Sainte Jeanne d'Arc
Sainte Jeanne d’Arc
par dom
(1944)
Éditions Ars&litteræ © 2022
Présentation
Sainte Jeanne d’Arc (1944) par dom Lucien David (1875-1955, moine bénédictin et l’un des restaurateurs du chant grégorien), dans la collection Nos Amis du Ciel (vie de saints illustrées, pour les petits).
Couverture

Imprimi potest Fontanellæ, die 6 Aprilis 1944, Fr. Gabriel Gontard, abbas S. Wandregisili. — Imprimatur Rotomagi, die 18 Aprilis 1944, Petrus Petit de Julleville, Archiepiscopus Rotomagensis.
I. Jeannette à Domrémy
En ce temps-là, au temps du roi Charles VII, il y a bien des années — à peu près cinq cents ans —, la France était bien malheureuse. D’abord, elle était comme coupée en trois morceaux. Le roi de France n’en gardait plus qu’un, pas bien gros ; un autre, où était Paris, avait été pris par les Anglais, et le troisième par des amis des Anglais appelés les Bourguignons. Partout on se battait au lieu de travailler tranquillement, et le pauvre roi de France avait bien de la peine à protéger contre tous ces ennemis ce qui lui restait de son royaume.
Mais comme il y avait encore dans notre beau pays bien des personnes qui aimaient le bon Dieu et qui priaient bien la sainte Vierge, le bon Dieu voulut sauver la France. Et pour montrer qu’il est aussi puissant qu’il est bon, lui qui a fait le ciel et la terre, il chargea de cette affaire-là, qui était très difficile, non pas un grand capitaine avec beaucoup de soldats, mais une simple petite fille, qui fut sainte Jeanne d’Arc.
Jeanne d’Arc qu’on appelait Jeannette quand elle était petite, était née le 6 janvier de l’année 1412, dans un village au joli nom de Domrémy — une vraie musique : do, ré, mi ! — tout près du pays de Lorraine : aussi on l’a appelée quelquefois la bonne Lorraine
: mais elle était d’abord une bonne Française.
Le village de Domrémy, avec ses petites maisons tout autour du clocher de l’église, comme des poussins autour de la mère poule, est sur les bords d’une belle rivière, la Meuse. Il y a des prairies le long de la rivière, et un peu plus loin des collines avec des bois. L’un des bois était appelé le Bois-Chenu, parce qu’il y avait de grands chênes ; et à côté il y avait quatre fontaines, dont les eaux claires, pures, descendaient vers la rivière, et où venaient boire les moutons, les petits oiseaux, et aussi les petits enfants qui se promenaient par là.

La maman de Jeannette était très pieuse et aimait beaucoup la sainte Vierge. Elle apprit à la petite, comme à ses trois frères et à sa sœur, et bien avant l’âge où l’on peut savoir lire et écrire, le Notre Père
, le Je vous salue, Marie
, et le Je crois en Dieu
. Et elle la menait prier la sainte Vierge devant la belle statue qui était dans sa chapelle.
À l’église de Domrémy, il y avait aussi d’autres saints, d’autres statues ; Jeannette admirait surtout celle de sainte Marguerite, cette sainte jeune fille qui, aux premiers temps de la religion chrétienne, fut frappée très cruellement et eut la tête coupée par un méchant païen, parce qu’elle voulait se garder toute pure pour le bon Jésus.
Du reste, Jeannette, quand elle passait à côté d’une église, dans l’un des villages voisins, ne manquait pas d’y entrer : par exemple à Moncel, où l’église avait été bâtie en l’honneur du grand saint Michel, ou encore à Maxey, où l’on vénérait sainte Catherine, cette vierge très sage et très savante, qui convertit à l’amour de Jésus des savants envoyés pour la tromper, et qu’un vilain prince fit mourir à coups de hache.
Et Jeanne demandait à saint Michel d’être courageuse, lui qui à été le vainqueur du diable, et à sainte Marguerite de rester pure comme elle, et à sainte Catherine d’être sage et de bien apprendre sa religion.
