une indulgence à ceux qui célébraient pieusement notre solennité du 8 mai. Cette fête devenait ainsi religieuse autant que civique.

Tantôt, c’était un pape, Pie II, qui déclarait Jeanne conduite par l’inspiration divine, et l’appelait la vierge admirable, stupéfiante.

Tantôt, c’était un auteur ecclésiastique, du Saussay, mort évêque de Toul, qui l’inscrivait comme vierge martyre dans son catalogue des saints de France.

Tantôt, c’étaient des paysans, ses compatriotes, qui élevaient une chapelle, 22dont on ne savait trop si elle était dédiée ou à Marie ou à elle13.

Pie IX
Pie IX.

Tantôt, c’était un jurisconsulte, — plus d’une fois moins bien inspiré, Étienne Pasquier, qui notait dans ses Recherches sur l’histoire de France :

Pour ma part, je pense que l’histoire de Jeanne est un vrai miracle de Dieu… Toute sa force était en Celui dont l’image marquait son étendard. Illuminée d’un rayon du Saint-Esprit, par le moyen de ses voix, elle prédisait l’avenir… Le succès de ses entreprises fut admirable… Oui, je crois que tout cela est venu par l’inspiration de Dieu14.

23Tantôt, c’était Symphorien Guyon, curé de Saint-Victor d’Orléans, lequel, établissant la liste des saints de notre Église, y inscrivait

la Bienheureuse Jeanne d’Arc, pucelle d’Orléans.

Tantôt, c’était un de nos liturgistes, qui faisait approuver par la Congrégation des Rites ces lignes significatives :

Dieu est venu à notre secours. Celui qui choisit la faiblesse, pour confondre la force, choisit une jeune fille ignorante des armes, mais d’une exquise piété, Jeanne, pour sauver son peuple15.

Tantôt, c’étaient nos panégyristes du 8 mai, qui appelaient de leurs vœux le jour où Jeanne serait placée sur les autels. De l’Oratorien inconnu, cité par le P. Ingold, à Mgr Freppel, évêque d’Angers ; de Mgr Freppel à Mgr Germain, évêque de Coutances, cité par M. le doyen Séjourné, dans sa belle déposition de 1888, combien ont dit que la Cause de Jeanne est celle d’Orléans, celle de la France, celle de Dieu ! Je ne rapporterai pas leurs paroles : je devrais être infini.

Cependant il fallait un homme, pour recueillir, avec son haut esprit et son noble cœur, ces rayons épars, et les présenter au monde et au Siège apostolique.

Cet homme, grand citoyen et grand évêque, la Providence l’avait marqué et préparé : ce fut Mgr Dupanloup.

VII
Mgr Dupanloup et Jeanne d’Arc — La supplique de 1869

Lorsqu’il prononça dans sa cathédrale, le 8 mai 1869, son second panégyrique de Jeanne d’Arc, Mgr Dupanloup disait :

Dans un premier discours (1855), j’ai essayé de vous montrer, dans la mission de Jeanne, l’inspiration, l’action, la souffrance, ces trois grandes choses qui se rencontrent ici-bas dans toutes les fortes entreprises pour la gloire de Dieu et le salut des peuples. Vous avez vu l’inspirée, l’héroïne, la martyre. Aujourd’hui, après une étude plus attentive encore et plus profonde, je m’élèverai plus haut, et pénétrerai plus avant : mon dessein est de vous révéler une Jeanne d’Arc que vous ne connaissez peut-être pas encore assez : la sainte dans 24la jeune fille, la sainte dans la guerrière et dans la suppliciée.

Et le discours du grand orateur fut une démonstration lumineuse, empruntée aux récits authentiques, de la sainteté de Jeanne d’Arc. Un acte important marqua les fêtes traditionnelles du 8 mai 1869 : ce fut la supplique par laquelle les évêques qui avaient assisté à ces fêtes sollicitaient respectueusement du pape Pie IX l’Introduction de la Cause.

Mgr Touchet signale justement une publication qui fut pour Mgr Dupanloup un précieux secours dans son entreprise.

Mgr Dupanloup.
Mgr Dupanloup.
M. l’abbé Séjourné, doyen du Chapitre.
M. l’abbé Séjourné, doyen du Chapitre.

Reconnaissons-le : Mgr Dupanloup fut bien servi par un événement considérable.

En 1841, la Société de l’Histoire de France avait déclaré que

le travail de M. Jules Quicherat sur les Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc lui avait paru digne d’être publié.

De 1841 à 1849, l’illustre archiviste, — sur lequel nous avons fait plus haut nos réserves, mais qui mérite à jamais notre gratitude pour le monument d’érudition sorti de ses mains, — publia cinq gros volumes de documents, qui devaient servir de point de départ à tous les travaux ultérieurs sur Jeanne.

Leur intérêt était trop capital pour avoir échappé à l’évêque d’Orléans. Il y trouva une Jeanne digne de toutes ses pensées, de toutes ses admirations, de tout son dévouement d’écrivain, de tous ses élans d’orateur, de toute sa religion, de toute sa foi ; il y trouva une guerrière, mais aussi une 25sainte ; et il s’éprit, pour elle, d’un culte qui ne finit qu’avec sa glorieuse vie.

Le 8 mai 1869, il réunissait douze prélats : cardinaux, archevêques, évêques. Devant eux, il prononça son second panégyrique de la Vénérable. Il considéra et montra la sainteté de Jeanne. Puis, il pria ses vénérés collègues de signer, avec lui-même, une supplique au pape Pie IX, en vue d’obtenir l’Introduction de la Cause.

Premier monument élevé sur le pont d’Orléans en 1458, mutilé en 1567.
Premier monument élevé sur le pont d’Orléans en 1458, mutilé en 1567.

Voici le texte de cette supplique16 :

Supplique au pape pour l’Introduction de la Cause

Très Saint-Père,

Félix-Antoine-Philibert Dupanloup, évêque d’Orléans, adresse en ce moment, pour la gloire de Dieu et l’exaltation de la sainte Église, ses prières à Votre Sainteté afin d’obtenir que la Sacrée Congrégation des Rites examine et discute la Cause de Jeanne d’Arc surnommée la Pucelle d’Orléans. Après tous les examens nécessaires, il demande au Saint-Siège de vouloir bien déclarer que cette admirable jeune fille a pratiqué héroïquement les vertus chrétiennes, tant théologales que cardinales, et qu’elle est digne, en conséquence, d’être inscrite parmi les Bienheureux et invoquée publiquement par le peuple chrétien.

Ce n’est pas seulement Orléans et la France, c’est le monde entier, Très Saint-Père, qui rend témoignage aux Gestes de Dieu par Jeanne d’Arc, 26à la piété et au zèle de cette jeune vierge, à sa pureté, à l’abnégation infatigable avec laquelle elle a toujours accompli la volonté de Dieu, et enfin à la réputation de sainteté qui a couronné sa vie, soit à Domrémy où elle paissait les troupeaux de son père, humble et modeste villageoise, soit dans les camps où elle montra la science et l’intrépidité d’un grand capitaine, soit sur le bûcher où elle demeura, au milieu des flammes, si fermement attachée à la foi chrétienne et au Siège apostolique.

Les Pontifes romains ont déjà défendu, vengé et loué cette admirable héroïne et c’est un vœu unanime que Votre Sainteté daigne honorer et exalter sa mémoire. Ce serait là payer un juste hommage à Jeanne elle-même qui, en délivrant sa patrie, l’a préservée en même temps de l’hérésie qui la menaçait dans l’avenir ; ce serait donner un nouveau titre de noblesse à ce peuple français qui a tant fait pour la religion et pour le siège de Pierre et qui a mérité, lui aussi, le nom de soldat de Dieu ; ce serait enfin honorer l’Église et égaler à l’ancien peuple le peuple nouveau en mettant sur ses autels une sainte guerrière, comparable aux Judith, aux Débora et aux femmes fortes de l’ancienne alliance.

Toutes ces raisons, Très Saint-Père, nous ont donné la confiance que dans ce temps où la foi et la force d’âme semblent partout s’abaisser et languir, l’Introduction d’une telle Cause serait à la fois très glorieuse au nom chrétien et très agréable au Dieu qui est admirable dans ses saints et qui se plaît à être glorifié dans leur assemblée. Aussi osons-nous joindre nos instances aux prières de l’évêque d’Orléans et demander avec lui pour Jeanne les honneurs que l’Église décerne aux Bienheureux.

Daigne Votre Sainteté accueillir nos humbles supplications et nous accorder la bénédiction apostolique.

Prosternés que nous sommes aux pieds du Saint-Père comme des fils très respectueux et très dévoués.

Les prélats signataires furent, avec Dupanloup suppliant :

  1. S. Ém. le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen ;
  2. Mgr Guibert, archevêque de Tours ;
  3. Mgr de la Tour-d’Auvergne, archevêque de Bourges ;
  4. Mgr Caverot, évêque de Saint-Dié ;
  5. Mgr Pie, évêque de Poitiers ;
  6. Mgr du Parc, évêque de Blois ;
  7. Mgr Meignan, évêque de Châlons ;
  8. Mgr Foulon, évêque de Nancy ;
  9. Mgr Hacquard, évêque de Verdun ;
  10. Mgr Gignoux, évêque de Beauvais ;
  11. Mgr de Las Cases, évêque de Constantine ;
  12. Mgr Lacarrière, ancien évêque de Basse-Terre.

27VIII
Le procès de l’ordinaire et l’Introduction de la Cause
(2 novembre 1874-27 janvier 1894)

Le Concile et la guerre qui survinrent empêchèrent l’évêque d’Orléans d’informer sur la réputation de sainteté de Jeanne d’Arc. Le procès ne s’ouvrit qu’en 1874, le 2 novembre.

Ce premier procès eut trente-trois séances17. La dernière se tint le 28 janvier 1876. Dès février de la même année, Mgr Dupanloup en remettait le texte à la Sacrée Congrégation. L’évêque d’Orléans confia les intérêts de la Cause au cardinal Bilio, à M. l’abbé Captier, à M. Alibrandi. Le premier fut accrédité comme rapporteur de la Cause, le second comme postulateur, le troisième comme avocat.

Le cardinal Bilio jouissait d’une vaste autorité dans le Sacré-Collège. Il recueillit plusieurs voix au conclave, où fut élu Léon XIII.

L’abbé Captier était un prêtre de rare sagesse et d’une ténacité égale à sa sagesse.

Alibrandi fut, de l’avis du cardinal Parocchi, un avocat de génie. À lire ses discussions sur Jeanne d’Arc, on se le persuade assez aisément.

Des remarques furent faites sur le procès, des explications furent 28demandées. Mgr Dupanloup se proposait de répondre aux unes et aux autres18,

lorsque Dieu rappela à lui son illustre serviteur, le 11 octobre 1878.

Sa succession passait de plein droit à son coadjuteur, aujourd’hui cardinal-archevêque de Lyon.

La Cause ne pouvait ni tomber en mains plus déliées ni échoir à cœur plus chaud. Ce fut un rare bonheur, car les difficultés s’accumulèrent.

M. l’abbé Captier, premier postulateur de la Cause, ancien supérieur général de Saint-Sulpice.
M. l’abbé Captier, premier postulateur de la Cause, ancien supérieur général de Saint-Sulpice.

Alibrandi, fatigué, voulut se décharger d’un procès qu’il prévoyait très laborieux. Lauri, qui le remplaça, fut nommé promoteur de la Foi. Tosti, poète, artiste, qui avait succédé avec tout son esprit et tout son entrain à Lauri, mourut. Le cardinal Bilio mourut. Le cardinal anglais Howard, qui avait bien voulu recueillir la Cause des mains refroidies de Bilio, resta peu de temps avec la plénitude de sa santé. On voit au milieu de quels obstacles marchait le nouvel évêque d’Orléans.

Dieu veillait ! Dieu voulait ! Léon XIII était assis sur le trône de Saint-Pierre. Vieillard prodigieux, il avait pris le timon de la barque apostolique au moment où les autres, se sentant las, quittent les affaires, grandes ou petites. Son esprit s’appliquait à tout des choses qui concernaient l’Église, à leur marche générale, à leur détail. Un bel écheveau diplomatique à débrouiller l’intéressait ; une sainte à placer sur les autels ne l’intéressait pas moins. Jeanne, idéalement courageuse et pure, avait séduit le vieux Pape. Il en avait sinon vu, du moins soupçonné, toute la sainteté. Aussi, un jour que Mgr Coullié lui demandait quelles nouvelles du procès il devait rapporter en France : Dites qu’on vous encourage, avait-il 29répondu. À nous-même, il disait, quand nous lui demandions qui il faudrait charger, à Rome, de pousser l’affaire : Chargez-en le Pape.

S. Ém. le cardinal Howard, deuxième rapporteur de la Cause.
S. Ém. le cardinal Howard, deuxième rapporteur de la Cause.

On avait marché. Mais, au moment où nous en sommes, c’était beaucoup que l’évêque d’Orléans fût encouragé par le Suprême Pontife.

Ainsi fortifié, Mgr Coullié ordonna un procès additionnel à celui de Mgr Dupanloup, en 188519.

Il en prescrivit un second en 188720.

Celui de 1885, commencé le 26 juin, se termina le 19 novembre après trente-trois séances.

Celui de 1887, commencé le 1er décembre, se termina le 7 février 1888, après vingt-cinq séances.

La bataille qui s’engagea, entre les promoteurs de la Foi, d’une part, et les avocats, d’autre part, fut-elle vive ?… En parcourant les objections de Mgr Caprara, notamment, on n’en saurait douter.

30On répétait facilement à Rome, vers 1895, — nous l’avons entendu, — que le très subtil promoteur avait soulevé tant de difficultés lors de l’Introduction de la Cause qu’il n’en trouverait plus lors de la Béatification. Ses successeurs, Mgr Persiani, Mgr Lugari et surtout Mgr Verde, nous ont fait largement voir qu’il en restait. Mais Jeanne était si radieuse qu’aucune brume ne put tenir autour d’elle ; et le 27 janvier 1894, ce que plusieurs avaient déclaré impossible, ce que d’autres avaient dit simplement improbable, se réalisa. Le Pape Léon XIII, ayant entendu le rapport du cardinal Aloïsi-Masella, préfet de la Congrégation des Rites, signa l’Introduction de la Cause, c’est-à-dire son évocation devant le Tribunal du Pape. À dater de ce jour, il fut permis aux catholiques de donner officiellement à Jeanne le titre de Vénérable.

M. l’abbé Branchereau, supérieur du Grand Séminaire d’Orléans.
M. l’abbé Branchereau, supérieur du Grand Séminaire d’Orléans.

Décret de Rome déclarant Jeanne d’Arc vénérable servante de Dieu21

Dieu qui, selon la parole de l’Apôtre, appelle ce qui n’est pas comme ce qui est, de même que jadis il avait choisi dans ses desseins Débora et Judith pour confondre les puissants, suscita, au commencement du XVe siècle, Jeanne d’Arc, pour relever les destinées de sa patrie presque abattue par la guerre acharnée entre les Français et les Anglais, et, en 31même temps, pour revendiquer la liberté et la gloire de la religion, dont les intérêts étaient menacés.

Elle naquit en Lorraine, le 6 janvier 1412, de parents de condition médiocre, mais remarquables par leur piété traditionnelle envers Dieu. Dès le premier âge, élevée dans les bonnes mœurs, elle se distingua par le mérite de toutes les vertus chrétiennes, principalement par la pureté angélique de sa vie. Encore petite fille, craignant Dieu dans la simplicité et l’innocence de son cœur, elle aidait de ses mains ses parents dans leurs travaux agricoles ; à la maison, ses doigts tournaient le fuseau ; et dans les champs, où elle accompagnait son père, elle ne refusait pas de s’employer parfois à conduire la charrue. Pendant ce temps, la très pieuse jeune fille s’enrichissait chaque jour des dons célestes.

Or, comme elle atteignait l’âge de dix-sept ans, elle connut, par une vision d’en haut, qu’elle devait aller trouver Charles, dauphin de France, pour lui révéler le secret qu’elle avait reçu de Dieu. La bonne et simple jeune fille, appuyée sur la seule obéissance et animée d’une admirable charité, mit aussitôt la main aux grandes entreprises.

Ayant quitté son pays et ses parents, après les périls sans nombre du voyage, elle arriva devant le roi, dans la ville appelée vulgairement Chinon, et, d’une âme franche et virile, elle communiqua à lui seul ce qu’elle avait appris du ciel ; elle ajouta qu’elle était envoyée de Dieu pour faire lever le siège d’Orléans et pour conduire le prince à Reims où, Jésus-Christ étant déclaré suprême roi de France, Charles recevrait en son lieu et place la consécration et les insignes de la royauté. Le roi fut stupéfait en entendant ces paroles ; mais, afin d’agir avec plus de prudence 32et de sûreté dans une affaire si importante, il envoya Jeanne à Poitiers pour y être examinée par une commission d’hommes éminents. On y remarquait l’archevêque de Reims, chancelier du royaume, les évêques de Poitiers et de Maguelone, et des docteurs distingués, tant du clergé séculier que du clergé régulier, qui tous, peu après, renvoyèrent la Pucelle avec une éclatante attestation dans laquelle ils rendaient témoignage au roi de sa foi, de sa piété, de sa virginité et de sa simplicité, et reconnaissaient sa mission divine.

S. Ém. le cardinal Aloïsi-Masella, préfet de la Congrégation des Rites.
S. Ém. le cardinal Aloïsi-Masella, préfet de la Congrégation des Rites.
Léon XIII.
Léon XIII.

Ensuite on vit cette jeune fille, qui n’avait pas l’usage du bouclier et du casque, monter, à l’étonnement de tous, sur un cheval de guerre, tenant d’une main l’épée, de l’autre un étendard où se trouvait l’image du Rédempteur. Elle se livra aux périls et aux travaux des combats et se précipita hardiment au milieu des ennemis. C’est chose incroyable combien elle a osé, combien elle a supporté patiemment d’insultes et de moqueries de la part de ses adversaires, combien de prières accompagnées de larmes et de jeûnes elle a répandues devant Dieu afin que les Orléanais fussent vainqueurs, et qu’ayant ensuite enrichi la France de nouveaux triomphes, rétabli et assuré le droit du royaume, elle pût, même pour l’avenir, 3334écarter, avec l’aide de Dieu, le péril menaçant de faire perdre la prospérité et la paix et de porter atteinte à la religion des aïeux.

On voyait Jeanne, qui avait toujours à côté d’elle son confesseur, prendre tous les moyens pour préserver les soldats de ce qui pouvait corrompre les mœurs, proscrivant diverses excitations au mal et procurant l’assistance de saints prêtres pour favoriser la piété. Plus puissant encore était l’exemple de la Pucelle, qui offrait quelque chose d’angélique par l’exercice de toutes les vertus, principalement de la plus ardente charité envers Dieu et envers le prochain. Cette charité brilla à un tel point, à l’égard même des ennemis, que non seulement Jeanne ne blessa aucun d’eux de l’épée ou de la lance, mais que ceux qu’elle voyait gisant à terre blessés, elle les faisait relever sur-le-champ, secourir et soigner, à la grande admiration de tous.

Enfin, se portant ici et là comme un vaillant capitaine, elle délivra des ennemis la ville d’Orléans et rendit la paix à la population effrayée. Outre cela, il faut attribuer à Jeanne le retour dans l’obéissance au roi de tout le territoire avoisinant la Loire, des villes de Troyes, de Châlons et de Reims, et aussi le sacre solennel du roi à Reims.

Pour tant et de si grands bienfaits, par la volonté de Dieu qui voulait éprouver sa servante, toutes sortes de souffrances furent infligées à la Pucelle. Abandonnée ou trahie par les siens, elle tombe aux mains cruelles d’ennemis qui la vendent, et, chargée de chaînes, soumise dans sa prison, nuit et jour, à mille vexations, elle est enfin, par un crime suprême, livrée aux flammes comme hérétique et relapse, en vertu de l’inique sentence de juges qui participaient au concile schismatique de Bâle.

