Dépositions
Abrégé des dépositions des témoins
Sommaire des cinq enquêtes du procès
(134 dépositions, 120 témoins)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (1452)
- Premiers interrogatoires (2-3 mai)
- Seconds interrogatoires (8-9 mai)
- Enquête au lieu de naissance de Jeanne (1456)
- Domrémy (28-30 janvier)
- Jean Morel
- Dominique Jacob
- Béatrice d’Estellin
- Jeannette Le Royer
- Jean Moen
- Étienne de Syonne
- Jeannette de Vittel
- Louis de Martigny
- Thévenin Le Royer
- Jaquier de Saint-Amant
- Bertrand Lacloppe
- Perrin Drappier
- Gérard Guillemette
- Hauviette de Syonne
- Jean Waterin
- Gérardin d’Épinal
- Simonin Musnier
- Isabelle d’Épinal
- Mengette Joyart
- Jean Colin
- Colin fils
- Vaucouleurs (31 janvier)
- Toul (5-11 février)
- Domrémy (28-30 janvier)
- Enquête à Orléans (1456)
- 5 nobles (22 février - 8 mars)
- 6 prêtres et 30 bourgeois (16 mars)
- Jean Luillier
- Jean Hilaire
- Gilles de Saint-Mesmin
- Jacques L’Esbahy
- Guillaume Le Charron
- Côme de Commy
- Martin de Mauboudet
- Jean Volant
- Guillaume Postiau
- Jacques de Thou
- Denis Roger
- Jean Carrelier
- Aignan de Saint-Mesmin
- Jean de Champeaux
- Pierre Jougant
- Pierre Hue
- Jean Aubert
- Guillaume Rouillart
- Gentien Cabu
- Pierre Vaillant
- Tous les témoins
- Jean Coulon
- Jean Beauharnays
- Tous les témoins
- Robert de Sarciaux
- Maître Pierre Compaing
- Pierre de la Censure, Raoul Godart, Hervé Bonart
- André Bordes
- Jeanne de Saint-Mesmin
- Jeanne Boyleau
- Guillemette de Coulons
- Jeanne Mouchy
- Charlotte Havet
- Renaude Huré
- Pétronille Beauharnays et Macée Fagoue
- Enquête à Paris et à Rouen (1456)
- Enquête à Paris (2 avril-11 mai)
2-5 avril :
- Jean Tiphaine
- Guillaume de la Chambre
- Jean de Mailly, évêque de Noyon
- Thomas de Courcelles
- Jean Monnet
- Louis de Coutes
- Gobert Thibaut
20 avril-7 mai :
- Simon Beaucroix
- Jean Barbin
- Marguerite La Touroulde
- Jean Marcel
- Le duc d’Alençon
- Jean Pasquerel
- Jean de Lénizeul
- Simon Charles
7-11 mai (en l’absence des notaires) :
- Thibault d’Armagnac, ou de Termes
- Aimon de Macy
- Colette Milet
- Pierre Milet
- Aignan Viole
- Enquête à Rouen (12-14 mai)
- Pierre Miget
- Guillaume Manchon
- Jean Massieu
- Guillaume Colles, Boisguillaume
- Martin Ladvenu
- Nicolas de Houppeville
- Jean Le Fèvre
- Jean Lemaire
- Nicolas Caval
- Pierre Cusquel
- André Marguerie
- Maugier Leparmentier
- Laurent Guesdon
- Jean Riquier
- Jean Moreau
- Nicolas Taquel
- Husson Lemaistre
- Pierre Daron
- Seguin de Seguin
- Enquête à Paris (2 avril-11 mai)
- Déposition de Jean d’Aulon (1456)
- Lyon, 28 mai : Jean d’Aulon
L’enquête de 1452 et les enquêtes de 1456
Enquête de 1452
Premiers interrogatoires (2-3 mai 1452)
Guillaume Manchon (2 mai 1452)
Messire Guillaume Manchon, prêtre, notaire de la cour archiépiscopale de Rouen, âgé d’environ 58 ans, entendu le mardi 2 mai 1452.
[Art. 1.]
Véridique [affirme par serment que l’article est véridique] ; car l’a entendu et compris par les actes, et cela est notoire.
[Art. 2.]
Véridique ; a entendu que Jeanne avait été prise par un homme du comte de Ligny, conduite au château de Beaurevoir, détenue trois mois ; puis conduite à Rouen en vertu de lettres de Henri VI et Cauchon.
[Art. 3.]
Croit que si Jeanne avait été du parti des Anglais, ils n’auraient pas procédé aussi rigoureusement.
[Art. 4.]
Cauchon tenait le parti des Anglais ; lui-même vit Jeanne enchaînée avant le début du procès, puis confiée à quatre gardes anglais désignés par les deux juges (Cauchon et Lemaître). Jeanne était traitée cruellement et les instruments de torture lui furent montrés à la fin du procès.
Elle portaient des vêtements d’homme et disait les garder pour se protéger des gardes ; elle s’est plainte aux juges et à Loiseleur qu’un gardien avait voulu la violer ; Warwick intervint, menaça les gardiens en cas de récidive, et en remplaça deux.
[Art. 5.]
S’en rapporte au droit ; on disait qu’elle avait été prise hors de son diocèse et donc de sa juridiction. Il procéda jusqu’à la sentence définitive, comme cela est contenu dans le procès.
[Art. 6.]
Déclare n’avoir jamais rien vu d’hérétique chez Jeanne ; au contraire elle demandait à entendre la messe et à se confesser.
Sur la question du vêtement d’homme et des visions, il s’en rapporte aux gens savants.
Elle fut jugée avec haine et hostilité et non pas selon la vérité ; c’est pourquoi il vit plusieurs personnes pleurer après sa condamnation.
À la fin de sa vie elle s’abandonna avec grand dévotion à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie et aux saints.
[Art. 7.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 8.]
S’en rapporte aux réponses de Jeanne contenues au procès.
Six semaines avant la sentence, Jean de la Fontaine et deux dominicains allèrent la persuader de se soumettre à l’Église, car elle ne paraissait pas comprendre la nature de l’Église. La Fontaine dut s’enfuir, les deux autres furent longtemps tourmentés. — Jean Lohier, voyant par les autres qu’on ne pouvait juger en sûreté, dit qu’on ne procédait pas bien et quitta le procès.
[Art. 9.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 10.]
S’en rapporte au droit. Dit qu’après la première sentence, Jeanne reprit volontiers ses habits de femme et demanda son transfert en prison d’Église. Elle remit ensuite ses habits d’homme, disant pour s’excuser qu’elle ne l’aurait pas fait si elle avait été mise dans une prison d’Église, mais qu’elle n’avait pas osé rester en vêtements féminins avec les gardiens anglais.
[Art. 11.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 12.]
N’en sait pas plus que la rumeur publique.
Ajoute que, comme notaire, il était chargée d’écrire les réponses de Jeanne ; qu’il arriva que deux autres notaires cachés écrivaient en omettant toutes les justifications ; et que les juges voulurent qu’il rédigeât à leur guise, ce qu’il ne fit pas.
Pierre Miget (2 mai 1452)
Frère Pierre Miget, professeur de théologie sacrée, prieur de Longueville-Giffard, âgé d’environ 70 ans, entendu le 2 mai 1452.
[Art. 1.]
Véridique et notoire.
[Art. 2.]
Jeanne fut détenue au château de Rouen ; la vit en être extraite.
[Art. 3.]
Le procès montre nettement que les Anglais procédaient par haine plutôt que par justice ; leur principal but était de prouver qu’elle était hérétique, pour ainsi déshonorer le roi de France.
[Art. 4.]
Cauchon tenait le parti Anglais.
Entendit dire que Jeanne était traitée cruellement en prison, ferrée aux pieds comme aux mains.
Les Anglais la craignaient plus qu’une grande armée, et ne l’auraient pas ainsi traitée et condamnée sinon.
[Art. 5.]
S’en rapporte au droit ; Jeanne n’était pas du diocèse de Beauvais.
[Art. 6.]
Ne lui vit rien de contraire à la foi.
La majorité de ceux qui virent son exécution la plaignirent, disant qu’on procédait injustement et par haine.
[Art. 7.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 8.]
Toutes ses réponses étaient catholiques, si l’on excepte les révélations, qu’elle disait avoir eues de saints. Elle voulait obéir à Dieu et à l’Église.
[Art. 9.]
La reprise de l’habit d’homme fut le prétexte de la condamner comme relapse.
[Art. 10.]
N’est pas hérétique la femme qui porte un habit d’homme ; au contraire celui qui pour cette seule raison la déclarerait hérétique devrait être puni de la peine du talion.
[Art. 11.]
Le croit véridique.
[Art. 12.]
S’en rapporte à la voix publique et la renommée.
Ysambard de la Pierre (3 mai 1452)
Frère Bardin de la Pierre [Bardin diminutif d’Ysambard], dominicain âgé d’environ 55 ans, entendu le 3 mai 1452.
[Art. 1.]
Véridique. Il l’a vit captive aux mains des Anglais.
[Art. 2.]
Véridique. Il l’a vit dans la prison du château de Rouen, dans une pièce assez obscure, parfois enchaînée et entravée.
[Art. 3.]
Les Anglais agissaient par haine et cherchaient sa mort.
Il assista à la prédiction de Guillaume Érard sur le thème le sarment ne peut donner de fruit s’il ne reste attaché à la vigne
; déclarant qu’en France il n’y avait jamais eu de monstre pareil, qu’elle était adonnée aux sortilèges, hérétique, schismatique, que le roi en la soutenant était semblable et voulait visiblement recouvrer son royaume grâce à une telle femme hérétique.
Les Anglais cherchaient à déshonorer le roi de France.
[Art. 4.]
Cauchon tenait le parti des Anglais. Croit qu’au début du procès il ordonna de la tenir entravée et désigna lui-même les Anglais pour la garder, interdisant que personne ne pût lui parler sans son autorisation, ou celle du promoteur appelé Benedicite [d’Estivet].
[Art. 5.]
Entendit dire que Jeanne fut prise dans le diocèse de Cauchon ; s’en rapporte au droit.
[Art. 6.]
Jeanne était bonne et vraie catholique. Elle n’était ni hérétique, ni schismatique, comme on le lui reprochait dans un libelle qui lui avait été remis.
Il était avec elle sur le bûcher : dans les flammes elle avait toujours à la bouche Jésus ; et elle le supplia au moment où le feu serait allumé, de venir avec la croix et de la lui présenter ; ce qu’il fit. Et ensuite elle cria Jésus ; aussi les assistants furent portés aux larmes.
[Art. 7.]
Quand elle parlait du royaume et de la guerre, elle paraissait mue par le Saint Esprit ; mais, quand elle parlait de sa personne, elle imaginait parfois. En tout cas, ses dits ne pouvaient la condamner comme hérétique ; s’en rapporte au procès.
[Art. 8.]
Lorsqu’on demanda à Jeanne si elle voulait se soumettre à l’Église ; elle répondit : Qu’est-ce que l’Église ? Quant à vous, je ne veux pas me soumettre à votre jugement, car vous être mon ennemi mortel.
Lorsque lui-même lui parla du concile [de Bâle], elle répondit s’y soumettre, aussitôt Cauchon dit au témoin de se taire, au nom du diable.
Jeanne se plaignit à Cauchon qu’on enregistrait pas ce qu’elle disait pour sa défense, et uniquement ce qu’on faisait contre elle.
Interrogée si elle se soumettait au pape elle demanda à ce qu’on la conduisît à lui.
[Art. 9.]
Elle fut jugée relapse pour avoir repris l’habit d’homme.
[Art. 10.]
Déclare qu’il ne jugerait pas hérétique une femme parce qu’elle aurait revêtu un habit d’homme.
Après avoir repris l’habit de femme elle demanda à être transférée en prison d’Église ; cela ne lui fut pas accordé. Bien plus, comme il l’apprit de Jeanne même, un personnage ayant grande autorité essaya de la violer ; aussi reprit-elle un vêtement d’homme, déposé avec préméditation près d’elle.
Lorsqu’elle eût repris le vêtement d’homme il vit et entendit l’évêque, transporté de joie, avec d’autres Anglais, dire devant tous, devant le sire de Warwick et les autres : Elle est prise
.
[Art. 11.]
Le croit.
[Art. 12.]
Capture, prédication, condamnation, exécution et invocation du nom de Jésus étaient et sont de renommée publique.
Pierre Cusquel (3 mai 1452)
Pierre Cusquel, citoyen de Rouen, âgé d’environ 55 ans, entendu le 3 mai 1452.
[Art. 1.]
