Auteur

Adélaïde-Gillette Dufrénoy (1765–1825)

Poète et auteur d’ouvrages pour la jeunesse, elle traversa les cercles littéraires parisiens de la fin de l’Ancien Régime à la Restauration et connut, sous l’Empire, la faveur de Napoléon.
Madame Dufrénoy
  • Lithographie d'Antoine Maurin, imprimée par Delpech, Paris (v. 1820).
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Chronologie

  • 1765

  • 3 déc.

    Naissance à Paris d’Adélaïde-Gillette Billet, fille de Jacques Billet (30 ans), riche joaillier fournisseur de plusieurs grandes maisons de France et de la cour de Pologne, et de Marie-Madeleine Bresse (~18 ans).

    Par son père, elle est la cousine germaine de l’homme de lettres et académicien Jean-Louis Laya, son aîné de quatre ans. Elle a une sœur cadette, Anne Sophie, née en 1770.

    Elle apprend la lecture et la musique chez les sœurs hospitalières de la Roquette, dont sa tante est la supérieure, puis le latin, tandis que son cousin Laya l’initie à la poésie.

  • 1780

    (14 ans)
  • 6 nov.

    Elle épouse à Paris Simon Petit-Dufrénoy (41 ans), riche procureur au Châtelet, amateur de lettres et veuf, qui avait été l’homme de confiance de Voltaire (1694-1778) dans les dernières années de sa vie.

    À quinze ans j’embrassai l’hymen avec effroi. — (Élégie, Le refroidissement, Opuscules poétiques, p. 23, Gallica)

    Son mari lui fait découvrir les poésies galantes d’Évariste de Parny, qui marqueront son œuvre.

  • 1783

    (18 ans)
  • 24 déc.

    Mort de son père (48 ans).

  • 1787

    (21 ans)
  • Débuts littéraires. Elle se lie avec le poète Louis de Fontanes (30 ans) et publie des élégies dans le Mercure de France et l’Almanach des Muses.

    Avec le poète Murville (33 ans), elle prend la direction du Courrier lyrique et amusant ou Passe-temps des toilettes (1785-1789) bimensuel parfois appelé l’Hebdomadaire des Femmes.

  • 1788

    (22 ans)
  • 18 nov.

    Sa comédie L’Amour exilé des cieux, en un acte et en vers, est représentée au Théâtre-Français.

  • 1789

    (23 ans)
  • jul.

    Révolution.

    Bientôt ruinés, les Dufrénoy se réfugient à Sevran, dans leur propriété de La Fossée, où ils accueillent leurs amis proscrits.

  • 1791

    (25 ans)
  • 23 jun.

    À Paris, sa mère (~44 ans) épouse en secondes noces Pierre-Jean Duchauffour (~55 ans).

    Son nouveau beau-père a sensiblement l’âge de son propre mari (52 ans).

  • 1792

    (26 ans)
  • 5 sep.

    Naissance à Sevran d’un fils, Armand Dufrénoy.

    Le couple avait eu un premier enfant, qui n’avait pas survécu.

  • 1799

    (33 ans)
  • 9 nov.

    Coup d’État du 18 Brumaire. Consulat.

  • 1800

    (34 ans)
  • Contrainte de vivre de sa plume, elle traduit de l’anglais deux romans : Santa-Maria, ou La Grossesse mystérieuse de Joseph Fox (1800) et Le Jeune Héritier, ou Les Appartements défendus de William Linley (1801).

  • 1801

    (35 ans)
  • Par l’entremise d’amis, M. Dufrénoy obtient une place de greffier au tribunal de première instance d’Alexandrie, petite cité piémontaise alors rattachée à la France.

  • 1803

    (37 ans)
  • Atteint d’une cécité croissante, M. Dufrénoy se fait suppléer par sa femme, ce qui entraîne sa mise à la retraite.

  • 1804

    (38 ans)
  • 18 mai

    Proclamation de l’Empire.

  • 1805

    (39 ans)
  • Les Dufrénoy regagnent Paris, et Madame Dufrénoy subvient aux besoins de la famille grâce à sa plume : elle donne de nombreux articles aux journaux, notamment des comptes rendus de romans.