Il y avait aussi, un peu plus loin, une église de la sainte Vierge, Notre-Dame de Bermont. Jeannette aimait à y aller prier, avec sa sœur et deux bonnes petites amies, Mengette et Hauviette — Hauviette avait trois ans de moins qu’elle. — Elle faisait, le long du chemin, de beaux bouquets pour les offrir à la sainte Vierge.

Pendant la journée elle savait s’occuper très utilement. Elle conduisait les moutons et les brebis dans les champs, et elle les surveillait si bien, que jamais le moindre petit agneau ne fut ni égaré, ni pris par les voleurs, ni mangé par le loup. Elle emportait un peu de pain de son déjeuner et en donnait les miettes aux petits oiseaux, qui accouraient tous auprès d’elle, comme s’ils étaient ses amis ; et ils n’avaient pas peur du tout.

Elle aimait beaucoup le son des cloches. L’Angélus lui faisait penser à la Vierge Marie et à l’Ange Gabriel. Mais celui qui était chargé de sonner, le brave Perrin, le marchand de drap, était quelquefois en retard. Alors Jeannette allait le voir et avec un petit geste de reproche, avec le doigt, lui disait que ce n’était pas bien ; et elle lui promettait gentiment, s’il sonnait plus exactement à l’heure, de lui donner de la laine de ses moutons.

Le matin, elle avait,aidé sa maman à faire le ménage. À la fin de la journée, à la maison, après le souper, elle s’occupait avec elle à coudre, à raccommoder et à filer la laine ou le lin, — filer, c’est-à-dire faire avec de la laine coupée sur le dos des moutons, ou avec des tiges de lin bien préparées exprès, de longs fils, très fins, avec lesquels on fabrique ensuite des habits, des chemises, des draps, etc.
Ses parents étaient si contents de sa gentillesse, qu’un jour ils lui firent cadeau d’une belle bague, sur laquelle étaient inscrits les noms de Jésus et de Marie. Elle la portait toujours, mais elle n’avait pas besoin de cela pour penser à Jésus et à Marie. Elle les priait de tout son cœur, ainsi que saint Michel, pour la France et les pauvres Français. Souvent on voyait passer sur la route de malheureux paysans avec leurs petits enfants, obligés de se sauver devant les soldats en abandonnant leurs maisons et leurs affaires. Elle-même, avec toute sa famille, avait dû une fois quitter Domrémy, en emmenant les moutons et tout ce qu’on avait pu emporter. En revenant, on avait trouvé les maisons bien abîmées et même l’église à moitié brûlée. Lorsque Jeanne entendait ses parents parler tristement des malheurs de la guerre et qu’elle les voyait pleurer, elle avait aussi envie de pleurer et elle répétait avec eux, de tout son cœur : Mon Dieu ! Mon Dieu ! Sauvez la France !
Peut-être que, justement, le bon Dieu attendait la prière d’une petite fille pour se décider à sauver la France ? En tout cas, voici ce qui arriva.
II. Jeannette doit sauver la France !
Un jour d’été, Jeannette, qui n’avait pas encore treize ans, gardait ses brebis dans les champs, avec ses petites amies. L’une d’elles vient de cueillir des fleurs et d’en faire un beau bouquet. Elle le montre, toute fière, à ses compagnes, qui l’admirent : Oh ! le Joli bouquet !
Il vient à Jeannette une idée : elle aime tant porter des fleurs à la Vierge Marie, dans l’église de Bermont ou celle de Domrémy ! Voulez-vous que nous luttions à la course ? Le beau bouquet sera pour la première arrivée !
Toutes battent des mains. Oui ! c’est cela !
Nos fillettes se mettent en ligne, et les voilà qui courent à toutes jambes. Mais c’est Jeannette qui, une fois, deux fois, trois fois arrive la première : la dévotion à la sainte Vierge lui a donné des ailes. Et l’une des petites s’écrie : Oh ! Jeannette, il me semblait que tu volais, en rasant le gazon !