A vu Jeanne être amenée par les Anglais.
[Art. 2.]
L’a vue deux ou trois fois, dans une pièce du château de Rouen du côté de la porte postérieure.
[Art. 3.]
Les Anglais ont cherché à la faire mourir par malveillance et déplaisir du bien qu’elle faisait ; et pour déshonorer le roi de France qui avait utilisé une femme hérétique et habile en sortilèges. Elle n’aurait pas été jugée si elle n’avait pas été contre les Anglais.
[Art. 4.]
À l’époque du procès, il fréquentait souvent le château grâce à son patron, maître Jean Son, maître d’œuvre en maçonnerie. Avec la permission des gardiens il entra deux fois dans la prison de Jeanne, et il la vit dans des entraves de fer et attachée par une longue chaîne fixée à une poutre ; et dans la propre maison du témoin fut pesée une cage de fer, dans laquelle on disait qu’elle serait enfermée ; il ne la vit cependant pas dans cette cage.
[Art. 5.]
A entendu que Jeanne avait été prise dans le diocèse de Beauvais.
[Art. 6.]
Jeanne était bonne catholique, de bonne et honnête vie ; la renommée en jugeait ainsi et tous avaient pitié d’elle.
[Art. 7.]
S’en rapporte au procès et au droit.
[Art. 8.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 9.]
Le peuple disait n’y avoir aucune raison de la condamner, si ce n’est la reprise des vêtements d’homme ; mais elle n’avait porté et ne porta ce vêtement que pour ne pas plaire aux hommes d’armes avec lesquels elle vivait, comme elle lui répondit elle-même, dans la prison.
Le jour de sa mort, il entendit Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, dire qu’elle était morte en fidèle chrétienne, et qu’il croyait son âme être dans les mains de Dieu, et tous les fauteurs de la condamnation damnés.
[Art. 10.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 11.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 12.]
Capture, incarcération, condamnation et exécution étaient et sont de renommée publique.
Martin Lavenu (3 mai 1452)
Frère Martin Lavenu, de l’ordre des Frères prêcheurs, âgé d’environ 55 ans [sans doute également entendu le 3 mai 1452].
[Art. 1.]
Véridique.
[Art. 2.]
Véridique ; l’a vit plusieurs fois enchaînée dans la prison.
[Art. 3.]
Véridique ; croit que les Anglais par le procès cherchaient à déshonorer le roi de France, parce qu’il gardait avec lui une sorcière.
[Art. 4.]
Cauchon tenait le parti des Anglais et était l’un des conseillers de ce roi.
Ignore si c’est Cauchon qui leur avait accordé la garde de Jeanne ; croit cependant que c’est lui qui avait envoyé des gardiens.
[Art. 5.]
S’en rapporte au droit ; mais croit qu’ils agirent par haine plus que par charité ; et qu’elle n’aurait pas été jugée ainsi si elle n’avait été contre les Anglais.
[Art. 6.]
Déclare avoir entendu en confession Jeanne, à sa demande et requête, et la trouva dans ses derniers jours fidèle et pieuse. De même la renommée la tenait pour bonne catholique.
[Art. 7.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 8.]
Interrogée plusieurs fois sur sa soumission à l’Église, Jeanne demandait ce qu’était l’Église ; lorsqu’on lui eut expliqué elle demanda à être conduite au pape.
Le témoin ajouta qu’il avait entendu Jeanne en confession, avec l’autorisation des juges, avant le prononcé de la sentence, et lui avait administré le corps du Christ ; elle le reçut avec tant de dévotion et tant de larmes abondantes, qu’il ne saurait le raconter.
[Art. 9.]
La reprise de l’habit d’homme fut une des causes de la condamnation.
[Art. 10.]
Véridique.
[Art. 11.]
Véridique.
[Art. 12.]
Voix publique et renommée.
Seconds interrogatoires (8-9 mai 1452)
Nicolas Taquel (8 mai 1452)
Messire Nicolas Taquel, prêtre, recteur soit curé de l’église paroissiale de Basqueville, diocèse de Rouen, âgé d’environ 52 ans, entendu le 8 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit véridique.
[Art. 2.]
Le croit véridique et conforme à la commune renommée.
[Art. 3.]
Vers le milieu du procès, les deux notaires l’appelèrent à se joindre ; il vit Jeanne dans la prison du château de Rouen, dans une tour vers la campagne.
On disait que le procès était fait aux frais du roi d’Angleterre ; mais sur les craintes et les pressions mentionnées il n’a rien remarqué.
[Art. 4.]
N’a rien remarqué.
[Art. 5.]
N’a rien remarqué.
[Art. 6.]
N’a rien remarqué ; au contraire il lui paraît que les notaires écrivaient fidèlement.
[Art. 7.]
N’en n’a pas souvenir parce qu’il n’était pas présent au début du procès.
[Art. 8.]
Il a vu Jeanne en prison, entravée même pendant sa maladie ; un Anglais montait la garde devant son cachot, sans l’autorisation duquel personne ne pouvait l’approcher, même les juges.
[Art. 9.]
Jeanne paraissait bien 19 ans ; ingénue comme une fille de son âge, répondant parfois bien, parfois hors propos.
[Art. 10.]
Une rumeur disait que les Anglais allaient l’inquiéter la nuit, disant parfois qu’elle mourrait, parfois qu’elle serait tirée d’embarras ; mais ne sait si cela est vrai.
[Art. 11.]
Il était présent lors d’interrogatoires difficile. Elle répondait aux juges qu’il ne lui appartenait pas de répondre, et qu’elle s’en rapportait à eux. Quelques-uns des docteurs assistant lui disaient parfois : Vous avez bien parlé, Jeanne.
[Art. 12.]
Jeanne, quelquefois fatiguée par de nombreux interrogatoires, demandait un délai jusqu’au lendemain, et on le lui accordait.
[Art. 13.]
Atteste avoir plusieurs fois entendu Jeanne dire qu’elle ne voulait rien dire ni faire contre la foi. Et croit que cela fut écrit dans le procès.
[Art. 14.]
L’atteste.
[Art. 15.]
Ne se rappelle pas que des Anglais aient été présents lors des interrogatoires, hormis les garde ; ni qu’ils aient prononcé quelque interdiction, quoiqu’on eût interdit d’insérer certaines choses qui, au dire du témoin, ne concernaient pas la cause.
[Art. 16.]
Ne se rappelle que Jeanne ait jamais refusé de se soumettre à l’Église, bien qu’il l’ait vue parfois troublée ; parfois des docteurs la dirigeaient ; et parfois on remettait jusqu’au lendemain.
[Art. 17.]
On expliqua à Jeanne ce qu’était l’Église, alors elle se soumettait au jugement de l’Église.
[Art. 18.]
Déclare croire que les notaires écrivirent fidèlement, parfois en français, parfois en latin. — Il entendit que Thomas Courcelles fut chargé de la traduction en latin mais ignore si quelque chose fut changé, ajouté ou retranché.
[Art. 19.]
S’en rapporte à ces précédentes réponses et au droit.
[Art. 20.]
S’en rapporte à ces précédentes réponses et au droit.
[Art. 21.]
Le procès mentionne la capture de Jeanne dans le diocèse de Beauvais ; pour le reste s’en rapporte au droit.
[Art. 22.]
Répond comme au septième article.
[Art. 23.]
Même s’il n’y assista pas, il fut notoire que Jeanne, avant sa mort, le jour même, reçut le corps du Christ ; il était en revanche présent lorsque l’autorisation fut donnée. Il arriva dans son cachot après, pour l’interrogatoire.
Il n’a jamais rien remarqué dans Jeanne qui ne fût d’une bonne catholique.
On lui a dit que peu avant de venir au lieu du supplice, elle fit de belles et dévotes prières à Dieu, à Marie et aux saints. Plusieurs personnes présentes en furent touchées aux larmes, et surtout maître Nicolas Loiselleur, promoteur de la cause, qui partit de la compagnie de Jeanne en pleurant, et qui, rencontrant une troupe d’Anglais dans la cour du château, fut insulté par eux, menacé et appelé traître ; à ces mots il eut grand peur, et, sans se détourner vers d’autres occupations, il alla voir le sire comte de Warwick pour être protégé ; et si le comte n’avait pas été là, le témoin croit que ledit Loiselleur aurait été tué.
[Art. 24.]
Une fois la sentence rendue, les autres ecclésiastiques partirent, et lui-même s’en alla.
[Art. 25.]
Il n’était pas présent au supplice mais il entendit que Jeanne était morte pieusement et en catholique, invoquant le nom de Jésus et de la sainte Vierge Marie.
[Art. 26.]
Il dit croire que si Jeanne ne les avait combattu, les Anglais n’auraient pas procédé ainsi ; et qu’ils désiraient exalter leur parti et abaisser le roi de France.
[Art. 27.]
Ce qu’il a dit est vrai ; et s’accorde avec la rumeur publique à Rouen.
Pierre Bouchier (8 mai 1452)
[Assista au supplice.]
Messire Pierre Bouchier, prêtre, curé de l’église paroissiale de Bourgeauville, diocèse de Lisieux, âgé d’environ 55 ans, entendu le 8 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit véridique, surtout parce que Jeanne a fait lever le siège d’Orléans.
[Art. 2.]
Croit que les Anglais retenaient Jeanne et voulaient bien la faire mourir.
[Art. 3.]
Déclare qu’elle fut conduite et transportée comme indiqué ; sur les pressions et autres ne sait rien.
[Art. 4.]
Ne sait rien sinon qu’un clerc anglais, bachelier en théologie, garde du sceau privé du cardinal d’Angleterre, présent lors de la première prédication au cimetière Saint-Ouen de Rouen, s’adressa au seigneur évêque de Beauvais, juge de ladite Jeanne, et lui dit : Dépêchez-vous ! Vous être trop favorable.
De quoi l’évêque, mal content, jeta le procès par terre, disant qu’il ne ferait rien d’autre ce jour là et qu’il agirait suivant sa conscience.
[Art. 5.]
Ne sait rien (car n’était pas présent pendant le procès).
[Art. 6.]
Ne sait rien.
[Art. 7.]
Ne sait rien sinon que Jeanne était seule, assise sur un siège. A entendu dire qu’elle répondait sans conseiller, mais ignore si elle n’en voulait pas ou s’il lui fut refusé.
[Art. 8.]
Sait bien qu’elle était en prison dans le château de Rouen ; mais ignore si elle était enchaînée ; personne ne pouvait lui parler sans l’autorisation de quelques Anglais qui avaient sa garde. Il ne l’a vit sortir qu’escortée d’Anglais. Certains étaient enfermés avec elle, dans une pièce fermée par trois clefs gardées l’une par le seigneur cardinal ou le susdit bachelier [le cardinal d’Angleterre ou son garde de sceau, mentionné à sa réponse à l’article 4], l’autre par l’inquisiteur, la dernière par messire Jean Benedicite le promoteur ; et les Anglais redoutaient fort qu’elle s’évadât.
[Art. 9.]
Elle avait 19 ans, on disait qu’elle était assez sage dans ses réponses.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
[Art. 13.]
N’était pas présent ; mais après la prédication faite à Saint-Ouen, Jeanne dit à haute voix, mains jointes, qu’elle se soumettrait au jugement de l’Église, priant saint Michel qu’il la dirigeât et conseillât.
[Art. 14.]
A entendu de plusieurs que Jeanne s’était soumise au pape et demandé qu’on la conduisît à lui.
[Art. 15.]
Ne sait rien.
[Art. 16.]
Ne sait rien.
[Art. 17.]
S’en rapporte à la compréhension qu’avait Jeanne.
[Art. 18.]
A entendu dire que le procès fut rédigé en latin.
[Art. 19.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 20.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 21.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 22.]
Ne sait rien sinon que Jeanne répondait seule et sans conseil.
[Art. 23.]
Jeanne lui semblait bonne chrétienne.
Il sait qu’on lui apporta le corps du Christ au château dans son cachot, avant de la conduire au Vieux Marché, où elle fut exhortée et brûlée.
[Art. 24.]
Après la sentence ecclésiastique elle fut conduite à l’estrade du bailli par des hommes d’armes royaux ; sur cette estrade il y avait le bailli et d’autres officiers laïcs, et elle resta quelque temps avec eux ; mais ce qu’ils dirent ou firent, il l’ignore, si ce n’est qu’après leur départ elle fut livrée au feu.
[Art. 25.]
Alors qu’on l’attachait, Jeanne implorait et invoquait spécialement saint Michel. Et il la vit bonne chrétienne jusqu’à la fin ; il vit aussi de nombreux assistants, jusqu’au nombre de dix mille, pleurer et se lamenter, en disant que c’était grande pitié.