Nourrie de la sainte Eucharistie, les yeux attachés sur la croix pendant que son corps brûlait, exhalant sans cesse le nom de Jésus, elle mourut 35de la mort précieuse des justes, qui, signalée par des prodiges célestes, d’après ce que rapporte la renommée, excita à tel point l’admiration des assistants que ses ennemis en furent épouvantés. Il y en eut qui s’en retournèrent de cet horrible spectacle en se frappant la poitrine ; bien plus le bourreau lui-même proclama hautement l’innocence de la Pucelle qu’il venait de brûler. Les hommes rentrèrent alors en eux-mêmes, et ils se mirent à vénérer Jeanne comme sainte sur le lieu même du supplice, de telle sorte que, pour soustraire au peuple les reliques de la Pucelle, son cœur, qui était resté intact au milieu des flammes et d’où le sang coulait, fut jeté dans le fleuve avec ses cendres par les ennemis.

Charles VII étant rentré en possession de son royaume et les affaires publiques étant rétablies en France, le pape Calixte III, sur la demande de la mère et des frères de Jeanne elle-même, institua des juges apostoliques pour la révision du procès en vertu duquel la Pucelle avait été condamnée au feu. Ces juges, après avoir entendu cent vingt témoins de tout âge et de toute condition, rendirent, le 7 juillet 1436, une sentence par laquelle le premier jugement était cassé et l’innocence de Jeanne déclarée.

La renommée de sa sainteté s’étant continuée sans interruption pendant quatre siècles, il est arrivé, enfin, qu’à notre époque l’enquête ordinaire sur cette renommée de sainteté et de vertus a été faite dans la curie ecclésiastique d’Orléans. Cette enquête, régulièrement accomplie, ayant été transmise à la Sacrée Congrégation des Rites, N. T. S.-P. le Pape Léon XIII a daigné concéder que le doute touchant la signature de la commission d’Introduction de la Cause de la servante de Dieu fût posé, comme il vient de l’être, dans la réunion ordinaire de la même Sacrée Congrégation.

36En conséquence, sur les instances du Révérendissime évêque d’Orléans et du Révérendissime P. Arthur Captier, supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice, postulateur de la Cause, et étant prises en considération des lettres postulatoires d’un grand nombre d’Éminentissimes et Révérendissimes cardinaux de la S. E. R.22 et d’évêques, non seulement de France mais encore d’autres pays divers et très éloignés, lettres auxquelles d’innombrables membres du clergé et, pour ainsi dire, le monde catholique tout entier ont adhéré, dans la séance ordinaire de la Sacrée Congrégation des Rites, tenue, le jour sous-indiqué, au Vatican, a été proposé à la discussion par l’Éminentissime et Révérendissime cardinal Lucide-Marie Parocchi, évêque d’Albano, et rapporteur de la Cause, le doute suivant, savoir :

La Commission d’Introduction de la Cause dans le cas et pour l’effet dont il s’agit doit-elle être signée ?

Et la même Congrégation, toutes choses étant mûrement pesées, et après avoir entendu de vive voix et par écrit le R. P. Augustin Caprara, promoteur de la sainte Foi, a jugé devoir répondre :

La Commission doit être signée, s’il plaît à Sa Sainteté. Le 27 janvier 1894.

Rapport ayant été fait de toutes ces choses à N. T. S.-P. le Pape Léon XIII par moi, soussigné, cardinal Préfet de la même Sacrée Congrégation, Sa Sainteté, ratifiant le rescrit de la Sacrée Congrégation, a daigné signer de sa propre main la Commission d’Introduction de la Cause de la Vénérable servante de Dieu Jeanne d’Arc, Vierge, le même jour du même mois de la même année.

Cajetan, cardinal Aloïsi-Masella,
Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites.

(Place du Sceau. ✝)

Vincent Nussi,
Secrétaire de la Sacrée Congrégation des Rites.

37IX
De la Vénérabilité à la Béatification — Le procès de Non-culte

Le décret de Vénérabilité était, dit Mgr Touchet, le premier pas dans la voie. Cependant il fut appelé à succéder, sur le siège d’Orléans, à Mgr Coullié transféré au siège de Lyon, et le nouvel évêque d’Orléans se mit aussitôt à poursuivre l’ouvrage de ses deux éminents prédécesseurs.

À Rome, le cardinal Howard était descendu dans la tombe, et l’Éminentissime Parocchi l’avait remplacé comme rapporteur de la Cause.

S. Ém. le cardinal Parocchi, troisième rapporteur de la Cause.
S. Ém. le cardinal Parocchi, troisième rapporteur de la Cause.

Parocchi ! un bien étonnant esprit ! On le disait l’un des plus savants hommes de l’Italie. Avec cela, orateur, écrivain, très fin lettré, grand amateur de littérature française, qu’il connaissait merveilleusement. Il récitait par cœur des fables entières de La Fontaine. La Fontaine est le plus étonnant de vos poètes, disait-il. Il parlait notre langue à sa façon, une façon voisine de celle de Rabelais et de Montaigne. Il était aux pauvres d’une générosité admirable. Jeanne lui devint vite familière. Il la chérissait tendrement. Quelques jours avant de mourir, il voulut recevoir Mgr Martini, avocat du procès. Surtout, lui dit-il, traitez-moi bien ma sainte Pucelle, et il lui donna des conseils de très haut prix. Il avait prononcé un éloge de Jeanne en italien, sous ce titre : Le Surnaturel dans la vie de Jeanne d’Arc.

38M. l’abbé Hertzog, procureur général de Saint-Sulpice, fut agréé comme postulateur de la Cause, en remplacement de M. Captier, devenu supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice. Il eut le zèle, le dévouement, l’habileté de son révéré prédécesseur, avec la jeunesse en plus.

M. l’abbé Hertzog, procureur général de Saint-Sulpice, deuxième postulateur de la Cause.
M. l’abbé Hertzog, procureur général de Saint-Sulpice, deuxième postulateur de la Cause.

Alibrandi était mort le 27 janvier, quelques heures avant que fût signé le décret de Vénérabilité. M. Minetti, jurisconsulte d’expérience, auquel devait être adjoint plus tard le docte Mgr Mariani, et enfin ce distingué Mgr Martini, que le décès le plus regrettable vient d’enlever à notre amitié, fut chargé de la plaidoirie.

Le cardinal Aloïsi-Masella, nommé Dataire, aura bientôt pour successeur aux Rites le cardinal Mazella, jésuite, très cher à Léon XIII.

Le promoteur Caprara sera frappé à l’improviste sur la brèche23. Il cédera sa plume redoutable à Mgr Persiani, duquel elle passera à Mgr Lugari, puis à Mgr Verde.

Ainsi, tous les personnages qui avaient joué un rôle notable dans le procès dit de l’Ordinaire, soit pour le constituer, soit pour le conclure, auront vite disparu, pour un fait ou un autre fait, sauf le plus considérable et le plus âgé, Léon XIII.

Du moment où Jeanne était déclarée Vénérable, l’évêque d’Orléans, aucun évêque que ce fût, ne pouvait agir dans la Cause qu’au nom et par l’autorité, à lui déléguée, du Souverain Pontife.

De ce chef, nous avons reçu trois commissions successives du Siège apostolique : commission pour le procès de Non-culte ; commission pour le procès des vertus héroïques et des miracles, commission pour un des miracles particulièrement spécifié.

La première, datée du 27 janvier 1894, entra en exécution le 3 septembre 39de la même année. Nous nous associâmes comme juges délégués, MM. d’Allaines, Agnès, Dulouart, Génin, Castera ; comme promoteur, M. Séjourné, bientôt remplacé par M. Boullet et M. Despierre ; comme notaire, M. Filiol ; comme courrier, M. Théau.

M. Minetti, avocat de la Cause.
M. Minetti, avocat de la Cause.

Il nous parut utile de retenir personnellement la direction de la procédure.

La question que nous avions été chargé de résoudre, était la suivante :

Un culte religieux n’avait-il pas été rendu à Jeanne d’Arc au cours des siècles ? L’enthousiasme dont elle avait été l’objet n’avait-il pas poussé ses fervents à cet excès ?

Supposé qu’il en eût été ainsi, c’était la fin de la Cause.

Urbain VIII a défendu, en effet, dans un décret connu, que jamais soit poursuivie la Béatification d’un personnage, qui aurait reçu des honneurs religieux, sans l’aveu du Suprême Pontife.

La Sacrée Congrégation des Rites avait chargé (27 janvier 1894) Mgr le Promoteur de la Foi de rechercher, dans tel diocèse de la catholicité qu’il voudrait, si le décret d’Urbain VIII avait été violé relativement à Jeanne d’Arc.

Mgr Caprara nota deux diocèses où cette information serait poursuivie : le diocèse d’Orléans et le diocèse de Saint-Dié.

Cette action appelée de Non-culte, parce qu’il s’agissait de prouver qu’aucun culte public n’avait été rendu à la Vénérable, nous demanda vingt-six séances de matin et d’après-midi. Commencée le 3 septembre 1894, elle se termina le 14 janvier 1895.

Le procès-verbal comprend 308 pages in-folio.

Disons-le, en passant, pour n’y plus revenir : le procès-verbal de la seconde action en comprendra 1.876.

Le procès-verbal de la troisième, 455.

Qu’il me soit permis de saisir cette occasion pour remercier tous nos 40collaborateurs des trois procès. Ils ont été admirables de ponctualité et de zèle dans ces séances, qui duraient communément trois heures le matin et autant l’après-midi. Mais ils ne trouveront pas mauvais que j’exprime une gratitude spéciale à M. le chanoine Filiol, qui écrivit, sous notre dictée, sans une plainte, sans une impatience jamais, sans une erreur de procédure, ces deux ou trois mille pages in-folio.

S. Ém. le cardinal Mazella, préfet de la Congrégation des Rites.
S. Ém. le cardinal Mazella, préfet de la Congrégation des Rites.
Mgr Mariani, sous-promoteur de la Foi, ancien avocat de la Cause.
Mgr Mariani, sous-promoteur de la Foi, ancien avocat de la Cause.

Le 7 janvier 1895, je prononçai le seul jugement, — jugement subordonné, d’ailleurs, — qui pouvait m’appartenir jusqu’à la fin de l’affaire ; et je déclarai, d’après les témoignages recueillis, qu’aucun culte ecclésiastique et public n’avait été rendu dans le diocèse d’Orléans à la Vénérable Jeanne d’Arc.

Le procès, porté par nous à Rome, fut soumis au Tribunal de la Rote, qui le jugea de bonne forme. Le 5 mai 1896, la Sacrée Congrégation des Rites, présidée par le cardinal Parocchi, confirma notre sentence. Celle du juge, sous-délégué de Mgr l’évêque de Saint-Dié, avait été conforme à la nôtre. Dès le 7, Léon XIII approuvait l’acte de la Congrégation.

Votre sentence sur le Non-culte ayant été approuvée, (nous écrivait le cardinal Préfet des Rites, dans un document daté du 20 juin 1896), vous devriez, d’après les règles générales, examiner 41la réputation de sainteté de la Vénérable… Mais le 2 juin dernier, sur le vu d’un décret de la Congrégation des Rites, Notre Saint-Père Léon XIII a concédé la dispense de ce procès.

Tous furent reconnaissants, mais personne ne fut étonné de cette faveur.

En effet, six cent quatre-vingt-deux cardinaux, patriarches, archevêques, évêques ; huit abbés ayant juridiction ; huit recteurs d’Universités ; soixante-deux chefs d’Ordres et de Congrégations avaient affirmé par des lettres postulatoires fortement motivées leur foi en la sainteté de Jeanne.

X
Le procès apostolique sur les vertus de la Vénérable Jeanne d’Arc — Les procès de miracles

En présentant les quatre ou cinq volumes de ces lettres postulatoires à Léon XIII, Mgr l’évêque d’Orléans s’était permis d’insinuer l’idée que le Pape ayant, dans la conjoncture, le témoignage de l’Église dispersée, pourrait, s’il le voulait, en confirmant ce témoignage de sa souveraine autorité, terminer le débat. Le vieux Pape avait souri, mais ne s’était pas laissé convaincre. Au moins voulut-il bien ne pas juger nécessaire que Mgr Touchet fît la preuve que beaucoup tenaient Jeanne pour une sainte : le point était surabondamment établi.

La conséquence de cette décision fut que nous reçûmes la charge de faire immédiatement le procès apostolique sur chacune des vertus humaines et divines de la Vénérable.

Il nous faudrait établir qu’elle avait pratiqué héroïquement la foi, la charité, la prudence, la tempérance, la force, la justice, l’humilité, la chasteté, et, s’il y avait lieu, qu’elle avait opéré des miracles.

Pour la mise en train et l’achèvement de ce procès, il nous était accordé deux ans à partir du 20 juin 1896.

La préparation, l’organisation du tribunal, les citations de témoins, les délais que nous demandèrent ceux-ci pour des études nécessaires, nous conduisirent au 1er mars 1897.

Notre première séance se tint, ce même jour, dans la chapelle de l’évêché.

42Le Tribunal fut composé comme pour le procès de Non-culte24.

Ce procès des vertus et des miracles capital, décisif, hérissé de difficultés par suite de la compétence de Mgr Verde et de Mgr Mariani, promoteurs de la Foi, fut clôturé le 22 novembre.

Il comprit 122 séances, de matinée et d’après-midi.

C’est lui qui fut rédigé en près de deux mille pages in-folio. Il en a coûté à peu près autant, soit à Mgr Verde, soit à nos avocats.

Nous y entendîmes quarante-six témoins.

Vingt-six sur des grâces ou des miracles.

Vingt sur l’ensemble de la Cause25.

Il me serait impossible de ne pas donner un souvenir à la séance de clôture du 22 novembre 1897.

Nous nous étions donné rendez-vous, à neuf heures du soir, dans la petite chapelle de l’évêché. Avec la lampe du Saint-Sacrement, quelques bougies nous éclairaient, placées sur une table en bois blanc. Un drapeau tricolore, marqué du signe du Sacré-Cœur, pendait presque au-dessus de cette table. Tous, nous savions que se terminait une œuvre très douce, mais très laborieuse ; tous, nous pressentions que cette œuvre pourrait n’être pas sans conséquence pour le Pape et pour l’Église. M. le chanoine Filiol, qui venait à peine d’achever la vérification des dernières sessions, nous fit signer à tous, et sceller de notre sceau, diverses pièces. La copie, destinée à Rome, enfermée dans un coffret scellé, fut remise à Mgr l’Évêque qui promit de la porter à destination. Enfin nous nous agenouillâmes, et nous récitâmes, d’une même voix et d’un même cœur, le Te Deum.

Nous sortîmes à peu près silencieux, occupés avec nos pensées ; cependant quelqu’un dit : C’est fini, et je le regrette presque. Il faisait bon approcher longuement de Jeanne d’Arc. Se peut-il que Dieu ait créé une âme aussi belle, que celle-là !

Le tribunal ecclésiastique d’Orléans, présidé par S. G. Mgr Touchet. MM. Branchu, Dulouart, Despierre, d’Allaines, Boullet, Agnès, Filiol, Génin.
43Le tribunal ecclésiastique d’Orléans, présidé par S. G. Mgr Touchet. MM. Branchu, Dulouart, Despierre, d’Allaines, Boullet, Agnès, Filiol, Génin.

44En 1902, nous fîmes un troisième procès : un procès de miracle : la guérison subite de sœur Thérèse de Saint-Augustin. Je l’ai raconté ailleurs, dans une lettre pastorale26.

Nous fûmes toujours les mêmes juges, promoteurs, notaires et délégués, sauf trois d’entre nous, dont l’un, M. Castera, était retourné a Dieu. M. le chanoine Gasnier, M. le chanoine Bizet, M. le chanoine Branchu les remplacèrent.

Ce procès compte vingt-six séances.

Nous l’ouvrîmes le 18 février ; nous le fermâmes le 22 mai 190227.

Deux autres procès de miracles ont été instruits, l’un par Mgr l’évêque d’Arras, l’autre par Mgr l’évêque d’Évreux. Les deux prélats vénérés ont eu la joie de voir retenir par la Sacrée Congrégation comme miraculeux les faits qu’ils avaient examinés.

XI
À Rome — La lutte entre le promoteur de la Foi et les avocats de la Cause de Jeanne d’Arc — Mort de Léon XIII — Avènement de Pie X — La Congrégation générale sur les vertus héroïques de Jeanne d’Arc (6 janvier 1904)

Tournons maintenant les yeux vers Rome : c’est là que va se débattre maintenant la Cause et qu’elle sera jugée.

La lutte entre Mgr Verde, promoteur de la Foi, et nos avocats Minetti et Martini, s’activait. De 1898 à 1908, elle ne cessa pas.

Les avocats avaient soin de nous envoyer les objections. Nous les discutions généralement avec les historiens connus de Jeanne d’Arc. C’est l’occasion de payer un tribut d’hommages aux services que nous rendirent en ces circonstances MM. les chanoines Dunand et Debout, MM. Marius Sepet et Wallon, M. Léopold Delisle28 et surtout le R. P. Ayroles.

45Le travail, que nous avions rédigé en commun, servit plus d’une fois à dissiper les nuages qui auraient pu dégénérer en tempête.

Mgr Verde, promoteur de la Foi.
Mgr Verde, promoteur de la Foi.

Il est impossible, en effet, de ne pas admirer la perspicacité, la science des promoteurs de la Foi. On connaît des historiens hostiles à Jeanne et à l’idée religieuse qui ont soulevé contre elle des questions de toute espèce. Leur œuvre est jeu d’enfant, comparée à celle des promoteurs. Les historiens n’ont pas tout vu. Les promoteurs virent tout, me semble-t-il. Par là, ils ont rendu un service signalé à la Cause ; par là se vérifie cette parole du dernier d’entre eux, Mgr Verde :

— Par vos attaques, vous vous ferez des affaires avec les saints du ciel, lui disait quelqu’un.

— Non, non, répondit vivement le prélat : c’est à moi qu’ils devront leur plus belle lumière.

Le cardinal Parocchi, qui nous avait tant aidé, mourut en janvier 1903, précédant de sept ou huit mois, devant Dieu, M. Captier, qui ne nous avait pas moins bien servi. Le ciel lui avait donné la joie de présider la séance antépréparatoire sur l’héroïcité des vertus de Jeanne, le 17 décembre 1901.

S. Ém. le cardinal Ferrata voulut bien alors accepter, sur notre prière, de devenir le ponent de notre chère Cause. Il avait été, tout jeune, avocat à la Congrégation des Rites. Il en était devenu préfet après la carrière diplomatique la plus brillante. Attaché à la France par sa nonciature à Paris, il aimait la grande Française. Très accoutumé à poser les questions sur leur vrai et solide terrain, aucune diversion, aucune subtilité ne le surprenait. Très actif, très laborieux, d’une conception extrêmement prompte et lucide, nous lui devons de profondes actions de grâces pour la manière positive et séduisante à la fois, dont il conduisit les travaux qui ont abouti à la Béatification. Son nom ne saurait se séparer de cet événement considérable.

Cependant, le vieux témoin des choses de la première heure, Léon XIII, expira, lui aussi, en 1903, le 20 juillet, à 4 h. 04 du soir. Il devait, le 17 précédent, assister à la Congrégation générale sur les vertus 46héroïques de Jeanne. Antérieurement, en effet, le 17 mars, avait eu lieu la seconde Congrégation devant les Cardinaux. Nous avons recueilli des lèvres de son secrétaire, Mgr Angeli, que l’une des préoccupations de l’auguste vieillard, fut la pensée qu’il ne pourrait présider cette séance.

Une quinzaine après, le 4 août, Pie X montait sur le trône de saint Pierre.

Pie X, étant encore patriarche de Venise, avait bien voulu nous donner une lettre postulatoire en vue de la Béatification de Jeanne. Sa Sainteté daigna ne pas l’oublier. À l’audience qu’il donna au promoteur de la Foi, après son couronnement, il décida que la première réunion de la Congrégation des Rites, en présence du Saint-Père, serait consacrée à la Vénérable Jeanne29.

