Texte intégral
Abrégé du Procès de condamnation de Jeanne d’Arc
D’après la traduction française de Pierre Champion, 1921.
par
(2021)
Éditions Ars&litteræ © 2021
Procès de Condamnation de Jeanne d’Arc
I. Procès préparatoire et procès d’office1
Ouverture du procès
Ici commence le procès en matière de foi contre une défunte femme2, Jeanne, vulgairement appelée la Pucelle.
Les deux juges, Pierre Cauchon, évêque de Beauvais3, et Jean Lemaître, vice-inquisiteur de France dans le diocèse de Rouen4, introduisent le procès-verbal en rappelant les événements qui y ont mené :
Une femme du nom de Jeanne, vulgairement appelée la Pucelle, a été prise [le 23 mai 1430] dans la juridiction du diocèse de Beauvais. Selon la rumeur, elle portait un habit d’homme et s’était rendue coupable de graves délits contre la foi. Le duc de Bourgogne, ainsi que son capitaine Jean de Luxembourg5 qui la détenait, se la virent réclamer [Lettres de tractations : annexes 1 à 8 de la séance du 9 janvier] :
- par l’Université de Paris et au nom de l’inquisiteur de France ;
- par l’évêque de Beauvais : Cauchon, lequel avait ordonné l’ouverture d’une enquête ;
- par le roi de France et d’Angleterre : Henri VI6.
Ce dernier obtint qu’elle lui fut livrée [le 21 novembre 1430] et la transféra à l’évêque de Beauvais, qui avait demandé et obtenu de l’évêché de Rouen [le 28 décembre] que le procès soit conduit dans ce diocèse [Lettre de territorialité : annexe 9].
Séance du mardi 9 janvier 1431 Institution du tribunal
Maison du conseil du roi près du château de Rouen. — L’évêque Cauchon a convoqué huit assesseurs7 afin de délibérer sur la manière de conduire le procès.
Il est arrêté que l’on procéderait à d’autres enquêtes sur l’accusée. Sont institués officiellement [Lettres d’institutions : annexes 10 à 13] :
- Jean d’Estivet : procureur général ;
- Jean de La Fontaine : conseiller ;
- Boisguillaume et Manchon : notaires ;
- Jean Massieu : huissier.
Annexes
1. Lettre de l’Université de Paris au duc de Bourgogne
L’Université :
- se plaint d’une première demande de remise de Jeanne restée sans réponse ;
- évoque le risque qu’elle soit délivrée8 et les conséquences pour la foi et pour l’honneur du duc, et celle de la maison de France dont il est issu ;
- renouvelle et justifie sa demande.
2. Lettre de l’Université de Paris à Jean de Luxembourg (Paris, 14 juillet 1430)
L’Université :
- lui rappelle les devoirs du chevalier catholique, dont le premier serment est de défendre l’honneur de Dieu, honneur en l’occurrence gravement offensé par Jeanne (énumération des griefs) ;
- le félicite pour sa capture ;
- l’alerte des terribles conséquences si elle n’était pas livrée (possibilité d’évasion, rachat par un tiers, etc.), mais l’assure des grands avantages si elle l’était.
3. Lettre du vicaire général de l’inquisiteur au duc de Bourgogne (Paris, 26 mai 1430)
Frère Martin Billorin, vicaire général de l’inquisiteur de la foi dans le royaume de France, justifie et exige, au nom de l’autorité pontificale, que Jeanne lui soit remise.
4. Lettre de sommation de l’évêque de Beauvais au duc de Bourgogne, à Jean de Luxembourg et au bâtard de Wandonne9
Cauchon, de par le roi notre Sire, et de par lui comme évêque de Beauvais, requiert :
- que Jeanne soit livrée au roi, qui la confiera à l’Église pour être jugée ; il dénie qu’elle puisse être considérée comme une prise de guerre mais propose toutefois une prime de 6 000 francs au duc, et une rente de 200 à 300 livres au bâtard ;
- en son nom, que Jeanne lui soit livrée puisque prise en son diocèse ;
- qu’à défaut de consentement aux offres précédentes, Jeanne soit livrée contre 10 000 francs en tout et pour tout, insistant que cela ne pouvait être comparable à la prise d’un roi, de princes et d’autres gens de grand état.
5. Récépissé de la remise de ladite lettre de sommation (Camp du duc de Bourgogne, 14 juillet 1430)
Le notaire pontifical Triquellot certifie que :
- Cauchon a remis une cédule [la lettre ci-dessus] au duc de Bourgogne, en présence des chevaliers Nicolas de Mailly et Jean de Pressy, pour qu’il la transmette à Jean de Luxembourg ;
- le duc a remis cette cédule au chevalier Nicolas Rolin, lequel l’a remise et l’a lue à Jean de Luxembourg.
6. Lettre de l’Université de Paris à l’évêque de Beauvais (Paris, 21 novembre 1430)
L’Université se plaint sèchement du retard et en tient Cauchon responsable : Jeanne aurait déjà due être livrée, d’autant qu’on la dit aux mains des Anglais ; elle exige des résultats, en particulier que Jeanne soit rapidement conduite à Paris.
7. Lettre de l’Université de Paris au roi de France et d’Angleterre (Paris, 21 novembre 1430)
L’Université se réjouit de la rumeur qui annonce Jeanne désormais entre les mains du roi et le prie humblement de bien vouloir la remettre entre les mains de la justice d’Église, à savoir celles de l’évêque de Beauvais et du vice-inquisiteur ; et si possible que son procès ait lieu à Paris.
8. Lettre du roi à l’évêque de Beauvais (Rouen, 3 janvier 1431)
Henri VI rappelle les délits de Jeanne (son habit d’homme, ses cruels homicides, sa séduction du peuple en s’affirmant envoyée de Dieu, ses prophéties, etc.), comment elle fut capturée à Compiègne puis remise à lui prisonnière. Il annonce avoir entendu les requêtes de l’évêque et de l’Université de Paris, et se soumettre aux exigences de l’Église. Toutefois il précise :
- que Jeanne restera sous garde anglaise (mais sera amenée devant ses juges autant que nécessaire) ;
- qu’il la récupérerait si elle n’était pas déclarée coupable.
9. Lettre de l’évêché de Rouen à l’évêque de Beauvais sur la question du territoire (Rouen, 28 décembre 1430)
Les docteurs de la cathédrale de Rouen, arguant la vacance épiscopale de leur diocèse, confirment que l’évêque de Beauvais a toute légitimité pour juger Jeanne en leur diocèse. Après avoir rappelé les délits de Jeanne, la chronologie de sa capture, les tractations pour sa livraison et son transfert à Rouen, ils concluent qu’il est préférable que le procès ait lieu à Rouen et accordent à Cauchon le droit d’exercer sa juridiction d’évêque de Beauvais sur le territoire de leur diocèse.
10. Lettre d’institution du procureur (Rouen, 9 janvier 1431)
Cauchon rappelle les délits de Jeanne, sa capture en son diocèse, sa remise par le roi et l’autorisation de territorialité pour mener le procès à Rouen. Il justifie que la cause nécessite un promoteur ou procureur général, loue la probité et l’intelligence de Me d’Estivet, et l’institue promoteur du procès. Aussi invite-t-il tout un chacun à l’assister dans sa fonction.
11. Lettre d’institution des notaires (Rouen, 9 janvier 1431)
Cauchon institue les notaires Boisguillaume et Guillaume Manchon greffiers du procès, les autorise à interroger Jeanne, à recueillir ses confessions et celles des témoins, à recevoir les opinions des docteurs, et les enjoint de tout rapporter par écrit, mot à mot.
12. Lettre d’institution du conseiller (Rouen, 9 janvier 1431)
Cauchon institue Jean de La Fontaine conseiller et examinateur des témoins [c’est-à-dire chargé d’organiser les interrogatoires].
13. Lettre d’institution de l’huissier (Rouen, 9 janvier 1431)
Cauchon institue Jean Massieu exécuteur des mandements et des convocations.
Séance du samedi 13 janvier Lecture des informations faites sur Jeanne
Hôtel de Cauchon à Rouen. — Cauchon, 6 assesseurs (dont 1 nouveau).
Cauchon expose ce qui fut fait lors de la première séance et sonde les avis quant à la marche à suivre. Il fait lire le compte-rendu de l’enquête faite dans le pays natal de Jeanne et ailleurs, ainsi que d’autres documents versés au dossier. Il est décidé que pour faciliter les délibérations à venir, toutes ces informations seraient rédigées sous forme d’articles10.
Lesdits articles furent rédigés les dimanche, lundi et mardi qui suivirent.
Séance du mardi 23 janvier Décision de procéder à une information préparatoire
Hôtel de Cauchon à Rouen. — Cauchon, 6 assesseurs.
Cauchon fait lire les articles rédigés ; ceux-ci obtiennent une approbation unanime. Il est décidé de procéder à l’information préparatoire11 sur les faits et dits de la prisonnière ; Cauchon étant occupé ailleurs, cette mission est confiée au conseiller Me de La Fontaine.
Séance du mardi 13 février Les officiers prêtent serment
Hôtel de Cauchon à Rouen. — Cauchon, 12 assesseurs (dont 6 nouveaux, délégués spécialement par l’Université de Paris : Beaupère, Touraine, Midi, Maurice, Feuillet et Courcelles).
Le promoteur Me d’Estivet, les notaires Me Boisguillaume et Me Manchon, et l’huissier Me Massieu prêtent serment.
Séances des mercredi 14, jeudi 15 et vendredi 16 février Information préparatoire
La Fontaine, assisté des deux notaires, procède à l’information préparatoire.
Séance du lundi 19 février, matin L’information préparatoire justifie le procès contre Jeanne ; décision d’inviter le vicaire de l’inquisiteur à s’y joindre
Hôtel de Cauchon à Rouen. — Cauchon, 12 assesseurs.
Cauchon fait lire l’information préparatoire — c’est-à-dire les articles et dépositions de témoins relatifs aux faits et aux dits de cette femme — afin de délibérer s’il y a matière à procès ou non. Après longue et mûre délibération, il est conclu que les charges sont suffisantes pour faire citer ladite femme en matière de foi.
Il est également décidé d’inviter l’inquisiteur de France à s’adjoindre au procès si cela lui agréait et lui paraissait de son intérêt. Mais le sachant absent, l’invitation sera faite à son vicaire à Rouen.
Séance du lundi 19 février, après midi Réquisition du vicaire de l’inquisiteur
Hôtel de Cauchon à Rouen. — Cauchon, Lemaître.
Me Jean Lemaître, vice-inquisiteur de France comparait devant Cauchon, muni de sa lettre de vicariat [Annexe 1 de la séance du 20 février]. L’évêque lui propose de se joindre au procès, ce que Lemaître accepte volontiers. Toutefois, n’étant que spécialement délégué dans le diocèse de Rouen, il émet un doute sur la légalité de sa présence à un procès mené par l’évêque de Beauvais. Cauchon répond que la question sera débattue le soir et promet une réponse pour le lendemain.
Séance du mardi 20 février Le vicaire se récuse dans la cause
Hôtel de Cauchon à Rouen. — Cauchon, 10 assesseurs dont Lemaître.
Cauchon rapporte à Lemaître que les gens experts à qui l’on avait montré sa lettre de vicariat [Annexe 1] ont validé sa participation au procès, mais que pour plus de sûreté, on demanderait une confirmation spécifique à l’inquisiteur de France (celui-ci sera sommé par lettres patentes [Annexe 2] de venir en personne à Rouen pour conduire personnellement le procès, ou, s’il en était empêché, de se faire suppléer par son vicaire muni d’un pouvoir étendu). Lemaître annonce se mettre en retrait jusqu’à sa pleine confirmation mais demande la poursuite du procès.
Le conseil fixe la première comparution de Jeanne au lendemain, mercredi 21 février.
Annexes
1. Lettre du vicariat de Jean Lemaître (Rouen, 21 août 1424)
Constitution officielle par Jean Graverent, inquisiteur de France, de Me Jean Lemaître, son vicaire dans la ville et le diocèse de Rouen, avec rappel des missions et attributions de l’inquisiteur.
2. Lettre de l’évêque de Beauvais à l’inquisiteur (Rouen, 22 février 1431)
Cauchon présente à l’inquisiteur la matière du procès de Jeanne, la question de territorialité, justifie sa présence urgente et lui demande de venir sans délai ou de confier son pouvoir à son vicaire à Rouen Me Jean Lemaître, ou à un autre.
Séance du mercredi 21 février Premier interrogatoire public
Chapelle royale du château de Rouen, 8h du matin. — Cauchon, 42 assesseurs (dont Lemaître et 27 nouveaux).
Lecture est faite de :
- la lettre du roi d’Angleterre sur la livraison de Jeanne [Séance du 9 janvier, annexe 8] ;
- la lettre de l’évêché de Rouen sur la question du territoire [Idem, annexe 9].
Le procureur Me d’Estivet demande à l’huissier de faire citer Jeanne [Annexe 1 et 2].
Annexes
1. Lettre de citation à comparaître (Rouen, 20 février 1431)
Après les salutations d’usage, Cauchon introduit la cause (la capture de Jeanne en son diocèse, sa livraison par le roi de France et d’Angleterre, les soupçons d’hérésie et l’enquête qui l’ont résolu à ouvrir un procès) et demande à ce que Jeanne soit citée à comparaître, sous peine d’excommunication, le lendemain mercredi 21 février à huit heures du matin dans la chapelle royale du château de Rouen.
2. Lettre d’exécution de la citation (20 février 1431)
L’huissier Me Massieu annonce à Cauchon la citation de Jeanne à l’heure et jour dits. Il lui rapporte que l’accusée s’est montrée disposée à coopérer, mais qu’elle souhaiterait que fussent également convoqués des ecclésiastiques des pays tenant le parti de France, tout autant qu’il y en avait d’Angleterre. En outre, qu’elle le suppliait humblement de lui permettre d’entendre la messe avant de comparaître.
Comparution de Jeanne
1. Le promoteur fait entrer l’accusée
Me d’Estivet fait lecture des précédentes lettres et requiert la comparution de Jeanne. Il rapporte qu’après délibération, sa demande de pouvoir entendre la messe lui a été refusée, vu les crimes dont [elle] était diffamée, notamment l’inconvenance de son habillement dans laquelle elle persévérait.
2. Elle est amenée en jugement
Jeanne se voit expliquer la raison de son procès.
3. Première exhortation
Jeanne est assise, on l’invite à faire preuve de bonne volonté.
4. Elle est requise de prêter serment
Jeanne annonce d’emblée : — Je ne sais sur quoi vous me voulez interroger. Par aventure, vous pourriez me demander telles choses que je ne vous dirais pas.
Ces réserves portent sur ses révélations, desquelles elles prévient qu’elle ne dira rien dût-on lui couper la tête, mais saurait avant huit jours […] si elle les devait révéler. Finalement, devant l’insistance de Cauchon, elle accepte de prêter serment les genoux fléchis, les deux mains posées sur le [missel], tout en réitérant qu’elle ne dévoilerait [pas] les révélations à elle faites.
5. Premier interrogatoire
Jeanne est interrogée sur son enfance. Elle raconte qu’on la nommait Jeannette mais qu’elle ne sait rien quant à son surnom ; qu’elle est née à Domrémy, qui fait un avec le village de Greux où est la principale église ; que son père était nommé Jacques d’Arc et sa mère Isabelle ; qu’elle fut baptisée dans l’église de Domrémy (marraines : Agnès, Jeanne, Sibille, et d’autres selon sa mère, parrains : Jean Lingue, Jean Barrey) ; que d’après son souvenir le prêtre s’appelait Jean Minet et vivrait encore ; qu’elle a aujourd’hui 19 ans, comme il lui semble ; que toute sa croyance lui vient de sa mère, qui lui apprit le Pater noster, l’Ave Maria et le Credo. Requise plusieurs fois de dire le Pater noster, elle répond qu’elle le dira volontiers, mais en confession.
6. Défense à Jeanne de sortir de sa prison
Sommée de renoncer à s’évader, elle refuse et se défend d’avoir jamais fait une telle promesse. Lorsqu’elle se plaint d’être incarcérée avec chaînes et entraves de fer, on lui rappelle ses précédentes tentatives d’évasion : — Il est vrai que je l’ai voulu et le voudrais encore, ainsi qu’il est licite à tout détenu ou prisonnier de s’évader.
Sont commis à sa garde trois Anglais, John Grey, John Berwoit et William Talbot, avec l’interdiction formelle de laisser quiconque conférer avec elle sans autorisation. Ils jurent la main sur les saints Évangiles.
Séance du jeudi 22 février 2e interrogatoire public
Chambre de parement du château de Rouen. — Cauchon, 48 assesseurs (dont Lemaître et 7 nouveaux).
Cauchon rappelle la présence à ses côtés du vice-inquisiteur Lemaître, invité à participer au procès, mais qui restera en retrait dans l’attente de sa pleine confirmation par l’inquisiteur de France. Celui-ci le remercie et l’invite à poursuivre le procès.
Interrogatoire
1. Jeanne est introduite et requise de prêter le même serment que la veille
— Je le fis hier votre serment ; et il vous doit bien suffire.
Sur l’insistance du juge elle consent à jurer sur ce qui toucherait la foi, mais oppose les mêmes réserves que la veille, pour conclure : — Je n’ai rien fait que par révélation.
Elle est ensuite interrogée :
2. Sur son enfance
Elle dit ignorer l’âge de son départ de la maison ; avoir appris à filer et coudre ; qu’elle vaquait aux besognes familières de la maison, et n’allait pas aux champs avec les brebis et autres bêtes12. Elle évoque son séjour de quinze jours à Neufchâteau chez une dénommée La Rousse. Sur sa pratique religieuse : dit se confesser au moins une fois l’an et communier à Pâques.
3. Sur sa voix
Déclare qu’elle vint pour la première fois à l’âge de treize ans et qu’alors elle eut grand peur. — Et vint cette voix sur l’heure de midi environ, en temps d’été, dans le jardin de son père
; explique qu’elle est accompagnée de clarté. Dit en outre que si elle était dans un bois, elle entendrait bien ses voix venir à elle. Décrit la voix digne ; la croit envoyée de la part de Dieu ; sut après l’avoir entendu trois fois que c’était la voix d’un ange ; refuse de détailler son aspect ; dit comment elle lui commanda de se bien gouverner et de fréquenter l’église pour le salut de son âme, et lui révéla qu’elle irait en France et lèverait le siège d’Orléans.
4. Sur son séjour à Vaucouleurs
Dit que sa voix l’envoya vers Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, car celui-ci l’équiperait ; qu’elle déplora alors ne savoir ni chevaucher ni mener guerre ; qu’elle alla trouver son oncle pour qu’il l’y conduise ; qu’une fois sur place elle reconnut Baudricourt grâce à sa voix ; qu’elle lui annonça devoir aller en France ; qu’il la repoussa deux fois, mais qu’à la troisième il la reçut, et l’équipa, ainsi que la voix l’avait prédit.
5. Sur le duc de Lorraine
Dit s’être rendue à son invitation avec sauf-conduit ; qu’il l’interrogea sur sa santé à quoi elle répondit qu’elle n’en savait rien ; mais qu’elle lui demanda son fils et des gens pour aller en France, avant de s’en retourner à Vaucouleurs.
6. Sur son départ de Vaucouleurs
Dit que Baudricourt lui donna une épée et une escorte : un chevalier, Jean de Metz, un écuyer, Bertrand de Poulengy et quatre serviteurs, qui jurèrent de la mener bien et sûrement ; qu’il la salua une dernière fois : — Va, et advienne que pourra !
; qu’elle gagna la ville de Saint-Urbain et coucha en l’abbaye ; qu’elle passa par Auxerre où elle entendit la messe ; et que fréquemment entendait ses voix.
7. Sur son habit d’homme
Refuse de répondre qui le lui fit prendre, tergiverse, finit par dire que de cela elle ne chargeait personne.
8. Sur le duc d’Orléans13
Affirme que Dieu l’aime et qu’elle avait eu plus de révélations sur lui que sur homme vivant, excepté [son roi].
9. Sur sa lettre aux Anglais devant Orléans
En confirme la teneur (qu’ils s’en allassent) sauf à deux endroits : Rendez à la Pucelle
au lieu de Rendez au roi
et l’ajout des mots corps pour corps
et chef de guerre
.
10. Sur son arrivée à Chinon
Dit qu’elle arriva sans incidents ; fit halte à Sainte-Catherine-de-Fierbois d’où elle envoya prévenir le roi ; arriva à Chinon à midi et l’alla trouver après dîner.
11. Sur sa rencontre avec le roi
Dit qu’elle le reconnut grâce à sa voix et qu’elle lui annonça vouloir aller faire la guerre contre les Anglais ; évoque plusieurs apparitions et belles révélations mais refuse de les décrire : — Envoyez vers le roi, et il vous le dira.
; dit que les voix l’avaient assurée qu’elle serait reçue ; que les proches du roi, dont Charles de Bourbon, entendirent et virent les voix.
12. Sur sa voix
Dit l’entendre quotidiennement ; qu’elle ne lui demande d’autre récompense que le salut de son âme ; que le jour de l’assaut devant Paris sa voix lui avait demandé de demeurer à Saint-Denis, ce qu’elle aurait fait si des capitaines ne l’avaient emmenée contre sa volonté ; qu’elle fut blessée devant Paris où elle fit faire une escarmouche un jour de fête, et guérit en cinq jours.
Séance du samedi 24 février 3e interrogatoire public
Chambre de parement du château de Rouen. — Cauchon, 62 assesseurs (dont Lemaître, 18 nouveaux).
Interrogatoire
1. Jeanne est requise de prêter serment
S’ensuivent les mêmes tergiversations que la veille et l’avant-veille. — Par aventure, vous me pourriez contraindre à dire telle chose que j’ai juré de ne dire point. Ainsi je serais parjure, ce que vous ne devriez vouloir
. Cauchon la presse, elle l’avise de ne pas trop la charger : — J’ai assez juré par deux fois
; répond qu’elle dira volontiers la vérité sur sa venue en France, mais non sur tout ; que du reste huit jours ne suffiraient à tout dire. Cauchon s’obstine, elle élude, il la pousse et cherche à l’intimider ; elle finit par jurer, mais uniquement sur ce touchant le procès.
Répond qu’elle n’a rien mangé ni bu depuis midi la veille14.
2. Sur sa voix et ses révélations
Dit qu’elle a entendu sa voix au moins trois fois la veille, qu’elle en fut éveillée le matin, qu’elle ignore si celle-ci se trouvait dans sa chambre mais qu’elle était dans le château, qu’elle la remercia, non pas en s’agenouillant mais assise sur son lit en joignant les mains, qu’elle reçut conseil sur comment répondre aux juges : hardiment et Dieu la réconforterait ; avise Cauchon qu’il se met en grand danger car elle est envoyée de par Dieu ; dit que la voix ne s’est jamais contredite ; qu’elle vient parfois à sa demande, parfois spontanément ; qu’il lui arrive de ne pas la comprendre ; qu’elle ne répondra pas sur ce qui touche au roi, du moins pas avant quinze jours ; que ça lui est défendu et que ce ne sont pas les hommes qui le [lui] défendirent ; qu’elle croit aussi fermement qu’elle croit en la foi chrétienne que cette voix vient de Dieu, et sur son ordre, mais qu’elle n’en dira pas plus de peur de lui déplaire ; affirme avoir reçu la veille de nouvelles révélations sur le roi qu’elle aimerait lui communiquer, dût-elle ne plus boire de vin jusqu’à Pâques15.
Interrogée si elle ne pourrait pas charger ses voix du message, répond que si cela plaisait à Dieu elle en serait bien contente et ajouta qu’elle ne saurait rien faire sans la grâce de Dieu ; refuse [avec insolence, dit une note en marge du manuscrit] de répondre si elle eut révélation qu’elle s’échapperait de prison ; dit n’avoir point compris tous les conseils de la veille au soir ; réaffirme que la voix est toujours accompagnée de clarté ; ne veut rien dire d’autre sinon que cette voix est bonne et digne ; demande à ce qu’on lui soumette par écrit les questions auxquelles elle n’a pas répondu ; refuse de répondre si la voix est dotée d’yeux et de vue16 : — On pend bien quelquefois les gens pour avoir dit vérité
.
3. Interrogée si elle pense être en la grâce de Dieu
Répond : — Si je n’y suis, Dieu m’y mette, si j’y suis, Dieu m’y garde
; ajoute qu’elle croit que la voix ne viendrait plus dès lors qu’elle serait en état de péché.
4. Sur son enfance
Dit qu’elle avait treize ans lors de la première apparition ; acquiesce avoir joué aux champs avec les autres enfants.
5. Sur les Bourguignons
Dit que ceux de Domrémy ne tenaient pas leur parti ; qu’elle n’en connaissait qu’un et eût bien voulu qu’il eût la tête coupée s’il eût plu à Dieu ! ; que ceux de Maxey étaient Bourguignons, et que les enfants de Domrémy se battaient contre ceux de Maxey et revenaient parfois bien blessés et sanglants ; qu’elle n’aima pas les Bourguignons depuis qu’elle comprit que sa voix était pour le roi de France ; que dès l’enfance elle désira que son roi eût son royaume ; que les Bourguignons auront guerre, s’ils ne font ce qu’ils doivent, et le sait par sa voix. Interrogée si elle sut aussi que les Anglais allaient venir en France : répond qu’ils y étaient déjà lorsque lui vinrent ses voix.
6. Sur son départ de Domrémy
Interrogée si elle aurait préféré être un homme quand elle sut qu’elle devrait aller en France ? dit qu’ailleurs elle avait répondu.
7. Sur son enfance
Répète que depuis qu’elle fut plus grande elle ne menait pas souvent les bêtes aux champs, mais qu’il lui arrivait de les conduire à un château nommé l’Île, par crainte des gens d’armes.
8. Sur l’arbre aux fées, la fontaine, le bois chênu
Dit avoir vu des malades guérir de l’eau de la fontaine mais sans savoir si c’en était la cause ; que l’arbre était un grand hêtre qui appartenait au chevalier Pierre de Bourlemont ; qu’elle y jouait avec ses amies, y accrochait des couronnes de fleurs pour Notre-Dame, y a peut-être dansé ; que des anciens disaient que les dames fées s’y rendaient ; que sa marraine, la femme du maire Aubery, affirmait les y avoir vues ; qu’elle-même ignore si c’était vrai ou non, et qu’elle ne vit jamais rien ; qu’elle n’y alla plus jouer dès qu’elle sut qu’elle devrait aller en France ; qu’on voit le bois chênu depuis la porte de sa maison, à moins d’une demi-lieue ; qu’elle ne sait rien au sujet des fées ; que son frère lui rapporta qu’une rumeur disait que c’était à l’arbre aux fées qu’elle avait pris son fait, ce qu’elle lui démentit ; que lorsqu’elle vint auprès du roi on la questionna sur l’existence d’un bois chênu, car il y avait prophétie disant que devers ce bois devait venir une pucelle qui ferait merveille, mais qu’elle n’y prêta foi.
9. Sur son habit d’homme
Répond que si on lui donnait un habit de femme elle le mettrait et s’en irait ; autrement non.
Séance du mardi 27 février 4e interrogatoire public
Chambre de parement du château de Rouen. — Cauchon, 54 assesseurs (dont Lemaître et 3 nouveaux).
Interrogatoire
1. Le tribunal demande à Jeanne de prêter serment
S’en suit le même échange qu’aux séances précédentes : — Vous devez vous en contenter, car j’ai assez juré.
2. Sur sa santé
Interrogée si elle se porte bien depuis samedi, répond : — Du mieux que j’ai pu.
; assure avoir jeûné durant ce Carême.
3. Sur sa voix
Dit qu’elle l’a beaucoup entendue depuis la dernière séance, et même pendant, mais moins distinctement que dans sa cellule et que celle-ci l’enjoignait à répondre hardiment ; qu’elle la consultait sur les questions que les juges poseraient ; qu’elle répondra volontiers de tout ce que Dieu l’autorisera à révéler ; qu’en particulier elle ne dirait rien des révélations au roi sans l’autorisation explicite de sa voix ; qu’elle ne serait pas tranquille si elle répondait sur un point sans l’avoir consultée.