[Art. 26.]
Les Anglais redoutaient Jeanne plus que tout le reste de l’armée du roi de France, motif probable du procès.
[Art. 27.]
Vrai et notoire, surtout à Rouen.
Nicolas de Houppeville (8 mai 1452)
[Houppeville s’est fait chasser du procès par Cauchon ; il a vu Jeanne sortir de sa prison le matin du supplice mais ne s’y est pas rendu.]
Messire Nicolas de Houppeville, bachelier en théologie, natif de Rouen, âgé d’environ 60 ans, entendu le 8 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit véridique ; jamais il n’estima que les Anglais agissaient par zèle de foi ou pour ramener Jeanne à une bonne ligne de conduite.
[Art. 2.]
Le croit véridique ; la renommée publique était telle dans toute la cité.
[Art. 3.]
Confirme le début de l’article.
Quant à la crainte et aux pressions, n’y croit pas quant aux juges ; croit au contraire qu’ils ont agi volontairement, surtout l’évêque de Beauvais. Il vit celui-ci revenir, après avoir conduit Jeanne, racontant sa mission au roi et au sire de Warwick, et dire, joyeux et exultant, certaines paroles qu’il ne comprit pas ; ensuite l’évêque parla en secret avec le comte de Warwick, mais ce qu’il dit alors le témoin l’ignore. [La mission au roi est probablement son ambassade auprès du duc de Bourgogne pour obtenir Jeanne. Cauchon s’entretenait directement avec Henri VI.]
[Art. 4.]
Pense que la plupart des assesseurs ont agi sans contrainte ; pour les autres, croit que plusieurs avaient peur, comme Pierre Minier, dont l’avis déplut à Cauchon, disant qu’à son avis maître Pierre Minier n’aurait pas dû mêler droit canonique et théologie, et qu’il aurait dû laisser le droit canonique aux juristes.
A entendu dire que Warwick aurait menacé de noyade frère Isambard de La Pierre, car il tentait de diriger les paroles de Jeanne pour qu’elle les répétât ensuite aux notaires ; croit l’avoir entendu de la bouche du sous-inquisiteur Lemaître, du même ordre que La Pierre (Frères prêcheurs).
Lui-même fut convoqué au procès mais fut renvoyé par Cauchon parce qu’il avait dit auparavant, en parlant avec maître Michel Colles [est-ce le notaire Guillaume Colles, dit Boisguillaume ?], qu’il était périlleux d’engager ledit procès pour plusieurs raisons, paroles qui furent répétées à l’évêque ; l’évêque le fit mettre en prison et on l’aurait peut-être exilé en Angleterre sans l’intervention de l’abbé de Fécamp et de quelques amis qui obtinrent sa libération.
De même il sait avec certitude que le sous-inquisiteur avait très peur, et il le vit très embarrassé pendant le procès.
[Art. 5.]
Jean Lemaître lui rapporta que Jeanne se plaignit une fois des questions difficiles, et d’être trop tourmentée par des questions ne concernant pas le procès.
[Art. 6.]
A entendu dire qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines de ses paroles.
[Art. 7.]
Le croit véridique et conforme à la rumeur publique.
[Art. 8.]
Sait que Jeanne était dans la prison du château et gardée par des Anglais seulement. Confirme la rumeur.
[Art. 9.]
Le croit véridique et que la constance de Jeanne avait convaincu beaucoup de gens des secours spirituels reçus par elle.
[Art. 10.]
Entendit dire qu’on introduisit auprès d’elle certains individus feignant d’être des soldats du roi de France, pour la persuader de ne pas se soumettre au jugement de l’Église, et que c’est pour cette raison que Jeanne varia ensuite dans sa soumission à l’Église.
[Art. 11.]
Dépose comme à l’article 5 ; il tient de Lemaître qu’elle se plaignait de questions trop difficiles et hors du sujet.
[Art. 12.]
Le croit véridique ; on prétendait que les interrogatoires étaient partiels et captieux.
[Art. 13.]
Le croit véridique, cf. réponses précédentes.
[Art. 14.]
Le croit véridique et conforme à la rumeur publique.
[Art. 15.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 16.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 17.]
Renvoie à sa réponse à l’article 10.
[Art. 18.]
L’ignore.
[Art. 19.]
Déclare, comme il l’a senti et le sent encore, on doit parler de persécution voulue et recherchée, plutôt que de jugement.
[Art. 20.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 21.]
Renvoie à sa réponse à l’article 19.
[Art. 22.]
Le croit véridique.
[Art. 23.]
Croit que Jeanne fut bonne catholique et communia le matin de l’exécution.
Croit vrai le reste de l’article.
[Art. 24.]
Déclare avoir vu Jeanne pleurant beaucoup au sortir du château, et conduite au lieu du supplice et de la dernière prédication par cent vingt hommes environ, dont quelques-uns portaient des massues et d’autres des glaives ; aussi, mû de compassion, il ne voulut pas aller jusqu’au lieu du supplice.
[Art. 25.]
Le croit véridique et conforme à la rumeur.
[Art. 26.]
Le croit véridique.
La rumeur à Rouen était que les Anglais procédaient par haine et peur, et aussi pour déshonorer le roi de France.
[Art. 27.]
Contient la vérité, sans contredit.
Jean Massieu (8 mai 1452)
Messire Jean Massieu, prêtre, curé pour une part de l’église paroissiale de Saint-Cande-le-Vieux de Rouen, âgé d’environ 55 ans, entendu le 8 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit véridique.
[Art. 2.]
Le croit véridique et évident, car pour la garder il y avait cinq Anglais de jour et de nuit, dont trois étaient de nuit enfermés avec elle, et deux de nuit en dehors du cachot.
[Art. 3.]
Confirme le transfert à Rouen.
Quant aux pressions déclare que Jean de Châtillon, alors archidiacre d’Évreux, s’opposa aux interrogatoires trop difficiles ; d’autres assistants lui dirent plusieurs fois qu’il les gênait ; et lui répondit : Il faut que je soulage ma conscience.
On lui interdit de revenir à moins d’être convoqué. [Châtillon fut malgré tout l’un des assesseurs les plus présents, et assista à la première et à la dernière journée du procès.]
[Art. 4.]
Lui-même conduisait Jeanne de la prison à l’interrogatoire, y assistait toujours et la reconduisait en sa prison ; tous les assistants avaient peur.
Lorsque l’on apprit que Jeanne avait repris son habit d’homme, Andrée Marguerie répondit que la voir vêtue ne suffisait pas et qu’il fallait connaître ses motifs ; un garde anglais l’appela traître Armagnac
et le menaça de sa lance ; Marguerie s’enfuit, craignant d’être frappé ; il fut malade de cette affaire, ou très troublé.
Au début du procès, il avait dit n’avoir jamais vu en Jeanne que du bien, lesquels propos furent rapportés par un certain Eustache Turquetil à Cauchon qui le convoqua pour le réprimander, disant que sans ses amis il aurait été jeté à la Seine.
Déclare que les meneurs du procès étaient poussés à suivre la volonté des Anglais plus que la justice ; et les docteurs qui suivaient le procès étaient favorables aux Anglais.
[Art. 5.]
Manchon écrivait, non pas à la volonté de quelques-uns, mais pour la vérité. Lorsqu’on réinterrogeait Jeanne sur un point on constatait que Manchon avait compris et bien écrit.
[Art. 6.]
Croit que le notaire rédigeait fidèlement.
[Art. 7.]
Lui-même était sur l’estrade avec Jeanne lors de la première prédication [première sentence, le 24 mai] ; il lui lut la cédule d’abjuration ; Jeanne l’interrogea et il l’instruisit du danger à signer avant l’examen des articles par l’Église ; le prédicateur Guillaume Érard l’interrompit et lui interdit de parler d’avantage à Jeanne ; celle-ci demanda un délai pour l’examen des articles, mais Érard la somma de signer de suite ou elle serait brûlée.
[Art. 8.]
Véridique. Voir ses réponses.
[Art. 9.]
Jeanne était âgée de 19-20 ans, très simple dans son comportement, mais humble et prudente dans ses réponses.
[Art. 10.]
L’ignore, mais il entendit que Nicolas Loiselleur, se faisant passer pour un Français prisonnier des Anglais, entrait parfois secrètement dans la prison de Jeanne pour la persuader de ne pas se soumettre à l’Église, sinon elle se trouverait trompée.
[Art. 11.]
Se rappelle qu’on faisait à Jeanne des questions hachées, ou des questions difficiles lancées par plusieurs à la fois ; elle s’en plaignait : Faites l’un après l’autre.
Lui-même admirait comment elle pouvait répondre aux questions subtiles et captieuses qui lui étaient posées, questions auxquelles un homme cultivé aurait malaisément pu répondre bien.
[Art. 12.]
Véridique ; l’interrogatoire durait ordinairement de la huitième à la onzième heure.
[Art. 13.]
Véridique ; il entendit plusieurs fois Jeanne dire que jamais Dieu n’aurait permis qu’elle dît ou fît rien contre la foi catholique.
[Art. 14.]
Véridique ; il entendit Jeanne dire aux juges que si elle avait mal dit ou fait, elle voulait corriger et amender cela à leur décision.
[Art. 15.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 16.]
Déclare n’avoir jamais entendu Jeanne [refuser de se soumettre], plutôt le contraire comme déposé plus haut.
[Art. 17.]
Déclare avoir entendu Jeanne répondre : Vous m’interrogez sur l’Église triomphante et militante ; je ne comprends pas le sens de ces expressions ; mais je veux me soumettre à l’Église, comme il convient à une bonne chrétienne.
[Art. 18.]
Déclare avoir vu le procès écrit en français, et croit qu’ensuite tout le procès fut rédigé en latin ; ne sait rien d’autre.
[Art. 19.]
[Réponse groupée aux articles 19, 20, 21.]
Déclare d’après ce qu’il a vu et su, que Jeanne fut condamnée injustement. Jeanne lui confia, après avoir repris ses habits d’hommes, que ses gardiens lui avaient retiré ceux de femmes pour les remplacer par ceux d’hommes ; elle demanda alors aux gardiens de lui rendre ses vêtements de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, mais ils refusèrent, disant qu’elle n’aurait rien d’autre que ce vêtement d’homme ; elle leur dit qu’ils devaient bien savoir cette reprise de vêtements d’homme interdite par les juges ; néanmoins ils refusèrent de lui donner ses vêtements féminins ; enfin, pressée par le besoin, elle mit les vêtements d’homme, et, après qu’on l’eût vue ainsi habillée toute la journée, on lui rendit le lendemain ses vêtements de femme. Ce fut la cause de relapse.
[Art. 20.]
[Cf. 19.]
[Art. 21.]
[Cf. 19.]
[Art. 22.]
Déclare qu’au début du procès, Jeanne se trouvant trop simple demanda un conseiller, mais qu’il lui fut refusé.
[Art. 23.]
Sait que Jeanne, avant qu’on l’eût prêchée et abandonnée [le jour du supplice] demanda la communion, et la reçut des mains de Martin Ladvenu, avec l’autorisation de l’évêque de Beauvais et du sous-inquisiteur ; l’hostie fut apportée par un certain messire Pierre, d’une manière très irrévérencieuse ; Jeanne se confessa deux fois et communia très dévotement et en répandant beaucoup de larmes.
[Art. 24.]
Après la prédication de Nicolas Midi, Jeanne fut abandonnée par les ecclésiastiques. Ceux-ci partis, elle fut conduite, sans aucune sentence de justice séculière, au lieu du supplice.
[Art. 25.]
Véridique ; il ne vit jamais personne finir ses jours de manière aussi catholique.
[Art. 26.]
Le croit véridique.
Le prêcheur qui fit la première prédication parla en effet du royaume de France en ces termes : Ô royaume de France ! autrefois tu fus réputé et appelé très chrétien, tes rois et tes princes furent appelés très chrétiens ; mais maintenant à cause de toi, ô Jeanne ! ton roi qui se dit roi de France, en te soutenant et en croyant à tes paroles, est devenu hérétique et schismatique !
; et il répéta cela trois fois. Jeanne se dressant alors lui répondit en disant : Sauve votre révérence, ce que vous dites n’est pas vrai ; car je veux que vous sachiez qu’il n’y a pas meilleur catholique entre les vivants que lui.
[Art. 27.]
Ce qu’il a déposé fut et reste notoire à Rouen.
Nicolas Caval (8 mai 1452)
Maître Nicolas Caval, prêtre, licencié ès lois, chanoine de Rouen, âgé d’environ 60 ans, entendu le 8 mai 1452.