Jamais, lors de nos visites à Rome, il n’omit de nous parler de Jeanne d’Arc et de sa Cause, avec la plus visible sympathie. Sur sa table de travail, il y avait deux statues : celle du Curé d’Ars et celle de la Vénérable. Des miracles, Monseigneur, des miracles, et nous la béatifierons, votre Jeanne…Il désirait sa Béatification plus vivement que nous-même, nous dit-il, lors d’une audience toute récente.

Le 17 novembre 1903 se tint, devant lui, la Congrégation différée depuis le 17 juillet. Quinze cardinaux présents émirent leur vote ; parmi eux se trouvaient le cardinal Merry del Val et le cardinal Richard, archevêque de Paris. Les conclusions de l’auguste Assemblée furent favorables ; et, le 6 janvier 1904, dans le 492e anniversaire de la naissance de Jeanne, en présence des cardinaux Cretoni, Merry del Val, Ferrata, Vivès y Tuto, Mathieu ; de M. Nisard, ambassadeur de France près le Saint-Siège, de MM. Laudet et de Courcelles, secrétaires de l’ambassade ; de M. Guillaume, directeur de l’Académie de France à Rome ; de NN. SS. Mourey, d’Armailhac, Duchesne ; de M. Hertzog, du R. P. général des Jésuites ; devant une foule considérable, Pie X rendit le décret d’héroïcité des vertus de Jeanne.

La réponse de Sa Sainteté à nos remerciements fut un cri d’allégresse et d’admiration. Le Pape, ce jour-là, parut presque oublier les inquiétudes que lui donnait notre pays pour ne se souvenir que de ses grandeurs dans le passé, et ne voir que les espérances qu’il offrait encore pour l’avenir.

47Décret Orléanais concernant la Vénérable servante de Dieu, Jeanne d’Arc, communément appelée la Pucelle d’Orléans30

Au sujet du doute suivant : S’il est établi que les vertus théologales, la Foi, l’Espérance, la Charité envers Dieu et envers le prochain, et les vertus cardinales, la Prudence, la Justice, la Force, la Tempérance, et celles qui leur sont connexes, ont été portées au degré héroïque, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit.

Il a plu à la Sagesse de Dieu, qui se joue dans l’univers, de susciter au XVe siècle une vierge au cœur viril qui, émule par son courage de Débora, de Jaël et de Judith, pourrait revendiquer, avec plus de droit encore, cet éloge de la femme incomparable de la Sainte Écriture : Elle a ceint ses reins de la force, elle a donné la vigueur à son bras, elle a mis la main à de rudes besognes. Il convenait qu’une nation illustrée par l’éclat de son nom et de ses vertus militaires reçût le don d’un tel prodige. Autrefois, elle dut son salut et son honneur à la Pucelle d’Orléans : qu’elle apprenne aujourd’hui, dans les circonstances si troublées qu’elle traverse, à demander avec confiance la paix et la justice à celle à laquelle l’Église décerne la gloire de l’héroïcité.

La Vénérable servante de Dieu, Jeanne d’Arc, naquit au bourg de Domrémy, près Vaucouleurs, sur les frontières de la Champagne et de la Lorraine, le 6 janvier 1412. Ses parents étaient très pieux et d’une humble condition. Dans sa première enfance, occupée aux soins du ménage, et souvent même à la garde des troupeaux de son père, elle vécut toute cachée en Dieu, s’adonnant le plus possible à la prière, dans l’église de son village. Brûlant aussi d’un grand amour pour le prochain, elle 48visitait les malades, consolait les affligés, et subvenait aux besoins de tous avec une telle générosité, qu’il lui arriva parfois de se priver de son lit pour donner le bénéfice de son repos à des voyageurs fatigués. Sa vie s’écoula ainsi, dans l’ombre, jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

En ce temps-là, les affaires de France étaient dans un état lamentable : Charles VII, renversé du trône de ses ancêtres, s’était vu forcé de fuir dans les provinces méridionales de son royaume. Là, il était serré de tous côtés par les Anglais, les Bretons, les Bourguignons ; ses troupes étaient décimées et en très petit nombre ; un peu partout, ses forteresses succombaient, et c’est à peine s’il conservait son titre de roi. Et déjà tout l’effort de la guerre s’était porté sur les remparts d’Orléans. Orléans ! c’était, aux yeux des Anglais, comme la porte de France : une fois cette ville enlevée d’assaut, le pays tout entier s’offrirait largement à leur victoire.

S. Ém. le cardinal Cretoni, préfet de la Congrégation des Rites.
S. Ém. le cardinal Cretoni, préfet de la Congrégation des Rites.

Dans ces circonstances fâcheuses, alors que le courage et l’initiative abandonnaient les chefs les plus énergiques, le salut de la nation reposa sur une femme. Quatre ans auparavant, elle avait vu l’archange saint Michel, entouré d’une multitude d’anges ; elle avait entendu la voix du 49prince des armées célestes : il lui ordonnait d’aller en toute hâte à Orléans et de conduire Charles à Reims pour l’y sacrer roi. La Pucelle s’étonna tout d’abord ; mais les visions et les voix se renouvelèrent longtemps, et à l’archange saint Michel se joignirent les vierges saintes Catherine et Marguerite. Alors elle se soumit aux ordres du Ciel et, en gage de son obéissance, voua à Dieu sa virginité. Le souci de garder prudemment son secret, puis la nécessité de s’en ouvrir à ses parents furent pour elle de grandes épreuves. Enfin, après avoir surmonté toutes les difficultés, sur sa demande instante, son oncle la conduisit à Vaucouleurs, auprès du gouverneur Robert de Baudricourt. Ce dernier accueillit d’abord par de vives moqueries les projets de la Pucelle ; puis il réfléchit et gagna du temps ; enfin, brisant tout retard plus prolongé, il lui fournit des armes et une petite troupe de cavaliers, et ordonna de la conduire auprès du roi. Lorsque la Vénérable Jeanne fut en la présence de Charles VII, et qu’elle lui eut révélé certains secrets ignorés de tous, sauf de lui-même, il la plaça à la tête de l’armée et elle partit pour Orléans.

Entrée dans la ville, d’un élan terrible elle presse l’ennemi, renverse un à un les travaux du siège, détruit les bastilles, et arbore son étendard sur les murs. Par un semblable prodige, d’autres places furent délivrées, et elle décida Charles, qui hésitait encore, à se faire sacrer à Reims.

Ayant accompli, mieux que n’eût fait un homme, la mission que Dieu lui avait confiée, ce fut avec le même courage et la même constance qu’elle reçut les indignes récompenses de la justice humaine. Prise par les Bourguignons dans une sortie, une infâme trahison la vendit aux Anglais qui devaient la faire périr de la mort la plus cruelle ; on la conduisit 50à Rouen ; on la traîna devant les tribunaux ; toutes les accusations furent portées contre elle, sauf celle d’avoir manqué à la chasteté. L’affaire fut conduite par des juges corrompus, et la vierge innocente fut condamnée à la peine du feu. Elle la subit avec courage, le 30 mai 1431, les yeux attachés à la croix du Christ, se répandant en prières ardentes, et implorant devant la foule immense le pardon pour ceux qui la faisaient mourir.

Vingt-quatre ans après sa mort, le pape Calixte III confia à l’évêque de Reims et à quelques autres le soin de reprendre la Cause. Le jugement fut cassé, et on réhabilita la mémoire de la Vénérable servante de Dieu dont l’innocence, de l’aveu à peu près unanime, ne pouvait être contestée. Mais la renommée de sa sainteté et des prodiges dont Dieu semblait vouloir l’honorer, grandissant de jour en jour, des prières furent adressées au Siège apostolique par les hommes les plus remarquables ; elles venaient de partout, mais surtout de France : de même qu’autrefois la vertu de la Pucelle avait été vengée par le vicaire du Christ, de même on lui demanda de décider que les honneurs qui sont dus aux saints, lui seraient rendus. Aussi, ayant réuni de nombreux témoignages dans les diocèses d’Orléans, de Verdun et de Saint-Dié, et les ayant soumis à la S. Congrégation des Rites, le pape Léon XIII, d’heureuse mémoire, signa l’Introduction de la Cause, le 27 janvier 1894. Les procès apostoliques suivirent, et, leur validité ayant été approuvée, on discuta sur l’héroïcité des vertus de la Vénérable servante de Dieu, à la Sacrée Congrégation des Rites, une première fois dans la réunion préliminaire tenue au palais du cardinal Lucido-Maria Parocchi, de bonne mémoire, le seizième jour des calendes de janvier de l’année 1901 ; une seconde fois dans l’assemblée préparatoire 51du Vatican, le seizième jour des calendes d’avril de l’année récemment terminée ; enfin, au même lieu, dans l’assemblée plénière devant Notre Saint-Père le Pape Pie X, le quinzième jour des calendes de décembre de la même année. Là, ce doute fut proposé par le Révérendissime cardinal Dominique Ferrata, rapporteur de la Cause :

S’il est certain que les vertus théologales, la Foi, l’Espérance, la Charité envers Dieu et envers le prochain, et les vertus cardinales, la Prudence, la Justice, la Force, la Tempérance, et celles qui leur sont connexes, furent pratiquées par la Vénérable Servante de Dieu, Jeanne d’Arc, au degré héroïque, dans la cause et pour l’effet dont il s’agit.

Chacun des Révérendissimes cardinaux préposés aux saints Rites et chacun des Pères consulteurs émit son vote. Ces suffrages ayant été mûrement pesés, Notre Très Saint-Père le Pape Pie X s’abstint pour le moment de rendre le jugement suprême, et exhorta les assistants à demander, dans une affaire aussi grave, la lumière divine.

S. Ém. le cardinal Ferrata, quatrième rapporteur de la Cause.
S. Ém. le cardinal Ferrata, quatrième rapporteur de la Cause.

Mais en ce jour, où le Dieu Sauveur se manifesta aux nations par une étoile, qui vit aussi naître la Vénérable Servante de Dieu, Jeanne, appelée à être un jour comme une flamme brillante dans la Jérusalem terrestre et dans la Jérusalem céleste, le même Très Saint-Père, ayant pieusement 52célébré la messe, étant entré dans cette illustre salle du Vatican et ayant pris place au trône pontifical, a mandé les Révérendissimes cardinaux Séraphin Cretoni, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, et Dominique Ferrata, rapporteur de la Cause, ainsi que le R. P. D. Alexandre Verde, promoteur de la Foi, et moi, le secrétaire soussigné, et en leur présence il a proclamé solennellement :

Qu’il est certain que les vertus théologales, la Foi, l’Espérance et la Charité envers Dieu et envers le Prochain, et les vertus cardinales, la Prudence, la Justice, la Force, la Tempérance, et celles qui leur sont connexes, ont été pratiquées par la Vénérable Servante de Dieu, Jeanne d’Arc, au degré héroïque, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit, de telle sorte qu’il peut être procédé à la formalité suivante, à savoir la discussion des quatre miracles.

Et le Saint-Père a ordonné, le huitième jour des ides de janvier de l’année 1904, que ce décret fût publié et placé ensuite dans les actes de la Sacrée Congrégation des Rites.

Séraphin, cardinal Cretoni,
Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites.

L. ✝ S.

Diomède Panici,
archevêque de Laodicée,
Secrétaire de la Sacrée Congrégation des Rites.

Après la lecture du décret, Mgr l’évêque d’Orléans remercia le Saint-Père en ces termes :

Lettre de S. G. Mgr Touchet, évêque d’Orléans à S. S. le Pape Pie X

Très Saint-Père,

C’est une obligation bien précieuse pour le dernier de vos fils dans l’Épiscopat, d’avoir à remercier Votre Sainteté du décret qu’Elle vient de rendre.

53Ainsi se trouve affirmé, au tribunal chargé par Dieu même de protéger l’idéal de la moralité supérieure, que Jeanne, apparue en la fête de l’Étoile, a pratiqué héroïquement ces vertus qui contraignent l’admiration des philosophes : Prudence, Justice, Tempérance, Force ; et ces autres, qui excitent l’émulation des saints : la Foi, l’Espérance, la Charité, l’Humilité, la Pureté.

Très Saint-Père, oui ! soyez remercié d’avoir voulu inaugurer un pontificat, dont les débuts promettent tant de services à l’Église, par ce témoignage rendu à la sublime jeune fille, en laquelle s’incarne le plus hautement notre Patrie française.

Cette action de grâces, je l’offre au Pape :

Au nom de mon diocèse : il a suivi le progrès de la Cause, depuis ses origines, avec l’intérêt le plus passionné.

Au nom de la France : les autels de Jeanne d’Arc ne sont-ils pas les seuls, qui, chez nous, ne connaissent pas d’athées ?

Au nom de l’Église : Église des terres sauvages, des continents anciens, des continents nouveaux. Près de huit cents de ses prélats, recteurs d’Université, chefs d’ordres, abbés, évêques, archevêques, patriarches, cardinaux, ont adressé des lettres postulatoires au Siège apostolique, tendant à obtenir de lui la Béatification de Jeanne.

Celle-ci est visiblement la plus fameuse et la plus populaire des Vénérables.

Parmi ces cardinaux, Saint-Père, oserai-je en distinguer un particulièrement ? Oserai-je, par exemple, remercier Pie X, au nom du patriarche de Venise, le cardinal Sarto, lequel, en 1899, voulait bien faire instance près de Léon XIII, pour que la Cause de Jeanne eût un heureux succès ?

Des ouvriers de la première et de la seconde heure plusieurs ne sont plus. C’est la nécessaire mélancolie d’ici-bas, que les artisans disparaissent à mesure que l’œuvre avance.

Au-dessus de tous et de tout, Léon XIII : il nous témoigna une sympathie qui ne défaillit jamais ;

Mgr Dupanloup, chevalier de si nobles et si rudes batailles ;

Le cardinal anglais Howard, qui considéra comme un honneur d’accepter la ponenza de la Cause ;

Le cardinal Parocchi, puissant esprit servi par un verbe de flamme ;

Le cardinal Aloïsi-Masella, qui se plaisait à nous aider ;

Caprara, promoteur de la Foi, redoutable aux saints eux-mêmes, et bien plus que la justice de Dieu, j’espère ;

Alibrandi, duquel Parocchi disait qu’il fut un avocat de génie ;

M. Captier, le plus délié des postulateurs.

54Pour ceux-là, j’implore de Votre Sainteté un souvenir. Il est juste qu’aujourd’hui quelque rayon fleurisse leur tombeau.

À eux, d’autres ont succédé.

À Mgr Dupanloup, le cardinal Coullié, avec le même zèle ;

Au cardinal Parocchi, le cardinal Ferrata, avec la même fermeté d’esprit ;

Au cardinal Aloïsi-Masella, le cardinal Cretoni, avec la même bienveillance ;

À Caprara, Mgr Verde, avec la même redoutable ingéniosité ;

À M. Captier, le P. Hertzog, avec les mêmes discrétions ;

À Alibrandi, MM. Minetti et Martini, avec la même science.

Pour eux, et pour moi, après eux, Saint-Père, une bénédiction, s’il vous plaît.

En retour, nous supplierons Jeanne d’attirer les faveurs de Jésus-Christ sur la personne auguste de son Vicaire.

Puisse aussi la bonne et chevaleresque enfant, — Votre Sainteté, qui aime notre pays, souffrira que de ce Vatican ma suprême parole, comme un suprême soupir, s’envole vers lui, — puisse Jeanne, dis-je, renouvelant un des beaux exploits de sa mortelle vie, obtenir à la France la paix sacrée des esprits et l’union des cœurs !

La France, Saint-Père, est si douce quand elle est unie ! et si humaine quand elle est pacifiée !

Allocution du Pape

Qu’elle soit un sujet de joie pour nous, (dit-il), la Cause de la Vénérable Jeanne d’Arc, vierge ; cette humble fille, d’une naissance obscure, qui, pratiquant avec le plus grand zèle la vraie religion, fut tellement éminente dans l’exercice des vertus les plus sublimes, bien au-dessus de son âge et de sa condition, qu’elle alla jusqu’au sacrifice de sa vie, et brilla comme un astre nouveau, destiné à être la gloire non seulement de la France, mais aussi de l’Église universelle. Réjouissons-nous de ce que la vie de la Vénérable Jeanne d’Arc est pour nous un motif d’espérance, et fournit à ceux qui observent les choses humaines la confirmation de cette vérité, que le secours de la divine Providence ne nous fera jamais défaut, puisque sa bonté n’apparaît jamais autant que lorsque tout paraît sans ressource.

Soyons dans la joie, car la nation française, cette nation qui a accompli tant d’exploits généreux et porté dans des contrées si lointaines des bienfaits admirables, cette nation qui par les œuvres innombrables de son intrépide apostolat a amené les peuples barbares à la 55lumière de la Foi et à la civilisation, trouve dans le souvenir des vertus et des services de la Vénérable Jeanne d’Arc l’occasion d’apprendre que son bien suprême, sa gloire principale, doit être de demeurer attachée à la religion catholique, de révérer sa sainteté, et de défendre ses droits, ainsi que sa liberté.

Et, bien que l’état des choses actuel laisse, hélas ! beaucoup à désirer sous ce rapport, que les enfants de la France, si chers à notre cœur, se réjouissent !

Au milieu des malheurs de toute sorte qui les affligent, ils trouveront dans la Vénérable Jeanne d’Arc un nouveau secours, et sa protection sera pour eux une source de bienfaits plus abondante de la part de la clémence divine.

Qu’ils en tirent surtout cet enseignement que la gloire du ciel ne s’obtient qu’au prix de grands efforts, au prix des souffrances, et même, s’il le faut, du mépris de la vie.

Ces considérations Nous entretiennent et Nous animent dans l’espoir que les vertus merveilleuses, pratiquées par les Vénérables nommés plus haut31, après leur avoir assuré au sein de l’Église triomphante une gloire insigne, leur seront un moyen d’obtenir, un jour, les honneurs suprêmes de l’Église militante.

Que cet événement si désiré soit placé sous les auspices de la bénédiction apostolique, que Nous accordons, du fond de Notre cœur, à tous ceux qui sont ici présents.

XII
L’examen des miracles — La séance devant le Saint-Père (24 novembre 1908) — La lecture du décret (13 décembre) — Action de grâces de Mgr l’évêque d’Orléans — Discours du pape — Lettre de S. Ém. le cardinal Coullié, archevêque de Lyon

À propos de l’examen des miracles, qui était la dernière phase de la Cause, Mgr Touchet fait remarquer que plusieurs voyaient là son écueil.

Au dire des uns, il était impossible qu’il y eût des miracles. Les miracles des saints, disaient ces théologiens improvisés, s’obtiennent 56devant leurs reliques. Or il n’y a pas de reliques de Jeanne d’Arc. C’était, on le voit, péremptoire.

Au dire des autres, auxquels, naturellement, nulle confidence autorisée n’avait été faite, les faits proposés par le Tribunal d’Orléans ne seraient pas admis par Rome.

En réalité, sur les faits que nous avons proposés au jugement de la Congrégation, plusieurs ont été écartés, que nous tenions, et que, respectueusement, nous tenons encore pour miraculeux. Qu’ils aient été écartés, cela prouve simplement la juste sévérité des médecins et des théologiens romains. Ce n’est pas celui qui écrit ces lignes qui s’en plaindra. Il ne lui déplaît nullement de faire pareille constatation.

Trois ont été retenus. Je les ai racontés dans ma lettre pastorale du 7 janvier dernier ; je n’y reviendrai pas.

La séance antépréparatoire, où se discutèrent les miracles, fut présidée par le cardinal Ferrata, le mardi 12 novembre 1907.

La séance préparatoire, sous la même présidence, se célébra le 9 juin 1908.

La séance devant le Saint-Père, le 24 novembre de la même année.

La lecture du décret sur les miracles eut lieu le 13 décembre.

Ce dimanche 13 décembre, à onze heures, dans la salle du Consistoire, furent, en effet, promulgués le décret sur les miracles obtenus par l’intercession de la Vénérable Jeanne d’Arc, et, en même temps, trois autres décrets déclarant que les procédures avaient été exactement suivies dans les Causes de Béatification du V. de Capillas, dominicain espagnol, protomartyr de la Chine ; du V. Père Eudes, fondateur de la Congrégation des Eudistes ; enfin, des martyrs des missions étrangères, Cuénot, Vénar, Néron, Néel, plus une trentaine de convertis de la Cochinchine, de la Chine et de l’Annam.

