P. Doncœur  : Autres écrits sur Jeanne d’Arc (2026)

Textes : Revue de presse

Revue de presse

La Croix d’Auvergne
15 février 1925

Réunion de l’Union catholique à Clermont-Ferrand. Doncœur évoque Jeanne.

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[…] Et quelle salle ! Allez dire que les Auvergnats sont froids. Ah ! bien oui, ils sont chauds comme des laves au sortir du volcan. Mgr l’Évêque monte sur l’estrade avec Me Jacquier et le P. Doncœur. On applaudit. Mgr l’Évêque présente les orateurs. Il n’a qu’à nommer le P. Doncœur pour provoquer une ovation formidable, et le vieux et toujours jeune lutteur qu’est Me Jacquier, pour en provoquer une autre pareille. Mgr l’Évêque est donc, très bref, et le P. Doncœur se rend à la tribune des orateurs. […]

Le P. Doncœur évoque le souvenir de Jeanne d’Arc. Il rappelle la gracieuse légende qui prétend que lorsque ses cendres furent jetées à la Seine, un coup de vent venu du large les dispersa sur le sol de France, qu’elles ont ensemencé de ces belles énergies qui ont fait de la France la nation incomparable. […]

Le Petit Parisien
11 mai 1925

Doncœur prend la parole lors de la fête nationale de Jeanne d’Arc. Cf. Avenir.

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La fête nationale de Jeanne d’Arc a été célébrée dans le calme

La fête de Jeanne d’Arc a été célébrée en France avec éclat. À Paris, elle a revêtu un caractère particulièrement grandiose. Durant la journée, une foule nombreuse n’a cessé de défiler devant les statues de l’héroïne, décorées et fleuries.

[…]

Les cérémonies religieuses

Dans la crypte de Saint-Augustin, au début de la matinée, sept cents étudiantes et étudiants, répondant à l’appel de la Fédération des étudiants catholiques, assistèrent à une messe dite spécialement pour eux en l’honneur de Jeanne d’Arc. Le Père Doncœur prononça une chaleureuse allocution.

L’Avenir
11 mai 1925

[…] Comme les années précédentes, la Fédération nationale des étudiants catholiques a fait célébrer, à 8 h. 30, dans la crypte de l’église Saint-Augustin, une messe en l’honneur de Jeanne d’Arc. L’assistance y était très nombreuse. Le P. Doncœur a prononcé une allocution.

La Croix
27 mars 1928

Aux journées pour les libertés catholiques, le 25 mars à Verdun, Doncœur supplie Jeanne d’Arc de prendre la France sous sa protection et de sauver, une seconde fois, notre pays.

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Magnifiques journées pour les libertés catholiques

Et c’est à Verdun que le grand mutilé, M. Xavier Vallat, et son camarade, le P. Doncœur, ont tenu à terminer leur gigantesque croisade, tout près de Douaumont. Aux morts de France, à tous les morts de France, ils ont voulu offrir leurs derniers efforts. […]

Xavier Vallat (grand mutilé de guerre) et le R. P. Doncœur, s'adressant à l'Union catholique et à la Ligue patriotique des Françaises, aux abords du marché couvert de Verdun, le 25 mars 1928. (Photo Martin Colardelle.)
Xavier Vallat, grand mutilé de guerre, et le R. P. Doncœur (à gauche), s’adressent aux 10.300 hommes de l’Union catholique du diocèse et 480 dames de la Ligue patriotique des Françaises, aux abords du marché couvert de Verdun, le 25 mars 1928. (Photo Martin Colardelle.)

D’immenses acclamations prouvent à M. Xavier Vallat qu’il a été compris. Le P. Doncœur succède à M. Vallat. Il parle de son enfance à Verdun, de ses études, de son instruction chez les chers Frères. Il dit avec simplicité tous les liens qui l’attachent à Verdun. Lui aussi a voulu terminer sa campagne de défense religieuse sur la terre encore bouleversée de Verdun.

Avec sentiment, parfois émouvant, très émouvant même, il parle des Congrégations, du R. P. de Foucauld et de tant de saints missionnaires inconnus qui font aimer la France… bien loin du pays natal, tandis qu’ils seraient traqués, proscrits chez eux. Dans un mouvement d’éloquence qui lui est familier, le P. Doncœur parle de la beauté de la vie religieuse. Il salue les religieuses, les chères petites Sœurs de la Charité. Il décrit, d’une façon splendide, les souffrances insoupçonnées qu’elles pansent et qu’elles guérissent. Enfin, dans une péroraison qui suscite une ovation indescriptible, le P. Doncœur supplie Jeanne d’Arc de prendre la France sous sa protection et de sauver, une seconde fois, notre pays. De toutes parts, les applaudissements crépitent et se prolongent un bon moment.

Le Phare de la Loire
19 novembre 1928

Annonce d’une conférence du père Doncœur à Nantes le 15 janvier 1429, pour le cinquième centenaire de Jeanne d’Arc.

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Les conférences littéraires du Chapeau-Rouge

On nous prie de rappeler le programme, pour l’hiver 1928-1929, des conférences littéraires du Chapeau-Rouge, qui auront lieu aux dates suivantes, sous les auspices de l’Association nantaise pour le développement des œuvres sociales féminines :

[…]

15 janvier : R. P. Doncœur : Le Centenaire de Jeanne d’Arc.

Le Phare de la Loire
13 janvier 1929

Nouvelle annonce de la conférence du père Doncœur à Nantes le 15 janvier, pour le centenaire de Jeanne d’Arc.

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Le P. Doncœur au Chapeau-Rouge.

Il n’est pas besoin de présenter aux Nantais le R. P. Doncœur, dont la parole chaude et vibrante s’est déjà fait entendre dans la France entière, soulevant l’enthousiasme des foules.

Mardi 15 janvier, à 20 h. 30, Salle du Chapeau-Rouge, le R. P. Doncœur parlera de Jeanne d’Arc.

En cette année du 5e centenaire de la mort de notre sainte héroïne nationale, il est particulièrement intéressant pour des Français d’entendre évoquer cette belle figure par un homme qui, au cours de la grande guerre, s’est distingué par sa bravoure et a donné tant de preuves de son ardent patriotisme.

Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire
28 janvier 1929

Annonce d’une conférence à Saint-Étienne le 31 janvier.

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Le Père Doncœur à Saint-Étienne. — Jeudi prochain, 31 janvier, à 20 heures 15, dans la salle de la Mutuelle Professionnelle, 27, rue Élisée-Reclus, le Père Doncœur parlera sur Jeanne d’Arc.

Les abonnés des Études qui désirent assister à cette conférence voudront bien retirer leur carte d’entrée (valable pour ceux personnes), dans la journée de mardi 29 janvier, 2, rue du Palais-de-Justice ; elle leur sera remise sur présentation de leur lettre d’invitation.

Le Figaro
22 février 1929

Article de l’académicien Georges Goyau sur les célébrations du 5e centenaire de la brève et tragique épopée de Jeanne. Il évoque successivement la Chevauchée de Jeanne d’Arc du père Doncœur, la Sainte Jeanne d’Arc de Marie Gasquet, et les bornes de pierre érigées le long des étapes de son parcours.

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La Chevauchée de Jeanne d’Arc

L’étape suprême de sa destinée, Jeanne d’Arc l’atteignait, en 1920, lorsque Benoît XV la faisait monter sur les autels. Ce jour-là, sa mission était achevée ; le salut de la France, cause finale de cette mission, apparaissait, dans le recul des temps, à la lumière de son auréole, comme une condition de vie pour la chrétienté du quinzième siècle. Au delà des flammes de Rouen, allumées sur ordre de Bedford, le verdict définitif de Rome rejoignait le jugement initial de ces théologiens de Poitiers qui, tout au début de la carrière de Jeanne, avaient reconnu l’authenticité de ses voix et l’avaient mise en selle vers Orléans.

Deux ans durant, le cinquième centenaire de la brève et tragique épopée va peupler nos souvenirs. Méthodiquement, j’allais dire liturgiquement, nos imaginations, nos ferveurs, remontent vers ces étapes primordiales qui, là-bas, aux confins de Lorraine, séparèrent Jeanne de sa famille pour la rapprocher, peu à peu, du cœur même de la France ; puis elles veulent s’attarder, selon le rythme même que leur impose la marche de l’histoire, aux divers points de la route, glorieusement douloureuse, où Jeanne chemina.

En cet entraînant carnet de route qu’il intitule : La Chevauchée de Jeanne d’Arc, le P. Doncœur présente à la jeunesse de France ces jeunes d’autrefois dont elle aimait à s’entourer : Louis de Coutes, le petit page de quatorze ans ; André de Laval, chevalier depuis sa treizième année ; et les jouvenceaux de vingt ans, Guy de Laval, le duc René. Il veut rendre à nos jeunes quelque chose de la joie dont vibrait, aux côtés de Jeanne, cette printanière escorte. Avant que ne reviennent les dates d’iniquité, celle de la trahison, celle de la comédie judiciaire, celle du bûcher, les mois d’été de 1929, à Orléans, à Reims, doivent être des mois d’allégresse, d’une allégresse qui, planant au-dessus de nos tristesses, de nos anxiétés, de nos malaises, soit comme le reflet, imperturbablement lumineux, de celle dont s’exaltèrent les âmes, en ces mois d’été de 1429, où le ciel parut se rapprocher de la terre, pour le salut de la France et pour le redressement de l’histoire.

En avant donc, avec Jeanne, de relai en relai ! On va la fêter à Vaucouleurs, le samedi 23 février. Là commencera ce jalonnement qui doit marquer, par des bornes et des pierres commémoratives, le chemin suivi par Jeanne, sous l’impulsion de ses frères du paradis, qui lui disaient ce qu’elle avait à faite. Ce jour-là, à Vaucouleurs, l’Association nationale pour la commémoration du cinquième centenaire, qui s’est formée sous la présidence de Mme la générale Weygand, accomplira son premier acte : une pierre sera posée sur cette Porte de France, par laquelle s’ébranlait le petit cortège libérateur. Un grand miracle s’annonçait, au secours d’une grande pitié ; ce qu’était cette pitié, et ce que fut ce miracle, Mme Marie Gasquet vient de nous le redire, en son livre : Jeanne d’Arc, qui nous maintient toujours sur la terre ferme de l’histoire, et qui, devant nos regards, ouvre des avenues par lesquelles le surnaturel vient vers nous.

Le lendemain 24 février, c’est à Saint-Urbain, près Joinville-sur-Marne, que sera posée la seconde pierre. Entre les deux haltes, il y a ce château d’Échenay, dont l’altière silhouette n’est point dépaysée dans cette atmosphère d’héroïsme, puisque de là sortit, quatre siècles après Jeanne d’Arc, ce général de Pimodan, qui sera le suprême représentant de l’esprit de croisade, sur le champ de bataille de Castelfidardo. La journée de Vaucouleurs, la journée de Saint-Urbain, les sentiments qu’elles inspireront l’une et l’autre, ont d’avance trouvé leur commentaire dans ces vers de l’historien Gabriel de Pimodan :

Chacun peut trouver son pays plus beau,

Mais la France étant au bord du tombeau,

C’est là que jadis grandit la Pucelle.

Là, nous ne dormons jamais qu’à demi,

Et les jeunes cœurs ont une étincelle

Quand nous entendons marcher l’ennemi.

C’est le trait distinctif de cette promenade rétrospective à travers le merveilleux passé, qu’elle veut être plus et mieux qu’un moment fugitif de notre esprit de fidélité ; elle tient à laisser des traces ; elle aspire, après cinq siècles, à marquer d’une empreinte durable, d’une empreinte qu’elle voudrait éternelle si l’homme avait le droit de prétendre travailler pour l’éternité, les endroits où Jeanne posa ses pas. Ce qu’on veut, c’est que, de bourgade en bourgade, les souvenirs laissés par Jeanne soient fixés et dûment enracinés par des pierres, dont chacune coûtera mille francs, et sur lesquelles des inscriptions préciseront là localité d’où venait Jeanne, la date de son passage, le fait saillant de son séjour.

Depuis les Marches de Lorraine, où fut reçue la délégation céleste, jusqu’au château de Chinon, où le Gentil Dauphin, par un signe mystérieux, connut la réalité de cette délégation ; depuis les points d’interrogation posés par les courtisans de Chinon jusqu’aux réponses autorisées des docteurs de Poitiers ; depuis la cité poitevine, où le mandat de Jeanne fut vérifié, jusqu’à Orléans, où il commença de s’accomplir ; depuis les bords de Loire, où le droit fut vainqueur, jusqu’à Reims, où la légitimité triompha, il y a lieu de reconstituer, en tous lieux où notoirement Jeanne s’arrêta, son sillage de gloire.

Songeons que notre histoire est fille de la Geste de Jeanne, que cette histoire serait tout autre qu’elle n’est si Jeanne n’eût point vécu. Le passage de cette fille, qui s’en allait à sa tâche, avec les ordres de Dieu, avec les promesses de Dieu ; prêchait confiance et vaillance à tous les riverains de la route ; et dans cette prédication, déjà, s’ébauchait la victoire. Il convient, par des témoignages lapidaires, d’en ressusciter et d’en perpétuer les échos.

Nous n’avons pas besoin, nous Français, de demander à d’apocalyptiques visions d’avenir l’élan qui doit soutenir nos âmes ; cet élan, c’est le passé qui nous le donne, c’est l’histoire prodigieuse de Jeanne, génératrice de l’invincible espérance. Que de fois les orateurs qui se succédèrent dans la chaire d’Orléans comme panégyristes de la Pucelle prirent-ils comme texte de leur discours ces mots du Psalmiste : Dieu n’a pas fait de même pour toute nation ! S’il est vrai que la voix de Jeanne, plus claire et plus claironnante au bout de cinq siècles qu’au lendemain même de son martyre, nous rappelle, tout à la fois, les volontés prédestinantes du Roi du Ciel et nos devoirs envers ce Roi, premier servi, il faut que le retentissement de cette voix soit prolongé par l’éloquence des inscriptions, tout au long du trajet que suivit Jeanne, incarnation splendide de l’effort humain réalisant la grâce divine.

Georges Goyau,
de l’Académie française.

Repris dans le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 27 février 1929.

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La Croix
20 mars 1929

Conférence de Doncœur le lundi 18 mars devant les Noëlistes parisiens, un nouveau mouvement de jeunesse proche de l’Action catholique naissante.

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La Journée-Congrès des Noëlistes du diocèse de Paris

Les Noëlistes de Paris et du département de la Seine ont tenu lundi leur Journée Congrès annuelle. Mgr Mennechet, évêque de Soissons, en voulut bien présider les réunions qui furent à la fois très édifiantes, très touchantes et très instructives.

[…]

On comprend dans ces conditions que la hiérarchie et d’abord le Souverain Pontife et les archevêques et évêques, de France n’aient point ménagé leurs encouragements et leurs louanges au Noël et aux Noëlistes. Celles-ci s’efforceront de les mériter toujours davantage en servant toujours mieux le Christ et son Église.

Elles n’auraient pas manqué de prendre une telle résolution, les Noëlistes parisiennes qui ont entendu, hier, l’admirable conférence du R. P. Doncœur sur Jeanne d’Arc. Après leur avoir rappelé les responsabilités particulières que leur crée le fait de posséder au milieu d’elles une relique insigne de la Sainte, cette motte de terre parisienne où se sont mêlés son sang et ses larmes, après avoir évoqué en termes magnifiques la chevauchée et les hauts faits de la vierge lorraine, de Domrémy à Chinon, à Orléans, à Reims et à Paris, il leur laissa ce mot, qui inspira toute la vie, toutes les pensées de la libératrice : De l’audace ! De l’audace ! Il leur en faut d’autant plus, aux Noëlistes d’aujourd’hui, que la France ne traverse pas des heures moins sombres, tout au contraire, que les heures tragiques d’il y a cinq siècles. Elle s’est laissée aller à d’atroces reniements ; le vieux traité de son baptême a été dénoncé : elle court plus sûrement à la ruine qu’en 1429 si les filles de France, de tout leur cœur, de toute leur ardeur, de toute leur vie, avec une infrangible audace, ne se dévouent pas pour la sauver. […]

Études
20 mai 1929

Annonce publicitaire pour la seconde édition revue de la Chevauchée.

Source : Études (pères jésuites), avril-mai-juin 1929, 66e année, tome 199.

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Vient de paraître : La Chevauchée de Jeanne d’Arc, par le père Doncœur. 2e édition revue. 264 pages, 8 cartes, nombreux bois. 12 fr.

La Croix
21 avril 1931

Dans son article Pour rejeter la barbarie, le père dominicain Réginald Héret réfléchit aux conditions du salut de la civilisation, prenant appui sur l’exemple de Jeanne d’Arc tel que présenté dans le Mystère de la passion du père Doncœur, ainsi que sur la pensée de Jacques Maritain.

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[…]

C’est le moment de nous tourner, une fois de plus, vers notre merveilleuse Jeanne d’Arc, notre sainte libératrice, pour apprendre d’elle comment on sauve une civilisation. En ce mois de mai, qui va nous rappeler les sublimes souvenirs de son sacrifice, il y a cinq siècles, nous relirons le petit livre fervent que le P. Doncœur a consacré au Mystère de la Passion de Jeanne d’Arc. Il le dédié aux fils et aux filles de France qui auront vingt ans en 1931, pour qu’ils se souviennent que le salut de la France est venu d’un cœur de vingt ans résolu à tout souffrir pour accomplir la tâche que Dieu lui avait assignée.