[Art. 1.]
Déclare croire que les Anglais n’avaient grande affection pour Jeanne. [Quel sens de l’euphémisme !]
[Art. 2.]
Le croit véridique.
[Art. 3.]
Il est notoire que Jeanne fut transférée à la prison du château de Rouen ; ignore le reste.
[Art. 4.]
Ne sait rien.
[Art. 5.]
Ne sait que dire.
[Art. 6.]
Croit que les notaires ont écrit avec fidélité et sans crainte.
[Art. 7.]
Ne sait rien.
[Art. 8.]
Jeanne fut en prison au château de Rouen. Pour le reste ne sait rien.
[Art. 9.]
Jeanne lui semblait être bien jeune ; il l’a entendue une fois en pleine audience, elle parlait avec assez de sagesse. [D’après le procès de condamnation, Caval a assisté à deux interrogatoires.]
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
[Art. 13.]
Ne sait rien.
[Art. 14.]
Ne sait rien.
[Art. 15.]
Ne sait rien.
[Art. 16.]
Ne sait rien.
[Art. 17.]
Ne sait rien.
[Art. 18.]
Ne sait rien.
[Art. 19.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 20.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 21.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 22.]
Ne sait rien.
[Art. 23.]
Déclare bien savoir qu’elle a été brûlée ; si cela fut juste ou injuste, il s’en rapporte au procès.
[Art. 24.]
Ne sait rien.
[Art. 25.]
Il ne fut pas présent lors de l’exécution et ne vit pas la foule des Anglais ; il apprit cependant de certains qu’elle criait et invoquait le nom de Jésus à ses derniers moments et qu’elle toucha plusieurs personnes aux larmes.
[Art. 26.]
Croit que les Anglais la craignaient, mais ignore s’ils agirent pour les motifs de l’article.
[Art. 27.]
A déposé ce qu’il sait.
Guillaume Du Désert (8 mai 1452)
Messire Guillaume Du Désert, chanoine de Rouen, âgé d’environ 52 ans, entendu le 8 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit véridique ; si elle avait soutenu les Anglais plutôt que les Français, elle n’aurait pas été traitée comme elle le fut.
[Art. 2.]
Les Anglais lui semblaient comme effrayés par ses faits. Ignore s’ils voulaient la faire périr pour cela.
[Art. 3.]
L’a vue une fois au château, alors qu’on la conduisait devant ses juges. Ne sait rien des craintes et pressions.
[Art. 4.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 5.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 6.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 7.]
Ne sait rien.
[Art. 8.]
Ne la vit pas en prison, mais entendit qu’elle était gardée par les Anglais.
[Art. 9.]
Jeanne avait 18/19 ans. On disait qu’elle répondait avec sagesse et habileté.
[Art. 10.]
[Non répondu.]
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 13.]
[Réponse groupée aux articles 13, 14.]
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen [24 mai] ; il vit et entendit l’abjuration de Jeanne. Un docteur anglais fut mécontent de la réception de l’abjuration, car Jeanne en prononçait quelques mots en riant ; il s’en plaint à Cauchon que c’était une dérision ; lequel répondit irrité qu’en tant que juge il devait chercher le salut de Jeanne plutôt que sa mort.
[Art. 14.]
[Cf. 13.]
[Art. 15.]
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
Au cours de cette prédication il entendit Jeanne dire qu’elle se soumettrait à l’Église ; mais ignore s’il fut interdit aux notaires de l’écrire.
[Art. 16.]
[Cf. 15.]
[Art. 17.]
S’en rapporte à l’intention de Jeanne.
[Art. 18.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 19.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 20.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 21.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 22.]
S’en remet au procès.
[Art. 23.]
Dans les deux prédications où il la vit, il comprit par son maintien et ses gestes qu’elle était catholique, invoquant Dieu et les saints.
Ne sait rien de sa communion.
[Art. 24.]
Le lieu du supplice avait été préparé avant la prédication. Après celle-ci, Jeanne fut abandonnée par les juges ecclésiastiques et aussitôt saisie. Ignore si elle fut conduite directement au supplice ou d’abord au bailli.
[Art. 25.]
Vrai.
[Art. 26.]
Croit que les Anglais la haïssaient et la craignaient ; et qu’ils la jugèrent sans doute à cause de ses faits d’armes.
[Art. 27.]
Confirme ce qu’il a déposé.
Guillaume Manchon (8 mai 1452)
Messire Guillaume Manchon, prêtre, curé de l’église paroissiale de Saint-Nicolas le Painteur de Rouen, âgé d’environ 57 ans, entendu le 8 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit véridique.
[Art. 2.]
Le croit véridique.
[Art. 3.]
Corrobore le transfert de Jeanne dans la prison du château de Rouen et le procès mené par Cauchon/Lemaître.
Il en fut lui-même le notaire, sur l’injonction du Grand conseil du roi d’Angleterre, et il n’aurait pas osé désobéir à un ordre des seigneurs de ce conseil.
Cauchon procéda sans contrainte mais volontairement ; il convoqua Lemaître qui n’osa s’y opposer. Les Anglais poussaient à ce procès, qui fut conduit à leurs frais.
[Art. 4.]
Pour les juges, renvoie à sa réponse 3.
Le promoteur [d’Estivet] agit sans contrainte mais volontairement. Les assesseurs convoqués n’auraient pas osé s’y opposer. Pour le reste s’en rapporte à leur conscience.
[Art. 5.]
Durant une longue période du procès, deux autres écrivains se tenaient cachés près d’une fenêtre ; après le déjeuner les notaires et les docteurs se réunissaient pour mettre au propre les notes du matin, et Manchon était incité à corriger son rapport d’après celui desdits écrivains : mais il n’a rien changé, mais a écrit fidèlement.
Il se rappelle que lorsqu’un désaccord surgissaient au cours d’une de ces réunions, Jeanne était réinterrogée et confirmait la version de Manchon, comme on peut le voir par l’inspection du procès.
[Art. 6.]
Renvoie à sa réponse 5.
[Art. 7.]
Aux environs de la semaine sainte, Jean de La Fontaine, assistant de Cauchon, frères Ysembart de La Pierre et Martin Lavenu, dominicains et assistants de Lemaître, poussés par la pitié, allèrent voir Jeanne dans sa prison ; et ils la persuadèrent de se soumettre à l’Église, sans quoi elle serait en danger de mort. Cauchon et Warwick l’apprirent et entrèrent dans une extrême colère ; en danger de mort, La Fontaine quitta la ville, les deux frères furent protégés par Lemaître. [La Fontaine n’apparaît plus au procès-verbal après le 28 mars.]
De même Jean Lohier fut sollicité pour donner son avis ; devant Cauchon il dit que le procès était nul pour plusieurs raisons : 1. il ne se déroulait pas en lieu sûr et Jeanne n’était pas gardée dans une prison d’Église ; 2. on y traitait de la cause d’un roi absent et non cité. Voyant que ses paroles ne plaisaient pas à l’évêque et aux seigneurs anglais, Lohier ne voulut pas attendre davantage et quitta Rouen le lendemain pour la cour de Rome.
[Art. 8.]
Véridique ; il y avait quatre ou cinq gardiens, dont l’un était le chef.
[Art. 9.]
Croit que Jeanne avait l’âge indiqué.
Elle répondait parfois savamment et parfois avec simplicité. Croit qu’elle n’aurait pas été capable de se défendre seule contre tant de docteurs si elle n’avait été inspirée.
[Art. 10.]
A entendu dire que seul Nicolas Loiselleur, feignant être du parti de Jeanne, avait accès auprès d’elle ; alors il l’interrogeait et rapportait toutes ses paroles au tribunal.
[Art. 11.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 12.]
Jeanne était interrogée deux ou trois heures le matin, et parfois encore l’après-midi ; elle était très fatiguée par ces interrogatoires.
Sur l’intention des juges s’en remet à leur conscience ; mais ils lui faisaient en l’interrogeant les questions les plus subtiles qu’ils pouvaient trouver.
[Art. 13.]
Jeanne demanda à entendre la messe aux Rameaux et à Pâques ; elle demanda à se confesser et à communier ; on lui refusa la communion, ce dont elle se plaint, mais on lui permit de se confesser audit Loiselleur, qui en cela agissait avec fausseté.
Croit le reste est véridique et en partie contenu au procès.
[Art. 14.]
S’en rapporte au procès ; l’entendit plusieurs fois.
[Art. 15.]
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
A écrit tout ce qu’il a entendu.
Déclare que lorsqu’on pressait Jeanne de se soumettre à l’Église et lorsque frère Ysambart de La Pierre la persuadait de se soumettre au concile général, avoir entendu l’évêque de Beauvais dire au frère Bardin : Taisez-vous, au nom du diable !
Et cela se passait en justice, quand Jeanne était interrogée.
[Art. 16.]
[Cf. 15.]
[Art. 17.]
Jeanne ne comprenait pas la différence entre l’Église triomphante et l’Église militante.
Sur le reste s’en rapporte au droit.
[Art. 18.]
Le premier original du procès fut écrit fidèlement par lui qui parle, en français, sauf la première session, et croit qu’il fut traduit fidèlement en latin.
[Art. 19.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 20.]
Ne croit pas l’article, compte-tenu de sa déposition.
[Art. 21.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 22.]
Ignore si Jeanne demanda un conseiller, mais elle n’en eut aucun pendant le procès ; sauf à la fin où elle eut Pierre Morisse et un carme pour la diriger et l’instruire.
[Art. 23.]
De la justice ou injustice de la sentence, s’en rapporte au droit.
Sait que Jeanne demanda et obtint des juges de communier le jour de sa mort, avant la prédication et sa sortie du château.
[Art. 24.]
Jeanne fut conduite au lieu du supplice avec une grande troupe d’environ quatre-vingt soldats armés d’épées ou d’épieux. Après son abandon par la justice ecclésiastique elle fut conduite au bailli, qui, sans autre délibération ou sentence, faisant un signe de la main, dit : Emmenez, emmenez.
Ainsi fut-elle conduite au lieu du supplice où elle fut brûlée.
[Art. 25.]
Juste après le prononcé de sa sentence, Jeanne fit de très belles oraisons, recommandant son âme à Dieu, à la bienheureuse Marie et à tous les saints, les invoquant et demandant pardon aux juges et aux Anglais, au roi de France et à tous les princes du royaume. Pour le reste ne ne vit rien, parce qu’il s’en alla ; mais il a bien entendu beaucoup de ceux qui assistaient à l’exécution dire qu’elle avait crié le nom de Jésus à la fin de sa vie.
[Art. 26.]
Sur la haine et la crainte des Anglais : la rumeur dit que jamais les Anglais n’auraient osé mettre le siège devant Louviers sa vie durant.
Croit que les Anglais cherchaient à diffamer le roi de France. Dans sa prédication faite à Saint-Ouen, Guillaume Érard s’écria : Ô noble maison de France ! tu as toujours été sans tache et sans blâme d’erreur ; maintenant ce serait une grande pitié que tu puisses choir dans une telle erreur que d’ajouter foi à cette femme !
[Art. 27.]
Ce qu’il a déposé est notoire à Rouen.
Pierre Cusquel (9 mai 1452)
Pierre Cusquel, laïc, habitant de Rouen, âgé d’environ 50 ans, entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Véridique et notoire.
[Art. 2.]
Véridique.
[Art. 3.]
Il vit Jeanne incarcérée au château, dans une pièce située sous un escalier, vers les champs.
Croit que les juges et assistants agissaient par faveur envers les Anglais et qu’ils n’auraient pas osé contredire ceux-ci ; mais ne sait rien sur les pressions.
[Art. 4.]
S’en rapporte au procès.
Lorsque André Marguerie ou un autre a dit vouloir rechercher la vérité sur la manière dont Jeanne avait changé de vêtement, il entendit quelqu’un répondre, mais ne sait qui : qu’il se taise, au nom du diable !
[Art. 5.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 6.]
Ne sait rien car n’était pas là.
[Art. 7.]
Croit que personne n’aurait osé conseiller ou défendre Jeanne.
[Art. 8.]
Véridique.
Il entra deux fois dans la prison de Jeanne, grâce à maître Jean Son, alors maître d’œuvre audit château ; il s’entretint avec elle et l’avertit de parler avec prudence, s’agissant de sa vie. Et il ajoute qu’une cage de fer fut construite pour l’enfermer debout, et qu’il la vit peser dans sa maison ; cependant il ne vit pas Jeanne à l’intérieur.
[Art. 9.]
