Table des matière
Table des matières
- Premier traité : Les faux prophètes
- Gardez-vous des faux prophètes : hypocrites de nature, trompeurs comme des loups, reconnaissables
à leurs fruits
- Ils ne sont pas envoyés par Dieu : même s’ils s’en donnent l’apparence, prophétisent ou font des miracles
- Gardez-vous des faux prophètes : hypocrites de nature, trompeurs comme des loups, reconnaissables
- Second traité : L’art de les reconnaître
Si l’apparence de sainteté, les prophéties et les miracles ne permettent pas de reconnaître les faux prophètes, existe-t-il un art pour le faire ? Oui : distinguer le vrai du faux.
- L’apparence de sainteté (démasquer les hypocrites)
- Les prophéties (distinguer les vraies des fausses)
- Les miracles (article manquant)
Premier traité Les faux prophètes
- Introduction générale
- Partie 1. Gardez-vous des faux prophètes : hypocrites de nature, trompeurs comme des loups, reconnaissables
à leurs fruits
- Il faut se garder des faux prophètes
- Nature des faux prophètes
- La voie large est la voie des faux prophètes (Origène, Glose)
- Cela s’applique spécialement aux hérétiques qui corrompent sous apparence de piété (Glose)
- Les faux docteurs sont appelés faux prophètes car seul l’Esprit de prophétie permet d’interpréter les prophéties (Chrysostome)
- Distinction : hypocrites simulant la bonté plutôt qu’hérétiques manifestement mauvais (Chrysostome)
- La simulation d’humilité par l’apparence
- Les hypocrites ont une cause d’apparence et une cause de défaut
- Les vêtements de brebis s’entendent au sens littéral et au sens large
- Deux modes de simulation vestimentaire
- Par la vileté de l’habit (apparence d’humilité)
- Par l’austérité de l’habit (se distinguer des autres)
- Règle générale : la vileté ou l’austérité de l’habit n’est louable que si elle n’excède ni les mœurs publiques ni la mesure propre à la personne (Augustin, Sénèque)
- Deux objections à la règle générale : les habits excessivement vils des saints / les parures non condamnables
- Réponse à l’objection 1. Les habits excessifs des saints sont excusés par leur vie solitaire : pas de scandale public
- Réponse à l’objection 2. Cas de parures non condamnables
- La parure n’est blâmable que si elle excède les mœurs propres à la personne
- La parure convient aux femmes selon leur état (Augustin)
- La parure convient aussi aux hommes d’Église (exemple de l’apôtre Barthélemy)
- L’Église privilégie néanmoins l’habit vil
- Introduction : l’habit vil procède soit du vice (causes illégitimes : avarice, négligence, hypocrisie, vaine gloire), soit de la vertu (causes raisonnables)
- Les quatre causes raisonnables de l’habit vil
- Les causes raisonnables s’appliquent aux religieux : la vie religieuse est par nature un état de pénitence, de mépris du monde et d’exemplarité
- Les causes vicieuses ne s’appliquent pas aux religieux : la vileté des vêtements n’a pas en soi apparence du mal, mais du bien : les religieux portent l’habit vil par profession, non par ambition
- Conclusion : Ceux qui mènent une vie publique doivent porter un habit conforme aux mœurs publiques ; ceux qui font le contraire sont à éviter comme faux prophètes
- Nature des faux prophètes
- En quoi consiste la tromperie : les
loups ravisseurs
- Les six critères selon lesquels les hypocrites ressemblent aux loups
- En persécutant à l’extérieur : ils haïssent ceux qui leur résistent, s’unissent pour défendre leur malice, et sont incorrigibles dans leur erreur
- En corrompant à l’intérieur : leur bouche émet un venin doctrinal (doctrine fausse, étrangère, ou vraie mais prêchée sans esprit de vérité)
- En dévorant avec plus de rapacité : ils font leur proie des biens des simples sous prétexte de piété (à l’inverse de saint Paul)
- En se cachant plus subtilement : ils se dissimulent sous les autorités de l’Écriture sainte ; il faut juger leurs œuvres, non leurs paroles
- En circulant avec plus de prudence : vagabonds, ils s’introduisent dans les maisons, séduisent les femmes fragiles et les hommes efféminés, surtout les veuves
- En s’introduisant plus doucement : doux et bénins au début comme l’homme, rapaces comme le lion, venimeux à la fin comme le scorpion
- Les six critères selon lesquels les hypocrites ressemblent aux loups
- L’art de reconnaître les faux prophètes :
à leurs fruits
- Les fruits (= les œuvres manifestes, non les œuvres occultes)
- Les hypocrites ne sont reconnus qu’à leurs mauvaises œuvres, non à leurs œuvres apparemment bonnes
- Les bonnes œuvres des hypocrites sont des fruits de la divine bonté, non des leurs
- La vigne et les épines (vigne = le Christ ; épines et chardons = hérétiques et hypocrites)
- L’arbre (= la volonté humaine), bon ou mauvais, produit des fruits correspondants : bons (joie, paix, patience) ou mauvais (fornication, luxure, impureté) ; toutefois, il peut passer de mauvais à bon, et inversement.
- Les hypocrites portent de belles feuilles et fleurs sans jamais porter de vrais fruits (Jude)
- Les mauvais fruits finissent par se manifester malgré la simulation, par jugement divin (Grégoire sur le tigre et l’hypocrite)
- Conclusion : double condamnation des hypocrites
- Damnation éternelle (feu préparé pour le diable)
- Punition temporelle (prophétie de Hildegarde : les princes se rueront sur eux comme sur des loups enragés)
- Il faut se garder des faux prophètes
- Partie 2 : Les faux prophètes ne sont pas envoyés par Dieu, même s’ils confessent la foi, prophétisent ou font des miracles
- La confession de la foi ne prouve pas que les faux prophètes sont envoyés par Dieu
- Notes préliminaires : La foi sans œuvres
- Dire Seigneur, comme les hypocrites, ne suffit pas : la parole seule est insuffisante
- La foi sans les œuvres est morte : la parole doit être prouvée par les œuvres
- Confesser vraiment la foi : par la parole, par les œuvres et de cœur
- Les hypocrites sont exclus non seulement de l’Église triomphante, mais aussi de l’Église militante
- Question : Confesser sa foi est-il nécessaire au salut ? Il semble que non, sauf pour les prélats qui ont le devoir d’instruire.