Les plus de vingt ans feront bien de se souvenir aussi.

La droite raison, qui ne règne en notre vie qu’avec les dons surnaturels. Jeanne, envoyée de Dieu, savait bien qu’une civilisation chrétienne a des mesures plus hautes, un juste point plus parfait qu’une civilisation païenne. Elle voulait que son armée fût en état de grâce avant de livrer bataille, tous ses moyens étaient loyaux et purs ; par ses avertissements solennels, même à l’égard des ennemis, les droits de la charité étaient maintenus. Ne disons pas que nous n’avons pas besoin de recevoir d’elle pareilles leçons de sagesse :

Vouloir sauver les choses de l’esprit en commençant par aller chercher, pour le servir, les moyens les plus puissants de l’ordre de la matière, c’est une illusion qui n’est pas rare. Autant attacher des ailes de colombe à un marteau pilon. À la limite, c’est le grand minotaure lui-même, c’est l’équipage et la stratégie des grandes affaires financières qu’on chargerait de sauver les âmes on monterait des banques et des trusts mondiaux pour la réussite mondiale de l’Évangile avec parts de fondateur. — [Jacques Maritain, Religion et Culture, déc. 1930]

Certes, il en faut, de ces moyens matériels, comme il fallut à Jeanne son armée. Mais elle lui donna une âme.

La vraie vertu, qui ne mérite complètement son nom que si la charité la vivifie. — [Ibid.]

Nous ne manquerions pas, à la rigueur, de cœurs dévoués, mais qu’ils sont rares les cœurs parfaitement désintéressés et qu’anime une charité vraie !

Trahisons, silences complices, mensonges hautains, solitude, angoisse suprême ; puis enfin, à dix-neuf ans, pour être fidèle à la mission divine, son jeune corps consumé en cendres, et sur tout cela, en signe d’indéfectible amour, ses grands cris : Jésus !

Le moment est venu de nous rappeler cette Passion de la Sainte la plus grande après la Sainte Vierge, car les rédemptions ne se font pas au prix d’un moindre sacrifice ni d’un moindre amour.

Réginald Héret, O. P.

L’Action française
11 mai 1931

Pour la fête de Jeanne d’Arc célébrée en la cathédrale de Reims, le père Doncœur a prononcé son panégyrique.

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Reims. — À l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc, le général Lafont, commandant d’armes, a passé, a 10 heures, place du Cardinal-Luçon, en présence d’une foule nombreuse, devant la statue de Jeanne d’Arc, la revue des troupes. Après la revue, les sociétés patriotiques et tes membres des œuvres catholiques sont allés se masser devant le monument du Poilu, pour défiler devant la statue de Jeanne d’Arc, qui disparaissait sous les palmes, les fleurs et les couronnes.

À la cathédrale, des offices solennels ont été célébrés en l’honneur de la Sainte, en présence de Mgr Suhard, archevêque. Le père Doncœur a prononcé le panégyrique de Jeanne d’Arc.

L’Ouest-Éclair
11 mai 1931

Sommaire de l’hebdomadaire La Vie catholique, avec une contribution du père Doncœur.

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La Vie catholique, sommaire :

  • Le Ve centenaire de la mort de Sainte Jeanne d’Arc par S. Exc Mgr du Bois de la Villerabel ;
  • Un acte de réparation du peuple anglais. appel de S. Ém. le cardinal Bourne ;
  • Les prisons : Jeanne au Château de Bouvreuil et au donjon, par Mgr Prudent ;
  • Le procès, le tribunal, l’accusation, les irrégularités de la procédure, par Jacques Lafond ;
  • Un nouveau livre sur le procès de Jeanne d’Arc, par Félix Klein ;
  • Le martyre, les coupables de la mort de Jeanne, par le R. P. Doncœur ;
  • Victoires posthumes de Jeanne d’Arc par S. Exc. Mgr André de la Villerabel ;
  • Fêtes religieuses du Centenaire : Le Message de Jeanne d’Arc, par Paul Renaudin ;
  • La mort du Cardinal Pompili ;
  • La vie sociale à Rouen, au temps de Jeanne d’Arc, par Pierre Chirol ;
  • Le Saint-Siège, le Fascisme et l’Action Catholique ;
  • Le Centenaire de l’École Libre.

La Croix
21 mai 1931

Dans son discours à l’assemblée générale de la Fédération nationale catholique (Le Mans, 17 mai), Doncœur célèbre le centenaire de l’enseignement libre en rapprochant les figures de Montalembert et de Jeanne d’Arc.

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Les catholiques de la Sarthe au Mans

La section mancelle de la Fédération nationale catholique a tenu au Mans, dimanche 17 mai, son assemblée générale. Le mauvais temps ayant rendu impraticable le parc de l’Éventail, c’est dans les cours voisines, spacieuses et accueillantes, que près de 10.000 catholiques se sont réunis pour affirmer leur résolution de faire respecter leurs justes libertés.

[…]

Une leçon de confiance et d’intrépidité se dégage du discours du P. Doncœur. Il évoque le glorieux centenaire de l’ouverture, le 9 mai 1831, de la première école libre. Le geste de Lacordaire et de Montalembert fût surtout une protestation contre la mainmise tyrannique du monopole sur l’âme des enfants et l’atteinte qu’il portail à la plus précieuse des libertés ? C’est donc un concours enthousiaste mais pratique que doivent apporter à cette cause tous ceux qui ont le sens de la grandeur et le souci des intérêts supérieurs du pays. Nos écoles méritent que nous mettions tout en œuvre pour leur recruter des élèves et faire vivre les maîtres qui s’y dévouent.

Dans sa péroraison, le P. Doncœur rapproche de Montalembert, champion de l’enseignement libre, l’héroïne nationale, sainte Jeanne d’Arc, prompte aux entreprises les plus difficiles, à tous les sacrifices, pour rester fidèle à son devoir.

Enfin, Mgr Grente prononce une vibrante allocution, écoutée avec une vive et respectueuse attention. […]

Le Figaro
19 juin 1931

Participation du père Doncœur au camp des Guides de France au château d’Argeronne, en Normandie, la dernière semaine de mai.

Le 29 mai, ce fut, dans le silence des bois, la veillée de Jeanne d’Arc, où le P. Doncœur évoqua les dernières heures de l’héroïne. Les cent trente jeunes filles se pressaient, assises dans l’herbe, autour du Père, qui leur parlait à demi-voix de la grande leçon que la jeunesse de Jeanne était pour la jeunesse de France. Puis il récita la prière scout, et l’on se retira en silence…

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Voir aussi : Revue française, 21 juin

Les Guides de France au château d’Argeronne

Pendant la semaine de Jeanne d’Arc, les cheftaines des Guides de France — qui devaient participer aux fêtes de Rouen — ont tenu leur réunion annuelle au château d’Argeronne. Elles étaient là cent trente, campées sous des tentes éparpillées dans les prés fleuris et plantés de pommiers de ce beau domaine normand, tandis que le grand château Louis XIII logeait les chefs, les animatrices du mouvement, des dignitaires étrangères de marque, et quelques amis et conseillers du guidisme, parmi lesquels le P. Doncœur et le R. P. Quévet, des Frères Prêcheurs de Belgique.

[…]

Ces émotions, nous tous qui avons vécu cette semaine d’Argeronne, nous les revivrons longtemps à travers nos souvenirs. Ce fut, un soir, le feu de camp allumé sur la lande, qui deux heures durant éclaira les danses, les jeux et les chansons de nos vieilles provinces françaises : l’esprit, le bon sens, la gaieté de notre race venus jusqu’à nous du fond des âges, et qui s’exprimaient sous des formes et avec des accents divers.

Puis, le 29 mai, ce fut, dans le silence des bois, la veillée de Jeanne d’Arc, où le P. Doncœur évoqua les dernières heures de l’héroïne. Cette nuit était toute baignée d’argent, le ciel avait pris une rare couleur d’un bleu clair et intense. Les cent trente jeunes filles se pressaient, assises dans l’herbe, autour du Père, qui leur parlait à demi-voix de la grande leçon que la jeunesse de Jeanne était pour la jeunesse de France.

Puis il récita la prière scout, et l’on se retira en silence…

Marc Hélys.

La Revue française politique et littéraire
21 juin 1931

Participation du père Doncœur au camp des Guides de France au château d’Argeronne, en Normandie, la dernière semaine de mai.

À ces jeunes filles qui l’écoutaient, pressées à ses pieds — car toutes étaient assises dans l’herbe haute — il dit la leçon que la jeunesse de Jeanne d’Arc était pour la jeunesse de France.

Lien : Retronews

Voir aussi : Le Figaro, 19 juin

La dernière semaine de Mai, avant les fêtes de Jeanne d’Arc, les Cheftaines des Guides de France se sont réunies en Normandie, au château d’Argeronne. J’ai pris part à cette réunion — bien que n’étant pas cheftaine —, et j’ai rapporté de si charmantes impressions que je veux vous les faire partager.

[…]

Le soir suivant, 29 mai, la réunion se tint dans les bois, sous la présidence du P. Doncœur, et elle eut un caractère profondément émouvant. En cette veillée de Jeanne d’Arc, le P. Doncœur évoqua les souvenirs du procès de Rouen et la figure de Jeanne dans sa pureté, sa vaillance, sa solitude, son abandon. À ces jeunes filles qui l’écoutaient, pressées à ses pieds — car toutes étaient assises dans l’herbe haute — il dit la leçon que la jeunesse de Jeanne d’Arc était pour la jeunesse de France.

L’habitude — qui s’établit déjà comme une tradition — est de terminer ces réunions du soir par un Pater et par la prière scout qui est une offrande de soi-même au service. Puis : C’est la nuit… Plus de bruit… les voix s’éteignent dans un murmure, et l’on rentre en silence. C’est ainsi qu’au camp d’Argeronne se passa la semaine des cheftaines. Chantal.

Mercure de France
15 octobre 1932

Jean Jacoby restitue la thèse de feu son père sur les origines de Jeanne d’Arc, fruit de vingt années de recherches dont les manuscrits ont malheureusement été perdus.

[Cette étude] semble modifier complètement et sans retour la thèse que l’histoire officielle a adoptée sur les origines paysannes de Jeanne d’Arc et donne, en même temps, la seule solution possible et basée sur des preuves historiques du secret de la Pucelle.

Lien : Retronews (p. 258-288)

Le secret de Jeanne d’Arc :
Les Voix et leurs révélations

Cet essai sur Jeanne d’Arc, que je présente aux lecteurs, n’est que le résumé très succinct d’un ouvrage considérable sur le même sujet auquel mon père, le docteur Paul Jacoby, auteur des Études sur la Sélection chez l’Homme, avait consacré près de vingt ans d’études et de recherches. Après la mort du docteur Jacoby, le manuscrit du livre disparut dans la tourmente de la guerre et de ses suites ; j’ai essayé de reconstituer la thèse essentielle de l’auteur au sujet des origines et du mystérieux secret de la Pucelle. Pour mener à bonne fin ce travail, j’ai dû reprendre l’étude et l’analyse de la documentation qui existe sur l’héroïne en y relevant soigneusement tout ce qui peut avoir trait aux sujets en question. Certes, cette reconstitution fort incomplète est loin d’avoir la valeur et l’importance de l’ouvrage dont elle résume l’idée, mais même sous sa présentation sommaire, elle semble modifier complètement et sans retour la thèse que l’histoire officielle a adoptée sur les origines paysannes de Jeanne d’Arc et donne, en même temps, la seule solution possible et basée sur des preuves historiques du secret de la Pucelle.

[…]

Suite : 1er novembre

Mercure de France
1er novembre 1932

Suite de l’article du 15 octobre.

Lien : Retronews (p. 542-573)

Le secret de Jeanne d’Arc :
La Pucelle d’Orléans

Ainsi acceptée par l’Église, Jeanne peut enfin entreprendre sa mission. Elle partira donc pour Orléans avec une petite armée de secours. Quel sera son rôle ? Commandera-t-elle cette armée ? Non, les capitaines qui dirigeront les opérations, Gille de Rais, le maréchal de Boussac, l’amiral Culen, La Hire, Ambroise de Loré, n’écouteront même pas ses avis et s’efforceront de la tenir toujours en dehors de leurs conseils. Du reste, même après les succès d’Orléans et de Patay, les chefs, sauf d’Alençon, se montreront toujours très sceptiques au sujet des capacités stratégiques de Jeanne.

[…]

[P. 572] Cette version, qui n’a rien d’impossible, en somme, rend le secret de Jeanne bien plus important, l’attitude de Charles VII plus compréhensible et le refus de Jeanne, de dévoiler le secret à Rouen, encore plus légitime.

Ce secret avait dû frapper fortement l’imagination de Jeanne, sa nature généreuse et passionnée ne pouvait manquer de voir dans le fait de son origine l’indication d’un grand devoir à remplir. Elle exprima cette pensée en déclarant à une amie que la France, perdue par une femme (Isabeau), serait sauvée par une vierge, venue des marches de Lorraine.

Ajoutons que l’insistance des juges à diriger les réponses de Jeanne au sujet du secret sur une fausse voie (l’apparition de l’ange et de la couronne) s’explique parfaitement par le désir de ne pas compromettre la reine. Pourquoi ? Mais parce que la preuve de l’illégitimité d’un des enfants d’Isabeau de Bavière jetait un doute sur la légitimité de ses autres enfants. Or, la mère du roi d’Angleterre, Catherine, était la fille d’Isabeau et de Charles VI. Que Catherine ne soit pas légitime, les droits qu’Henry V avait acquis sur le trône de France par son mariage avec elle devenaient nuls et son fils, Henry VI, n’était plus roi de France.

Ces recherches sur l’ascendance maternelle de Jeanne ne peuvent, certes, être exprimées qu’en qualité d’hypothèse, sur laquelle on ne saurait insister, faute de preuves. Bornons-nous donc à celles des conclusions de notre étude, que nous avons basées sur des faits historiques indiscutables. Nous avions prévu que ces conclusions pourraient paraître étranges à ceux de nos lecteurs auxquels la légende de la bergerette semble plus poétique. Nous ne partageons pas ce sentiment. Il y a autant, sinon plus, de pathétique beauté dans le sacrifice de cette Fille de France qui s’offre en victime expiatoire pour racheter les fautes du sang royal, qui est son sang, et pour sauver la patrie, que dans la vocation mystique de la petite paysanne. Que la couronne de Jeanne soit celle des Lys d’or, elle n’en a pas moins été une couronne de martyre.

J. Jacoby

Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire
9 décembre 1932

Expose la théorie adultérine de la naissance de Jeanne d’Arc parue dans le Mercure de France, et renvoie à la réfutation du père Doncœur dans les Études du 5 décembre.

Si des échos de l’invraisemblable fable mise en circulation par le Mercure parviennent jusqu’à vous, vous saurez où trouver les arguments pour y répondre.

Lien : Retronews

Les origines de Jeanne d’Arc

Certains écrivains prennent plaisir à lancer de temps en temps dans le public une énorme bombe c’est-à-dire l’annonce d’une nouvelle sensationnelle qui semble remettre en question des faits jusqu’alors admis comme authentiques. Le 15 octobre dernier, les lecteurs du Mercure de France ont eu la surprise d’une bombe de gros calibre : on leur affirmait avec sérieux que Jeanne d’Arc était certainement une fille naturelle du duc Louis d’Orléans, assassiné par le duc de Bourgogne, et probablement une fille adultérine de la reine Isabeau de Bavière, femme de Charles VI.

Là-dessus les journalistes s’émeuvent : les uns hochent gravement la tète, les autres estiment que l’histoire est révolutionnée par cette découverte et l’un d’entre eux affirme que la vérité lancée par le Mercure germera. Prédiction imprudente : on vient de couper le germe.

Nous aurions tu cette inconvenante plaisanterie qui, du point de vue de l’histoire (quoi qu’en disent nos journalistes) ne mérite aucune discussion, — écrit le P. Doncœur dans les Études, — si, de par sa publicité elle n’avait porté le trouble chez de nombreux lecteurs.

À ceux qui l’interrogent anxieusement sur cette prétendue découverte sensationnelle, l’auteur de la Chevauchée et de la Passion de Jeanne d’Arc répond nettement :

La thèse du Mercure heurte de front une masse compacte de textes authentiques, formels et indiscutables. Elle inculpe gratuitement Jeanne, et plusieurs témoins de mensonge parjure ; elle ne repose sur aucune preuve, mais elle accumule les sophismes, les erreurs et les invraisemblances.

En quelques lignes, le P. Doncœur relève vigoureusement les erreurs commises par le rédacteur du Mercure, réfuté ses sophismes et redresse ses véritables contre-sens.

Il n’y a en cette affaire qu’une chose trouble, c’est l’affirmation d’un écrivain français qui professe avoir pour son héroïne le plus religieux respect et qui, sans une preuve, la déshonore non seulement, en lui prêtant, de par Isabeau de Bavière, le sang le plus taré, mais en la chargeant d’un tenace mensonge allant jusqu’au parjure.

Si des échos de l’invraisemblable fable mise en circulation par le Mercure parviennent jusqu’à vous, vous saurez où trouver les arguments pour y répondre.

J. B.

Mercure de France
1er janv. 1933

Longue diatribe de Jean Jacoby contre le père Doncœur et les catholiques qui ont rejeté sa thèse de l’origine adultérine de Jeanne. En réponse aux critiques (notamment l’article de Doncœur dans les Études du 5 décembre), Jacoby va jusqu’à comparer ses contradicteurs aux juges de Rouen.