Jeanne avait environ 20 ans, parlait avec prudence ; mais croit qu’elle était ignorante du droit et peu capable de répondre à tant de docteurs.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Notoire, mais n’était pas là ; les Anglais travaillèrent de toutes leurs forces à la surprendre en paroles, car elle leur avait fait la guerre.
[Art. 12.]
Le croit véridique.
[Art. 13.]
Déclare avoir entendu de la bouche de Jeanne, en pleine prédication à Saint-Ouen, les paroles contenues dans l’article.
[Art. 14.]
Notoire.
[Art. 15.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 16.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 17.]
S’en rapporte au droit et à l’intention de Jeanne.
[Art. 18.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 19.]
Notoire à Rouen qu’on procédait plus pour plaire aux Anglais qu’avec un souci de justice.
[Art. 20.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 21.]
S’en rapporte au droit et au procès.
[Art. 22.]
S’en rapporte au droit et au procès.
[Art. 23.]
Ne s’est pas rendu à l’exécution de Jeanne, car son cœur n’aurait pu supporter ou souffrir cela par pitié pour elle. A entendu dire que Jeanne avait communié avant.
[Art. 24.]
L’a entendu dire ; car aucune sentence ne fut prononcée par un juge séculier.
[Art. 25.]
L’a entendu dire ; et que maître Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, revenant du lieu du supplice, triste et gémissant, se lamentait sur ce qu’il avait vu là en ces termes : Nous sommes tous perdus, car une personne bonne et sainte a été brûlée
; il croyait en outre que son âme était entre les mains de Dieu, puisque, au milieu des flammes, elle implorait toujours le nom du Seigneur Jésus.
[Art. 26.]
Le croit et notoire.
[Art. 27.]
Notoire.
Ysambard de La Pierre (9 mai 1452)
Frère Ysambard de La Pierre, prêtre, bachelier en théologie, Frères prêcheurs (dominicain), âgé d’environ 60 ans, entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Présent à tout le procès avec Lemaître [également dominicain, dont il était l’assistant avec Martin Ladvenu, d’après la réponse 7 de Manchon ci-dessus] ; déclare l’article véridique.
[Art. 2.]
Véridique. On disait à Rouen que les Anglais n’osaient assiéger Louviers tant que Jeanne serait vivante.
[Art. 3.]
Véridique. Certains assistants agissait avec partialité, comme Cauchon ; certains, comme plusieurs docteurs anglais, par méchanceté et vengeance ; certains docteurs de Paris dans l’espoir d’une récompense ; certains, comme Lemaître, par peur.
Tout fut conduit sur l’ordre du roi d’Angleterre, du cardinal de Winchester, du comte de Warwick et d’autres Anglais, qui payèrent les dépenses faites pour ce procès.
[Art. 4.]
Jean [de Saint-Avit], évêque d’Avranches fut menacé par le promoteur Benedicite [d’Estivet] parce qu’il refusait de donner son avis ; Nicolas de Houppeville fut menacé d’être exilé parce qu’il refusait d’assister au procès et de donner son avis.
Après la rétractation de Jeanne, lui, Jean de La Fontaine, frère Guillaume Vallée, et d’autres du rang des juges allèrent la trouver pour l’encourager à persévérer ; les Anglais, remplis de colère et de fureur, les chassèrent du château avec des glaives et des bâtons ; Jean de La Fontaine quitta la ville et n’y revint pas. [La Fontaine avait sans doute quitté la ville bien avant ; il n’apparaît plus après le 28 mars ; l’abjuration a eu lieu le 24 mai.] — Le témoin fut personnellement menacé par le comte de Warwick pour avoir conseillé à Jeanne de se soumettre au concile général.
[Art. 5.]
Déclare que Jeanne avait accepté de se soumettre au pape, si seulement on l’envoyait et conduisait à lui, mais pas au tribunal ou à Cauchon qui étaient ses ennemis mortels.
Lorsque le témoin lui-même suggéra à Jeanne de se soumettre au concile de Bâle dans lequel se trouvaient beaucoup de prélats et de docteurs du parti du roi de France, elle s’y soumit ; alors Cauchon l’invectiva violemment en lui disant : Taisez-vous, au nom du diable !
Entendant cela, maître Guillaume Manchon, notaire de la cause, demanda à l’évêque s’il devait écrire cette soumission ; l’évêque répondit que non, et que ce n’était pas nécessaire ; aussi Jeanne dit à l’évêque : Ha ! vous écrivez bien ce qui est contre moi, et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi.
Et il croit que cela ne fut pas écrit ; d’où s’ensuivit dans l’assemblée un grand murmure.
[Art. 6.]
[Cf. 5.]
[Art. 7.]
[Cf. 5.]
[Art. 8.]
En est sûr.
[Art. 9.]
Jeanne avait environ 19 ans, était intelligente et répondait sagement ; mais elle n’était pas capable de répondre aux questions difficiles qu’on lui posait.
[Art. 10.]
A ouï-dire que quelques individus allèrent la nuit, à la dérobée, à la prison de Jeanne pour la persuader de ce qui est contenu dans l’article. Ignore si c’est la vérité.
[Art. 11.]
Véridique ; cependant, Jeanne répondait bien à certaines questions, comme on peut le constater par le procès.
[Art. 12.]
L’interrogatoire durait 3 heures le matin ; parfois suivi d’un autre l’après-midi. Elle s’est plusieurs fois plainte du grand nombre de questions.
[Art. 13.]
Véridique ; l’a entendu lui-même de la bouche de Jeanne.
[Art. 14.]
Véridique ; l’a entendu lui-même de la bouche de Jeanne.
[Art. 15.]
N’en sait rien, s’en rapporte au procès.
[Art. 16.]
N’en sait rien, s’en rapporte au procès.
[Art. 17.]
Interrogée sur sa soumission à l’Église, Jeanne a longtemps cru qu’il s’agissait du tribunal qui la jugeait ; Pierre Morisse lui expliqua le sens du mot et elle se soumit toujours au pape, pourvu qu’on la conduisît à lui. Croit que son ignorance de l’Église était la raison pour laquelle parfois elle n’accepta pas de se soumettre à l’Église.
[Art. 18.]
Croit Manchon écrivit et relata fidèlement ; s’en rapporte au procès.
[Art. 19.]
Croit que la sentence fut rendue par méchanceté et vengeance, plus que par amour de la justice.
[Art. 20.]
Comme au 18.
[Art. 21.]
Déclare que les juges observaient suffisamment les règles du droit mais qu’ils agissaient avec méchanceté et par vengeance.
[Art. 22.]
Jeanne eut parfois des conseillers.
Lors de la première sentence [24 mai], le témoin crut qu’elle allait être brûlée tant elle différait sa rétractation. — Elle avait été conduite en voiture jusqu’au cimetière de Saint-Ouen de Rouen.
[Art. 23.]
Vrai.
[Art. 24.]
Était présent et assure qu’aucune sentence ne fut prononcée par le juge séculier.
Après la prédication et une longue attente au même endroit, elle fut conduite au supplice par les clercs du roi. — Le témoin et frère Martin Lavenu l’accompagnèrent jusqu’à la fin.
[Art. 25.]
Vrai. Ajoute que même Cauchon pleura.
Un soldat anglais, qui la haïssait extrêmement avait juré de placer de sa propre main un fagot sur son bûcher ; mais après avoir entendu Jeanne invoquer le nom de Jésus il fut frappé de stupeur et comme en extase ; on le conduisit à une taverne près du Vieux Marché, où il reprit des forces en buvant. Et après avoir déjeuné avec un frère de l’ordre des prêcheurs, cet Anglais confessa, le témoin l’entendit, par l’intermédiaire de ce frère anglais, qu’il avait gravement péché, qu’il se repentait de tout ce qu’il avait fait contre Jeanne, qu’il la jugeait une femme bonne ; car il semble que cet Anglais avait vu dans le dernier souffle de Jeanne une colombe blanche sortant de la flamme.
Le bourreau, l’après-midi du même jour, vint au couvent dominicain et dit au témoin et à frère Martin Lavenu sa grande crainte d’être damné, parce qu’il avait brûlé une sainte.
[Art. 26.]
Vrai.
Croit que la principale raison du procès fut de déshonorer le roi de France. Guillaume Érard le proclama lorsqu’il dit : Seule la France manquait habituellement de monstres ; mais maintenant voici un monstre horrible avec cette femme schismatique, hérétique et sorcière, grâce à laquelle le roi de France veut recouvrer son royaume.
À cet Érard Jeanne répondit : Ô prêcheur ! vous parlez mal ! Ne parlez pas de la personne du roi Charles, notre sire, parce que c’est un bon catholique et ce n’est pas en moi qu’il a cru.
[Art. 27.]
Confirme sa déposition.
André Marguerie (9 mai 1452)
Maître André Marguerie, archidiacre de Petit-Caux au diocèse de Rouen, âgé d’environ 76 ans, entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Croit que les soldats anglais haïssaient Jeanne et désiraient sa mort.
[Art. 2.]
Croit qu’une partie voulait la faire périr, afin qu’elle ne pût leur nuire.
[Art. 3.]
A entendu que Jeanne avait été prise à Compiègne, diocèse de Beauvais, puis transférée et détenue à Rouen où Cauchon et Lemaître lui firent un procès de foi sur l’ordre des Anglais ; ignore quant aux pressions.
[Art. 4.]
Certains furent réprimandés pour n’avoir pas été assez favorable aux Anglais, mais ignore si quelqu’un fut en danger. Il apprit que Nicolas de Houppeville n’avait pas donné son avis.
[Art. 5.]
N’en sait rien car assista à peu d’interrogatoires [4 interrogatoires publics].
[Art. 6.]
[Cf. 5.]
[Art. 7.]
Ne sait rien.
[Art. 8.]
Croit qu’elle fut gardée par les Anglais car ils avaient la garde du château.
[Art. 9.]
Estime que Jeanne était avisée dans certaines de ses réponses.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Vraisemblable.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
[Art. 13.]
Ne sait rien.
[Art. 14.]
Croit plutôt le contraire, car il a entendu Jeanne dire que ses convictions ne venaient de personnes, prélats ou Pape, mais uniquement de Dieu. C’est sans doute pourquoi on chercha sa rétractation.
[Art. 15.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 16.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 17.]
Ne sait rien.
[Art. 18.]
Ne sait rien.
[Art. 19.]
Déclare vraie la première partie ; ne sait rien du reste.
[Art. 20.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 21.]
Ne sait rien.
[Art. 22.]
Ne sait rien.
[Art. 23.]
Ne sait rien, ni si elle a été condamnée injustement, ni si quelque injustice fut commise.
[Art. 24.]
Il assista à la dernière prédication mais parti avant l’exécution, tant cela faisait pitié ; ne sait rien du reste de l’article sinon que plusieurs des assistants pleurèrent, même monseigneur le cardinal de Luxembourg, évêque de Thérouanne.
[Art. 25.]
Déclare ne rien savoir de sa dévotion ; mais elle paraissait très troublée car elle disait : Rouen, Rouen, mourray-je cy !
[Art. 26.]
Croit que quelques Anglais, gens de peu, procédaient par haine et crainte ; mais il ne le croit pas des ecclésiastiques notables.
Déclare qu’un chapelain du cardinal d’Angleterre, présent à la première prédication, ayant dit à l’évêque de Beauvais qu’il était trop favorable à Jeanne, cet évêque lui répondit : Vous mentez, car je ne voudrais pas être favorable à quelqu’un dans une telle cause.
Et alors ce chapelain fut réprimandé par ledit cardinal d’Angleterre, qui lui dit de se taire.
[Art. 27.]
Ce qu’il dépose est notoire.
Richard de Grouchet (9 mai 1452)
Messire Richard de Grouchet, prêtre, maître ès arts et fait bachelier en théologie, chanoine de l’église collégiale de Salcey au diocèse d’Évreux, âgé d’environ 60 ans, entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit véridique.
[Art. 2.]
Véridique ; il était notoire que les Anglais craignaient Jeanne.
[Art. 3.]
Il la vit au château de Rouen où elle fut incarcérée.
Ignore si les juges étaient dans la crainte.
La rumeur à Rouen disait que les Anglais faisaient faire tout par haine et colère.
[Art. 4.]
Lui semble que certains assesseurs étaient volontaires et partiaux ; d’autres contraints et forcés ; beaucoup craintifs et certains s’enfuirent comme Nicolas de Houppeville. — Lui-même, ainsi que Jean Pigache et Pierre Minier qui le lui confièrent, donnèrent leur avis sous la crainte, les menaces et dans la terreur, si bien qu’ils formèrent le projet de fuir.