Et Jeannette, toute essoufflée, mais bien contente, se laisse tomber sur l’herbe.
À ce moment même, vers la haie, au bout du pré, on entend une voix : Jeannette ! vite à la maison ! on a besoin de vos services !
Jeannette se lève aussitôt, malgré sa fatigue, et se dirige vers la maison. Elle y rencontre sa maman : Vous m’avez fait appeler ? — Moi ? Pas du tout. N’as-tu pas à garder les brebis ?
L’enfant n’y comprend rien. D’où venait donc cette voix ? Elle revient par le jardin, tout voisin de l’église, et elle entend l’Angélus qui sonne. Elle s’agenouille ; mais à peine a-t-elle fini sa prière, qu’elle entend, vers l’église, une autre voix, très douce, comme une musique du ciel, qui l’appelle : Jeannette ! Jeannette !
Elle se sent émue jusqu’au fond du cœur, et elle aperçoit, dans une grande lumière, un bel Ange vêtu un peu comme un chevalier, puis, autour de lui, beaucoup d’autres. Tous la regardent avec affection, et l’Ange reprend : Jeannette, sois bonne et pieuse. Aime le bon Dieu. Va souvent prier à l’église.

Jeannette tombe à genoux. Oh ! comme elle voudrait rester toujours pure comme ces beaux anges de lumière ! Et quand ils ont disparu, elle se sent le cœur gros : elle aurait tant voulu les suivre au Paradis !
L’apparition céleste va se renouveler bien des fois, soit au Jardin, soit près de l’une des fontaines du Bois-Chenu, soit ailleurs. La troisième fois, l’Ange lui dit : Je suis l’Archange saint Michel… Il y a de bien grands malheurs dans le royaume de France !
— Oh oui ! pense Jeannette, qui en devient toute triste ; et alors il ajoute, comme pour la consoler : Mais un sauveur va lui venir ! — Et qui donc ? demande Jeannette. — C’est toi, fille de Dieu ! Oui, pars, va en France, il le faut ! — Mais je ne suis qu’une pauvre fille, je ne sais ni A ni B, ni monter à cheval, ni faire la guerre. — N’importe ! Va ! Fille de Dieu, va !
Et saint Michel disparaît.
Bientôt il lui annonce la visite de deux saintes du Paradis, sainte Marguerite et sainte Catherine. Et en effet, voici que les deux saintes lui apparaissent, toutes lumineuses, toutes souriantes, avec des couronnes d’or sur leurs cheveux. Elles embrassent gentiment Jeannette, qui, respectueusement, leur rend leur baiser. Elles reviendront souvent, pour la conseiller, avec ou sans saint Michel. Un jour, ces voix célestes lui disent : Il faut que tu ailles voir d’abord, à Vaucouleurs, dans son château, le capitaine Robert de Baudricourt, qui t’aidera à aller trouver le roi ; et puis tu délivreras la ville d’Orléans, que les Anglais sont en train de prendre ; et enfin tu mèneras le roi jusqu’à Reims : là il recevra de l’Archevêque, avec une grande bénédiction qu’on appelle le sacre, sa couronne de roi. Alors tout le monde verra qu’il faut fi obéir, et non au roi des Anglais ni aux Bourguignons.
III. Jeanne d’Arc à Vaucouleurs
Jeanne est d’abord bien embarrassée : comment, toute seule, aller voir le capitaine dans son château ? Et puis, elle pense à l’un de ses cousins qui ne demeure pas très loin de Vaucouleurs. Elle va le voir, lui raconte l’histoire de ses Voix du Ciel et lui demande de la mener à Vaucouleurs et de la présenter à Robert de Baudricourt. Mais celui-ci, en entendant cette histoire extraordinaire de visions célestes, et cette prétention qu’à une petite fille de la campagne de sauver la France, se met à rire et la renvoie chez elle.