Vivant au quinzième siècle, les R. P. Ayroles et Doncœur eussent envoyé sans hésiter Jeanne au bûcher.

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§ La Pucelle d’Orléans et l’opinion catholique.

Le monde catholique ne présente l’aspect d’un bloc compact que vu de loin ; de près, on aperçoit les pierres dont il est construit, leurs dimensions diverses, leurs nuances, les fissures qui les séparent. Il n’est pas de grandes questions politiques, économiques, morales, historiques, qui ne soient diversement appréciées par les plus fidèles des catholiques ; la foi peut régner de l’extrême droite à l’extrême gauche. Jamais je ne me suis aperçu de ces divergences d’une façon aussi saisissante qu’en enregistrant les réactions de l’opinion publique à mes articles sur le secret de la Pucelle d’Orléans. Des prélats, de hautes personnalités bien pensantes s’étaient intéressés à mon étude, n’y avaient trouvé rien d’hétérodoxe, m’avaient encouragé à la publier ; et, depuis, des lettres, venues de correspondants les plus divers, m’ont apporté le précieux concours de leur sympathie.

Mais à côté de cette bienveillante attention que des hommes cultivés, prêtres ou laïcs, ont témoignée à une œuvre purement historique sur la grande héroïne, l’opinion catholique a sécrété également au sujet de mes articles cette même haineuse et obtuse intolérance qui a jeté dans le feu celle que l’Église vénère maintenant comme sainte. C’est qu’il s’est passé avec Jeanne d’Arc une bien étrange chose ; après l’avoir brûlée comme hérétique, relapse, apostate, ydolâtre, cette partie intolérante de l’Église prétend maintenant monopoliser Jeanne à son profit, interdire à quiconque n’est pas prêtre l’étude de son histoire et s’arroge le droit de traîner dans la boue l’audacieux qui oserait enfreindre cette interdiction.

Un historien ecclésiastique de Jeanne n’est-il pas allé jusqu’à prétendre que le prêtre, c’est-à-dire le catholique, est seul à l’aise pour admirer Jeanne d’Arc ? (Ayroles). Mais il y a aussi de ces sectaires parmi les laïcs. C’est ainsi qu’un catholique militant m’écrit que mes articles ont profondément offensé les sentiments démocratiques qui sont les siens et ceux de son parti ; dans une autre lettre, ce correspondant à particule, gros propriétaire bien renté, me fait l’apologie des principes socialistes du catholicisme et va jusqu’à parler du bolchevisme, non sans une certaine sympathie. Jeanne d’Arc bergerette et prolétaire pourrait servir à cette cause ; Jeanne princesse, même bâtarde, ne sert plus à rien ; il faut donc conserver la légende non pas ad majorem Dei gloriam [pour la plus grande gloire de Dieu], mais ad majorem Ecclesiae gloriam [pour la plus grande gloire de l’Église].

Cette tendance à utiliser la Pucelle et sa glorieuse mémoire pour des buts purement politiques s’est fait également jour dans un article assez important de la Vie Catholique ; son titre seul est une révélation : La promotion de Jeanne d’Arc ou le triomphe de la Maison d’Orléans. Ce journal ecclésiastique ne consacre quelques lignes à mon étude que pour avoir le prétexte de se livrer à une violente et inconvenante diatribe contre la Famille de France et… l’Action Française !

N’y a-t-il pas là quelque chose de flatteur pour Jeanne d’Arc et pour la famille maintenant royale ? — ironise la Vie catholique. Car, ainsi, tout rentre dans l’ordre : ce n’est plus une fille sans naissance, chose inexplicable, mais une princesse, grâce à l’influence magique d’un sang demi-royal, qui sauve la patrie, et la supercherie ( ?), montée par les d’Orléans, écarte un miracle choquant pour la raison de M. Maurras, etc.

Ainsi, la presse catholique, qui ne peut pas souffrir l’Action, ni les principes qu’elle défend, cherche à atteindre l’une et les autres à travers mon étude sur Jeanne d’Arc.

Mais tout ceci est encore assez édulcoré ; pour bien connaître la véritable pensée qui anime les intolérants catholiques à l’égard de la question de Jeanne d’Arc, il faut lire les ouvrages spéciaux, non destinés à une grande diffusion. Ouvrez, par exemple, à n’importe quel endroit l’un des quatre volumes de la Vraie Jeanne d’Arc du P. Ayroles, vous y trouverez partout de violentes, je dirais presque de grossières diatribes contre tous les grands historiens qui ont dépensé des trésors de science et de patience pour faire connaître la Fille au Grand Cœur. Michelet, dont certains critiques acerbes m’ont cité en exemple la pieuse vénération pour Jeanne, est traité de la belle façon par ce révérend père : Faussetés, falsifications de textes, non-sens, ridicules assertions, impudence sont les termes qu’il emploie le plus fréquemment à l’égard de ce grand historien, que le P. Ayroles, dans son aveugle fureur, va jusqu’à qualifier de lubrique écrivain ! Mais le R. P. Jésuite n’est pas plus tendre ni pour Vallet de Viriville, ni pour Siméon Luce, ni pour Henri Martin, ni même pour le grand Quicherat, auquel il jette l’épithète de : caricaturiste. Michelet lubrique écrivain, Quicherat caricaturiste, ces appréciations donnent un aperçu de la manière dont les révérends pères conçoivent la critique historique.

Mais quel est le crime de tous ces grands historiens ? Le P. Ayroles l’avoue carrément : c’est d’avoir cherché des explications humaines à la splendide mission de Jeanne, c’est d’avoir rendu justice aux nobles qualités personnelles de l’héroïne. Or, rien ne sent plus le fagot que ces deux prétentions : Jeanne a été un simple instrument de la volonté divine, — c’est tout ; vouloir lui trouver de l’initiative, du courage, de la décision ; prétendre découvrir des causes raisonnables à ses actions, c’est amoindrir le rôle de Dieu. En faut-il des preuves ? Ayroles cite les belles paroles de Vallet de Viriville : L’héroïne du XVe siècle nous apparaît comme une femme supérieure par la droiture de son esprit et de son cœur ; n’est-ce pas l’évidence même ? Eh bien ! pas du tout, le révérend père qualifie cette appréciation de creuses divagations et affirme que Jeanne n’avait absolument rien de supérieur. Il va même jusqu’à nier l’héroïsme de la mission de Jeanne qui était contraire à tous les sentiments de la nature et au devoir le plus élémentaire. Pourquoi cette dépréciation du rôle de la Pucelle ? Mais pour prouver aussitôt après que Dieu seul avait pu concevoir un projet qui, dans le plan humain, n’était que pure folie. C’est, du reste, ce qu’affirme implicitement un de mes contradicteurs ecclésiastiques, dont je parlerai tout à l’heure ; pour lui ma thèse que l’initiative de l’envoi de Jeanne de Vaucouleurs à Chinon ait pu venir de Charles d’Orléans est inacceptable : Croit-on Charles d’Orléans assez fol pour avoir pu concevoir un pareil plan ? s’exclame ce révérend père.

Ces frénétiques sectaires sont du bois dont on faisait les inquisiteurs. Vivant au quinzième siècle, les R. P. Ayroles et Doncœur eussent envoyé sans hésiter Jeanne au bûcher ; au vingtième siècle leurs possibilités sont plus limitées : les hérétiques qu’ils anathématisent, les Quicherat, les Michelet, les Henri Martin et moi-même, chétif, échappent à la peine du feu. Mais l’intention y est. Hanotaux dit excellemment que ces fanatiques qui ne voudraient voir en elle (Jeanne d’Arc) que la servante passive de l’Autorité Suprême sont comme ces hérétiques qui nient l’humanité de Jésus-Christ.

Après avoir brûlé Jeanne d’Arc, après avoir accompli sa béatification et sa canonisation, l’Église procède maintenant à ce que j’appellerai la momification de sa mémoire. On a inventé une Jeanne d’Arc de missel ne varietur, une image de sacristie, un chromo de Saint-Sulpice qui remplacera peu à peu dans l’histoire la Pucelle inspirée si vivante, si noble, si généreuse, pleine d’audace et de courage, vive à la riposte, prête au rire et aux larmes, aimant les beaux chevaux, les armures de prix et les somptueux vêtements, courant les lances comme un chevalier et pleurant à la vue des blessés, cette Pucelle qui a subi volontairement le supplice, pour ne pas trahir sa mission.

Et c’est ainsi que le lecteur catholique a le choix entre deux hérésies : celle des fanatiques dont parle Hanotaux, pour lesquels Jeanne est un être privé de toute substance humaine, servante inconsciente de la volonté divine, et celle qui consiste à rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à la Pucelle ce qui est à la Pucelle. C’est à cette dernière hérésie, je l’avoue, qu’appartient mon ouvrage. Aussi, dès l’apparition de mes articles, une certaine presse catholique s’est-elle empressée de jeter l’anathème sur ma thèse concernant les origines de Jeanne d’Arc. Si Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, affirmait avoir brûlé une bergerette et non une fille de France, il est évidemment présomptueux de la part d’un simple Laïc comme je le suis d’oser discuter l’affirmation de ce prince de l’Église. Les Études, cette savante revue de la Compagnie de Jésus, a chargé le R. P. Doncœur d’exécuter, d’anéantir, de pulvériser mes deux articles, qui sentent fortement le fagot. Dans sa critique, le Révérend Père ne mentionne pas une seule fois ni leur titre, ni le nom de leur auteur ; il y a plus, il n’hésite pas à attribuer la paternité de ces articles à l’éminent directeur du Mercure de France, M. Alfred Vallette !

Ce singulier imbroglio m’avait laissé pensif, jusqu’au moment où un confrère, mieux au courant que moi des dessous du journalisme, me découvrit le pot aux roses : en supprimant mon nom et le titre de mes articles, les Études m’enlèvent le droit de réponse ; aussi, les lecteurs de cette revue, soigneusement chambrés, ne liront que la diatribe du R. P. Doncœur sans courir le risque d’être ébranlés par les arguments que je lui opposerais. Ceci témoigne d’une certaine habileté, mais non d’une grande assurance dans son bon droit.

Le R. P. Doncœur, parlant de mes articles, déclare qu’il n’est pas un historien sérieux qui daignât discuter dans le détail des déductions aussi imperturbables que défaillantes ; et aussitôt il consacre six pages à discuter ces détails. Qu’est-ce à dire ? Le R. P. Doncœur ne serait donc pas un historien sérieux ? Au vrai, on s’en douterait un peu à lire sa prose.

Voyons un peu les arguments que ce savant Jésuite m’oppose :

La naissance de Jeanne ne fait historiquement aucun doute : elle-même et tous les témoins informés ont affirmé sous serment, dans les circonstances les plus graves, qu’elle eut pour père Jacques d’Arc et pour mère Isabelle. Après avoir, à Rouen, le 21 février 1431, formellement déclaré que de son père et de sa mère et de ce qu’elle avait fait, venue en France… elle jurerait volontiers et avoir, à genoux, juré sur le Missel de dire la vérité, interrogée, dit le Procès officiel, sur le nom de ses père et mère, elle répondit que son père s’appelait Jacques d’Arc et sa mère Isabelle. Sur ce point, ni durant le procès, ni durant ses mois de campagne de Chinon à Compiègne, Jeanne n’a témoigné d’une hésitation. On met au défi d’en relever la moindre trace.

Le R. P. Doncœur se moque agréablement de ses lecteurs. La véritable origine de Jeanne, telle que je la représente dans mon étude, était un grand secret d’État, (que Jeanne avait confié au dauphin et avait juré de ne révéler jamais à personne ; au procès de Rouen, elle s’y refuse toujours, devrait-on lui couper la tête, — et le R. P. Doncœur tire son argument du fait que Jeanne n’a pas trahi son serment, dès le premier interrogatoire, en dévoilant le secret de sa naissance. C’est véritablement un peu naïf. Du reste, mon savant contradicteur le sent bien lui-même et essaie de corser son argumentation en tentant d’insinuer que Jeanne a parlé de son père et de sa mère sous serment ; ce qui permet au R. P. de m’accuser d’inculper gratuitement Jeanne… de mensonge parjure. Comment l’auteur de l’article obtient-il ce résultat ? Mais par un véritable tour de passe-passe qu’il renouvelle fréquemment au cours de sa critique.

Jeanne, dit-il, a formellement déclaré que de son père et de sa mère… elle jurerait volontiers ; et aussitôt après l’auteur ajoute que Jeanne, à genoux, a juré sur le Missel de dire la vérité. Il ne reste plus qu’à constater que Jeanne a bien nommé Jacques d’Arc et Isabelle pour ses père et mère, et le tour est joué. Or, le R. P. Doncœur a simplement escamoté le serment de Jeanne ; pourquoi ne le cite-t-il pas ? Le voici, pour l’édification des lecteurs des Études : Je jure de dire la vérité sur toutes choses, qui me seront demandées et que je saurai, concernant la foi (fidei rnateriam concernentibus). La question des parents concernerait-elle la foi ? Le R. P. sait bien que non, et c’est pourquoi il supprime carrément le texte de ce serment si incommode pour sa thèse. Il est donc faux que Jeanne ait parlé de Jacques d’Arc et d’Isabelle Romée sous serment ; elle avait, du reste, prévenu les juges qu’elle ne répondrait pas à certaines questions.

Au lieu d’affirmer, sans l’ombre d’une raison, que j’inculpe gratuitement Jeanne de mensonge parjure, le R. P. Doncœur ferait mieux de réserver ses foudres au seul historien de Jeanne, outre A. France, qui ait soutenu qu’elle ne disait pas la vérité, au p. Ayroles, de cette même Compagnie de Jésus, à laquelle appartient le P. Doncœur. En effet, lorsque Jeanne affirma qu’elle n’avait parlé à aucun prêtre de ses visions, le tribunal de Rouen s’empressa d’en faire une charge contre elle ; or, cette réserve de Jeanne à l’égard de ses confesseurs paraît si monstrueuse au P. Ayroles qu’il préfère soutenir qu’elle a fait un faux serment aux juges de Rouen (Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, II, 166-167). [Note. Jacobi travestit ici complètement le propos d’Ayroles. Loin d’accuser Jeanne de faux serment, celui-ci la défend en invoquant un principe théologique : ce qui est dit en confession n’est pas réputé dit à une créature, le prêtre étant simple intermédiaire avec Dieu. Le secret confessionnel profitant aussi au pénitent, Jeanne pouvait légitimement taire ses aveux en confession, même sous serment. Ayroles loue d’ailleurs sa sagesse, soit l’inverse d’une accusation de parjure.]

Le R. P. Doncœur met le Mercure au défi de relever la moindre trace d’hésitation chez Jeanne au sujet de ses parents. En voici une : Lorsque le juge lui demande son prénom, elle répond qu’on l’appelle Jehanne, mais, lorsqu’il lui pose la même question sur son nom, elle déclare ne pas le connaître. Aurait-elle oublié le nom des d’Arc ? Que non, car aussitôt après, à une nouvelle question du juge, elle donne les noms corrects de Jacques d’Arc et d’Isabelle d’Arc (Procès, I, 46). Et qu’on ne vienne pas objecter ici que le mot latin cognomen, employé à cette occasion, ne veut pas dire nom, mais surnom, car, dans le courant du procès, le nom d’Arc est justement qualifié de cognomen (Procès, I, 191).

Une autre objection à laquelle s’accroche désespérément mon honorable contradicteur consiste dans l’âge de Jeanne. En effet, si elle avait véritablement dix-neuf ans au début du procès, comme elle l’affirmait elle-même, Jeanne devait être née en 1412 et ne pouvait, par conséquent, être la fille de Louis d’Orléans, tué en 1407. J’ai fait justice de cette objection dans mes articles et dans mon livre, en citant l’opinion de Lefèvre-Pontalis, l’hésitation des témoignages et les divergences des chroniqueurs, et, surtout, la déposition décisive d’Hauviette, amie d’enfance de Jeanne. Que fait le R. P. devant ces preuves ? Il parle d’une

écrasante masse de témoignages les plus divers [qui] fixe à dix-neuf ou vingt ans l’âge de Jeanne à Rouen.

Mais mon contradicteur, dans son désir de rajeunir Jeanne à tout prix, pour éloigner sa naissance de la date fatidique de 1407, avoue imprudemment que

les chroniqueurs du quinzième siècle disent : vingt, dix-neuf, dix-huit, voire quinze ou quatorze ; d’Aulon parle de seize ans ou environ.

Pardon, pardon, il s’agit de s’entendre : est-ce quatorze ou vingt ans ? Où est, dans tout ceci, l’écrasante masse de témoignages qui s’accorde à fixer l’âge de Jeanne à dix-neuf ou vingt ans ? Et si nous ajoutons à cette masse écrasante ceux des chroniqueurs qui prêtent à Jeanne vingt-quatre, vingt-sept (ce que le R. P. Doncœur récuse) et même vingt-neuf ans, il devient bien difficile de fixer exactement l’âge de la Pucelle autrement que par la déposition d’Hauviette, qui est formelle : Jeanne était née en 1407-1408. Ici mon contradicteur semble fort embarrassé et reconnaît que ce texte est

le seul, en effet, qui soit cité à propos dans cette discussion.

Quelle objection lui oppose-t-il ? Aucune ; il émet bien la timide supposition qu’Hauviette se serait peut-être trompée d’un an ou deux, mais consent aussitôt à accorder que les approximations jouent également en sens contraire et que, suivant les dires très incertains — prout dicebatur — d’Hauviette, Jeanne soit née en 1408 ou en 1407… Mais c’est là toute la question, mon Révérend Père ! Si vous m’accordez cela, toute votre écrasante masse de témoignages, qui donne à Jeanne de quatorze à vingt-neuf ans, s’écroule comme un château de cartes.