A entendu plusieurs Pierre Morisse raconter qu’après qu’il eut exhorté Jeanne à persévérer [après son abjuration], celui-ci fut en grand péril d’être battu par les Anglais mécontents.
[Art. 5.]
[Réponse groupée aux articles 5, 6.]
Croit que les notaires retranscrivirent fidèlement. — Il vit cependant Cauchon injurier violemment les notaires, quand ceux-ci ne faisaient pas ce qu’il voulait ; et la scène était très violente, à ce qu’il assure, d’après ce qu’il a vu et entendu.
[Art. 6.]
[Cf. 5.]
[Art. 7.]
Ignore si Jeanne eut un conseiller ou en demanda un ; pense sans certitude qu’elle en demanda un au début. — Ignore si quelqu’un fut en péril de mort pour l’avoir défendue ; mais sait bien que ceux qui ont tenté de la diriger furent réprimandés durement et sévèrement, et taxés de partialité tantôt par Cauchon, tantôt par Jean Beaupère ; ce dernier disait à ceux qui la dirigeaient de la laisser parler, et qu’il était désigné pour l’interroger.
[Art. 8.]
Jeanne était en prison au château, gardée, amenée et emmenée par les Anglais. Ne sait rien des entraves et des chaînes, bien qu’il eût entendu dire qu’elle était détenue durement et étroitement.
[Art. 9.]
Croit qu’elle avait l’âge indiqué.
Elle était ignorante du droit et de la procédure ; mais répondait avec sagesse et très exactement. Il entendit dire à l’abbé de Fécamp qu’un grand clerc aurait bien pu faillir dans les réponses aux interrogations difficiles qui lui étaient faites.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
[Réponse groupée aux articles 11, 12.]
La vit interrogées sur des questions difficiles et captieuses auxquelles néanmoins, en considérant sa faiblesse de femme, elle répondait bien. Parfois elle faisait remarquer qu’elle avait déjà répondu à certaines questions qui lui étaient à nouveau posées, en indiquant le jour.
[Art. 12.]
[Cf. 11.]
[Art. 13.]
L’a entendu plusieurs fois de la bouche de Jeanne.
[Art. 14.]
L’entendit refuser de se soumettre au juge et aux assistants, mais se soumettre à l’Église et au pape, demandant à être conduite à lui. On lui dit que le procès serait envoyé au pape ; elle répondit que comme elle ne savait pas ce qu’on mettrait dans le procès, elle voulait y aller elle-même et être interrogée par lui.
[Art. 15.]
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
Ignore si sa soumission fut enregistrée mais témoigne que Jeanne s’est toujours soumise jugement du pape et de l’Église.
[Art. 16.]
[Cf. 15.]
[Art. 17.]
N’en sait pas plus que déjà déposé.
[Art. 18.]
Le notaire écrivait en français et quand il y avait doute sur le texte il le relisait. Ne sait rien de la traduction.
[Art. 19.]
Vrai quant au droit. Déclare que l’avis qu’il écrivit avec Pigache et Minier suivant leur conscience ne plut pas aux juges et que Cauchon dit : C’est cela que vous avez fait ?
.
[Art. 20.]
Croit que les notaires ont bien et fidèlement rédigé.
[Art. 21.]
La sentence lui a toujours paru injuste, et la condamnation injustifiée. S’en rapporte au droit.
[Art. 22.]
Il ne la vit répondre que seule et sans défenseur.
[Art. 23.]
Notoire.
[Art. 24.]
Il n’était pas présent et n’a jamais parler d’une sentence prononcée par un juge séculier. La rumeur disait qu’elle avait été conduite au supplice par force et injustement.
[Art. 25.]
Notoire.
[Art. 26.]
Croit que Jeanne fut mise à mort pour les raisons de l’article, mais ignore si on avait l’intention de déshonorer le roi ; croit bien que c’est par mépris pour le roi qu’elle fut mise à mort, étant donné la manière de procéder et le genre du jugement.
[Art. 27.]
Déclare vraie sa déposition.
Pierre Miget (9 mai 1452)
Frère Pierre Miget, professeur de théologie sacrée, prieur du prieuré de Longueville-Giffard, diocèse de Rouen, âgé d’environ 70 ans, entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit véridique, d’après les effets qui ont suivi.
[Art. 2.]
Déclare avoir entendu, d’un soldat anglais mort depuis, que les Anglais craignaient plus Jeanne que cent hommes en armes.
[Art. 3.]
Déclare avoir entendu : que Jeanne fut prise à Compiègne par les gens du sire de Luxembourg, diocèse de Beauvais ; qu’elle fut réclamée par les Anglais ; que Cauchon fut désigné pour lui faire son procès car prise dans son diocèse ; qu’elle fut conduite et emprisonnée au château de Rouen.
Croit aux pressions et à la crainte, bien qu’il ne sache rien de sûr.
[Art. 4.]
Probable ; car elle fut toujours gardée par des Anglais, qui lui refusèrent la prison d’Église.
À la fin de la première prédication à Saint-Ouen, comme Jeanne était exhortée à se rétracter et hésitait, un clerc anglais dit à l’évêque de Beauvais qu’il favorisait Jeanne ; l’évêque lui répondit : Vous mentez. Moi, je dois, par ma fonction, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne.
Lui-même fut convoqué devant le cardinal d’Angleterre, parce qu’il aurait été favorable à Jeanne, et dût s’excuser, craignant le péril de son corps.
[Art. 5.]
[Réponse groupée aux articles 5, 6.]
Croit que les notaires rédigeaient fidèlement.
[Art. 6.]
[Cf. 5.]
[Art. 7.]
Ignore si Jeanne avait demandé un conseiller, mais croit que personne n’aurait osé la conseiller ou la défendre sans y être autorisé.
[Art. 8.]
Véridique ; mais n’a pas vu Jeanne dans des entraves ou des chaînes.
[Art. 9.]
Jeanne avait vingt ans.
Croit qu’elle était naïve au point de penser que les Anglais ne cherchaient pas sa mort et d’espérer s’en sortir moyennant argent.
Il la vit répondre de manière catholique et sage sur des points touchant la foi, sauf sur les visions qu’elle disait avoir et sur lesquelles, au jugement du témoin, elle insistait trop.
[Art. 10.]
N’en sait rien. Mais déclare avoir entendu qu’un homme alla une fois vers elle de nuit, avec des vêtements de prisonnier, à ce qu’on dit, et feignant d’être un prisonnier originaire des régions soumises au roi de France ; cet homme la persuadait de persister dans ses déclarations, disant que les Anglais n’oseraient pas lui faire du mal.
[Art. 11.]
Ne l’a pas remarqué.
[Art. 12.]
N’y croit pas et n’a rien vu.
[Art. 13.]
[Réponse groupée aux articles 13, 14.] Vrai ; l’a entendu lui-même de la bouche de Jeanne.
[Art. 14.]
[Cf. 13.]
[Art. 15.]
S’en rapporte aux notaires et au procès.
[Art. 16.]
S’en rapporte aux notaires et au procès.
[Art. 17.]
Croit que Jeanne ne comprenait pas ce qu’était l’Église. Ne se souvient pas qu’elle ait refusé de s’y soumettre.
[Art. 18.]
S’en rapporte aux notaires.
[Art. 19.]
S’en rapporte au droit ; croit que certains ne furent pas totalement libres et d’autres furent volontaires.
[Art. 20.]
Croit que les notaires furent fidèles.
[Art. 21.]
En raison de la haine des Anglais le procès peut à bon droit être dit injuste et par conséquent la sentence injuste.
[Art. 22.]
Croit l’article faux, tout en ignorant si on lui refusa un conseil.
[Art. 23.]
Déclare que si elle avait été en liberté, elle aurait été aussi bonne catholique qu’une autre.
Il entendit dire qu’elle avait pu communier, à sa demande.
Ne sait rien de plus sinon qu’elle fut jugée relapse, abandonnée à la justice séculière et enfin brûlée.
[Art. 24.]
Ignore si une sentence séculière fut portée ; mais Jeanne fut conduite au supplice en grande hâte par des soldats anglais.
[Art. 25.]
Conforme à ce qu’il a entendu. Une fois abandonnée par l’Église, Jeanne commença à se lamenter et acclamer Jésus ; et aussi partit le témoin, ému de si grande pitié qu’il ne put voir l’exécution de Jeanne.
[Art. 26.]
Le croit vrai.
[Art. 27.]
Déposition conforme à la renommée publique.
Martin Lavenu (9 mai 1452)
Frère Martin Lavenu, prêtre, de l’ordre des Frères prêcheurs (dominicain), qui fut lecteur en théologie dans plusieurs couvents, âgé d’environ 52 ans, entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Véridique. Déclare avoir été présent à la plus grande partie du procès, avec frère Jean Lemaître, alors sous-inquisiteur.
[Art. 2.]
Le croit vrai.
[Art. 3.]
Sait bien que Jeanne fut emprisonnée au château de Rouen, qu’on lui fit un procès de foi à la demande et aux frais des Anglais.
Ne sait rien de la crainte et des pressions.
[Art. 4.]
A vu maître Nicolas de Houppeville conduit à la prison royale, parce qu’il ne voulait pas assister au procès.
Sans certitude quant aux assesseurs, croit qu’une partie avait peur l’autre était partiale.
[Art. 5.]
[Réponse groupée aux articles 5, 6.]
S’en rapporte aux notaires, croit qu’ils écrivirent fidèlement.
[Art. 6.]
[Cf. 5.]
[Art. 7.]
Sait que Jeanne n’eut aucun conseiller et que personne n’aurait osé se mêler de la conseiller, de la diriger ou de la défendre par peur des Anglais. Entendit dire que certains qui allèrent au château, sur l’ordre des juges, pour conseiller ou diriger Jeanne, avaient été durement repoussés et menacés château.
[Art. 8.]
Véridique.
[Art. 9.]
D’accord sur l’âge.
Elle était très ignorante, savait à peine le Pater noster ; l’a entendue parfois répondre avec foi et sagesse.
[Art. 10.]
N’en sait rien personnellement.
Tient de la bouche même de Jeanne qu’un grand seigneur anglais était entré dans sa prison et avait essayé de la violer ; et c’était la raison pour laquelle, à son dire, elle avait repris les vêtements d’homme.
[Art. 11.]
On lui posait des questions difficiles, qui ne convenaient pas à une telle femme, si simple. Ignore l’intention de ceux qui l’interrogeaient.
[Art. 12.]
Sait qu’on la tourmentait beaucoup dans les interrogatoires, qui duraient trois heures ou environ, avant le déjeuner et après. Ignore l’intention et les fins de ceux qui l’interrogeaient.
[Art. 13.]
Vraisemblable. Lui-même l’a entendu de la bouche de Jeanne, peut-être hors interrogatoire.
[Art. 14.]
L’a souvent entendue se soumettre au pape et demander à ce qu’on la conduisît à lui.
[Art. 15.]
N’en sait rien et s’en rapporte au procès.
[Art. 16.]
N’en sait rien et s’en rapporte au procès.
[Art. 17.]
Ne sait rien.
[Art. 18.]
Sait que le procès fut rédigé en français ; ne sait rien de la traduction.
[Art. 19.]
Pour le droit s’en rapporte au droit, pour le fait à ses dépositions ci-dessus.
[Art. 20.]
S’en rapporte aux notaires.
[Art. 21.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 22.]
Sur la nullité s’en rapporte au droit.
Sait qu’elle n’eut pas de défenseurs ou conseillers, bien qu’elle en eût demandé.
[Art. 23.]
Déclare qu’il était évident pour les juges qu’elle s’était soumise à la décision de l’Église et qu’elle était fidèle catholique et pénitente ; c’est avec leur autorisation sur leur ordre, qu’il donna la communion à Jeanne.
Elle fut abandonnée comme relapse à la justice séculière.
Croit que si elle avait tenu le parti des Anglais, on n’aurait pas ainsi procédé contre elle.
[Art. 24.]
Après son abandon par l’Église, elle fut saisie par des soldats anglais, présents là en grand nombre, sans aucune sentence de juge séculier, et malgré la présence du bailli de Rouen et du conseil de la cour séculière ; il le sait, car il resta toujours avec Jeanne depuis le château jusqu’à la fin ; et il lui administra, lui qui parle, sur l’ordre des juges, les sacrements de pénitence et d’eucharistie.
[Art. 25.]
L’a vu et entendu.
Entendit le bourreau dire qu’elle avait été condamnée à mort d’une manière abusive.
[Art. 26.]