- Pourtant : Apparente contradiction avec les Écritures
- Résolution : La confession dépend des circonstances : nécessité d’un côté, risque de scandale inutile de l’autre.
- Notes préliminaires : La foi sans œuvres
- Le don de prophétie ne prouve pas que les faux prophètes sont envoyés par Dieu
- Les méchants peuvent prophétiser (exemples de Balaam et de Caïphe) ; raison : la prophétie est ici une grâce utile pour l’Église, non pour leur salut personnel
- Question : La bonté des mœurs est-elle requise pour prophétiser ?
Il semble que oui. Trois arguments :
- La prophétie requiert la sainteté (Sagesse VII)
- La prophétie requiert la charité (Jean XV)
- La prophétie n’est donnée qu’aux meilleurs (Aristote)
- Pourtant : Apparente contradiction avec le passage des Écritures
Résolue par les précisions suivantes :
- Il existe une bonté apparente, distincte de la bonté profonde, qui peut exister sans grâce sanctifiante ni charité
- Une personne privée de grâce et de charité peut néanmoins être prophète
Raisons :
- Par la cause efficiente : Dieu accorde une illumination intellectuelle indépendamment de la grâce et de la charité
- Par l’acte : la prophétie relève de l’intellect
- Par la finalité : la prophétie vise l’utilité de l’Église, non le salut du prophète, lequel requiert seul la grâce et la charité
- La bonté apparente (maîtrise des passions et des distractions) favorise l’exercice de la prophétie
- Réponse aux arguments : Conciliation effective avec le passage des Écritures
- Seule la prophétie pour le salut personnel requiert la sainteté, pas celle pour l’utilité de l’Église (où le prophète n’est qu’un instrument)
- La connaissance par la charité n’exclut pas la simple illumination intellectuelle
- La prophétie n’est pas donnée aux meilleurs mais aux plus aptes à la recevoir
- Les miracles ne prouvent pas que les faux prophètes sont envoyés par Dieu
- Les faux prophètes peuvent faire des miracles
- Notes préliminaires Les miracles des faux prophètes
- Il faut se garder aussi de ceux qui font des miracles au nom du Christ (Glose)
- Les miracles des faux prophètes sont suspects, surtout en ces temps qui semblent approcher de la fin du monde
- Les suppôts de l’Antéchrist feront alors des prodiges pour séduire (Grégoire)
- Les saints seront glorifiés non par les miracles, mais par la patience (Isidore)
- Les saints cesseront de faire des miracles, tandis qu’ils abonderont chez les suppôts, si bien que les saints seront méprisés (Isidore, Augustin)
- Trois ordres de miracles que les faux prophètes disent accomplir au nom du Christ
- Miracles vrais : prodiges réels accomplis par Dieu (fils du prince des prêtres, Actes XIX ; Simon le Magicien)
- Miracles faux : prodiges réels qui ne sont pas accomplis par Dieu (comme les magiciens de Pharaon ; prophétie de Hildegarde)
- Miracles feints : prodiges inexistants, présentés comme des miracles accomplis par Dieu
- Signe décisif pour reconnaître les faux prophètes : recherchent-ils leur propre gloire plutôt que celle de Dieu ?
- Question : La grâce des miracles peut-elle coexister avec la malice des mœurs ?
Il semble que non. Trois arguments :
- Pourtant : Apparente contradiction avec les Écritures
Résolue par les précisions suivantes :
- Les miracles, comme la prophétie et le don des langues, relèvent des grâces données pour l’utilité de l’Église : la prophétie manifeste la vérité, le don des langues la transmet, les miracles la confirment
- Cette grâce n’est pas une qualité habituelle résidant dans l’âme ; c’est Dieu qui agit, en se servant de la personne comme d’un instrument, que ce soit à la suite d’une prière ou sans médiation apparente
- Certains faits sont fantastiques (de simples illusions) ; d’autres sont réels mais procèdent de causes naturelles (et peuvent être produits par les démons) ; seuls les vrais miracles viennent de Dieu
- Les miracles sont utiles de deux manières : pour confirmer une vérité (accomplis même par un méchant) ; pour manifester la sainteté d’une personne et la proposer en exemple (réservés aux saints)
- Réponse aux arguments
- Le miracle relève d’une grâce, non comme qualité habituelle de l’âme, mais comme action de Dieu (réponse à l’argument 1, preuve 1)
- Les prodiges des méchants ne sont pas de vrais miracles, étant soit fantastiques (de simples illusions), soit d’origine naturelle (argument 1, preuve 2)
- Les miracles relèvent de la foi non en ce qu’ils en procèdent, mais en ce qu’ils la confirment, et parce qu’ils procèdent de Dieu, sur qui la foi s’appuie (argument 1, preuve 3)
- Les vrais miracles témoignent de la vérité de la doctrine (ou du Christ lorsqu’il est invoqué), non de la sainteté de celui qui les accomplit (distinction d’Augustin : mages, bons chrétiens, mauvais chrétiens) (argument 2)
- Dieu accorde parfois des miracles à des méchants et les refuse à des saints, afin que les faibles ne préfèrent pas les miracles aux œuvres de justice par lesquelles on acquiert la vie éternelle (argument 3)
- Notes préliminaires Les miracles des faux prophètes
- Les faux prophètes sont réprouvés ; les vrais doivent prouver qu’ils sont envoyés de Dieu
- Exégèse du verset établissant la réprobation des faux prophètes
- Les vrais envoyés de Dieu et les preuves de leur mission
- La réprobation s’entend non seulement au Jugement (Église triomphante), mais aussi dans la vie présente (Église militante), à l’égard de ceux qui se disent envoyés par Dieu sans l’être
- Tous ceux qui prêchent sans être envoyés par Dieu sont de faux prophètes ; ceux qui sont envoyés directement par Dieu (révélation directe ou par un ange) doivent prouver leur mission divine, soit par un miracle enjoint par Dieu, soit par une prophétie spéciale
- Les miracles seuls ne suffisent pas à prouver une mission divine s’ils n’ont pas été enjoints par Dieu comme signe
- Une prophétie auto-attribuée ne suffit pas non plus à prouver une mission divine si elle n’est pas confirmée par Dieu
- Quant à ceux qui sont envoyés par l’Église (prélats et docteurs), ils doivent prouver leur mission par des documents canoniques
- Les faux prophètes peuvent faire des miracles
- La confession de la foi ne prouve pas que les faux prophètes sont envoyés par Dieu
Second traité L’art de reconnaître les faux prophètes
- Introduction et question principale
Existe-t-il un art pour reconnaître les faux prophètes ?