4. Sur ses saintes
Dit que la voix est celle de sainte Catherine et de sainte Marguerite, dont les figures sont magnifiquement couronnées ; qu’elle les reconnaît bien l’une de l’autre, à leur manière de saluer et parce qu’elles se sont nommées ; qu’elles la gouvernent depuis sept ans ; refuse de décrire leur habit, leur âge, si elles parlent ensemble ou à la suite ; dit avoir oublié laquelle apparut la première ; et renvoie plusieurs fois à son interrogatoire de Poitiers17.
5. Sur saint Michel
Dit que c’est lui qui vint le premier lorsqu’elle avait treize ans environ ; interrogée sur sa voix, répond qu’elle n’a point parlé de voix mais d’un grand confort venant de lui ; dit qu’il était accompagné des anges du ciel, qu’elle les vit de ses yeux aussi bien comme je vous vois vous
et qu’elle pleurait lorsqu’ils partaient ; ajoute qu’elle ne vint en France que du commandement de Dieu ; refuse de répondre sur la figure de saint Michel et sur ce qu’il lui dit.
6. Sur ses voix
Dit qu’elle n’a pas l’autorisation de communiquer ce qui lui a été révélé ; qu’elle n’en n’a instruit que le roi, car cela le concernait. Interrogée d’où lui vient sa conviction que les voix viennent de Dieu, répond : — Ce sont saintes Catherine et Marguerite, croyez-moi si vous le voulez !
. Interrogée comment elle décide de répondre à certaines questions mais pas à d’autres, répond qu’elle consulte ses voix ; assure qu’elle aimerait mieux être tirée par les chevaux [écartelée] que d’être venue en France sans le congé de Dieu.
7. Sur son habit d’homme
Répond que c’est peu de chose, que personne ne le lui a suggéré, et qu’elle n’a pris cet habit, ni rien fait, que par commandement de Dieu et de ses anges. Le considère-t-elle licite ? — Tout ce que j’ai fait est par commandement de Dieu ; et s’il m’eût enjoint d’en prendre un autre, je l’aurais pris.
; nie l’avoir pris par ordre de Baudricourt ; a-t-elle bien fait ? répond que tout ce qu’elle a fait par commandement de Dieu elle croit l’avoir bien fait.
8. Sur sa voix
Répond que lorsqu’elle venait il y avait beaucoup de lumière de toute part.
9. Sur son entretien avec le roi
Interrogée s’il y avait un ange sur la tête du roi, répond : — Par Notre Dame ! s’il y était, je l’ignore et ne l’ai point vu.
; confirme qu’il y avait de la lumière, cinquante torches, sans compter la lumière spirituelle. Interrogée comment son roi ajouta foi à ses dires, répond qu’il avait bonnes enseignes [bons signes] et par les clercs qui l’interrogèrent pendant trois semaines à Chinon et à Poitiers. Interrogée sur les révélations à son roi, répond : — Vous ne les aurez pas de moi cette année !
10. Sur son arrivée à Chinon
Dit qu’elle fit halte à Sainte-Catherine-de-Fierbois où elle entendit trois messes dans la journée ; qu’elle écrivit au roi pour lui demander d’être reçue et pour lui annoncer qu’elle venait à son secours, savait de bonnes choses sur lui et saurait le reconnaître entre tous les autres.
11. Sur son épée
Dit qu’elle avait l’épée reçue à Vaucouleurs quand, à Tours ou à Chinon, ses voix lui en signalèrent une autre, cachée derrière l’autel de l’église de Sainte-Catherine-de-Fierbois et ornée de cinq croix ; qu’elle l’envoya chercher ; que sitôt que l’épée fut découverte, les gens d’Église du lieu la frottèrent et aussitôt la rouille tomba sans effort, et ils la lui envoyèrent ; qu’elle ne la fit pas bénir ; qu’elle l’aimait bien car trouvée en l’église de Sainte-Catherine qu’elle aimait bien ; qu’elle ne pense pas l’avoir posée sur l’autel pour qu’elle soit mieux fortunée ; qu’elle la garda jusqu’au départ de Saint-Denis, après l’assaut de Paris ; que ce n’est pas celle offerte à Saint-Denis, ni celle qu’elle portait au moment de sa capture, laquelle avait été prise à un Bourguignon et était bien bonne à donner de bonnes baffes et de bonnes torgnoles18 ; qu’elle ne dira pas où elle se trouve ; que ses frères gardent ses biens, épées, chevaux et autres choses valant plus de 12 000 écus.
12. Sur son étendard19
Le décrit blanc semé de lis, figurant [Dieu tenant] le monde entouré de deux anges et les noms Jhesus Maria
; dit préférer quarante fois son étendard à son épée ; qu’elle l’a fait faire, comme le reste, du commandement de Dieu ; qu’elle le portait pendant les assauts pour éviter de tuer quelqu’un, et qu’elle n’a d’ailleurs jamais tué personne.
13. Sur la libération d’Orléans
Dit que le roi lui avait confié 10 ou 12 000 hommes ; décrit son arrivée dans la ville, puis les combats ; dit qu’elle avait annoncé, d’après révélations, la levée du siège et qu’elle serait blessée ; qu’elle le fut au cou, lors de l’assaut à la bastille du Pont où elle posa l’échelle en premier ; qu’elle continua à combattre ; qu’elle fut guérie en quinze jours, réconfortée par sainte Marguerite.
14. Sur le siège de Jargeau
Assume le refus d’accorder un délai aux Anglais pour se retirer.
Séance du jeudi 1er mars 5e interrogatoire public
Chambre de parement du château de Rouen. — Cauchon, 57 assesseurs (dont Lemaître et 2 nouveaux).
Interrogatoire
1. Jeanne est requise de prêter serment
Tergiverse comme précédemment, et finit par jurer : — De ce que je saurai, qui touche le procès, volontiers dirai la vérité, et vous en dirai tout autant que j’en dirais si j’étais devant le pape de Rome !
2. Sur les trois papes20
Interrogée sur quel pape elle croit être le vrai, répond en demandant s’ils étaient deux ; reconnaît avoir échangé par écrit avec le comte d’Armagnac. Lecture est faite d’une lettre du comte et d’une réponse de Jeanne [Lettres reproduites aux articles 27 et 29 de l’acte d’accusation] ; elle les atteste en partie ; confirme que le comte l’interrogea sur les trois papes ; nie avoir répondu à ce sujet, et affirme que sa promesse d’une réponse future concernait une autre question non reproduite ici ; croit personnellement qu’il faut obéir à notre Saint Père le pape qui est à Rome.
3. Sur les noms Jhesus Maria
et la croix dont elle marquait ses lettres
Répond parfois les mettre et parfois non ; précise qu’une croix sur une lettre indiquait à son parti qu’il fallait comprendre le contraire.
4. Sur sa lettre aux Anglais devant Orléans21
Lecture en est faite [la lettre est reproduite à l’article 22 de l’acte d’accusation]. Elle la confirme sauf trois points : Rendez à la Pucelle
au lieu de Rendez au roi
et l’ajout de chef de guerre
et de corps pour corps
; dit qu’elle la dicta elle même ; qu’elle fut juste montrée à certains de son parti avant d’être envoyée.
5. Sur l’avenir des Anglais en France
Annonce qu’avant sept ans ils perdront beaucoup et que les Français auront grande victoire22 ; que ses saintes le lui révélèrent, et qu’elle fût alors bien fâchée d’un si long délai ; qu’elle le sait aussi bien qu’elle sait que [Cauchon] est devant elle. Interrogée quand cela arrivera, répond qu’elle ne sait le jour ni l’heure, ni l’année ; nie avoir dit à son garde John Grey que cela serait avant la Saint-Martin d’hiver [11 novembre], mais que d’ici là on verrait bien des choses.
6. Sur ses saints et saintes
Dit ne plus se souvenir si saint Michel lui vint accompagné de saint Gabriel ; confirme avoir entendu ses saintes depuis la dernière séance et qu’il n’est jour qu’elle ne les entende ; dit les voir toujours sous la même forme, leurs figures couronnées bien richement, mais n’évoque pas leur habillement ; qu’elle sait qu’une apparition est homme ou femme à sa voix et parce qu’elles le lui disent ; qu’elle voit les visages mais n’a pas mémoire des corps ; qu’elles parlent très bien et bellement, et le langage de France. Interrogée si sainte Marguerite parle anglais, répond : — Pourquoi parlerait-elle anglais puisque n’est du parti des Anglais ?
7. Sur ses anneaux
— Vous en avez un de moi ; rendez-le-moi !
; dit que les Bourguignons lui en ont pris un autre ; que celui-là, sans pierre et marqué des noms Jhesus Maria
, lui fut donné à Domrémy par son père ou sa mère ; que l’autre lui fut offert par son frère ; demande à ce qu’il soit remis à l’Église ; affirme n’avoir jamais guéri personne avec un anneau.
8. Sur ses saintes
Répond ignorer si elles lui parlèrent près de l’arbre, mais dit qu’elle le firent près de la fontaine ; qu’elle les y entendit bien, mais ne se souvient plus de leurs propos. Interrogée si elles lui firent quelques promesses, répond que oui, par le congé de Dieu, mais que ce n’est pas du tout de votre procès
; dit que ses saintes lui ont annoncé que le roi serait rétabli, promis qu’elle-même serait conduite au Paradis, mais refuse de révéler une autre promesse qui ne concerne pas le procès, mais la dira avant trois mois.
Interrogée si elles lui avaient annoncé qu’elle serait délivrée avant trois mois, répond : — Ce n’est pas de votre procès ; cependant ne sais quand serai délivrée
, et ajoute que ceux qui la veulent ôter de ce monde pourraient bien s’en aller avant elle. Le tribunal insiste, répond : — Reparlez m’en dans trois mois. Et demandez aux assesseurs si cela concerne mon procès.
Les assesseurs délibèrent, concluent que cela concerne le procès et la somme de répondre : elle requiert un délai. Interrogée si ses saintes lui défendent de dire la vérité, répond que ce qui concerne son roi n’est pas du procès, mais qu’elle sait qu’il gagnera le royaume de France ; dit aussi qu’elle serait morte sans leur réconfort quotidien.
9. Sur sa mandragore
Nie en n’avoir jamais eu ; dit en avoir entendu parler au village comme d’une chose dangereuse, enterrée sous un coudrier [noisetier] en un lieu qu’elle ignore ; qu’elle ne croit pas en son pouvoir de faire venir l’argent ; nie que ses voix en aient jamais parlé.
10. Sur saint Michel
Interrogée sur sa figure, répond qu’elle ne lui vit pas de couronne et de ses vêtements, rien ne sait ; était-il nu ? : — Pensez-vous que Notre Seigneur n’ait de quoi le vêtir ?
; avait-il des cheveux : — Pourquoi les lui aurait-on coupés ?
; dit qu’elle ignore s’il a des cheveux ou porte une balance23 ; qu’elle ne l’a plus vu depuis son départ du château du Crotoy ; qu’elle a grande joie quand elle le voit ; et lui semble, quand elle le voit, qu’elle n’est pas en péché mortel.
11. Sur ses saintes
Dit qu’elles la font volontiers confesser à tour de rôle et de temps à autre ; qu’elle ignore si elle est en péché mortel, mais ne pense pas avoir jamais rien fait pour.
12. Sur le signe donné au roi
— Je vous ai toujours répondu que vous ne le tirerez pas de ma bouche. Allez lui demander !
; répète qu’elle dira certaines choses et d’autres non. Les juges insistent, Jeanne résiste ; dit avoir promis d’elle-même à ses saintes de garder le secret car trop de gens le lui eussent demandé. Interrogée si le roi était seul lors du signe, répond que oui et que les autres étaient à distance ; lui a-t-elle vu une couronne ? refuse de répondre car ce serait se parjurer ; avait-il une couronne à Reims : répond qu’il mit celle qu’il trouva24, mais qu’une mille fois plus riche lui fut apportée plus tard et qu’il aurait pu l’avoir pour le sacre s’il avait attendu.
Séance du samedi 3 mars 6e interrogatoire public
Chambre de parement du château de Rouen. — Cauchon, 42 assesseurs (dont 5 nouveaux), absence de Lemaître.
Interrogatoire
1. Jeanne prête serment
— Comme autrefois j’ai fait.
2. Sur ses saints
Interrogée d’où vient son affirmation que saint Michel a des ailes quand elle n’a vu ni son corps ni celui des saintes ? dit avoir déjà répondu ; qu’elle sait qu’ils sont saints et saintes du paradis. Interrogée si elle vit autre chose que leurs visages, refuse de répondre : — J’aimerais mieux que me fissiez trancher le cou !
; mais dit qu’elle parlera volontiers de tout ce qui touche au procès ; dit que saint Michel et saint Gabriel ont des têtes naturelles, qu’elle les a vus de ses yeux vus, tels que Dieu les forma, et qu’elle croit que ce sont eux aussi fermement que Dieu est.
3. Sur sa délivrance
Interrogée si elle savait par révélation qu’elle s’échapperait, répond : — Cela ne touche votre procès. Voulez-vous que je parle contre moi ?
; dit ne savoir rien d’autre, ni le jour ni l’heure, sinon qu’elle serait délivrée.
4. Sur son habit d’homme
Interrogée sur ce qu’en a dit le roi, renvoie à l’interrogatoire de Poitiers ; les clercs ? leur dit qu’elle l’avait pris à Vaucouleurs ; la reine ? ne se rappelle plus ; lui a-t-on jamais demandé de déposer son habit d’homme dans l’entourage du roi ? refuse de répondre ; le lui a-t-on demandé à Beaurevoir ? oui, mais a refusé sans le congé de Notre Seigneur ; aussi refusa-t-elle les habits de femme offerts par la demoiselle de Luxembourg et la dame de Beaurevoir, tout en précisant que si elle avait dû changer d’habits, elle l’eût plutôt fait à la requête de ces deux dames que d’autres dames qui soient en France, sa reine exceptée ; de même refusa-t-elle d’en prendre à Arras, à la requête de Jean de Pressy et de quelques autres. Pense-t-elle pécher en portant un habit d’homme ? répond qu’elle obéit à Dieu ; quand et par qui Dieu le lui demanda ? refuse de répondre.
5. Sur les panonceaux25
Dit que certains seigneurs en firent faire à l’image de son étendard ; était-ce pour leur porter bonheur ? répond qu’elle leur disait plutôt d’entrer hardiment parmi les Anglais, et elle-même y entrait ; qu’elle leur disait aussi ce qui était advenu et adviendrait encore. Interrogée si de l’eau bénite fut jetée sur les panonceaux, répond l’ignorer, et que si ce fut fait, ce n’a pas été sur [son] commandement ; inscrivaient-ils Jhesus Maria
dessus ? l’ignore ; organisa-t-elle des processions autour d’églises avec les panonceaux ? répond que non, ni ne l’a vu faire. À Jargeau avait-elle mis quelque chose de rond derrière son heaume ? répond : — Par ma foi, il n’y avait rien.
6. Sur frère Richard26
Dit qu’elle le vit pour la première fois à Troyes ; qu’il s’avançait vers elle en faisant des signes de croix et en jetant de l’eau bénite, et qu’elle lui dit : — Approchez hardiment, je ne m’envolerai pas !
7. Sur des portraits d’elle
Répond qu’elle n’en vit un qu’une fois à Arras, entre les mains d’un Écossais, la représentant en armure, agenouillée devant son roi à qui elle présentait une lettre.
8. Sur un tableau chez son hôte à Orléans représentant trois femmes et la devise Justice, Paix, Union27
Répond qu’elle n’en sait rien.
9. Sur des messes ou prières dites pour elle
Dit n’en avoir jamais commandées ; mais pense qu’on n’a point fait de mal en priant pour elle.
10. Sur le fait qu’elle se dise envoyée de Dieu
Interrogée si ceux de son parti le croient, répond : — Ne sais s’ils le croient, et m’en attends à leur courage, mais s’ils ne le croient, je suis bien envoyée de par Dieu !
; et que ceux qui le croient n’ont point été abusés.
11. Sur les manifestations de piété à son égard
Dit qu’elle n’y était pour rien et laissait venir à elle les pauvres gens, qui la baisaient ou touchait ses vêtements ; nie les révérences des Troyens à son entrée ; ne sait rien d’un sermon de frère Richard ; dit n’avoir jamais couché à Troyes ; qu’elle souleva un enfant pour son baptême en cette ville, deux à Saint-Denis, et ne se souvient plus pour Reims et Château-Thierry ; qu’elle donnait aux fils le nom de Charles, aux filles celui de Jeanne ou comme les mères le voulaient ; qu’elle laissa toucher et baiser ses anneaux sans préjuger des intentions.
12. Sur un fait d’armes à Château-Thierry28
Répond que c’est une calomnie des Anglais.
13. Sur le sacre à Reims :
Dit que le roi donna des gants aux chevaliers29 ; que son étendard fut près de l’autel en l’église ; qu’elle ignore si frère Richard le tint.
14. Sur sa piété
Répond qu’elle se confessait et communiait souvent depuis son départ ; qu’elle reçut ces sacrements en habit d’homme, mais n’a point mémoire de les avoir reçus en armes.
15. Sur la jument de l’évêque de Senlis
Interrogée pourquoi elle la lui prit, répond qu’elle lui fut payée ; ajoute que la bête étant peu endurante, elle la lui rendrait volontiers s’il la réclamait.
16. Sur l’enfant de Lagny qu’elle ressuscita
Dit qu’elle se joignit à une prière de femmes devant l’église pour un mort-né de trois jours, qu’il bâilla, reprit couleur, fut baptisé, mourut peu après et put être enterré en terre sainte [c’est-à-dire dans un cimetière] ; ignore si on lui attribua la résurrection.
17. Sur Catherine de La Rochelle30
Dit l’avoir vu à Jargeau et à Montfaucon ; qu’elle ne crut pas à ses histoires de dame blanche qui la visitait, et qu’elle lui conseilla plutôt de retourner vers son mari faire son ménage et nourrir ses enfants ; que ses saintes lui confirmèrent qu’il n’y avait que folie, et que c’était tout néant ; que ladite Catherine et frère Richard en furent très mal contents ; qu’elle passa deux nuits dans son lit à attendre avec elle sa dame blanche mais ne vit rien ; que Catherine lui déconseilla l’assaut de La Charité-sur-Loire et préférait aller trouver le duc de Bourgogne pour faire la paix ; mais qu’il lui semblait à elle qu’on n’y trouverait point de paix, si ce n’était par le bout de la lance.
18. Sur l’assaut de La Charité
Nie avoir aspergé les fossés d’eau bénite ; nie avoir ordonné l’assaut par révélation ; dit qu’elle aurait préféré ne pas y aller mais s’est laissée convaincre par les gens d’armes.
19. Sur sa détention à Beaurevoir
Dit y avoir passé quatre mois ; qu’elle fut fâchée d’apprendre que les Anglais venaient pour la prendre ; que ses voix lui défendirent de sauter, mais que de peur d’être prise, elle sauta et fut blessée ; que sainte Catherine lui annonça qu’elle guérirait et que ceux de Compiègne, pour qui elle priait toujours, auraient secours ; qu’après son saut on la crut morte ; qu’elle aurait mieux aimé rendre son âme à Dieu que d’être en la main des Anglais ; nie avoir blasphémé sous la colère ni avoir jamais maugréé saint ou sainte.
20. Sur son passage à Soissons
Interrogée si elle renia Dieu ou menaça de tailler en pièces le capitaine de la ville, répond n’avoir jamais renié ni saint ni sainte et que ceux qui l’ont rapporté ont mal entendu.
21. Jeanne est raccompagnée en sa prison
Cauchon annonce la fin des séances publiques et la poursuite du procès sous une autre forme. Les confessions de Jeanne seront ordonnées et mises à l’écrit par quelques docteurs et gens expérimentés, lesquels se rendront dans sa cellule s’il fallait la réinterroger sur quelque point. Les assesseurs devront de leur côté commencer à étudier la matière du procès, et ont interdiction de quitter la ville.
Séances du dimanche 4 au vendredi 9 mars Réunion chez l’évêque ; décision d’interroger Jeanne de nouveau
Hôtel de Cauchon à Rouen. — Cauchon, le conseiller La Fontaine, 6 assesseurs et le notaire Manchon.
Cauchon convoque plusieurs docteurs pour mettre en forme les réponses de Jeanne et en extraire d’éventuels points à éclaircir.
Après délibération il fut arrêté que Jeanne serait de nouveau interrogée. Attendu les diverses occupations de Cauchon qui ne pouvait toujours vaquer exclusivement aux interrogatoires, Me de La Fontaine est commis pour le remplacer le cas échéant.
Séance du samedi 10 mars, Premier interrogatoire en prison
Prison de Jeanne. — Cauchon, La Fontaine et 4 assesseurs (dont 1 nouveau).
Interrogatoire
1. Jeanne est requise par Cauchon de prêter serment
— Je vous promets que je dirai la vérité sur ce qui touche votre procès ; et plus vous me contraindrez de jurer, plus tard vous la dirai.
La Fontaine commence l’interrogatoire.
2. Sur sa prise à Compiègne
Dit qu’elle venait de Crépy-en-Valois ; qu’elle entra secrètement dans la ville le matin, et fut prise le soir même ; qu’elle ne se souvient pas si lors de sa sortie on sonna les cloches. Interrogée si elle fit cette sortie sur le commandement de sa voix, répond que non, qu’il lui fut seulement révélé, lorsqu’elle était à Melun, qu’elle serait prise avant la Saint-Jean31 et qu’ainsi fallait que fût fait ; qu’elle interrogea ses voix sur l’heure de sa capture et leur demanda la mort plutôt que la prison, mais quelles lui répondirent de prendre tout en gré ; dit que si elle avait su qu’elle serait prise lors de sa sortie elle n’y fût pas allée à moins d’en avoir le commandement, mais que ce jour-là elle n’eut ni révélation de sa capture ni commandement de sortir ; décrit comment elle repoussa les Bourguignons par deux fois et à la troisième fut prise à revers par des Anglais.
3. Sur son étendard
Dit qu’elle n’en eut jamais qu’un, représentant le monde et deux anges ; qu’elle le fit faire sous commandement de ses saintes ; qu’elle devait le porter hardiment ; qu’elle ignore sa signification.
4. Sur son blason
Répond n’en avoir pas eu mais que le roi donna des armes à ses frères : un écu d’azur, deux fleurs de lis d’or et une épée au milieu, don qui fut fait sans sa requête et sans révélation.
5. Sur ses richesses
Répond que lorsqu’elle fut prise, elle était sur l’un de ses chevaux payés avec l’argent du roi. Interrogée si elle reçut d’autre richesse du roi, répond qu’elle ne demandait rien sinon bonnes armes, bons chevaux, et de l’argent pour payer les gens de son hôtel ; a-t-elle un trésor ? répond que ses frères ont 10 ou 12 000 écus du roi, ce qui est peu pour faire la guerre.
6. Sur le signe donné au roi
Répond qu’il est beau et honoré et bien croyable32. Interrogée pourquoi elle refuse de le montrer, alors qu’elle-même demanda un signe à Catherine de La Rochelle, répond que si Catherine avait auparavant montré son signe à notable gens comme elle-même montra le sien à l’archevêque de Reims, Charles de Bourbon, le sire de la Trémouille, le duc d’Alençon, etc., elle n’aurait pas exigé de le voir elle-même, et que d’ailleurs ses voix l’avaient prévenue de la supercherie ; dit que le signe est encore visible, qu’il est au trésor du roi et durera mille ans et plus ; refuse de répondre s’il s’agit d’or, d’argent ou de pierre précieuse, mais que le signe qu’il leur faudrait à eux c’est que Dieu me délivre de vos mains
; que ses voix lui avait promis un signe pour sa rencontre avec le roi ; qu’après qu’il l’eut vu, elle se sentie soulagée et s’agenouilla ; que ce fut un ange qui donna le signe au roi ; que les clercs cessèrent de douter lorsqu’ils eurent su le signe. Interrogée si des gens d’Église ont vu le signe, répond qu’elle sut qu’après avoir quitté le roi plus de trois cents personnes virent ledit signe.
Séance du samedi 12 mars Nouvelle réquisition du vicaire de l’inquisiteur
Hôtel de Cauchon à Rouen. — Cauchon, Lemaître, 4 nouveaux assesseurs.
Cauchon annonce la réception de la lettre de l’inquisiteur de France, lequel commet officiellement son vicaire Me Jean Lemaître pour le remplacer au procès [Lettre reproduite ci-dessous]. Lemaître prend acte, et demande à voir les pièces du dossier afin de se prononcer. On lui fait remarquer qu’il avait été présent pendant presque tout le procès, mais qu’on les lui communiquera avec plaisir.
Annexe
1. Lettre de l’inquisiteur de France (Coutances, 4 mars 1431)
Par la présente, Jean Graverent, inquisiteur de la perversité hérétique député au royaume de France par l’autorité apostolique, empêché de se rendre à Rouen, commet Jean Lemaître en tout ce qui concerne [son] office, ainsi que dans le fait et affaire de ladite femme, sentence définitive inclusivement.
Séance du samedi 12 mars, le matin 2e interrogatoire en prison
Prison de Jeanne. — Cauchon, La Fontaine et 5 assesseurs.
Interrogatoire
1. Jeanne est requise par Cauchon de jurer
Elle jure avec ses réserves habituelles puis est interrogée par La Fontaine.
2. Sur le signe donné au roi
Dit que l’ange qui apporta le signe demanda au roi de mettre Jeanne en besogne et annonça que le pays serait aussitôt allégé ; que cet ange est le même que celui qui lui apparut la première fois ; dément qu’il lui ait jamais fait défaut, car si elle fut prise c’est qu’il le plut à Dieu, et dit qu’au contraire l’ange la réconforte.
3. Sur ses voix
Dit que ses saintes viennent tantôt spontanément, tantôt à son appel ; qu’elles n’ont jamais manqué. Interrogée si saint Denis lui était apparu, répond que non, à ce qu’elle sache.
4. Sur sa virginité
Dit qu’elle la promit à ses saintes. Interrogée sur son procès matrimonial à Toul, répond que ce n’est pas elle qui fit citer l’homme, mais lui qui la fit citer ; qu’elle ne s’était pas engagée ; qu’elle avait fait vœu de virginité à treize ans dès sa première vision ; que ses voix l’avaient assurée qu’elle gagnerait son procès de Toul.
5. Sur ses voix
Dit qu’elle n’en parla à personne, pas même à son curé, avant de s’en ouvrir à Baudricourt puis au roi ; qu’elle fit ainsi non par contrainte de ses voix, mais par crainte que les Bourguignons ou son père l’empêchassent de partir.
6. Sur son départ de la maison paternelle
Dit que ce fut la première fois qu’elle désobéit à ses parents, mais qu’ils lui ont pardonné depuis. Interrogée si elle pense avoir péché, répond que puisque Dieu le commandait, il fallait le faire, et qu’elle serait partie même si elle eût eu cent pères et cent mères ou eût été fille de roi ; confesse toutefois que ses voix eussent préféré qu’elle les avertisse.
7. Sur ses saints
Dit faire révérence à saint Michel et aux anges, qui viennent souvent parmi les chrétiens sans qu’ils soient vus. Interrogée si elle reçut lettres d’eux, demande délai pour répondre. Interrogée s’ils l’appelaient : fille de Dieu, fille de l’Église, la fille au grand cœur
, répond qu’avant Orléans ils l’ont appelée Jehanne la Pucelle, fille de Dieu
. Interrogée pourquoi, si elle est fille de Dieu, refuse-t-elle de dire le Pater noster, répond qu’elle le dirait volontiers, et qu’autrefois, quand elle refusa de le dire, c’était dans l’intention que Mgr de Beauvais la confessât.
Séance du samedi 12 mars, l’après midi 3e interrogatoire en prison
Prison de Jeanne. — Les mêmes moins Cauchon absent.