Pourtant Jeanne ne se décourage pas. Elle sait bien que saint Michel et ses saintes n’ont pas pu la tromper. Quelques mois plus tard, elle va retrouver son cousin. Mais cette fois, elle sent qu’elle réussira, et même qu’elle ne reviendra pas à Domrémy, qu’elle ne reverra plus jamais sa chère maison paternelle, ni ses moutons, ni sa petite église, ni ses bonnes petites amies.
Du reste, à Vaucouleurs, où on la connaissait déjà, tout le monde l’aimait bien. Il y avait même deux gentilshommes du château qui croyaient si bien à la vérité de ses visions, qu’ils étaient tout prêts à l’aider pour aller trouver le roi. Mais d’abord, si elle voulait pouvoir faire la guerre avec les soldats et monter à cheval, il lui fallait des habits d’homme. Alors les habitants de Vaucouleurs s’arrangèrent pour lui en donner, et même pour lui acheter un cheval. On commençait, un peu partout, à parler d’elle, et de grands seigneurs comme le duc de Lorraine voulaient la voir et l’entendre. Enfin le capitaine de Baudricourt se dit que Jeanne pourrait bien être tout de même l’envoyée du bon Dieu. Il lui fit cadeau de son épée pour se défendre, et elle se prépara à partir vers la ville de Chinon, où était le roi. Mais comme c’était très loin de Domrémy et même plus loin que Paris, elle serait accompagnée par les deux gentilshommes ses amis et quatre autres compagnons, tous à cheval et armés : car il faudrait faire bien attention, dans ce long voyage, où l’on risquait de rencontrer beaucoup d’ennemis.
Comme elle ne pouvait pas repasser par Domrémy, et ne savait pas bien écrire, elle dicta une lettre pour ses parents, toute pleine d’affection ; elle leur disait sa grande peine de partir sans les revoir et leur demandait leur bénédiction.
Et puis elle s’élança bravement sur son cheval, comme un vrai chevalier, et tout le monde applaudissait, et beaucoup pleuraient d’émotion.

Jeanne d’Arc avait alors dix-sept ans, elle était déjà grande et forte, ses yeux étaient doux et brillants, sa voix joliment timbrée ; tout son visage respirait la pureté, la bonté et aussi la piété, quand elle priait le bon Dieu. Ses cheveux noirs étaient coupés en rond vers le cou, comme les avaient les chevaliers de ce temps-là.
IV. Jeanne d’Arc va trouver le Roi
Voilà donc la petite troupe sur le chemin de Chinon. Onze jours pour y arriver ! Le long de la route, Jeanne aurait bien voulu, chaque matin, assister à la messe, mais il n’était pas prudent de s’arrêter dans les villages où il pouvait y avoir des ennemis. Seulement, quand on fut arrivé dans les pays où il n’y en avait pas, elle put se rattraper. Ainsi, à Sainte-Catherine de Fierbois, où il y avait une belle statue de sa chère sainte Catherine, elle assista à trois messes à la file, avec une grande dévotion.

Enfin on arrive à Chinon, où se trouve le roi Charles VII. Le roi se dit : Nous allons bien voir si c’est le bon Dieu qui l’envoie trouver le roi de France !
Il change ses beaux habits de roi contre des vêtements très ordinaires, et dans la grande salle du château où Jeanne va venir, il se cache dans un groupe de seigneurs richement habillés. Voici Jeanne qui entre ; mais guidée par ses saintes, elle ne regarde même pas les seigneurs et va droit au roi, qu’elle n’a pourtant jamais vu ; et elle lui dit : Dieu vous donne bonne vie !… C’est vous le roi, et non un autre. Or le Roi du Ciel m’envoie vers vous pour délivrer Orléans, entourée par les Anglais et pour vous conduire à Reims.