- Arguments en faveur de la réponse négative
- Impossibilité de reconnaître les hypocrites (assimilés aux faux prophètes) par leurs œuvres extérieures, qui paraissent bonnes
- Impossibilité de discerner les fausses prophéties des vraies (ex. Hermès Trismégiste et la Sibylle)
- Impossibilité de discerner les faux miracles des vrais (ex. les mages de Pharaon)
- Pourtant : Il serait absurde que le Christ ait commandé l’impossible (gardez-vous des faux prophètes) ; aussi a-t-il transmis un art (c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez)
- Division du traité : Trois articles répondant aux trois arguments
- Arguments en faveur de la réponse négative
- Article 1 : Comment reconnaître les hypocrites
- Division de l’article : Trois parties : l’utilité de reconnaître les hypocrites ; en quoi consiste leur tromperie ; l’art de les reconnaître
à leurs fruits
- Partie 1 : Utilité de l’art de reconnaître les hypocrites
- Nécessité pour accomplir le précepte du Christ (Gardez-vous des faux prophètes)
- Prévention contre les périls des derniers jours (Paul)
- Protection de l’Église face aux persécutions
- Signe annonciateur de l’Antéchrist
- Vigilance face aux faux miracles, surtout vers la fin des temps
- Périls encourus par les fidèles simples, faute de reconnaître les hypocrites
- Partie 2 : En quoi consiste la tromperie des hypocrites
- Présupposés sur les hypocrites
- Ce sont des chrétiens (et non des juifs, des païens ou des hérétiques déclarés)
- Ce sont de mauvais chrétiens (mais qui paraissent bons extérieurement)
- Les plus dangereux d’entre eux sont ceux savants et astucieux
- Trois causes d’apparence principales par lesquelles ils simulent la sainteté
- Les vêtements religieux (humilité et pauvreté)
- Les discours flatteurs
- Les fausses œuvres de vertu
Six modes de simulation :
- Le jeûne (superstitieux ou ostentatoire)
- La prière (ostentatoire ou cupide)
- L’aumône (intéressée)
- Des pratiques insolites et nouvelles (pour se singulariser)
- L’omission de petits péchés visibles (pour mieux cacher les grands)
- De faux prodiges (miracles ou prophéties)
- Ce qu’ils recherchent par leur tromperie (séduire plus facilement et nuire plus violemment à l’Église — cf. traité 1, partie 1, section 2)
- D’où ils viendront (ce seront des proches et des familiers, non des étrangers)
- Réponse à une objection : Gog et Magog ne doivent pas être pris à la lettre (Apocalypse XX)
- Présupposés sur les hypocrites
- Partie 3 : L’art de reconnaître les hypocrites
à leurs fruits
- La difficulté extrême de cet art
- L’hypocrisie est le péché le plus dangereux (car les hypocrites, faute de reconnaître leur péché, ne songent pas au remède)
- Les hypocrites sont dangereux pour les autres et pour eux-mêmes
- Leurs partisans sont dangereux pour les autres (y compris pour eux-mêmes) et pour les hypocrites
- L’art de les reconnaître est utile pour tout le monde (y compris pour les hypocrites et leurs partisans)
- Par son précepte
à leurs fruits
, le Christ n’a transmis qu’une doctrine générale - Mais l’enseignement des Écritures et des saints permet d’en déduire un art précis
Six moyens de les reconnaître (tant pendant qu’après la simulation) :
- À l’abandon de leur simulation dès que cessent les louanges
- À l’abandon de leur simulation une fois atteint leur but temporel
- À leur impatience dans l’adversité
- À leur dédain envers les pécheurs
- À leur trouble face aux pertes temporelles et à leur indifférence envers les pertes spirituelles
- À l’invention de pratiques insolites et superstitieuses
- La difficulté extrême de cet art
- Conclusion (réponse au 1er argument de ce 2nd traité)
On ne démasque pas les hypocrites en leur prêtant des intentions cachées ni en jugeant leurs bonnes œuvres apparentes, mais lorsque leurs mauvaises œuvres finissent par être manifestées.
- Division de l’article : Trois parties : l’utilité de reconnaître les hypocrites ; en quoi consiste leur tromperie ; l’art de les reconnaître
- Article 2 : Les prophéties
- Division de l’article
Trois parties : définition et nature de la prophétie ; les causes de la prophétie ; les différences entre les prophéties
- Partie 1 : Définition et nature de la prophétie
Considérations :
- La prophétie comme lumière intellectuelle surnaturelle (analogie avec la lumière corporelle, c’est-à-dire physique ou visible)
Conséquences :
- Distinction : lumière permanente (bienheureux) et lumière transitoire (prophètes)
- Nécessité, pour les prophètes, d’une illumination renouvelée
- La prophétie n’est pas un habitus (une disposition acquise)
- Le titre de prophète subsiste après la cessation de l’illumination
Pour deux raisons :
- La prophétie n’est pas une vision directe de Dieu (contrairement à la lumière béatifique)
Précision :
- La connaissance prophétique se fait par similitudes et images (vision en miroir)
Conséquences :
- Double mode de prophétie : intellectuelle pure (rare) ; vision imaginaire (commune)
- Supériorité de la connaissance intellectuelle sans images
- Généralité de la vision imaginaire : prophétie proprement dite (prophètes bibliques)
- D’où le caractère généralement énigmatique et symbolique des prophéties
- Hiérarchie des prophéties dans la vision imaginaire
Quatre distinctions :
- Selon l’état (veille supérieure au sommeil)
- Selon la clarté des signes (parole supérieure aux images)
- Selon la médiation (présence d’un interlocuteur supérieure à l’absence d’interlocuteur)
- Selon la dignité de l’apparition (Dieu supérieur à l’ange, l’ange supérieur à l’homme)
- Les révélations prophétiques viennent de Dieu (révélation divine directe ou par l’intermédiaire des Anges)
- Les révélations par l’intermédiaire des mauvais Anges ne sont pas prophétiques
- La prophétie porte à proprement parler sur la connaissance du futur (l’issue des choses)
Précisions :
- Même si elle peut concerner la connaissance du passé, du présent et de l’avenir (l’âme comme miroir spirituel)
- Confirmé par l’étymologie
Conséquences :
- La prophétie est nécessairement vraie (bien que portant sur des futurs contingents)
- La prophétie parfaite requiert la conscience d’être mû par Dieu
- Exemples de prophéties imparfaites : voit sans comprendre (Pharaon) ; interprète sans avoir vu (Joseph) ; dit ou fait sans comprendre (Caïphe et les soldats)
- Limitation et imprécision temporelle de la prophétie (une trop grande précision chronologique révèle les faux prophètes)
- Limitation et imprécision circonstancielle de la prophétie (une trop grande précision des circonstances révèle une fabrication après coup : exemple des oracles)
- La prophétie comme lumière intellectuelle surnaturelle (analogie avec la lumière corporelle, c’est-à-dire physique ou visible)
- Partie 2 : La cause de la prophétie
Peut-elle avoir une cause naturelle ?