Interrogatoire
1. Sur ses parents
Répond que son père disait avoir rêvé [qu’elle] s’en irait avec les gens d’armes ; que d’après sa mère il en avait averti ses frères : Si je croyais que la chose advînt, je voudrais que la noyassiez, et si vous ne le faites, je la noierais moi-même !
; que son départ pour Vaucouleurs faillit rendre ses parents fous ; qu’elle leur obéissait en tout, sinon au cas de mariage au procès de Toul ; que les songes vinrent à son père plus de deux ans après ses premières visions.
2. Sur son habit d’homme
Nie que ce fût par ordre de Baudricourt, ni d’autre homme au monde : — Tout ce que j’ai fait de bien, je l’ai fait par le commandement de mes voix
; et reporte sa réponse au lendemain. Interrogée si elle pensait mal faire, dit que non, et le croit encore.
3. Sur le duc d’Orléans
Interrogée comment elle comptait le délivrer, répond qu’elle l’aurait échangé contre des captifs anglais, et que si elle n’avait pu en réunir assez, aurait passé la mer pour l’aller quérir de force en Angleterre ; que ses voix le lui avait commandé ainsi ; qu’elle demanda au roi de procéder à l’échange de prisonniers ; affirme qu’elle l’aurait délivré si elle avait duré trois ans sans empêchement.
4. Sur le signe donné au roi
Dit attendre le conseil de sainte Catherine pour répondre.
Séance du mardi 13 mars Le vicaire de l’inquisiteur se joint à la cause ; 4e interrogatoire en prison
Prison de Jeanne. — Cauchon, Lemaître, La Fontaine et 4 assesseurs.
Le vice-inquisiteur Lemaître, muni de ses lettres patentes s’adjoint officiellement au procès. Il confirme Jean d’Estivet promoteur, John Grey et John Berwoit gardiens, Jean Massieu exécuteur, lesquels lui prêtent serment.
Annexes
1. Lettre du vice-inquisiteur pour Jean d’Estivet (Rouen, le 13 mars 1431)
Confirmation de Jean d’Estivet promoteur et récapitulatif de ses fonctions.
2. Lettre du vice-inquisiteur pour Jean Massieu (Rouen, le 13 mars 1431)
Confirmation de Jean Massieu exécuteur et récapitulatif de ses fonctions.
Interrogatoire
Jeanne est désormais interrogée par Lemaître.
1. Sur le signe donné au roi
Refuse de répondre ; elle a juré de ne pas le dire et se parlant à elle-même : — Je promets que je n’en parlerai plus à aucun homme
; dit que le signe fut que l’ange confirmait son roi en lui apportant la couronne et lui promettait qu’il recouvrerait son royaume à l’aide de Dieu, et au moyen du labeur de Jeanne et qu’il la mit en besogne, c’est assavoir qu’il lui baillât des gens d’armes, autrement il ne serait pas de si tôt couronné et sacré ; répond avoir entendu ses voix depuis la veille ; dit que ladite couronne fut donnée à l’archevêque de Reims qui la remit au roi et qu’elle est depuis conservée en son trésor ; que tout s’est passé en sa présence, dans la chambre du roi à Chinon, après Pâques il lui semble ; que le roi et Jeanne virent le signe en même temps ; que la couronne était très riche, et signifiait le recouvrement du royaume ; que l’ange vint d’en haut par le commandement de Dieu, qu’il entra par la porte, marcha jusqu’au roi, lui fit révérence, évoqua ses tribulations, et à la fin s’en alla par la porte ; qu’elle avait suivi l’ange et qu’elle dit au roi : — Sire, voilà votre signe, prenez-le
; qu’elle était en prière chez une bonne femme près du château de Chinon pour demander un signe pour le roi lorsque vint l’ange ; qu’ils allèrent ensemble trouver le roi, escortés d’autres anges que d’autres personnes purent voir, comme d’Alençon, La Trémoille ou Charles de Bourbon ; quant à la couronne, plusieurs gens d’Église et autres la virent, qui ne virent pas l’ange ; qu’elle répondra le lendemain sur la figure et la taille de l’ange ; que parmi les autres anges, certains se ressemblaient d’autres non, certains étaient ailés et couronnés ; que ses saintes étaient également dans la chambre du roi ; que l’ange se départit de moi dans une petite chapelle et je fus bien courroucée de son départ et pleurai, et m’en fusse volontiers allée avec lui, c’est assavoir mon âme
; qu’elle espéra ensuite que le roi crut au signe et lui donna une armée pour délivrer Orléans.
Interrogée pourquoi Dieu l’a choisie elle plutôt qu’un autre, répond : — Il plut à Dieu ainsi faire par une simple pucelle
; dit ignorer la provenance de la couronne apportée par l’ange, ne pas se souvenir de son odeur ou de son lustre, mais qu’elle sent bon et sentira pourvu qu’elle soit bien gardée. Interrogée si l’ange lui avait écrit des lettres, répond que non ; répond que le roi et son entourage furent convaincus qu’il s’agissait d’un ange par la confirmation des gens d’Église présents et par la couronne ; que ceux-ci le surent par leur science.
2. Sur un prêtre concubinaire et une tasse perdue
Répond n’en avoir jamais entendu parler.
3. Sur ses dernières campagnes
Répond qu’elle n’alla point assaillir Paris, ni la Charité, par révélation mais à la requête des gentils hommes et gens d’armes, comme elle l’a déjà déclaré. Interrogée sur Pont-l’Évêque, répond que depuis qu’elle eut révélation à Melun qu’elle serait prise, elle s’en rapporta le plus souvent à la volonté des capitaines au fait de la guerre. Interrogée sur son assaut de Paris le jour de la Nativité de Notre Dame, répond qu’il est bien de garder les fêtes de Notre Dame ; nie avoir dit devant Paris : Rendez la ville de par Jésus
mais : Rendez-la au roi de France
.
Séance du mercredi 14 mars Institution d’un notaire de l’Inquisition
Lemaître établit Me Nicolas Taquel notaire du procès. Celui-ci prêtera serment le lendemain, lors de la séance dans la prison.
Annexes
1. Lettre d’établissement du notaire Nicolas Taquel (Rouen, le 14 mars 1431)
Lemaître établit Nicolas Tequel notaire et scribe, lui donne pouvoir d’interroger Jeanne ou tout autre témoin, de recueillir les opinions des docteurs, et le charge de mettre en forme le procès et de le rédiger par écrit.
Séance du mercredi 14 mars, le matin 5e interrogatoire en prison
Prison de Jeanne. — Lemaître, La Fontaine, et 4 assesseurs.
Interrogatoire
1. Sur son saut de la tour de Beaurevoir
Dit qu’elle préférait mourir que de survivre au massacre de ceux de Compiègne, et que d’être vendue aux Anglais ; nie avoir sauté par commandement des voix ; dit qu’au contraire sainte Catherine le lui défendait, lui assurant que Dieu l’aiderait, et aussi ceux de Compiègne et qu’elle ne serait point délivrée tant qu’elle n’aurait vu le roi des Anglais. Interrogée si elle dit à ses saintes : Dieu laissera-t-il mourir si mauvaisement ces bonnes gens de Compiègne, etc.
, nie l’utilisation du terme mauvaisement ; dit qu’après le saut elle fut blessée et ne put manger pendant deux ou trois jours ; qu’elle fut réconfortée par sainte Catherine qui l’enjoignit de demander pardon à Dieu, et l’informa que ceux de Compiègne auraient secours avant la Saint-Martin d’hiver33 ; qu’elle fut rapidement guérie ; nie avoir sauté pour se tuer mais pour s’échapper ; dit qu’elle se recommanda toutefois à Dieu ; ne se souvient pas avoir renié Dieu et ses saints lorsqu’elle reprit conscience après le saut, comme il est écrit dans l’information [préparatoire] et assure ne les avoir jamais reniés, ici ou ailleurs, ni n’avoir jamais juré ; dit ne pas s’en rapporter à cette information, mais à Dieu uniquement.
2. Sur ses voix
Dit que saint Catherine lui répond sans délai ; que le bruit dans la prison gêne parfois la compréhension ; que lorsqu’elle interroge ses saintes, celles-ci interrogent Dieu, puis lui donnent la réponse ; qu’elles viennent toujours entourées de lumière ; que leurs visites en prison sont quotidiennes. Interrogée si elle vit de la lumière la fois où elle entendit la voix sans savoir si celle-ci se trouvait dans la même chambre [séance du 24 février], répond ne pas s’en souvenir ni si elle vit sainte Catherine ; déclare avoir demandé à ses voix trois choses : son expédition ; que Dieu aidât les Français et gardât bien les villes de leur obéissance ; le salut de son âme.
3. Sur le procès
Demande un double de ses interrogatoires au cas où on la réinterrogerait à Paris, afin qu’elle ne soit plus travaillée de tant de demandes ; réitère sa mise en garde à Cauchon et aux juges qui se mettent en grand danger : que si Dieu devait les châtier au moins aurait-elle fait son devoir en les avertissant. Interrogée sur la nature du danger, répond que ses voix lui ont annoncé un secours, qu’elle ignore si ce sera sa délivrance ou quelque trouble y menant, mais qu’elle sera délivrée par grande victoire.
4. Sur sa certitude d’aller au Paradis
Ses voix lui ont encore dit : Prends tout en gré, endure ton martyre, — à savoir la peine qu’elle souffre en prison, — tu t’en viendras enfin au royaume de Paradis
; ainsi se dit-elle assurée d’être sauvée et non point damnée en enfer, et croit qu’elle ira au Paradis aussi fermement que si elle y était déjà.
Ses juges soulignent le poids de cette assurance, elle répond la tenir pour un grand trésor. Ils lui demandent si par cette promesse elle se croit à l’abri du péché mortel, elle répond l’ignorer, et s’en remet à Dieu.
Séance du mercredi 14 mars, l’après midi 6e interrogatoire en prison
Prison de Jeanne. — La Fontaine, Lemaître, 4 assesseurs.
Interrogatoire
1. Sur sa certitude d’aller au Paradis
Précise ses propos du matin ; rattache son salut à la conservation de sa virginité de corps et d’âme promise à Dieu. Interrogée si avec cette certitude elle a encore besoin de se confesser, répond ignorer si elle a péché mortellement mais que ses saintes l’auraient certainement délaissée alors ; et croit toutefois qu’on ne saurait trop nettoyer sa conscience.
2. Elle se voit rappeler plusieurs faits et doit dire pour chacun si elle croit avoir péché mortellement
- Ses reniements et jurons contre Dieu : les nie ; utilise parfois les expressions Bon gré Dieu, Saint Jehan, ou Nostre Dame et suppose que ceux qui les ont rapportées ont mal entendu ;
- Sa prise d’un homme à rançon qu’elle fit mourir prisonnier : le nie ;
- Son approbation de la condamnation à mort d’un dénommé Franquet d’Arras à Lagny : la justifie ; il avait bénéficié d’un procès équitable, et ses crimes confessés méritaient la mort ; en outre le seigneur de l’Ours contre qui elle aurait aimé l’échanger était mort ;
- L’assaut de Paris un jour de fête : ne pense pas être en péché mortel et s’en remet à Dieu ;
- La jument de l’évêque de Senlis : ne pense pas être en péché mortel, croyait le cheval payé, et ignore ce qu’il en est advenu ;
- Le saut de Beaurevoir : ne le fit pas par désespoir mais pour sauver son corps et aller secourir plusieurs bonnes gens ; le regrette désormais, s’en est confessé, sait par sainte Catherine qu’elle en a eu pardon, et dit que le mal qu’elle se fit en tombant compta pour pénitence ; ignore si elle commit là un péché mortel et s’en remet à Dieu ;
- Son habit d’homme :
— Je le fais par le commandement de Notre Sire, et en son service, je ne crois point mal faire ; et quand Il lui plaira de le commander, il sera aussitôt mis bas.
Séance du jeudi 15 mars 7e interrogatoire en prison
Prison de Jeanne, au matin. — La Fontaine, Lemaître et 4 assesseurs.
Interrogatoire
1. Sur sa soumission à l’Église
Jeanne, charitablement admonestée de s’en rapporter au jugement de l’Église, demande à ce que ses réponses soient vues et examinées par les clercs, et après qu’on lui dise s’il y a quelque chose qui soit contre la foi chrétienne, afin qu’elle consulte son conseil et réponde ; ajoute ne vouloir soutenir quelque mal contre la foi chrétienne. On lui explicite la distinction entre l’Église triomphante et l’Église militante, avec injonction de s’y soumettre ; dit qu’elle ne répondra pas pour l’instant.
2. Sur sa tentative d’évasion du château de Beaulieu
Répond que jamais elle ne fut prisonnière en aucun lieu qu’elle ne s’échappât volontiers ; décrit comment elle comptait s’y prendre ; voit dans cet échec la volonté de Dieu qu’elle vît le roi des Anglais, ainsi que le lui avaient dit ses voix.
3. Sur ses projets d’évasion
Répond qu’elle ignore pour l’instant si Dieu l’autorise à s’évader ; qu’elle s’échapperait si elle trouvait la porte de sa cellule ouverte, car y verrait une approbation tacite de Dieu : Aide-toi, Dieu t’aidera.
4. Sur son habit d’homme
Interrogée si elle accepterait un habit de femme pour entendre la messe : requiert qu’on lui certifie d’abord qu’elle pourra l’entendre et qu’elle aviserait ensuite. On le lui certifie. Elle répond : — Et que faites-vous de ma promesse de ne pas abandonner cet habit ? Toutefois je vous réponds, faites-moi faire une robe longue pour aller à la messe, puis au retour, je reprendrai l’habit que j’ai.
Interrogée si elle gardera son habit de femme ensuite : répond — Je me conseillerai sur ce, et puis vous répondrai
; dit qu’elle accepte de porter un habit de femme pour la messe, mais préfère l’actuel et demande la permission de n’en pas changer.
5. Sur sa soumission à l’Église
Réaffirme ne rien vouloir faire contre la foi chrétienne ; demande qu’on la réinterroge samedi.
6. Sur ses saintes et saint Michel
Dit leur faire révérence lorsqu’elles viennent ; nie leur avoir fait offrande de chandelles ou autre, sinon à la messe et de la main du prêtre : — Je le fais en l’honneur de Dieu, de Notre Dame, de sainte Catherine qui est au ciel ; et ne fais point de différence entre sainte Catherine qui est au ciel et celle qui m’apparaît.
; dit s’être efforcée d’obéir au mieux à tous leurs commandements. Interrogée si, pour la guerre, il lui est arrivé d’agir sans leur commandement : dit avoir déjà répondu ; répète qu’elle fut à Paris et à La Charité à l’invitation des gens d’armes, ni contre ni par le commandement de ses voix ; répond leur avoir désobéi le moins possible ; qu’elle ne put se retenir de sauter à Beaurevoir ; et qu’au final elles l’ont toujours secourue, et c’est signe que ce sont de bons esprits. Interrogée si d’autres signes l’avaient convaincue qu’elles étaient de bons esprits, répond que saint Michel le lui avait certifié avant leur venue.
Interrogée comment elle reconnut que c’était saint Michel, répond : — Par le parler et langage des anges
; ajoute qu’elle le crut assez vite et eut cette volonté de le croire ; qu’elle saurait le distinguer du diable qui aurait pris forme et figure d’ange ; que la première fois elle était jeune enfant et eut peur ; qu’ensuite il lui enseigna et montra tant de choses qu’elle fut convaincue : à savoir d’être bonne enfant, qu’elle viendrait au secours du roi de France et d’autres choses qu’elle a déjà dites ; et qu’il lui racontait la pitié qui était au royaume de France. Interrogée sur la forme de l’ange, répond qu’elle consultera son conseil et répondra samedi.
Interrogée si elle pense que ce fut grand péché de courroucer ses saintes, répond que oui et s’en repent, surtout pour le saut de Beaurevoir.
7. Sur le proverbe On est parfois pendu pour avoir dit la vérité
qu’elle employa
Interrogée si elle pensait avoir commis quelque crime puni de mort, répond que non.
Séance du samedi 17 mars, le matin 8e interrogatoire en prison
Prison de Jeanne. — La Fontaine, Lemaître et 4 assesseurs.
Interrogatoire
1. Jeanne est requise de prêter serment et le prête
2. Sur saint Michel
Dit qu’il a l’apparence d’un très vrai prud’homme, qu’elle a vu les anges de ses yeux, mais refuse de rien dire de l’habit ou d’autres choses ; qu’elle croit fermement qu’il est saint Michel comme elle croit fermement que Jésus-Christ est mort pour nous ; et dit le croire par ses bons conseils et enseignements.
3. Sur sa soumission à l’Église (et une grande victoire française à venir)
Répond qu’elle aime l’Église, veut soutenir la foi chrétienne, et se plaint qu’on la prive de messe, mais que de ses faits elle s’en rapporte à Dieu, qui l’a envoyée à Charles, fils du roi Charles, qui sera roi de France ; prédit, afin qu’on s’en souvienne, que les Français gagneront bientôt une grande besogne que Dieu leur enverra et qui ébranlera presque tout le royaume de France. Interrogée sur quand aura lieu l’événement, répond s’en remettre à Dieu ; et qu’en tout elle s’en remet à Notre Seigneur, qui m’a envoyée, à Notre Dame, à tous les benoîts saints et saintes de paradis, et précise que pour elle c’est tout un de Notre Seigneur et de l’Église. On lui réexplique la distinction entre l’Église triomphante, au ciel, et l’Église militante, sur terre, laquelle ne peut errer puisqu’elle est gouvernée par le Saint Esprit : répond être venue au roi de France de par cette Église triomphante, à laquelle elle se soumet, mais dit ne pouvoir répondre quant à sa soumission à l’Église militante.
4. Sur l’habit de femme qu’on lui offre pour la messe
Dit qu’elle ne le prendra pas sans commandement de Dieu ; qu’elle attendrait jusqu’à sa condamnation s’il le fallait, et qu’alors seulement elle demanderait une chemise et une coiffe de femme ; qu’elle préférerait mourir que de révoquer ce que Notre Seigneur lui a fait faire, mais qu’elle doute que Dieu la laissât mourir. Interrogée sur le fait qu’elle dise porter l’habit d’homme par commandement de Dieu tout en prévoyant qu’à l’article de la mort elle demandera une chemise de femme : répond qu’il lui suffit qu’elle soit longue.
5. Sur sa marraine qui a vu les fées
Répond que celle-ci a une bonne réputation et non celle d’être une sorcière.
6. Sur son habit d’homme
Dit que si on la laissait partir en habit de femme, elle reprendrait aussitôt son habit d’homme ensuite et ferait ce qui lui est commandé par Notre Seigneur ; aussi que pour rien elle ne ferait le serment de ne pas s’armer ni mettre en habit d’homme.
7. Sur ses saintes
Dit avoir déjà répondu sur leur âge et vêtements ; qu’elle ne sait rien des fées, si elles sont mauvais esprits ou non ; qu’elle ignore si ses saintes ou Dieu haïssent les Anglais, mais sait qu’ils seront boutés hors de France, excepté ceux qui y mourront ; et que Dieu enverra victoire aux Français, et contre les Anglais ; qu’elle ignore si Dieu était pour les Anglais lorsque ceux-ci étaient en prospérité en France, mais que s’il avait laissé battre les Français, c’était sans doute pour leurs péchés.
8. Sur son habit d’homme
Dit qu’en ceci comme en tout, n’a cherché d’autre récompense que le salut de son âme.
9. Sur ses armes
Dit qu’à Saint-Denis elle offrit un harnais et une épée gagnée devant Paris ainsi qu’il est accoutumé aux gens d’armes quand ils sont blessés et pour ce qu’elle avait été blessée devant Paris, et par dévotion pour Saint-Denis puisque c’est le cri de France ; nie que ce fût pour qu’on les adorât ; dit ignorer ce que représentaient les cinq croix sur l’épée trouvée à Sainte-Catherine-de-Fierbois ; répond qu’elle fit peindre des anges avec corps et vêtements sur son étendard car c’est ainsi qu’ils sont peints dans les églises ; et qu’elle ne fit point peindre la clarté car ça ne lui fut point commandé.
Séance du samedi 17 mars, l’après midi 9e interrogatoire en prison
Prison de Jeanne. — Cauchon, Lemaître, 8 assesseurs dont La Fontaine, le garde John Grey.
Interrogatoire
1. Sur son étendard
Interrogée si les deux anges représentés sont saint Michel et saint Gabriel, répond que les deux anges ne sont là qu’en l’honneur de Dieu ; que tout l’étendard fut commandé par Dieu via ses saintes. Interrogée s’il était censé lui faire gagner toutes ses batailles, répond que ses saintes lui dirent de le porter hardiment et que Dieu l’aiderait ; que la victoire comme l’étendard venait de Dieu ; qu’elle n’a jamais fondé l’espérance d’avoir victoire ailleurs qu’en Dieu ; qu’elle ignore si un autre portant son étendard, ou elle-même portant l’étendard d’un autre, auraient eu pareille fortune ; dit qu’elle préférait le sien et s’en remettait à Dieu.
2. Sur l’utilisation de croix et des noms Jésus et Marie sur ses lettres et autres supports
Répond que c’était l’usage des clercs.
3. Sur sa virginité
Répond qu’il ne lui fut pas révélé qu’en la perdant ou en se mariant, elle perdrait aussi son bonheur et ses voix.
4. Sur l’assassinat du duc de Bourgogne34
Répond que ce fut grand dommage pour la France mais que, quel que fut leur différent, Dieu l’a envoyée elle au secours du roi de France.
5. Sur sa soumission au pape
Interrogée si elle répondrait mieux au pape qu’à ses juges, demande à être menée à lui.
1. Sur l’un de ses anneaux
Dit en ignorer la matière et qu’il est orné de trois croix et des mots Jhesus Maria
; qu’elle le portait en l’honneur de ses parents et parce qu’elle a touché sainte Catherine en l’ayant au doigt.
7. Sur ses saintes
Répond qu’elle put les toucher et les embrasser toutes deux ; qu’elles sentaient bon ; qu’elle ne leur a pas offert de couronne de fleurs sinon devant leur image dans les églises ; qu’elle leur faisait révérence.
8. Sur les fées
Répond ne rien savoir de ceux qui vont se promener avec, et n’y être jamais allée ; qu’elle a bien entendu dire qu’on y allait le jeudi, mais qu’elle n’y croit point, et croit que c’est sorcellerie.
9. Sur son étendard
Ignore si on le fit tourner au-dessus de la tête du roi lors de son sacre. Interrogée pourquoi il fut mis en avant lors à Reims ? — Il avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur.
Séance du dimanche 18 mars Réunion chez l’évêque ; premier bilan des interrogatoires
Hôtel de Cauchon. — Cauchon, Lemaître et 12 assesseurs.
Cauchon expose comment ladite Jeanne avait été interrogée pendant bien des jours et consulte les assesseurs sur la suite à donner au procès. Il fait lire quelques unes de ses réponses afin d’aiguiller la délibération.
Finalement, il est arrêté que chacun réfléchirait de son côté avant la séance de jeudi, et que d’ici là on tâcherait de rédiger, à partir des réponses de Jeanne, une première ébauche de l’acte d’accusation auquel elle serait confrontée en jugement.
Séance du jeudi 22 mars Réunion chez l’évêque ; décision de résumer les interrogatoires sous forme d’articles
Hôtel de Cauchon. — Cauchon, Lemaître et 22 assesseurs.
Après délibération il est arrêté que l’acte d’accusation serait composé d’un petit nombre d’articles, rédigés sous la forme de questions-réponses à partir des confessions de Jeanne, et qu’il serait soumis à chacun des docteurs afin qu’ils puissent plus facilement donner leurs opinions. Quant au reste il sera procédé de telle sorte qu’avec l’aide de Dieu le procès ne souffre aucun vice.
Séance du samedi 24 mars Lecture du résumé des interrogatoires à Jeanne ; elle en déclare la conformité
Prison de Jeanne. — Cauchon, La Fontaine, Lemaître et 6 assesseurs (dont 1 nouveau).
Interrogatoire
Le registre de ses questions-réponses est lu à Jeanne, en français, par le notaire Manchon. Le procureur s’était au préalable engagé à prouver chaque assertion qu’elle voudrait nier.
Elle n’interrompt la lecture qu’à deux reprises :
- pour dire que son nom de famille était d’Arc ou Rommée ; que dans son pays les filles portaient celui de leur mère ; et proposer que tous les articles lui soient lus d’un trait, sauf contradiction de sa part ;
- faire ajouter
c’est pour être hors des prisons
à l’article où elle dit accepter de prendre un habit de femme ; et demander qu’on lui donne une robe pour s’en aller à la maison de sa mère, tout en précisant qu’une fois dehors elle prendrait conseil sur ce qu’elle devrait faire.
Finalement, après n’avoir rien démenti, Jeanne déclare la conformité du registre avec ses propos.
Séance du dimanche 25 mars Jeanne décline l’offre d’entendre la messe des Rameaux contre l’abandon de son habit d’homme
Prison de Jeanne, dimanche des Rameaux, au matin. — Cauchon, 4 assesseurs.
Interrogatoire
1. Sur l’abandon de son habit d’homme en échange de la messe
Cauchon rappelle à Jeanne son souhait plusieurs fois exprimé d’entendre la messe, en particulier pour la fête des Rameaux, et lui demande si pour ce faire elle était prête à renoncer à son habit d’homme. Jeanne requiert qu’on lui permette d’entendre la messe avec son habit et qu’elle puisse aussi communiquer à Pâques. L’évêque renouvelle son offre ; elle lui répond ne pouvoir changer d’habit sans commandement. Il lui suggère de consulter ses voix, elle réplique qu’on pouvait bien la laisser entendre la messe ainsi, et redit que changer d’habit n’était pas de son ressort. Les assesseurs tentent à leur tour de la convaincre de prendre un habit de femme, au moins pour la communion ; Jeanne maintient que si ça ne tenait qu’à elle, elle l’aurait déjà fait ; aussi ne changera-t-elle pas d’habit, pas même pour communier à Pâques, et prie qu’on la laissât entendre la messe comme elle était, que cet habit ne chargeait point son âme, et que, de le porter, ce n’était point contre l’Église.
Le procureur Me d’Estivet demande que soit établie une transcription authentique de la séance, en présence du secrétaire d’Henri VI, Adam Milet et de deux prêtres, William Brolbster et Pierre Orient.
II. Procès ordinaire
Séance du lundi 26 mars Décision de procéder au procès ordinaire
Hôtel de Cauchon. — Cauchon, Lemaître et 12 assesseurs.
Après la lecture des conclusions du procès d’office par le procureur, suivie d’une délibération du tribunal, les juges Cauchon et Lemaître décrètent que l’on procédera au procès ordinaire. Les articles de l’acte d’accusation ont bien été composés, Jeanne sera interrogée et entendue sur chacun d’eux. Tout refus de répondre sera considéré comme un aveu.
Sa comparution est fixée au lendemain.
Séance du mardi 27 mars Lecture des articles 1 à 30 du réquisitoire
Salle du château de Rouen. — Cauchon, Lemaître, d’Estivet et 37 assesseurs (dont 2 nouveaux).
Remise du réquisitoire au tribunal
Jeanne est amenée. Le procureur Jean d’Estivet prend la parole et annonce aux juges que les interrogatoires de l’accusée fournissent matière à procès de foi. Il remet au tribunal l’acte d’accusation, dont il entend prouver les conclusions de chaque article, et requiert :
- que Jeanne soit forcée d’affirmer et jurer répondre à chacun des articles :
croit
oune croit pas
; - que si elle refusait ou tergiversait, elle soit réputée comme défaillante et contumace en sa présence ;
- que sa contumace l’exigeant, elle soit déclarée excommuniée pour manifeste offense.
En outre, il demande à ce qu’il lui soit rapidement assigné un jour pour répondre, et que tout article non répondu soit tenu pour confessé.