Mon contradicteur s’attaque également à l’argument que je tire de la phrase prononcée par Jeanne dans la société du roi et du duc d’Alençon : Plus on sera ensemble de sang de France, mieux ce sera ! Ici le R. P. se livre à son tour de passe-passe favori ; en citant le texte français des paroles de Jeanne, texte qu’il m’attribue, le R. P. Doncœur a soin de mettre en italiques les mots suivants : on sera ensemble, et ajoute :

Le texte latin dit : Quanto plures erunt de sanguine regis Franciæ… — (Quicherat, III, 91.) Ce qui a un tout autre sens.

Le lecteur, en comparant ces deux textes, remarquera, en effet, que les mots soulignés par le R. P. Doncœur dans le texte français ne figurent pas dans le texte latin ; ce serait donc moi qui les aurais méchamment ajoutés. Or, ces mots, c’est au contraire le R. P. qui les a supprimés dans le texte latin ! Il suffit de se rapporter à Quicherat pour y trouver le texte suivant :

Quanto plures erunt de sanguine regis Franciæ insimul, tanto melius.

Mon contradicteur a l’habileté d’arrêter sa citation juste devant le mot insimul ; de cette façon, il évite l’accusation d’avoir déformé ce texte ; il en escamote simplement un mot, pour faire croire à une fausse citation de ma part.

Le R. P. Doncœur poursuit son petit jeu au sujet du rôle de Poulengy et de Novelonpont.

Ce sont eux, paraît-il, qui, en 1408, apportèrent à Domrémy la petite fille d’Isabeau et la confièrent à Jacques d’Arc qui la fit passer pour son enfant.

Il paraît mal au R. P., car il n’est rien dit de pareil ni dans mes articles, ni dans mon livre. Si j’avais proféré l’absurdité que m’attribue le R. P. Doncœur, il aurait pu m’écraser par un argument triomphant : au moment de la naissance de Jeanne, Poulengy avait environ quatorze ans et Novelonpont cinq ; il est fort peu probable qu’on leur ait confié, à cet âge, la mission d’apporter l’enfant de Paris à Domrémy. Mais cet argument, le R. P. ne le trouve pas ; il ignore l’âge de ces deux personnages, quoique cet âge soit indiqué dans mes articles qu’il critique. Tout ce qu’il trouve à dire contre le fait que Poulengy et Novelonpont aient connu Jeanne non à Vaucouleurs, mais à Domrémy, c’est que, d’après la déposition de Novelonpont, il a rencontré Jeanne dans les rues de Vaucouleurs après qu’elle eut quitté ses parents. Le R. P. a une bien mauvaise opinion de l’intelligence de ses lecteurs pour essayer de leur faire avaler une objection de celte qualité. Que Novelonpont ait rencontré Jeanne à Vaucouleurs après qu’elle eut quitté ses parents, il ne s’ensuit nullement qu’il ne l’ait pas vue à Domrémy avant. Du reste, ceci apparaît de la déposition de Novelonpont lui-même, qui interpella Jeanne à Vaucouleurs, comme une ancienne connaissance, lui rappelant ses projets formés précédemment.

Il arrive parfois au R. P. d’être fort imprudent dans le feu de sa polémique. Ainsi, au fait que Charles d’Orléans aurait vu l’idée de faire conduire Jeanne à Charles VII, le R. P. Doncœur oppose un argument renversant.

Mais croit-on Charles d’Orléans assez fol pour imaginer ce beau plan de campagne ?

Comment ! Il fallait être fou pour concevoir l’héroïque mission de la Pucelle ? On croirait lire de l’Anatole France, du Thalamas… ou du P. Ayroles.

Je passe rapidement en revue les autres objections du R. P. Oui, mon Père, le duc Charles d’Orléans s’inquiéta de Jeanne, ne vous en déplaise, et lui fit même faire des vêtements aux couleurs de la maison d’Orléans, comme vous auriez pu le savoir en lisant attentivement les articles du Mercure ou mon livre. Non, mon Révérend Père, les objections des amateurs parues dans Le Temps au sujet des armoiries de la Pucelle n’ont aucune valeur, ce dont vous pourriez vous assurer en lisant ma réponse dans Le Temps ou dans le Mercure de France. Non, quoi que vous pensiez, Jeanne n’avait pas à craindre d’être convaincue de mensonge et la divulgation de son secret, par un autre qu’elle-même, n’avait rien qui pût la compromettre ; bien au contraire, ce secret pouvait la sauver, et c’est pourquoi elle insistait tant pour faire venir le livre de Poitiers. Vous vous étonnez que personne n’ait jamais trahi ce secret ? C’est qu’il y a, de par le monde, des personnes qui ne trahissent pas les secrets. Du reste, Lang constate aussi qu’à cette époque les serments relatifs à un secret étaient scrupuleusement gardés, comme, du reste, par la suite, personne n’a trahi ceux du Masque de Fer ou de la mort de l’archiduc Rodolphe. Vous avez une bien mauvaise opinion de l’humanité, mon Révérend Père !

Comment la rumeur publique n’a-t-elle jamais soufflé mot de ces merveilles ?

demandez-vous. Eh ! justement, elle en a soufflé non pas un, mais beaucoup de mots ; vous auriez pu vous ce assurer par les faits cités dans mes articles et dans mon livre. Mais venons-en aux inexactitudes que m’attribue le P. Doncœur, tout en reconnaissant qu’il serait puéril d’insister sur elles. Courons-en cependant le risque. Le P. Doncœur m’incrimine d’avoir orthographié le nom du page de Jeanne de Contes et non de Coutes ; l’orthographe de Contes est celle du procès et de Quicherat (Procès, III, 65) ; on a également écrit de Coutes (Lang, la Pucelle de France), mais j’ai préféré la version de Quicherat.

Tout écolier ne sait-il pas que gentil roi n’est pas un terme de familiarité, mais qu’il signifie : noble roi ?

demande mon contradicteur. Certainement, un écolier peut ne connaître que cela, mais un savant Jésuite devrait connaître assez l’ancien français pour savoir que gentil avait deux sens, celui de noble et celui de gracieux, poli ; ce dernier sens est justement appliqué au roi chez Froissart :

Pères, a cel gentil roy Edouard — (Froiss. II, 22) ;

on l’employait dans la conversation familière et en poésie :

Se vos vairs yex

Frans et gentieuls…

(Froiss. : Poésies.)

Du reste, si le P. Doncœur, au lieu de consulter des manuels pour écoliers, s’était donné la peine d’ouvrir le Dictionnaire historique de l’ancien langage français, par La Curne de Sainte-Palaye, 1879, t. VI, p. 387, il y eût trouvé toutes les explications utiles sur l’emploi du mot : gentil.

Mon honorable adversaire me demande si je crois vraiment

qu’en 1429 Gérard Machet fût évêque de Castres ?

Certainement non, puisque cet ecclésiastique ne reçut la mitre qu’en 1432, sauf erreur. Mais à quoi rime cette question ? Je n’affirme nulle part que Machet fût évêque de Castres en 1429, et je ne lui donne ce titre qu’en citant la déposition de Gobert Thibault, au procès de réhabilitation, soit vingt-cinq ans plus tard. Le R. P. Doncœur me demande également si je voudrais nommer les deux papes qui en 1429 s’excommuniaient. Ah ! que voilà une imprudente question de la part d’un prêtre ! Alors que, dans mon livre, je passe sous silence la décomposition de l’autorité papale à l’époque de Jeanne, voilà le P. Doncœur qui insiste pour y revenir. Soit ; en parlant des deux papes, j’avais en vue non spécialement l’année 1429, mais l’époque en général ; si mon contradicteur tient à préciser l’année 1429, il ne saurait ignorer qu’il y avait, à ce moment, non pas deux, mais trois papes : Martin V, Benoît XIII et Clément VIII ; je l’indique, du reste, en citant, dans l’appendice (p. 261) la lettre du comte d’Armagnac dans laquelle il demande à Jeanne de lui indiquer qui est des trois dessusdiz vrai Pape et auquel il plaira que on obéisse de ci en avant… Faut-il donc répéter, après Hanotaux, que, lorsque

Jeanne d’Arc vint au monde, pour les Français, à la lettre, il n’y avait point de Pape… [que] l’Église catholique n’était pas assurément, alors, une école de respect… ;

faut-il rappeler que les Conciles condamnaient et déposaient des Papes, qu’ils accusaient d’être

l’exploiteur du pauvre, l’ennemi de la justice, un véritable marchand de bénéfices, de reliques et de sacrements, un dissipateur des biens de l’Église romaine, un empoisonneur, un homicide, un parjure, un fauteur de schisme ?

De tout ceci, qu’évoque votre question, il vaudrait mieux ne pas parler, n’est-ce pas, mon Révérend Père ?

Enfin, mon sévère critique me signale triomphalement deux coquilles qu’il a dénichées dans mes articles. Tranquillisez-vous, ces deux erreurs ont déjà été relevées et ne figurent pas dans mon livre.

C’est, je crois, tout ce que j’ai trouvé dans les six pages que le R. P. consacre à mes articles ; ce n’est véritablement pas beaucoup. Encore un mot cependant. Le P. Doncœur, après avoir déclaré que la presse s’émeut de mes articles et cité l’opinion, très flatteuse, que plusieurs grands journaux ont exprimée, ajoute :

Le Temps, seul, garde son bon sens et, en deux articles tranchants, taille l’assurance et écarte avec mépris un des triomphants arguments du Mercure.

Le R. P. voudrait-il bien m’indiquer les numéros du Temps où ont paru ces deux articles tranchants ? Je ne connais qu’un seul article, du 7 novembre, dû à la plume autorisée de M. Émile Henriot, et dans lequel l’auteur, après avoir rapporté ma thèse, ajoute :

Pour le reste de l’argumentation, renvoyons nos lecteurs au Mercure de France, dont l’étude mérite d’être lue, et, en bonne construction historique qu’elle est, répond par avance à beaucoup d’objections…

Est-ce là l’un des articles tranchants dont parle R. P. Doncœur ? Car je ne puis croire que mon honorable contradicteur se soit livré, encore une fois, à son petit jeu d’escamotage, en faisant passer pour deux articles du Temps deux lettres que des héraldistes amateurs y ont publiées sur les armoiries de Jeanne.

Tout ceci est fort pauvre et s’écarte des règles de l’art dont parlait Maurice Levaillant dans son article du Figaro. Au vrai, il est fort difficile de qualifier du terme de critique ces querelles d’Allemand que les Études me cherchent au sujet de quelques faits, de quelques phrases isolées de mes articles, ces tours de prestidigitation où des mots apparaissent ou disparaissent au gré du R. P. Robert Houdin. Croit-on honorer la mémoire de sainte Jeanne par ces procédés ? Le R. P. Doncœur me paraît être de la pâte de ces défenseurs dont Jeanne refusa l’assistance à son procès.

Ah ! qu’on respire plus librement en lisant le bel article critique qu’Henri Pourrat consacre à mon étude dans le Figaro ! Ici, point de grimaces de sacristie, mais une magnifique envolée mystique, un poème en prose à la gloire de Jeanne. L’auteur s’élève au-dessus des contingences, au-dessus de l’histoire elle-même.

Sur Jeanne, que m’importe ce qu’on veut me faire savoir, — dit-il. — Je ne veux rien savoir quand je peux l’écouter,

et il cite telles superbes, touchantes, vaillantes réponses de la Pucelle.

Le grand poète qu’est Henri Pourrat me permettra-t-il seulement de lui faire observer que ces émouvantes paroles de Jeanne, ce sont pourtant des historiens rationalistes qui les ont mises à jour et fait connaître du grand public ? Et ne croit-il pas qu’il y ait quelque exagération à dire de la sublime héroïne que sa paysannerie la lait plus royale encore que le sang royal ?

Parmi les articles qu’ont suscités mes deux études sur Jeanne d Arc, il en est quelques-uns sur lesquels je voudrais m’arrêter. Cependant, ayant développé mes arguments dans mon livre, qui vient de paraître, j’hésite à répéter ici ce que j’y ai déjà dit. Je me réserve donc de consacrer plus tard un article spécial aux objections qui m’ont été faites, ainsi qu’à de nouvelles considérations sur les origines de la Pucelle, qui n’ont pas trouvé place dans mon volume.

Je ne puis m’empêcher, pourtant, de dire, à présent même, quelques mots au sujet de la courte critique que Jacques Bainville consacre à mes articles dans la Revue Universelle. M. J. Bainville est un historien d’un esprit souple et pénétrant ; il eût pu parler de ma thèse avec quelque autorité ; malheureusement, il ne le fait pas. Ce qu’il m’oppose peut se résumer comme suit : 1° Andrew Lang, dans son admirable petit livre, a répondu aux hommes d’esprit qui ont tenté et à ceux qui tenteront encore de donner de l’histoire de Jeanne d’Arc une explication rationaliste… Cependant, les amateurs ne sont pas découragés. M. Jacoby a publié dans le Mercure de France deux articles qui font quelque bruit, etc. ; 2° d’autres théories historiques, également bien étayées, ont été trouvées fausses ; ainsi il faut lire les cinquante pages qui ont suffi à Marie Roux pour en finir avec les légendes des faux dauphins ; 3° des héraldistes ont établi que mon explication des armoiries de Jeanne est erronée.

Je ne m’arrêterai pas à cette dernière objection, que j’ai déjà réfutée dans le Temps et dans le Mercure de France. Passons donc aux deux premières.

Je rappellerai respectueusement, mais fermement, à M. Jacques Bainville que tous les grands historiens de Jeanne, Quicherat, Siméon Luce, Michelet, Hanotaux, ont justement donné de l’histoire de Jeanne ces explications que M. Bainville qualifie de rationalistes. Le P. Ayroles ne s’y est pas trompé, lui qui parlait de Quicherat et de l’école rationaliste et affirmait que cet historien, ainsi que Michelet et Henri Martin n’ont eu d’influence qu’auprès des voltairiens.

Si donc M. Bainville tient à considérer ma thèse comme rationaliste, il voit que je suis, en ceci, en bonne compagnie. Mais il y a plus ; Lang lui-même, que M. J. Bainville cite comme référence, était également un rationaliste. En faut-il une preuve ? À la page 404 de son livre, Lang cite cette opinion du Dr Dumas sur Jeanne :

Si l’hystérie est intervenue chez Jeanne, ce n’a été que pour permettre aux sentiments les plus secrets de son cœur de s’objectiver sous forme de visions et de voix célestes… etc.

Et Lang ajoute :

Je suis entièrement d’accord avec ces conclusions du docteur Dumas.

Et voici pour la première objection. Je ne vois pas trop la valeur de l’argument de M. J. Bainville fondé sur le fait que certaines thèses historiques se sont trouvées injustifiées ; c’est le sort de toutes les théories du monde, même des principes les mieux assis des sciences exactes. Faut-il donc renoncer à tous travaux scientifiques ? Et si Naundorf n’était pas fils de Louis XVI, s’ensuit-il nécessairement que Jeanne n’était pas fille de Louis d’Orléans ? M. J. Bainville me permettra-t-il de lui rappeler que ses beaux ouvrages historiques contiennent, eux aussi, des thèses, auxquelles je me range personnellement, mais qui peuvent être considérées comme discutables ?

Je suis loin, je l’ai dit, de prétendre à ce que mes déductions ne le soient pas. J’attends seulement les objections qui infirmeraient les faits que j’avance. Et ces objections, je ne les vois pas encore.

J. Jacoby.

La Mayenne
30 juillet 1933

L’article dénonce les manipulations des anticléricaux pour nuire à leurs adversaires, à travers plusieurs exemples concrets, dont la polémique entre Jacoby et Doncœur.

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Aux défenseurs laïques. — Nous lisons dans le Courrier du Maine :

Quand une question les embarrasse, les défenseurs laïques répondent à côté, ou bien essaient de s’en tirer par des injures qui ne prouvent rien si ce n’est qu’ils ont tort, ils affirment sans preuve, ils nient sans raison, ils jettent sottement leurs qualités aux autres et leur imputent des choses fausses ou inexistantes pour s’attribuer le faux mérite de les réfuter et pour chanter victoire. Mais puisqu’ils osent parler de falsifications, nous allons leur faire toucher du doigt quelques-unes des erreurs et altérations de textes dont fourmillent leurs derniers numéros.

1° Au sujet d’Hitler nous avions écrit : La religion est le meilleur soutien des gouvernements ; ils nous font dire : Le meilleur soutien du gouvernement, ce qui fausse visiblement le sens de la phrase.

2° Au sujet de Jeanne d’Arc ils disent : Le Temps n’a publié qu’un article, celui du 7 novembre. Or Le Temps a parlé quatre fois sur cette question, dont trois sur le blason de Jeanne d’Arc, ce qui est l’un des points essentiels du débat. Nous tenons les quatre numéros du Temps à la disposition de nos contradicteurs.

3° Le P. Doncœur, dans son article, dit bien : Admettons que Jeanne d’Arc soit née en 1407, mais c’est pour montrer dans les lignes suivantes que cette date est inconciliable avec certains textes qu’il cite. Dire après cela que le P. Doncœur admet l’hypothèse du Dr Jacobi, c’est commettre un faux incontestable : ou l’auteur de ce faux ne sait pas lire, ou il n’est pas de bonne foi.