- Arguments en faveur d’une cause naturelle
- Les philosophes admettant les prophéties ne supposent que des causes naturelles
- La nature semble suffire à expliquer la préconnaissance de l’avenir
Trois preuves :
- Supériorité de l’homme sur l’animal, lequel possède pourtant un instinct prémonitoire (fourmis, dauphins, cheval de Job)
- Supériorité de l’état de veille, malgré l’expérience universelle des songes prémonitoires
- Témoignage de Grégoire et d’Augustin sur certaines prévisions, notamment à l’approche de la mort
- La prophétie semble supposer une disposition naturelle de l’âme (confirmée par certains empêchements : concupiscence, tristesse, crainte)
- Pourtant : La prophétie procède d’une cause surnaturelle et divine
- Résolution en trois points :
- L’opinion des philosophes sur la cause de la prophétie
- Consensus des philosophes païens et infidèles sur l’existence des prophètes et des prophéties (Aristote, Averroès, Avicenne, Al-Ghazali, Ptolémée, astrologues, etc.)
- Diversité des explications sur les causes des visions prophétiques (modèles du miroir, causes célestes, substances séparées ; existence des dieux pour Cicéron)
- Opinion dominante : la prophétie vient de Dieu, immédiatement ou par l’intermédiaire des bons anges
- Réponse à l’Argument 1 : Dieu peut être admis comme cause naturelle au sens des philosophes (cause première, prouvée par la raison naturelle)
- L’âme possède-t-elle une capacité naturelle à prophétiser ?
- Distinction entre connaissance de l’avenir en lui-même (propre à Dieu) et préconnaissance par la connaissance des causes (médecine, astrologie)
- Distinction sur l’origine de cette connaissance des causes : innée (réminiscence de Platon) ou acquise à partir des sens (Aristote)
- Exposition de la doctrine platonicienne
- Réfutation : cela impliquerait la capacité de prophétiser à volonté (Augustin) ; erreurs qui en découlent : pratiques divinatoires, meurtre d’enfants du mage Linus (probablement suggéré par un démon) ; explication aristotélicienne de ces pratiques (miroir, ongles) : repli de l’âme sur elle-même sans recours aux démons
- Conséquence : La prophétie ne provient ni de la capacité, ni de la nature, ni d’une connaissance innée de l’âme ; l’illumination divine est l’explication la plus probable
- Réponse à l’Argument 2
Réponse aux trois preuves :
- L’instinct prémonitoire de l’animal : il relève de causes naturelles ; chez l’homme, la raison et l’illumination divine les dépassent ; certaines dispositions y contribuent
- Les songes prémonitoires : ils relèvent soit de causes naturelles, soit d’une illumination divine ; le sommeil y dispose l’âme favorablement
- À l’approche de la mort : l’âme est plus réceptive en raison de son détachement du corps ; toutefois, la connaissance véritable du futur relève de l’illumination divine seule
- Une disposition naturelle est-elle requise pour la prophétie ?
- Aucune disposition naturelle n’est requise comme cause nécessaire ou principale
Arguments :
- Mais certaines dispositions naturelles peuvent faire obstacle ou y disposer
Arguments :
- Certaines indispositions empêchent l’illumination (tempérament flegmatique ou lourd, préoccupations sensibles et temporelles)
- Certaines dispositions, en détachant l’âme du sensible, en facilitent la réception (harmonie musicale, tempérament mélancolique, renforcement des facultés chez l’aveugle)
- Et plus encore certaines dispositions morales
Arguments :
- Les vices enchaînent l’âme et font obstacle à l’illumination
- La pureté morale y dispose activement (ex. selon Platon, Socrate, en raison de sa pureté de vie, bénéficiait de la compagnie d’un esprit)
- Conclusion générale : Dieu seul cause la prophétie, qu’il n’accorde qu’à une âme disposée par le détachement du sensible ; cette disposition, dépassant nos seules forces, relève de la grâce et se prépare par des pratiques spirituelles (prière, jeûne, abstinence, etc.)
- Réponse à l’Argument 3 : La prophétie est un don gratuit de Dieu, qui ne dépend d’aucune disposition naturelle comme cause ; toutefois, une indisposition naturelle (tempérament), morale (vices) ou actuelle (passion de colère ou de concupiscence) peut en empêcher l’exercice
- Aucune disposition naturelle n’est requise comme cause nécessaire ou principale
- L’opinion des philosophes sur la cause de la prophétie
- Arguments en faveur d’une cause naturelle
- Partie 3 : La diversité des prophéties
- Introduction
On appelle prophétie, au sens large, toute connaissance des choses cachées ou futures. Si la véritable prophétie ne vient que de Dieu, une telle connaissance peut être favorisée par d’autres causes, voire en procéder : choses naturelles, songes ou démons.
- Les prophéties qui se produisent à l’aide de choses naturelles
- Introduction
L’âme humaine se situe entre le monde supérieur (lumière divine) et le monde inférieur (sensible) ; tout ce qui la détache du sensible l’élève et la dispose aux illuminations.