La salle du Consistoire était remplie. Des Espagnols, des Anglais, d’Italiens, des Français en grand nombre s’y étaient donné rendez-vous. Une couronne de prélats et de chefs d’Ordres entouraient le trône pontifical. Sur des sièges à part se tenaient S. Ém. le cardinal secrétaire d’État, lequel, malgré ses lourdes obligations, avait voulu nous honorer de sa présence ; le cardinal Cretoni, préfet des Rites ; le cardinal Ferrata qui fut le lumineux, énergique et inlassable défenseur et ponent de la Cause de Jeanne d’Arc ; le cardinal Vivès y Tuto, cardinal de Curie pour l’Espagne ; enfin le cardinal Lecot, dont tous admiraient la verte vieillesse ; et il était si près d’une fin qui laisse tant de regrets à l’Église de France32 !

57Après la lecture des décrets, nous adressâmes au Saint-Père un remerciement, soit au nom des représentants des Causes autres que celle de Jeanne d’Arc, soit en notre nom personnel pour la Cause de notre Vénérable.

Mais il importe peu de notre discours33.

Ce qui importe hautement à votre attention religieuse, c’est celui que Sa Sainteté daigna nous adresser. Le Pape, qui est admirablement éloquent, le prononça d’ailleurs avec une vigueur et une majesté qui ne sortiront jamais de notre mémoire.

Le pasteur d’âmes, celui auquel furent confiés les agneaux et les brebis, s’y révèle à chaque ligne ; tantôt excitant d’un mot vif les courages abattus, tantôt consolant d’un mot tendre les douleurs trop légitimes, tantôt faisant luire le rayon d’espérance au-dessus des fronts assombris ; toujours simple, cordial, émouvant, apostoliquement hardi, et saintement inspiré.

On a vraiment senti, à cette heure, par la parole de son Vicaire, ce que pouvait être la parole du Christ, ou celle de saint Paul, écho tout rapproché de Jésus ; — on a senti ce qu’est la parole de Dieu.

Quand le Saint-Père eut fini, des applaudissements enthousiastes éclatèrent.

Décret sur les miracles obtenus par l’intercession de la Vénérable Jeanne-d’Arc34
(Cause orléanaise de Béatification et Canonisation de la Vénérable Servante de Dieu, la vierge Jeanne d’Arc, appelée la Pucelle d’Orléans)

Sur la question : S’il conste des miracles, et desquels, dans le cas et pour l’effet dont s’agit ?

De même que le nom, devenu immortel, de le Pucelle d’Orléans, et qui sera bientôt inscrit au catalogue des Bienheureux du Ciel, témoigne de la puissance divine, qui choisit ce qui est faible dans le monde pour confondre ce qui est fort (I Cor., I, 27) ; de même il condamne la lâcheté de ces 58hommes qui, feignant un faux amour de la patrie, ne s’occupent que de leurs propres affaires, sur les ruines de la société et de la religion. Que ceux-là se rappellent qu’il est d’un chrétien d’agir et de souffrir vaillamment ; et il ne s’agit pas seulement des hommes ; car, plus d’une fois, une femme a été suscitée de Dieu pour délivrer son peuple, en acquérant elle-même un nom impérissable (I Mach., VI, 44). Ce sont de ces prodiges de sainteté guerrière que Dieu a renouvelés dans cette autre Sulamite, en qui verrez-vous autre chose que des rassemblements de camps ? (Can. C., VII, 1). Ils s’en étonnent ces hommes vains, dépourvus de la science de Dieu, alors que les autres, inspirés de son esprit, leur crient : Venez et voyez les œuvres de Dieu. (Ps. LXV, 5). L’arc des forts a été brisé et les faibles ont été ceints de force (I Reg., II, 4).

Le siège d’Orléans menaçait d’entraîner dans un prochain désastre la ville et la fortune du roi de France, Charles VII. Dans cette extrémité, à Domrémy, petite ville distante de près de trois cent mille pas du tumulte de la guerre, la voix de l’archange saint Michel, prince de la Milice céleste, se fit entendre à une fille inconnue, toute occupée de la garde de son troupeau et de ses devoirs de religion et de piété, et, comme autrefois, à Judas Maccabée, elle lui dit : Prends cette sainte épée, don de Dieu ; avec elle tu briseras les ennemis de mon peuple d’Israël. (II Mach., XV, 16). Jeanne résista d’abord à cet appel, et ce n’est qu’après redoublement des voix qu’elle s’en ouvrit à ses parents. Mais, comme elle ne pouvait ni se persuader à elle-même ni convaincre personne qu’elle fût appelée à prendre les armes et à conduire le roi à Reims, pour y être sacré, Dieu, qui donne la force à celui qui est fatigué et redouble la vigueur de celui qui est défaillant (Is., XL, 29), dota à ce 59point cette jeune fille ignorante, de sagesse, de science, d’habileté dans l’art de la guerre et de connaissance des choses sacrées, que personne ne put plus douter que la mission de sauver son peuple ne lui eût été divinement confiée. C’est pourquoi, poussée par une mystérieuse inspiration, joignant les armes matérielles au bouclier spirituel de la loi, revêtue du costume d’un chef guerrier, et l’épée à la main, elle monte à cheval, chasse les ennemis, vole à la victoire, conduit le roi Charles dans la ville de Reims pour y être oint de la consécration royale. Et cela fait, elle acquit une couronne digne du ciel, ayant été livrée au feu du bûcher par des hommes, qui étaient surtout les ennemis du Saint-Siège apostolique et qui ne pouvaient supporter d’avoir été vaincus par une jeune fille.

M. le professeur Lapponi, médecin de Sa Sainteté Léon XIII et de Sa Sainteté Pie X, examinateur de l’un des miracles.
M. le professeur Lapponi, médecin de Sa Sainteté Léon XIII et de Sa Sainteté Pie X, examinateur de l’un des miracles.

Quoique la vie de la Vénérable Jeanne ait toujours paru un prodige continuel et que la renommée de sa sainteté et de ses hauts faits se soit répandue au point qu’on pouvait dire d’elle comme de Judith : Parmi tous les peuples qui entendront ton nom, le Dieu d’Israël sera glorifié à cause de toi (Jud., XIII, 31) ; cependant il a plu à la divine Providence de confirmer par de nouveaux miracles le jugement de l’Église sur l’héroïcité des vertus de la Vénérable 60Pucelle. Une enquête minutieuse a été faite sur trois d’entre eux, et les pièces du procès ont été revues et approuvées parla Sacrée Congrégation des Rites.

Le premier miracle, par ordre de présentation, eut lieu dans la maison d’Orléans des Sœurs de l’Ordre de Saint-Benoît, en 1900. La Sœur Thérèse de Saint-Augustin, qui souffrait, depuis trois ans, d’un ulcère à l’estomac, avait vu son mal faire de tels progrès que, ayant perdu tout espoir de guérison, elle s’apprêtait à recevoir les derniers sacrements des mourants. Mais voici que, le dernier jour d’une neuvaine faite pour implorer le secours de la Vénérable Jeanne, elle se lève de son lit, assiste au saint sacrifice de la messe, absorbe sans difficulté de la nourriture et reprend ses anciennes occupations, ayant été subitement et complètement guérie.

M. le professeur Tuccimei, médecin examinateur de l’un des miracles.
M. le professeur Tuccimei, médecin examinateur de l’un des miracles.

Le second miracle arriva en 1893, dans la petite ville de Faverolles35. Julie Gauthier de Saint-Norbert, de la Congrégation de la Providence souffrait, depuis plus de dix ans, d’un ulcère poreux éréthistique incurable au sein gauche. Tourmentée d’indicibles douleurs et ayant perdu, au bout de quinze ans, tout espoir de 61guérison, soutenue par huit jeunes filles, elle s’avance péniblement jusqu’à l’église pour implorer le secours de la Vénérable Jeanne. Elle l’implora, et le jour même elle se sentit sur-le-champ complètement guérie, à la stupéfaction des médecins et des autres personnes présentes.

C’est la Sœur Jeanne-Marie Sagnier, de la congrégation de la Sainte-Famille, qui fut l’objet du troisième miracle, dans la petite ville de Fruges36, en 1891. Depuis trois mois déjà, elle souffrait de douleurs intolérables dans les deux jambes, des ulcères et des abcès s’étant produits qui augmentaient tous les jours ; et les médecins, n’y pouvant rien, avaient diagnostiqué une ostéopériostite chronique tuberculeuse. Mais Jeanne d’Arc, invoquée, apporta un secours inespéré, le cinquième jour des prières faites à cette intention ; car, ce jour-là, la malade se leva, soudainement et parfaitement guérie.

De ces trois miracles, un triple examen a eu lieu : le premier, dans la séance antépréparatoire tenue dans le palais du Révérendissime cardinal Ferrata, rapporteur de la Cause, le premier des ides de novembre de l’année dernière ; le second, dans la réunion préparatoire convoquée au Vatican le 15 des ides de juin de l’année courante ; le troisième, enfin, dans l’assemblée générale tenue en présence de S. S. le Pape Pie X, le 8 des calendes de décembre de la même année ; dans cette assemblée fut posée par ledit Révérendissime Cardinal Dominique Ferrata, la question : S’il conste des miracles, et desquels, dans le cas et pour l’effet dont s’agit. Les Révérendissimes Cardinaux et Pères consulteurs ayant répondu que les trois miracles plus haut relatés étaient certains, le Saint-Père, après avoir pris tous les suffrages, remit à un autre jour son suprême 62jugement, prenant le temps pour lui et pour les autres de solliciter les lumières divines dans une si grave affaire.

Aujourd’hui, troisième dimanche de l’Avent du Seigneur Jésus, le Très Saint-Père, après avoir pieusement célébré le saint sacrifice dans sa chapelle domestique, s’étant rendu dans la grande salle Vaticane et, ayant pris place au trône pontifical, fit approcher les Révérendissimes Cardinaux Séraphin Cretoni, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, et Dominique Ferrata, avec le R. P. Alexandre Verde, promoteur de la Sainte Foi, et moi, secrétaire soussigné, et en leur présence, il prononça par décret solennel qu’il constait de trois miracles : le premier, celui de la guérison instantanée et parfaite de la Sœur Thérèse de Saint-Augustin d’une ulcération chronique de l’estomac ; le second, celui de la guérison instantanée et parfaite de la Sœur Julie Gauthier de Saint-Norbert, d’un ulcère poreux éréthistique au sein gauche ; le troisième, celui de la guérison instantanée et parfaite de la Sœur Jeanne-Marie Sagnier, d’une ostéopériostite chronique tuberculeuse.

Il a ordonné que ce décret fût publié et inséré dans les actes de la Sacré Congrégation des Rites ; ides de décembre 1908.

Séraphin, cardinal Cretoni,
Préfet de la S. C. des Rites.

Diomède Panici,
archevêque de Laodicée,
Secrétaire de la S. C. des Rites.

L. ✝ S.

63Action de grâces de Mgr l’évêque d’Orléans à Sa Sainteté le Pape Pie X après la promulgation du Décret sur les miracles de la Vénérable Jeanne d’Arc37

Très Saint-Père,

Chez nous, là-bas, au cher Pays, quand reviennent mars et avril, c’est, dans les ciels dont on ne saurait dire s’ils appartiennent à l’hiver qui s’en va ou bien au printemps qui approche, la bataille du soleil avec les nuées ; et le laboureur, suivant l’issue, tantôt grelotte sur ses sillons, tantôt relève allègrement la tête.

Ô Père ! ô laboureur intrépide des sillons de Dieu ! qu’il nous serait précieux que le cher Pays n’eût jamais contristé vos horizons avec ses nuages glacés !

Hélas !…

Au moins, nous permettrez-Vous de penser qu’en cette heure, faite très bonne par Votre Suprême Autorité, nous ne vous apportons que du soleil sans mélange de bourrasque et de froidure ?

Du front de trente-six Vénérables, en effet, Votre geste auguste de Pontife approche de très près la couronne des Bienheureux. On ne la voit pas encore : on l’entrevoit déjà.

Or, de ces trente-six, un seul n’est pas de chez nous. Le Vénérable François de Capillas sortit de la fière et catholique Espagne. Moine du grand ordre des Docteurs et des Prêcheurs, il est le protomartyr de cette Chine terrible qui but parfois du sang chrétien jusqu’à s’enivrer, jamais, croirait-on, jusqu’à se désaltérer.

Les trente-cinq autres sont, ou beaucoup, ou tout à fait, de France.

Ils sont nôtres les Cuénot, les Vénard, les Néel, les Néron. Ils sont les disciples de notre École polytechnique du martyre, le sublime Séminaire des Missions étrangères.

Ils sont nôtres, les candides convertis chinois, vierges, catéchistes, mères, artisans. La Chine leur mit du sang aux veines et le leur redemanda. La France leur apprit à le verser dans la résignation et dans l’amour.

Il est nôtre, le Père Eudes. Mystique profond, missionnaire inlassable, créateur de séminaires, réformateur du clergé, sauveur de milliers 64de repenties, secours, autant que Belzunce, des cholériques ; il a laissé à ses fils et à ses filles des traditions d’apostolique vaillance dont aucune n’a été perdue.

Elle est nôtre, enfin, l’incomparable enfant, pure comme les lis ici-bas, lumineuse comme les étoiles là-haut, gaie, spirituelle, brave comme une épée de chevalier ; aimante de la Vierge, de l’Eucharistie, des saints, comme un chérubin ; confiante en le Pape, auquel elle appela dans ses détresses, compatissante aux pauvres, aux malades, aux blessés, aux infirmes, comme une Sœur de Charité. Elle est nôtre, celle qui fut la merveille de notre histoire nationale, la merveille de toute histoire nationale ; celle dont la vie s’épanouit en si divins contrastes ; la guerrière qui ne frappa jamais de l’épée ; l’orante recueillie parmi la dissipation des camps ; la vierge sans corruption parmi la licence des armées ; la simple d’esprit qui déjoua une légion de docteurs ; la patriote qui sauva un royaume, un peuple, un roi, et mourut seule, abandonnée du roi, du peuple, du royaume ; la sainte qui finit sur un bûcher ; la maudite et la presque adorée ; la détestée de quiconque hait Dieu : Jeanne d’Arc !

Déjà, Saint-Père, le 6 janvier 1904, Vous avez décrété que nous la tiendrions pour un modèle des plus héroïques vertus. Aujourd’hui, Vous affirmez que Dieu a contresigné ce jugement par des miracles exposés fidèlement, débattus longuement, établis savamment.

Merci, Saint-Père !

Merci au nom des Éminentissimes Cretoni et Ferrata, qui ont beaucoup travaillé pour la Cause, pour toutes les Causes présentées en ce moment. Merci au nom de S. Ém. le cardinal secrétaire d’État, lequel, malgré la lourde charge de ses travaux, veut bien nous faire le haut honneur de sa présence. Merci au nom des officiers de la Sacrée Congrégation des Rites, des avocats et des postulateurs. Merci au nom du maître général des Dominicains, très cher à mon diocèse ; du général des Eudistes ; du supérieur général des Missions étrangères de Paris. Merci au nom de S. Ém. le cardinal archevêque de Bordeaux, qui représente ici, avec tant d’autorité, les évêques de France. Merci au nom de la ville d’Orléans, jamais oublieuse, mais plus particulièrement attentive depuis une trentaine d’années que les procès se succèdent. Merci au nom de la France catholique. À cette heure, quoique de loin, elle est toute autour de Votre Sainteté. Merci au nom des Patries, de quelque nom qu’elles soient : en couronnant Jeanne, Vous couronnez l’idéal du patriotisme. Merci au nom de l’Église entière. Les autels de Jeanne auront des dévots dans tout l’univers.

Saint-Père, daignez nous dire qu’il Vous plaît que la France Vous présente 65tant de Bienheureux, et spécialement cette Bienheureuse-là ; qu’à ce signe Vous retrouvez le génie de celle que Léon XIII appelait la très noble nation, missionnaire, généreuse, chevaleresque. Daignez nous dire que ce Vous est une joie qu’il en soit ainsi, et que ce nous doit être une espérance.

Et l’histoire, qui Vous a proclamé déjà le Pape des courageuses initiatives, Vous proclamera le Pape de la plus courageuse des héroïnes : le Pape de Jeanne d’Arc.

Ah ! si le cher Pays de là-bas consentait, dans ses masses profondes, à réadorer ce Dieu qui transparaît si évidemment dans Jeanne ; si encore, sous l’influence de celle qui fut guerrière, mais tout autant pacificatrice, il voulait, s’il imposait à tous ses enfants, bien unis, Saint-Père, sur le terrain patriotique, nous tenons à l’affirmer dans ce Vatican qui est le plus haut lieu du monde, mais trop cruellement divisés sur le terrain religieux, s’il imposait, dis-je, une ère de liberté, dans laquelle les catholiques trouveraient la paix d’aujourd’hui et les garanties de demain !… Ô Jeanne, glaive et arc-en-ciel de la France, voilà une œuvre digne de toi.

Rêve !… Qui sait ?…

Saint-Père, bénissez ce rêve ; bénissez-nous.

Discours prononcé par le Souverain Pontife en réponse à l’adresse de Mgr l’Évêque d’Orléans

Je suis reconnaissant, Vénérable Frère, à votre cœur généreux qui voudrait me voir travailler dans le champ du Seigneur toujours à la lumière du soleil, sans nuage ni bourrasque. Mais vous et moi nous devons adorer les dispositions de la divine Providence qui, après avoir établi son Église ici-bas, permet qu’elle rencontre sur son chemin des obstacles de tout genre et des résistances formidables. La raison en est d’ailleurs évidente : l’Église est militante et, par conséquent, dans une lutte continuelle. Cette lutte fait du monde un vrai champ de bataille et de tout chrétien un soldat valeureux qui combat sous l’étendard de la Croix. Cette lutte a commencé avec la vie de notre Très Saint Rédempteur, et elle ne finira qu’avec la fin même des temps. Ainsi il faut tous les jours, comme les preux de Juda au retour de la captivité, d’une main repousser l’ennemi et de l’autre élever les murs du temple saint, c’est-à-dire travailler à se sanctifier.

Nous sommes confirmés dans cette vérité par la vie même des héros auxquels sont consacrés les décrets qui viennent d’être publiés. Ces héros sont arrivés à la gloire, non seulement à travers de noirs nuages et des 66bourrasques passagères, mais à travers des contradictions continuelles et de dures épreuves qui sont allées jusqu’à exiger d’eux, pour la foi, le sang et la vie.

Je ne puis nier pourtant que ma joie est, en effet, bien grande en ce moment ; car, en glorifiant tant de saints, Dieu manifeste ses miséricordes à une époque de grande incrédulité et d’indifférence religieuse ; car, au milieu de l’abaissement si général des caractères, voici que s’offrent à notre imitation ces âmes religieuses qui, pour témoigner de leur foi, ont donné leur vie ; car, enfin, ces exemples viennent en effet, pour la plus grande part, Vénérable Frère, de votre pays, où ceux qui détiennent les pouvoirs publics ont déployé ouvertement le drapeau de la rébellion et ont voulu rompre à tout prix tous les liens avec l’Église.

Oui, nous sommes à une époque où beaucoup rougissent de se dire catholiques, beaucoup d’autres prennent en haine Dieu, la foi, la révélation, le culte et ses ministres, mêlent à tous leurs discours une impiété railleuse, nient tout et tournent tout en dérision et en sarcasmes, ne respectent même pas le sanctuaire de la conscience. Mais il est impossible que devant ces manifestations du surnaturel, quelle que soit leur volonté de fermer les yeux en face du soleil qui les éclaire, un rayon divin ne finisse pas par pénétrer jusqu’à leur conscience et, serait-ce même par la voie du remords, les ramener à la foi.