4° La feuille laïque écrit en grosses lettres : Évêques ! Évêques ! C’est par vous que je meurs ! La phrase authentique est celle ci : Évêque, c’est par vous que je meurs. Jeanne d’Arc la prononça deux fois dans la matinée du 30 mai, en s’adressant chaque fois à Cauchon qui était le seul évêque présent. Écrire cette phrase en répétant le mot évêque et en mettant le pluriel constitue un mensonge historique et un double faux.

Je n’en crois ni évêque, ni Pape, ni personne. C’est là une interpolation. Voici la phrase du dossier : Je n’en demande pas conseil à évêque, curé (rector) ou autre. Pour Jeanne c’était une manière énergique d’affirmer que sa mission et ses voix étaient bien de Dieu et que personne au monde ne la ferait changer d’avis, mais ce n’était pas un manque de soumission au Pape ni à l’Église. On sait d’ailleurs qu’elle en appela plusieurs fois au Pape et au Concile. Avec sa mémoire qui tenait du prodige et sa présence d’esprit extraordinaire, elle ne pouvait commettre cette contradiction. Donc écrire trois fois, en dix lignes de texte, cette phrase interpolée, c’est faire un triple faux dont le sens tendancieux n’échappe à personne.

Le jugement fut approuvé par l’Université de Paris, par le collège des cardinaux et par Sa Sainteté Eugène IV. Et cela est signé Albert Bayet ! Ce fut l’Université de Paris qui rédigea la sentence et ce naïf affirme solennellement qu’elle l’approuva. Ce fut elle qui informa le collège des cardinaux et le pape Eugène IV, et le pauvre homme voudrait nous faire croire que la cour de Rome fut bien informée ! Ô Bayet ! oracle de comédie ! colonne du temple laïque.

Le pape Martin V, en possession du dossier, accorda ultérieurement sa faveur aux juges et spécialement à Cauchon, nommé en avancement à Lisieux. Quelles bourdes, messeigneurs ! Le pape Martin V mourut en février 1431, et Martin V aurait connu l’issue du procès qui se termina seulement le 30 mai suivant ! Et Martin V aurait été en possession à Rome d’un dossier qui n’a jamais quitté la France ! Et Martin V aurait encore fait des nominations d’évêques plusieurs années après sa mort ! Tout cela sous la signature de Roger Doucet, professeur à la Faculté de Lyon. Qu’on juge par là de la compétence ou de la probité de nos docteurs laïques en matière d’histoire !

Non contents de travestir l’histoire, ils essaient encore d’incriminer la moralité du clergé. [L’article se termine par une critique du but anticlérical de ces grossières manipulations.]

C. L. S. P.

Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire
21 mars 1935

À Saint-Étienne, le père Doncœur s’adresse à plusieurs groupes de jeunes, dont l’Union Jeanne d’Arc.

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Une belle manifestation de jeunes :
Le père Doncœur parle devant plus de 1000 auditeurs.

L’immense salle paroissiale de Saint-Louis était entièrement remplie d’un public de Jeunes J.O.C., J.E.C., Scouts, Étudiants et Étudiantes, Union Jeanne d’Arc et Noëllistes, venus pour entendre l’éloquent Père Doncœur. […]

L’Ami du peuple
26 décembre 1935

En cette période de Noël, le journal recommande comme ouvrage pour la jeunesse : la Chevauchée et la Passion, du père Doncœur.

Lien : Retronews

Avez-vous lu aussi ? — À l’Art Catholique Outre de nombreux objets d’art, comme les pures statuettes du grand sculpteur Fernand Py, parmi lesquelles figurent les personnages de la Crèche formant le centre de cette page et devant laquelle respectueusement viennent chanter nos écoliers, l’Art Catholique édite de nombreux ouvrages pour les jeunes. Ouvrages initiatiques et enthousiastes écrits avec foi par de grands chrétiens et pouvant être, et devant être lus par les enfants. Je citerai :

Le Mystère de la passion de Jeanne d’Arc (1430-1431), par le Père Doncœur, qui fait suite à La Chevauchée de Jeanne d’Arc (1429). du même auteur. Ces deux ouvrages reconstituent, jour par jour, la passion de notre Sainte nationale et en dégagent une admirable leçon de calme espoir.

[…]

La Revue des jeunes
10 juin 1938

On a lu la Chevauchée lors de la veillée à Domremy (nuit du samedi 30 avril au 1er mai).

Lien : Retronews

Présence de Jeanne à Domremy

Le 1er mai avaient lieu pour la première fois à Domrémy des fêtes officielles en l’honneur de Jeanne. Je ne cache pas que cette perspective de fêtes officielles n’était pas sans m’inquiéter un peu, car j’étais toujours resté sur le souvenir d’autres fêtes officielles, celles de 1929, 1930 et 1931 à Orléans, Compiègne et Rouen. Admirables rassemblements populaires que ceux-là, certes, grands concours de foules, belles organisations et belles réussites, mais émouvantes seulement par l’ampleur de l’hommage… Si l’on avait escompté la présence de Jeanne, on ne pouvait qu’être déçu : et si Orléans avec son enthousiasme et sa bousculade pouvait un peu faire songer aux ovations de l’entrée triomphale de 1429, Rouen, avec ses processions aux flambeaux, ses musiques militaires, son atmosphère de kermesse, nous avait donné une curieuse commémoration du martyre. Qu’allait être Domrémy ?

[…]

Un feu avait été allumé au chevet de celle-ci. Ce feu, les plus âgés des garçons l’ont alimenté toute la nuit, se relayant, et lisant à tour de rôle des passages de la Chevauchée de Jeanne d’Arc du P. Doncœur, avec un intérêt, une foi, une simplicité touchants. On pouvait être sûr qu’ils avaient bien compris la leçon que dégageaient ces pierres et ces paysages.

La Vie catholique illustrée
2 août 1947

Départ du père Doncœur pour Hollywood comme expert historique pour le film de Victor Fleming sur Jeanne d’Arc.

Lien : Gallica

U. S. A. — Doncœur est parti pour Hollywood où il doit donner son point de vue sur un film sur Jeanne d’Arc de Victor Fleming. Il a été désigne par les Pères Jésuites américains, comme connaissant le mieux ce sujet historique.

La Vie catholique illustrée
2 novembre 1947

Bref article sur l’activité du père Doncœur à Hollywood, ville où l’argent et les plaisirs semblent avoir supplanté les valeurs chrétiennes.

Lien : Gallica

Le R. P. Doncœur travaille avec les stars d’Hollywood

Le Père Doncœur est depuis plusieurs mois à Hollywood où il contrôle la préparation d’un film sur Jeanne d’Arc. Si ses conseils sont écoutés, nous aurons probablement le premier bon film d’inspiration religieuse.

Au milieu de cette ville où deux millions d’Américains, et surtout d’étrangers, s’agitent dans la vitesse, la trépidation les lumières, il déclare que le cerveau est aussi déçu que les yeux.

Dans cette Californie qui fut christianisée par les missionnaires espagnols et dont un grand nombre de villes portent des noms de saints, on ne pense plus maintenant qu’à la conquête des Richesse et du Plaisir.

Les chrétiens sont souvent des pionniers mais leur absence se fait sentir au carrefour des routes nouvelles. Il ne faut pas reprocher au monde de croître et de s’agrandir, mais il faut que le Christ soit porté partout où il y a des hommes qui travaillent.

Cinévie
13 janvier 1948

Genèse du film Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman.

Lien : Retronews

Jeanne d’Arc, rivale de Scarlett, parle anglais pour la postérité à Domremy (Californie)

De notre correspondant permanent à Hollywood.

Avant la prise de vues, l’assistant metteur en scène procède à un rapide contrôle technicolor (Tournage du film sur Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman, Cinévie du 13 janvier 1948)
Envoyez les couleurs ! Avant la prise de vues, l’assistant metteur en scène procède à un rapide contrôle technicolor.
Faux Chinon, faux Dauphin, Jeanne inspirée s’y reconnaît malgré tout. (Tournage du film sur Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman, Cinévie du 13 janvier 1948)
Faux Chinon, faux Dauphin (Richard Ney)… Jeanne inspirée s’y reconnaît malgré tout.
Salon de coiffure, Hal Roach Studios à Culver City (Tournage du film sur Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman, Cinévie du 13 janvier 1948)
Le salon de coiffure Hal Roach à Culver City changé en centre de recrutement de l’infanterie.
On «prépare» les morts que ne manquera pas de faire la bataille d’Orléans. (Tournage du film sur Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman, Cinévie du 13 janvier 1948)
Anticipation : on prépare les morts que ne manquera pas de faire la bataille d’Orléans.
Ces mercenaires sont des acrobates qui plongeront du haut des remparts, avant de devenir des morts historiques. (Tournage du film sur Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman, Cinévie du 13 janvier 1948)
Ces mercenaires sont des acrobates qui plongeront du haut des remparts, avant de devenir des morts historiques.
Tandis que, mettant à profit quelques secondes de mi-temps, ses compagnons commentent diversement les évènements, un soldat français cherche dans le «Los Angeles Times» un communiqué de guerre sérieux. (Tournage du film sur Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman, Cinévie du 13 janvier 1948)
Tandis que, mettant à profit quelques secondes de mi-temps, ses compagnons commentent diversement les évènements, un soldat français cherche dans le Los Angeles Times un communiqué de guerre sérieux.

Dans quelques semaines, le plus important monument cinématographique jamais entrepris par Hollywood sera achevé. Victor Flemming aura, huit ans après son fameux Autant en emporte le vent, donné aux Américains leur second film du siècle. Ingrid Bergman aura réalisé le rêve de sa vie et Jeanne d’Arc cessera d’être une héroïne nationale d’intérêt français pour devenir une vedette de renommée mondiale, car il y a eu autant de rivalités autour du rôle de Jeanne qu’autour du rôle de Scarlett O’Hara. Les éleveurs de l’Oklahoma connaîtront bientôt la bergère de Domrémy et le technicolor prouvera — pour autant que cela reste encore à prouver — que son pouvoir de persuasion est autrement étendu que celui des écrits de M. de Voltaire.

Les premiers documents photographiques parvenus à Paris et nous révélant ce qui se passe aux studios Halroach de Culver City (qui abritent actuellement Domrémy, Chinon, Reims et quelques localités de moindre envergure) tendent à démontrer que les choses y sont prises très au sérieux et que ceux qui se livreraient par anticipation à de joyeuses plaisanteries au sujet de Jehanne, the good Lorraine revue (à grand spectacle) et corrigée par Hollywood, pourraient bien avoir tort. Même, en tout cas, si Hollywood se trompe, il n’aura jamais fait autant d’efforts pour ne point se tromper.

Voici d’ailleurs comment naquit Jeanne d’Arc, du moins celle de Maxwell Anderson qui, du train où vont les choses, promet de faire pour le moins autant de bruit que l’autre.

Au début de l’hiver dernier, Victor Flemming s’était rendu à New-York pour entretenir Ingrid Bergman d’un certain projet. Il en profita naturellement, pour aller la voir et l’entendre jouer Joan of Arc. Dès les premières répliques de Bergman, Flemming eut l’impression très nette qu’il s’était trompé quant au but de son voyage… Il ne pouvait pas être venu pour autre chose que pour offrir à Bergman de faire passer Jeanne de la scène à l’écran.

Flemming dressa son plan de travail : Bergman serait Jeanne d’Arc. Maxwell Anderson (qui connaissait la question) écrirait le script. Les commanditaires fourniraient ce qu’on leur demanderait, c’est-à-dire cinq ou six millions de dollars si tout allait bien…

Ni Bergman, ni Anderson, ni le commanditaire ne se firent prier. Dès lors il fut entendu une fois pour toutes que Jeanne d’Arc serait non seulement le plus beau film de l’année ou même de la génération, mais un monument.

Il n’y avait dès lors plus à discuter et la recherche des indispensables matériaux commença. On emprunta successivement les ouvrages historiques à la bibliothèque du Congrès, des documents au Metropolitan Museum et le Père Doncœur à l’ordre des Jésuites.

Jusqu’ici Ingrid Bergman n’avait jamais participé à l’élaboration des films dont elle était la vedette. Mais pour Joan cela se passa différemment.

Elle est certaine de connaître son sujet. D’ailleurs, si elle présumait par trop de ses connaissances, le Père Doncœur serait là pour un coup.

C’est sur le conseil d’André Snœck, jeune jésuite belge, professeur de théologie à la Faculté jésuite de Louvain que les producteurs ont fait venir le Révérend Père Doncœur. Dans tous les cas douteux, ils s’adressent à ce savant ; français de réputation mondiale, considéré comme le plus éminent spécialiste pour tout ce qui concerne la France au Moyen âge, auteur de L’Étude.

Ils lui ont envoyé un câble circonstancié dans les premiers jours de juillet, l’invitant à se rendre à Hollywood pour les guider dans leur travail. Leur projet lui sembla honnête et sérieux, digne d’aide, et il accepta, précisant qu’il ne pourrait rester à Hollywood que trois semaines.

Les trois semaines sont passées, et le révérend père Doncœur est toujours à Hollywood. Il a prolongé son séjour parce qu’il estime que l’aventure dans laquelle se sont lancés les hommes de la Sierra en vaut la peine.

Le Père Doncœur n’a pas ménagé sa collaboration, même dans les détails tels que la musique, les chants et les marches militaires de l’époque. On s’adresse à lui dans tous les cas litigieux. Il est considéré dorénavant comme le seul spécialiste en ce qui concerne Jeanne d’Arc (dont il devient en quelque sorte le manager) et, en général, la France du Moyen âge.

Et pour prouver sa reconnaissance au religieux et lui laisser un bon souvenir de son séjour à Hollywood, Ingrid Bergman a voulu que Hollywood s’intéressât aux orphelins dont s’occupe en France le Père Doncœur. Elle a demandé à tous, au studio, d’apporter un paquet des vêtements de leurs enfants qu’ils pouvaient donner. Durant les prises de vues, elle a interrompu le travail, criant : N’oubliez pas les orphelins du Père Doncœur.

— J’ai lu tant de choses sur Jeanne d’Arc que je crois pouvoir donner mon opinion sur la façon de faire le film, nous a, par ailleurs, déclaré Ingrid Bergman. Je prends part aux conseils de guerre. Non, ne dites pas que je dirige les opérations, ce n’est pas vrai. Lorsque les prises de vues seront terminées, je ne me désintéresserai pas du film. J’encombrerai la salle de découpage. Je veux suivre le film depuis le début jusqu’à la fin…

Y compris celle des capitaux, car Bergman ajoute :

— Quand on fait un film comme Joan, il ne peut être question de regarder à la dépense. Vous voulez réaliser l’histoire la plus passionnante de tous les temps, et vous vous dites : Rien ne sera assez beau. Je tourne pour la postérité !

Mais ils n’en sont pas encore là. Et en attendant de montrer le vrai visage de Jeanne aux enfants des écoles, on travaille à le modeler dans les plus infimes détails. C’est ainsi que Noël Howard est en train de travailler sur des armoiries. Il avait déjà dessiné trente-cinq blasons, tous authentiques, qui seraient reproduits sur les cottes de mailles des guerriers, le blason de La Trémouille, celui de la Maison d’Alençon, celui de Baudricourt… etc…

Les armures donnent également beaucoup de soucis aux techniciens du vêtement. Elles sont en magnésium (commandé à des firmes spécialisées) qui est, comme l’on sait, plus léger que l’aluminium. L’épée de Jeanne pour la scène du couronnement a été faite en aluminium par l’expert du Metropolitan Museum.

La toute puissante Mme Kerinska, qui est à la tête du service des costumes, nage dans les pièces de velours de couleur lie de vin pour le Dauphin. Le tissu, qui est fané, a été acheté chez un brocanteur. Mais il faut qu’il ait l’air encore plus minable. La Cour du Dauphin était pauvre ! précise Mme Kerinska, avec tout l’intérêt que les Américains portent à la pauvreté de l’Europe.

— Dans la scène de Chinon, toutes les couleurs sont éteintes. Nous avons donné à la scène un aspect de vieille tapisserie… et dans la première scène, la seule couleur brillante est la jupe rouge de Jeanne. Il y a ensuite un crescendo d’éclat dont l’apothéose sera la scène du couronnement, puis de nouveau un decrescendo.

Il y a un total d’environ 1.500 costumes différents que nous avons dû préparer.

Ce qui a permis au Père Doncœur, ravi, de déclarer à la sortie d’une projection :

Ce que je viens de voir dépasse de loin ce que j’espérais. Les Américains sont étonnants. J’avais apporté avec moi de nombreux livres, dont certains fort rares. Eh bien, ils les avaient déjà tous sauf deux. Je tiens à rendre hommage à la conscience et au respect avec lesquels ils ont abordé ce saint sujet.

— Et Ingrid Bergman ?

— Elle est parfaite. Elle a saisi l’esprit, de Jeanne. Le film satisfera les Français les plus pointilleux. Ingrid Bergman sera vraiment Jeanne d’Arc.

Ainsi soit-elle ! C’est, d’accord avec le Père Doncœur, la grâce que nous lui souhaitons.

(Photos R.K.O.)

Sainte Ingrid, son armure et son fier palefroi... ou «Joan of Arc» telle qu’elle apparaîtra aux Anglois étonnés et aux Américains ravis. (Tournage du film sur Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman, Cinévie du 13 janvier 1948)
Sainte Ingrid, son armure et son fier palefroi… ou Joan of Arc telle qu’elle apparaîtra aux Anglois étonnés et aux Américains ravis.

Paris-presse
11 mars 1948

Brève interview du père Doncœur sur son expérience de conseiller technique à Hollywood.