Exemples de choses ou causes naturelles favorisant ce détachement :
Cause intrinsèque :
- Tempérament, surtout mélancolique : disposition naturelle détachant partiellement l’âme du sensible
Causes extrinsèques :
- Procédés induisant un sommeil profond (fumigations, etc.) : libération partielle de l’âme
- Moyens bienveillants (musique, harmonie) : ordonnent l’âme et la disposent aux illuminations
- Substances horrifiantes (cœur de huppe, fiente de corbeau, etc.) : provoquent une rupture avec le corps et une forme d’extase
- Substances naturelles troublant les sens (vapeurs, vents, corruptions de l’air comme la peste) : engendrent des visions (Sibylles) ou une fureur prophétique (prêtres de Delphes)
- Note : Les esprits malins se mêlent parfois à ces causes naturelles
- Introduction
- Les prophéties qui se produisent sous le voile des songes
- Introduction
Trois points sont à considérer : la nature et les causes du songe ; la diversité des songes ; enfin, la question de savoir si la divination par les songes est illicite.
- Nature et causes du songe
- Nature du songe : fantasme résultant du mouvement de simulacres persistant dans l’imagination, amenant l’âme à confondre ces représentations intérieures avec la réalité
- Causes du songe : intrinsèques (le songe naît du sujet lui-même) ou extrinsèques (provoqué par une vertu extérieure)
- Causes intrinsèques matérielles (corps) : influence des humeurs, des maladies, de l’âge, de l’alimentation, de l’exercice
- Causes intrinsèques spirituelles (âme) : tempérament, influence des astres à la naissance (astrologie), mœurs (chasteté), préoccupations (soucis)
- Causes extrinsèques matérielles (environnement) : influence de l’air, du climat, surtout des astres ; (ex : prévisions naturelles chez les animaux)
- Causes extrinsèques spirituelles (bons esprits) : pour les songes prophétiques (Dieu et anges)
- Causes extrinsèques spirituelles (mauvais esprits) : pour les songes trompeurs (démons)
- La diversité des songes
- Les sept degrés de clarté : l’intensité de l’action des causes et la réceptivité du rêveur produisent sept niveaux de visions
- Absence de vision (impulsion à agir, mais sans signe intelligible ; généralement en éveil)
- Vision contraire (ex. rêver d’un mariage pour signifier des funérailles à venir)
- Vision métaphorique (le plus commun ; l’événement futur est vu à travers une image possédant des propriétés similaires)
- Vision directe (l’événement futur est vu sous sa forme propre)
- Vision métaphorique par un tiers (une personne présente l’événement futur par métaphore ou énigme)
- Vision directe par un tiers (une personne présente l’événement futur sous sa forme propre)
- Vision intellectuelle pure (le plus haut degré : vérité des événements futurs sans passer par des images)
- Cause des degrés selon le rêveur : les sept degrés dépendent des dispositions du corps et de l’âme
- Cause des plus hauts degrés selon l’influence des astres (leur position) : facteur d’intensification universel, clarifiant la vision et produisant simultanément des signes extérieurs dans la nature (prodiges) ; exemples : l’aigle d’Alexandre, les fourmis de Midas, les abeilles de Platon
- Interprétation des songes : concerne les visions métaphoriques (degrés 2, 3 et 5) ; exemples : Socrate rêve d’un cygne qui annonce la sagesse de Platon ; la mère de Néron rêve d’un dragon qui préfigure sa propre mort
- Les sept degrés de clarté : l’intensité de l’action des causes et la réceptivité du rêveur produisent sept niveaux de visions
- La divination par les songes est-elle illicite ?
- Arguments en faveur de la licéité : les songes peuvent être un moyen par lequel Dieu instruit les hommes (Job, exemple de saints)
- Pourtant : L’Écriture semble l’interdire (Lévitique XIX, Deutéronome XVIII), en raison des dangers de superstition, d’illusion et d’influence démoniaque
- Réponses
Conclusions :
- La divination par les songes est licite dans certains cas (cause naturelle ou inspiration divine)
- Elle ne doit pas être attendue de tous les songes (signes, causes, songes accidentels)
- Elle est parfois très périlleuse (tromperies des démons, équivocité des signes, caractère non nécessaire de l’événement : sous réserve d’un obstacle)
- Conclusion : Prudence nécessaire dans l’interprétation des songes ; licite seulement si le songe a une cause naturelle ou divine
- Introduction
- Les prophéties qui se produisent par le ministère des démons
Trois questions :
- Question 1 : Les démons connaissent-ils l’avenir ou les secrets ?
- Arguments en faveur de la négative
- La corruption de leur volonté tournée vers le mal entraînerait un obscurcissement de leur intellect, les inclinant vers le faux
- La prescience appartient à Dieu seul ; les démons, exclus de la lumière divine, ne peuvent saisir les formes des événements futurs
- La connaissance expérimentale suppose les sens et une mémoire corporelle, dont les démons sont dépourvus
- Pourtant : Augustin et Denys affirment que les dons naturels des démons demeurent intacts ; l’étymologie du mot démon souligne leur supériorité intellectuelle sur l’homme
- Divisions du problème
Trois difficultés :
- Difficulté 1 : Les démons surpassent-ils les hommes en intellect ?
- Position commune : Les démons ont par nature une intelligence supérieure à celle de l’homme, car leur essence intellectuelle, plus parfaite, n’a pas été détruite par le péché
- Objection (Guillaume de Paris) leur colère infinie devrait les rendre infiniment sots
Arguments :
- Corruption de leur volonté : la corruption de la volonté et les passions (colère, amour, haine) altèrent le jugement de l’intellect
- Dépravation sensuelle : la bestialité attribuée aux démons (incubes et succubes) témoigne d’un abaissement proportionnel de leur intellect
- Preuve étymologique : les appellations de Faunes ou Satyres, ainsi que les récits de Porphyre (démons épouvantés par des menaces absurdes), suggèrent une certaine sottise
- Conclusion : la sottise est proportionnelle à la colère — or, la colère altère le jugement de l’homme ; celle incomparablement plus violente des démons devrait les rendre continuellement fous et sots
- Pourtant : Cette proportionnalité aboutirait à faire du prince des démons le plus sot et le moins puissant
- Propositions pour résoudre la Difficulté 1
- La dépravation de la volonté entraîne naturellement la détérioration de l’intellect qui lui est conjoint
- L’obscurcissement de l’intellect ne suit pas nécessairement toute corruption de la volonté, en raison de l’éloignement des facultés
- La corruption de la volonté supérieure obscurcit spécifiquement l’intelligence qui lui correspond
- La corruption de la volonté et l’obscurcissement de l’intellect ne sont pas proportionnellement égaux (exemple des bêtes et des furieux)
- Plus la volonté est corrompue à l’égard d’une chose, plus l’intelligence en est obscurcie pour cette chose — à l’exception de l’ingéniosité dans le mal
- Chez les démons, l’obscurcissement de l’intelligence n’est pas proportionnel à la dépravation de la volonté, sauf spirituellement — le prince des démons est le plus obscur quant à Dieu
- Éclaircissement de la Proposition 6 : la sagesse naturelle des démons a dû être préservée par providence divine pour trois raisons : l’aggravation de leur peine, l’utilité des élus, et la confusion faite aux démons eux-mêmes
- Conclusion : la perversité totale de la volonté n’entraîne pas une sottise totale de l’intelligence — leur sagesse naturelle subsiste et s’aiguise dans le mal — leur connaissance de Dieu demeure réelle mais douloureuse — leur volonté est néanmoins totalement asservie au mal — ce délire n’éteint pas leur lucidité cognitive
- Difficulté 2 : Les démons peuvent-ils connaître naturellement les futurs ?