    Par l’entremise de l’académicien Antoine-Vincent Arnault (~40 ans) et de son protecteur et confident le comte de Ségur (~52 ans), elle obtient de Napoléon un secours qui met la famille à l’abri du besoin. Elle lui en gardera une reconnaissance profonde et durable, dont sa poésie portera longtemps la trace.

  • 1806

    (40 ans)
  • Elle publie un recueil de ses poèmes de jeunesse, en quatre livres : Élégies, Élégies érotiques, Épîtres, Romances et chansons.

    Opuscules poétiques, Paris, Arthus-Bertrand, 1806, XVII-139 p., Gallica

  • 1807

    (41 ans)
  • Elle fait paraître ses Élégies, qui connaîtront plusieurs éditions en 1813 et 1821.

    Dernière édition : Élégies suivies de Poésies diverses, Paris, Eymery, 1821, Gallica

  • 1808

    (42 ans)
  • Son fils Armand commence ses études secondaires au lycée de Rouen, puis les achève au lycée impérial (l’actuel Louis-le-Grand), où il obtient en 1809 un grand prix de mathématiques.

  • 1811

    (45 ans)
  • 20 mar.

    Pour la naissance du fils de Napoléon et de l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, titré roi de Rome, elle compose et publie un hymne, suivi d’un second l’année suivante.

    La naissance du Roi de Rome, Paris, Ange Clo, 1811, Gallica

    L’anniversaire de la naissance du Roi de Rome, Paris, Didot l’aîné, 1812, Gallica

    Désormais, elle consacrera sa plume presque exclusivement à l’instruction de la jeunesse.

  • oct.

    Armand (19 ans) est admis à l’École polytechnique (promotion X 1811).

  • 1812

    (46 ans)
  • Publication d’un roman : La femme auteur, ou Les inconvéniens de la célébrité.

    2 vol. Paris, Béchet, 1812

  • Elle noue avec le libraire parisien Alexis Eymery (38 ans), qui vient de fonder sa Librairie d’éducation, une collaboration durable : il publiera ses nombreux ouvrages destinés à la jeunesse — en particulier aux jeunes filles — et ornés de gravures.

    Les jeux des quatre saisons, ou Les amusements du jeune âge, Paris, Eymery, 1812.

    L’enfance éclairée, ou les vertus et les vices, Paris, Eymery, 1813, Gallica

  • 5 fév.

    Décès du second mari de sa mère, M. Duchauffour (76 ans).

  • 5 jun.

    Décès de son mari M. Dufrénoy (73 ans).

  • 1813

    (47 ans)
  • 27 aoû.

    Elle accompagne la cour de l’impératrice Marie-Louise à Cherbourg pour l’inauguration de l’avant-port militaire.

    Napoléon, occupé en Allemagne, avait confié la régence à l’impératrice.

  • sep.

    Sorti de Polytechnique dans les premiers rangs, Armand choisit le corps des mines et rejoint l’École d’application, alors installée à Moûtiers, en Savoie.

    Il ne quittera plus l’École des mines, où il gravira tous les grades jusqu’à la direction. Il laisse son nom à la première carte géologique de France, dressée avec Élie de Beaumont.

  • 1814

    (48 ans)
  • 6 avr.

    Première abdication de Napoléon.

  • 1815

    (49 ans)
  • 5 avr.

    Son poème sur la mort de Bayard est couronné par l’Académie française.

    Les derniers momens de Bayard, Paris, Eymery, 1815, Gallica

  • 22 jun.

    Seconde abdication de Napoléon, au lendemain de Waterloo (18 juin). Fin de l’Empire ; Louis XVIII rentre à Paris le 8 juillet.

    Dans une France vaincue et occupée par près de 150 000 soldats étrangers après Waterloo, elle compose une élégie biblique sur la douleur de Sion déchue.

    Plaintes d’une jeune Israélite sur la destruction de Jérusalem, Paris, Eymery, 1817, Gallica. Elle remporte le prix de l’Académie des Jeux floraux le 3 mai 1816.

    La chute de l’Empire lui fait également perdre la pension et les secours dont elle bénéficiait. Sa production s’infléchit alors nettement : la poésie s’y raréfie au profit des recueils d’éducation, qu’elle multiplie.