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Conseiller technique de Jeanne d’Arc, le R. P. Doncœur admire Ingrid Bergman et John Ford… mais se méfie du cinéma.

Il y a quelques mois, lorsque, après le match France-U.S.A., Ingrid Bergman décida de tourner Jeanne d’Arc, les producteurs hollywoodiens offrirent une consolation à la France.

— Nous tournons le film avec nos moyens, lui dirent-ils, et vous, vous nous envoyez un conseiller historique.

Taisant sa rancœur, la France répondit O. K. et s’inquiéta du conseiller. On fit pressentir un écrivain de la revue Études, le R. P. Doncœur fort réputé pour sa connaissance de l’Histoire. Celui-ci accepta et prit le chemin des Amériques.

Maintenant Jeanne d’Arc est terminée, le R. P. Doncœur a regagné son studieux couvent de la rue Monsieur, lourd de quelques nouveaux secrets.

Quand Ingrid Bergman exprima le très vif désir de tourner une Jeanne d’Arc, on se méfia beaucoup.

— Qu’est-ce qu’ils vont en faire ! s’exclama-t-on.

Nous en jugerons bientôt. En attendant, le R. P. Doncœur, qui fut appelé en qualité de conseiller… technique, nous donne ses impressions personnelles.

— J’avais peur… J’avais très peur… Et puis J’ai connu et suivi Victor Fleming dans son travail. Me voilà rassuré. Le scénario est à l’inverse de ce qu’a fait autrefois Carl Dreyer. C’est-à-dire qu’il reconstitue la vie de Jeanne en tant que fresque historique. C’est simplement une histoire et cela est très important pour le public mondial qui connaît fort peu la véritable vie de Jeanne. Nous en verrons donc les grands épisodes : Jeanne dans sa famille, à Chinon, à Orléans, à Reims, dans sa prison.

Sur Ingrid Bergman, le R. P. Doncœur est enthousiaste :

— Elle a rêvé toute sa vie de ce rôle et elle y apporte une présence extraordinaire.

Tandis qu’il était à Hollywood, le révérend père a rencontré John Ford qui lui a fait une grosse impression.

— Il revenait du Mexique où il venait de tourner The Fugitive… John Ford est un homme inoubliable.

— Avez-vous vu certains films encore inconnus en France ?

— J’ai vu, en particulier, Gone with the wind (Autant en emporte le vent). Une grande fresque… Mais il y a trop de richesse. Cela est à éviter. Là-bas, hélas ! la tentation est de faire de plus en plus somptueux et cela distrait du drame profond. Au siège d’Atlanta, il y a peut-être 400 cadavres sur une place.

— Ne verra-t-on pas dans Jeanne d’Arc de telles scènes ?

— Non. Elles ont été évitées. La seule scène du genre est celle de la prise des Tourelles à Orléans. Mais on ne pouvait pas ne pas la montrer.

Le très cinéaste R. P. Doncœur poursuit d’ailleurs sa pensée selon une esthétique… expérimentale :

— Avec ce que je sais, je pense que le film est un genre très dangereux. C’est le moins bon. Quand en fait trop historique, on sent trop que les personnages ne sont que des acteurs.

Après une telle profession de foi, l’envie me prit de demander au R. P. Doncœur s’il accepterait de retourner à Hollywood.

Mais je m’en suis tins à l’envie.

Pierre Berger.

La Croix
14 mars 1948

Compte-rendu de la conférence de Doncœur sur son séjour à Hollywood, donnée le vendredi 12 mars à l’Alliance française.

Lien : Retronews

Jeanne d’Arc vue d’Hollywood, par le R. P. Doncœur, S. J.

Cinéastes, journalistes et ceux qui s’intéressent vivement à tout ce qui touche notre Sainte et notre héroïne nationale, vinrent nombreux, vendredi soir, à l’Alliance française, écouter le récit des impressions du R. P. Doncœur, revenu récemment d’Amérique, et qui fut le conseiller technique d’un film sur Jeanne d’Arc, actuellement tourné dans les studios d’Hollywood.

En juillet dernier, en effet, le R. P. Doncœur recevait un télégramme de 300 mots de la Motion Pictures Association of America, le priant de bien vouloir accepter d’être le conseiller technique du film sur Jeanne, qui devait être tourné à Hal-Roach, un des studios d’Hollywood.

Nul n’était mieux qualifié que le directeur des Cahiers du Cercle de Sainte-Jeanne pour accomplir cette mission. Il eût été par conséquent difficile au R. P. Doncœur de refuser, en ce qui fut fait…

Voulant situer l’ensemble de ses impressions dans l’ordre de grandeur qui leur convenait, l’orateur fit tout d’abord le récit de ses premiers contacts avec Los Angeles, cette ville californienne constellaire dont Hollywood n’est qu’une étoile, cette agglomération de 3 millions d’habitants avec ses 108 kilomètres de longueur.

Adapté à cette nouvelle vision d’optique, il fut ainsi plus facile à l’auditoire d’envisager à quelle échelle le film sur Jeanne d’Arc avait été conçu. Les premiers détails en révélèrent de suite la nécessité. En effet, 4 millions de dollars, soit près d’un milliard et demi, ont été utilisés pour la réalisation de ce film.

Quand à l’origine, elle est due à Miss Ingrid Bergman qui, l’hiver précédent, avait incarné le rôle de Jeanne dans la pièce tirée de l’ouvrage de Maxwell Anderson : Joan of Lorraine, et désireuse de la renouveler à l’écran. Notons qu’enfant déjà, celle-ci avait toujours souhaité incarner notre héroïne.

Le scénario n’est autre que la vie de Jeanne non concentrée sur le drame final, il est une véritable fresque d’histoire. Aussi, soucieux d’avoir des témoignages véridiques, les Américains ont-ils traduit intégralement du latin en anglais le récit du procès de Quicherat. Néanmoins, malgré cette sage précaution, à la demande du R. P. Doncœur, le scénario du procès lui-même dut être recomposé. Erreurs psychologiques, plus grave encore, erreurs théologiques, quoi qu’il en soit, les Américains ont montré leur souci d’objectivité et leur bonne volonté : cette soumission et cette acceptation ne pourront qu’influencer favorablement le public français, lors de la parution du film sur nos écrans.

Mais passons aux jugements, les détails nous ayant été abondamment donnés dans un article paru dans la Croix du 15 septembre. Le R. P. Doncœur, se plaçant au-dessus de toutes vues partisanes, parlant en technicien et témoin oculaire, n’a pas hésité à communiquer ses espoirs comme à avouer ses craintes.

Il est évident qu’au point de vue littéraire, un scénario d’un Jean Anouilh, par exemple, eût été incomparablement supérieur ; il est non moins évident aussi que les sites, si poétiques soient-ils d’Hollywood, ne remplacent pas ceux des coteaux de la Meuse, et que rien ne peut remplacer une fille de chez nous et des paysans de chez nous… autant de facteurs qui sont appelés à nous décevoir lorsque nous verrons Miss Ingrid Bergman sur nos écrans. D’autre part, il est vrai que l’abondance des spectacles à grande démonstration estompe quelque peu la réalité psychologique trop profondément humaine du personnage principal.

Néanmoins, le R. P. Doncœur le certifie, le film promet d’être une brillante réussite. Tout d’abord, le jeu magnifique, si simple d’Ingrid Bergman en est un sûr garant ; il n’est d’ailleurs nul besoin d’insister. Ensuite, le film répond merveilleusement à la psychologie américaine, ce dont nous ne saurions lui faire reproche. Une pareille entreprise, les capitaux exigés, ne peut se permettre de négliger le succès commercial. Et si nous ne retrouvons pas, dans quelques mois, notre Jeannette, la fille à Jacques d’Arc, gardant les moutons de son père dans son petit village de Domremy… soyons cependant heureux que la France soit incarnée et montrée en Amérique dans la plus pure héroïne de son histoire.

J. Mervil.

L’Aube
17 mars 1948

Compte-rendu de la conférence de Doncœur sur son séjour en Amérique (probable résumé de l’article de La Croix du 14 mars).

Lien : Retronews

De retour d’Hollywood, le R.P. Doncœur parle de la Jeanne d’Arc américaine

Rentré d’Amérique, le R P. Doncœur a fait une intéressante conférence sur ses impressions de séjour et son rôle comme conseiller historique du film américain en couleurs sur Jeanne d’Arc.

Le P. Doncœur a décrit les vastes perspectives de Los Angeles, dont Hollywood n’est qu’un petit coin, inexplicablement choisi comme symbole. Il a été frappé par l’activité et le sérieux du travail dans les studios, poursuivi sans arrêt et sans fantaisie, avec une conscience enviable.

La Jeanne d’Arc américaine a été souhaitée par Ingrid Bergman, qui en est la vedette. Les capitaux engagés se montent, en francs français, à un milliard et demi. Il est réalisé en technicolor, dans les tons de tapisserie.

Le P. Doncœur a été appelé par les conseillers techniques des producteurs, soucieux de vérité historique. Ils ont bien expliqué que leur Jeanne d’Arc, destinée au public américain, devait être faite pour lui plaire. Ils n’en ont pas moins accepté, dans les lignes générales, les modifications suggérées par le P. Doncœur, notamment pour la partie du procès.

Le film, dont le père n’a pas vu le montage, promet donc d’être suffisamment satisfaisant. Le P. Doncœur estime que la France n’en devra pas moins réaliser, bientôt, son film sur Jeanne d’Arc, qui aura certainement une qualité que se mettent à souhaiter les Américains : être différent.

J. M.

La Vie catholique illustrée
4 avril 1948

Interview du père Doncœur par Georges Hourdin, sur son séjour à Hollywood.

Lien : Gallica

Retour de Hollywood, le R. P. Doncœur nous parle de Jeanne d’Arc et d’Ingrid Bergman.

Le R. P. Doncœur, conseiller ecclésiastique du film, s'entretient avec Ingrid Bergman (Hollywood 1947)
Le R. P. Doncœur, conseiller ecclésiastique du film, s’entretient avec Ingrid Bergman.

Le Père Doncœur était à Hollywood. Nous avons donné de ses nouvelles à nos lecteurs à différentes reprises et nous leur avons signalé qu’il collaborait à la réalisation d’un film sur la vie de Jeanne d’Arc, dont le principal rôle était tenu par Ingrid Bergman.

Le Père Doncœur, une fois sa tâche terminée, vient de rentrer en France et nous avons eu le plaisir de le rencontrer dans une maison amie. Nous l’avons trouvé toujours semblable à lui-même, grand, droit et vibrant. Nous lui avons demandé de bien vouloir donner pour les lecteurs de la Vie Catholique quelques-unes de ses impressions d’Amérique.

Comment je suis allé à Hollywood

— Mon Révérend Père, lui avons-nous dit, comment la RKO qui est, croyons-nous, la société productrice du film sur Jeanne d’Arc a-t-elle songé à vous demander votre collaboration ?

— Ce n’est point la RKO qui est à proprement parler la société productrice du film dont vous parlez. En Amérique, l’impôt sur le chiffre d’affaires des sociétés de cinéma est un impôt progressif. Pour échapper à cette législation, les grandes sociétés américaines, lorsqu’elles entreprennent un grand film, fondent une société nouvelle à la constitution de laquelle participent les acteurs. Pour le film sur Jeanne d’Arc, la RKO n’a donc pas agi seule. Elle a constitué avec Ingrid Bergman, MM. Victor Fleming et Walter Wanger la Société Sierra Pictures I.N.C., dont le chiffre d’affaires sera naturellement limité aux dépenses de ce seul film et qui paiera, par conséquent, moins d’impôts.

Mais ce n’est même pas cette société qui a fait appel à moi. C’est la Motion Picture Association of America qui m’a demandé d’aller l’aider à contrôler le scénario du film sur Jeanne d’Arc.

Un bureau central de contrôle

— Quel est donc le rôle de la Motion Picture Association of America ?

— Cette association a été créée par les grandes sociétés de production comme un bureau de contrôle pour assurer le respect de la législation établie par le Code du Cinéma. Tous les scenarii sont discutés au bureau de cette association et censurés. Les compagnies se soumettent à ses décisions. Le vice-président de cette association est un catholique. Lorsque le scénario de Jeanne d’Arc lui fut soumis, elle chercha un prêtre catholique capable de la conseiller dans la supervision de ce film. Elle n’en rencontra ni en Amérique, ni au Canada. Quelqu’un lui ayant signalé les études que j’avais faites sur Jeanne d’Arc, elle m’a appelé et ce fut là l’origine de mon séjour à Hollywood.

Comment fut réalisé le film sur Jeanne d’Arc

— Avez-vous eu à faire preuve de sévérité ?

— Lorsque, à mon arrivée, je lus les scènes du procès, j’ai refusé le scénario. Tel qu’il était conçu primitivement, le procès de Jeanne d’Arc ne rendait pas compte de la vérité historique. En réalité, sous couleur de préoccupation religieuse, le procès de Jeanne d’Arc ne fut qu’un procès politique.

Le procès de Rouen a été voulu par les Anglais, payé par eux, gouverné par eux. Il a provoqué la protestation de plusieurs juges et notamment celle de l’évêque d’Avranches. Il a été tenu contre les règles canoniques. Il n’a pas respecté l’appel au Pape que Jeanne d’Arc avait lancé et qui avait valeur suspensive. Notre effort a été de bien rétablir le procès dans sa vérité.

— Les prises de vues de la mort de Jeanne d’Arc ont dû être difficiles à réaliser ?

— Vous savez, nous répond le Père Doncœur en riant, que les grandes vedettes américaines ont des doubles et qu’elles ne jouent pas tout le temps. Elles ne jouent pas non plus les scènes dangereuses. Une jeune femme ayant à peu près la taille, et l’aspect d’Ingrid Bergman passait ses journées avec les metteurs en scène pour préparer l’angle des prises de vues et les éclairages. Ingrid Bergman se contentait de jouer les scènes lorsque tout était prêt. Enfin Ingrid Bergman avait aussi quatre doubles qui jouaient les scènes dangereuses. De même que c’est un sosie qui a joué la fin de Pour qui sonne le glas, c’est un de ces doubles qui joua la scène du bûcher. Cette scène fut d’ailleurs prise dans un grand ranch en pleine campagne, qui appartient à la RKO et qui contient entre autres décors tout montés, la reconstitution d’un village du moyen âge et une grande façade de Notre-Dame de Paris.

Une merveilleuse actrice : Ingrid Bergman

— Que pensez-vous d’Ingrid Bergman ? Avez-vous été content des rapports que vous avez pu avoir avec elle ?

— Oh ! dit le Père Doncœur, Ingrid Bergman est une merveilleuse actrice qui n’a rien de la star comme on l’imagine d’habitude. Elle se refuse à toute publicité tapageuse. Elle joue sans maquillage. C’est son mari, médecin dans un hôpital, qui lui sert de représentant auprès des firmes. Elle a une petite fille qu’elle élève le plus simplement possible. Elle aime vraiment son métier pour lui-même, et sa personnalité qui est grande est extrêmement attachante.

Nous quittons le Révérend Père Doncœur en pensant qu’Ingrid Bergman a un admirateur de plus et que le film sur Jeanne d’Arc doit être aussi réussi qu’un film en technicolor peut l’être.

G. H.

Paris-presse
25 septembre 1948

À l’occasion du passage d’Ingrid Bergman à Paris, évocation de son pèlerinage à Domrémy en compagnie du père Doncœur.

Lien : Retronews

Ingrid Bergman recevra demain l’Oscar français.
Rossellini songe à engager l’interprète de Jeanne d’Arc.

Ingrid Bergman est venue en Europe pour tourner à Londres le film d’Alfred Hitchcock, mais elle pensait aussi prendre quelques vacances !

Ces vacances sont, hélas ! compromises, car le film de Hitchcock, Under Capricorn, a été plus long à réaliser qu’on ne le pensait, et Ingrid Bergman, jusqu’à présent, n’a eu que de rares loisirs.

On sait que son vœu le plus cher a quand même, été exaucé : Ingrid a été visiter Domremy, Vaucouleurs, Orléans et Reims, et l’interprète de Jeanne d’Arc, accompagnée du Père Doncœur, a accompli ce pèlerinage loin des reporters indiscrets.

Ingrid Bergman, dont nous avons pu apprécier le tact lors de son passage à Paris, est une star qui comprend les obligations de son métier ; elle est aimable avec la presse — mais c’est une femme adorablement fine et intelligente, qui entend ne pas se laisser importuner par les échotiers. Sa vie privée lui appartient, et quand un reporter par trop indiscret lui pose une question sur son mari par exemple, Ingrid Bergman a une réponse toute prête :

— Excusez-moi, mais mon mari est médecin, et le conseil de l’ordre des médecins est très strict sur les questions de publicité.

Bergman, lors de ses débuts à Hollywood, ne parlait pas très bien l’anglais, et il lui arriva de dire le contraire de ce qu’elle voulait exprimer ; aussi, se méfie-t-elle maintenant de ses déclarations à la presse hollywoodienne.

— D’ailleurs, ajoute Ingrid Bergman, si je suis l’ennemie née des questions dans le genre de : Quelle sorte de chemise de nuit portez-vous ? c’est que j’estime que ce sont là des choses particulièrement inintéressantes, et, à mon sens, la vie intime des artistes ne devrait pas être étalée dans les colonnes des journaux ! Par contre, si un journaliste me parle de Jeanne d’Arc, je veux bien bavarder avec lui pendant des heures. J’aime Jeanne d’Arc depuis que j’étais une petite fille. Pendant des années, j’ai rêvé d’incarner un jour cette admirable héroïne, et, sans tomber dans le ridicule, je voudrais dire que, pour moi, il s’agissait évidemment d’un rôle… Mais surtout d’une mission ! Je voudrais que chacun aime et comprenne Jeanne d’Arc autant que je le fais moi-même.