- Arguments en faveur de la négative (Écritures : privilège de Dieu)
- Pourtant : La connaissance angélique surpassant l’humaine, les démons peuvent connaître au moins partiellement les futurs par leurs effets
- Distinctions préliminaires
- Trois sens de savoir : opinion forte sans erreur / compréhension par raison certaine / connaissance par la cause
- Des deux principes actifs (nature et volonté) découlent trois modes d’advenir des futurs : par cause naturelle / par cause libre / par les deux mêlées
- Deux types de futurs selon leur cause : inévitable (connaissance absolue) ou pouvant être entravée (connaissance seulement conditionnelle)
- Propositions pour résoudre la Difficulté 2
- Les anges connaissent naturellement les futurs causés par la nature et advenant le plus souvent (comme l’astrologue ou le médecin)
- Les anges connaissent conditionnellement les futurs naturels fréquents, sous réserve d’absence d’obstacle libre
- Les anges connaissent naturellement par longue expérience les futurs naturels rares et monstrueux
- Les futurs mêlant cause naturelle et libre arbitre peuvent être connus par longue expérience — surtout chez les mauvais anges dont la connaissance est partiellement obscurcie
- Aucun ange ne peut connaître un futur au sens de connaître sa cause de façon absolument certaine
- Ce qui dépend du seul libre arbitre ne peut être naturellement connu d’aucune intelligence créée étrangère à ce libre arbitre
- Distinction : Deux degrés de dépendance au libre arbitre : primaire et immédiate (actes impliquant la volonté seule) ; secondaire et médiate (actes où la volonté recourt à d’autres facultés : corps, intelligence, imagination)
- Les actes purement intérieurs de la volonté, sans effet naturel, sont inconnaissables par toute autre intelligence créée
- Certains actes commandés, procédant du libre arbitre sans cause naturelle, sont également inconnaissables naturellement
- Les actes du libre arbitre liés à un effet naturel peuvent être connus par l’intelligence angélique à travers cet effet
- Les actes commandés par la volonté mais dépendant immédiatement de causes naturelles (parole, marche, sensations) sont connaissables naturellement par l’ange
- Conclusion : Les démons connaissent naturellement les futurs par cause naturelle — mais pour les futurs dépendant du libre arbitre, que Dieu seul connaît par soi, ils n’y accèdent que partiellement, par des indices a posteriori : signes corporels ou spirituels, expérience accumulée
- Difficulté 3 : Par quels moyens les démons connaissent-ils l’avenir et les secrets ?
- Examen et réfutation de trois modes de connaissance angélique (connaissance des singuliers matériels : choses sensibles et particulières)
- Les anges connaissent tout par leur seule nature — Rejet : cela rendrait la connaissance angélique immuable et toujours actuelle
- Les anges reçoivent directement les représentations (espèces) des singuliers — Rejet : un corps ne peut agir sur un esprit (Augustin)
- Les anges sont créés avec toutes les représentations (théorie des
espèces concréées
de Thomas d’Aquin) — Rejet : elles seraient soit infinies (impossible), soit finies (insuffisantes pour les choses nouvelles) ; les anges ne pourraient pas progresser ni distinguer si une chose possible existe réellement
- Conséquences : Les démons ont une connaissance réelle des choses sensibles et singulières, par eux-mêmes, et non innée
- Examen des opinions sur cette connaissance acquise
- Les anges connaissent les singuliers par leur seule nature (tel un miroir) — Rejet (cf. rejet des trois modes)
- Les anges possèdent les représentations de tous les singuliers — Rejet : cela exigerait un nombre infini de représentations
- Les anges possèdent des
habitus
(dispositions intellectuelles permanentes et innées) permettant de connaître les singuliers - La connaissance du singulier résulte de la rencontre entre l’habitus (inné) et le reflet de la chose (reçu)
- Développement de l’Opinion 3 (théorie des
habitus concréés
) : six conclusions - Développement de l’Opinion 4 (théorie de la réception des reflets) : trois arguments
- Notre âme est mue via le monde sensible — preuve qu’un esprit pur peut être touché par la matière
- Les passions des démons (colère, plaisir) prouvent qu’ils reçoivent une influence réelle des objets sensibles ; analogie avec l’âme humaine (la femme qui pressent l’arrivée de l’homme aimé)
- Leur pouvoir d’action sur les corps (Satyres, Faunes) — qui peut agir peut aussi recevoir
- Conclusion : Les théories des
habitus concréés
et de la réception des reflets expliquent leur connaissance du présent sensible, condition indispensable à leur prévision de l’avenir
- Réponses aux arguments de la question 1 (Les démons connaissent-ils l’avenir ou les secrets ?)
- Réponse à l’Argument 1 : Le péché a corrompu la volonté des démons (ordre du bien), mais non leur intellect (ordre du vrai) ; les passions qui leur sont attribuées doivent être comprises de manière métaphorique
- Réponse à l’Argument 2 : Les démons ne connaissent pas l’avenir en lui-même (privilège de Dieu), mais le prévoient par les causes naturelles, l’expérience ou la révélation (de Dieu ou des anges supérieurs) — cf. les 3 modes de la Difficulté 2
- Les quatre modes de révélation : soit en produisant la lumière (illumination propre à Dieu seul), soit en présentant un objet intelligible, en supprimant un obstacle, ou en disposant l’intellect à connaître (illumination propre aux anges)
- Les trois actes de la parole angélique : intellection, réflexion sur cette intellection, et volonté de la manifester
- Réponse à l’Argument 3 : Leur connaissance s’accroît avec le temps ; sans devenir plus intelligents, leur prévision s’affine par l’accumulation d’expériences et l’observation répétée de cas semblables
- Examen et réfutation de trois modes de connaissance angélique (connaissance des singuliers matériels : choses sensibles et particulières)
- Difficulté 1 : Les démons surpassent-ils les hommes en intellect ?