Ce qui fait encore ma joie, c’est que la vaillance de ces héros doit ranimer les cœurs alanguis et timides, peureux dans la pratique des doctrines et des croyances chrétiennes, et les rendre forts dans la foi. Le courage, en effet, n’a de raison d’être que s’il a pour base une conviction. La volonté est une puissance aveugle quand elle n’est pas illuminée par l’intelligence ; et on ne peut marcher d’un pas sûr au milieu des ténèbres. Si la génération actuelle a toutes les incertitudes et toutes les hésitations de l’homme qui marche à tâtons, c’est le signe évident qu’elle ne tient plus compte de la parole de Dieu, flambeau qui guide nos pas et lumière qui éclaire nos sentiers : Lucerna pedibus meis verbum tuum, et lumen semitis meis (Ps. 118).

Il y aura du courage quand la foi sera vive dans les cœurs, quand on pratiquera tous les préceptes imposés par la foi ; car la foi est impossible sans les œuvres, comme il est impossible d’imaginer un soleil qui ne donnerait point de lumière et de chaleur. Cette vérité a pour témoins les martyrs que nous venons de célébrer. Car il ne faut pas croire que le martyre soit un acte de simple enthousiasme, qui consiste à mettre la tête sous la hache pour aller tout droit en Paradis. Le martyre suppose le long et pénible exercice de toutes les vertus, omnimoda et immaculata munditia.

67Et, pour parler de celle qui vous est connue plus que tous les autres, — la Pucelle d’Orléans, — dans son humble pays natal comme parmi la licence des armes, elle se conserve pure comme les anges ; fière comme un lion dans tous les périls de la bataille, elle est remplie de pitié pour les pauvres et pour les malheureux. Simple comme un enfant dans la paix des champs et dans le tumulte de la guerre, elle demeure toujours recueillie en Dieu, et elle est tout amour pour la Vierge et pour la sainte Eucharistie, comme un chérubin, — vous l’avez bien dit. Appelée par le Seigneur à défendre sa patrie, elle répond à sa vocation pour une entreprise que tout le monde, et elle tout d’abord, croyait impossible ; mais ce qui est impossible aux hommes est toujours possible avec le secours de Dieu.

Que l’on n’exagère pas par conséquent les difficultés, quand il s’agit de pratiquer tout ce que la foi nous impose pour accomplir nos devoirs, pour exercer le fructueux apostolat de l’exemple que le Seigneur attend de chacun de nous : Unicuique mandavit de proximo suo. Les difficultés viennent de qui les crée et les exagère, de qui se confie en lui-même et non sur les secours du Ciel, de qui cède, lâchement intimidé par les railleries et des dérisions du monde ; par où il faut conclure que, de nos jours plus que jamais, la force principale des mauvais, c’est la lâcheté et la faiblesse des bons, et tout le nerf du règne de Satan réside dans la mollesse des chrétiens.

Oh ! s’il m’était permis, comme le faisait en esprit le prophète Zacharie, de demander au divin Rédempteur : Que sont ces plaies au milieu de vos mains ? Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? La réponse ne serait pas douteuse : Elles m’ont été infligées dans la maison de ceux qui m’aimaient : His plagatus sum in domo eorum qui diligebant me ; par mes amis qui n’ont rien fait pour me défendre et qui, en toute rencontre, se sont rendus complices de mes adversaires. Et à ce reproche qu’encourent les chrétiens pusillanimes et intimidés de tous les pays ne peuvent se dérober un grand nombre de chrétiens de France.

Cette France fut nommée par mon vénéré prédécesseur, comme vous l’avez rappelé, Vénérable Frère, la très noble nation, missionnaire, généreuse, chevaleresque. À sa gloire, j’ajouterai ce qu’écrivait au roi saint Louis le Pape Grégoire IX : Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi, ici-bas, des royaumes différents, suivant la diversité des langues et des climats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des missions spéciales pour l’accomplissement de ses desseins. Et, comme autrefois, il préféra la tribu de Juda à celles des autres fils de Jacob, et comme il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi il choisit la France de préférence à toutes les autres nations de la terre pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, 68continue le Pontife, la France est le royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ. Pour ce motif, Dieu aime la France parce qu’il aime l’Église qui traverse les siècles et recrute les légions pour l’éternité. Dieu aime la France qu’aucun effort n’a jamais pu détacher entièrement de la cause de Dieu. Dieu aime la France, où en aucun temps la foi n’a perdu de sa vigueur, où les rois et les soldats n’ont jamais hésité à affronter les périls et à donner leur sang pour la conservation de la foi et de la liberté religieuse. Ainsi s’exprime Grégoire IX.

Aussi, à votre retour, Vénérable Frère, vous direz à vos compatriotes que, s’ils aiment la France, ils doivent aimer Dieu, aimer la foi, aimer l’Église, qui est pour eux tous une mère très tendre, comme elle l’a été de vos pères. Vous direz qu’ils fassent trésor des testaments de saint Rémi, de Charlemagne et de saint Louis, — ces testaments qui se résument dans les mots si souvent répétés par l’héroïne d’Orléans : Vive le Christ qui est le roi des Francs !

À ce titre seulement, la France est grande parmi les nations ; à cette clause, Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse ; à cette condition, on pourra lui appliquer ce qui, dans les livres saints, est dit d’Israël : Que personne ne s’est rencontré qui insultât à ce peuple, sinon quand il s’est éloigné de Dieu : Et non fuit qui insultaret populo isti, nisi quando recessit a cultu Domini Dei sui. (Du livre de Judith, V, 17.)

Ce n’est donc pas un rêve que vous avez énoncé, Vénérable Frère, mais une réalité ; je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein triomphe.

Il mourait, le Pape martyr de Valence, quand la France, après avoir méconnu et anéanti l’autorité, proscrit la religion, abattu les temples et les autels, exilé, poursuivi et décimé les prêtres, était tombée dans la plus détestable abomination. Deux ans ne s’étaient pas écoulés depuis la mort de celui qui devait être le dernier Pape, et la France, coupable de tant de crimes, souillée encore du sang de tant d’innocents, tourne dans sa détresse les yeux vers celui qui, élu Pape par une sorte de miracle, loin de Rome, prend à Rome possession de son trône, et la France implore avec le pardon l’exercice du divin pouvoir que, dans le Pape, elle avait si souvent contesté ; et la France est sauvée. Ce qui paraît impossible aux hommes est possible à Dieu.

Je suis affermi dans cette certitude par la protection des martyrs qui ont donné leur sang pour la foi, et par l’intercession de Jeanne d’Arc qui, vivante dans le cœur des Français, répète aussi, sans cesse, au ciel la prière : Grand Dieu, sauvez la France !

69L’heureuse nouvelle de la conclusion du procès des miracles fut accueillie en France avec la plus vive allégresse. Ne pouvant citer ici toutes les lettres par lesquelles NN. SS. les évêques la communiquèrent officiellement aux fidèles, nous citerons du moins celle de S. Ém. le cardinal Coullié, archevêque de Lyon : elle respire, avec une tendre piété pour Jeanne, puisée au cœur paternel de Mgr Dupanloup, la joie de voir enfin terminée une œuvre que le successeur immédiat du grand évêque d’Orléans avait poursuivie avec une si belle ardeur.

Lettre de S. Ém. le cardinal Couillé communiquant le décret sur les miracles

Nos très chers frères,

Il y a quinze ans, tandis que, sur l’ordre de Léon XIII, Nous quittions le siège d’Orléans pour prendre en main le gouvernement de ce grand et si beau diocèse de Lyon, Nous avions la consolation de vous apporter la nouvelle de l’Introduction de la Cause de Béatification de Jeanne d’Arc, dont le souci Nous avait demandé quinze années de labeurs et Nous avait procuré de si douces jouissances de l’âme en la compagnie de la Pucelle d’Orléans. Pendant quinze années, Nous avons dû étudier sa vie et suivre sa mission divine, depuis les premiers appels de ses Voix jusqu’aux angoisses et au supplice de son martyre.

Et presque à notre arrivée parmi vous, ayant reçu de Rome le décret qui la déclarait Vénérable, Nous invitions les fidèles des deux diocèses d’Orléans et de Lyon à se réjouir dans le Seigneur38. Nous laissions alors, après cette première étape parcourue, le noble travail de la glorification de Jeanne, entre les mains de notre successeur.

Mgr Touchet, évêque d’Orléans, à son tour, y a dépensé quinze années de constant labeur, et voici que ses admirables travaux sont aujourd’hui couronnés du succès attendu, et que la dernière étape est sur le point d’être achevée. Nous vous communiquons le décret de Rome qui affirme la réalité des miracles opérés par l’intercession de Jeanne d’Arc. C’est le dernier procès heureusement conclu ; c’est le dernier pas à faire avant que la grande voix du Saint-Père prononce l’oracle qui nous permettra de rendre publiquement un culte à l’héroïne libératrice de la France, à notre chère sainte qui peut la sauver encore.

70C’est bien là de quoi renouveler, à plus juste titre encore, les enthousiastes actions de grâces d’il y a quinze ans ; c’est là pour nous la plus grande joie, en même temps que le plus légitime espoir.

Vous n’ignorez point, nos très chers Frères, que dans les causes de Béatification introduites devant le Tribunal du Souverain-Pontife, après que l’on a établi d’une manière indiscutable l’héroïcité des vertus des serviteurs de Dieu que l’on désire voir élever sur les autels, il est indispensable de prouver aussi, par des documents sans réplique, l’intervention surnaturelle de ces saints personnages en des miracles authentiques.

Mgr Coullié, évêque d’Orléans.
Mgr Coullié, évêque d’Orléans.

Quand il s’agissait de Jeanne d’Arc, il aurait pu sembler que le miracle éclatant qu’a été sa vie tout entière aurait dispensé d’exiger, pour sa Béatification, qu’elle opérât encore d’autres miracles après sa mort. Rien, en effet, dans cette admirable vie, ne fut conduit par d’autres ressorts que l’action divine, visible à tous les regards.

Bien plus que les héroïnes d’Israël qui recueillirent tant d’enthousiastes éloges de la part de leur peuple et des lèvres mêmes de l’Esprit-Saint ; bien plus que les Débora, les Judith, Jeanne la Pucelle accomplit une carrière merveilleuse, et chacune de ses actions fit éclater l’intervention miraculeuse du Christ qui aime les Francs.

Et cependant, la Sainte Église exige davantage encore et elle ne se contente jamais, pour poser sur le front des Bienheureux la couronne dont elle est, de par Dieu, la dispensatrice, des miracles qu’ils ont accomplis durant leur vie sur la terre. Il faut qu’après leur mort, Dieu signale leur sainteté par des faits qui portent le caractère certain du miracle ; il faut ici la signature de Dieu lui-même, si bien que la Sainte Église ne puisse se prononcer qu’avec une entière certitude.

71Or, il a plu, en effet, à la Providence divine de faire éclater, en ces derniers temps, la sainteté de Jeanne, en plusieurs miracles opérés par son intercession. Parmi ces miracles, trois ont été surtout retenus par les juges de la S. Congrégation. Ils ont été étudiés de près, appuyés sur des témoignages qui ont été discutés à fond, selon toutes les exigences de la science la plus rigoureuse, et voici que, dans le décret que Nous vous communiquons aujourd’hui, ces faits merveilleux sont énumérés et déclarés de vrais miracles.

Elle est donc enfin heureusement terminée, nos très chers Frères, cette longue série de procès canoniques, entreprise, il y a plus de trente années, par le grand évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup ! Elle va prendre fin cette attente émue qui Nous fit tant de fois solliciter les prières des fidèles ! Et bientôt, Nous en avons l’assurance expresse, il sera inscrit au catalogue des Bienheureux du Ciel, le nom devenu immortel de la Pucelle d’Orléans !

Déjà Nous pressentons, de par les communications qu’a bien voulu nous en donner le Saint Pontife Pie X, que se célébrera à Rome, dans les premiers mois de l’année qui s’approche, la solennelle Béatification de Jeanne. Ah ! nos très chers Frères, réjouissons-nous dès cette heure et redoublons nos prières.

Sachons mêler à nos actions de grâces un sentiment de vive espérance. Jeanne sauva jadis la France épuisée, dévorée par l’étranger qui avait envahi ses provinces, anéantie par les divisions de ses fils et les égarements de ses princes. Ayons confiance ! Ce qu’elle fit autrefois, elle peut le faire encore. Aujourd’hui certes, il y a grande pitié en notre Patrie bien-aimée. Tant de divisions, tant de haines, tant de ruines attristent nos âmes ! Jeanne la Pucelle, Jeanne la Sainte va se lever sur nous et elle étendra sur le pays aux abois son épée qui ne sut répandre le sang ! Et bataillant à la tête des fidèles vaillants, elle obtiendra de Dieu la victoire !

XIII
Le décret de Tuto (24 janvier 1909) — Allocution du Pape — Lettre de S. S. Pie X à Mgr l’évêque d’Orléans (7 février)

Nous touchons au terme de cette sainte procédure et voici le dernier acte qui l’acheva.

Le 12 janvier 1909, en assemblée générale de la Congrégation des Rites et devant S. S. Pie X, le cardinal Ferrata posa la question suivante :

72Les vertus héroïques de la Vénérable servante de Dieu, Jeanne d’Arc, ayant été constatées, trois miracles opérés par son intercession étant certains, peut-on en sécurité procéder à sa Béatification solennelle ?

Chacun des cardinaux et des consulteurs présents émit son vote.

Le Souverain Pontife, conformément à la tradition des Rites, s’abstint d’exprimer son avis, différant son jugement et avertissant ceux qui étaient présents d’implorer pour un objet aussi grave les lumières du Ciel.

Le dimanche 24 janvier, Sa Sainteté réunissait de nouveau les officiers de la Sacrée Congrégation et à onze heures, après avoir approuvé les miracles proposés pour la canonisation de Clément Hofbauër, en présence de S. Ém. le cardinal Ferrata, de plusieurs prélats, dont Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul-du-Minnesota, Mgr Bonnet évêque de Viviers, et Mgr Gilbert, le Pape approuva qu’on procédât à la Béatification solennelle de Jeanne.

L’Évangile de ce dimanche 24 rapportait le fait du lépreux et du paralytique guéris par Notre-Seigneur. Pie X en prit texte pour rappeler à la Société lépreuse et paralytique ce qu’il lui faut pour se guérir et échapper aux calamités qui la menacent, revenir à Dieu. Puis le premier de tous, comme pasteur et chef suprême du troupeau du Christ, il invoqua Clément Hofbauër et Jeanne d’Arc.

Décret exprimant qu’il est licite de procéder à la Béatification de la Vénérable Jeanne d’Arc39
(Cause orléanaise de Béatification et Canonisation de la Vénérable servante de Dieu, la vierge Jeanne d’Arc, appelée la Pucelle d’Orléans)

Sur ce doute : Preuve étant faite des vertus et de trois miracles, peut-on procéder sûrement à la Béatification solennelle de cette Vénérable servante de Dieu ?

Les héros, qui brillent de la gloire des armes, obtiennent auprès des hommes un grand renom et une haute considération. Toutefois il est rare que leurs trophées ne soient pas ternis soit par l’injustice de leur cause, soit par l’abus de la victoire, soit enfin par le prix excessif de cette victoire elle même, payée de beaucoup de larmes. Le plus beau de tous les triomphes 73appartient à ceux qui ont appris à se vaincre eux-mêmes et à déclarer la guerre à leurs passions ; ensuite, s’il leur faut aussi prendre les armes de la terre, ils puisent dans la religion toute leur force et toute leur énergie, chantant avec le Prophète royal : Qu’une armée campe contre moi, mon cœur ne craindra pas (Ps. XXVI). L’étendard de l’admirable vierge Jeanne d’Arc rayonne donc du plus pur éclat, et on pourrait y inscrire cette devise : Cadet Assur in gladio non viri (Assur tombera sous un glaive qui n’est pas celui d’un homme, Is., XXXI, 8), mieux encore que : Gesta Dei per Francos (les actions divines sont accomplies par les Francs). En effet, pour son peuple fidèle, le Seigneur a choisi de nouveaux combats (Juges, V, 8), il a envoyé à la bataille une fille du peuple, et, c’est du haut du ciel qu’on a combattu (Ib., V, 20) contre les ennemis de la France.

Ceux qui, enlevant tout caractère divin aux grandes actions de la magnanime et très pieuse Pucelle d’Orléans, les jugent à la mesure des moyens humains, paraissent ignorer assurément et la sainteté de cette jeune fille, et les exploits inouïs accomplis par elle : sainteté et exploits se soutiennent en effet réciproquement. Or, dans l’intérieur de sa maison et dans la garde de son troupeau, comme dans le tumulte des camps, la Vénérable servante de Dieu, Jeanne d’Arc, avait une grande crainte du Seigneur, et il n’y avait personne qui dît une seule parole à son désavantage (Judith, VIII, 8). Dans son innocence et sa modestie, unies à toutes les autres vertus, elle invoqua le Seigneur qui fait des prodiges, qui donne la victoire, non selon la puissance des armes, mais, comme il lui plaît, à ceux qui en sont dignes (II Mach., XV, 21). Et au milieu de la licence des armées, sa vertu ne souffrit pas la moindre atteinte, car elle était protégée par son céleste gardien, comme on lit dans Judith (XIII, 20) : Son ange m’a gardée quand je suis sortie d’ici, et quand je 74demeurais là-bas, et quand je suis revenue ici. Si nous examinons en outre les qualités qui lui ont fait accomplir une œuvre inouïe pour une femme : la science militaire, la sagacité, le conseil, la connaissance de tant de choses, surtout des choses divines, l’art de pénétrer les secrets, enfin tous les dons d’en-haut que rappelle Isaïe (XLV, 3) : Je te donnerai des trésors cachés et des richesses enfouies dans le secret : il nous paraîtra évident que tout cela est l’œuvre du ciel, et qu’il a été dit de cette humble fille par le Seigneur pour la confusion de l’orgueil humain : Je ferai une merveille pour ce peuple, un prodige étrange, surprenant. (Is., XXIX, 14.)

Cette vierge si remarquable a vécu dans la mémoire des hommes et dans la gloire du siècle, comme en témoignent les honneurs qui lui ont été rendus jusqu’ici. Mais aujourd’hui qu’elle doit être ajoutée aux bienheureux habitants du ciel, elle sera pour nous d’une utilité beaucoup plus grande, en obtenant pour la patrie, qu’elle a si bien servie, la force de la foi antique, pour l’Église catholique, qu’elle a toujours beaucoup aimée, la consolation de voir revenir à elle tant de ses enfants égarés.

Cependant, Dieu confirmant par de nouveaux prodiges la renommée d’une si éclatante sainteté, après la publication du décret approuvant le haut degré de ses vertus, la Cause fut reprise de nouveau, et une enquête particulière fut faite sur trois miracles obtenus de Dieu par l’intercession de sa Vénérable servante Jeanne d’Arc, miracles qu’a reconnus S. S. Pie X par un décret rendu aux ides de décembre de l’année dernière.

Un seul point restait à examiner, en vertu des statuts de ce Tribunal sacré : les honneurs des Bienheureux pouvaient-ils être rendus sûrement à la Vénérable servante de Dieu, Jeanne d’Arc ? Aussi, dans une assemblée générale de la Sacrée Congrégation des Rites tenue en présence de 75S. S. Pie X, la veille des ides de janvier de cette année, le T. R. Dominique Ferrata, rapporteur de la Cause, a proposé le doute suivant :

Preuve étant faite des vertus et de trois miracles peut-on procéder sûrement à la Béatification solennelle de la Vénérable servante de Dieu, Jeanne d’Arc ?

Les Révérendissimes cardinaux et les Pères consulteurs émirent séparément leurs suffrages ; mais le Très Saint-Père s’abstint de faire connaître son avis et remit son jugement définitif à un autre jour, demandant à ceux qui étaient là d’implorer les lumières du ciel en une affaire aussi grave.