Délibération sur la procédure
Sur ce, l’acte d’accusation est transmis aux assesseurs, qui se prononcent chacun à leur tour sur les requêtes du procureur :
Venderès :
Approuve ; Jeanne doit être contrainte de jurer, à défaut déclarée contumace, et en conséquence excommuniée ; on procéderait alors contre elle suivant le droit ;
Pinchon :
Demande à ce que les articles lui soient lus avant toute délibération ;
Basset :
Que les articles lui soient lus avant l’excommunication ;
Garin :
Que les articles lui soient lus ;
La Fontaine :
Comme Venderès ;
Ducrotay :
Qu’on lui donne un délai d’au moins trois jours avant de l’excommunier, et qu’on la tienne convaincue si elle refuse de jurer ;
Ledoux :
Comme du Ducrotay ;
Deschamps :
Qu’on lui lise les articles et qu’elle ait délai pour répondre ;
Barbier :
Comme Deschamps ;
L’abbé de Fécamp :
Qu’elle soit tenue de dire la vérité sur le procès et ait délai pour répondre ;
Châtillon :
Qu’elle soit tenue de dire la vérité, surtout pour les choses de son fait ;
Le prieur de Longueville :
Qu’elle puisse répondre autrement que par croit ou ne croit pas lorsqu’elle ne sait pas ;
Beaupère :
Que pour les choses certaines et de son fait elle soit tenue de répondre, que pour les autres elle ait délai ;
Touraine :
Comme Beaupère ;
Midi :
Comme Beaupère ; et quant à l’obliger à jurer, s’en rapporte aux juristes ;
Duquesnay :
Comme l’abbé de Fécamp ;
Nibat :
S’en rapporte aux juristes quant aux articles ; sur le serment, qu’elle jure sur les choses qui touchent le procès et la foi, et puisse demander délai sur les autres ;
Lefèvre :
S’en rapporte aux juristes ;
Maurice :
Qu’elle réponde ce qu’elle sait ;
Feuillet :
Qu’elle réponde par serment ;
Guesdon :
Comme Feuillet ;
Courcelles :
Qu’elle soit tenue de répondre ; qu’elle réponde tandis qu’on lui lit les articles ; qu’elle puisse avoir délai ;
Marguerie :
Qu’elle jure sur ce qui touche au procès ; qu’elle ait délai pour les autres ;
Gastinel :
Qu’elle soit tenue de jurer ; quant à quoi faire si elle refusait, il demande d’abord à compulser ses livres ;
Morel et Duchemin :
Qu’elle soit tenue de jurer.
Déclarations du procureur et de Jeanne
Après délibération il est décidé que les articles lui seront lus en français, qu’elle répondrait ce qu’elle saurait, et qu’elle pourrait demander un délai raisonnable. Ceci fait, le procureur garantit solennellement aux juges la bonne foi de l’acte d’accusation.
Cauchon s’adresse alors à Jeanne pour l’assurer des bonnes dispositions du tribunal qui cherchera, non pas vengeance ou punition corporelle, mais son instruction et son retour à la voie de vérité et de salut. Il lui offre de se choisir un ou plusieurs assistants parmi les assesseurs, puis la somme de prêter serment.
Jeanne remercie Cauchon et toute la compagnie de leurs bonnes intentions, mais décline l’offre d’assistance : — Je n’ai point intention de me départir du conseil de Notre Seigneur. Quant au serment que vous voulez que je fasse, je suis prête à jurer de dire la vérité sur tout ce qui touchera votre procès.
Puis elle jure la main sur les Évangiles.
Lecture du réquisitoire et réponses de Jeanne
La parole est donnée à Me Thomas de Courcelles, chargé de lire les 70 articles de l’acte d’accusation. [La lecture s’étalera sur deux séances, 1 à 30 le jour-même, 31 à 70 le lendemain].
Celui-ci s’adresse au tribunal et commence par un préambule où il rappelle la capture de Jeanne dans la diocèse de Beauvais, c’est-à-dire dans la juridiction de Cauchon, sa remise par le roi de France et d’Angleterre en tant que sujette, justiciable et corrigible, et l’objet de son procès, à savoir : qu’elle soit dénoncée et déclarée sorcière, sortilège, devineresse, pseudo-prophétesse, invocatrice des esprits malins et conjuratrice, superstitieuse, impliquée et adonnée aux arts magiques, mal pensante dans notre foi catholique, schismatique, […] sceptique et dévoyée, sacrilège, idolâtre, apostate de la foi, maudite et malfaisante, blasphématrice envers Dieu et ses saints, scandaleuse, séditieuse, perturbatrice de paix et y faisant obstacle, poussant à la guerre, cruellement assoiffée de sang humain, incitant à le répandre, ayant abandonné complètement, sans vergogne, la décence convenable à son sexe, et pris sans pudeur un habit difforme et l’état des hommes d’armes, […] prévaricatrice des lois divine et naturelle et de la discipline ecclésiastique, séductrice des princes et du populaire, ayant permis et consenti, au mépris et dédain de Dieu, qu’on la vénérât et l’adorât, en donnant ses mains et ses habits à baiser ; hérétique ou du moins véhémentement suspecte d’hérésie
; et que pour tout cela elle soit punie et corrigée, comme se propose de le prouver le procureur.
Le procureur précise qu’il n’entend pas prouver le superflu mais juste le nécessaire.
[Ici commence l’énumération des 70 articles de l’acte d’accusation. Le procès-verbal fait suivre leur énoncé de la réponse de Jeanne puis des objections du procureur. Ainsi la plupart des articles se présentent sous cette forme : accusation — réponse — objections.]
Article 1 légitimité du tribunal
Rappelle la mission de gardien de la foi de l’évêque en son diocèse, laquelle mission s’applique aux faits nommés en préambule. — Jeanne reconnaît au pape et aux évêques cette mission, mais de ses faits ne se soumet qu’à l’Église du ciel, c’est assavoir à Dieu, à la Vierge Marie et aux saints et saintes de Paradis, et nie avoir défailli ou le vouloir.
Article 2 sorcellerie ; s’être laissée adorer
Accuse Jeanne de sorcellerie, divination, pactes avec les démons, etc. ; de s’être laissée adorer ; d’avoir vanté ces pratiques pour bonnes ; de s’y être adonnée depuis son plus jeune âge et jusqu’au jour même de sa capture. — Jeanne nie tout ; et si elle admet que certains cherchèrent à lui baiser les mains, elle ne l’a jamais encouragé. — Or le 3 mars elle reconnut avoir laissé venir à elle les pauvres ; le 10 mars elle reconnut avoir eu révélation prémonitoire de sa capture.
Article 3 hérésie
Accuse Jeanne d’hérésies nombreuses et répétées. — Jeanne nie et affirme avoir toujours cherché à soutenir l’Église.
Article 4 mauvaise éducation religieuse, croyance aux fées
Rappelle que Jeanne est née à Domrémy, qu’elle a pour père Jacques d’Arc, pour mère Isabelle, et l’accuse de ne pas avoir été éduquée dans la foi mais au contraire dans la croyance à la magie et aux fées, et ce par de vieilles dames et par sa marraine. — Jeanne confirme les informations sur son origine ; mais dit ignorer ce que sont les fées, et avoir reçu une bonne éducation religieuse ; quant à sa marraine, s’en rapporte à ce qu’elle a déjà dit. Requise de dire le Credo, elle répond : Demandez au confesseur à qui je l’ai dit.
Article 5 fréquentation de l’arbre aux fées, de la fontaine (sorcellerie)
Mentionne l’arbre aux fées, la fontaine, et les coutumes de sorcellerie autour. — Sur l’arbre, Jeanne renvoie à son interrogatoire, le reste elle le nie. — Or le 14 février elle répondit que certains malades buvaient l’eau de la fontaine pour guérir, et qu’elle même en avait bu ; le 1er mars que ses saintes lui étaient apparues près de la fontaine ; le 17 mars que sa marraine qui a vu les fées jouit d’une bonne réputation, qu’elle-même ignore ce que sont les fées, qu’elle entendit dire que ceux qui les suivaient y allaient le jeudi, mais que jamais elle n’y alla, qu’elle n’y croit pas et pense que c’est sorcellerie.
Article 6 fréquentation de l’arbre aux fées, de la fontaine (ses danses et invocations)
Accuse Jeanne d’être souvent venue à l’arbre et à la fontaine, de nuit ou à l’heure de la messe pour être seule, d’avoir dansé autour, accroché des couronnes de fleurs et fait des invocations. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie le reste. — Or le 24 février elle parla de l’arbre, des malades guéris, de ses visites avec les autres jeunes filles du village, des couronnes de fleurs, des rumeurs de fées, de sa marraine qui les aurait vues, de ce qu’elle alla moins à l’arbre après avoir eu ses premières révélations, d’une rumeur qu’elle démentit associant ses révélations à l’arbre, et des questions qu’on lui fit sur la prophétie qu’une pucelle du bois chênu sauverait la France.
Article 7 mandragore
Accuse Jeanne d’avoir porté une mandragore pour s’attirer bonne fortune. — Jeanne le nie absolument. — Or le 1er mars elle évoqua l’existence d’une mandragore au village, enterrée quelque part sous un arbre ; mais nia l’avoir jamais vu, ni cru en ses pouvoirs.
Article 8 séjour à Neufchâteau, mauvaise vie
Évoque la fugue de Jeanne vers l’âge de 15 ans et son séjour à Neufchâteau dans l’auberge d’une dénommée La Rousse, et l’accuse d’y avoir fréquenté des jeunes femmes sans retenue et des soldats, mené les bêtes, et appris à monter à cheval et à manier les armes. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie le reste. — Or le 22 février elle parla de son séjour chez La Rousse où elle aida dans les tâches ménagères mais n’alla pas aux champs ; le 24 février, dit avoir déjà répondu sur les bêtes, précise qu’en grandissant elle ne les gardait plus mais les menait parfois au pré.
Article 9 procès matrimonial à Toul
Évoque le procès matrimonial à Toul et l’accuse d’avoir fait citer un jeune homme qui refusait de l’épouser après qu’il eut vent de sa fréquentation desdites femmes [de l’article 8]. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie le reste. — Or le 12 mars, elle expliqua que c’est l’homme qui la fit citer et non l’inverse, qu’elle n’avait rien promis, et que ses voix l’assurèrent qu’elle gagnerait son procès.
Article 10 visions depuis Neufchâteau, départ de Domrémy à l’insu de ses parents
Rapporte les visions et révélations qu’elle eut depuis son départ de chez La Rousse, notamment qu’elle ferait lever le siège d’Orléans, couronner son roi, et chasser les adversaires du royaume de France ; et comment, sans l’aval de ses parents, elle s’en alla trouver Baudricourt, fut repoussée deux fois avant d’être reçue à la troisième. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 22 février elle décrivit comment elle entendit sa voix pour la première fois à 13 ans ; dit qu’elle l’entendit souvent depuis son départ et qu’elle la croyait de Dieu ; que celle-ci l’édifia dans la religion et lui annonça sa mission pour la France et sa visite à Baudricourt. Le 24, dit que sa voix venait plusieurs fois par jour, encore la veille et le matin même, et confirma la première apparition à 13 ans. Le 27, parla de saint Michel, de ses saintes et de leurs apparitions. Le 1er mars, confirma la venue des saintes la veille et le jour même. Le 12, dit avoir caché son départ à ses parents contre l’avis de ses saintes ; évoqua le songe de son père quant à son départ, précisa leur avoir toujours obéi, sinon pour le procès de Toul et à l’occasion de son départ qui leur causa grand chagrin.
Article 11 vantardise sur ses trois futurs fils (un pape, un empereur et un roi)
Rapporte que Jeanne se serait vantée à Baudricourt qu’elle aurait trois fils, lesquels deviendraient pape, empereur et roi ; que celui-ci lui aurait alors proposé de lui en faire un sur-le-champ, ce qu’elle déclina arguant que le Saint-Esprit y œuvrera ; et que ce témoignage vient de Baudricourt lui-même. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie s’être vantée qu’elle aurait trois enfants. — Or le 12 mars, elle dit qu’avant Orléans ses voix l’appelèrent Jehanne la Pucelle, fille de Dieu35.
Article 12 habit d’homme et mauvaise vie
Affirme que Baudricourt, bien à contre-cœur, arma et habilla Jeanne en homme ; [s’en suit une description détaillée de son équipement et de son apparence, dont sa coupe de cheveux taillés en rond à la façon des pages] ; que Jeanne s’entraîna ensuite avec des soldats, assurant en cela qu’elle remplissait le commandement de Dieu. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. Interrogée si prendre un habit d’homme de guerre était un commandement de Dieu, s’en rapporte à son interrogatoire. — Or le 22 février, elle parla de sa visite à Baudricourt, comment il prépara son départ vers le roi conformément aux révélations, de sa prise d’habit d’homme, de sa visite au duc de Lorraine, puis des étapes de son voyage. Le 27, dit que l’habit d’homme est peu de chose, qu’elle ne le prit non par ordre de Baudricourt mais par commandement de Dieu et qu’elle pense avoir bien fait. Le 12 mars, répond comme ci-dessus. Le 17 mars, dit s’en remettre à Dieu tant pour l’habit que pour le reste.
Article 13 habit d’homme et vanité
Accuse Jeanne de blasphème puisqu’elle attribue à Dieu des prescriptions contraires à la loi divine, en affirmant notamment s’être habillée avec indécence [habit d’homme] et richesse [énumération d’une somptueuse garde-robe] par son commandement. — Jeanne nie avoir jamais blasphémé. — Or le 27 février elle affirma avoir tout fait par commandement de Dieu. Le 3 mars, dit ne plus se souvenir si le roi l’interpella sur son habit d’homme ; et qu’elle ne pensait pas être en état de péché mortel pour avoir porté un tel habit.
Article 14 habit d’homme et blasphème d’en faire un commandement divin
Accuse Jeanne de faire injure à Dieu en affirmant bien faire de porter un habit d’homme et refuser de le retirer sans son commandement. — Jeanne nie mal servir Dieu et annonce une réponse pour le lendemain. — Or le 24 février elle avait dit consentir à prendre un habit de femme contre sa libération, et sinon qu’elle garderait l’actuel puisqu’il plaît à Dieu. Le 12 mars, nia avoir jamais pensé mal faire en portant un habit d’homme. Le 17 mars, interrogée sur l’apparente contradiction de consentir à porter une chemise de femme, tout en prétendant que Dieu lui commandait un habit d’homme, répondit qu’il suffisait que la chemise soit longue.
Article 15 habit d’homme préféré la messe
Rappelle qu’il fut proposé à Jeanne d’accéder à sa demande d’entendre la messe contre son renoncement définitif à porter un habit d’homme, mais qu’elle préféra renoncer à la messe qu’à son habit, prouvant ainsi son endurcissement au mal. — Jeanne répond préférer mourir que désobéir à un commandement de Dieu. Le tribunal réitère la proposition, qu’elle refuse à nouveau. Quant à l’article elle atteste que cette proposition lui a bien été faite et nie le reste. — Or le 15 mars, elle dit accepter la proposition de retirer son habit d’homme pour la durée de la messe, mais qu’elle le remettrait ensuite ; qu’elle consultera son conseil au sujet d’un retrait définitif, et requérait d’ici là de pouvoir entendre la messe sans en changer. Le 17, dit préférer mourir que de laisser son habit d’homme sans commandement de Dieu, tout en doutant que Dieu permît sa mort ; que si elle était libérée en habit de femme, elle reprendrait aussitôt son habit d’homme, et que jamais ne s’engagerait à ne plus le prendre ou à ne plus s’armer, si cela était contraire au commandement de Dieu.
Article 16 habit d’homme et refus réitérés de le retirer
Relève que Jeanne avait déjà rejeté tous les appels à s’habiller et à se comporter en femme depuis sa capture, comme à Beaurevoir ou à Arras. — Jeanne atteste s’être vue requise de prendre un habit de femme et avoir refusé ; quant aux autres œuvres de femme, dit qu’il y a assez d’autres femmes pour les faire. — Or le 3 mars elle dit ne plus se souvenir si les clercs qui l’examinèrent [à Poitiers] l’interrogèrent sur son habit d’homme ; attesta que chez le seigneur de Luxembourg à Beaurevoir, puis à Arras, on lui demanda qu’elle mît un habit de femme et s’y refusa ; ajouta que la demoiselle du Luxembourg demanda au seigneur de ne pas la livrer aux Anglais36 ; refusa d’indiquer laquelle de ses voix lui commanda de prendre l’habit d’homme.
Article 17 prophéties (libération d’Orléans, sacre de Reims, victoire sur les Anglais et Bourguignons) et révélations de choses cachées
Affirme que Jeanne fit trois promesses à son roi : qu’elle libérerait Orléans, le ferait couronner à Reims et le vengerait en tuant et chassant Anglais et Bourguignons du royaume ; et qu’elle s’en vantait et leur donnait crédit en révélant à plusieurs personnes d’autres secrets d’eux seuls connus. — Jeanne confirme avoir porté trois nouvelles à son roi, de lui rendre son royaume, de le faire sacrer et de bouter hors ses adversaires ; que de cela elle fut messagère de par Dieu, qu’il devait la mettre hardiment en œuvre, qu’elle lèverait le siège d’Orléans et que le duc de Bourgogne sera soumis de gré ou de force. Quant au fait qu’elle reconnut Baudricourt et le roi, elle renvoie à son interrogatoire. — Or le 22 février elle confessa avoir reconnu, sans les avoir jamais vus, Baudricourt à Vaucouleurs et le roi à Chinon, par le seul conseil de ses voix ; et qu’au roi elle dit vouloir aller faire la guerre contre les Anglais. Le 13 mars, affirma n’avoir jamais entendu parler de cette affaire de prêtre et de tasse d’argent.
Article 18 exhortation à Charles VII de chercher la guerre plutôt que la paix
Accuse Jeanne d’avoir incité Charles VII à faire la guerre plutôt qu’à négocier la paix, et qu’elle prétendait que c’était l’un des plus grands biens qui pût advenir à toute la chrétienté. — Jeanne répond qu’elle écrivit au duc de Bourgogne pour l’appeler à la paix ; quant aux Anglais, la paix qu’il y faut, c’est qu’ils s’en aillent ; sur le reste elle renvoie à son interrogatoire. — Or le 27 février elle expliqua avoir refusé de traiter avec le capitaine de Jargeau qui demandait un délai de quinze jours pour que les Anglais s’en allassent ; et dit ne pas se souvenir si elle consulta ses voix pour prendre cette décision.
Article 19 épée de Fierbois : l’a découverte grâce aux démons ou cachée elle-même
Accuse Jeanne d’avoir consulté les démons au sujet de l’épée de l’église de Sainte-Catherine-de-Fierbois, et de l’avoir cachée elle-même afin de duper les gens par cette mise en scène d’une fausse révélation. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie le reste. — Or le 27 février elle confirma avoir séjourné à Sainte-Catherine-de-Fierbois avant d’arriver à Chinon ; dit aussi que c’est depuis Chinon ou Tours qu’elle envoya chercher l’épée après avoir été informée de sa présence par ses voix ; elle décrivit son exhumation, les fourreaux, comment elle la porta continuellement jusqu’à son départ de Saint-Denis ; dit n’avoir jamais fait bénir l’épée, et bien l’aimer car on l’avait trouvée dans l’église de sainte Catherine qu’elle aimait bien. Le 17 mars, dit ignorer le sens des cinq croix sur l’épée.
Article 20 ensorcellement d’objets pour qu’ils portent bonheur
Accuse Jeanne d’avoir ensorcelé son anneau, son étendard, l’épée de Sainte-Catherine-de-Fierbois et d’autres accessoires distribués aux soldats, affirmant qu’ils donneraient victoire et assureraient protection et bonne fortune à ceux qui les porteraient ; le fit notamment la veille de sa capture à Compiègne et lors de l’assaut de Paris, où les siens subirent de lourdes pertes. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie toute sorcellerie ; quant au bonheur de son étendard, s’en remet à Dieu. — Or le 27 février elle nia avoir jamais posé son épée sur un autel, ou alors non pour qu’elle fût plus fortunée ; dit que lors de sa capture c’est une autre épée, prise à un Bourguignon, qu’elle portait. Le 1er mars, parla de ses deux anneaux mais nia avoir jamais soigné ni guéri personne avec. Le 3 mars, dit que plusieurs seigneurs firent leur étendard à l’image du sien, mais qu’elle ne commanda jamais qu’ils fussent aspergés d’eau bénite ou menés en procession. Le 17 mars, évoqua l’anneau offert par ses parents, dit l’avoir porté à la guerre en leur honneur ; dit aussi l’avoir porté lorsqu’elle toucha sainte Catherine, tout en refusant de préciser quelle partie elle toucha37.
Article 21 lettre aux Anglais : orgueil et blasphème
Accuse Jeanne d’avoir par orgueil, devant Orléans, envoyé une lettre aux Anglais [reproduite à l’article 22] marquée de Jhesus Maria
et de croix, alors qu’elle contenait des choses peu conformes à la foi catholique. — Jeanne nie avoir agi par orgueil mais par le commandement de Dieu, et atteste la teneur des lettres sauf trois mots. — Or le 22 février, elle reconnut l’envoi de cette lettre et sa teneur sauf trois mots. Le 3 mars, elle dit ignorer si ceux de son parti la croyaient envoyée de Dieu, mais que s’ils le croyaient n’étaient point abusés.
Article 22 lettre aux Anglais : teneur de la lettre
Reproduit la lettre aux Anglais envoyée depuis Orléans le 22 mars 1429. Dans cette lettre Jeanne s’adresse au roi d’Angleterre, au duc de Bedford [régent du royaume de France] et aux capitaine tenant le siège ; elle leur demande de quitter la France après avoir payé les dommages causés ; les menace de grandes pertes s’ils s’obstinaient ; dit être envoyée de Dieu et savoir par révélation que Charles est le vrai héritier et qu’il récupérera son royaume de manière éclatante ; les prie d’obéir, pour leur propre salut ; et entrevoit même le grand bénéfice d’une alliance entre Français et Anglais pour la chrétienté38. — Jeanne déplore que les Anglais ne l’aient pas écoutée et annonce qu’avant sept ans ils le regretteront, comme elle l’a dit ailleurs [séance du 1er mars].
Article 23 lettre aux Anglais : contenu inspiré d’esprits malins ou feint
Dit que la lettre prouve que Jeanne a : soit été inspirée d’esprits malins, soit tout inventé pour tromper les populations. — Jeanne nie l’inspiration d’esprits malins. — Or le 27 février elle dit préférer être écartelée qu’être venue en France sans le congé de Dieu.
Article 24 utilisation d’une croix ou des noms de Jésus et Marie comme code secret
Accuse Jeanne d’avoir utilisé le signe de la croix entre les noms Jhesus
et Maria
comme un code secret indiquant aux siens qu’il fallait comprendre l’inverse du message. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 17 mars elle dit avoir apposé les mots Jhesus Maria
en imitation des clercs.
Article 25 usurpation de la fonction d’ange
Accuse Jeanne d’avoir usurpé la fonction d’ange en se disant envoyée de Dieu, même lorsqu’elle provoqua la violence et l’effusion du sang humain. — Jeanne répond qu’elle proposait toujours d’abord la paix, mais ne renonçait jamais à combattre. — Or le 24 février elle dit venir de Dieu, qu’elle n’avait rien à faire en ce procès, demandant qu’on la renvoyât à Dieu d’où elle venait. Le 17 mars, dit que Dieu l’envoya secourir le royaume de France.
Article 26 lettre du comte d’Armagnac
Rapporte que Jeanne reçut en août 1429 à Compiègne, une lettre du comte d’Armagnac. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 1er mars Jeanne fut interrogée sur cette lettre [reproduite à l’article 27] et sur sa réponse [reproduite à l’article 29], essentiellement sur la question des trois papes ; elle nia s’être jamais prononcée sur la question et affirma personnellement croire à celui de Rome.
Article 27 lettre du comte d’Armagnac : teneur de la lettre
Reproduit la lettre du comte d’Armagnac à Jeanne. Celui-ci lui présente les trois papes rivaux (Martin V, Clément VIII et Benoît XIV) et lui demande d’obtenir de Dieu qu’il lui révèle auquel obéir.
Article 28 lettre du comte d’Armagnac : réponse de Jeanne
Introduit la réponse de Jeanne.
Article 29 lettre du comte d’Armagnac : teneur de la réponse
Reproduit la lettre-réponse de Jeanne au comte d’Armagnac (envoyée de Compiègne le 22 août 1429). Jeanne y accuse réception du courrier du comte, s’excuse d’être trop occupée à faire la guerre pour pouvoir y répondre maintenant, mais s’engage à le faire dès qu’elle sera au repos à Paris et aura eu révélation sur la question du pape.
Article 30 lettre du comte d’Armagnac : preuve d’insoumission à l’Église
Accuse Jeanne, lorsqu’elle s’engagea à interroger ses voix pour savoir quel pape croire, d’avoir douté du pape unique et indubitable et d’avoir préféré son dire à l’autorité de toute l’Église. — Pour les articles 27 à 30 Jeanne renvoie à son interrogatoire.
Séance du mercredi 28 mars Lecture des articles 31 à 70 du réquisitoire
Salle du château de Rouen. — Cauchon, Lemaître, d’Estivet et 35 assesseurs.
Préliminaires
1. Requise de jurer
Elle jure avec ses réserves habituelles.
2. Sommée de donner sa réponse promise la veille concernant son habit d’homme [article 14]
Elle déclare avoir pris l’habit mais aussi les armes par commandement de Dieu, et qu’elle ne le laisserait point sans commandement, dût-on lui trancher la tête.
Suite de la lecture du réquisitoire
Article 31 ses voix : son refus de tout dévoiler
Rappelle que Jeanne se vante de visions et révélations depuis l’enfance et lui reproche son refus d’en donner un ample témoignage ; qu’en outre elle assura ses juges qu’on ne lui arracherait pas de la bouche le signe que Dieu lui révéla et par quoi elle connut qu’elle venait de Dieu, dût-on lui trancher la tête ou la faire écarteler. — Jeanne répond qu’elle ne peut révéler le signe ou autres choses sans commandement de Dieu. — Or le 22 février elle attesta entendre ses voix, quotidiennes et réconfortantes. Le 24, dit avoir eu de nouvelles révélations favorables sur son roi qu’elle soupire de ne pouvoir lui communiquer. Le 27, parla des révélations faites à son roi, du courrier où elle lui annonçait sa venue, des révélations le concernant, et qu’elle saurait le reconnaître. Le 1er mars, dit n’avoir pas vu de couronne à saint Michel et ne rien savoir de ses vêtements. Le 15 mars, répondit sur sa tentative d’évasion du château de Beaulieu, analysa son échec comme une volonté de Dieu, et qu’elle devait sans doute rencontrer le roi des Anglais, comme ses voix le lui avaient dit ; reporta au samedi suivant ses réponses sur l’apparence de l’ange ; répondit quant au proverbe qui dit que pour dire vérité on est parfois pendu, qu’elle ne confesserait pas un crime qui lui vaudrait la mort. Le 17 mars, renvoya à ses précédentes réponses quant à l’âge et aux vêtements de ses saintes.
Article 32 ses voix : feintes ou inspirées d’esprits malins
Conclut que les révélations, à considérer qu’elles fussent vraies, ne peuvent avoir été inspirées que par des esprits malins, au vu des conséquences relevées ci-avant. — Jeanne le nie et dit qu’elle soutiendra jusqu’à la mort avoir agi par révélations de ses saintes ; qu’elle utilisa les noms de Jhesus Maria
sous le conseil de son entourage ; et corrige l’affirmation selon laquelle tout ce qu’elle a fait c’est par le conseil de Notre Seigneur en ajoutant : tout ce que j’ai fait de bien
. Interrogée si elle fit bien d’aller devant La Charité, répond que si elle a mal agi, s’en confessera ; d’aller devant Paris : répond que les seigneurs voulurent y aller, et qu’ils firent leur devoir d’aller contre l’adversaire.