- Arguments en faveur de la négative
- Question 2 : Les démons ou leurs prophètes annoncent-ils parfois des vérités ?
- Arguments en faveur de la négative :
- Origine de la prophétie : toute vérité vient du Saint-Esprit
- Nature de la prophétie : la prophétie est une inspiration divine
- But de la prophétie : la prophétie sert à prouver la foi, or les démons cherchent à la détruire
- Pourtant : Écritures (ex. le devin Balaam, qui opérait par le ministère du démon, a annoncé des vérités)
- Solutions : Les démons disent parfois la vérité
Pour quatre raisons :
- Par orgueil et ostentation : ils étalent leur science pour se faire admirer et adorer comme des dieux
- Par stratégie : ils disent le vrai pour rendre leur mensonge ultérieur crédible ; une doctrine, si fausse soit-elle, mêle toujours quelques vérités à ses erreurs (Bède)
- Par instrumentalisation : ils énoncent des vérités de façon équivoque afin d’induire en erreur (ex. l’oracle delphique a détourné une vérité des Écritures :
Connais-toi toi-même
; le pape Gerbert, Sylvestre II, fut trompé et périt misérablement) - Par contrainte divine : ils peuvent être forcés, malgré eux, d’énoncer des vérités salutaires (ex. sainte Brigitte, démons confessant le Christ, Balaam bénissant malgré lui)
- Réponses aux arguments
- Réponse à l’Argument 1 : Dieu peut se servir des démons et de leurs prophètes comme instruments pour énoncer une vérité
- Réponse à l’Argument 2 : La définition stricte de la prophétie n’exclut pas qu’une fausse prophétie porte sur le vrai
- Réponse à l’Argument 3 : Tandis que l’Esprit Saint ne dit jamais le faux, l’esprit malin mêle le vrai et le faux
- Conclusion intermédiaire : On ne peut distinguer la vraie et la fausse prophétie ni par la vérité ou la fausseté du contenu, ni par la bonté ou la malice des mœurs du prophète.
- Conclusions sur l’art de distinguer les vrais des faux prophètes
- Impossibilité d’une certitude absolue : les quatre critères de distinction ne permettent pas une identification certaine des faux prophètes (cause efficiente, cause finale, cause formelle, cause matérielle)
- Possibilité d’une connaissance probable : les mêmes quatre critères permettent une distinction vraisemblable et une conjecture raisonnable
- Utilité spirituelle de cette incertitude : Dieu laisse les hommes dans cette recherche ardue pour exercer leur vigilance et accroître le mérite de leur foi
- Notes
- Sur Hermès Trismégiste : Augustin ne l’a pas condamné seulement parce qu’il était idolâtre, mais aussi parce qu’il mêlait vrai et faux
- Sur les Sibylles : Celle de Cumes, qui prophétisa sur le Christ, n’était pas idolâtre, contrairement aux autres Sibylles (ex. la Phrygienne dans l’Énéide)
- Question 3 : Toute prophétie ou divination démoniaque est-elle illicite ?
- Arguments en faveur de la licéité
- La connaissance est un bien (Augustin, Aristote) ; l’homme est naturellement enclin à connaître l’avenir
- Des figures saintes ont interrogé ou répondu à des êtres surnaturels (le Christ interrogeant le démon, Samuel apparaissant à Saül)
- La divination par les astres paraît légitime comme prédiction par les causes naturelles (à l’instar des médecins) et elle fut pratiquée par des autorités bibliques (Moïse, Abraham)
- Pourtant : Le Deutéronome interdit formellement toute consultation de devins, et ces pratiques sont sévèrement punies dans la loi nouvelle
- Réponse en trois points ( définition de la divination ; réponse à la question principale ; licéité de la divination par les astres)
- Définition de la divination
- Définition : prédiction usurpée de futurs relevant de la seule prescience divine, distincte de la prédiction naturelle et de la prophétie reçue de Dieu
- Les trois formes de divination :
- Invocation expresse : Prestige, divination par les songes, nécromancie, pythons, géomancie, hydromancie, aéromancie, pyromancie, aruspicine
- Observation sans invocation : Astrologie judiciaire, augures et auspices, présages/omens, chiromancie, spatulimancie
- Acte humain divinatoire / tirage au sort : Tracé de points, plomb fondu dans l’eau, billets tirés au sort, dés, ouverture aléatoire d’un livre
- Synthèse : Trois grands genres : invocation expresse (nécromanciens), observation passive de signes (augures), actes accomplis pour révéler un secret (tirages au sort)
- Origine historique : introduction par les Perses selon certains, par la discipline étrusque selon Valère Maxime ; Varron distingue quatre genres selon les éléments
- Réponse à la question principale
- Distinction : La divination se fait par deux types d’alliance avec les démons : expresse (invocation du démon) ou tacite (augure, tirage au sort, art notoire…)
- Alliance expresse avec les démons : leur invocation est toujours illicite
Pour quatre raisons :
- Elle suppose un pacte explicite avec le démon, contraire à la foi (une alliance avec la mort selon Isaïe)
- Le démon, même quand il dit vrai, vise la perdition des hommes ; le Christ lui-même a fait taire le démon qui disait vrai, afin de ne pas accréditer sa parole
- C’est une superstition, c’est-à-dire un culte indu, opposée à la vraie religion qui est le culte dû à Dieu
- Ce qui dépasse la nature ne doit être attendu que de Dieu seul ; implorer les démons pour des futurs contingents constitue une apostasie de la foi
- Objection à la Raison 4 (Paul a livré un pécheur à Satan sans pécher) — Réfutation : Paul a agi par autorité divine sur les démons, non par pacte avec eux
- Réfutation des arguments initiaux en faveur de la divination
- Réfutation de l’Argument 1 : Les arts divinatoires ne sont pas de vraies sciences ; le désir de connaître l’avenir de manière indue relève de l’avidité humaine ; ces arts sont condamnés par les Écritures, les philosophes et les lois civiles
- Réfutation de l’Argument 2 : Interroger un démon qui se présente de lui-même est distinct de l’invoquer pour obtenir des secrets (le Christ n’a fait que le premier)
- Réfutation de l’Argument 3 : Renvoyée aux objections aux corollaires