Et quand ils furent tous les deux tout seuls, elle dit au roi : Je vais vous dire une chose que vous avez pensée, et que vous n’avez jamais confiée à personne : vous vous êtes demandé si vous étiez bien le vrai fils du roi Charles VI, et donc son héritier légitime ! Eh ! bien, oui, vous l’êtes ; je vous l’assure au nom de Dieu, et vous devez donc aller à Reims, le plus tôt possible, pour être sacré comme seul vrai roi de France !

Le roi fut bien étonné de ce que Jeanne d’Arc avait lu ainsi dans son âme. Alors il crut à toutes ses paroles. Pourtant, dans une affaire si grave, il voulut avoir l’avis de savants hommes d’Église, évêques, prêtres, moines, qui se trouvaient alors réunis dans la ville de Poitiers. Jeanne partit donc pour Poitiers, où, pendant six semaines, on l’interrogea sur ses visions, sur ses idées religieuses, sur ses projets. Elle répondait toujours avec une grande simplicité et une grande sagesse aux difficultés qu’on lui faisait. Ainsi, quand on lui disait : Voyons ! Si le bon Dieu veut sauver la France, est-ce qu’il a besoin d’hommes d’armes ?
Elle répondait : Non ! mais, c’est l’affaire des hommes d’armes de bien combattre, et c’est l’affaire du bon Dieu de donner la victoire.
Finalement tous les savants hommes d’Église et aussi les chefs de guerre et de nobles dames très prudentes furent d’avis que Jeanne était une très sainte fille, qu’elle était bien l’envoyée de Dieu, et qu’il fallait suivre ses conseils.
Alors le roi Charles VII n’hésita plus. Il nomma Jeanne d’Arc chef de guerre ; on lui donna un costume complet avec une armure de fer et un casque, et elle-même fit broder un bel étendard où l’on voyait, en lettres d’or, Jésus et Marie, et des Anges, avec une fleur de lis représentant la France et que le bon Dieu bénissait. Elle devait aussi avoir une épée, mais dans la bataille elle ne voudra jamais s’en servir pour tuer ou blesser des ennemis ; au contraire elle tiendra toujours bien haut son étendard, pour donner du courage à tous les soldats qui sont avec elle.
V. Jeanne d’Arc va délivrer Orléans
Il s’agissait donc d’abord, pour obéir aux Voix des saintes et de saint Michel, de délivrer la ville d’Orléans. Orléans est une belle ville bâtie sur la rive droite du grand fleuve appelé la Loire, et il y a un pont pour relier la ville à l’autre rive. Or les Anglais viennent de construire, tout autour de la ville et devant le pont, de grandes tours très fortes, où il y a beaucoup de soldats et de canons. Et les Orléanais, qui n’ont pas assez de soldats pour repousser les Anglais, et qui ne peuvent sortir de la ville, n’ont plus de quoi manger. Ils vont être obligés, ou de mourir de faim, ou de donner leur ville aux ennemis.
Alors Jeanne d’Arc dit au roi : La première chose à faire, c’est de leur envoyer des provisions, et aussi des soldats pour les aider.
Et voici que beaucoup d’hommes d’armes arrivent de tous les côtés pour l’accompagner, parce qu’on a confiance en elle. Mais pour que le bon Dieu bénisse leurs efforts, elle demande à tous les soldats, à tous les capitaines, de ne plus dire de vilains mots, de bien se conduire et de confesser leurs péchés. Et l’on se met à préparer dans la ville de Blois, pas très loin de Chinon, beaucoup de provisions sur quantité de charrettes : car il n’y avait pas encore d’autos ni de chemins de fer, en ce temps-là.
Quand tout est bien préparé, tout le monde se réunit pour assister à la messe et chanter un beau cantique à la sainte Vierge ; et puis on se met en route, derrière l’étendard de Jeanne d’Arc.
Mais comment va-t-on pouvoir faire entrer les provisions dans Orléans ? Voici : toute la file des charrettes, avec des soldats, va remonter le long de la Loire un peu plus loin que la ville. Là, les grands bateaux des Orléanais eux-mêmes, en remontant le courant du fleuve, iront les trouver : on mettra les provisions dans les bateaux : et ceux-ci n’auront plus qu’à revenir en suivant le courant, jusqu’à Orléans.