Article 33 divination sur les choses à venir, passées ou cachées
Accuse Jeanne de divination, sur les choses à venir, passées ou cachées, et de s’en attribuer le mérite. — Jeanne répond qu’il appartient à Dieu de faire des révélations à qui il lui plaît, et que ce qu’elle a dit de l’épée ou autres, c’est par révélation. — Or le 24 février elle dit tenir de sa voix que si les Bourguignons s’obstinaient ils auraient la guerre. Le 27, répondit avoir annoncé à ses gens la prochaine libération d’Orléans mais pas qu’il y aurait de nombreux blessés ; qu’elle sut par révélation que le siège serait levé et elle-même blessée, et qu’elle en informa le roi. Le 1er mars, dit savoir par révélation qu’avant sept ans les Anglais perdraient d’avantage encore qu’à Orléans ; que son roi récupérerait son royaume. Le 3, répond que ses voix lui ont annoncé sa délivrance mais ne sait ni le jour ni l’heure. Le 10, dit que ses voix l’avaient plusieurs fois prévenue qu’elle serait prise ; et qu’à sa première rencontre avec le roi, il lui serait donné un signe. Le 12, répond que ses voix lui avaient dit qu’elle pourrait libérer le duc d’Orléans soit en l’échangeant contre des prisonniers, soit en l’allant chercher, qu’elle avait sollicité le roi en ce sens, et que sans empêchement elle l’eut libéré avant trois ans. Le 14, dit que ses voix l’engageaient à tout endurer et qu’elle serait délivrée par grande victoire.
Article 34 présomption à savoir distinguer les anges
Accuse Jeanne de présomption lorsqu’elle affirme entendre la voix des anges et des saints et pouvoir les distinguer des voix humaines. — Jeanne renvoie à son interrogatoire ; quant à la présomption s’en rapporte à Dieu. — Or le 27 février elle dit entendre la voix de sainte Catherine et sainte Marguerite et savoir que c’étaient elles. Le 1er mars, dit reconnaître les saintes à leur voix et parce qu’elles se sont révélées. Le 15, dit que saint Michel la prévint de la venue des saintes, qu’elle le reconnut à son parler et son langage d’ange, puis le crut et eut la volonté de le croire ; qu’elle reconnaîtrait le diable déguisé en ange ; qu’elle eut peur les premières fois qu’elle vît saint Michel, avant d’être convaincue par son enseignement.
Article 35 présomption à savoir qui Dieu aime ou hait
Accuse Jeanne de se vanter de savoir discerner ceux que Dieu préfère et ceux qu’il hait. — Jeanne s’en tient à ce qu’elle dit au sujet du roi et du duc d’Orléans, et des autres gens, elle n’en sait rien ; et dit savoir par révélation que Dieu aime mieux son roi et le duc qu’elle. — Or le 22 février elle dit que Dieu aimait le duc d’Orléans, et qu’elle reçut plus de révélations sur lui que sur aucun autre sinon le roi. Le 24, dit qu’elle serait contente si Dieu s’adressait directement au roi par révélation. Le 17 mars, dit ignorer si Dieu aimait ou haïssait les Anglais mais qu’ils seront boutés hors de France, exceptés ceux qui y mourront ; dit ignorer les sentiments de Dieu à l’égard des Français et des Anglais lorsque ces derniers prospéraient en France.
Article 36 présomption à pouvoir commercer avec les anges
Accuse Jeanne de se vanter d’entendre une voix qui est par nature inaccessible aux humains, et d’avoir permis à d’autres de l’entendre. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 22 février elle dit que les gens de son parti reconnurent que la voix étaient envoyée de Dieu, et que le roi et quelques autres l’entendirent.
Article 37 désobéissance à certains commandements de Dieu ; négation du libre-arbitre
Relève que Jeanne fit parfois le contraire des commandements qu’elle dit avoir reçus par révélation de Dieu, comme son départ de Saint-Denis ou son saut de Beaurevoir, et conclut que, soit elle n’a pas reçu de révélations de Dieu, soit elle les a méprisés. De plus, en affirmant n’avoir pas pu faire autrement que d’aller contre le commandement de ne pas sauter de la tour, elle nie le libre arbitre. — Jeanne renvoie à son interrogatoire ; quant à son départ de Saint-Denis, dit en avoir eu la permission. Interrogée si elle croit pécher mortellement en allant contre ses voix, dit avoir déjà répondu. — Or le 22 février, elle répondit que sa voix lui avait dit de rester à Saint-Denis, ce qu’elle aurait fait si les seigneurs ne l’avaient emmenée contre sa volonté. Le 10 mars, dit que si ses voix lui avaient commandé sa sortie Compiègne tout en lui annonçant qu’elle serait prise, elle aurait obéi mais à regret. Le 15, dit avoir suivi au mieux les commandements de ses voix ; qu’à Beaurevoir elle ne put se retenir de sauter, mais que ses voix l’ont ensuite secourue, comme en chaque occasion ; dit qu’elle considérait pécher lorsqu’elle allait contre ses voix, et s’en est amendée.
Article 38 péchés manifestes présentés comme commandements de Dieu
Relève que Jeanne commit de nombreux crimes et péchés, tout en affirmant que tout ce qu’elle fit, elle l’a fait de par Dieu et suivant sa volonté. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 24 février elle dit qu’elle ne saurait rien faire sans la grâce de Dieu ; qu’elle aurait bien voulu que le Bourguignon de son village eût la tête coupée s’il plaisait à Dieu ; qu’elle n’aimait pas les Bourguignons depuis qu’elle comprit que les voix étaient pour le roi de France. Le 15 mars dit n’avoir jamais rien fait sans le congé de ses voix, et plus loin être allée assaillir Paris à la requête de gens d’armes, et La Charité à la requête de son roi.
Article 39 présomption sur l’assurance d’être en état de grâce
Relève la présomption de Jeanne qui estime n’avoir jamais péché mortellement, et ce malgré sa carrière guerrière et tout ce qui a été rapporté ici. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 24 février, interrogée si elle se croyait en état de grâce, répondit : Si je n’y suis Dieu m’y mette, si j’y suis Dieu m’y garde
; en outre dit penser que ses voix ne viendraient plus si elle était en grand péché. Le 1er mars, dit que la joie qu’elle éprouve devant sa voix lui suggère qu’elle n’est pas en péché mortel ; que ses saintes la confessent à tour de rôle ; qu’elle ne pense pas avoir jamais commis péché mortel. Le 14, on lui rappela qu’elle consentit à l’exécution du condamné Franquet d’Arras, qu’elle assaillit Paris un jour de fête, eut le cheval de l’évêque de Senlis, sauta de la tour de Beaurevoir et porta un habit d’homme.
Article 40 communion en habit d’homme
Reproche à Jeanne d’avoir communié en habit d’homme à l’instigation du diable. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et s’en remet à Dieu. — Or le 3 mars elle reconnut avoir communié en habit d’homme mais n’a pas souvenir de l’avoir fait armée.
Article 41 saut de Beaurevoir à l’instigation du diable
Accuse Jeanne d’avoir sauté de la tour de Beaurevoir à l’instigation du diable, préférant le salut de son corps à celui de son âme. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 3 mars elle raconta comment, contre l’avis de ses voix, elle se recommanda à Dieu et sauta ; qu’elle préférait être morte qu’aux mains des Anglais. Le 14 mars, le raconta plus en détail.
Article 42 description de l’apparence humaine des saints ; leur contact physique
Relève que Jeanne a décrit saint Michel et ses saintes avec des membres corporels : tête, yeux, visage ; qu’en outre elle embrassa ses saintes. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 17 mars Jeanne décrivit comment elle embrassait ses saintes.
Article 43 assertion que les saints haïssent les Anglais, pourtant bon catholiques
Relève que Jeanne a affirmé que les saints, les saintes et les anges parlaient français et non anglais, qu’ils étaient du parti français et non anglais, entendant ainsi qu’ils pussent avoir en haine un royaume catholique. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 1er mars, elle répondit que sainte Marguerite ne parlait pas anglais car elle n’était point du parti des Anglais.
Article 44 présomption sur l’assurance d’aller au Paradis
Relève que Jeanne se dit assurée d’aller au Paradis tant qu’elle gardera sa virginité, selon une promesse de ses saintes. — Jeanne s’en remet à Dieu et renvoie à son interrogatoire. — Or le 22 février elle dit n’avoir demandé d’autre récompense que le salut de son âme. Le 1er mars, dit que ses saintes lui promirent de la conduire au Paradis. Le 14 mars répondit qu’elle tenait cette assurance du Paradis pour un grand trésor ; qu’elle ignore si cela la préservait du péché mortel ; qu’en état de péché ses voix l’auraient sûrement abandonnée, et qu’on ne se confesse jamais trop.
Article 45 présomption à discerner les saints et les anges
Constate qu’alors que les jugements de Dieu sont impénétrables, Jeanne affirme savoir discerner qui sont les saints, les saintes, les anges et les élus de Dieu. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 27 février elle affirma sa certitude que c’était bien sainte Catherine et sainte Marguerite qui lui apparaissaient. Le 1er mars, dit que ses saintes lui apparaissaient toujours sous une même forme. Le 3, qu’elle sait que ce sont saints et saintes du Paradis.
Article 46 saut de Beaurevoir : blasphème avant le saut
Relève l’irrévérence et l’impatience de Jeanne envers Dieu et les saints lorsqu’elle récrimina avant son saut de Beaurevoir : Et comment laissera Dieu ainsi mourir mauvaisement ceux de Compiègne.
— Jeanne renvoie à son interrogatoire. — Or le 3 mars elle dit qu’après son saut la voix de sainte Catherine lui annonça sa guérison et que ceux de Compiègne, pour qui elle priait toujours, auraient secours.
Article 47 saut de Beaurevoir : blasphème après
Accuse Jeanne d’avoir blasphémé et juré après s’être blessée en sautant de Beaurevoir, et aussi depuis qu’elle est au château de Rouen, supportant impatiemment et protestant d’être mise en procès devant des gens d’Église. — Jeanne s’en rapporte à Dieu et renvoie à son interrogatoire. — Or le 3 mars elle nia avoir blasphémé à Beaurevoir et ajouta n’avoir pas l’habitude de jurer ; dit que ceux qui l’entendirent jurer à Soissons ont mal entendu. Le 14, nia de même les jurons qu’on lui impute depuis sa captivité à Rouen.
Article 48 ses visions : croyance téméraire
Accuse Jeanne d’avoir cru en la divinité de ses visions sans preuve ou signes suffisants, ni consultation de gens d’Église ; d’en avoir admis le contenu suspect ; et de s’en être ouverte d’abord à des séculiers avant qu’à des clercs. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. Quant aux signes, si ceux qui les demandent n’en sont dignes, elle n’en peut mais [n’y peut rien], et dit avoir souvent prié Dieu qu’il les révélât à ceux de son parti. Elle confirme avoir cru en ses révélations sans s’en ouvrir à son curé ou autre, comme elle cru que c’était saint Michel pour la bonne doctrine qu’il lui montrait. Interrogée si saint Michel lui a dit : Je suis saint Michel
, elle renvoie à son interrogatoire, s’en remet à Dieu quant à la conclusion et dit croire que ses voix sont saint Michel, saint Gabriel, saintes Catherine et Marguerite envoyés de Dieu, aussi fermement que Jésus est mort pour nous racheter. — Or le 24 février elle affirma croire en ses voix autant qu’en la foi chrétienne. Le 3 mars, dit avoir vu de ses yeux les visages de saints Michel et Gabriel, tels que Dieu les forma. Le 12, dit n’avoir point parlé de ces visions à gens d’Église mais seulement à Baudricourt puis à son roi, par crainte de voir son départ empêché ; et reconnaît avoir désobéi à ses parents en partant sans leur permission, mais avoir obtenu leur pardon depuis.
Article 49 ses visions : idolâtrie
Accuse Jeanne d’idolâtrie en cela qu’elle vénéra des esprits sans l’assurance qu’ils fussent bons ; lesquels apparaissent être d’ailleurs plutôt mauvais. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et s’en remet à Dieu. — Or le 24 février elle dit avoir remercié sa voix en joignant les mains. Le 10 mars, dit qu’elle s’agenouilla après que le signe fut donné au roi puis fit révérence. Le 12, qu’elle promit sa virginité à ses saintes, et qu’elle faisait révérence à saint Michel et aux anges. Le 15, qu’elle faisait grande révérence à ses saintes et à saint Michel ; qu’elle leur fit des offrande à l’église ; qu’elle s’efforça d’obéir à leurs commandements. Le 17, qu’elle leur offrit des couronnes de fleurs à l’église et leur faisait révérence lorsqu’elles venaient.
Article 50 ses visions : invocation de démons
Accuse Jeanne d’invocation de démons puisqu’elle consulte régulièrement ses esprits, au sujet de son procès comme sur d’autres matières. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et déclare qu’elle les appellera à son aide tant qu’elle vivra. Interrogée sur la manière de les appeler, donne cet exemple de prière : Très doux Dieu, en l’honneur de votre sainte passion, je vous requiers, si vous m’aimez, que vous me révéliez comment je dois répondre à ces gens d’église. Je sais bien, quant à l’habit, le commandement comment je l’ai pris, mais je ne sais point par quelle manière je le dois laisser. Pour ce, qu’il vous plaise de me l’enseigner
, et aussitôt ils viennent ; et précise que ses voix lui parlent souvent de l’évêque de Beauvais ; interrogée sur ce qu’elles disent de lui, dit qu’elle le dira à part ; et ajoute qu’elles sont venues trois fois aujourd’hui. — Or le 24 février, elle dit que sa voix lui avait enjoint de répondre hardiment. Le 27, qu’elle interrogeait la voix sur quoi et comment répondre à ses juges. Le 12 mars, que ses voix n’avaient pas failli en permettant sa capture puisqu’elle était voulue de Dieu et qu’elles continuaient à la réconforter ; que celles-ci venaient à sa demande mais aussi spontanément. Le 13, que depuis la veille elle avait pu entendre sa voix qui lui rappelait de répondre hardiment. Le 14, que ses saintes répondaient sans délai mais que le vacarme de la prison rendait parfois leur propos mal audible ; qu’elle leur demandait trois choses : son expédition, que Dieu aidât les Français, et le salut de son âme.
Article 51 mensonge au sujet des anges, dont celui qui apporta la couronne
Accuse Jeanne de mensonge, à l’instigation du diable, sur tout ce qui concerne les anges, notamment sur celui qui aurait apporté une couronne au roi, accompagné d’autres anges ailés ou couronnés, et se serait incliné devant lui, attendu qu’on ne trouve point dans les livres que tant de révérence et de salutations aient été faites à un homme, quel qu’il soit, pas même devant Notre Dame, mère de Dieu ; ou sur ces mille milliers d’anges qui seraient venus à elle. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et ne se souvient pas avoir parlé de mille millions (sic) d’anges ni d’avoir donné un nombre. — Or le 27 février elle nia avoir vu un ange sur la tête du roi, mais de la lumière. Le 1er mars, évoqua la couronne. Le 10, évoqua longuement le signe donné au roi. Le 12, évoqua l’ange qui l’apporta. Le 13, parla longuement du signe, de sa promesse de ne jamais le révéler, de la couronne, de l’ange, de ce qu’il dit au roi, de qui d’autres le vit, de la présence de ses saintes, de pourquoi elle plutôt qu’un autre, etc.
Article 52 s’être laissée adorer
Accuse Jeanne de s’être laissé adorer comme une sainte : messes en son honneur, peintures ou médailles à son image, etc. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et s’en remet à Dieu. — Le 3 mars elle dit que les Troyens déléguèrent frère Richard pour s’assurer qu’elle venait bien de Dieu ; qu’elle vit à Arras un Écossais tenant un portrait d’elle en armes ; qu’elle ignore tout d’un tableau à Orléans ou si l’on dit des messes pour elle ; nia que les Troyens lui firent révérence et qu’elle entendit le sermon de frère Richard.
Article 53 avoir été chef de guerre
Accuse Jeanne d’avoir été chef de guerre et d’avoir commandé jusqu’à 16 000 hommes, dont des nobles. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et précise que si elle fut chef de guerre c’était pour battre les Anglais. — Or le 27 février elle répondit que le roi lui donna entre 10 000 et 12 000 hommes pour aller à Orléans.
Article 54 vie parmi les hommes
Accuse Jeanne d’avoir vécu impudiquement parmi les hommes. — Jeanne répond s’être entourée d’hommes pour la guerre mais de femmes dans l’intimité.
Article 55 fausses révélations dans le but de s’enrichir
Accuse Jeanne d’avoir profité de ses fausses révélations pour s’enrichir, elle et sa famille. — Jeanne renvoie à son interrogatoire. Quant aux dons du roi à ses frères elle nie avoir jamais rien réclamé. — Or le 10 mars elle dit avoir reçu du roi de quoi s’armer et équiper son personnel ; que l’argent en sa possession, conservé par ses frères, venait du roi et n’était pas grand chose pour faire la guerre.
Article 56 commerce avec les démons (ses saintes, appelées ici conseillers de la fontaine)
Accuse Jeanne d’être guidée par deux démons, ses conseillers de la fontaine, comme en atteste le témoigne de Catherine de La Rochelle, laquelle aurait prévenu que Jeanne sortirait de prison avec l’aide du diable, si elle n’était pas bien gardée. — Jeanne renvoie à son interrogatoire ; elle ignore ce que sont ces conseillers de la fontaine, mais croit se souvenir y avoir une fois entendu ses saintes ; et jure ne point vouloir que le diable la tirât de prison. — Or le 3 mars, elle dit avoir rencontré Catherine de La Rochelle, et n’avoir pas cru à ses histoires de dame blanche ni au reste.
Article 57 mensonge en ayant annoncé des victoires qui se sont avérées des échecs (Paris, La Charité…) et en niant ensuite les avoir annoncées
Accuse Jeanne d’avoir promis à ses gens, par révélation, les victoires à Paris, à La Charité et à Pont-l’Évêque, puis d’avoir nié devant le tribunal avoir jamais promis ces victoires, et ce malgré de nombreux témoignages contraires ; l’accuse aussi d’avoir justifié l’échec à Paris en disant : Jésus a failli à sa promesse
. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie avoir jamais dit que Jésus lui ait failli. — Or le 3 mars elle nia avoir assailli La Charité par commandement de ses voix. Le 13, nia avoir assailli Paris, La Charité et Pont-l’Évêque par commandement de ses voix mais à la requête de capitaines ; s’exprimant sur l’assaut de Paris le jour de la nativité de Marie, dit qu’il est mieux de garder les fêtes.
Article 58 vanité dans son étendard et la somptuosité de sa mise
Accuse Jeanne de frivolité et de vanité dans la confection de son étendard, dans sa mise en avant lors du sacre à Reims, dans la somptuosité de l’écu qu’elle se fit faire, et souligne de plus qu’attribuer de telles vanités à Dieu et aux anges, c’est aller contre la révérence due à Dieu et aux saints. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et s’en remet à Dieu quant au dernier point. — Or le 27 février elle raconta comment elle fit faire son étendard par révélation. Le 3 mars, qu’il fut près de l’autel à Reims. Le 10, parla à nouveau de son étendard, nia avoir eu son propre écu et décrivit celui que le roi donna à ses frères, sans intervention ni révélations de sa part. Le 17, refusa de répondre davantage sur la confection de son étendard, se contentant de dire qu’il avait été réalisé d’après révélations ; dit l’avoir porté au combat mais ne s’en être remise qu’à Dieu.
Article 59 avoir offert son armure à Saint-Denis pour qu’elle soit vénérée
Accuse Jeanne d’avoir offert son armure en l’église de Saint-Denis pour qu’elle soit honorée comme relique, et d’avoir dans la même ville versé par sortilège de la cire de chandelles sur les têtes des petits enfants pour attirer la bonne fortune et faire à leur sujet grand nombre de divinations. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et nie tant l’armure que la cire de chandelle. — Or le 17 mars elle dit avoir fait don à Saint-Denis d’un harnais et d’une épée ; qu’elle offrit ces armes non pour qu’elles fussent adorées, mais par dévotion comme il est de coutume pour les soldats blessés au combat, car elle avait été blessée devant Paris.
Article 60 refus de prêter un serment complet
Accuse Jeanne d’avoir plusieurs fois refusé de jurer de dire la vérité devant le tribunal afin de cacher quelques crimes et d’échapper à la peine encourue. — Jeanne répond n’avoir pris délai que pour mieux répondre ; que ce qui touche au roi n’est pas du procès ; et que ce n’est que sous la contrainte qu’elle a parlé du signe donné au roi. — Or les 22, 24 et 27 février, 1er, 3 et 12 mars, elle refusa de jurer sans condition et de répondre à de nombreuses questions.
Article 61 insoumission à l’Église militante
Accuse Jeanne de s’en remettre directement à Dieu et à ses saints (l’Église triomphante) sans se soumettre au jugement de l’Église (l’Église militante), ce qui est contraire à l’article de foi Unam Sanctam39. — Jeanne répond se soumettre à l’Église militante, mais s’en rapporter à Dieu sur tout ce qu’il lui a commandé de faire ; puis annonce une réponse pour le samedi suivant [31 mars]. — Or le 15 mars, après qu’on lui eut expliqué la distinction entre Église triomphante et Église militante, elle demanda à ce que des théologiens examinassent ses réponses car elle ne voudrait rien soutenir de contraire à la foi, et reporta ses réponses au 17. Le 17, requit d’être menée au pape ; affirma se soumettre à l’Église en tout, pourvu qu’elle n’ait pas à révoquer ce qui lui fut commandé par révélation : notre Sire premier servi
. Le 18 avril40, lorsque le tribunal lui annonça qu’elle n’aurait accès aux derniers sacrements que si elle se soumettait à l’Église, elle refusa de changer de position et dit s’en remettre à Dieu.
Article 62 fausse-prophète, schismatique
Accuse Jeanne d’être une fausse-prophète avec risque de schisme, ce qu’il est du devoir des gens d’Église de prévenir. — Jeanne annonce une réponse pour le samedi suivant [31 mars].
Article 63 comportement contraire à la sainteté
Accuse Jeanne de comportement contraire à la sainteté : mensonges sous serment (attestés par les contradictions touchant ses révélations) ; malédiction contre des seigneurs et toute une nation ; emploi d’un langage grossier et sarcastique ; et conclut par une parole du Christ sur les faux-prophètes : C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez41.
— Jeanne renvoie à son interrogatoire et s’en remet à Dieu quant à la conclusion. — Or le 27 février, elle dit à propos de l’épée avec laquelle elle fut prise à Compiègne qu’elle donnait de bonnes baffes et de bonnes torgnoles. Le 1er mars, dit qu’elle serait morte sans le réconfort quotidien de ses voix ; interrogée si saint Michel avait des cheveux, répondit : Pourquoi les lui aurait-on coupés ?
; dit qu’elle ne vit plus saint Michel depuis son départ du château du Crotoy, et ne le voyait pas souvent.
Article 64 présomption sur l’assurance d’avoir été absoute d’un péché (saut de Beaurevoir)
Accuse Jeanne de se vanter d’avoir obtenu la rémission de son péché du saut de Beaurevoir, présomption contraire à l’Écriture. — Jeanne renvoie à son interrogatoire et s’en remet à Dieu quant à la conclusion.
Article 65 sollicitation abusive de Dieu
Accuse Jeanne d’avoir abusivement et inopportunément requis Dieu sur la conduite à tenir. — Jeanne renvoie à son interrogatoire, dit qu’elle ne dévoilera pas ses révélations, qu’elle n’a jamais requis Dieu sans nécessité, qu’elle voudrait qu’il envoyât plus de signes afin de prouver qu’il l’a bien envoyée.
Article 66 erreurs contre la foi et leur conséquences
Accuse Jeanne d’erreurs contre la foi et des troubles que ces erreurs ont causé. — Jeanne répond être bonne chrétienne et s’en remet à Dieu.
Article 67 récurrence de ces erreurs
Accuse Jeanne d’avoir perpétré ces dites erreurs maintes fois, en tous lieux et heures. — Jeanne le nie.
Article 68 justification de la tenue du procès devant le scandale causé
Justifie la tenue d’un procès contre Jeanne par le scandale qu’elle causa et l’enquête qui suivit. — Jeanne répond que cet article concerne les juges.
Article 69 persévérance de l’accusée dans ses erreurs même après le début du procès
Accuse Jeanne d’avoir persévéré dans toutes ses erreurs durant son procès. — Jeanne répond qu’elle n’est pas coupable de ce dont on l’accuse et s’en remet à Dieu. Interrogée si elle accepterait que l’Église et ses clercs la corrigeassent sur ce qu’elle aurait fait contre la foi chrétienne, dit qu’elle répondra samedi [31 mars] après dîner.
Article 70 protestation de fidélité du réquisitoire
Atteste que tous les articles de l’acte d’accusation sont vrais et connus, et que l’accusée les a tous confessés. — Jeanne le nie, sauf ce qu’elle a confessé.
Le promoteur soumet son réquisitoire au tribunal et l’engage à s’en servir pour interroger l’accusée et rendre son verdict.
Séance du samedi 31 mars Jeanne est réinterrogée sur sa soumission à l’Église
Prison de Jeanne. — Cauchon, Lemaître, 7 assesseurs, le garde John Grey.
Interrogatoire
Jeanne est interrogée sur les points pour lesquels elle avait demandé délai [articles 61, 62 et 69].
1. Sur sa soumission totale au jugement de l’Église
Jeanne dit s’y soumettre, pourvu qu’on ne lui demande pas l’impossible, à savoir révoquer ses révélations ou aller à leur encontre ; qu’au cas où l’Église militante lui commanderait un ordre contraire à ses révélations elle s’en remettrait à Dieu ; qu’elle se soumet à l’Église sur terre, notre Sire premier servi ; que toutes ses réponses lui viennent de ses voix, qui ne lui ont jamais commandé de ne pas obéir à l’Église, notre Sire premier servi.
2. Sur sa possession de limes
Interrogée si, à Beaurevoir, Arras ou ailleurs, elle eut en sa possession des limes, répond : — Si on en a trouvé sur moi, je n’ai autre chose à vous répondre.
Sur ce, le tribunal se retire pour procéder à la suite.
Séances des lundi 2, mardi 3 et mercredi 4 avril Résumé de l’accusation en 12 articles
Le tribunal s’est réuni pour résumer les 70 articles et les réponses de Jeanne, en 12 nouveaux articles, lesquels seront soumis aux docteurs afin qu’ils donnent leur avis.
Séance du jeudi 5 avril Les 12 articles d’accusation
Les 12 articles ont été rédigés ; Cauchon et Lemaître les transmettent aux docteurs de Rouen, accompagnés d’une note les invitant à retourner leur avis par écrit, avant le mardi suivant.
Teneur des 12 articles
Article 1 allégation de prétendues visions ; leurs commandements contraire à la sainteté ; soumission à ces visions plutôt qu’à l’Église
Expose : — les prétendues visions de Jeanne, leur matérialité, leur occurrence près d’un arbre aux fées et d’une fontaine de son village ; — les commandements que Dieu lui transmit par l’intermédiaire de ses saintes, comme d’aller prêter main forte à un prince [Charles VII] pour reconquérir son domaine, de porter un habit d’homme et de refuser de l’ôter même pour communier à Pâques, de quitter ses parents à leur insu et contre leur gré, de vivre au milieu d’hommes de guerre ; — le fait que Jeanne rejette le jugement de l’Église terrestre (Église militante) pour ne s’en remettre qu’à Dieu par l’intermédiaire de ses saints (Église triomphante) ; — la certitude qu’elle a de sauver son âme, en conservant sa virginité.
Article 2 extravagance et contradictions dans le signe donné au roi
Expose le prétendu signe donné audit prince pour qu’il crût en elle, à savoir saint Michel escorté d’anges venu lui remettre une riche couronne ; et relève une contradiction chez Jeanne qui tantôt dit que seul le prince vit le signe, tantôt que d’autres le virent aussi.
Article 3 croyance téméraire en la nature de ses visions
Expose la certitude qu’a Jeanne que ses apparitions sont bien saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite (aussi fermement qu’elle croit que Jésus est mort pour nous racheter), parce qu’ils se sont nommés ainsi et pour leurs bons enseignements.