- Alliance tacite avec les démons
- Distinction préalable : Les futurs peuvent être connus en eux-mêmes (réservé à Dieu) ou dans leurs causes : futurs nécessaires (certitude), fréquents (conjecture), contingents (inconnaissables par l’homme)
- Règle générale : Toute préconnaissance humaine du futur sans révélation divine ni raison naturelle est une divination illicite
- Corollaires de la règle générale
Illicéité :
- Augures (illustrée par Romulus tuant Rémus pour un augure)
- Présages (idem)
- Art notoire : il prétend acquérir la science par une voie frauduleuse en se réclamant faussement de Salomon
- Vaines observations pour modifier les corps (talismans, herbes selon des rites, paroles saintes portées au cou)
- Divination par les tirages au sort : condamnés par les Pères sous peine d’anathème
- Divination par les songes : proscrite par le Deutéronome
- Objections aux corollaires
- Augures : Instinct naturel des oiseaux ; Joseph et les augures
- Art notoire : Ses actes (jeûnes, prières) et sa fin (science) sont licites ; Daniel reçut la science après des abstinences
- Tirages au sort : Des saints y ont recouru (Josué, Saül, Jonas, les Apôtres) ; les ordalies et duels judiciaires en relèvent aussi
Réponse aux objections :
- Augures : l’instinct des oiseaux est licite pour les phénomènes naturels les concernant ; Joseph parlait par plaisanterie
- Art notoire : il est illicite non à cause de ses actes extérieurs (jeûnes, prières), mais parce qu’il invoque tacitement des puissances démoniaques sous couvert de piété ; Daniel obéissait à la Loi divine, non à cet art
- Tirage au sort : ils se divisent en trois genres (divisoires, consultatifs, divinatoires) ; ils sont licites en cas de nécessité grave, avec révérence et sans tentation de Dieu ; en revanche, les ordalies et les duels judiciaires sont illicites car ils attendent un miracle non sanctionné par l’autorité divine
- Alliance expresse avec les démons : leur invocation est toujours illicite
- Distinction : La divination se fait par deux types d’alliance avec les démons : expresse (invocation du démon) ou tacite (augure, tirage au sort, art notoire…)
- Licéité de la divination par les astres (astrologie)
- Arguments en faveur
- L’astronomie est un art libéral pratiqué par des rois (Ptolémée) et des saints (Salomon, Job, Moïse, Abraham) ; sa noblesse et son utilité sont attestées par Hugues et Isidore
- L’expérience confirme que l’examen des astres permet de prévoir certains futurs
- Pourtant : Augustin condamne les astrologues ; leurs vérités viendraient de l’instinct d’esprits mauvais, non d’un art véritable
- Solution
Trois précisions :
- Vertu et efficacité des astres
Quatre opinions (Augustin) :
- Les astres décident sans Dieu de nos actes et fortunes — Rejetée : elle supprime tout culte et toute prière à Dieu
- Les astres ont reçu de Dieu le pouvoir de décréter nos destins selon leur propre volonté — Rejetée : elle fait du ciel un sénat décidant des crimes humains et supprime le jugement divin
- Les astres accomplissent les ordres de Dieu en imposant une nécessité à nos actes — Nuancée : influence contraignante (fausse) mais influence disposante et inclinante (probable)
- Les astres signifient les futurs sans les causer — Insuffisante : on ne peut en tirer les futurs contingents que comme effets de causes, non comme simples signes
- Le rapport des astres à la préconnaissance des futurs
Quatre arguments (saint Thomas) :
- Les futurs nécessaires (éclipses, conjonctions) peuvent être connus avec certitude par les astres, qui en sont la cause naturelle
- Les futurs contingents échappent à la causalité céleste (on ne peut connaître par les astres que ce dont ils sont la cause)
- Deux types de futurs échappent entièrement à la causalité céleste : les effets accidentels/fortuits et les actes du libre arbitre
- Les astres peuvent néanmoins incliner aux actes libres par disposition indirecte, via les complexions et passions sensitives ; le sage peut y résister (Ptolémée)
- Conclusion : La divination par les astres est illicite pour les futurs contingents et les actes libres, mais licite pour les futurs relevant de la causalité naturelle des astres
- Ce qui relève du licite ou de l’illicite dépend de la finalité
Trois finalités :
- Connaissance des choses célestes (licite) : astronomie des mouvements, éclipses, conjonctions et effets naturels sur les corps sublunaires
- Élévation vers la connaissance des choses divines (licite) : la contemplation du ciel élève l’esprit vers Dieu
- Application aux jugements des futurs contingents, astrologie judiciaire (illicite) : fausse, superstitieuse et impossible
Preuves :
- Par l’autorité : les Écritures tournent en dérision ceux qui se confient aux astrologues (Isaïe XIX et XLVII ; Actes I, 7) ; Hugues distingue astrologie naturelle (licite) et superstitieuse (illicite)
- Par l’expérience : règles arbitraires et fictives, astrologues se contredisant entre eux, incapables de prédire même des phénomènes météorologiques simples
- Par la raison : développement d’Augustin sur les jumeaux (La Cité de Dieu V)
- Argument principal : Deux jumeaux conçus sous la même constellation ont des destinées radicalement différentes
- Examen et réfutation des objections d’Hippocrate, de Posidonius, de Quintilien, des mathématiciens, etc. ; rejet des horoscopes
- Conclusion : Quand les astrologues disent vrai, c’est par l’instinct de mauvais esprits, non par la vertu d’un art véritable
- Vertu et efficacité des astres
- Conclusion : L’étude des astres est noble et licite pourvu qu’elle se borne aux phénomènes célestes et à leurs effets naturels ; elle devient illicite et impie lorsqu’elle prétend prédire les futurs contingents (Jean de Salisbury)
- Arguments en faveur
- Définition de la divination
- Arguments en faveur de la licéité
- Arguments en faveur de la négative :
- Question 1 : Les démons connaissent-ils l’avenir ou les secrets ?
- Introduction
- Division de l’article