  • 1816

    (50 ans)
  • Elle se lie d’amitié avec Jean-Jacques Coulmann (20 ans), jeune étudiant en droit.

    Restée la plus femme parmi les femmes poètes, [elle] était déjà avancée en âge, mais n’avait rien perdu de cette jeunesse et de cette tendresse d’âme. — (J.-J. Coulmann, Réminiscences, 1862, t. I, p. 109, Google)

    La collaboration avec Eymery se poursuit, avec des rééditions d’ouvrages anciens et la publication de nouveaux titres.

    La petite ménagère, ou L’éducation maternelle, en 4 vol., Paris, Eymery, 1816. Le lecteur suit Camille, de 4 à 25 ans, dans les diverses situations dans lesquelles peuvent se trouver les femmes, t. I, p. IX, Gallica

    Étrennes à ma fille, ou Soirées amusantes de la jeunesse, recueil de nouvelles en 2 vol., Paris, Eymery, 1816, Gallica

  • déc.

    Jeanne d’Arc.

    Ayant publié en 1813 la Biographie des jeunes gens, ou Vies des grands hommes du chevalier Alphonse de Beauchamp (3 vol.), Eymery lui en commande l’équivalent féminin : elle compose la Biographie des jeunes demoiselles (2 vol.), une centaine de courtes vies de femmes célèbres (figures bibliques, saintes, reines, contemporaines).

    La notice sur Jeanne d’Arc y est rédigée par Coulmann (t. I, p. 362-369) et ne présente guère d’intérêt.

    Lire : Jeanne d’Arc (première édition, ~10 000 mots)

  • 1817

    (51 ans)
  • Sa cadence de travail est intense.

    Je suis écrasée de travail ; je compose par jour une demi-feuille d’impression, et je corrige quatre ou cinq épreuves. Je dors à peine quatre à cinq heures. (Lettre de Mme Dufrénoy à Coulmann, 27 sept. 1816, Réminiscences, p. 116)

    Petite encyclopédie de l’enfance, ou Leçons élémentaires de grammaire, de géographie, de mythologie, d’histoire, 2 vol., Paris, Eymery, 1817, Gallica

  • 1818

    (52 ans)
  • Les Françaises, recueil de nouvelles, 2 vol., Paris, Eymery, 1818, Gallica

    Elle entreprend la publication de la Bibliothèque choisie pour les dames : 72 volumes in-18, à raison de 12 volumes par an pendant six ans, par livraisons de trois. Il n’en paraîtra que 36, entre 1818 et 1821.

  • 1819

    (53 ans)
  • 18 fév.

    Son fils Armand Dufrénoy (26 ans), épouse à Paris Jeanne Jay (24 ans), fille d’un avocat à la cour royale de Paris.

    Le 12 décembre naît leur fils, Antoine-Armand-Léonce. Madame Dufrénoy est grand-mère.

  • 1820

    (54 ans)
  • Deuxième édition de la Biographie des jeunes demoiselles, portée à 4 volumes : elle compte cinquante notices nouvelles, et nombre des anciennes sont entièrement refondues — au premier chef celle de Jeanne d’Arc, réécrite et triplée en longueur (t. II, p. 234-260).

    Lire : Jeanne d’Arc (deuxième édition, ~34 000 mots)

    L’ouvrage connaîtra une troisième puis une quatrième édition, en 1824 et 1826, où la notice sur Jeanne d’Arc est identique.

  • 1822

    (56 ans)
  • Elle publie un ouvrage d’éducation destiné à la petite enfance, dédié à son petit-fils.

    Le Livre du premier âge, ou Instruction religieuse et maternelle, Paris, Eymery, 1822, Gallica

  • 1824

    (58 ans)
  • 16 jul.

    Décès de sa mère, à Paris (77 ans).

  • 1825

    (59 ans)
  • 7 mar.

    Très affectée par la mort de sa mère, Madame Dufrénoy s’éteint moins d’un an après, en son appartement de la rue des Francs-Bourgeois, d’une affection de poitrine.

    Elle est inhumée le 9 mars au cimetière du Père-Lachaise (11e division). L’homme de lettres Pierre-François Tissot prononce l’éloge funèbre, et le poète Pongerville lit un éloge composé par le comte de Ségur.