Rossellini ?

Ingrid Bergman aura terminé son film vendredi à Londres et sera samedi à Paris.

— Je ne pourrai rester que quarante-huit heures, explique Ingrid Bergman, et j’ai un double but : recevoir l’Oscar français qui m’a été décerné à la suite d’un double referendum auprès des cinéastes et du public français, et rencontrer Roberto Rossellini.

Samedi soir, en effet, c’est au musée du Louvre qu’une éminente personnalité française remettra à Ingrid Bergman cet Oscar qui représente la Victoire de Samothrace… et c’est au pied de la fameuse statue qu’aura lieu cette remise qui, pour être solennelle, n’en conservera pas moins un caractère sinon d’intimité, du moins de dignité, comme le souhaite Ingrid Bergman.

Puis Ingrid Bergman verra Roberto Rossellini, avec qui elle doit tourner un prochain film, mais le réalisateur de Rome, ville ouverte et l’interprète de Jeanne d’Arc sont d’une égale discrétion et répondent :

— Ce n’est encore qu’un projet Pourquoi en parler ?

La vie de famille

Ingrid Bergman retrouvera à Paris son mari, le docteur Peter Lindström, qui revient d’un congrès de médecins en Finlande, et tous deux, après Paris, partiront, enfin, pour la Suède, où les attend la jeune Mlle Pia.

La fille d’Ingrid Bergman — Pia, dix ans — ne parle que l’anglais, et elle séjourne actuellement chez son grand-père, qui ne s’exprime qu’en suédois.

Ingrid Bergman a téléphoné en Suède pour savoir comment Pia s’entendait avec son grand-père. Ce dernier a déclaré :

— Notre ménage est parfait. Nous ne nous exprimons que par gestes, mais nous nous comprenons parfaitement.

Ingrid Bergman est très émue de retrouver la Suède qui se prépare à l’accueillir avec un faste inouï.

Que de chemin parcouru depuis l’École royale dramatique de Stockholm, où la jeune Ingrid suivait des cours avant de devenir la partenaire de Gösta Ekman, avec lequel elle tourna Intermezzo, qui devait lui ouvrir les portes des studios de Hollywood !

C’est en 1939 que David O. Selznick l’engagea à Hollywood, où elle débuta dans un remake d’Intermezzo, premier film américain qui devait être le prélude d’une carrière foudroyante, allant du Dr. Jekyll et Mr. Hyde à Casablanca, Les Cloches de Sainte-Marie, Pour qui sonne le glas, Hantise, La Maison du Docteur Edwardes, Arc de Triomphe et à Jeanne d’Arc et Under Capricorn.

Après un trop bref séjour en Suède, dés le 17 octobre, Ingrid Bergman, le docteur Lindström et leur fille Pia repartiront pour Hollywood, et j’imagine que, cette fois, les reporters californiens n’estimeront plus qu’Ingrid est uncooperative, car l’interprète de Jeanne d’Arc pourra leur raconter son pèlerinage de Domremy à Orléans… et c’est là un sujet qu’elle traitera avec émotion !

Marcel Idzkowski.

Combat
31 mars 1949

Dans une conférence de presse à Rome le 30 mars sur le film Jeanne d’Arc, le père Doncœur s’est exprimé sur l’abjuration de Jeanne :

La formule effectivement prononcée par la Sainte ne contient pas les aveux de tous les crimes que ses accusateurs lui ont attribués ultérieurement.

Lien : Retronews

Le P. Doncœur : L’évêque Cauchon connaissait la tactique des aveux Mindszenty

[Note. — L’expression renvoie aux aveux extorqués au cardinal József Mindszenty lors de son procès truqué par le régime communiste hongrois en février 1949.]

Rome, 30 mars. — En présence de M. Wladimir d’Ormesson, ambassadeur de France près le Saint-Siège [oncle de l’académicien Jean d’Ormesson, 1925-2017], et de nombreuses autres personnalités françaises et Italiennes, le P. Doncœur a tenu aujourd’hui une conférence de presse sur le film Jeanne d’Arc, tourné récemment par Ingrid Bergman.

Le P. Doncœur qui, à la demande des producteurs américains, a collaboré à la rédaction définitive du scénario, a donné quelques indications sur les recherches historiques qu’il a entreprises à cet effet sur le procès de Jeanne d’Arc.

Il résulte notamment, a-t-il dit, de la lecture des minutes du procès de Rouen, que la formule d’abjuration attribuée à Jeanne d’Arc dans les comptes-rendus officiels postérieurs de quelques années au procès lui-même, a été falsifiée par l’évêque de Beauvais, Cauchon. La formule effectivement prononcée par la Sainte ne contient pas les aveux de tous les crimes que ses accusateurs lui ont attribués ultérieurement.

La Vie catholique illustrée
17 avril 1949

Sortie française du film Jeanne d’Arc de Victor Fleming, avec Ingrid Bergman.

Lien : Gallica

Par le sacrifice de sainte Jeanne d’Arc, la France ressuscite

Ce film, tourné à Hollywood par Victor Fleming, avec Ingrid Bergman dans le rôle de Jeanne, ne sera présenté au public français qu’en novembre prochain. Production d’une ampleur extraordinaire (coût de la production et de la publicité : 2 milliards 250 millions de francs), cette bande en technicolor ne réussira peut-être pas à éblouir le public français. Mais les conseils qu’a prodigués le R. P. Doncœur aux réalisateurs nous sont du moins une raison d’espérer que les grandes lignes de l’Histoire aient été respectées. Nous remercions RKO Radio Film de nous avoir permis de présenter ici quelques vues choisies de cette grande réalisations.

[Suivent sept photos du films, que l’on retrouve dans l’album Jeanne d’Arc du père Doncœur.]

Mercure de France
1er mai 1949

Sommaire de la Revue internationale du cinéma : Doncœur y présente Ingrid Bergman dans Joan of Arc.

Lien : Retronews

Revue internationale du cinéma. — […] Le R. P. Doncœur présente Ingrid Bergman dans Joan of Arc.

Le Républicain du Haut-Rhin
22 octobre 1949

Article sensationnaliste qui affirme que le père Doncœur aurait retrouvé l’original de la minute française des interrogatoires de Jeanne d’Arc. (Il s’agit en fait du ms. d’Orléans, connu depuis plus de deux siècles.)

Article en allemand.

Lien : Retronews

[Traduction du début de l’article :]

La minute des interrogatoires de Jeanne d’Arc lors de son procès en sorcellerie retrouvée

Paris (AFP). — Une découverte faite récemment à la bibliothèque municipale d’Orléans suscite un vif émoi dans toute la France. Il s’agit de l’original de la minute des interrogatoires du procès pour sorcellerie de Jeanne d’Arc à Rouen. Jusqu’à présent, seule une version latine était connue, utilisée par tous les historiens pour reconstituer la vie de la jeune paysanne lorraine, mais elle présentait le défaut de déformer manifestement de nombreuses déclarations de l’accusée.

Le texte original récemment découvert permettra d’éclairer le procès de la Pucelle d’Orléans sous un jour entièrement nouveau. La découverte est due au père Doncœur, dominicain et éminent spécialiste du sujet, qui était présent en tant que conseiller historique lors du tournage du film sur Jeanne d’Arc dont la première française vient d’avoir lieu à Paris, après sa projection à Hollywood. […]

[Article original :]

Das Vernehmungsprotokoll aus dem Hexenprozess gegen Jeanne d’Arc aufgefunden

Paris. (A.F.P.) — In der städtischen Bibliothek in Orléans wurde ein Fund gemacht, der in ganz Frankreich grosses Aufsehen hervorruft. Es handelt sich um das Original des Vernehmungsprotokolls aus dem Hexenprozess gegen Jeanne d’Arc in Rouen. Bisher nur eine lateinische Fassung bekannt, die von allen Historikern zurückübersetzt und bei der Beschreibung der Lebensgeschichte des lothringischen Bauernmädchens benutzt worden ist. Es haftete ihr jedoch der Mangel an, dass sie viele Äusserungen der Angeklagten sichtlich entstellt wiedergab.

Der jetzt aufgefundene Originaltext wird den Prozess der Jungfrau von Orléans in ganz neuem Lichte erscheinen lassen. Die Entdeckung ist dem Dominikaner pater Doncoeur zu verdanken, der, ein guter Kenner der Materie, als historischer Ratgeber bei den Aufnahmen des Jeanne d’Arc-Films, der soeben in Paris seine französische Erstaufführung erlebte in Hollywood beiwohnte.

Die Pariser Galavorstellung fand zugunsten des Wiederaufbaus des Jeanne d’Arc-Museums in Orléans statt. Pater Doncoeur weilte auf Einladung der Stadtverwaltung in Orléans. Bei eiser Richtung der dortigen Staatsbibliothek fiel ihm unter den aufbewahrten Archiven ein Manuskript in die Hände, das bisher anscheinend von niemanden als das Original des Vernehmungsprotokolls aus dem Hexenprozess in Rouen erkannt worden war.

Es besteht allerdings die Möglichkeit, dass der verstorbene Dichter Charles Péguy für sein umfangreiches Jeanne d’Arc Drama unter Verschweigung der Quelle sich seiner bediente. Er lebte in Orléans und hatte leicht Zugang zu den dortigen Archiven. Seine Wiedergabe der Aussagen der Johanna weichen in wichtigen Punkten von den üblichen Texten ab.

Vielleicht vermag man bei der Lektüre des Originalprotokolls jetzt eine Erklärung dafür zu finden. Bis jetzt liess sich nicht feststellen, wie das Manuskript an dessen Verschwinden die Fälscher des Protokolls stark interessiert sein mussten, nach Orléans gelangte. Der Hexenprozess fand bekanntlich hinter verschlossenen Türen statt. Das Protokoll, das man später zur Veröffentlichung freigab — und zwar erst im achtzehnten Jahrhundert, während der Prozess bereits Anfang des fünfzehnten Jahrhunderts stattfand — war im Sinne jener zu rechtgemacht, die Jeanne d’Arc auf den Scheiterhaufen brachten.

La Vie catholique illustrée
13 novembre 1949

Compte-rendu déçu du film, par Louis Dulac.

Ce grand film est loin de répondre à notre attente. Le catholicisme doit apporter au cinéma un autre souffle et un autre art.

Lien : Gallica

Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman,
un petit film tiré d’un grand sujet

C’est la plus belle histoire du monde et elle est d’une cruauté parfaite, hélas ! Mais, pour s’en étonner outre mesure, il faudrait ne pas se rappeler comment Jésus-Christ lui-même fut traité par ceux qu’il venait sauver. Beaucoup de faits de l’histoire de sainte Jeanne d’Arc rappellent ceux de l’histoire de Jésus et ce n’est pas pour rien que cette fille extraordinaire déclarait d’elle-même, à son procès : Je suis venue de Dieu.

Cela, le film américain de Fleming, il faut le reconnaître, en tient compte. Il n’y a rien à lui reprocher sur ce qui touche au sens de la mission de Jeanne. On voit qu’un théologien a été l’assistant du réalisateur de cette œuvre considérable, qui a coûté d’énormes sommes d’argent. Le P. Doncœur, un des connaisseurs les plus avisés de Jeanne d’Arc, a signalé, je suppose, la plupart des points qui garantissent le caractère surnaturel de cette mission. Malheureusement, les cinéastes n’en ont rien tiré. Je ne vois qu’une séquence originale, et qui ait de la valeur : celle où, après le combat sanglant qu’elle a gagné, le 8 mai 1429, celui de la prise d’Orléans, Jeanne fond en larmes parce que tant de sang a été versé. Ce n’est pas à proprement parler une guerrière, une amazone : elle obéit aux ordres célestes, mais son âme de femme n’en peut plus. Pas un élément de surprise ; pas un instant, dans le long déroulement de cette bande monotone, où l’on reçoive un choc. Et Dieu sait si le sujet fournissait matière à émotion ! Il est possible qu’un public qui ne serait pas trop familiarisé avec la vie de Jeanne d’Arc, se montre moins difficile que nous, qu’il se laisse prendre au peu qu’on lui offre. C’est si beau, c’est si bouleversant, tout ce que fait, tout ce que dit Jeanne d’Arc, sainte Jeanne d’Arc.

Les critiques à faire sont nettement d’ordre technique, on le voit. Le manque de vie, de naturel, gâte un film où l’on ne demande qu’à prendre part au drame qui se joue. Déjà les couleurs désagréables de cartes postales où s’enferme l’action risquent d’indisposer. La mise en scène est banale, dépourvue de la moindre idée. Les interprètes enfin, à l’exception d’Ingrid Bergman, sont franchement mauvais. Je ne crois même pas que ce soit leur faute. Ils ont obéi aux disciplines du film. On était en droit, tout de même, d’attendre mieux du Dauphin Charles, puis du roi de France, que cette caricature tout juste digne des revues de music-hall. L’artiste s’est fait une tête qui n’est pas sans analogie avec les portraits de Charles VII que nous connaissons, mais il garde l’aspect d’un pantin d’un bout à l’autre du film, ce qui est simplement ridicule. Personnage ingrat tant qu’on voudra : encore est-il qu’il disposait d’une psychologie personnelle, ce que les Américains n’ont pas eu l’air de comprendre.

Reste Ingrid Bergman. Elle n’est pas la Jeanne d’Arc de mes rêves, je le regrette. On ne la sent pas poussée par Dieu, comme la Pucelle l’était éminemment. Ingrid Bergman joue avec un grand sérieux, et bien. Elle s’efforce à refléter les sentiments de l’héroïne, de la sainte. Elle n’a pas le don que ce rôle inouï exigeait. Elle rayonne mal. On la voudrait plus jeune, sinon plus exaltée, du moins plus impétueuse, plus enfant, plus joviale parfois. En un mot, elle prête au rôle de Jeanne d’Arc quelque chose de nordique, j’allais dire de protestant, qui ne me semble pas convenir. Ce grand film est loin de répondre à notre attente. Le catholicisme doit apporter au cinéma un autre souffle et un autre art.

Louis Dulac.

Réponse de Louis Dulac aux lecteurs l’ayant jugé trop sévère.

Lien : Gallica (11 décembre 1949)

Réponses à plusieurs au sujet de Jeanne d’Arc

J’ai reçu un abondant courrier où des lecteurs me reprochent une sévérité excessive et même injustifiée, disent-ils, à l’égard de la Jeanne d’Arc en couleurs qui passe sur les écrans. Il doit y avoir un malentendu. Je n’ai jamais eu l’intention de dissuader le public d’aller voir ce film, qui retrace consciencieusement la vie de Jeanne d’Arc. Au contraire, j’engage tout le monde à s’y rendre, ne serait-ce que pour se rafraîchir la mémoire. Je regrette seulement que ce film ne soit pas plus à la hauteur de son sujet. Je persiste à croire que l’on pouvait faire beaucoup mieux. Ceux qui ont vu naguère l’œuvre muette de Carl Dreyer, cette Passion de Jeanne d’Arc, avec Falconetti, comprendront ma déception. Le nouveau film est techniquement peu défendable, mais il contient trop d’éléments historiques dont l’évocation est toujours bouleversante pour ne pas intéresser. Mettons que, dans mon amour de sainte Jeanne d’Arc, je sois trop difficile.

L. D.

Les Lettres françaises
17 novembre 1949

Commentaire ironique (et anticlérical) sur l’article de Doncœur et sa découverte sensationnelle de ce qu’il tient pour l’original de la cédule d’abjuration dans le manuscrit d’Orléans (Nouvelles littéraires, 10 novembre).

L’ennuyant est qu’il a fallu tant de siècles aux enfants de Cauchon pour s’en apercevoir.

Lien : Retronews

Les Nouvelles littéraires apportent une révélation sensationnelle de Paul Doncœur, sur le procès de Jeanne d’Arc : Cauchon était un faussaire…

L’édition intégrale des interrogatoires français montrera combien les notaires honnêtes, et Jeanne elle-même, étaient fondés à protester contre les rédactions infidèles, que des scribes anglais voulaient faire prévaloir, et que Cauchon, plus tard, débarrassé de ce contrôle, eut tout loisir de réintroduire dans l’instrument officiel.

Nous nous permettrons une seule remarque : la révélation n’est pas sensationnelle, les Cauchon sont toujours des faussaires. L’ennuyant est qu’il a fallu tant de siècles aux enfants de Cauchon pour s’en apercevoir. Or, tous les Cauchon ne sont pas morts…

Combat
3 décembre 1949

Relation de la communication de Doncœur à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 2 décembre.

L’ennuyant est qu’il a fallu tant de siècles aux enfants de Cauchon pour s’en apercevoir.

Lien : Retronews

Le procès de Jeanne d’Arc évoqué à l’Académie des Inscriptions

Le R. P. Doncœur, qui a été le conseiller historique du film Jeanne d’Arc, a parlé hier après-midi à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres du texte du procès de la sainte.

S’appuyant sur de nombreux arguments, il s’est efforcé de prouver qu’un manuscrit du XVe siècle conservé à la Bibliothèque d’Orléans, constitue la copie la plus complète des interrogatoires de Jeanne d’Arc, copie aussi la plus fidèle qui corrige en plusieurs endroits la version latine établie postérieurement au procès.