Article 4 vantardise sur sa connaissance de choses cachées
Expose la prétendue clairvoyance de Jeanne, qui affirme avoir eu révélation de faits à venir et autres choses cachées, comme sa prochaine délivrance de prison, les grandes victoires que connaîtront les Français, ou comment elle sut reconnaître des gens qu’elle n’avait jamais vus, ou donner l’emplacement d’une épée enterrée.
Article 5 adoption d’un habit d’homme et obstination à le garder
Expose le fait que Jeanne porte un habit d’homme, dit l’avoir pris par commandement de Dieu, communia avec, refusa l’admonestation charitable du tribunal de prendre un habit de femme, et dit préférer mourir que de le délaisser sans commandement de Dieu.
Article 6 utilisation de convenances religieuses pour des opérations militaires
Expose que Jeanne envoya de nombreuses lettres, certaines avec en-tête Jhesus Maria
, certaines marquées d’une croix signifiant qu’il ne fallait pas en tenir compte, certaines menaçant de mort ceux qui n’obéiraient pas (aux horions on verra qui aura meilleur droit de Dieu du ciel42) ; et relève qu’elle affirma fréquemment n’avoir rien fait que par révélation et commandement de Dieu.
Article 7 insoumission à ses parents
Expose le cheminement de Jeanne tel qu’elle le rapporte : à 17 ans, spontanément et par révélation à ce qu’elle dit, elle quitta ses parents sans leur permission, ce qui les rendit comme fous, alla solliciter un écuyer [Baudricourt] pour qu’il l’équipât et la fît escorter jusqu’à son prince [Charles VII], qu’à cedit prince elle déclara vouloir conduire la guerre et qu’elle réduirait ses ennemis car elle était envoyée du Roi du ciel ; et qu’en cela elle dit qu’elle a bien fait, du commandement de Dieu et par révélation.
Article 8 tentative de suicide lors du saut de Beaurevoir
Expose comment, de son plein gré, Jeanne se jeta de la tour de Beaurevoir, préférant mourir que d’être prise ou de survivre à la destruction de Compiègne ; que ses saintes le lui défendirent, qu’elle savait commettre un grand péché en sautant mais qu’elle ne put se retenir ; qu’elle sait par révélation que ce péché lui a été remis après confession.
Article 9 assurance d’aller au Paradis
Expose la promesse que firent ses saintes à Jeanne de la mener au Paradis pourvu qu’elle conservât sa virginité ; qu’elle en a l’assurance comme si elle s’y trouvait déjà ; qu’elle ne se croit pas en état de péché mortel puisque dès lors ses voix ne viendraient plus, or elles viennent quotidiennement.
Article 10 prétention à connaître qui Dieu aime et qui il hait (les Anglais et les Bourguignons)
Expose l’affirmation de Jeanne selon laquelle Dieu aime plus certaines personnes qu’elle-même ; qu’elle le tient de ses saintes, lesquelles parlaient français car n’étant point du parti des Anglais ; et qu’elle n’aimait pas les Bourguignons depuis qu’elle sût que ses saintes étaient pour le prince [Charles VII].
Article 11 idolâtrie envers ses visions
Expose comment Jeanne dit faire révérence devant ses voix qu’elle nomme Michel, Gabriel, Catherine et Marguerite ; qu’elle les toucha, les consulta, les invoqua quoiqu’elles vinssent souvent spontanément ; qu’elle leur obéit sans prendre conseil ni de ses parents ni d’homme d’Église ; qu’elle se dit sûre qu’elles venaient de Dieu et qu’elle saurait reconnaître un esprit malin qui feindrait être saint Michel ; qu’elle jura à ses saintes ne jamais révéler le signe de la couronne à moins qu’elle eût congé de le révéler.
Article 12 insoumission à l’Église, rejet de l’article Unam Sanctam
Expose que Jeanne a déclaré qu’elle refuserait d’obéir à l’Église en tout chose contraire au commandement qu’elle dit tenir de Dieu ; que ses réponses au procès lui viennent de Dieu ; qu’elle ne s’en rapportera qu’à Dieu, et ce même après que ses juges lui eurent expliqué l’article de foi Unam Sanctam.
Avis des théologiens
S’en suit le procès-verbal de 24 délibérations (collectives ou individuelles d’un total de 56 théologiens), reçues entre le 12 avril et le 14 mai.
1. Seize docteurs et six licenciés ou bacheliers en théologie
Concluent après délibération43 : que les dites révélations de l’accusée sont soit fictions d’invention humaine, soit procédant de l’esprit du Malin, en cause le manque de preuve pour y croire, les contradictions, mensonges, invraisemblances, blasphèmes et autres hérésies ; qu’elle a erré en la foi, puisqu’elle met au même niveau sa croyance en ses voix qu’en la foi, et que son affirmation aux articles 1 et 5 qu’elle a bien agi en ne communiant pas à Pâques est un blasphème évident. (Chapelle du manoir archiépiscopal de Rouen, le 12 avril 1431.)
2. Denis Gastinel, chanoine
Conclut que l’accusée est suspecte dans sa foi, véhémentement erronée, schismatique, hérétique, qu’elle se prend pour une autorité, qu’elle est séditieuse et perturbatrice de paix, et propose qu’elle soit sommée d’abjurer publiquement. Si elle refusait, qu’elle soit abandonnée au jugement séculier44 ; si elle acceptait, qu’elle fasse pénitence en prison au pain de douleur et à l’eau d’angoisse afin qu’elle pleure ses péchés, et n’en commette plus sur lesquels elle ait à pleurer.
3. Jean Basset, chanoine
S’estime incompétent pour une si grande cause ; toutefois il souligne humblement qu’il n’est pas impossible que les voix de l’accusée viennent de Dieu, mais qu’en l’absence de miracle ou de témoignage annonciateur dans les Écritures, on ne peut la croire sur parole ; que ses refus d’abandonner l’habit d’homme, de communier à Pâques ou de se soumettre à l’Église militante sont compromettants ; et conclut quant à la suite du procès : En dépit de l’incapacité de mon intellect, moi, bien qu’indigne et ignare en droit, je m’offre d’y travailler de tout mon pouvoir
.
4. L’abbé de Fécamp
S’estime trop insignifiant devant les sommités du tribunal pour oser un avis, et adhère à toutes leurs décisions. (Lettre signée du 21 avril.)
5. Jacques Guesdon, franciscain
Déclare avoir assisté à la délibération des théologiens [les 16 docteurs et 6 licenciés] et se ranger à leur opinion unanime ; s’excuse que des affaires ailleurs le contraignent à se retirer. (Déposition devant l’évêque Cauchon signée du 13 avril.)
6. Jean Maugier, chanoine
Se range à l’avis unanime desdits théologiens et signe : Toujours prêt à faire votre bon plaisir.
7. Jean Bruillot, chanoine
Idem.
8. Nicolas de Venderès, chanoine
Idem.
9. Gilles Deschamps, chanoine
Témoigne de la bonne tenue du procès et constate que Jeanne a décliné toutes les offres qui lui avaient été faites, même celle de soumettre ses faits et dits à des notables de son parti ou de l’église de Poitiers45. Aussi lui semble-t-elle suspecte en la foi ; il s’en remet au jugement des docteurs en théologie et décret. (Lettre signée du 3 mai.)
10. Nicolas Caval, chanoine
Se range à l’avis desdits théologiens.
11. Robert Le Barbier, chanoine
Se range à l’avis desdits théologiens mais suggère que l’Université de Paris, en particulier les facultés de Théologie et de Décret, soient consultées.
12. Jean Alespée, chanoine
Se range humblement à l’avis desdits théologiens et à celui de l’Université de Paris et des facultés de Théologie et de Décret, si elles devaient être consultées.
13. Jean de Châtillon, archidiacre d’Évreux
Se range à l’avis desdits théologiens, à qui il appartient de ramener les égarés au chemin de la vérité.
14. Jean de Bouesgue, aumônier de Fécamp
Pense que l’accusée est schismatique et hérétique (attendu son obstination, ce qu’elle a dit de saint Michel, de ses saintes, de la communion, qu’elle a tout fait du commandement de Dieu, etc.) et demande qu’elle soit punie.
15. Jean Garin, chanoine
Se range humblement à l’avis desdits théologiens.
16. Le chapitre de la cathédrale de Rouen
S’excuse du retard de sa réponse, motivé par l’attente de l’avis de l’Université de Paris et du résultat des charitables exhortations faites le 2 mai, lesquelles furent rejetées par l’accusée ; conclut que celle-ci doit être réputée hérétique. (Lettre du 3 mai.)
17. Aubert Morel et Jean Duchemin, chanoines
Reconnaissent la possibilité que les voix soient de Dieu mais qu’à défaut de miracle ou de témoignage dans l’Écriture, il n’y a pas lieu de le croire ; dénoncent son refus de délaisser son habit d’homme (qui peut valoir excommunication), de communier à Pâques et de se soumettre à l’Église militante et à l’article Unam Sanctam ; et concluent que si elle s’obstinait, et sous réserve que ses révélations ne lui viendraient pas de Dieu, elle devait être punie de prison perpétuelle, au pain de douleur et à l’eau d’angoisse, ou de toute autre peine extraordinaire, à modérer au bon vouloir de messeigneurs les juges.
18. Onze avocats de la cour archiépiscopale de Rouen46
Après s’être réunis et avoir délibéré, regardent leur humble avis comme négligeable, mais cependant le donnent. Leur constat est quasi identique au précédent (Morel/Duchemin) jusque dans la formulation : Jeanne est probablement suspecte, à moins que ses révélations et assertions [soient] de Dieu, ce qu’ils estiment certes peu vraisemblable. Aussi s’en rapportent-ils à l’avis de l’Université de Paris. (Lettre du 30 avril.)
19. L’évêque de Coutances
Résume les articles avec style et érudition. Il semble considérer le tribunal trop clément avec Jeanne (mais ne souhaite pas paraître en remontrer à Minerve47) et lui trouve un esprit subtil, enclin au mal, agité d’un instinct diabolique, vide de la grâce du Saint-Esprit. Empruntant au bienheureux Grégoire deux signes qui attestent de la sainteté d’une personne, à savoir la vertu et l’humilité, il constate que ces deux signes ne se trouvent à aucun degré chez cette femme. Il conclut que Jeanne doit être condamnée, et sans délai, et que même si elle se rétractait il fallait l’emprisonner encore jusqu’au jour où il apparaîtra qu’elle a été suffisamment amendée et corrigée. (Coutances, le 5 mai.)
20. L’évêque de Lisieux
S’exprime d’abord sur les révélations : citant l’Écriture et saint Augustin il souligne la difficulté du discernement ; se fondant sur le droit canonique il explique que seuls des signes miraculeux évidents ou le témoignage spécial de l’Écriture autorisent à croire qu’une apparition vient de Dieu ; puis, constatant l’absence de tels signes chez l’accusée, il déduit que ses révélations sont soient du démon, soit invention. Il relève ensuite, attendu la vile condition de la personne, ses propos contre la foi, son mépris pour le sacrement de communion, son refus de se soumettre à l’Église ; et conclut que si elle refusait de se rétracter, elle devait être considérée schismatique et véhémentement suspecte en la foi. (Lisieux, le 14 mai.)
21. Les abbés de Jumièges et de Cormeilles
Rappellent qu’ils avaient déjà été consultés sur le procès et avaient répondu que celui-ci devrait être transféré à l’Université de Paris. Toutefois ils réduisent aujourd’hui l’affaire à quatre points. Sur 1. la soumission à l’Église : Jeanne doit être exhortée publiquement, et si elle persistait, être réputée suspecte en la foi. Sur 2. ses révélations et 3. l’habit d’homme qu’elle dit avoir de Dieu : l’absence de sainteté chez elle interdit de la croire. Sur 4. le fait qu’elle dise n’être point en état de péché mortel : ils ne peuvent se prononcer, Dieu seul sait, et de plus ils n’ont pas assisté aux audiences. (Lettre du 29 avril.)
22. Raoul Roussel, chanoine
Se range à l’avis desdits théologiens et se dit convaincu que Jeanne et ses complices ont tout inventé pour parvenir à leur fin. (Lettre du 30 avril.)
23. Pierre Minier, Jean Pigache et Richard de Grouchet, bacheliers en théologie
Estiment que la clé du procès repose sur l’origine des révélations. Si elles procèdent du démon ou sont feintes, l’accusée peut être suspecte contre la foi, mais pas si elles procèdent de Dieu. En l’occurrence, eux-même se disent incompétents pour trancher.
24. Raoul Le Sauvage, bachelier en théologie
Analyse avec minutie chaque point des douze articles ; si la plupart de ses conclusions vont contre l’accusée, ce n’est pas le cas de toutes, et certaines ne l’accablent pas. Il conclut même en appelant le tribunal à la mansuétude : que celui-ci tienne compte de la fragilité féminine, qu’il admoneste Jeanne charitablement de se corriger et ne retienne pas contre elle ses révélations, qui peuvent avoir été forgées par le Malin. Il termine en suggérant que, par souci d’apaisement, la cause soit renvoyée devant le Saint-Siège.
Séance du mercredi 18 avril Exhortation charitable (Jeanne est malade)
Prison de Jeanne. — Cauchon, Lemaître, 7 assesseurs (dont 1 nouveau).
Suivant l’avis de nombreux docteurs que Jeanne devait être exhortée charitablement et admonestée doucement afin de la ramener dans la voie de la vérité, Cauchon, Lemaître et sept assesseurs se rendent dans son cachot. Ils la trouvent malade.
Interrogatoire
1. Sur sa soumission au jugement des gens d’Église et le péril qu’elle encourt
Après lui avoir souhaité un prompt rétablissement, les juges lui expliquent la raison de leur venue : ses réponses ont été examinées par des théologiens qui y ont détecté de graves erreurs contre la foi, erreurs qu’ils ont toutefois mis sur le compte de son ignorance. Aussi, le tribunal l’exhorte à accepter d’être instruite par des gens d’Église, qu’on lui proposerait ou qu’elle choisirait. Un refus la mettrait en grand péril.
Jeanne les remercie, mais s’inquiète que sa maladie la mette en péril de mort : si telle était la volonté de Dieu, elle requiert d’être entendue en confession et inhumée au cimetière. On le lui promet, si au préalable elle se soumet à l’Église ; ce à quoi Jeanne dit ne pouvoir répondre le moment.
Interrogée sur plusieurs points, elle réitère sa volonté de ne rien soutenir contre la foi chrétienne ; répond que si un chrétien prétendait avoir eu révélation à son sujet, elle saurait par ses voix s’il dit vrai ou non ; admet volontiers que d’autres puissent avoir des révélations de Dieu mais qu’elle ne les croirait pas sans signe ; affirme croire fermement que les saintes Écritures ont été révélées par Dieu.
On la somme d’accepter d’être secondée par un clerc, et l’exhorte de nouveau à se soumettre à l’Église ; elle répond pour la dernière fois : — Quelque chose qui m’en doive advenir, je ne ferai ou ne dirai autre chose que ce que j’ai dit ci-devant au procès.
Les clercs présents tentent plusieurs recours pour l’amener à se soumettre à l’Église, mais, de guerre lasse, l’avisent qu’elle risque de finir abandonnée comme une sarrasine. À quoi Jeanne rétorque qu’elle est bonne chrétienne, bien baptisée, et que bonne chrétienne elle mourrait. On lui rappelle son désir de recevoir la communion et lui promet de la lui donner contre sa soumission ; elle dit qu’elle n’en répondra autrement, qu’elle aime Dieu, le sert, est bonne chrétienne et souhaite soutenir la sainte Église de tout son pouvoir.
2. Sur l’organisation d’une procession pour sa guérison
Répond qu’elle accepte volontiers que l’Église et les catholiques prient pour elle.
Séance du mercredi 2 mai Admonition publique
Salle du château de Rouen. — Cauchon, Lemaître, 63 assesseurs (dont 11 nouveaux).
Cauchon s’adresse à l’assemblée : Après avoir longuement entendu l’accusée, le tribunal a soumis ses aveux résumés par écrit à de nombreux théologiens. Les avis déjà reçus suffisent à faire apparaître sa culpabilité. Toutefois, avant de prononcer un jugement définitif, il nous a semblé nécessaire de tout entreprendre pour la ramener à la vérité. Ces derniers jours, plusieurs docteurs ont essayé de l’instruire et de l’alerter, mais l’astuce du Diable a prévalu, et ils n’ont pu, jusqu’ici, lui être d’aucun profit. Aussi, devant l’échec de l’exhortation charitable, il fut décidé de procéder à une admonition publique. Aujourd’hui l’accusée sera amenée devant vous et Jean de Châtillon, archidiacre d’Évreux, tentera de la ramener à la vérité. Nous invitons quiconque s’estimant capable d’y concourir à se manifester.
Jeanne est introduite dans la salle
Cauchon l’engage à se rendre aux conseils que l’archidiacre s’apprête à lui exposer dans une cédule en français, car si elle ne le faisait pas, elle s’exposerait au péril de son âme et de son corps.
Châtillon prend la parole. Il rappelle à Jeanne les devoirs du chrétien et l’invite à se corriger selon l’avis rendu par les théologiens. À quoi Jeanne lui réplique qu’il lise sa cédule et qu’elle lui répondrait ; je m’en attends à Dieu, mon créateur, de tout, je l’aime de tout mon cœur.
Teneur de la cédule d’admonition
1. Châtillon commence par rappeler à Jeanne qu’elle s’était dite prête à reconnaître toute erreur que des théologiens lui trouveraient, et l’en félicite. Or l’examen de ses dits et faits a permis de relever de nombreuses et graves erreurs. Cependant, si elle voulait s’amender, les gens d’Église seraient toujours prêts à la recevoir avec miséricorde en vue de son salut. En revanche, si elle s’obstinait dans la vanité à vouloir se passer d’eux, elle s’exposerait à de graves périls.
2. Il lui explique ensuite que refuser de soumettre ses révélations et apparitions au jugement de gens d’Église, en prétendant ne s’en rapporter qu’à Dieu, est contraire à la foi et à l’article Unam Sanctam. Or qui nie cet article est hérétique et qui refuse de s’y soumettre est schismatique, et encourt les lourdes peines prévues par le droit canonique.
3. Il lui expose aussi l’indécence pour une femme de porter un habit d’homme : les Écritures et les conciles l’ont explicitement condamné ; et qu’en préférant ne pas communier à Pâques plutôt que de le retirer, elle a méprisé un commandement de l’Église. C’est pourquoi il l’admoneste de rejeter son habit d’homme.
4. Il souligne que non contente de porter cet habit elle a en plus affirmé qu’elle faisait bien et ne péchait point en cela. Or soutenir qu’il est bien d’aller contre un enseignement de l’Église, c’est errer dans la foi ; et s’y obstiner, c’est tomber dans l’hérésie. En outre prétendre porter cet habit par commandement de Dieu revient à le blasphémer. C’est pourquoi il l’admoneste de ne plus prononcer de tels blasphèmes.
5. Il livre le rapport de docteurs qui se sont penchés sur ses révélations et apparitions : l’histoire de la couronne apportée à Charles et de la venue d’anges comporte trop de mensonges évidents, et ce d’après les témoignages recueillis aussi bien [de] ceux qui par la suite furent de notre parti que [des] autres ; ses propos sur ses saintes sont eux-aussi truffés d’invraisemblances et de contradictions, comme la fréquence non justifiée de leur venue, l’impossibilité de décrire leur corps malgré cette fréquence, ou leurs commandements contraires à ceux de l’Église ; ce qui les amène à conclure que tout cela ne peut venir de Dieu. Puis il montre les dangers que fait encourir au peuple celui qui prétend audacieusement parler par révélation, comme l’avènement de nouvelles sectes et autres bouleversements ; car ces curiosités sont une ruse des démons, que Dieu autorise pour punir la présomption de ceux qui se laissent séduire. C’est pourquoi il l’admoneste de renoncer à ces vaines imaginations, de cesser de répandre de tels mensonges, de rentrer dans la voie de la vérité.
6. Il termine en l’avisant que ces fausses révélations peuvent entraîner d’autres péchés comme : celui de divination (l’annonce d’événements à venir, d’un objet caché, de qui Dieu aimait, d’avoir été remise du péché commis en sautant de Beaurevoir), celui d’idolâtrie (l’adoration de ses apparitions sans s’être assurée auprès d’un homme d’Église qu’elles étaient de bons esprits) et celui de témérité (en affirmant croire en ces apparitions insolites aussi fermement qu’en la foi chrétienne).
Réponses de Jeanne durant la lecture de la cédule d’admonition
1. Sur sa soumission à l’Église (articles 1 et 2)
Jeanne renvoie à son interrogatoire ; dit croire que l’Église militante ne peut ni errer ni faillir, mais conclut invariablement que de ses dits et faits elle s’en rapporte à Dieu. Avisée que rejeter l’article Unam Sanctam fait d’elle une hérétique et qu’elle encoure le feu, répond que même face au feu elle ne dira pas autre chose. Interrogée si elle veut se soumettre au pape, répond : — Menez-m’y et je lui répondrai.
2. Sur son habit d’homme (articles 3 et 4)
Affirme qu’elle accepte de prendre un habit de femme pour entendre la messe et communier, comme elle l’avait déjà dit, pourvu qu’aussitôt après elle puisse reprendre son habit d’homme. À la remarque que l’habit d’homme ne lui est plus nécessaire puisqu’elle est en prison, elle répond : — Quand j’aurai fait ce pour quoi je suis envoyée de par Dieu, je prendrai l’habit de femme.
Interrogée si elle pense bien faire, répond qu’elle s’en remet à Dieu et nie le blasphème. Admonestée de cesser de porter cet habit et de croire qu’elle fasse bien de le porter, répond qu’elle n’en fera autre chose.
3. Sur ses visions et ses révélations (articles 5 et 6)
Répond qu’à la venue de ses saintes elle se signe parfois, et parfois non. Sur l’article 5 s’en rapporte à son juge, à savoir Dieu, dont lui viennent ses révélations directement ; quant au signe donné au roi, elle dit accepter l’offre de s’en rapporter à l’archevêque de Reims, au sire de Boussac, à Charles de Bourbon, au sire de La Trémoille et à La Hire, car ils étaient présents, mais seulement si c’est elle qui leur écrit. Sur l’article 6 et ses prophéties, s’en remet à son juge, à savoir Dieu et renvoie à son interrogatoire. Interrogée si, au cas où l’on ferait venir trois ou quatre gens de son parti sous sauf-conduit, elle accepterait de s’en rapporter à eux quant à ses révélations, répond qu’on les fasse venir et qu’après elle répondra. Interrogée si elle veut s’en rapporter et se soumettre à l’Église de Poitiers, où elle a été examinée, répond : — Me croyez-vous prendre par cette manière et par cela m’attirer à vous ?
Dernières sommations
On continue de la sommer de se soumettre à l’Église militante et de la mettre en garde contre les dangers de corps et d’âme, à quoi elle répond : — Vous ne ferez jamais ce que vous dites contre moi sans qu’il ne vous en advienne mal, et au corps et à l’âme !
D’autres docteurs tentent à leur tour de l’admonester, sans plus de résultat.
Finalement l’évêque l’exhorte une dernière fois ; Jeanne demande le délai qu’elle a pour répondre : l’instant même. Elle se tait.
Le tribunal quitte la salle, Jeanne est reconduite en prison.
Séance du mercredi 9 mai Interrogatoire devant les instruments de torture
Grosse tour du château de Rouen. — Cauchon, Lemaître, 9 assesseurs.
1. Les juges sont dans la salle de torture lorsque Jeanne leur est amenée. Ils exigent la vérité sur plusieurs points du procès, qu’ils savent qu’elle a niés ou sur lesquels elle a mensongèrement répondu ; et la préviennent que si elle n’avouait pas la vérité à leur sujet, elle serait mise à la torture. On lui découvre les instruments48 et les tortionnaires prêts à obéir ; Jeanne répond : — Vous pourriez m’écarteler que je ne dirais autre chose, et si je le disais, je témoignerais ensuite que vous me l’auriez fait dire de force.
Elle déclare aussi qu’à la Sainte-Croix [le 3 mai] elle reçut la visite de saint Gabriel : Et croyez bien que ce fut saint Gabriel
; qu’elle consulta ses voix pour savoir si elle devait se soumettre à l’Église, car les gens d’Église la pressaient fort, et que ses voix lui dirent de ne s’en remettre qu’à Dieu ; qu’elle sait bien que c’est Dieu et non le diable qui fut seul maître de ses faits ; qu’elle a demandé à ses voix si elle serait brûlée et qu’elles lui ont répondu de s’en remettre à Dieu, et qu’il l’aiderait.
2. Interrogée si elle acceptait une confrontation avec l’archevêque de Reims au sujet du signe donné au roi, répond : — Faites-le venir et que je l’entende parler, et puis je vous répondrai ; il n’oserait dire le contraire de ce que je vous en ai dit.
Aussi, constatant l’endurcissement de son âme et son obstination, et doutant que la torture y changeât quelque chose, le tribunal décide d’en rester là pour l’instant, et d’aviser.
Séance du samedi 12 mai Vote pour ou contre la torture
Hôtel de Cauchon à Rouen. — Cauchon, Lemaître, 13 assesseurs.
Après avoir relaté la séance de mercredi, Cauchon demande à chacun de se prononcer pour ou contre mettre Jeanne à la torture.
Roussel :
contre, de peur qu’un procès si bien fait que celui-là puisse être calomnié ;
Venderès :
contre, inutile en l’état ;
Marguerie :
contre, idem ;
Érart :
contre, la matière est assez ample sans torture ;
Barbier :
contre, qu’elle soit admonestée charitablement une dernière fois ;
Gastinel :
contre ;
Morel :
pour, afin de savoir la vérité de ses menteries ;
Courcelles :
pour ;
Couppequesne :
contre, qu’elle soit de nouveau admonestée de se soumettre ;
Ledoux :
contre, idem ;
frère de La Pierre :
contre, idem ;
Loiseleur :
pour ;
Haiton :
contre.
Le tribunal conclut que Jeanne ne serait pas mise à la torture et ordonne la poursuite du procès.
Séance du samedi 19 mai Adhésion aux conclusions de l’Université de Paris
Chapelle épiscopale de Rouen. — Cauchon, Lemaître, 51 assesseurs.
Cauchon annonce avoir reçu une quantité considérable de délibérations écrites de théologiens sur les assertions et les aveux de ladite Jeanne [les 12 articles], suffisamment pour juger la cause. Toutefois, pour une élucidation plus ample et plus claire de la matière, pour la plus grande paix de nos consciences et l’édification de tous, l’accusation fut également transmise à notre mère l’Université de Paris, et principalement aux facultés de Théologie et de Décret, lesquelles répondirent par écrit sous forme d’acte public.
Cauchon fait lire les délibérations de l’Université de Paris [reproduites ci-dessous], puis demande aux assesseurs présents d’en tenir compte pour délibérer à nouveau sur la suite à donner au procès.
Annexes
1. Lettre de l’Université de Paris au roi d’Angleterre (Paris, le 14 mai 1431)
L’Université rappelle au roi son rôle de protecteur de la foi, le loue d’avoir permis la tenue du procès et le remercie de l’avoir elle-même impliquée. Elle explique avoir longuement délibéré, comme c’est son rôle à elle, et l’invite à ne pas faire traîner le procès.
2. Lettre de l’Université de Paris à l’évêque de Beauvais (Paris, le 14 mai 1431)
L’Université loue le zèle de l’évêque, son ardeur combative, virile et fameuse, sa probité très vaillante et pleine de force, se réjouit que le procès lui ait été confié à lui, en approuve le principe, et l’en félicite pour son bon déroulement ainsi que le lui ont rapporté trois membres du tribunal attachés à l’Université (Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi). Elle lui remet ci-joint un rapport écrit qui contient sa délibération, ses remarques concernant d’autres points, ainsi qu’une copie de la lettre envoyée au roi d’Angleterre. Puis lui souhaite bonne continuation, pour que cesse la démoralisation inique et scandaleuse du peuple.