Oui ; mais, malheureusement, il n’y a plus assez d’eau dans la rivière, et pas de vent pour souffler dans les voiles des bateaux, qui restent immobiles ! Comment faire ? Alors Jeanne dit à ses compagnons : Ayez confiance ! Tout s’arrangera puisque je vous amène le secours du Ciel !
Aussitôt l’eau arrive dans le fleuve et un bon vent se met à souffler. Et ainsi les bateaux se mettent à avancer ; ils arrivent bientôt au rendez-vous, on y dépose toutes les provisions et ils redescendent bien vite en suivant le courant jusqu’à la ville, à la grande joie des habitants.

Quant à Jeanne d’Arc, elle parvient, malgré les Anglais qui entourent la ville, à y entrer en y amenant huit cents braves soldats pour mieux la défendre. Maintenant, dit-elle, il faudrait que je m’en aille, pour aller vous chercher encore d’autres provisions !
Mais le grand capitaine Dunois, gouverneur de la ville, et tous les habitants, même les petits enfants, la supplient de rester avec eux ; alors elle accepte, pour leur donner plus de courage en combattant avec eux ; d’autres s’occuperont des bateaux à provisions.
Elle commence par envoyer une lettre aux Anglais pour leur demander de s’en aller : car on éviterait ainsi beaucoup de sang versé. Mais comme ils refusent, en lui disant même des injures, elle commence la bataille et prend plusieurs tours aux Anglais. Mais la plus grosse résistait, et résistait si bien, que les Français allaient être vaincus et commençaient à se sauver. Voici que Jeanne d’Arc est atteinte elle-même par une flèche, qui lui traverse l’épaule et fait couler beaucoup de sang. Elle tombe et se met à pleurer, surtout parce qu’elle ne pouvait plus guider ses soldats. Mais elle offre sa douleur au bon Dieu, elle se relève, et, malgré sa blessure qui lui fait très mal, elle repart au combat en entraînant les Français derrière son étendard. Les Anglais, qui la croyaient morte, prennent peur, reculent, et finalement la grande tour est prise, et beaucoup d’ennemis sont tués ou noyés dans la rivière.
Alors Jeanne d’Arc rentre en triomphe dans la ville ; toutes les cloches sonnent joyeusement, et l’on chante des cantiques pour remercier le bon Dieu d’avoir donné la victoire.
Quant aux Anglais, ils comprennent que devant une envoyée de Dieu comme sainte Jeanne d’Arc, il n’y a plus moyen de prendre Orléans ; et ils se décident à s’en aller tous, en abandonnant leurs tours et beaucoup de canons.
En quatre jours seulement, Jeanne d’Arc avait délivré Orléans.
VI. Jeanne d’Arc conduit le roi à Reims
Elle avait bien mérité de se reposer un peu et aussi de se soigner, mais elle entendait encore ses voix du Ciel : Va ! Fille de Dieu, va !… va à Reims maintenant pour y faire couronner le roi !
Elle se décide aussitôt à obéir ; mais, avant de partir pour Reims, il fallait d’abord chasser les ennemis de toutes les villes autour d’Orléans, pour qu’ils n’arrivent pas par derrière quand on serait parti. Elle se mit donc à attaquer et à reprendre plusieurs villes ou forteresses, avec l’aide du vaillant duc d’Alençon, qui avait grande confiance en elle, et qu’on voyait souvent à l’église communier à côté d’elle. Il disait : Jeanne, c’est une jeune fille toute simple et douce, mais pour les choses de la guerre, c’est une merveille de la voir organiser une bataille et régler le tir des canons. Elle est plus habile que tous les capitaines !
Bientôt, après une grande victoire à Patay, Jeanne d’Arc vint dire au roi : Maintenant il faut que nous partions ensemble pour Reims.