Aujourd’hui enfin, jour très heureux, en la solennité de la divine Famille de Jésus, Marie et Joseph, Notre Très Saint-Père, ayant pieusement offert le saint Sacrifice dans sa chapelle privée, se rendit dans la noble salle Vaticane, et siégeant au trône pontifical, fit venir à lui les Révérendissimes cardinaux Séraphin Cretoni, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, et Dominique Ferrata, rapporteur de la Cause, ainsi que le R. P. Alexandre Verde, promoteur de la Foi, et moi-même, secrétaire soussigné. Sa Sainteté prononça solennellement en leur présence qu’on peut procéder sûrement à la Béatification solennelle de la Vénérable servante de Dieu, Jeanne d’Arc.

Elle ordonna que ce décret fût de droit public, qu’il fût inséré dans les actes de la Sacrée Congrégation des Rites, et que les Lettres apostoliques concernant la solennité de la Béatification, qui doit avoir lieu, dès qu’il sera loisible, en la basilique patriarcale du Vatican, fussent expédiées sous le sceau de plomb ; ce neuvième jour des calendes de février de l’an mil neuf cent neuf.

Séraphin, cardinal Cretoni,
Préfet de la S. C. des Rites.

L. ✝ S.

Diomède Panici,
archevêque de Laodicée,
Secrétaire de la S. C. des Rites.

76Allocution du Pape

Aucune consolation n’est comparable à celle que j’éprouve chaque fois qu’avec l’aide du Seigneur, je puis décréter l’honneur des autels pour ceux de mes frères qui, ayant laissé sur la terre le parfum de leurs vertus, manifestent leur puissance dans le ciel par les prodiges qu’il plaît au Seigneur d’accorder à leur intercession. Et cette joie intime m’est donnée, en ce jour, par la publication des décrets qui rangent parmi les saints le Bienheureux Clément Hofbauër, prêtre de la religieuse congrégation du Très Saint Rédempteur, et, parmi les Bienheureux, la Pucelle d’Orléans, la Vénérable Jeanne d’Arc : j’ai, en effet, la douce confiance que, comme ils travaillèrent l’un et l’autre et comme ils combattirent, pèlerins dans le monde, pour le triomphe de la Foi, ainsi leurs prières obtiendront que la société se repente et qu’en reconnaissant ses fautes graves, elle répare ses manifestations d’incrédulité et les injures lancées publiquement contre Dieu lui-même.

L’Évangile de ce dimanche propose à notre méditation le deuxième miracle opéré par le divin Rédempteur : en descendant de la montagne, Jésus rencontra un pauvre lépreux qui se prosterna à ses pieds et lui fit cette prière : Domine, si vis, potes me mundare. [Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier.] Et Jésus, ayant étendu la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois guéri. Et, sur le champ, la lèpre de cet homme disparut. Puis, comme Jésus était entré à Capharnaüm, un centurion alla le trouver et il l’implora en ces termes : Seigneur, mon serviteur est couché, atteint de paralysie, dans ma maison et il souffre cruellement. Et Jésus lui dit : Je viendrai et je le guérirai. Mais le centurion, plein de confusion, lui répondit en ces termes : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Alors, Jésus dit au centurion : Va, et qu’il te soit fait comme tu as cru. Et au même moment le serviteur fut guéri.

Or, nous avons précisément besoin de la puissante intercession des saints pour que la lépreuse et paralytique société présente reconnaisse le mal qu’elle commet et qu’elle recoure à Dieu, pour qu’il la sauve de la ruine. Ingrate aux bienfaits largement répandus sur elle, sourde aux tendres invitations de qui voudrait la voir sur la route du bien, elle en est arrivé à ce point de méconnaître Dieu non seulement dans les grâces dont il la favorise, mais encore dans les châtiments dont il la flagelle : châtiments regardés comme des phénomènes inexorables de la nature. Par suite, plus de Dieu dans les assemblées et les parlements, parce qu’on a honte de le nommer ; plus de Dieu dans l’école, si ce n’est pour 77le tourner en dérision et pour le blasphémer ; plus de Dieu dans les familles laïcisées ; plus de Dieu, en somme, dans la société, qui, sortie de tutelle, n’a plus besoin de guide. Par suite, une jeunesse qu’avec la soi-disant liberté de pensée ou de conscience on forme à l’athéisme ; une presse sans pudeur qui multiplie ses victimes et qui accumule les ruines ; des beaux-arts transformés eux-mêmes en instruments de corruption. Par suite, les bons tournés en dérision à cause de leur fidélité aux lois divines, considérées désormais comme des restes de superstition et d’ignorance ; les ministres de Dieu en butte aux sarcasmes et entravés dans leurs œuvres d’humanité et de bienfaisance elle-même ; la religion enfin persécutée par le despotisme sectaire jusque dans les derniers asiles qui lui restaient : dans les églises.

Oh ! saint Clément ; oh ! Bienheureuse Jeanne, priez Dieu pour que cette pauvre lépreuse qu’est la société présente, couverte de la tête aux pieds de plaies fétides et dévorée de gangrène, pour que cette paralytique, qui, dans ses tremblements et ses soubresauts, ne peut faire un pas dans la route du bien, reconnaisse ses torts et retourne à Dieu qui, seul, peut la guérir. Que Dieu entre dans les esprits et qu’il les éclaire ; qu’il entre dans les cœurs et qu’il les purifie ; qu’il entre dans les familles, dans les écoles, dans les ateliers, et qu’il les sanctifie. Qu’il entre dans la société qui lui appartient de droit, et qu’il y entre triomphant, appelé par la foi et par l’amour, reconnu et béni de ceux qu’il aura vaincus. Les vaincus de Dieu ne sont pas comme les esclaves traînés derrière le char triomphal des conquérants terrestres, mais ce sont les régénérés à la liberté, à la vraie liberté de la pensée dans la foi divine, à la liberté de la conscience dans le saint amour de Dieu, à la liberté véritable qui se trouve seulement là où est l’esprit du Seigneur. Ubi spiritus Dei, ibi libertas.

Clément, Jeanne, priez pour nous !

Mgr l’évêque d’Orléans ayant remercié le Très Saint-Père du décret de Tuto, rendu le 24 janvier, dans la Cause de Jeanne d’Arc, Sa Sainteté a daigné lui adresser la lettre autographe suivante.

Lettre de S. S. Pie X à Mgr Touchet, évêque d’Orléans (7 février 1909)

À notre Vénérable Frère Stanislas, évêque d’Orléans, Orléans.

Pie X, Pape

Vénérable frère,

Salut et Bénédiction apostolique.

Nous avons ressenti une grande joie de votre dernière lettre qui, 78d’abord, Nous apportait vos remerciements, et surtout Nous donnait de vraiment bonnes nouvelles.

Nous sommes heureux, sans doute, du bonheur que vous cause ce que Nous avons fait et ce que Nous ferons très prochainement, en vertu de Notre autorité apostolique, pour l’honneur de Jeanne d’Arc. Il Nous semble, en effet, que vous y avez vu Notre souci très particulier du salut des âmes. Mais, ce qui Nous réjouit davantage, c’est ce que vous ajoutiez : à savoir que les paroles, prononcées par Nous peu auparavant dans cette Cause, ont provoqué chez vous un élan très désiré des cœurs. Nous sommes également heureux qu’il se prépare des solennités sacrées à la gloire de la magnanime Vierge, solennités qui, par les soins des évêques, vont être célébrées auprès de Nous avec un grand concours de Français, et dans toute la France, avec le zèle le plus ardent de vos concitoyens. De pareilles fêtes on peut attendre partout des fruits excellents de piété. Pour rendre ceux-ci encore plus abondants, vous avez raison de le penser, il ne serait pas sans opportunité que des prédications, faites partout, vinssent affermir le peuple de France dans la pratique de la foi et de la vie chrétienne. Ce dessein Nous agrée merveilleusement, et Nous ne désirons rien tant que de le voir se réaliser.

En attendant, comme gage des dons célestes, Nous vous accordons de tout cœur, à vous, Vénérable Frère, à votre clergé et à votre peuple, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 7 février 1909, la sixième année de Notre Pontificat.

Pie X, Pape.

XIV
Conclusion — L’annonce des fêtes de la Béatification

La lettre pastorale de Mgr l’évêque d’Orléans se termine par un cri de joie qu’il adresse à la France, à la ville d’Orléans, à ses deux vénérés prédécesseurs, Mgr Dupanloup et S. Ém. le cardinal Coullié, qui ont si bien travaillé pour Jeanne.

Lettre de S. G. Mgr Touchet, évêque d’Orléans

Notre-Seigneur Jésus-Christ aidant, et Sa Sainteté Pie X le voulant ainsi, le 18 avril prochain, dans Saint-Pierre de Rome, parmi l’exultation de la Basilique immense, aux acclamations de NN. SS. les évêques, des prêtres, des fidèles venus de France, la vierge fière comme un lion 79dans les périls de la bataille, et remplie de pitié pour les pauvres et les malheureux ; simple comme une enfant dans la paix des champs et le tumulte des armées ; toujours recueillie en Dieu ; tout amour, — comme un chérubin ! — pour la Vierge et pour la Sainte Eucharistie40, sera proclamée, chantée, vénérée comme une sainte. Son image flottera, glorieuse, là-haut, dans le voisinage de la chaire de saint Pierre. Celle qui en appela tant au Pape, en 1431, et dont le tribunal inique étouffa la voix, recevra justice du Pape. La prophétie, citée par Morosini et attribuée à sainte Catherine : Un jour, tu seras comptée parmi les vierges du Paradis, sera accomplie. La damnée de Rouen sera la sainte de la France !

Gloire à toi, Bienheureuse Jeanne, ô notre amie, ô notre sœur !

Réjouis-toi, France ! Vois donc la plus noble incarnation de ton esprit, de ton courage, de ton cœur, couronnée non pas seulement des lauriers que décernent les hommes, mais de l’auréole que décerne Dieu.

Réjouis-toi, ville d’Orléans ! Que tes vieilles milices bourgeoises qui connurent la Libératrice et l’aidèrent de leurs bras et de leur enthousiasme ; que tes antiques échevins avec leur corps de ville ; que tes maires modernes41 avec leurs conseillers municipaux, qui voulurent s’associer à la postulation de Mgr Dupanloup ; que tes artisans honnêtes, que tes savants, que tes hommes de bien, dévots de père en fils à la Pucelle ; que tes historiens, tes orateurs, qui ont tant travaillé sur Jeanne ; que tes prêtres, tes évêques, gardiens du feu sacré à travers les âges, tressaillent dans leurs tombes.

Réjouissez-vous, pasteurs et fidèles de tant de diocèses ! enfants, 80jeunes filles de tant de maisons d’éducation et de tant de catéchismes, inconnus de tant de paroisses, membres de la famille de Jeanne, vous tous qui avez voulu vous associer, par l’offrande d’une prière et quelquefois par l’offrande d’une obole, — dont Jeanne mieux que moi vous remerciera, — au succès de la noble Cause.

Réjouis-toi, ô grand évêque ! que tes amis couchèrent comme un athlète endormi, après quelque dur labeur, dans l’ombre du drapeau de Jeanne. Le jour, que tu avais si ardemment désiré, si efficacement préparé, a lui.

Qu’il se réjouisse, le révéré cardinal-archevêque de Lyon ! car il fut en tout le digne continuateur de Mgr Dupanloup, mais plus encore en cette œuvre de la Béatification de Jeanne qu’en aucune autre.

Agenouillez-vous, femmes de France ! agenouillez-vous, femmes de tous les pays ! jeunes filles de France ! jeunes filles de tous les pays ! Saluez celle qui est la splendeur virginale, la perfection sublime, l’honneur immaculé de votre sexe.

Agenouillons-nous, hommes ! agenouillons-nous, croyants, agenouillons-nous, même incroyants. Incroyants, vous vénérerez la force, le martyre, le patriotisme, l’invincible courage animant le cœur d’une angélique enfant ; croyants, nous aussi nous vénérerons ces mâles vertus, mais de plus nous vénérerons la foi, la charité, la piété, la pureté, la douceur, l’humilité, toutes ces fleurs d’Évangile dont l’incroyance elle-même ne contestera ni la beauté, ni le parfum.

Oui ! oui ! que tout front se découvre ; que toute tête s’incline ; que toute épée de soldat s’abaisse pour le salut ; que toute patrie incline ses étendards !

Jeanne ne peut monter plus haut.

Du bûcher elle est parvenue à l’autel !…

✝ Stanislas, évêque d’Orléans.

Notes

  1. [1]

    Cordier, Poème inédit.

  2. [2]

    Chronique de Morosini.

  3. [3]

    Procès, II, 417.

  4. [4]

    M. le chanoine Ph. Dunand, Histoire complète de Jeanne d’Arc, t. III (1899), p. 503.

  5. [5]

    Procès, III, p. 361-362.

  6. [6]

    Gros bourg du val de la Loire, à trois lieues d’Orléans.

  7. [7]

    On a fait remarquer déjà que ces mots sont une formule de style sans importance que l’on ajoutait, dans les usages de la chancellerie, aux noms des prélats morts dans la communion de l’Église, c’est-à-dire dont la mémoire n’était pas juridiquement condamnée.

  8. [8]

    Cf. Jules Quicherat, cinq volumes.

  9. [9]

    Le P. Ayroles S. J. a poursuivi pied à pied et réfuté victorieusement toutes les inventions de la critique contemporaine, en quatre très forts volumes du plus haut intérêt pour qui voudrait étudier à fond la question de Jeanne.

  10. [10]

    Ce monument, mutilé par les protestants en 1567, fut restauré quatre ans plus tard. En 1771, il fut réédifié sur le pont actuel qui remplaça l’ancien, situé à 60 mètres en amont. Les énergumènes de la Terreur démolirent le monument de Jeanne. En 1804, on lui érigea, sur la place du Martroi, une statue en bronze, qui fut transportée au faubourg Saint-Marceau non loin de l’emplacement des Tourelles, lorsque la statue équestre, due au ciseau de Foyatier, fut inaugurée au centre de la ville (1855).

  11. [11]

    Voici les noms des panégyristes de Jeanne d’Arc depuis l’année 1803 :

    • 1803, 1808, chanoine Corbin, curé de Sainte-Croix ;
    • 1804, abbé Colignon, curé de Montargis ;
    • 1805, 1811, abbé Pataud, vicaire de Saint-Aignan, puis aumônier du lycée ;
    • 1806, 1817, abbé Bernet, vicaire de Saint-Paterne, plus tard cardinal-archevêque d’Aix ;
    • 1807, 1815, 1818, abbé Desnoues, curé de Saint-Paul ;
    • 1809, 1814, abbé Nutein, vicaire de Sainte-Croix, puis curé de Saint-Pierre-le-Puellier ;
    • 1810, 1812, 1816, abbé curé de Saint-Jean-le-Blanc.

    En 1790, il avait déjà fait le panégyrique de Jeanne d’Arc ; ce fut le dernier discours avant l’époque révolutionnaire.

    • 1813, 1822, abbé Pisseau, curé de Meung, puis chanoine de Saint-Denis ;
    • 1819, abbé Frayssinous, plus tard évêque d’Hermopolis ;
    • 1820, abbé Gauzargues, plus tard curé de Briare ;
    • 1821, 1823, abbé Feutrier, plus tard évêque de Beauvais ;
    • 1824, abbé Landrieux, vicaire de Sainte-Élisabeth, à Paris ;
    • 1825, abbé Longin, vicaire de Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris ;
    • 1826, abbé Girod, vicaire de Notre-Dame de Pans ;
    • 1827, abbé Parisis, vicaire de Saint-Paul, mort évêque d’Arras ;
    • 1828, 1856, abbé Deguerry mort curé de la Madeleine, à Paris ;
    • 1829, chanoine Morisset, de Blois ;
    • 1830, abbé Le Courtier, vicaire de Saint-Étienne-du-Mont, à Paris, mort évêque de Montpellier.

    De 1831 à 1840 les panégyriques sont interrompus.

    • 1844, 1852, abbé Maréchal, vicaire de Saint-Paterne, puis curé de Saint-Aignan ;
    • 1842, abbé Miot, vicaire de Saint-Paterne ;
    • 1843, abbé Chenard, aumônier de l’école normale ;
    • 1844, abbé Pie, vicaire de Notre-Dame de Chartres, mort cardinal-évêque de Poitiers ;
    • 1845, abbé Berland, curé de Beaugency ;
    • 1846, abbé de la Taille, vicaire de Sainte-Croix, mort doyen du chapitre ;
    • 1841, 1861, abbé Desbrosses, aumônier du collège, puis vicaire général ;
    • 1848, abbé Canillac, secrétaire de Mgr Affre ;
    • 1849, abbé Duchesne, professeur de rhétorique au petit séminaire de Paris ;
    • 1850, 1858, abbé Barthélémy de Beauregard, chanoine de Paris ;
    • 1851, abbé Mège, curé du diocèse de Belley ;
    • 1855, 1869, Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans.

    En 1854, à cause de l’alliance avec l’Angleterre, il n’y eut pas de panégyrique.

    • 1851, Mgr Gillis, évêque de Limyra ;
    • 1858, abbé de Place, chanoine de Paris ;
    • 1859, abbé Chevojon, vicaire de Sainte-Clotilde, à Paris ;
    • 1860, 1861, abbé Freppel, professeur à la Sorbonne, mort évêque d’Angers ;
    • 1862, abbé Perreyve, professeur à la Sorbonne ;
    • 1863, abbé Mermillod, plus tard administrateur de Genève et cardinal ;
    • 1865, abbé Bougaud, vicaire général d’Orléans, mort évêque de Laval ;
    • 1866, abbé Lagrange, vicaire général d’Orléans, mort évêque de Chartres ;
    • 1868, abbé Baunard, vicaire de Sainte-Croix, aujourd’hui recteur honoraire des Facultés catholiques de Lille.

    En 1870 et 1871, il n’y eut pas de panégyrique.

    • En 1872, le P. Adolphe Perraud, qui, en 1887, fit un second panégyrique, alors qu’il était cardinal-évêque d’Autun ;
    • 1873, 1891, le P. Joseph Lémann, du clergé de Lyon ;
    • 1874, le P. Augustin Lémann, frère du précedent ;
    • 1875, abbé Bernard, aumônier de l’École normale supérieure ;
    • 1876, abbé d’Hulst, vicaire général de Paris, mort recteur de l’Institut catholique ;
    • 1877, le P. Monsabré, prédicateur de Notre-Dame de Paris ;
    • 1878, abbé Rouquette, chanoine honoraire de Bordeaux ;
    • 1879, Mgr Turinaz, évêque de Tarentaise, aujourd’hui de Nancy ;
    • 1880, Mgr Besson, mort évêque de Nîmes ;
    • 1881, abbé Planus, vicaire général 1882 ;
    • 1882, Mgr Germain, mort évêque de Coutances ;
    • 1883, abbé Laroche, professeur de philosophie au petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin, mort évêque de Nantes ;
    • 1884, abbé Chapon, vicaire de Sainte-Croix, aujourd’hui évêque de Nice ;
    • 1885, Mgr Langénieux, archevêque de Reims, mort cardinal ;
    • 1886, abbé Vié, professeur de philosophie au petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin, depuis supérieur de La Chapelle et de Pont-Levoy ;
    • 1888, Mgr Gonindard, archevêque de Sébaste, coadjuteur de Rennes ;
    • 1889, Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier ;
    • 1890, abbé Mouchard, professeur de rhétorique au petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin ;
    • 1892, abbé Le Nordez, ancien chapelain de Sainte-Geneviève, à Paris ;
    • 1893, abbé E. Lemoine, professeur de seconde au petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin, aujourd’hui supérieur de l’École Sainte-Croix d’Orléans ;
    • 1894, S. Ém. le cardinal Lecot, archevêque de Bordeaux ;
    • 1895, abbé Gasnier, professeur de philosophie au petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin, aujourd’hui supérieur de l’École de théologie ;
    • 1896, Mgr Touchet, évêque d’Orléans ;
    • 1897, Mgr Renou, archevêque de Tours ;
    • 1898, Mgr Pagis, évêque de Verdun ;
    • 1899, Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul de Minnesota (États-Unis) ;
    • 1900, abbé Barbier, aumônier du pensionnat Saint-Euverte d’Orléans, aujourd’hui curé de Beaugency ;
    • 1901, abbé Frémont ;
    • 1902, Mgr Dizien, évêque d’Amiens ;
    • 1903, Mgr Rumeau, évêque d’Angers ;
    • 1904, Mgr Henry, évêque de Grenoble ;
    • 1905, Mgr Douais, évêque de Beauvais ;
    • 1906, Mgr Enard, mort archevêque d’Auch ;
    • 1907, abbé Poulin, curé de Notre-Dame-de-Ménilmontant, à Paris ;
    • 1908, abbé S. Coubé.
  12. [12]

    Dans tous les décrets relatifs à sa Béatification, Jeanne est appelée Puella Aurelianensis, la Pucelle d’Orléans.