  • 1827

  • Parution posthume de ses Œuvres, par les soins d’Antoine Jay, père de sa belle-fille.

    Œuvres poétiques de Mme Dufrénoy, précédées d’observations sur sa vie et ses ouvrages, A. Jay, Bruxelles, Hayez, 1827, XXXI-303 p., Gallica (1826), Gallica (1827), Google

Références

  • La Quotidienne, 5 févr. 1816, p. 4/4, Retronews

    La Petite Ménagère, ou l’Éducation Maternelle ; par Madame Dufrenoy. Ouvrage orné de vingt-quatre jolies gravures ; 4 vol. in-18. Prix : 7 fr. et 9 fr. franc de port. À Paris, à la Librairie d’Éducation de A. Eymery, rue Mazarine, N. 30.

  • Journal de Paris, 21 déc. 1816, p. 4/4, Retronews

    Il s’en présente un aujourd’hui, dit-on, et cet historien est une femme couronnée à l’Académie française et aux jeux floraux. Sa Biographie des Femmes célèbres, en deux volumes, avec des portraits, va paraître chez le libraire Eymery. Le titre de l’ouvrage doit inspirer un vif intérêt, qu’augmentera certainement le nom de l’auteur, madame Dufrénoy.

  • Journal de Paris, 6 janv. 1817, p. 3/4, Retronews

    Histoire. — Biographie des jeunes Demoiselles, ou Vies des Femmes célèbres, depuis les Hébreux jusqu’à nos jours. Ouvrage destiné à l’instruction de la jeunesse, et orné de 60 portraits en taille-douce. Par madame Dufrénoy. (Deux volumes in-12. Prix 7 fr., et 9 fr. 50 c. franc de port.)

    L’ouvrage que nous annonçons a le double mérite d’être utile et agréable, de plaire et instruire ; la morale en est pure, le style élégant et correct ; on voit, avec un plaisir mêlé d’étonnement, que la même main qui sait tirer de sa lyre des sons si gracieux et si touchant, conduit avec une égale habileté le burin de l’histoire. [...]

  • Le Globe, 12 mars 1825, p. 4/8, Retronews

    Paris. Une maladie subite vient d’enlever aux lettres l’une des femmes les plus distinguées de ce temps ; c’est pour nous un triste et douloureux devoir de rappeler ses titres à l’estime publique, et de nous unir aux amis qui lui ont payé sur sa tombe l’hommage de leurs regrets. La jeunesse de madame Dufrénoy fut brillante ; entourée d’amis illustres, aimée pour son talent, et encore plus pour son caractère, poète elle-même au milieu d’une cour de poètes, elle fut surtout distinguée par M. de Fontanes, dont plus d’une fois elle inspira les chants, et qui lui-même fut célébré par elle. Image de son âme, et véritable histoire de sa vie, ses Élégies nous la montrent tour à tour amante enthousiaste, mère tendre, amie dévouée ; souvent malheureuse, toujours résignée, et se consolant par le culte des arts des injustices du sort. Une correction élégante, une simplicité pleine de finesse et de goût, une expression passionnée sans exagération, de la grâce et de l’harmonie ; tel est le caractère de ses poésies. Ses dernières années furent consacrées à des ouvrages utiles pour l’instruction de la jeunesse : elle dirigeait l’édition de la Bibliothèque des Dames Françaises, et s’occupait, dit-on, de ses Mémoires. Ceux qui l’ont connue, et qui savent quelle confiance eurent en elle tant d’hommes célèbres, animés d’opinions si différentes, agités par des fortunes si diverses, assurent que ses souvenirs seraient précieux pour l’histoire des lettres et de la politique. Dans le discours qu’il a prononcé sur sa tombe, M. Tissot annonce aussi qu’elle était prête à publier un nouveau recueil de poésies : espérons que sa mort ne nous en privera pas, et attendons l’occasion de juger quels changements le temps avait apportés à son talent, et quels sujets plus graves et plus sévères l’inspiraient à ses derniers jours. Celle qui fut l’amie de Camille Jordan dut trouver des plaintes éloquentes pour déplorer la perte d’un grand citoyen et le deuil de la patrie.

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