Véridique. Ajoute que Guillaume Érard s’écria au cours de son sermon au cimetière de Saint-Ouen, : Ô maison de France ! tu as toujours été exempte de monstres jusqu’à présent ; mais maintenant, en adhérant à cette femme, une sorcière, hérétique et superstitieuse, tu t’es déshonorée !
[Art. 27.]
Ce qu’il a déposé est vrai et notoire, à Rouen et ailleurs.
Jean Le Fèvre (9 mai 1452)
Monseigneur Jean Le Fèvre, évêque de Démétriade, de l’ordre de saint Augustin, du couvent de Rouen, professeur de théologie sacrée, [âgé d’environ 66 ans,] entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Croit que les Anglais n’aimaient pas beaucoup Jeanne, et que si elle avait été de leur parti, ils n’auraient pas procédé avec tant de zèle et de dureté.
[Art. 2.]
Croit qu’ils procédaient contre elle parce qu’ils la craignaient.
[Art. 3.]
Croit que le procès a été fait à la demande et aux frais des Anglais.
Ne sait rien des craintes et pressions.
[Art. 4.]
Ne sait rien sauf ceci : comme on demandait à Jeanne si elle était dans la grâce de Dieu, le témoin présent dit que ce n’était pas une question convenant à une telle femme ; alors l’évêque de Beauvais lui répliqua : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.
[Art. 5.]
S’en rapporte aux notaires.
[Art. 6.]
S’en rapporte aux notaires.
[Art. 7.]
Ne fut pas présent à tous les interrogatoires mais, tant qu’il y fut, il ne vit pas qu’elle ait eu un conseil, ni qu’elle en ait demandé un.
[Art. 8.]
Jeanne était en prison au château de Rouen, ne sait rien d’autre.
[Art. 9.]
Jeanne avait l’âge indiqué.
Elle répondait très sagement aux interrogations, mises à part les révélations, à tel point que pendant trois semaines il la crut inspirée. [Lefèvre assista à 6 interrogatoires entre le 21 février et 22 mars, puis à autant d’autres séances et délibérations.]
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
On l’interrogeait très profondément sur quelques points, et elle s’en tirait avec compétence. On passait parfois d’une question à une autre pour voir si elle modifierait ses propos.
[Art. 12.]
Les interrogatoires étaient long, habituellement deux ou trois heures, à tel point que les docteurs présents en étaient très fatigués. Pour la fin de l’article, l’ignore.
[Art. 13.]
Ne se souvient pas que Jeanne ait prononcé ces mots, se rappelle bien qu’elle dit ne rien vouloir dire ou faire qui fût contre Dieu.
[Art. 14.]
Ne s’en souvient pas mais l’a entendu dire.
[Art. 15.]
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
N’entendit jamais qu’elle eût refusé de se soumettre à l’Église ; du moins ne se souvient pas.
[Art. 16.]
[Cf. 15.]
[Art. 17.]
Ne s’en souvient pas.
[Art. 18.]
Ne sait rien de la traduction ; ne se souvient pas si le procès fut reçu en latin ou en français.
[Art. 19.]
N’a pas constaté de pression.
[Art. 20.]
S’en rapporte aux notaires.
[Art. 21.]
S’en rapporte aux juges.
[Art. 22.]
A dit tout ce qu’il sait ; pour la nullité de la sentence s’en rapporte au droit.
[Art. 23.]
Ne fut plus appelé au procès après le premier sermon fait à Saint-Ouen. [Le procès-verbal indique pourtant qu’il participa à la dernière délibération (et opina comme l’abbé de Fécamp).]
[Art. 24.]
Fut présent au dernier sermon, au cours duquel elle demanda à tous les prêtres que chacun d’eux célébrât une messe pour elle ; mais ce qui s’ensuivit, il ne le vit pas, car il s’en alla.
[Art. 25.]
Elle eut une fin très catholique, et émut aux larmes les juges et plusieurs autres par très grande pitié.
[Art. 26.]
Sur la haine des Anglais, voir ses dépositions ci-dessus.
Ignore si l’on désirait déshonorer le roi de France ; estime cependant qu’en général on ne l’aimait pas.
[Art. 27.]
Ce qu’il a dit est notoire.
Thomas Marie (9 mai 1452)
Messire Thomas Marie, prêtre, bachelier en théologie, prieur du prieuré de Saint-Michel près de Rouen, de l’ordre de saint Benoît, âgé d’environ 62 ans, entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Paraît véridique.
[Art. 2.]
Déclare qu’en raison des faits surprenants de Jeanne pendant la guerre, et parce que les Anglais sont généralement superstitieux, ils estimaient qu’elle avait quelque chose de funeste et cherchaient sa mort. Interrogé comment il sait que les Anglais sont superstitieux déclare qu’ainsi le tient la commune renommée et c’est un proverbe courant.
[Art. 3.]
Jeanne fut incarcérée au château ; on lui fit un procès de foi à la requête et aux propres frais, à ce qu il croit, des Anglais.
Sur la peur et les pressions déclare que certains intervinrent au procès par crainte, d’autres par partialité.
[Art. 4.]
Ne croit pas à la crainte et aux menaces, mais plutôt à la partialité, surtout parce que certains, comme il le croit et l’entendit dire, reçurent des présents. — Nicolas de Houppeville fut incarcéré et expulsé du procès parce qu’il avait parlé avec aigreur de la cause de Jeanne à Cauchon.
[Art. 5.]
Les notaires ont écrit fidèlement quoique peut-être, à ce qu’il comprit, ils aient parfois été sollicités d’écrire autrement.
[Art. 6.]
Comme 5.
[Art. 7.]
A entendu dire qu’on lui offrit un conseiller ; mais pas que quelqu’un avait été en danger de mort ou autre pour lui avoir donné un avis.
[Art. 8.]
A entendu d’un serrurier qu’il avait fait une cage de fer pour y tenir Jeanne enfermée ; et croit qu’elle fut placée dans cette cage. Ne sait rien des gardiens.
[Art. 9.]
Pense qu’elle avait 18 ans.
A entendu de plusieurs assistants au procès qu’elle répondait avec autant de sagesse aux questions que l’aurait fait un excellent clerc.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
Entendit dire qu’après la première prédication, alors qu’elle était de nouveau placée dans la prison du château, on lui fit tant de vexations pour l’accabler, qu’elle avoua préférer mourir plutôt que rester davantage avec les Anglais.
[Art. 11.]
Bien qu’absent au procès, l’a entendu dire ; croit que les interrogateurs cherchaient la fin indiquée.
[Art. 12.]
Croit qu’ils lui faisaient tout le mal qu’ils pouvaient.
[Art. 13.]
Ne sait rien mais l’a entendu dire de beaucoup.
[Art. 14.]
Comme 13.
[Art. 15.]
Ne sait rien.
[Art. 16.]
Ne sait rien.
[Art. 17.]
Ne sait rien.
[Art. 18.]
Ne sait rien.
[Art. 19.]
Déclare que où il n’y a pas libre arbitre, ni procès ni sentence ne valent ; mais ne peut rien dire d’autre que sa déposition ci-dessus si les juges et les assesseurs furent libres.
[Art. 20.]
Ne sait rien.
[Art. 21.]
S’en rapporte au droit.
[Art. 22.]
N’en sait rien car n’était pas au procès.
[Art. 23.]
Il était notoire que Jeanne était bonne catholique et qu’elle fut brûlée. Ignore le reste.
[Art. 24.]
Ne sait rien.
[Art. 25.]
Croit qu’il en fut ainsi ; et il entendit de beaucoup qu’on vit le nom Jésus écrit dans la flamme du feu qui la consumait.
[Art. 26.]
Croit que si les Anglais avaient eu une telle femme, ils l’auraient fort honorée et ne l’auraient pas traitée ainsi.
[Art. 27.]
Ce qu’il a dit est notoire à Rouen.
Jean Riquier (9 mai 1452)
[N’a pas assisté au procès, mais au supplice.]
Messire Jean Riquier, prêtre, curé de l’église paroissiale de Heudicourt, âgé d’environ 40 ans, entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit vrai.
[Art. 2.]
Le croit vrai. Ajoute qu’on disait communément que les Anglais n’auraient pas osé mettre le siège devant Louviers avant sa mort.
[Art. 3.]
Sait que Jeanne fut conduite et incarcérée au château de Rouen pour être jugée ; croit que ce procès fut fait à la demande et aux frais des Anglais.
Ne sait rien de la crainte et des pressions.
[Art. 4.]
Il est notoire, lui-même le croit, que beaucoup se seraient volontiers abstenus ; et y assistaient plus par peur qu’autrement.
[Art. 5.]
Ne sait rien car n’était pas présent.
[Art. 6.]
Ne sait rien car n’était pas présent.
[Art. 7.]
Ne s’en souvient pas.
[Art. 8.]
N’a pas vu Jeanne en prison ; on disait que personne n’osait lui parler, qu’elle était enchaînée, et que les Anglais la gardaient.
[Art. 9.]
A entendu dire qu’elle répondait avec sagesse ; à tel point que si certains des docteurs avaient été ainsi interrogés, ils auraient pu difficilement répondre aussi bien.
[Art. 10.]
Ne s’en souvient pas et ne sait rien.
[Art. 11.]
On disait qu’on lui posait des questions très difficiles, et que, quand elle ne savait répondre, elle demandait un délai jusqu’au lendemain.
[Art. 12.]
Il entendit dire que certains membre du tribunal s’étaient fait invectiver par les Anglais qui trouvaient que le procès duraient trop longtemps.
[Art. 13.]
Il est notoire que Jeanne a tenu ces propos.
[Art. 14.]
Il est notoire que Jeanne a tenu ces propos.
[Art. 15.]
Ne sait rien.
[Art. 16.]
Ne sait rien.
[Art. 17.]
Ne sait rien.
[Art. 18.]
S’en rapporte aux notaires.
[Art. 19.]
Déclare que la plupart de ceux qui agissaient dans le procès n’auraient pas procédé ainsi s’ils avaient été libres et n’avaient pas craint la colère des Anglais.
[Art. 20.]
S’en rapporte aux notaires.
[Art. 21.]
Ne sait rien.
[Art. 22.]
Ne sait rien.
[Art. 23.]
Croit d’après la fin de ladite Jeanne, qu’elle était fidèle catholique. Il apprit qu’elle demanda la communion et croit qu’on le lui donna ; et sait qu’elle fut brûlée.
[Art. 24.]
Après la dernière prédication elle fut abandonnée par les ecclésiastiques, et aussitôt il vit que les soldats et hommes d’armes anglais la saisirent et la conduisirent directement au lieu du supplice ; il ne vit pas qu’une sentence eût été portée par un juge séculier.
[Art. 25.]
Vrai, comme il l’a vu et entendu.
Ajoute avoir entendu que maître Jean Alépée, alors chanoine de Rouen, présent lors de l’exécution de Jeanne, pleurant beaucoup, dit en présence du témoin et d’autres étant à proximité : Je voudrais que mon âme fût où je crois être l’âme de cette femme.
[Art. 26.]
Comme déposé ci-dessus, croit que les Anglais procédèrent pour les causes et pour les fins contenus dans l’article.
[Art. 27.]
Ce qu’il a dit est conforme à la renommée à Rouen.
Jean Fave (9 mai 1452)
[N’a pas assisté au procès, mais au supplice.]
Maître Jean Fave, maître ès arts et licencié ès lois, demeurant à Rouen, maître des requêtes du roi, âgé d’environ 45 ans, entendu le 9 mai 1452.
[Art. 1.]
Le croit vrai.
[Art. 2.]
Les Anglais craignaient Jeanne et, à ce qu’il entendit, avaient très peur qu’elle ne s’évadât.
[Art. 3.]
Sait qu’elle fut conduite à Rouen, détenue au château, et qu’on lui fit un procès, et comme il l’entendit, que les Anglais s’en occupèrent et payèrent les salaires des docteurs et autres appelés au procès.
Quant à la crainte et aux pressions : Après la première prédication, comme on la reconduisait en prison au château de Rouen, des valets se moquaient de Jeanne, avec la permission des Anglais, leurs maîtres ; et les principaux des Anglais étaient fort indignés contre l’évêque de Beauvais, les docteurs et les autres assesseurs du procès, parce qu’elle n’avait pas été confondue, condamnée et livrée au supplice. — Entendit dire que certains Anglais, ainsi irrités contre l’évêque et les docteurs qui revenaient du château, levèrent leur épée pour les frapper, sans toutefois le faire, disant que le roi avait mal dépensé son argent avec eux. — A entendu de certaines personnes que le comte de Warwick, après la première prédication, s’était plaint desdits évêque et docteurs, en disant que le roi était mal servi, parce que Jeanne s’en tirait ainsi ; sur ce l’un des docteurs répondit : Seigneur, ne vous faites pas de soucis ; nous la rattraperons bien.