  13. [13]

    Déposition de Mgr de Briey, évêque de Saint-Dié. Mgr Dupanloup, en pèlerinage à Domrémy, retrouva les fondations de cette chapelle, détruite, paraît-il, par les protestants.

  14. [14]

    Cité par M. Boucher de Molandon, procès de 1894.

  15. [15]

    Leçons de l’Office de la Délivrance.

  16. [16]

    Il a été copié sur l’original par M. Séjourné, aujourd’hui doyen du chapitre de la cathédrale d’Orléans, et publié par lui dans une précieuse brochure intitulée : La Canonisation de Jeanne d’Arc. État actuel de la Cause (1887).

  17. [17]

    Le Tribunal était ainsi composé :

    • Juges : MM. Rabotin, vicaire général et archidiacre de Montargis ; Branchereau, vicaire général, supérieur du grand séminaire d’Orléans.
    • Juges adjoints : MM. Gassot, professeur de droit canon au grand séminaire ; Baunard, aumônier de l’École normale, docteur en théologie ; Coignet, vicaire de Saint- Laurent, docteur en théologie ; Jarossay, vicaire à Saint-Marceau, docteur en théologie.
    • Promoteur fiscal : M. Bardin, vicaire général et chanoine.
    • Vice-promoteur : M. Delaunay, directeur du grand séminaire, professeur de morale.
    • Notaire : M. Edmond Séjourné, premier aumônier des hospices d’Orléans.
    • Notaire adjoint : M. Renaudin, supérieur du petit séminaire de Sainte-Croix.
    • Courriers : MM. Pierre Bouloy, chanoine honoraire, vicaire de Notre-Dame de Recouvrance ; Gerbault, vicaire de Saint-Aignan.
    • Témoins instrumentaires : MM. Lambert, chanoine honoraire, curé de Notre-Dame de Recouvrance ; Gélot, chanoine honoraire, aumônier de la Sainte-Enfance.
    • Postulateurs de la cause : au nom de la ville, M. Collin, inspecteur général des Ponts et Chaussées ; au nom du diocèse, M. François-Edmond Desnoyers, vicaire général, fondateur et directeur du Musée Jeanne d’Arc.
  18. [18]

    Edmond Séjourné, La Canonisation de Jeanne d’Arc, p. 17.

  19. [19]

    Le Tribunal se composait ainsi qu’il suit :

    • Juges : Mgr Rabotin, protonotaire apostolique, ad instar participantium, vicaire général et archidiacre d’Orléans ; M. Branchereau, vicaire général, supérieur du grand séminaire d’Orléans.
    • Juges adjoints : MM. de la Taille, vicaire général et doyen du chapitre ; Hautin, vicaire général ; Duchemin, curé de Chevilly, docteur en théologie ; Agnès, aumônier du Sacré-Cœur, docteur en théologie.
    • Promoteur fiscal : M. Tranchau, vicaire général, archiprêtre de Sainte-Croix.
    • Vice-Promoteur : M. Delaunay, directeur du grand séminaire, professeur de théologie.
    • Notaire : M. Laurent, chanoine honoraire, secrétaire archiviste et bibliothécaire de l’Évêché.
    • Notaire adjoint : M. Renaudin, supérieur du petit séminaire de Sainte-Croix.
    • Courriers : MM. Jacques Bouloy, aumônier du Calvaire ; Gilles, aumônier des Ursulines.
    • Témoins instrumentaires : MM. Gélot, chanoine d’Orléans, aumônier de la Sainte-Enfance ; Lambert, chanoine honoraire, curé de Notre-Dame de Recouvrance.
    • Postulateurs de la Cause : au nom de la ville, M. Collin ; au nom du diocèse, M. Desnoyers.

    Le procès compte 360 pages in-folio.

  20. [20]

    Les juges et les officiers du Tribunal ecclésiastique de 1885 siégèrent encore en 1887, sauf Mgr Rabotin.

    Ce second procès comprend 92 pages in-folio.

  21. [21]

    [Texte latin :]

    Decretum Aurelianen. beatificationis et canonizationis ven. servæ Dei Joannæ de Arc virginis Aurelianensis puellæ nuncupatæ

    Super Dubio : An sit signanda commissio Introductionis in casu et ad effectum de quo agitur ?

    Deus qui, ut ait Apostolus, vocat ea quse non aunt tanquam ea quæ sunt, velut olim, ut fortes confunderet, Deboram et Judith pro suis consiliis elegerat, ita sæculo decimo quinto ineunte, Joannam de Arc excitavit, ut prope eversas patriæ sortes ob acerrimum Gallos inter et Anglos bellum restitueret, eamque simulque afflictas Religionis res in libertatem et gloriam vindicaret.

    Parentibus censu mediocri, at avita in Deum pietate egregiis, ipsa in Lotharingia orta est die 6 Januarii anno 1412. A prima ætate, bonis moribus imbuta, omni christianarum virtutum genere præstantissima evasit, præsertim angelica vitæ castimonia. Adhuc puellula in simplicitate ac innocentia cordis sui Deum timens, parentibus agricolis ope manuum suarum suppetias ferebat : domi enim commorans digiti ejus apprehendebant fusum, et ruri una cum patre aratrum aliquando ducere non renuebat. Hæc inter adolescentula piissima cælestibus charismatibus augebatur in dies.

    Quum vero decimum septimum ætatis annum attigisset, superno ex visu cognovit sibi Carolum Galliæ Delphinum adeundum, ut quod divinitus acceperat secretum ei panderet. Bona itaque ac simplex puella, sola obedientia innixa ac mirabili caritate incensa, statim manum suam misit ad fortia. Patriæ ac parentibus relictis, post innumera itineris pericula, coram rege in civitate, cui nomen vulgo Chinon, stetit eique uni quod cælitus audierat firmo ac virili animo aperuit : se autem a Deo missam addidit ut civitatem Aurelianensem obsidione liberaret illumque Rhemos adduceret ubi, Christo Jesu supremo Galliæ Rege declarato, in illius vicem et locum Carolus consecrationem ac regni insignia susciperet. Obstupuit rex his auditis : verum ut prudentius ac tutius in tanti momenti negotio ageretur, eam Pictavium misit a cœtu virorum illustrium ibi coadunato examinandam. Eminebant inter eos archiepiscopus Rhemensis, Regni cancellarius, Episcopi Pictaviensis et Magalonensis, eximii præterea Doctores e Clero tum Sæculari, tum Regulari, qui omnes paulo post Puellam remiserunt, præclaro testimonio adjecto, quo ejusdem fidem, pietatem, virginitatem ac simplicitatem apud Regem cohonestantes, divinam ipsius missionem probabant.

    Hinc illa, quæ clipei et galeæ usum non habuerat, equum conscendere, omnibus admirantibus, visa est : tum ensem altera manu distringens, altera vexillum Redemptoris imagine insigne efferens, sese bellorum periculis laboribusque commisit, ac in medios hostes impavida prosilivit. Incredibile dictu est quo ausu egerit, quot ab adversariis contumelias ac ludibria patienter sustulerit, quot ad Deum cum lacrimis et jejunio preces fuderit, ut Aurelianenses victores evaderent, ac novis exinde Gallia aucta triumphis, regni jure sarto tectoque, futuris etiam temporibus, pacis ac prosperitatis amittendæ simulque avitæ Religionis labefactandæ periculum, Deo opitulante, arceret.

    Videre erat Joannam, cujus latus confessarius semper premebat, omnia tentare ut a militibus quidquid mores inficere posset propulsaret, pluribus ad perpetrandum malum incitamentis amotis, piisque sacerdotibus adstructis, qui pietatem foverent : validius tamen erat ipsius Puellæ exemplum, quæ Angelicum quid portendebat exercitio virtutum omnium, præsertim intentissima in Deum et proximum caritate, quæ caritas erga inimicos etiam adeo effulsit, ut non modo Joanna neminem illorum ense vel hasta unquam sed etiam quos vulneratos conspiciebat humi jacere, illico erigere, sustentare ac fovere, maxima omnium admiratione, conspecta fuerit.

    Tandem hac illac ut strenua ductrix advolans, Aurelianensem civitatem hostibus liberavit, ac trepidantibus civibus pacem retulit. Tribuendum quæ Joannæ quod terra omnis circa Ligerim, ac Trecensis, item Catalaunensis et Rhemensis civitates ad regis obedientiam redierunt, ipse demum Delphinus in regem solemniter Rhemis inunctus est.

    Pro tot tantisque benefactis, ita Deo disponente, et ancillam suam probante, aspera quæque ætas illa Puellæ retulit. Nam a suis ipsis vel derelicta, vel prodita, in efferatissimas hostium manus incidit modis, a quibus pretio vendita catenisque vincta ac mille diu noctuque in carcere vexata modis, demum, per summum scelus, quasi hæresis labe infecta ac relapsa, iniquorum sententia judicum, qui schismatico Basilæ Concilio studebant, flammis addicitur.

    Sacra Eucharistia refecta, et oculis dum combureretur ad crucem conversis, nomen Jesu sæpissime ingeminans, pretiosam justorum mortem oppetiit, quæ signis cælestibus, ut fama est, illustrata, illico adstantium admirationem adeo concitavit, ut inimici etiam ejus deterriti fuerint. Nec defuit qui sibi pectus percutiens ab horrendo illo spectaculo reverteretur ; quin et carnifex ipse interfectæ Puellæ innocentiam palam professus est. Resipuerunt exinde homines, et Joannæ sanctitatem statim in ipso supplicii loco venerari cœperunt, ita ut, ne populus Puellæ reliquiis potiretur, una cum cineribus cor ejus in igne illæsum et sanguine manans, ab hostibus in flumen projectum fuerit.

    Carolo VII regnum adepto, rebusque publicis in Gallia restitutis, Callistus III, summus Pontifex, matre ac fratribus ipsius Joannæ postulantibus, inquisitionem super processu, quo ipsa Puella ad ignem damnata fuerat, per Apostolicos Judices institui mandavit: qui, auditis centum ac viginti cujusvis ætatis et conditionis testibus, die 7. Julii anno 1456 sententiam protulerunt, qua prius judicium rescissum, ac Puellæ innocentia declarata est.

    Tum fama ejus sanctitatis per quatuor continenter sæcula vigente, factum est ut ætate tandem nostra ad Ordinariam Inquisitionem super eadem sanctitatis fama ac virtutum in curia Ecclesiastica Aurelianensi deventum sit. Qua rite expleta, et ad Sacram Congregationem delata, Sanctissimus Dominus Noster Leo Papa XIII benigne indulsit ut Dubium de Signatura Commissionis Introductionis Causæ ejusdem Dei famulæ in Ordinario, ut modo obtinet, Sacræ ipsius Congregationis cœtu agit possit.

    Quocirca, instante Rmo Episcopo Aurelianensi una cum Rmo P. Arthuro Captier Moderatore Generali Societatis Sancti Sulpicii, ejusdem Causæ Postulatore, attentisque postulatoriis litteris plurimorum Emorum et Rmorum S. R. E. Cardinalium et Sacrorum Institutum non modo ex Galliis, verum etiam ex aliis regionibus longissime dissitis, quibus innumeri e Clero spectabiles viri ac totus fere catholicus orbis suffragantur, in Ordinariis Sacræ Rituum Congregationis Comitiis, subsignata die ad Vaticanum habitis, ab Emo et Rmo Dno Cardinali Lucido Maria Parocchi, Episcopo Albanensi, et Causæ Relatore, sequens Dubium discutiendum propositum est, nempe :

    An sit signanda Commissio Introductionis Causæ in casu, et ad effectum de quo agitur ?

    Et Sacra eadem Congregatio, omnibus accurato examine perpensis, et audito voce ac scripto R. P. D. Augustino Caprara, Sanctæ Fidei Promotore, rescribendum censuit :

    Signandam esse Commissionem, si Sanctissimo placuerit ? Die 21 Januarii 1894.

    Quibus omnibus Sanctissimo Domino Nostro Leoni Papæ XIII per me infrascriptum Cardinalem, Sacræ eidem Congregationi Præfectum, relatis, Sanctitas Sua rescriptum Sacræ ipsius Congregationis ratum habens, Commissionem Introductionis Causæ Ven. Servæ Dei Joannæ de Arc Virginis propria manu signare dignata est, iisdem die, mense et anno.

    Caietanus Card. Aloisi-Masella,
    S. R. C. Præfectus.

    L ✠ S

    Vincentius Nussi,
    S. R. C. Secretarius.

  22. [22]

    De la Sainte Église Romaine.

  23. [23]

    Mgr Agostini Caprara, rentrant d’une réunion présidée par S. Ém. le cardinal Aloïsi-Masella, préfet des Rites, fut frappé d’apoplexie, le 17 janvier 1895.

  24. [24]

    Mgr l’Évêque d’Orléans, assisté de MM. d’Allaines, Agnès, Dulouart, Génin et Castera, juges délégués.

    • Promoteurs : MM. Boullet et Despierre.
    • Notaire : M. Filiol.
    • Courrier : M. Lefort, vicaire de la cathédrale.

    Le postulateur désigné par M. Hertzog fut M. l’abbé Clain, professeur au Grand Séminaire.

  25. [25]

    Les vingt témoins de la Cause furent :

    • MM. Daudier,
    • Maxime de la Rocheterie,
    • Wallon,
    • Ed. Séjourné,
    • Th. Cochard,
    • Bourgault, Mère Thérèse de la Croix,
    • trois religieuses de la Visitation,
    • le R. P. Ayroles,
    • MM. Herluison,
    • Godefroy Kurth,
    • Goyau,
    • Marius Sepet,
    • Louis Jarry,
    • comte Baguenault de Puchesse,
    • G. Vié,
    • Debout,
    • Wyndham.

    Les principaux témoins des miracles furent :

    • MM. Lelong,
    • Mlle Laforge,
    • M. Rivet,
    • M. le Dr Baille,
    • Mlle Amélie Sella,
    • Mme Gravier,
    • Mme Renard,
    • trois religieuses de Nancy,
    • M. et Mme Leroy-Veillard,
    • M. l’abbé Leroy,
    • M. Paul Leturque,
    • M. le Dr Baranger,
    • M. le Dr Fauchon,
    • M. Guéroult et deux de ses paroissiens,
    • M. de Hédouville,
    • M. le Dr Arqué et trois ou quatre religieuses de l’hôpital.
  26. [26]

    Lettre pastorale de Mgr l’évêque d’Orléans sur son dernier voyage à Rome et spécialement sur la séance solennelle du 13 décembre 1908. Le miracle dont il s’agit est consigné dans le Décret sur les miracles publié plus bas, page 60.

  27. [27]

    Les principaux témoins entendus furent Sœur Thérèse de Saint-Augustin, ses deux infirmières, M. le Dr Vacher, qui l’avait soignée dans sa maladie, et les deux médecins experts jurés ; la Mère générale des Bénédictines ; M. Séjourné, doyen du Chapitre, etc.

  28. [28]

    Les témoins de notre procès sur les vertus se référaient souvent à Quicherat. Il le fallait bien. La Sacrée Congrégation des Rites exprima le vœu qu’il lui fût démontré que les documents cités par M. J. Quicherat concordaient avec les originaux. Mais le pape Léon XIII nous dispensa de toute procédure. Il voulut qu’il fût satisfait au vœu qui nous était légitimement exprimé par la signature de deux paléographes autorisés : MM. Léopold Delisle et Marius Sepet firent la déclaration demandée.

  29. [29]

    Lettre de M. Hertzog, postulateur de la Cause.

  30. [30]

    [Texte latin :]

    Decretum Aurelianen. venerabilis servæ Dei Joannæ d’Arc virginis vulgo dictæ puellæ Aurelianen.

    Super dubio : An constet de virtutibus theologicis Fide, Spe, Caritate in Deum et in proximum, ac de cardinalibus Prudentia, Iustitia, Fortitudine, Temperantia earumque adnexis in gradu heroico in casu et ad effectum de quo agitur ?

    Dei Sapientiæ, quæ ludit in orbe terrarum, placuit sæculo XV excitare virili pectore virginem, quæ Deboræ, Iælis, Iudith æmulata virtutem, verius ac proprius præconium sibi vindicaret raræ mulieris, quale in sacris Litteris legitur : accinxit fortitudine lumbos suos, roboravit brachium suum : — manum suam misit ad fortia. Decuit autem eo prodigio donari gentem et nominis amplitudine et rei militaris gloria nobilissimam, ut, quemadmodum hæc olim salutem ac dignitatem suam acceptam referre debuit Aurelianensi Puellæ, sic in præsenti tempestate turbulentissima, dona pacis ac iustitiæ ab eadem sperare discat, cui hodie faustissimis auspiciis, heroicarum virtutum gloriam Ecclesia decernit.

    Ven. Dei Serva Joanna d’Arc, in pago Domremy prope Valliscolorem, ad Campaniæ et Lotharingiæ fines, VIII Id. Ianuar. anno MCCCCXII edita est piissimis parentibus atque in humili fortuna constitutis. Adolescentula domesticis curis intenta, sæpe etiam paterno custodiendo gregi, delituit in Deo, vacans orationi plurimum in sui oppidi templo. Singulari quoque in proximos caritate flagrans invisebat ægrotos, afflictos relevabat, aliorum necessitatibus tanta liberalitate occurrebat, ut aliquando suo se lecto privaret ne fessis itinere quietis copia deesset. Hoc umbratilis vitæ genus retinuit usque ad annum ætatis suæ XVIII.

    Erant eo tempore Galliæ res inclinatæ maxime, ob exturbatum avito regno Carolum VII eumdemque coactum ad sui principatus australes partes confugere ; ubi, pressus ab Anglis, Britannis, Burgundionibus, iminutis eius exiguis copiis, locisque munitis huc illuc expugnatis, vix regium retinebat nomen. Iamque Aurelianorum ad mœnia totius impetus belli constiterat, eamque urbem Angli sperabant januam fore, qua effracta et revulsa, tota sibi ad victoriam Gallia pateret.

    Extrema in hac fortuna belli, cum iam vel acerrimos duces animus consiliumque deficeret, constitit reipublicæ salus in femina. Huic, ante annos quatuor, objecta per quietem fuerat Michælis Archangeli species cum cælestium aligerum ingenti multitudine, voxque audita principis æthereæ militiæ præcipientis ut Aurelianam ad urbem properaret duceretque Carolum regem Rhemis consecrandum. Obstupuit primo puella ; sed iteratis diu visis ac vocibus, adiectisque deinde cælesti Duci sanctis virginibus Catharina et Margarita, divinis monitis audientem se præbuit, suamque Deo virginitatem, quasi obedientiæ pignus, devovit. Ac multum quidem eam exercuit arcani celandi prudentia ; multum postea, res comperta parentibus. Quibus omnibus tandem aliquando superatis, ab avunculo, sic ipsa flagitante, Valliscolorem, ad Robertum de Baudricourt præfectum deducta est. Hic primum risu excepit puellæ consilia; inde secum reputare, mox diem ex die ducere ; ad ultimum, omni abrupta mora, armis indutam cum equis et militum comitatu iussit coram rege se sistere. Quem cum Ven. Ioanna convenisset eique ad aurem secreta quædam revelasset, præter ipsum nota nemini, facta illi potestate, cum exercitu Aureliam profecta est.