L’armée se mit donc en route, avec le roi et avec Jeanne. Oh ! il y aurait encore, probablement à batailler le long du chemin, car il y avait bien des villes, mêmes grandes, comme Auxerre, Troyes, Châlons, qui étaient occupées par les ennemis. Mais, l’une après l’autre, elles furent obligées d’ouvrir leurs portes au roi de France. Et les habitants étaient bien contents : ils accouraient auprès de Jeanne et arrêtaient son cheval pour mieux la voir ; on baisait ses mains et ses pieds ; on lui demandait d’être la marraine de petits nouveaux-nés. Et elle répondait gentiment à chacun et invitait tout le monde à remercier le Roi du Ciel qui voulait sauver la France.
Enfin on arrive à Reims qui ouvre ses portes toutes grandes. Charles VII fait son entrée solennelle à côté de Jeanne, qui porte son étendard. On crie joyeusement sur leur passage, comme aux grands jours de fête : Noël ! Noël !
Dès je lendemain, le roi est sacré dans la cathédrale par l’archevêque de Reims, avec de l’huile qui avait servi, autrefois, à saint Rémi pour faire Clovis roi de France. Jeanne d’Arc est là, près de l’autel, avec son étendard, toute émue et reconnaissante envers Dieu.

Le jour même, elle aura aussi la grande joie de revoir son père qui a pu venir avec son bon cousin et quelques habitants de Domrémy ; et ils sont tous impressionnés de voir leur petite Jeannette tout près du roi et admirée par tout le monde.
VII. Passion et mort de sainte Jeanne d’Arc
Mais de bien tristes jours allaient venir.
Certainement, c’était avec l’aide du ciel que Jeanne d’Arc avait pu faire ces deux grandes choses si difficiles qu’elle avait promises : délivrer Orléans, et faire sacrer le roi à Reims.
Mais voilà ! Le bon Jésus, autrefois, avait fait le premier, lui aussi, de grandes choses, de grands miracles ; il avait été, lui aussi, reçu en triomphe, à Jérusalem, le jour des Rameaux. Pourtant sa douloureuse Passion était toute prochaine. C’était justement pour pouvoir mieux sauver tous les hommes qu’il allait bientôt souffrir beaucoup, être trahi, abandonné, jugé comme un malfaiteur, et enfin mourir sur une croix.
Ainsi le bon Dieu allait permettre que sainte Jeanne d’Arc, pour mériter de sauver tout à fait la France, ait sa Passion, qu’elle soit trahie, abandonnée, condamnée comme une sorcière par de méchants juges, et brûlée sur un bûcher.
D’abord, il y avait quelques chefs de guerre qui étaient jaloux de Jeanne d’Arc. Ils finirent par faire croire au roi qu’il ne fallait pas trop écouter ses conseils. Et cela causa une grande peine à Jeanne, puisque ces conseils venaient du Ciel. Et puis ils s’arrangèrent pour lui enlever des soldats et l’empêcher de délivrer Paris, où elle aurait eu seule la gloire de chasser les ennemis. Et ce fut une seconde grande peine pour elle. Alors elle entendit ses Voix lui annoncer qu’elle aurait bientôt à souffrir beaucoup, et qu’elle serait même prisonnière.
Le dimanche 14 mai 1430, dans la ville de Compiègne qu’elle défendait contre les Anglais et les Bourguignons, elle venait de communier à l’église Saint-Jacques, et elle priait avec tant de ferveur, que tout le monde était resté pour la regarder, et il y avait beaucoup de petits enfants autour d’elle. Elle releva la tête et sourit tristement en leur disant : Mes chers amis, mes bons petits, priez bien pour moi. Je me vois trahie et vendue, et livrée à la mort ; bientôt je ne pourrai plus aider le roi à sauver la France !
