Dossier
Jeanne d’Arc dans les Beaux Exemples de piété filiale
Jeanne d’Arc
Cultivant toujours sans nul fruit un chétif héritage arrosé de ses sueurs, Jacques d’Arc, pauvre laboureur au village de Dom-Remy, en Lorraine, se livrait à la plus amère douleur ; et dans son affreuse misère, il entretenait souvent sa jeune famille des ravages causés par les Anglais, qui avaient envahi le royaume de France. En déplorant son triste sort, le malheureux cultivateur s’attendrissait également sur celui de Charles VII, son souverain, appelé par dérision le petit roi de Bourges.
Vivement émue par les récits et les plaintes de son père, Jeanne d’Arc, sa dernière fille, ne pouvait retenir sa colère et ses larmes. Elle s’anima de plus en plus, et le noble sentiment de la piété filiale, lui fit concevoir l’incroyable projet de délivrer tout à la fois son père, son pays et son roi.
Née avec une âme forte, et douée d’une grande sensibilité, cette simple villageoise, parvenue à peine à sa seizième année, alla avec sa mère trouver le capitaine Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs, en Champagne, et lui exposa son dessein. Ne pouvant s’empêcher de rire de sa proposition, le capitaine la renvoya en plaisantant. Elle ne se rebuta point ; l’année suivante elle alla de nouveau chez le gouverneur, et parvint à le persuader.
Afin de n’avoir aucun reproche à se faire, le seigneur de Baudricourt fit escorter Jeanne d’Arc par son frère, le sieur de Polenge, et quatre cavaliers, et il l’envoya au roi qui était à Chinon en Touraine. S’étant présentée à Charles VII avec une noble assurance, elle lui promit hautement de délivrer dans peu la ville d’Orléans assiégée par les Anglais, et de le faire couronner à Reims ; le prince et ses courtisans étonnés crurent voir quelque chose de divin dans cette fille étonnante, et après bien des formules d’examen auquel la superstition de ces temps donna lieu, on lui confia une petite armée de sept mille hommes, dont la partie militaire et la marche furent dirigées par le fameux comte de Dunois.
La singularité de ce grand événement attira nombre d’officiers distingués et de soldats électrisés par la nouvelle guerrière, et ils se rangèrent à l’envi sous ses drapeaux. Armée de pied en cap, dit un célèbre historien, maniant un cheval avec la plus grande adresse, et portant à la main une bannière consacrée, la jeune héroïne marcha à la tête des troupes, et sa présence leur fit mépriser tous les dangers.
Sept forts terribles serraient de très près la ville réduite aux horreurs de la famine ; Jeanne d’Arc avec des succès balancés, les attaqua successivement, et malgré d’extrêmes fatigues, malgré les blessures dont elle fut couverte, elle fit lever ce fameux siège en moins de six semaines.
Cet exploit mémorable fut le prélude de mille autres non moins brillants, que nous avons retracés dans sa vie si intéressante ; elle conduisit enfin le roi à Reims, et l’y fit couronner comme elle l’avait promis.
La jeune héroïne voulut se retirer après ce succès décisif, et elle n’aspirait plus qu’à retourner dans sa famille ; Charles VII l’en empêcha ; et ce fut alors qu’elle dit avec une simplesse naïve qui caractérise si bien ses tendres sentiments pour son père : Ah plût à Dieu que j’eusse la liberté de me retirer auprès de mon père et de ma mère pour les servir, et pour garder les troupeaux avec mes sœurs !
Dunois, enfant
Louis, duc d’Orléans, ayant été assassiné dans Paris, le 23 novembre 1407, par les ordres du duc de Bourgogne, cet attentat causa des guerres civiles, et de sanglantes représailles.
En effet, la duchesse d’Orléans n’eût pas plutôt appris la mort sanglante de son mari, qu’elle assembla toute sa maison et les principaux seigneurs attachés à sa famille. Prononçant alors un discours plein de cette vive éloquence qu’inspirent si bien de grands sentiments, la princesse éplorée s’écria avec l’accent de la douleur : Quel sera celui de vous, Messieurs, qui marchera le premier pour venger la mort du premier prince du sang de vos rois ?
Stupéfait et consterné de l’événement désastreux qui allait entraîner nécessairement une guerre civile, chacun observait un morne silence. Indigné que personne ne répondît, le petit comte de Dunois, fils naturel du duc assassiné, s’avança tout à coup au milieu de l’assemblée ; et bien qu’il ne fût alors âgé que de six ans et demi, il dit d’un ton animé : Ce sera moi, Madame ; et je me montrerai digne d’être son fils !…
Ces paroles énergiques ne pouvaient-elles pas faire présager dès lors ce que deviendrait un jour ce jeune enfant ? N’annonçaient-elles pas ainsi ces exploits mémorables qui, secondés du bras invincible de Jeanne d’Arc, remirent le roi Charles VII sur son trône envahi par les Anglais ?