3. Délibération de l’Université de Paris
Par le présent acte public l’Université entend faire savoir qu’après avoir été sollicitée par le roi très-chrétien, elle s’est réunie solennellement en assemblée générale à Saint-Bernard49 le 29 avril 1431, afin de donner son opinion sur un procès en matière de foi, celui d’une femme du nom de Jeanne, dite vulgairement la Pucelle. Après que le recteur de l’Université eut introduit la cause et lu les douze articles de l’acte d’accusation, il fut décidé que les deux facultés, de Théologie et de Décret50, délibéreraient séparément. Réunie à nouveau le 14 mai, l’Université reçut des mains du vice-doyen de la faculté de Théologie, un cahier contenant les deux délibérations que voici :
4. Avis de la faculté de Théologie
[L’avis, très court, est ci-dessous à peine résumé.]
- Sur l’article 1 [révélations et apparitions] : ces révélations sont soit mensonges, soit procèdent d’esprits malins et diaboliques tels que Bélial, Satan et Béhemmoth.
- Sur l’article 2 [signe donné au roi] : mensonge présomptueux, séducteur, pernicieux, feint, attentatoire à la dignité des anges.
- Sur l’article 3 [foi en ses apparitions] : ladite femme croit légèrement et affirme avec témérité ; sa comparaison [qu’elle croit en ses apparitions autant qu’elle croit que Jésus est mort pour nous] prouve qu’elle erre en la foi.
- Sur l’article 4 [clairvoyance] : superstition, divination, présomptueuse assertion et vaine jactance.
- Sur l’article 5 [habit d’homme] : ladite femme est blasphématrice, méprise les sacrements, est mal pensante et errante en la foi, affichant une vaine jactance, suspecte d’idolâtrie et d’exécration de soi-même et de ses vêtements51, en quoi elle a imité les mœurs des païens.
- Sur l’article 6 [envoyée de Dieu] : ladite femme est traîtresse, rusée, cruelle, assoiffée de sang humain, séditieuse, provoquant à la tyrannie, blasphématrice de Dieu dans les mandements et les révélations qu’elle lui prête.
- Sur l’article 7 [départ de Domrémy, arrivée à Chinon] : ladite femme est impie envers ses parents, prévaricatrice du commandement d’honorer ses père et mère, scandaleuse, blasphématrice envers Dieu ; et elle erre en la foi, et a fait promesse téméraire et présomptueuse.
- Sur l’article 8 [saut de Beaurevoir] : pusillanimité tournant à désespérance, et implicitement au suicide ; assertion présomptueuse et téméraire touchant la rémission d’une faute ; sentiment condamnable relativement au libre arbitre de l’homme.
- Sur l’article 9 [assurance du Paradis] : assertion présomptueuse et téméraire, mensonge pernicieux. Elle est en contradiction avec elle-même selon l’article précédent ; elle pense mal en matière de foi.
- Sur l’article 10 [préférence qu’a Dieu pour certains] : assertion présomptueuse et téméraire, divination superstitieuse, blasphème envers saintes Catherine et Marguerite, transgression du commandement d’aimer son prochain.
- Sur l’article 11 [dévotion envers ses saintes] : elle est idolâtre, invocatrice de démons ; elle erre dans la foi, affirme témérairement et a donné serment illicite.
- Sur l’article 12 [non soumission à l’Église] : elle est schismatique, mal pensante sur l’unité et l’autorité de l’Église, apostate ; et, jusqu’à ce jour, opiniâtrement elle erre en matière de foi.
5. Avis de la faculté de Décret
Si cette femme, en santé d’esprit, a réellement dit et fait tout ce qui est inscrit dans les douze articles, il nous semble :
- qu’elle est schismatique, car elle ne se soumet pas à l’Église ;
- qu’elle erre en la foi puisqu’elle contredit l’article Unam Sanctam, et qu’elle est donc hérétique ;
- qu’elle est apostate, par sa coupe de cheveux et son habit ;
- qu’elle est menteuse et devineresse quand elle se dit envoyée de Dieu et parlant aux anges et aux saintes, et qu’elle ne se justifie pas par miracle (Moïse changea son bâton en serpent) ou témoignage spécial de l’Écriture (Jean-Baptiste avait été prophétisé par Isaïe) ;
- qu’elle erre en la foi, en refusant d’ôter son habit d’homme jusqu’à préférer renoncer à la communion ; et qu’elle est véhémentement suspecte d’hérésie ;
- qu’elle erre encore lorsqu’elle se dit certaine d’être menée en paradis.
En conséquence, si cette femme, charitablement exhortée et dûment admonestée ne veut pas abjurer publiquement son erreur, elle doit être abandonnée au juge séculier et recevoir la peine due à l’importance de son crime.
6. Approbation et certification des deux avis par l’Université de Paris
Après avoir lu les deux avis devant l’assemblée, le recteur de l’Université demanda à chaque doyen de faculté d’en attester la conformité, ce qu’ils firent. Il demanda ensuite à chaque Faculté et Nation52 de se retirer pour délibérer indépendamment, ce qu’elles firent. De retour après mûre et longue délibération chacune annonça son approbation. Le recteur déclara alors que l’Université réputait siens les deux avis. Des copies notariées de tous les actes sus-nommés furent ensuite remises devant témoins à Jean Beaupère, Jacques de Touraine et Nicolas Midi.
Délibération des docteurs de Rouen
Après avoir pris connaissance de l’avis de l’Université de Paris, les membres du tribunal sont appelés à se prononcer de nouveau.
Roussel :
Se range à l’avis de l’Université : si Jeanne ne se rétracte pas elle doit être considérée hérétique.
Venderès :
Comme Roussel, et ajoute qu’un jour suffirait pour conclure, rendre la sentence, et abandonner Jeanne à la justice séculière.
L’abbé de Fécamp :
Approuve et propose qu’une date soit fixée pour la dernière admonestation, et que si elle ne se rétractait pas elle soit déclarée hérétique et abandonnée à la justice séculière.
Châtillon :
Déclare que ceux qui n’ont pas délibéré pleinement sont tenus de se ranger à l’avis de l’Université, et pour le reste suit l’abbé de Fécamp.
L’abbé de Cormeilles :
Comme l’Université.
Marguerie :
Comme l’Université, et estime qu’un jour suffit pour tout conclure.
Émengart :
Comme l’Université.
Leboucher :
S’en tient à son avis du 9 avril53 et ajoute que Jeanne doit être admonestée de nouveau et informée de l’avis de l’Université, auquel lui-même adhère.
Le prieur de Longueville :
Comme Leboucher.
Pinchon :
Comme Leboucher.
Vaulx :
Comme l’Université.
Beaupère :
Comme l’Université, et s’en remet aux juges pour la procédure.
Gastinel :
Comme l’Université si Jeanne ne se rétracte pas.
Midi :
S’en tient à son avis du 9 avril et estime que le procès peut se conclure en un jour.
Duquesnay :
Comme Gastinel.
Houdenc :
Demande à ce que Jeanne soit de nouveau admonestée pour le salut de son âme et de son corps, et que si elle ne se rétractait pas soit déclarée obstinée et hérétique ; et s’en remet aux juges pour la procédure.
Lefèvre :
S’en tient à son avis du 9 avril, adhère à l’avis de la faculté de Théologie et demande qu’un jour soit fixé pour que Jeanne soit admonestée.
Lavenu :
Comme Lefèvre.
Amouret :
Comme Lefèvre.
Treize avocats de Rouen :
Demandent à ce que Jeanne soit de nouveau admonestée, et se rangent à l’avis de la faculté de Décret si elle ne se rétractait pas.
L’abbé de Mortemer :
Demande à ce que Jeanne soit de nouveau admonestée, et se range à l’avis de la faculté de Théologie si elle ne se rétractait pas.
Guesdon :
Comme l’abbé de Mortemer.
Fouchier :
Comme l’abbé de Mortemer.
Maugier :
Demande à ce que Jeanne soit de nouveau admonestée et que l’on procède si elle ne se rétractait pas.
Couppequesne :
Comme l’Université.
Sauvage :
S’en tient à son avis écrit, demande à ce que Jeanne soit de nouveau admonestée, à part et en public, devant le peuple, et s’en remet aux juges si elle ne se rétractait pas.
Minier :
Comme Sauvage.
Pigache :
Comme l’Université.
Grouchet :
Demande à ce que Jeanne soit de nouveau admonestée et déclarée hérétique si elle ne se rétractait pas.
Lapierre :
S’en tient à son avis du 9 avril, demande à ce que Jeanne soit de nouveau admonestée et s’en remet aux juges si elle ne se rétractait pas.
Maurice :
S’en tient à son avis du 9 avril, ajoute qu’un jour doit être fixé pour une nouvelle admonestation, que Jeanne doit être prévenue de la peine encourue, et qu’il fallait procéder si elle ne se rétractait pas.
Courcelles :
S’en tient à son avis du 9 avril, et comme Maurice estime qu’elle soit déclarée hérétique si elle ne se rétractait pas.
Loiseleur :
Comme Courcelles.
Alespée :
Demande à ce que Jeanne soit de nouveau admonestée et que la cause soit conclue si elle ne se rétractait pas.
Duchêne :
Comme la faculté de Décret.
Érart :
Comme le chapitre de la cathédrale de Rouen et comme l’Université de Paris.
Sur quoi il fut arrêté que Jeanne serait de nouveau charitablement admonestée, et qu’un jour serait fixé pour rendre la sentence.
Séance du mercredi 23 mai Nouvelle admonestation, conclusion de la cause
Salle du château de Rouen, proche de la prison de Jeanne54. — Cauchon, Lemaître, 7 assesseurs, en présence des évêques de Thérouanne et de Noyon.
Jeanne est amenée. Maître Pierre Maurice, lui lit une cédule qui expose en français les erreurs de Jeanne d’après l’avis de l’Université de Paris, puis l’admoneste, toujours en français, de se désister de ces vices et erreurs, de se corriger et amender, et de bien vouloir se soumettre au jugement de l’Église.
Annexes
1. Teneur de la cédule sur les erreurs de Jeanne
Me Maurice reprend, en les expliquant à Jeanne, les 12 articles de l’acte d’accusation et grosso modo pour chacun l’avis de la faculté de Théologie.
2. Teneur de l’admonestation
Chère Jeanne, malgré nos longues et charitables admonestations vous avez toujours refusé de vous rétracter. Le tribunal aurait déjà pu rendre la sentence mais il a préféré solliciter l’Université de Paris, laquelle demanda à ce que vous soyez de nouveau admonestée. En conséquence, si de telles apparitions vous sont advenues, ne les veuillez croire, à défaut de signe suffisant ou miracle comme l’enseigne l’Écriture.
Prenons l’exemple suivant : le roi vous a confié la garde d’une place ; quelqu’un se présente sans lettres ni signe mais dit venir du roi, le croiriez-vous ? De même lorsque Jésus monta au ciel et confia l’Église à Pierre et à ses successeurs il défendit d’accepter quiconque se présenterait en son nom si cela n’était suffisamment établi, autrement que par ses propres dires. Ainsi vous ne devez pas croire en vos voix, ni nous en vous, puisque Dieu nous a prescrit le contraire.
Reprenons l’exemple : si un soldat se dressait contre ses officiers, ne le condamneriez-vous pas ? De même vous, qui êtes chrétienne, comment jugeriez-vous celui qui se dresserait contre les officiers du Christ, à savoir les prélats de l’Église ? Comment vous jugez-vous vous-même ? Désistez-vous, je vous prie, de vos dires, si vous aimez Dieu, […] et obéissez à l’Église, en vous soumettant à son jugement. Car si vous persévérez, votre âme sera condamnée au supplice éternel, […] et, pour ce qui est du corps, je ne fais grand doute qu’il ne vienne à perdition.
Renoncez à la vanité qui vous fit agir, préférer l’honneur de Dieu, le salut de votre âme et de votre corps. Ne vous séparez pas de l’Église car le Seigneur a dit à ses prélats : Qui vous ouït m’ouït, et qui vous méprise me méprise (Luc 10:16).
Au nom de vos juges, je vous admoneste, je vous prie, je vous exhorte, pour que vous vous rétractiez et retourniez à la voie de la vérité, en obéissant à l’Église. En ce faisant, vous sauverez votre âme, et vous rachèterez, comme je l’espère, votre corps de la mort. Mais si vous vous obstiniez, sachez que votre âme sera engloutie dans le gouffre de damnation ; quant à la destruction de votre corps, je la crains. Ce dont Jésus-Christ daigne vous préserver !
Réponse de Jeanne
Après avoir été ainsi admonestée et exhortée, elle répond : — De mes faits et dits je m’en rapporte à mon interrogatoire et m’y tiens, de ma soumission à l’Église, également
; puis elle ajoute que, même sur le bûcher face au bourreau prêt à y mettre le feu, elle ne dirait autre chose et soutiendrait ce qu’elle dit au procès jusqu’à la mort.
Sur ce, les juges annoncent la fin du procès et convoquent le tribunal pour le lendemain afin de lire la sentence et de procéder ultérieurement.
Séance du jeudi 24 mai Prédication publique, abjuration de Jeanne
Cimetière de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen. — Cauchon, Lemaître, 36 assesseurs et la présence notable du cardinal d’Angleterre, de l’évêque de Norwich, des évêques de Thérouanne et de Noyon, des abbés du Bec-Hellouin et du Mont-Saint-Michel.
Jeanne est sur un échafaud en présence d’une foule nombreuse lorsque le tribunal arrive.
Prédication publique de Guillaume Érart
Maître Guillaume Érart prend la parole pour admonester tant Jeanne que le peuple. Il commence par citer Jean 15:4 : le sarment ne peut porter de fruit par lui-même s’il ne demeure sur la vigne, de même vous non plus si vous ne demeurez en moi…
; et montre comment Jeanne s’est séparée de l’Église.
Réponse de Jeanne
Cette prédication finie, il se tourne vers elle et lui désigne ces juges qui l’avaient tant reprise et sommée de se soumettre à l’Église. À quoi elle répond : — Je vous répondrai ; quant à la soumission, je leur ai déjà répondu, que tout soit envoyé à Rome, je m’en rapporte à Dieu et au pape ; quant à mes dits et faits, je les ai faits de par Dieu ; et n’en charge ni le roi, ni quiconque.
Interrogée si elle souhaitait révoquer ses dits et faits réprouvés par les clercs, répond s’en remettre à Dieu et au pape.
On lui rétorque que ça n’est pas suffisant ; le pape est loin, l’évêque a autorité en son diocèse ; elle doit s’en remettre à l’Église et aux clercs présents. Jeanne est admonestée trois fois.
Elle garde le silence.
Lecture de la sentence et abjuration de Jeanne
Cauchon commence alors à lire la sentence.
À mi-lecture, Jeanne l’interrompt : elle annonce se soumettre à l’Église et vouloir obéir à tout ce que ses juges lui ordonneront ; et plusieurs fois elle répète qu’elle ne croira plus en ses apparitions et révélations.
Alors, devant le tribunal et en présence d’une grande multitude, elle abjure, selon le texte d’une cédule rédigée en français qu’elle prononce de sa bouche et signe de sa main.
Teneur de l’abjuration en français
Toute personne qui, après avoir erré et failli, est revenue en l’Église doit se garder de faillir à nouveau. Moi, Jeanne, dite la Pucelle, je confesse que j’ai très gravement péché : — en feignant mensongèrement avoir eu révélations et apparitions de par Dieu ; — en outrepassant la loi divine ; — en portant un habit dissolu ; — en portant armures et en désirant l’effusion du sang humain ; — en disant avoir tout fait par le commandement de Dieu ; — en méprisant Dieu et ses sacrements ; — en faisant sédition et idolâtrie, en adorant de mauvais esprits et en les invoquant ; je confesse aussi que j’ai été schismatique et que j’ai erré en la foi. Par la grâce de Dieu et le secours des gens d’Église, ces crimes et erreurs je les abjure de bon cœur et sans fiction et me soumets entièrement à l’Église et à sa justice ; et jure devant saint Pierre, le pape, vous messeigneurs l’évêque, le vice-inquisiteur et tous mes juges n’y jamais retourner. Et ceci je le dis, affirme et jure par le Dieu tout-puissant, et par ces saints Évangiles. Ainsi signée : Jehanne ✠.
[Suit le texte de l’abjuration en latin.]
Teneur de la sentence après abjuration
Après avoir reçu la cédule d’abjuration signée, Cauchon rend la sentence définitive.
Au nom du Seigneur, amen. Les pasteurs de l’Église doivent s’opposer de toutes leurs forces aux assauts incessants du Malin, surtout en ces temps périlleux où l’apôtre annonça l’apparition de pseudo-prophètes et de sectes. C’est pourquoi tu as été déférée devant nous évêque et vice-inquisiteur, toi Jeanne dite la Pucelle, pour plusieurs crimes en matière de foi. Après l’examen de tes réponses par l’Université de Paris et les docteurs réunis à Rouen, après mûre délibération, nous avons conclu que tu avais très gravement délinqué. [Suivent les fautes énumérées dans l’abjuration] Cependant, après avoir été admonestée charitablement à tant de reprises, tu as abjuré de vive voix ; aussi nous te délions des liens de l’excommunication par lesquels tu étais enchaînée pourvu que ton retour à l’Église soit sincère et que tu observes ce qui t’est et te sera enjoint. Toutefois, parce que tu as délinqué témérairement envers Dieu et la sainte Église, comme on l’a dit plus haut, pour que tu fasses une salutaire pénitence, nous te condamnons finalement et définitivement à la prison perpétuelle, avec pain de douleur et eau de tristesse, afin que tu y pleures tes fautes et que tu n’en commettes plus désormais qui soient à pleurer, notre grâce et modération étant sauves.
Séance du jeudi 24 mai, l’après-midi Visite du vice-inquisiteur dans la prison ; Jeanne revêt un habit de femme
Prison de Jeanne. — Lemaître, 4 assesseurs nommés et plusieurs autres.
Le vice-inquisiteur flanqué d’une poignée d’assesseurs va retrouver Jeanne dans sa prison. Tous lui signalent la grande miséricorde dont elle a bénéficié. Il convient désormais d’obéir humblement aux juges et à l’Église, et pour commencer, de quitter ces habits d’homme pour des habits de femme. Jeanne répond qu’elle obéira en tout. Elle prend les habits qu’on lui a apportés, les revêt sur-le-champ, et accepte aussi qu’on lui rase et enlève les cheveux qu’auparavant elle portait taillés en rond.
III. Cause de relapse
Séance du lundi 28 mai Jeanne a repris son habit d’homme
Prison de Jeanne. — Cauchon, Lemaître, 7 assesseurs (dont 3 nouveaux) et le garde John Grey.
Juges et assesseurs rendent visitent à Jeanne. Ils la trouvent en habit d’homme.
Jeanne est interrogée
1. Quand et pourquoi elle a repris cet habit
Répond qu’elle l’a repris récemment, de son propre chef, le préférant à celui de femme. On lui rappelle qu’elle avait pourtant juré ne pas le reprendre ; elle répond n’avoir jamais prêté un tel serment. Sommée de s’expliquer, répond qu’il est plus convenable d’avoir un habit d’homme étant entre les hommes, et que le tribunal n’avait pas tenu ses promesses : à savoir de la laisser entendre la messe et communier, et de lui ôter ses fers. Interrogée quant à son abjuration, répond qu’elle aime mieux mourir que d’être aux fers, mais que si on la laissait aller à la messe, qu’on lui ôtait ses fers et qu’on la transférait en prison gracieuse gardée par une femme, elle sera bonne et fera ce que l’Église voudra.
2. Si, comme on le dit, elle a de nouveau entendu ses voix
Répond que oui, et que celles-ci lui ont reproché son abjuration, qui était une trahison pour sauver sa vie, et que ce faisant elle se damnait ; ajoute que ses voix l’avaient prévenue qu’elle abjurerait et qu’elle aurait à répondre hardiment sur l’échafaud à ce faux prêcheur qui avait dit plusieurs choses qu’elle n’avait point faites, et que si elle disait que Dieu ne l’avait pas envoyée elle se damnerait ; déclare n’avoir abjuré que par peur du feu.
Interrogée si elle croit que ses voix sont sainte Marguerite et sainte Catherine, dit que oui et qu’elles viennent de Dieu. Interrogée sur la couronne, répond : — Du tout, je vous en ai dit la vérité au procès, le mieux que j’ai su
; réaffirme n’avoir tout abjuré que par peur du feu et contre la vérité ; qu’elle aime mieux faire sa pénitence en une fois, c’est-à-dire mourir, que d’endurer plus longuement sa peine en prison ; qu’elle ne reconnaît pas la cédule d’abjuration et ne compte rien révoquer sinon pour plaire à Dieu ; que si les juges le veulent, elle reprendra l’habit de femme mais que pour le reste, elle n’en fera autre chose.
Sur ce, les juges la quittent pour procéder plus avant, ainsi que de droit et de raison.
Séance du mardi 29 mai Dernière délibération
Chapelle de l’archevêché de Rouen. — Cauchon, Lemaître et 39 assesseurs (dont 1 nouveau).
Cauchon rappelle aux clercs les derniers événements : la décision d’admonester Jeanne une dernière fois [séance du 19 mai] ; l’admonestation, et son échec [le 23 mai] ; la sentence [le matin du 24 mai, au cimetière] interrompue par l’abjuration ; la visite [l’après-midi] des juges dans la prison et le changement d’habit. Toutefois il s’avère que depuis, à la suggestion du Diable, cette Jeanne prétend à nouveau entendre ses voix et a remis son habit d’homme ; ce qu’ont pu constater les juges par eux-même [le 28 mai].
Après avoir fait lire les dernières confessions de Jeanne, Cauchon demande à chaque docteur de donner son avis :
Venderès :
Estime que Jeanne est et doit être réputée hérétique ; qu’elle doit être abandonnée au bras séculier55, avec supplique de la traiter doucement ;
l’abbé de Fécamp :
la déclare relapse [c’est-à-dire retombée dans l’hérésie qu’elle avait abjurée], mais propose qu’on lui relise et réexplique la cédule d’abjuration, avant de l’abandonner à la justice séculière que l’on priera d’agir avec douceur ;
Pinchon :
la déclare relapse et pour la suite s’en rapporte aux théologiens ;
Érart,
Gilbert,
l’abbé de Saint-Ouen,
Châtillon,
Leboucher,
le prieur de Longueville,
Haiton,
Marguerie,
Alespée,
Garin :
comme l’abbé de Fécamp ;
Gastinel :
comme l’abbé de Fécamp, mais sans lui réexpliquer la cédule et sans supplique [de la traiter doucement] ;
Vaulx :
comme l’abbé de Fécamp mais sans supplique ;
Houdenc,
Nibat,
Lefèvre,
l’abbé de Mortemer,
Guesdon,
Couppequesne,
Désert,
Maurice,
Baudribosc,
Caval,
Desjardins,
Tiphaine,
Livet,
Ducrotay,
Carré,
Ledoux,
Colombel,
Morel,
Lavenu,
Grouchet,
Pigache,
Lachambre :
comme l’abbé de Fécamp ;
Courcelles,
La Pierre :
comme l’abbé de Fécamp ; mais ajoutent qu’elle doit être encore charitablement admonestée pour le salut de son âme, et qu’on lui dise qu’elle n’avait plus rien à espérer quant à la vie temporelle ;
Maugier :
comme l’abbé de Fécamp.
[Note : sur 40 assesseurs ayant pris par à la délibération, 38 se rangent à l’avis de l’abbé de Fécamp, que la cédule d’abjuration doit être relue et réexpliquée à Jeanne.]
Cauchon remercie les docteurs et conclut qu’il devra être procédé maintenant contre cette Jeanne en tant que relapse, comme de droit et raison.
Séance du mercredi 30 mai Dernier jour du procès ; Jeanne est livrée à la justice séculière
Jeanne est citée à comparaître
1. Teneur de la citation
Après les salutations d’usage Cauchon et Lemaître demandent à ce que la dénommée Jeanne la Pucelle, qui après avoir publiquement abjuré ses erreurs y est retombée, soit citée à comparaître en personne le lendemain, à 8 heures du matin, au Vieux-Marché de Rouen, pour se voir déclarer relapse, excommuniée et hérétique. (Donné le 29 mai 1431.)
2. Teneur de l’exécution de la citation
L’huissier Jean Massieu annonce humblement à Cauchon et Lemaître que conformément à leur demande il a cité à comparaître ladite femme aujourd’hui, à 8 heures du matin, au Vieux-Marché de Rouen. (Donné le 30 mai 1431 à 7 h du matin.)
Lecture de la sentence
Place du Vieux-Marché, 9h. — Cauchon, Lemaître, les évêques de Thérouanne et de Noyon, 14 assesseurs.
Jeanne est amenée et placée sur un échafaud, à la vue d’une foule nombreuse.
Admonestation publiquede Nicolas Midi
Midi prend la parole pour l’admonester salutairement et édifier le peuple. Il s’appuie sur la première épître aux Corinthiens 12:26 : Si un seul membre souffre, tous les autres souffrent avec lui.
Cette prédication finie, Jeanne est admonestée de s’employer désormais au salut de son âme, de songer à ses méfaits, de faire pénitence et de montrer vraie contrition ; à cette fin on l’exhorte à accepter l’assistance de deux frères dominicains ici présents. Enfin, lui rappelant ses crimes et comment elle s’était montrée indigne de la miséricorde du tribunal, on lui lit la sentence définitive :
Annexes
1. Teneur de la sentence définitive
Au nom du Seigneur, amen. Toutes les fois que le venin pestilentiel de l’hérésie s’attache obstinément à un des membres de l’Église, et le transfigure en un membre de Satan, il faut veiller avec un soin diligent afin que la contagion néfaste de cette pernicieuse souillure ne s’insinue à travers les autres parties du corps mystique du Christ. Aussi les hérétiques endurcis doivent être séparés des justes. C’est pourquoi nous déclarons que toi, Jeanne, tu es tombée en des erreurs variées et crimes divers de schisme, d’idolâtrie, d’invocation de démons, et plusieurs autres nombreux méfaits. Cependant, l’Église estimant que tu avais renoncé à ces erreurs et crimes, et les avais abjurés publiquement dans une cédule signée de ta main, nous avions levé ta sentence d’excommunication. Hélas, tu es ensuite retombée, ô douleur ! dans ces erreurs et dans ces crimes, tel le chien qui retourne à son vomissement. C’est pourquoi nous te déclarons relapse et hérétique ; aussi, pour que tel un membre pourri, tu n’infectes pas les autres membres de l’Église, nous prononçons que tu es à rejeter de l’unité de l’Église, à retrancher de son corps, et que tu dois être livrée à la puissance séculière, la priant toutefois de modérer son jugement en deçà de la mort et de la mutilation des membres. Et, si de vrais signes de repentir apparaissent en toi, que le sacrement de pénitence te soit administré.
2. Teneur de la sentence avant l’abjuration
[Il s’agit de la version initiale de la sentence du 24 mai avant l’abjuration de Jeanne.]
Au nom du Seigneur, amen. [Le début est identique à la sentence d’après l’abjuration jusqu’à Cependant.] Cependant, bien qu’admonestée de te corriger et de te soumettre au jugement de l’Église tu ne le voulus pas et n’en pris cure, et a même refusé de te soumettre au pape. C’est pourquoi nous te déclarons de droit excommuniée et hérétique et prononçons qu’il convient de t’abandonner à la justice séculière, etc. [La fin est semblable à la sentence définitive ci-dessus.]
Certification des notaires
Le texte se conclut par les certifications signées des trois notaires : Boisguillaume, Guillaume Manchon et Nicolas Taquel, suivies des sceaux de Cauchon et Lemaître.
IV. Actes postérieurs
Dépositions de témoins (7 juin 1431)
Les juges souhaitent ajouter plusieurs dépositions de témoins dignes de foi, en présence d’une petite poignée d’assesseurs, concernant les propos tenus par la feue Jeanne lorsqu’elle était en prison.
[Note : ces dépositions ne sont pas certifiées par les notaires qui refusèrent de les contresigner.]
