Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

#Conseil de Jeanne

Jean Dunois

Alors Jeanne s’adressa à lui : Êtes-vous le bâtard d’Orléans ?Oui et je me réjouis de votre arrivée.Est-ce vous qui avez donné le conseil de me faire venir ici, de ce côté de la rivière, et de ne pas aller directement où se trouvent Talbot et Anglais ?Lui et d’autres plus sages encore, avaient donné ce conseil, croyant agir au mieux et plus sûrement.En nom Dieu, les conseils de Dieu sont plus sûrs et plus sages que les vôtres. Vous avez cru m’abuser, et vous vous êtes abusés vous-mêmes car je vous apporte le meilleur secours qui aura jamais été donné à un combattant ou à une cité, c’est le secours du Roi des cieux. Il ne vient pas cependant pour l’amour de moi : il vient de Dieu qui, à la requête de saint Louis et de saint Charlemagne, eut pitié d’Orléans, et ne souffrit pas que les ennemis eussent et le corps du seigneur d’Orléans et sa ville.

De même, il se souvient qu’un jour après la libération d’Orléans, à Loches, Jeanne et lui allèrent trouver le roi. Celui-ci s’était retiré dans sa chambre avec son confesseur Christophe d’Harcourt et le chancelier de Trêves. Jeanne frappa à porte et, aussitôt entrée, se jeta à ses genoux en disant : Noble dauphin, cessez ces longues délibérations et allez à Reims vous faire couronner. D’Harcourt lui demanda si elle tenait cela de son conseil ; elle répondit que oui, et qu’elle y avait été fort poussée. Il reprit : Ne voulez-vous pas nous dire de quelle façon se manifeste votre conseil, quand il vous parle ? Elle répondit en rougissant : Je sais ce que vous voulez savoir et vous le dirai volontiers. Le roi lui dit alors : Jeanne, répondriez-vous ici, en présence des assistants ? Elle répondit que oui, et s’exprima ainsi : lorsqu’on ne croit pas ce qu’elle dit de la part de Dieu, elle se retire pour prier puis entend alors une voix lui dire : Fille Dé, va, va, va, je serai à ton aide, va ; et cette voix la réjouit fort ; si bien qu’elle désirerait rester toujours dans le même état. En parlant de ses voix Jeanne avait des élans de joie admirables et levait les yeux vers le ciel.

Gobert Thibaut

Elle disait que son conseil lui avait dit qu’elle devait au plus tôt aller voir le roi.

Le témoin vit ceux qui l’amenèrent : Jean de Metz, Jean Coulon et Bertrand Pollichon [Poulengy], qu’elle tenait en grande familiarité et amitié. Il les entendit dire à l’évêque de Castres, qu’ils avaient traversé la Bourgogne et autres territoires ennemis sans le moindre empêchement, et s’en émerveillaient.

Il entendit l’évêque de Castres dire qu’il avait vu dans des écrits que devait venir une certaine Pucelle, au secours du roi de France. Lui et les autres docteurs disaient croire que Jeanne était envoyée par Dieu, et qu’elle était celle dont parlait la prophétie. Ils ne voyaient en elle que du bon et rien de contraire à la foi catholique ; aussi le roi pouvait avoir recours à elle.

Jean d’Alençon

Le roi décida qu’elle serait examinée par des gens d’Église et délégua l’évêque de Castres (son confesseur), les évêques de Senlis, Maguelonne et Poitiers, Pierre de Versailles, Jourdan Morin, et beaucoup d’autres, qui l’interrogèrent en présence du témoin sur les raisons de sa venue. Elle répondit qu’elle était venue de la part du Roi des cieux et qu’elle avait des voix et un conseil qui lui indiquaient quoi faire (bien que de cela il ne se souvient pas). Jeanne lui confia par la suite, au cours d’un repas (ils les prenaient alors ensemble), qu’elle avait été beaucoup questionnée, mais qu’elle savait et pouvait plus de choses qu’elle n’en avait dites. Le roi entendit le rapport des examinateurs et décida qu’elle serait de nouveau interrogée à Poitiers.

Beaucoup appréhendait la suite, mais Jeanne affirma qu’elle était sûre de la victoire : En nom Dieu, il les faut combattre ! s’ils étaient pendus aux nues, nous les aurons, car Dieu nous les envoie pour que nous les punissions. Elle ajouta : Le gentil roi aura aujourd’hui la plus grande victoire qu’il eut jamais. Mon conseil m’a dit qu’ils sont tous nôtres. [En français.]

Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)

Jeanne disait avoir demandé aux envoyés Dieu qui lui apparaissaient ce qu’elle devait faire ; ils lui firent faire son étendard, figurant notre Sauveur siégeant en juge sur les nuées du ciel, et un ange tenant dans ses mains une fleur de lys que bénissait le Sauveur. Le témoin arriva à Tours au moment où on peignait cet étendard.

Peu après Jeanne partit avec l’armée pour faire lever le siège devant Orléans ; le témoin ne la quitta plus jusqu’à sa prise devant Compiègne.

Jeanne pleura abondamment, en invoquant Dieu et fut consolée, à ce qu’elle disait, car elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.

Après le dîner un célèbre chevalier (le témoin a oublié son nom) vint lui annoncer que les capitaines tenaient conseil et parlaient d’interrompre les assauts : les Anglais étaient plus forts ; Dieu leur avait déjà accordé de beaux succès ; enfin la ville disposait d’assez de vivres pour attendre un secours du roi. Jeanne leur répondit : Vous êtes allés à votre conseil, et moi au mien ; et croyez que le conseil de mon Seigneur sera accompli et que mais l’autre périra..

Jean d’Aulon

Sur ce, le témoin, rompu, s’allongea sur une couchette pour se reposer un peu. La Pucelle l’imita et se mit sur un autre lit avec son hôtesse. À peine commençait-il à prendre son repos que la Pucelle se redressa soudain et le réveilla avec fracas : En nom Dieu, mon conseil m’a dit d’aller sur l’Anglais, mais je ne sais si c’est à leur bastilles ou contre Fastolf ! Il se leva aussitôt et l’arma. Des cris parvinrent du dehors signalant une violente attaque. Il se fit armer et constata que la Pucelle était partie. Dans la rue elle tomba sur un page à cheval, lui prit sa monture de force et traça droit à la porte de Bourgogne d’où venait le bruit. Il la suivit mais ne put la rattraper avant la porte. En arrivant, ils virent qu’on transportait un blessé grave ; elle s’informa et quand on lui apprit que c’était un Français elle déclara qu’elle n’avait jamais vu de sang français sans que les cheveux ne lui dressassent.

Pour les faits de guerre, la Pucelle lui disait qu’elle avait un conseil qui la guidait. Il lui demanda qui était ce conseil, elle lui répondit qu’ils étaient trois : l’un restaient toujours avec elle, un autre allait et venait, et le troisième était celui avec lequel les deux premiers délibéraient. Un jour il la pria de bien vouloir lui montrer son conseil mais elle lui répondit qu’il n’était pas assez digne ni vertueux pour le voir ; il ne chercha plus à en savoir d’avantage.

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