Huit jours après, comme elle était sortie de la ville pour repousser les ennemis, voici qu’en revenant, elle trouve les portes fermées, par trahison. Aussitôt des ennemis nombreux, du parti des Bourguignons, l’entourent, la jettent à bas de son cheval et l’‘emmènent prisonnière, avec quatre de ses plus fidèles compagnons.
Après l’avoir gardée pendant quatre mois dans plusieurs châteaux, les Bourguignons se décident à la vendre aux Anglais pour 60.000 francs, comme Jésus le Sauveur du monde avait été trahi, puis vendu aux Juifs par Judas. Alors on amène Jeanne d’Arc à Rouen, où de méchants juges se réunissent, avec les Anglais, dans l’intention de se débarrasser d’elle, de la faire mourir.
Pendant tout le temps qu’elle passera dans ses prisons, une année entière, les Anges et les saints du Paradis, saint Michel et saint Gabriel, sainte Marguerite, sainte Catherine viendront souvent la voir, la réconforter, la conseiller.

On l’interroge souvent pour tâcher de lui faire dire des choses contre la religion, contre l’Église, contre le Pape ; mais on n’y arrive pas. Un jour, exprès pour l’embarrasser, on lui demande : Êtes-vous dans l’amitié du bon Dieu ?
Mais Jeanne répond tout simplement : Si je n’y suis pas, que Dieu veuille m’y mettre ! Si j’y suis, Dieu veuille m’y tenir !
Elle qui était l’envoyée de Dieu, l’amie des Anges et des saints, qui aimait tant à prier Jésus et Marie, aller à la messe et communier, voilà qu’on l’accuse d’être une sorcière, amie du diable, d’être une hérétique, ennemie de l’Église catholique ! Mais c’était si difficile, si impossible à prouver, que les discussions durèrent plus de six mois. Finalement on condamne sainte Jeanne d’Arc à être brûlée sur un bûcher.
Quand elle apprend cette condamnation injuste, elle dit en soupirant, doucement : Hélas ! quel traitement cruel on va me faire subir ! Ce corps que j’ai conservé tout pur pour l’amour de Jésus, faut-il qu’il soit réduit en cendres ! Mais j’ai confiance que le bon Dieu me recevra dans son Paradis : mes Voix me l’ont promis. Elles ne m’ont jamais trompée !
Elle supplie alors qu’on lui apporte la sainte Eucharistie ; et avant de communier une dernière fois, elle se recommande aux prières de tous et demande pardon à ceux à qui elle aurait pu faire de la peine. Beaucoup de ceux qui sont là, même des Anglais, ne peuvent retenir leurs larmes.
Mais voici qu’on a élevé un grand bûcher, sur la place du Marché, et on y attache sainte Jeanne d’Arc sur un poteau. C’est le 30 mai 1431, et la jeune martyre a à peine dix-neuf ans. Elle s’adresse à un prêtre compatissant et lui dit : Je vous en prie, dès que le feu sera allumé, tenez la croix de mon Jésus bien haut, devant mes yeux !
Alors on allume le bûcher. De grandes flammes s’élèvent et entourent Jeanne d’Arc, et on l’entend s’écrier deux fois : Jésus ! Jésus !
Puis sa tête retombe, et elle rend son âme à Dieu.

Un Anglais qui s’approchait du feu voit alors, au-dessus du bûcher, une colombe toute blanche s’envoler vers le ciel, et il tombe évanoui de saisissement. Et l’on entend un des méchants juges répéter en s’en allant : Nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte !
Et en effet, par le mérite de son sacrifice, sainte Jeanne d’Arc achevait sa mission de sauver la France : quelques années plus tard, la France serait délivrée de ses ennemis.
Sainte Jeanne d’Arc, si courageuse, si pure et si bonne, si obéissante à ses Voix qui lui venaient du Ciel, aidez-nous à bien écouter la voix du bon Jésus qui parle dans notre cœur, et à bien lui obéir, pour aller un jour le retrouver au Paradis avec vous.
Sainte Jeanne d’Arc, priez pour nous ; priez pour la France !
Fin