1. Nicolas de Venderès ~52 ans
Dépose que le 30 mai dernier [jour de l’exécution] Jeanne déclara qu’attendu la promesse de ses voix qu’elle serait délivrée et comme elle voyait le contraire, elle reconnaissait avoir été trompée par elles ; et qu’aussi elle maintenait avoir vu et entendu, de ses propres yeux et oreilles, ses voix et apparitions.
2. Frère Martin Lavenu ~33 ans
Dépose que devant lui et d’autres, ledit matin avant d’être conduite au jugement, Jeanne avait reconnu que ses voix et apparitions l’avaient déçue en lui promettant délivrance quand elle constatait le contraire. Interrogée si elle eut vraiment ses voix et apparitions, répondit que oui, mais ne pouvait les décrire précisément sinon qu’elles venaient en grande multitude et en dimension minime, et que si les gens d’Église les disaient procéder d’esprits malins, elle aussi le croyait et ne voulait plus leur ajouter foi. Et il lui sembla qu’elle était alors saine d’esprit. De même elle confessa au sujet du signe donné à son roi, qu’il n’y eut jamais ni couronne ni ange qui l’apporta, et qu’elle fut cet ange lorsqu’elle promit à son roi de le faire couronner à Reims si on la mettait en œuvre.
3. Pierre Maurice ~38 ans
Dépose que, le jour de la sentence, alors que Jeanne était encore en prison, il l’entendit dire au sujet de l’ange qui avait apporté la couronne à son roi, qu’elle-même était cet ange. Quant à la multitude d’anges qui l’accompagnaient elle la confirma, en l’apparence de certaines choses de minime dimension. De même elle confirma la réalité de ces apparitions : — Soit bons, soit mauvais esprits, ils me sont apparus
; affirma qu’elle entendait les voix quand les cloches sonnaient, le soir ou le matin ; qu’elle reconnaissait que ses voix l’avaient trompées ; et qu’elle s’en rapportait aux gens d’Église si c’étaient bons ou mauvais esprits. Et lui parlant ainsi elle était saine d’esprit et d’intellect.
4. Frère Jean Toutmouillé ~34 ans
Dépose avoir, le même jour, entendu Jeanne confesser à Me Maurice que touchant la couronne il n’y avait que fiction, qu’elle-même était l’ange ; que ses voix lui venaient surtout quand on sonnait les cloches, ce à quoi Maurice avait répondu qu’il arrivait que les hommes prennent des cloches pour des voix ; que ses apparitions venaient, nombreuses ou non, sous l’aspect de choses minimes. Il rapporta également comment l’évêque s’adressa à Jeanne, en présence du vice-inquisiteur : — Alors Jeanne, vos voix ne vous avaient-elles pas promis que vous seriez délivrée ? Voyez comme elles vous ont trompée ; maintenant dites-nous la vérité.
Et Jeanne de répondre : — C’est vrai qu’elles m’ont trompée.
Qu’elles procédassent de bons ou mauvais esprits elle s’en rapportait à l’Église. Et à ce qu’il lui semble, Jeanne était saine d’esprit, et le confessa elle-même.
5. Jacques Lecamus ~53 ans
Dépose que ce matin-là, il accompagna l’évêque dans la prison de Jeanne et qu’il l’entendit confesser publiquement avoir été trompée par ses voix, lesquelles lui avaient promis qu’elle serait délivrée, et qu’elle ne les tenait pas pour choses bonnes ; qu’ensuite le frère Martin [Lavenu] la confessa, et qu’au moment de lui donner la communion, tenant l’hostie il lui demanda : — Croyez-vous que ce soit le corps de Notre Seigneur ?
à quoi Jeanne répondit : — Oui, le seul qui puisse me délivrer
. Puis : — Croyez-vous encore à ces voix ?
et Jeanne : — Je crois en Dieu seul, et ne veux plus ajouter foi à ces voix, puisqu’elles m’ont déçue.
6. Thomas de Courcelles 38 ans
Dépose que ce jour-là il entendit Jeanne répondre à l’évêque que ses voix lui avaient promis qu’elle serait délivrée et qu’elle fit bonne chère, mais qu’elle voyait bien avoir été trompée, et que ses voix n’étaient pas bons esprits ni ne venaient de Dieu, car sinon n’auraient pas menti.
7. Nicolas Loiseleur ~40 ans
Dépose être venu ce même jour avec Me Maurice pour admonester Jeanne. Requise de dire la vérité au sujet de l’ange et de la couronne, attendu qu’elle n’avait plus qu’à penser au salut de son âme, elle répondit qu’elle-même fut l’ange et qu’il n’y avait pas eu d’autre ange, de même qu’il n’y eut pas de couronne, mais rien d’autre que la promesse du couronnement. Il l’entendit également confirmer la réalité de ses apparitions mais que celles-ci l’avaient trompée puisque la délivrance annoncée n’avait pas eu lieu ; et qu’elle s’en rapportait désormais aux clercs et non à ses voix. Il lui demanda de confesser publiquement qu’elle avait été trompée elle-même et qu’elle avait trompé le peuple en l’exhortant à croire en ses révélations ; ce qu’elle accepta volontiers après avoir demandé humblement pardon de cela, tout en priant qu’on le lui rappelle lorsqu’elle serait en public, craignant d’oublier. Elle lui semblait saine d’esprit et sincèrement repentante ; il l’entendit également demander pardon aux Anglais et aux Bourguignons pour tous les dommages causés.
Lettres du roi [Henri VI]
1. Lettre du roi à l’Empereur56, aux rois, ducs et autres princes de la Chrétienté (8 juin 1431)
Votre impériale Grandeur, sérénissime roi etc.,
Votre éminent zèle à défendre la foi catholique nous porte à vous écrire au sujet de la juste punition qu’a subie récemment une certaine devineresse mensongère qui parut […] en notre royaume de France. Connue sous le nom de la Pucelle, vêtue en homme et en armure, elle se vanta d’avoir été envoyée de Dieu pour mener la guerre, et que des saints et saintes lui apparaissaient. Pendant presque un an cette femme superstitieuse put séduire les populations avant qu’enfin la divine clémence ne la mette entre nos mains. Les grands dommages qu’elle nous avait infligés nous autorisaient à la punir sans délai, mais l’évêque du diocèse où elle fut prise nous la requit, afin de la juger pour de graves crimes contre la foi qu’on la réputait avoir commis. En roi chrétien, nous la livrâmes à l’Église.
Ledit évêque et le vice-inquisiteur conduisirent un procès admirable : la femme fut interrogée et ses réponses examinées par de nombreux docteurs dont ceux de l’Université de Paris, lesquels la déclarèrent superstitieuse, devineresse, idolâtre, invocatrice de démons, blasphématrice envers Dieu, les saints et les saintes, schismatique et fort errante en la foi de Jésus-Christ. Longuement et charitablement admonestée de rejeter ses erreurs elle s’obstina, se vantant d’avoir tout fait par le commandement de Dieu son seul juge sur terre, et vomissant le jugement du pape et de l’Église militante. Cependant, le jour de l’admonestation finale et alors que sa sentence lui était lue, ladite femme proclama sa soumission et signa de sa main une cédule d’abjuration, que ses juges accueillirent d’un esprit joyeux. Mais le feu de sa superbe, qui semblait alors étouffé, excité de nouveau par le souffle des démons, monta tout à coup en flammes pestilentielles ; cette malheureuse femme retourna à ses erreurs, à ces mensongères infamies qu’elle avait vomies naguère. Elle fut alors déclarée relapse et abandonnée au jugement séculier qui décida que son corps devait être brûlé. Voyant sa fin proche, elle reconnut publiquement que ses apparitions étaient esprits malins et menteurs, et qu’ils l’avaient trompée en lui promettant sa délivrance.
Telle fut l’issue, telle sa fin. Ce message vous instruira de la réalité sur cette affaire et vous permettra d’édifier le peuple catholique et de le prévenir contre les pseudo-prophètes. Daigne Jésus-Christ conserver votre Grandeur, etc… (Donné à Rouen, le 8 juin 1431.)
2. Lettre du roi aux prélats de l’Église, aux ducs, comtes et autres nobles ainsi qu’aux cités du royaume de France (28 juin 1431)
Révérend père en Dieu.
Vous connaissez comme chacun comment cette femme qui se faisait appeler Jeanne la Pucelle s’était vêtue d’habits d’hommes pour rejoindre notre ennemi capital, se disant envoyée de Dieu et se vantant de communiquer avec les anges et les saints pour mieux séduire le peuple. Elle s’arma, leva son étendard, prétendit porter, et porta, les très nobles et excellentes armes de France, à savoir un écu à champ d’azur, avec deux fleurs de lis d’or, et une épée, la pointe en haut férue en une couronne. Ainsi elle fit répandre cruellement le sang, empêcha toute vraie paix, et se laissa adorer comme une sainte, ce dont presque toute la chrétienté a été fort scandalisée. Mais la divine puissance prenant pitié de son peuple loyal, permit que la femme fut prise devant Compiègne et mise en notre obéissance. Requise par l’évêque du diocèse où elle avait été prise nous la lui livrâmes, par révérence pour notre sainte mère l’Église et pour l’honneur de notre sainte foi, alors que les dommages et cruautés qu’elle nous infligea nous autorisaient à la punir nous-même. [S’en suit la même description du procès jusqu’à la condamnation finale que dans la lettre à l’Empereur ci-dessus.]
Ici fut l’issue de ses œuvres, telle fut la fin de cette femme ! Que cette lettre vous serve, par prédications publiques ou autrement, à l’édification du peuple chrétien et à la lutte contre les superstitions ou autres faux prophètes. (Donné à Rouen, le 28 juin 1431.)
Rétractation et sentence de frère Pierre Bosquier, qui avait mal parlé des juges
1. Teneur de la rétractation
À l’adresse de Cauchon et de l’inquisiteur de France :
Moi, frère Pierre Bosquier, dominicain, reconnaît avoir dit le 30 mai dernier de façon inconsidérée et après boire57, que ceux qui jugèrent cette femme, Jeanne vulgairement appelée la Pucelle, avaient fait et faisaient mal. Je confesse en cela avoir gravement péché, en demande pardon à l’Église et à vous, mes juges, les genoux ployés et les mains jointes, et requiers miséricorde en me soumettant à vos sanctions.
2. Teneur de la sentence
Nous, évêque et vice-inquisiteur, dans l’affaire concernant le frère Pierre Bosquier et après enquête : attendu qu’il est attesté que le prévenu proféra peu après notre condamnation de ladite Jeanne que nous fîmes mal, ce en quoi il pécha gravement ; attendu néanmoins que ce même frère nous affirma en bon catholique obéir humblement à l’Église et se soumettre de bon gré à nos commandements ; Nous, préférant miséricorde à rigueur de justice, attendu sa qualité et le fait qu’il dit avoir proféré ces paroles après boire nous l’absolvons des sentences encourues en tels cas. Toutefois, nous le condamnons à la prison au pain et à l’eau en son couvent jusqu’à Pâques [le 20 avril 1432]. (Fait à Rouen le 8 août 1431.)
Lettre de l’Université de Paris au Pape, à l’Empereur, au collège des Cardinaux
Très Saint-Père, la lutte contre les faux prophètes nous semble d’autant plus cruciale que la fin des siècles semble imminente, ainsi que l’annoncèrent le docteur des nations58 ou la Vérité59. Aussi lorsque nous voyons l’un d’eux se lever puis se vanter de révélations divines ou oser accomplir des actes nouveaux et insolites, il convient de l’arrêter avant qu’il ne submerge les peuples, trop avides de croire aux nouveautés. C’est donc légitimement que Pierre, évêque de Beauvais et Jean, vice-inquisiteur prirent soin d’instruire le procès de cette femme, portant habits d’homme et accusée de révélations feintes et d’autres crimes contre la foi. Et c’est parce qu’ils requirent notre opinion que nous avons résolu de vous la justifier.
Après l’examen des interrogatoires de celle qui se nommait elle-même Jeanne la Pucelle et délibération de notre Université, les docteurs prouvèrent qu’elle devait être tenue pour superstitieuse, devineresse, invocatrice de malins esprits, idolâtre, blasphématrice envers Dieu, les saints et les saintes, schismatique et tout à fait errante en la foi de Jésus-Christ. Fréquemment et charitablement admonestée, elle refusa longtemps de se soumettre au jugement de l’Église ni à nul homme vivant, ne reconnaissant d’autre juge que Dieu. Enfin le persévérant travail des juges aboutit à son abjuration publique et signée, mais quelques jours après elle retomba dans ses erreurs. Elle fut donc condamnée comme relapse et hérétique, et abandonnée au jugement séculier. Or, juste avant son exécution, elle confessa avoir été trompée par ses apparitions, et à tous demanda pardon avant de mourir.
Que cet exemple et d’autres récents montrent au peuple le péril de croire légèrement aux inventions modernes et lui enseignent de se fier au jugement de l’Église et de ses prélats, plutôt qu’aux fables des femmes superstitieuses. Car enfin, si nous sommes arrivés à ce point que les devineresses prophétisant faussement au nom de Dieu soient mieux accueillies par la légèreté populaire que les pasteurs de l’Église et les docteurs : c’en est fait, la religion va périr, la foi s’écroule, l’Église est foulée aux pieds, et l’iniquité de Satan dominera l’univers entier !
Daigne Jésus-Christ empêcher tout cela, et, sous l’heureuse direction de votre Béatitude, préserver son troupeau de toute tache et contamination !
Appendice pour le Collège des cardinaux60
Très révérends pères, il nous a semblé bon de porter à la connaissance du très Saint-Père tout ce que nous savions sur la condamnation des scandales perpétrés en ce royaume par certaine femelle. Ci-joint la lettre que nous lui adressons, dont la teneur vous intéressera directement puisque votre état et votre mission font de vous la lumière du monde.
Fin
Notes
- [1]
Correspond à l’instruction du procès (l’exposé de la cause et l’enquête) suivi du procès d’office (la confrontation de l’accusée avec le résultat de l’enquête), lequel permettra d’établir le réquisitoire pour le procès ordinaire.
- [2]
Le procès-verbal en latin fut rédigé quelques années après le procès, au plus tôt en 1435 d’après Georges et Andrée Duby (Les procès de Jeanne d’Arc, 1973).
- [3]
Pierre Cauchon, environ 60 ans à l’époque du procès. Il servait le parti anglais depuis son élection comme évêque de Beauvais dix ans plus tôt, par recommandation de l’Université de Paris et faveur du duc de Bourgogne (Champion, note 1).
- [4]
Jean Lemaître (ou Le Maistre) était le vicaire à Rouen du grand inquisiteur de France, Jean Graverent, lequel avait prêté serment aux Anglais deux ans plus tôt (Champion, note 3).
- [5]
Jeanne avait été capturée le 23 mai 1430 par un soldat de Jean de Luxembourg, capitaine du duc de Bourgogne, et se trouvait dans son château de Beaurevoir.
- [6]
Henri VI n’a que neuf ans au moment du procès, et revendique la couronne de France en vertu du traité de Troyes.
Le traité de Troyes (1420) avait institué son père Henry V, roi d’Angleterre, héritier légitime de Charles VI, roi de France (Charles VI avait marié l’une de ses filles à Henry V et déshéritait ainsi son fils au profit de son gendre). En 1422, les morts successives et à quelques mois d’intervalle, de Henry V et de Charles VI lancèrent la querelle de successions entre Henri VI et Charles VII. Suite au sacre de Charles VII à Reims le 17 juillet 1429, Henry VI s’était fait couronner roi d’Angleterre à Westminster le 6 novembre 1429, et bientôt roi de France à Notre-Dame de Paris le 16 décembre 1431.
- [7]
Cauchon s’entoura de plus d’une centaine d’assesseurs au fil du procès, dont le nombre varie d’une poignée à plus de soixante selon les jours.
Le procès-verbal fournit la liste des assesseurs en tête de chaque séance, avec pour chacun la condition ecclésiastique (chanoine, abbé, moine, …) et le statut universitaire, à savoir la spécialité (théologie, droit canon, droit civil, médecine) et le grade (docteur, licencié, bachelier).
Les plus influents, c’est-à-dire ceux ayant le plus siégé au tribunal et participé aux délibérations importantes sont les six théologiens délégués exprès par l’Université de Paris (Jean Beaupère, Gérard Feuillet, Pierre Maurice, Nicolas Midi, Jacques de Touraine et Thomas de Courcelles), des chefs d’abbayes et prieurés normands (l’abbé de Fécamp, le prieur de Longueville, …) et des chanoines de Rouen (Nicolas de Venderès, Nicolas Loiseleur, Nicolas Couppequesne, …).
- [8]
Champion mentionne les tentatives françaises pour sauver Jeanne prisonnière, dont les menaces de Charles VII au duc de Bourgogne pour qu’il ne la livre pas aux Anglais (note 30).
- [9]
Lionel de Wandonne, dit le bâtard de Wandonne, est le lieutenant de Jean de Luxembourg qui captura Jeanne à Compiègne.
- [10]
Ces informations ne se trouvent pas dans le procès et l’on sait qu’elles n’ont pas été communiquées aux assesseurs qui rejoignirent par la suite au tribunal. (Champion, note 62.)
- [11]
C’est à dire la mise en forme des dépositions des témoins, afin de les communiquer de manière anonyme à l’accusée pour en tirer des aveux (Champion, note 63).
- [12]
Pour Valet de Viriville, il ne faut sans doute pas comprendre que Jeanne vaquait aux besognes de la maison et n’allait pas aux champs avec les bêtes, mais qu’elle y vaquait lorsqu’elle n’allait pas aux champs avec les bêtes. Champion semble corroborer cette interprétation puisqu’il précise en note :
Au témoignage de tous les paysans qui déposèrent au procès de réhabilitation, Jeanne allait à la charrue avec son père, bêchait, gardait les vaches et les porcs, vaquait aux soins du ménage comme toutes les autres filles du village.
(note 123). - [13]
Le duc d’Orléans, cousin de Charles VII et l’un des plus grands prince français était alors détenu en Angleterre depuis la bataille d’Azincourt (1415). Il tua l’ennui de ses vingt-cinq années de captivité en composant une œuvre poétique considérable.
- [14]
On est alors en temps de carême.
- [15]
Sans doute une façon proverbiale de parler nous dit Champion (note 164).
- [16]
Cette étrange question est liée à la demande précédente par Jeanne d’une copie écrite des questions : ses voix ont-elles des yeux pour lire ? Cette précision est apportée dans les objections de l’article 60 de l’accusation.
- [17]
Avant de la mettre en œuvre, Charles VII fit examiner Jeanne par les autorités ecclésiastiques qui lui étaient resté fidèles et s’étaient exilées de Paris à Poitiers. Le rapport de cet examen, utilisé au procès et auquel Jeanne renvoie plusieurs fois, ne figure pas dans les pièces du procès et ne nous est pas parvenu.
- [18]
En français dans le texte latin : de bonnes buffes et de bons torchons.
- [19]
Le mot étendard désignait toutes sortes d’enseignes militaires ; il s’appliquait à la bannière, au pennon, au panonceau (ou panoncel). — La bannière était rectangulaire ; on y mettait les couleurs et les emblèmes de l’écu. Les chevaliers qui avaient le droit d’avoir bannière étaient désignés sous le nom de Chevaliers bannerets. — Le pennon était une pièce d’étoffe ample, terminée en pointe ; on y mettait ses armes ou sa devise. — Le panonceau était un petit pennon à une ou deux queues. (Philippe-Hector Dunand, Histoire complète de la Bienheureuse Jeanne d’Arc, 1912.)
- [20]
Martin V, Clément VIII et Benoît XIV.
La crise connue sous le nom de Grand Schisme d’Occident (1378-1417) vit l’émergence de plusieurs papes rivaux. Le concile de Constance avait refait l’unité autour de Martin V, élu en 1417, installé à Rome et reconnu par la plupart des royaumes chrétiens. Mais l’antipape d’Avignon Benoît XIII, quoique isolé, avait refusé de s’incliner. À sa mort en 1423, il laissa même deux successeurs : Clément VIII et Benoît XIV. — Le comte d’Armagnac, qui interrogea Jeanne sur lequel suivre avait soutenu Benoît XIII puis Clément VIII, mais semblait s’être déjà rallié à Martin V au moment où il consulte Jeanne (Champion, note 211).
- [21]
Lettre adressée au roi Henri VI, au duc de Bedford, et aux seigneurs anglais participants aux siège. — Bedford, frère cadet d’Henri V, avait été nommé régent du royaume de France à la mort de ce dernier (1422), du fait de la minorité d’Henri VI qui n’avait que neuf mois lorsqu’il devint roi.
- [22]
De fait les Anglais durent faire face, à l’insurrection de la Normandie en 1434, à la paix d’Arras entre Français et Bourguignons en 1435, puis à la perte de Paris en 1436, qui amorcèrent leur inexorable repli.
- [23]
Saint Michel, peseur d’âmes, était représenté avec une balance (Valet de Viriville).
- [24]
Les ornements royaux, déposés au Trésor de Saint-Denis après le sacre, étaient alors aux mains des Anglais. (Champion, note 225.)
- [25]
Le panonceau était une petite pièce d’étoffe que le chevalier accrochait généralement à sa lance et sur lequel il mettait ses armes ou sa devise (Voire note 10a).
- [26]
Frère Richard était un moine franciscain qui prêcha à Paris devant les multitudes que l’Antéchrist était né et que le jour du jugement dernier surviendrait en 1430. Menacé de poursuites par l’Université de Paris à cause de ses erreurs il dut fuir la ville en avril 1429. On le retrouve à Troyes en juillet où il prêcha en faveur de Jeanne. Son soutien à Charles VII, son orthodoxie suspecte et sa mauvaise réputation auprès des universitaires et du clergé retomba certainement sur Jeanne. (Champion, note 242).
- [27]
Psaume 84:11 : Misericordia et veritas obviaverunt sibi ; justitia et pax osculatæ sunt (Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent).
- [28]
On demeure dans l’incertitude sur le sens de ce passage : des soldats prirent papillons en son étendard devant Château-Thierry (Champion, note 252).
- [29]
Gratification courante à l’occasion de fêtes ou de promotions de chevaliers (Champion, notes 255 et 256).
- [30]
Catherine avait quitté La Rochelle, son mari et ses enfants, pour venir prêter son concours à Charles VII. Elle s’était rangée sous la bannière de frère Richard, et c’est dans son sillage que Jeanne la rencontra plusieurs fois. À l’époque du procès, Catherine fut entendue judiciairement à Paris et déposa que Jeanne sortirait de prison par le secours du diable si elle n’était pas bien gardée ; cette déposition fut utilisée dans l’article 56 de l’acte d’accusation.
- [31]
Soit le 24 juin 1430. Elle fut prise le 23 mai.
- [32]
Champion voit ici une allusion à la rumeur qui prétendait que Charles VII n’était pas le fils légitime et donc l’héritier de Charles VI, rumeur qu’il atteste par trois documents différents (note 294).
- [33]
Compiègne fut délivrée le 25 octobre 1430, avant la Saint-Martin d’hiver (11 novembre).
- [34]
L’assassinat de Jean sans peur en 1419, épisode clef du conflit entre Armagnacs et Bourguignons. En quelques dates :
- 1392 : Charles VI commence à sombrer dans la démence. Deux partis s’affrontent pour la régence du royaume de France : l’un mené par le duc d’Orléans (Louis, frère du roi), l’autre par le duc de Bourgogne (Philippe, oncle du roi, puis à partir de 1404 son fils Jean, dit Jean sans Peur).
- 1407 : Jean de Bourgogne fait assassiner son cousin Louis d’Orléans et prend l’ascendant sur le royaume.
- 1410 : Charles d’Orléans, qui a succédé à son père, épouse la fille du puissant comte d’Armagnac et scelle l’alliance politique des deux maisons contre celle de Bourgogne.
- 1414 : Les Armagnacs reprennent l’avantage sur les Bourguignons et contraignent Jean sans Peur à signer la Paix d’Arras.
- 1417 : Le futur Charles VII devient dauphin après la mort de ses frères aînés Louis (1415) et Jean (1417).
- 1418 : Jean sans Peur envahit Paris et tente de s’emparer du dauphin, lequel se réfugie à Bourges d’où il se proclame régent du royaume de France avec ses alliés Armagnacs.
- 1419 : Jean sans peur tente une réconciliation avec les Armagnacs ; une rencontre a lieu le 10 septembre entre lui et le dauphin. Le ton monte, Jean sans Peur est tué. Les Bourguignons accusent le dauphin d’avoir prémédité l’assassinat (ce dont il se défendra) et s’allient avec les Anglais.
- [35]
Champion suggère que cette objection inopportune concerne l’article 25 (Champion, note 379)
- [36]
Cette démarche n’a pas été consignée dans l’interrogatoire du 3 mars (Champion, note 401).
- [37]
Cette réponse ne se trouve pas dans l’interrogatoire du 17 mars (Champion, note 402).
- [38]
La croisade commune (Champion, note 410).
- [39]
Unam Sanctam est une bulle pontificale sur l’unité de l’Église, donnée par Boniface VIII en 1302. Unam sanctam ecclesiam catholicam : une seule sainte Église catholique.
- [40]
Cette objection est la seule à recourir à un interrogatoire postérieur aux séances des 27 et 28 mars où Jeanne a dû répondre de l’acte d’accusation.
- [41]
Matthieu 7:16.
- [42]
horion : coup rudement assené sur la tête ou sur les épaules.
- [43]
Ces théologiens sont tous, à l’exception d’un seul, des assesseurs réguliers du procès ; leur avis va servir de base aux délibérations des autres hommes d’Église. — Le compte-rendu de cette délibération est daté du 12 avril, mais une délibération ultérieure s’y réfère comme s’étant tenue le 9 avril (Délibération des docteurs de Rouen, séance du 19 mai).
- [44]
C’est à dire livrée au bourreau.
- [45]
Cet avis, daté du 3 mai, suit la séance d’admonition publique du 2 mai, au cours de laquelle Jeanne refusa l’offre qu’on envoyât chercher des clercs de son parti.
- [46]
Tous sauf trois ont été assesseurs au procès.
- [47]
De la locution latine Sus Minervam docet (c’est un pourceau qui en remontre à Minerve). Minerve étant la déesse de la sagesse et des arts, se dit d’un ignorant qui veut instruire son maître. L’expression était fort prisée de Cicéron.
- [48]
La torture de ce temps était la question par l’eau et la traction des membres avec des cordes serrées (Champion, note 499).
- [49]
Le collège des Bernardins, dans le 5e arrondissement de Paris.
- [50]
Les Facultés de l’Université de Paris étaient au nombre de quatre : Arts, Médecine, Théologie et Décret. La Faculté de Décret (decretorum facultas) enseignait le droit canonique, ou droit canon, c’est à dire le droit interne de l’Église, ainsi que les décisions pontificales qui le complète, les décrétales.
- [51]
Il faut lire ici l’accusation de s’être laissé adorer par le populaire (Champion). — Par exécration de soi-même, Joseph Fabre entend de son sexe féminin (Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, Paris, 1884).
- [52]
Les maîtres et les étudiants de l’Université de Paris étaient réparties entre quatre nations : Normandie, Picardie, Angleterre et France.
- [53]
Seize docteurs délibérèrent et émirent un avis collectif sur les 12 articles d’accusation, qui fut inséré en annexe de la séance du 5 avril.
- [54]
La séance du 29 mai, censée se tenir dans le même lieu, indique la chapelle de l’archevêché.
- [55]
C’est à dire qu’elle soit brûlée (Champion).
- [56]
Sigismond, empereur du Saint Empire romain germanique, s’était allié à l’Angleterre peu après Azincourt (1415).
- [57]
Valet de Viriville nous invite à ne pas prendre trop à la lettre cette circonstance atténuante, souvent plaidée au XVe siècle.
- [58]
Champion identifie le dominicain Vincent Ferrier (1350-1419), canonisé en 1455.
- [59]
C’est à dire les Saintes Écritures, ici Matthieu 24:24 sur les faux prophètes.
- [60]
L’usage diplomatique était d’adresser un acte spécial en appendice au Collège des cardinaux, c’est-à-dire à l’ensemble des cardinaux (Champion, note 670).