Mercure de France
1er février 1950

Compte-rendu de la communication du père Doncœur sur le ms. 518 d’Orléans à l’Académie des Inscriptions, par Robert Laulan.

Laulan, qui assurait la chronique des travaux des Académies à la radio nationale, démêle avec une clarté remarquable les arguments avancés par Doncœur et les objections soulevées par Samaran, démontrant une compréhension aiguisée des enjeux.

Lien : Retronews

Institut et sociétés savantes. — Le texte français des interrogatoires de Jeanne d’Arc et le manuscrit 518 de la Bibliothèque d’Orléans.

Les cinéastes américains, qui ont imaginé de tourner en Californie un film sur Jeanne d’Arc, ont fait appel au R. R. Doncœur, de la Compagnie de Jésus, pour superviser leur production, ce qui a amené ce religieux scrupuleux à se retremper dans l’atmosphère du procès. Non content de relire les éditeurs des pièces de ce procès, Jules Quicherat et Pierre Champion, il est remonté, comme il se doit, aux documents originaux, c’est-à-dire aux procès-verbaux des interrogatoires de Jeanne, et il a fait à cette occasion une découverte qu’il a estimée assez sensationnelle pour en saisir deux membres de l’Académie des Inscriptions, et parallèlement la presse quotidienne et littéraire, dans le temps même où le film était projeté en France. C’est la presse — toujours un peu pressée, souvent au détriment de l’exactitude — qui a eu la primeur de la découverte du Révérend Père, et non l’Académie, ce qui a présenté des inconvénients autres que protocolaires, en obligeant l’inventeur à quelques renonciations, à la suite de la discussion dont sa thèse a été l’objet devant la docte compagnie.

Il est admis par la critique historique qu’il a existé une minute française des interrogatoires de Jeanne d’Are ; que cette minute a été remise par G. Manchon aux juges du procès de révision, conjointement à une copie officielle latine ; et que cette minute revêt un intérêt d’autant plus grand que la grosse latine fut rédigée longtemps après la mort de Jeanne, et n’est pas fidèle. Mais toutes les recherches pour la retrouver sont demeurées vaines. Cependant, L’Averdy qui, à partir de 1780, avait mené une vaste enquête à Paris, à Rome et à Rouen, dans l’espoir de remettre la main sur cette pièce essentielle, en a découvert au Dépôt de Législation et des Chartes une copie fragmentaire connue sous le nom de manuscrit de d’Urfé ; et il a provoqué la découverte d’un manuscrit qui existait à la bibliothèque de la cathédrale d’Orléans.

Les érudits Orléanais estimaient reconnaître dans ce manuscrit la minute en son intégralité, thèse soutenue par l’abbé Dubois, qui fit copier le manuscrit, édité par Buchon dans ses Chroniques (1827), et que Michaud reproduisit dans les siennes.

Nul autre que l’abbé Dubois n’étudia ce manuscrit, ni Jules Quicherat, ni Pierre Champion, qui se bornèrent à admettre que le texte d’Orléans coïncidait avec le manuscrit fragmentaire de d’Urfé, mais prétendirent — sans le démontrer — que tout le reste du document ne faisait que traduire ou abréger la rédaction latine du procès. La question est donc de savoir de quoi témoignent les parties originales du manuscrit d’Orléans, et de prouver l’homogénéité de l’ensemble. Aucun renseignement ne fournissant un argument extrinsèque, c’est à la critique interne qu’a eu recours l’auteur pour essayer de prouver l’antériorité du document français sur le latin, dont on prétend qu’il n’est qu’une copie.

Le texte latin, rédigé après la mort de Jeanne d’Arc, vers 1436, se présente sous forme de lettres patentes, écrites par Pierre Cauchon et l’Inquisiteur à la première personne du pluriel : nos episcopus…, etc. Le manuscrit d’Orléans est toujours à la troisième personne. S’il est une copie du latin, pourquoi cette différence ? D’autre part, il présente des notations cursives et des formes populaires qui paraissent lui enlever tout caractère de traduction, alors que le texte latin corrige des erreurs, ou développe attentivement des tournures elliptiques du français. Le manuscrit d’Orléans donne, par exemple, au père de Jeanne, le nom certainement authentique de Jacques Tarc ou Tart, prononcé conformément à l’usage du pays : Tar. D’autre part, il contient de nombreux détails qui ont disparu de la rédaction de Cauchon. Un rédacteur ne pouvait les connaître vers 1500 que grâce à un témoignage primitif. En fait, il apporte de nombreuses précisions que Cauchon ou son assistant Courcelles eurent soin de faire disparaître. Tel, par exemple, le secret imposé par Cauchon aux juges ou les menaces, à deux reprises fulminées contre ceux qui ne se rendraient pas aux convocations de l’évêque ; telle la suppression par Courcelles de son propre nom dans le vote du 12 mai pour soumettre Jeanne à la torture.

Ainsi, estime le R. P. Doncœur, les divergences du texte d’Orléans et du latin sont à la fois une source d’information et une preuve en faveur de son antériorité. Le cas le plus saillant lui paraît être celui de la cédule d’abjuration de Saint-Ouen, dont le manuscrit d’Orléans semble bien reproduire le texte authentique, à l’encontre du texte inséré dans le procès-verbal latin, dont les témoins de 1456 ont déclaré que c’était un faux. Pour ces diverses raisons, il estime que la publication intégrale du manuscrit d’Orléans s’impose, et si L’Averdy avait pu en prendre connaissance, il n’eût pas manqué de présenter sa découverte comme plus intéressante que celle du manuscrit lacunaire de d’Urfé.

M. Samaran qui avait accepté d’introduire la communication du P. Doncœur à l’Académie, sans être d’accord sur tous les points avec lui, répondit à celui-ci de son fauteuil vice-présidentiel, l’approuvant pleinement d’avoir soumis le manuscrit d’Orléans à l’examen serré que Jules Quicherat et Pierre Champion ont négligé de faire bien à tort. Il considère comme très sérieusement fondée l’hypothèse déjà formulée en 1827 par l’abbé Dubois, selon laquelle le texte des interrogatoires en français que donne le manuscrit d’Orléans, et qu’il est seul à donner pour la période du 21 février-3 mars 1431, serait comme celui du manuscrit d’Urfé, sinon une copie directe, du moins un reflet très fidèle de la minute française perdue. Toutefois examinant dans le détail la très longue démonstration par laquelle le P. Doncœur s’est efforcé de prouver que le texte d’Orléans ne saurait être, malgré le titre de l’œuvre, une traduction de la grosse latine, dont il diffère d’ailleurs essentiellement sur quelques points, M. Samaran met en garde celui-ci contre certains arguments exploités qui doivent à son avis être rejetés ou révisés, notamment celui basé sur le caractère cursif, populaire, du texte français par rapport au ton officiel, solennel, du texte latin. Son érudition de médiéviste lui permet précisément de citer le cas d’un auteur du XVe siècle, Jean Chartier, ayant écrit deux chroniques, l’une en français, l’autre en latin, présentant les mêmes contrastes que ceux sur lesquels le P. Doncœur a longuement et fortement fondé ses raisons.

Au sujet de la formule d’abjuration signée par Jeanne le 24 mai 1431, au cimetière Saint-Ouen de Rouen, et dont le seul texte authentique serait celui du manuscrit d’Orléans, déjà publié comme tel par l’abbé Dubois, il convient, ainsi qu’on l’a bien des fois remarqué, qu’elle cadre pour l’étendue (sept ou huit lignes de grosse écriture) et pour l’incipit (Je Jehanne) avec les témoignages oculaires produits au Procès de réhabilitation, mais qu’il y a discordance grave sur le contenu, ce qui laisse subsister des doutes. Il constate en outre, avec satisfaction, que pour expliquer la présence d’un etc., non à la fin, mais dans le corps du texte, de la formule brève d’abjuration, le R. P. Doncœur a renoncé dans sa communication à une explication produite dans un article des Nouvelles Littéraires du 10 novembre 1949, qui équivalait à une inconsciente mais véritable sollicitation de texte. L’etc. dont il s’agit est en effet de ceux dont les notaires truffaient dans des cas bien déterminés leurs minutes pour les développer dans leurs grosses, pratique dont l’évêque Cauchon se serait traîtreusement servi, selon le R. P., pour corser jusqu’à l’infamie les prétendus aveux de Jeanne. M. Samaran pense que rien de ce que nous savons de la pratique des notaires et des greffiers du XVe siècle n’autorise semblable supposition, l’etc. unique du manuscrit d’Orléans pouvant du reste s’expliquer de façon beaucoup plus simple et naturelle.

Ces réserves enregistrées, il convient de marquer tout l’intérêt de cette séance qui avait attiré quelques ecclésiastiques, et qui, dans les annales de l’Académie des Inscriptions, restera mémorable au moins pour s’être prolongée, de façon tout à fait insolite, une demi-heure au delà de l’heure traditionnelle, dans des ténèbres qui lui donnaient une allure assez inquisitoriale.

Robert Laulan.

Le Libertaire
3 février 1950

Article anticlérical évoquant plusieurs morts suspectes de catholiques, parmi lesquelles celle d’une spectatrice espagnole lors de la projection de Jeanne d’Arc, au moment où Jeanne brûle sur le bûcher.

Lien : Retronews

Morts suspectes. — Une série de décès vient de s’abattre depuis quelque temps sur des Catholiques.

[…] À Grenade, le 16 janvier, Mme Soledad Ferrer Assencio, qui assistait à la projection du film Jeanne d’Arc réalisé avec la collaboration du Père Doncœur, meurt au moment où Jeanne brûle sur le bûcher.

Les Nouvelles littéraires
5 mars 1950

Sur la vente du manuscrit de Diane de Poitiers.

Lien : Gallica

Le R. P. Paul Doncœur étudiant, ici même la semaine dernière (n° du 26 février), le manuscrit de Diane de Poitiers, annonçait qu’il était mis en vente à Londres pour la somme de cinq millions. Mais, naturellement, il n’exprimait aucune opinion sur la valeur marchande de cette copie du procès de Jeanne d’Arc, comme le titre aurait pu le laisser croire.

Les Nouvelles littéraires
23 mars 1950

Doncœur se renseigne sur une famille Tart de Lorraine, dont le nom pourrait être le véritable patronyme de Jeanne.

Lien : Gallica

Recherche en paternité. — Le R. P. Doncœur vient d’écrire au maire d’une petite commune de Lorraine pour lui demander des renseignements d’état civil concernant une certaine famille Tart.

Notre éminent collaborateur, s’appuyant sur le texte d’un document ancien, se demande en effet si ce nom ne serait pas le véritable patronyme de Jeanne. Sommes-nous donc à la veille de voir Jeanne d’Arc changer d’identité ?

— Moi, dit à l’érudit jésuite un de ses amis, je préfère d’Arc. La légende est toujours plus vraie que l’histoire.

Les Nouvelles littéraires
3 juillet 1952

Annonce la publication prochaine la Minute française, d’ores et déjà proposée en souscription.

Lien : Gallica

La vie des Lettres. — On sait l’importante contribution que notre collaborateur Paul Doncœur a apportée à la recherche de la vérité historique sur Jeanne d’Arc et dont il a, à plusieurs reprises, entretenu nos lecteurs. Il prépare un important ouvrage : La Minute française des interrogatoires de Jeanne la Pucelle qui est actuellement en souscription chez Mme G. Le Bourgeois, 68, boulevard Saint-Marcel, Paris (Ve).

La Croix
1er février 1953

Débat entre Grimod et trois historiens au Lutétia.

Lien : Retronews

Boîte aux lettres. — Le mercredi 4 février, à 20 h. 45 au Salon littéraire Lutétia (43, boulevard Raspail, débat sur le thème : Oui, Jeanne d’Arc a été brûlée, à propos de l’ouvrage de M. Grimod, qui a été convié. Interventions du R. P. Doncœur, de M. Albert Mirot, conservateur, et de Mlle Édith Thomas, archiviste aux Archives nationales.

Les Nouvelles Littéraires
17 juin 1954

Conférence commune de Paul Doncœur et Jean Guitton à l’Association universelle des Amis de Jeanne d’Arc, le lundi 21 juin à 21 h.

Lien : Gallica

Lundi 21 juin. 20 h 30 : Jeanne au bûcher, de Paul Claudel et Arthur Honegger, avec Ingrid Bergman (Opéra). 21 h : Association universelle des Amis de Jeanne d’Arc, Le Mystère de Jeanne : problèmes historiques, par le R. P. Paul Doncœur ; Jeanne et l’expérience mystique, par Jean Guitton (61, rue Madame).

La Croix
20 juin 1954

Spectacle sur Jeanne d’Arc à Mehun-sur-Yèvre ; présence de Doncœur.

Lien : Retronews

Jeanne d’Arc à Mehun-sur-Yèvre.

Encouragés par leur succès juin 1953, les Compagnons Jeanne d’Arc vont donner, à Mehun-sur-Yèvre, les 4 et 11 juillet, en matinée ; le samedi 10 juillet, en soirée, trois représentations de leur spectacle de plein air. La séance du 4 sera présidée par le R. P. Doncœur et celle du 11 par S. Exc. Mgr Lefebvre, archevêque de Bourges. Ce spectacle, donné sur une scène de 28 mètres, dans le cadre des ruines du château, est une manifestation d’art et de foi en même temps qu’un hommage à la Sainte de la patrie.

Prix des places : 300, 200, 150, 100 francs. Pour tous renseignements s’adresser à : Abbé Berthias, curé de Mehun-sur-Yèvre (Cher). Tél. : 1-99.

La Croix
9 juillet 1954

Lien : Retronews

Jeanne d’Arc à Mehun

Malgré un temps peu favorable, la première représentation de Jeanne d’Arc à Mehun-sur-Yèvre a pu avoir lieu intégralement et a remporté un vif succès. À cette manifestation d’art et de foi, la présence et la parole du R. P. Doncœur ont donné un attrait supplémentaire et une haute signification. Le P. Doncœur développa ce thème qu’a notre époque angoissée la dévotion à Jeanne d’Arc est nécessaire au peuple français et que la France a, plus que jamais, besoin de la protection de la Sainte de la patrie. L’éminent historien de Jeanne d’Arc a ensuite décrit l’état d’âme de la Pucelle, durant cet hiver de 1429, au cours duquel elle fut anoblie par le roi à Mehun ; et il évoqua cette première étape de sa passion, quand elle se sentit jalousée par les courtisans de Charles VII et abandonnée par son souverain. L’orateur devait conclure : À Paris et ailleurs, j’ai vu bien des séances de Jeanne d’Arc, avec une mise en scène somptueuse, mais je n’ai vu, nulle part, une interprétation du rôle de Jeanne d’Arc qui m’ait causé une émotion aussi profonde que celle que je viens d’avoir ici.

Une dernière soirée a lieu le samedi 10 juillet, à 20 h. 30, et une dernière matinée le dimanche 11 juillet, à 15 heures, présidée par S. Exc. Mgr l’archevêque de Bourges.

La Croix
10 août 1954

Conférence jointe de Doncœur et Jean Guitton.

Lien : Retronews

La figure de Jeanne d’Arc

L’Association universelle des amis de Jeanne d’Arc a organise une soirée, au cours de laquelle prirent la parole le R. P. Doncœur et M. J. Guitton. Le R. P. Doncœur, après avoir remis à la place quelles elles méritent les élucubrations de certains auteurs qui se prétendent historiens, a fait le bilan des documenta concernant Jeanne d’Arc qui sont parvenus jusqu’à nous et de ceux dont nous connaissons l’existence par les textes, mais qui sont encore perdus. cependant, la découverte récente de documents importants permet tous les espoirs et doit encourager le travail obscur des chercheurs. M. J. Guitton, quittant le domaine de l’histoire et se plaçant du point de vue de l’incroyant éclairé, tenta de situer Jeanne parmi les autres grands mystiques : la liberté de ses décisions vis-à-vis de Dieu et des hommes, l’équilibre et le bon sens de sa vie. la simplicité parfaite de son âme caractérisent bien le génie français.

On peut se procurer le compte-rendu de ces deux conférences en s’adressant à la secrétairerie générale de l’Association universelle des amis de Jeanne d’Arc, 52, avenue de Breteuil. Paris. VIIe.

Rivarol
5 août 1954

Relation de la nouvelle passe d’arme entre Jacoby et Doncœur dans les Écrits de Paris.

Lien : Retronews

Le R.P. Paul Doncœur répond, dans les Écrits de Paris [de juin], à l’article de J. Jacoby paru dans les Écrits de février : Qui était Jeanne d’Arc ?

Le R.P. Doncœur montre que si l’on tient Jeanne pour fille adultérine d’Isabeau de Bavière et de Louis d’Orléans, il faut la tenir aussi pour menteuse et sacrilège :

Les inventeurs de la thèse de la bâtardise affirment eux-mêmes que Jeanne savait parfaitement qu’elle était fille de la reine et que c’est le secret qu’elle révéla au Dauphin. Donc, en face des juges, la main sur les Évangiles, elle ment (puisqu’elle se déclare née à Domremy de Jacques et Isabelle Darc.

Le R. P. Doncœur fait remarquer en outre que

le lecteur français peut aujourd’hui se reporter aux sources : ce n’est plus aux inabordables volumes latins de Quicherat qu’il lui faudra recourir. Deux publications récentes mettent entre toutes les mains les pièces du dossier.

Ce sont :

  • Vie et mort de Jeanne d’Arc, par Régine Pernoud (Hachette éditeur).
  • Le procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc, par Raymond Oursel (Club du meilleur livre).
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