    Urbem ingressa, atque impetu terribili hostes insecuta, obsidionis opera singula deiecit, perruptisque munitionibus, vexillum sustulit suum. Pari prodigio aliis oppidis liberatis, nutantem Carolum impulit ut regia consecratione Rhemis inungeretur.

    His, quæ Deus illi mandaverat, functa plus quam viriliter, iustitiæ humanæ indignam mercedem haud minori virtute constantiaque tulit. Capta enim in eruptione quadam a Burgundionibus, iniqua proditione venumdata est Anglis animum expleturis nece virginis crudelissima, Rothomagum delata raptaque in ius, nullius fuit criminationis expers, excepta morum castitate. Acta tandem per corruptissimos iudices causa, innocens virgo damnata est pœna combustionis, quam fortiter subiit die XXX mensis Maii anno MCCCCXXXI ; oculis in Christi crucem defixis, effusis precibus fervidissimis et implorata venia pro suæ mortis auctoribus coram populo confertissimo.

    Anno ab eius interitu quarto et vicesimo, auctore Callisto III P. M., qui Rhemensi episcopo aliisque negotium dedit totius Causæ denuo cognoscendæ, res antea iudicata rescissa est, redintegrata fama Ven. Dei Servæ, cuius de innocentia vix erat apud quemquam dubitatio. In dies autem crescente rumore sanctitatis ac prodigiorum, quibus Deus visus est illustrare velle demortuam, a viris ex omni gente, præsertim gallica, præclarissimis, admotæ sunt preces Apostolicæ Sedi, ut, quemadmodum olim a Christi Vicario vindicata puellæ fuisset integritas, ita ab ipso sententia prodiret, qua cælitum honores eidem adsererentur. Itaque, multis collectis testimoniis ex Aurelianensi, Virdunensi, ac S. Deodati diœcesibus, iisque ad SS. Rituum Congregationem delatis, Introductionem Causæ signandam esse declaratum est a D. N. Leone PP. XIII fel. rec. die 21 mensis Ianuarii anno MDCCCXCIV. Secuti sunt Apostolici processus ; quorum validitate comprobata, de virtutum gradu heroico Ven. Servæ Dei disceptatum est apud SS. Rituum Congregationem, primum in antepræparatorio conventu in ædibus Em. Rmi Cardinalis Lucidi calendas Ianuarii anno MDCCCCI ; secundo in præparatoriis Comitiis ad Vaticanum, decimo sexto calendas Apriles anno mox præterito ; denique ibidem in cœtu universo eiusdem coram Sanctissimo D. N. Pio PP. X, habito decimo quinto calendas Decembres eiusdem anni. Ubi, cum a Rmo Cardinali Dominico Ferrata, Causæ Relatore, dubium fuisset propositum : An constet de virtutibus theologalibus Fide, Spe, Caritate in Deum et in proximum, ac de cardinalibus Prudentia, Iustitia, Fortitudine, Temperantia earumque adnexis Ven. Servæ Dei Ioannæ d’Arc in gradu heroico, in casu et ad effectum de quo agitur, Rmi Cardinales SS. Ritibus præpositi et Patres Consultores, singuli suam protulere sententiam. Quibus suffragiis perpensis, Sanctissimus Dominus Pius PP. X a supremo edendo iudicio in præsens abstinuit, adstantes hortatus ut in re tam gravi divinum lumen expostularent.

    Hodierno vero die Deo Servatori sacro Se gentibus manifestanti per stellam, qui dies idem natalis fuit Ven. Servæ Dei Ioannæ, futuræ olim quasi flammæ coruscantis et in terrestri et in cælesti Hierusalem, idem Sanctissimus Dominus, Sacro religiosissime peracto, nobiliorem hanc Vaticanam aulam ingressus et pontificio solio assidens, Rmos Cardinales accersivit Seraphinum Cretoni S. R. Congregationis Præfectum et Dominicum Ferrata Causæ Relatorem ; item R. P. D. Alexandrum Verde S. Fidei Promotorem et me infrascriptum Secretarium, iisque præsentibus solemniter edixit : ita constare de virtutibus theologalibus Fide, Spe, Caritate in Deum et in proximum ac de cardinalibus Prudentia, Iustitia, Fortitudine, Temperantia earumque adnexis Ven. Servæ Dei Ioannæ d’Arc in gradu heroico, in casu et ad effectum de quo agitur, ut procedi possit ad ulteriora, hoc est ad quatuor miraculorum discussionem.

    Hoc autem Decretum in vulgus edi et in acta SS. Rituum Congregationis referri iussit VIII Idus Ianuarias, anno MDCCCCIV.

    Seraphinus Card. Cretoni,
    S. R. C. Præfectus.

    L ✠ S

    Diomedes Panici,
    Archiep. Laodicen., S. R. C. Secretarius.

  31. [31]

    Les martyrs hongrois, les Vénérables Marc Crisin, Étienne Pongriacz et Melchior Grodecz. Le décret d’héroïcité de leurs vertus avait été proclamé dans la même séance, avant le décret relatif à Jeanne d’Arc.

  32. [32]

    S. Ém. le Cardinal Lecot mourut le 19 décembre 1908, à Chambéry, en revenant de Rome.

  33. [33]

    Ce discours est publié plus bas, page 63.

  34. [34]

    [Texte latin :]

    Decretum Aurelianen. Beatificationis et Canonizationis Ven. Servæ Dei Johannæ de Arc Virginis Aurelianensis Puellæ Nuncupatæ.

    Super dubio : An, et de quibus miraculis constet in casu et ad effectum de quo agitur ?

    Immortalitati traditum nomen Aurelianensis Puellæ, mox inscribendum albo Beatorum cælitum, quemadmodum testis est divina potentia quæ infirma mundi elegit ut confundat fortia (I Cor. I, 27), ita etiam eorum damnat socordiam, qui, patriæ amorem ementiti, non alia negotia nisi sua gerunt super civitatis et religionis ruinis. Hi meminerint : agere ac pati fortia christianorum esse ; nec virorum tantum : haud semel excitatam Deus fuisse mulierem, ut liberaret populum suum et acquiferet sibi nomen æternum (I Mach. VI, 44). Hujusmodi prodigia quasi armatæ sanctitatis Deus instauravit in hac altera Sulamite, in qua quid videbis nisi choros castrorum ? (Cant. C. VIII, 1). Stupent in his vani homines, quibus non subest scientia Dei, clamantibus ceteris, quibus est intellectus : Venite et videte opera Dei (Ps. LXV, 5). — Arcus fortium superatus est et infirmi accincti sunt robore (I Reg. II, 4).

    Aureliarum oppugnatio jam traherat præcipiti casu et ipsam urbem et Caroli VII et Gallorum regis fortunam. Extremis iis in angustiis, Domremensi in oppido, quod aberat a sede tumultus millia passuum prope trecenta, ignotæ puellæ gregi pascendo et religionis ac pietatis officiis intentæ, audita est cælestis militæ principis Michælis vox, qualis olim insonuit Judæ Machabæo : Accipe sanctum gladium, munus a Deo, in quo dejicies adversarios populi mei Isræl (II Mach. XV, 16). Restitit primo Johanna, nec nisi post repetitas voces rem tandem aperuit parentibus. Cum vero nec alii nec ipsa sibi suaderet invitari se posse ad arma capienda ducendumque regem consecrandum Rhemis, Deus qui dat lasso virtutem, et his qui non sunt fortitudinem et robur multiplicat (Is. XL, 29), rudem virginem ea sapientia, doctrina, rei militaris peritia et occultarum rerum scientia donavit, ut jam ambiguum esset nemo, quin populi salus esset ipsi divinitus credita. Quare arcano quodam acta spiritu, cum fidei scuto mortalia arma conjungens, bellici ducis induta vestes gladioque districto, equum conscendit, hostes fundit, ad victoriam advolat, Carolum regem ad Rhemensem urbem deducit regia consecratione inungendum. Quibus absolutis, dignam cælo lauream est consecuta, data igni cremanda ab hominibus Apostolicæ Sedi maxime infensis, nimis ægre ferentibus se a puella devictos.

    Etsi Ven. Johannæ vita perpetuum fuerit visa prodigium, ejusque fama sanctitatis ac rerum gestarum vulgata sic esset, ut imperitia Judith laus ipsi conveniret : In omni gente, quæ audierit nomen tuum, magnificabitur super te Deus Isræl (Jud. XIII, 31); nihilominus divinæ Providentiæ placuit Ecclesiæ judicium de virtutibus ingressum summo ejusdem Ven. Puellæ novis miraculis confirmare. Super horum tria, accurata inquisitio peracta est tabulæque judiciales a SS. Rituum Congregatione recognitæ ac probatæ sunt.

    Primum accidit miraculum, ordine propositionis, in Aurelianensi domo Sororum Ordinis S. Benedicti, anno MCM. Soror Teresia a S. Augustino ulcere in stomacho per triennium divexata, præcipiti in dies morbo, atque omnis spe sanationis abjecta, extrema morientium sacramenta erat receptura. Ecce autem ultimo die instituti novendialis supplicationis ad implorandam opem Ven. Johannæ, mane lectulo surgit, sacro adest, libere vescitur, ad pristina munia redit, illico perfecteque sanata.

    Alterum contigit miraculum anno MDCCCXCIII, in oppido Faverolles. Julia Gauthier a S. Norberto e Congregatione Providentiæ, annum supra decimum insanabili ulcere fungoso in sinu sinistro laborabat. Ineffabilibus doloribus cruciata quindecim annis, præcisa omni spe salutis, sibi adscitis octo puellis, gradum difficilem molitur usque ad templum ut Ven. Johannæ opem imploraret. Imploravit ipsoque die e vestigio integreque sanata se sensit, obstupescentibus medicis ceterisque qui aderant.

    Tertium experimentum miraculi anno MDCCCXCI, in oppido Fruges, Soror Joanna Maria Sagnier Congregatione S. Familiæ. Trimensis jam spatium atrocissimis doloribus in utroque crure vexabatur, subortis in diesque crescentibus ulceribus et abscessibus, nihil proficiente medicis qui de osteo-periostite chronica tuberculari agi judicarunt. Sed insperatam attulit salutem invocata Johanna de Arc, die ab institutis precationibus quinto, quod die ægrota mane surrexit ex improviso perfecteque sanata.

    De his tribus miraculis instaurata triplex actio est ; prima in antepræparatorio cœtu in ædibus Revmi Cardinalis Dominici Ferrata Causæ Relatoris, habito Idus Novembres superioris anni ; altera in præparatorio conventu ad Vaticanum coacto, quinto Idus Junias volventis anni ; tertia denique in generali consessu coram SSmo D. N. Pio PP. X octavo Calendas Decembres ejusdem anni congregato, in quo a memorato Revmo Cardinali Dominico Ferrata propositum est dubium : An, et de quibus miraculis constet in casu et ad affectum de quo agitur ? Cui dubio quum Revmi Cardinales et Patres Consultores constare respondissent, SSmus Pater, libenter exceptis omnium suffragiis, supremum judicium suum distulit in alium diem, spatium sibi ceterisque sumens exposcendi supernullitatis in tam gravi negotio.

    Hodierno vero die, Dominica III Adventus D. N. Jesu, Idem SSmus Pater, sacro devotissime perlitato in domestico Sacello, ad nobiliorem aulam Vaticanam digressus ac pontifico solio assidens, ad Se accivit Revmos Cardinales Seraphinum Cretoni S. R. C. Præfectum et Dominicum Ferrata, una cum R. P. Alexandro Verde, Sanctæ Fidei Promotore, meque infrascripto a Secretis, iisque adstantibus solemni Decreto sanxit : Constare de tribus miraculis : de primo : Instantaneæ perfectæque sanationis Sororis Teresiæ a S. Augustino a chronica ulceratione stomachi ; de altero : Instantaneæ perfectæque sanationis Sororis Juliæ Gauthier a S. Norberto ab ulcere fungoso eretistico in sinu sinistro ; de tertio : Instantaneæ perfectæque sanationis Sororis Joannæ Mariæ Sagnier ab osteo-periostite chronica tuberculari.

    Hoc autem Decretum in vulgus edi et in Acta SS. RR. Congregationis referri jussit, diebus Decembribus anno MDCCCCVIII.

    Seraphinus, Card. Cretoni,
    S. R. C. Præfectus.

    L ✠ S

    Diomedes Panici,
    Archiep. Laodicen., S. R. C. Secretarius.

  35. [35]

    Diocèse d’Évreux.

  36. [36]

    Diocèse d’Arras.

  37. [37]

    Dans la même séance du dimanche 13 décembre avaient été promulgués trois décrets concernant le V. Eudes, le V. François de Capillas, les VV. Vénard, Néron, Néel, Cuenot, des Missions étrangères, et leurs compagnons.

  38. [38]

    De septembre 1893 à juillet 1894, S. Ém. le cardinal Coullié, archevêque de Lyon, fut administrateur apostolique du diocèse d’Orléans, et c’est en cette qualité qu’il présida, le 8 mai 1894, les belles fêtes qui furent célébrées pour la première fois en l’honneur de la Vénérable Jeanne d’Arc. Le panégyrique traditionnel fut prononcé par son Ém. le cardinal Lecot, archevêque de Bordeaux ; plus de vingt archevêques et évêques français assistèrent à ces fêtes, dont l’éclat ne fut surpassé que par celles de la Béatification.

  39. [39]

    [Texte latin :]

    Decretum Aurelianen. Beatificationis et Canonizationis Ven. Servæ Dei Joannæ de Arc Virginis Aurelianensis Puellæ Nuncupatæ.

    Super dubio : An, stante approbatione virtutum et trium miraculorum, Tuto procedi possit ad solemnem ejusdem Ven. Servæ Dei Beatificationem ?

    Virorum, qui militari laude antecellunt, etsi summa sit apud homines opinio ac dignitas, nihilominus vix accidit ut eorum trophæa non sint obscurata, sive propter causam inique susceptam, sive propter abusum victoriæ, sive denique ob hanc ipsam nimis magno emptam planeque luctuosam. Pulcherrimus omnium triumphorum illorum est, qui sibi primum imperare suisque cupiditatibus inferre bellum didicerunt ; deinde, si oportuerit arma etiam terrena conferre, vires omnes nervosque ab religione sumunt, cum regio vate canentes : Si consistant adversum me castra, non timebit cor meum (Ps. XXVI). Purissima igitur luce renidet admirandæ virginis Arcensis vexillum, in quo non tam inscribi possit Gesta Dei per Francos, quam potius : Cadet Assur in gladio non viri (Is. XXXI, 8). Pro fideli enim gente, nova bella elegit Dominus (Iud. v, 8), immissaque in aciem filia plebis contra hostes Gallici nominis de cælo dimicatum est (Ib. V, 20).

    Qui res gestas magnanimæ pientissimæque puellæ Aurelianensis omni exuunt divinæ virtutis instinctu, ad humanæ tantum opis facultatem eas dimetientes, hi profecto ignorare videntur, hinc quæ fuerit feminæ sanctitas, hinc quæ patrata per ipsam inaudita facinora; utraque res enim altera alterius ope confirmatur. Venerabilis autem Dei Serva Ioanna, tum intra domesticos parietes atque in custodia gregis, tum in castrorum tumultu, timebat Deum valde, nec erat qui loqueretur de illa verbum malum : (Iudith VIII, 8). In sua vero innocentia et modestia, cum reliquarum comitatu virtutum, prodigia facienti Dominum invocavit, qui, non secundum armorum potentiam, sed, prout ipsi placet, dat dignis victoriam (II Mach. XV, 21). Nec in media militari licentia quidquam detrimenti passa est eius virtus, cælesti custode ipsam protegente, ut in Iudith XIII, 20 : Custodivit me angelus eius, et hinc euntem et ibi commorantem et inde huc revertentem. Quod si adiuncta spectent singula, quibus ipsa non muliebre opus absolvit, sive militaris prudentia, sagacitas, consilium, sive multiplex rerum cognitio, præsertim divinarum, sive arcanorum prospicientia, sive cetera denique superna dona iuxta illud Isaiæ X, 3 : Dabo tibi thesauros absconditos et arcana secretorum ; ea omnia profecto divinitus acta esse patebit, de humilique puella, ad humanæ confusionem superbiæ, fuisse dictum a Domino : Admirationem faciam populo huic miraculo grandi et stupendo (Is. XXIX, 14).

    Insignis hæc Virgo vixit adhuc in ore hominum usque ad sæcularis celebritatis honores ei recens exhibitos. Nunc vero beatis addenda cælicolis, multo nobis vivet utilior, impetratura patriæ suæ, de qua optime meruit, robur antiquæ Fidei ; catholicæ autem Ecclesiæ, cuius fuit studiosa, subsidium ex reditu tot errantium filiorum. Interim, Deo confirmante novis prodigiis famam tantæ sanctitatis, post editum decretum de approbatione virtutum in gradu summo, agitata iterum causa est et peculiaris instituta quæstio super tribus miraculis a Deo per Ven. Dei Servam Ioannam patratis, de quibus SS. D. N. Pius PP. X decreto edito Idibus Decembribus superioris anni constare edixit.

    Unum supererat, iuxta sacri huius Fori statuta, inquirendum : utrum Beatorum Cælitum honores Ven. Servæ Dei Ioannæ de Arc Tuto decerni possent. Itaque in generali conventu SS. RR. Congregationis habito coram SSmo D. N. Pio Papa X, pridie Idus Ianuarias volventis anni, Rmus Cardinalis Dominicus Ferrata, Causæ Relator, discutiendum dubium proposuit : An, stante approbatione virtutum et trium miraculorum, Tuto procedi possit ad solemnēm Ven. Servæ Dei Ioannæ de Arc Beatificationem. Rmi Cardinales et PP. Consultores, suffragium singuli ediderunt. SSmus vero Pater, ab aperienda mente Sua abstinuit distulitque supremum iudicium in alium diem, monitis qui aderant, ut in re tam gravi cæleste lumen implorarent.

    Tandem hodierno lætissimo die, per solemnia divinæ Familiæ Iesu, Mariæ, Ioseph, Idem SSmus Pater, Sacra Hostia pientissime litata in domestico Sacello, nobiliorem aulam Vaticanam ingressus ac pontificio solio assidens, ad Se accersivit Rmos Cardinales Seraphinum Cretoni S. R. C. Præfectum et Dominicum Ferrata, Causæ Relatorem, una cum R. P. Alexandro Verde S. Fidei Promotore, meque infrascriptum a Secretis, iisque adstantibus solemniter pronunciavit : Tuto procedi posse ad solemnem Ven. Servæ Dei Ioannæ de Arc Beatificationem. Hoc autem Decretum publici iuris fieri, in acta SS. Rituum Congregationis referri, litterasque Apostolicas sub plumbo de Beatificationis solemnibus in patriarchali Basilica Vaticana, ubi primum licuerit habendis, expediri iussit, Nonas Februarias, anno millesimo nongentesimo nono.

    Seraphinus, Card. Cretoni,
    S. R. C. Præfectus.

    L ✠ S

    Diomedes Panici,
    Archiep. Laodicen., S. R. C. Secretarius.

  40. [40]

    Pie X, Discours du 13 janvier 1909.

  41. [41]

    M. de Lévin, maire d’Orléans, écrivait à Mgr Dupanloup ce qui suit :

    Département du Loiret.
    Mairie d’Orléans.

    Orléans, le 16 mai 1874.

    Monseigneur,

    Vous m’avez fait l’honneur de me demander de désigner l’un de nos concitoyens digne de vous assister en notre ville dans l’œuvre si grande à laquelle vous vous consacrez pour notre glorieuse Jeanne d’Arc.

    Je viens proposer, à cet effet, à Votre Grandeur, M. Collin, inspecteur général des Ponts et Chaussées, ancien Conseiller municipal, membre de nos Sociétés savantes.

    On ne peut trouver réunis à un plus haut degré les solides principes, le savoir, la sûreté de jugement, le dévouement.

    Vous connaissez depuis longtemps M. Collin, Monseigneur, et je suis certain que vous partagez mes sentiments.

    Daignez agréer, Monseigneur, l’assurance de ma haute et respectueuse considération.

    Le Maire d’Orléans,
    Signé : A. de Lévin.

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