[Art. 4.]
Ne sait rien.
[Art. 5.]
A entendu dire que les Anglais s’étaient plaints du notaire Manchon qu’il soupçonnait d’être favorable à Jeanne, parce qu’il ne venait pas volontiers et ne se conduisait pas à leur gré.
[Art. 6.]
Ne sait rien.
[Art. 7.]
Ne sait rien.
[Art. 8.]
Le croit vrai ; a entendu dire qu’on changeait souvent les gardes de Jeanne.
[Art. 9.]
Ne sait rien.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
[Art. 13.]
Ne sait rien.
[Art. 14.]
Ne sait rien.
[Art. 15.]
Ne sait rien.
[Art. 16.]
Ne sait rien.
[Art. 17.]
Ne sait rien.
[Art. 18.]
Ne sait rien.
[Art. 19.]
Ne sait rien.
[Art. 20.]
Ne sait rien.
[Art. 21.]
Ne sait rien.
[Art. 22.]
Ne sait rien.
[Art. 23.]
Croit que Jeanne était simple, bonne et fidèle catholique ; il la vit abandonnée par l’Église, et enfin conduite par le bourreau et d’autres au lieu du supplice pour être brûlée.
[Art. 24.]
N’a pas entendu parler d’une sentence ou condamnation du juge séculier. Elle fut conduite directement au supplice.
[Art. 25.]
Il a vu presque tous ceux de ce pays pleurer et se lamenter. Il entendit lui-même de la bouche même de Jeanne qu’elle invoquait le nom de Jésus dans les flammes.
[Art. 26.]
Le croit vrai.
[Art. 27.]
Croit vrai et notoire ce qui est dans sa déposition.
Enquêtes de 1456
Enquête au lieu de naissance de Jeanne
Jean Morel (Domrémy, 28 janvier 1456)
[Parrain de Jeanne.]
Jean Morel, de Greux, laboureur, âgé d’environ 70 ans. Témoin n° 1, entendu le mercredi 28 janvier 1456 à Domrémy.
[Art. 1.]
Jeannette naquit à Domrémy et fut baptisée en l’église paroissiale Saint-Remi.
[Art. 2.]
Son père s’appelait Jacques d’Arc, et sa mère Ysabelle, laboureurs, demeurant tous deux à Domrémy tant qu’ils vécurent ; ils étaient de bons et fidèles catholiques, de bons laboureurs, de bonne renommée et d’honnête conduite, comme laboureurs, car il a parlé souvent avec eux.
[Art. 3.]
Fut l’un des parrains de Jeanne. — Marraines : la femme d’Étienne le Royer et Béatrice, veuve de Thiesselin, demeurant à Domrémy ; Jeannette, veuve de Thiesselin de Vittel, demeurant à Neufchâteau.
[Art. 4.]
Lui semble que Jeannette fut bien et convenablement élevée dans la foi et les bonnes mœurs, et telle qu’à peu près tout le monde l’aimait dans le village de Domrémy. Comme toutes les jeunes filles, elle savait ses articles de foi, le Pater noster, l’Ave Maria.
[Art. 5.]
Jeannette était honnête dans son comportement, comme peut l’être semblable fille, car ses parents n’étaient pas très riches.
Elle allait à la charrue et parfois gardait les animaux dans les champs ; elle faisait les travaux de femme, en filant et accomplissant tout le reste.
[Art. 6.]
Elle allait souvent à l’église, au point que parfois les autres jeunes se moquaient d’elle ; elle allait parfois à l’église ou ermitage de Notre-Dame de Bermont, près du village de Domrémy, alors que ses parents la croyaient aux champs, à la charrue ou ailleurs.
Lorsqu’elle entendait sonner la messe et qu’elle était aux champs, elle venait à l’église du village pour entendre la messe, comme le témoin assura l’avoir vu.
[Art. 7.]
Jeannette filait, allait à la charrue et gardait les animaux, cf. 5e article.
[Art. 8.]
Jeannette se confessait à Pâques et lors des fêtes solennelles. Il la vit se confesser à dom Guillaume Fronté, alors curé de la paroisse de Domrémy.
[Art. 9.]
Entendit dire autrefois que des femmes ou personnes surnaturelles, on les appelait fées, allaient anciennement danser sous l’arbre appelé des dames
; mais, à ce qu’on dit, après une lecture de l’évangile de saint Jean, elles n’y vont plus.— Encore aujourd’hui, le dimanche de Lætare [4e dimanche de Carême] communément appelé dimanche des Fontaines
, et les jours de fêtes au printemps et en été, les jeunes filles et jeunes gens de Domrémy vont sous cet arbre pour danser ; parfois ils y déjeunent ; et en revenant ils vont à la fontaine aux Rains, qui est plus près du village que l’arbre, en se promenant et chantant, y boivent son eau et autour s’amusent à cueillir des fleurs. — Jeanne y allait parfois avec les autres jeunes filles et faisait comme les autres ; il n’entendit jamais dire que Jeannette fût allée seule, ni pour d’autres raisons, à cet arbre et à cette fontaine, si ce n’est pour se promener et s’amuser comme les autres.
[Art. 10.]
Quand Jeannette partit de la maison paternelle, elle alla deux ou trois fois à Vaucouleurs pour parler au bailli [Baudricourt, bailli de Chaumont].
Il entendit dire que le seigneur Charles, duc de Lorraine, voulut la voir et lui envoya un cheval de poil gris, suivant ses dires.
Ajoute qu’au mois de juillet, lui, témoin qui parle, alla à Châlons lorsqu’on disait que le roi allait à Reims pour se faire sacrer, et là il vit ladite Jeanne qui lui donna une veste rouge qu’elle avait revêtue.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Quand Jeanne alla à Neufchâteau à cause des bandes armées, elle fut toujours en la compagnie de ses père et mère. Ils y restèrent quatre jours et rentrèrent à Domrémy. Le témoin le sait, car il fut avec d’autres dudit village à Neufchâteau et vit alors Jeannette et ses père et mère.
Dominique Jacob (Domrémy, 29 janvier 1456)
Messire Dominique Jacob, curé de l’église paroissiale de Montiers-sur-Saulx, diocèse de Toul, prêtre, âgé d’environ 35 ans. Témoin n° 2, entendu le jeudi 29 janvier à Domrémy.
[Art. 1.]
Croit que Jeanne fut baptisée dans l’église Saint-Remi de Domrémy.
[Art. 2.]
Croit que ses parents furent Jacques d’Arc et Isabelle, mariés, bons catholiques et de bonne renommée, comme il l’a toujours entendu dire.
[Art. 3.]
L’ignore car Jeanne était plus vieille que lui.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4 et 5.]
A connu Jeannette, trois ou quatre ans avant son départ. Elle était de bonnes mœurs et de comportement honnête.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait fréquemment à l’église et parfois, lorsqu’on sonnait les complies à l’église du village, se tenait à genoux. Elle disait ses prières avec dévotion.
[Art. 7.]
Jeannette filait parfois, allait à la charrue ou gardait les animaux.
[Art. 8.]
Croit qu’elle se confessait et, à ce qu’il lui paraît, était une fille bonne et sage.
[Art. 9.]
L’arbre en question est appelé communément l’arbre des dames. Le dimanche de Lætare, qu’on appelle ici dimanche des Fontaines, ou pendant le printemps, les jeunes filles, les enfants et les jeunes gens de Domrémy viennent à cet arbre pour chanter, et emportent avec eux du pain ; en revenant ils vont à la fontaine des Rains, mangent leur pain et boivent de cette eau ; et ils font cela pour se promener. Il a vu Jeanne venir et aller avec les jeunes filles, et elle faisait comme les autres. Cet arbre est d’un aspect étonnant et admirable, raison pour laquelle, selon lui, les jeunes filles et les enfants vont volontiers danser sous lui.
[Art. 10.]
Ne sait rien si ce n’est par ouï-dire.
[Art. 11.]
Ne sait rien, mais entendit dire autrefois que certains frères mineurs furent dans le présent pays pour faire une enquête ; mais ignore s’ils la firent.
[Art. 12.]
Tous les habitants de Domrémy prirent la fuite à cause des bandes armées, et allèrent à Neufchâteau. Jeannette y alla avec son père et sa mère et il lui semble qu’elle resta toujours dans leur compagnie et quitta Neufchâteau avec eux.
Béatrice (d’Estellin) (Domrémy, 29 janvier 1456)
[Marraine de Jeanne.]
Béatrice veuve d’Estellin, laboureur à Domrémy, âgée d’environ 80 ans. Témoin 3, le 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeannette est née à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, laboureurs, vrais et bons catholiques, honnêtes et solides, selon leurs facultés, mais non pas très riches.
[Art. 3.]
Jeannette fut baptisée sur les fonts de l’église Saint-Remi du village ; parrains : Jean Morel de Greux, Jean le Langart et feu Jean Rainguesson ; marraines : Jeannette, veuve de Thiesselin le Clerc, Jeannette, femme de Thévenin le Royer, de Domrémy, et elle-même.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeannette était bien et suffisamment instruite dans la foi catholique, comme les filles de son âge. Elle fut élevée dans les bonnes mœurs, fille chaste, d’un bon comportement.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle visitait fréquemment et avec dévotion les églises et lieux saints ; ainsi, quand le village de Domrémy fut incendié, elle allait tous les jours de fête entendre la messe au village de Greux. Il n’y avait pas meilleure qu’elle dans les deux villages.
[Art. 7.]
Elle s’occupait à divers travaux dans la maison paternelle : parfois elle filait le chanvre et la laine, allait à la charrue, à la moisson, quand c’était le temps, et parfois gardait les animaux et le troupeau du village, quand c’était le tour de son père.
[Art. 8.]
Elle se confessait volontiers aux jours convenables, surtout à Pâques.
[Art. 9.]
L’arbre était appelé l’arbre des dames
. — Le témoin y alla autrefois avec les seigneurs du village et leurs femmes pour s’y promener, à cause de sa beauté. — Cet arbre se trouve à côté du grand chemin par lequel on va à Neufchâteau ; et autrefois entendit dire qu’anciennement les dames fatales
, en français les fées
, allaient sous cet arbre ; mais n’y vont plus à cause des péchés. — Les jeunes gens et les jeunes filles de Domrémy, chaque dimanche de Lætare, qu’on appelle ici dimanches des Fontaines, et au printemps, vont à cet arbre, et Jeannette y allait avec eux, et sous l’arbre chantent et font des chœurs, déjeunent ; en revenant, vont à la Fontaine aux Rains et boivent son eau. — La veille de l’Ascension, quand le curé porte les croix par les champs, il va lui aussi sous cet arbre et y chante l’évangile, ainsi qu’à la fontaine aux Rains et aux autres fontaines.
[Art. 10.]
Jeannette alla à Vaucouleurs quand elle quitta la maison paternelle.
[Art. 11.]
A entendu dire que des frères mineurs vinrent pour faire une enquête ; ne sait rien de plus, car on ne lui a rien demandé.
[Art. 12.]
Quand Jeanne était à Neufchâteau, tous les habitants de son village s’y étaient réfugiés. Vit Jeannette toujours dans la compagnie de ses parents. Jusqu’à son départ pour la France elle ne fut au service que de son père.
Jeannette (Le Royer) (Domrémy, 29 janvier 1456)
[Marraine de Jeanne.]
Jeannette, femme de Thévenin le Royer, de Domrémy, âgée d’environ 70 ans, Témoin 4, le 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeannette est née à Domrémy.
[Art. 2.]
Ses parents furent Jacques d’Arc et Isabet, mariés, bons catholiques, de bonne réputation, gens probes et selon leur condition honnêtes laboureurs.
[Art. 3.]
Jeannette fut baptisée sur les fonts du village ; parrains : Jean Barre de Neufchâteau et Jean Morel de Greux ; marraines : Jeannette, veuve de Thiesselin, et elle qui parle.
[Art. 4.]
Jeannette, comme elle la vit, était une fille bonne et simple, craignant Dieu, suffisamment instruite dans la foi, comme ses semblables.
[Art. 5.]
Elle était d’un comportement bon, simple et doux ; par amour de Dieu elle donnait souvent des aumônes.
[Art. 6.]
Elle allait souvent et dévotement à l’église.
[Art. 7.]
Dans la maison de son père elle filait le chanvre, la laine, et parfois allait à la charrue avec son père, et gardait les animaux pour son père, à son tour.
[Art. 8.]
Elle se confessait, car elle était bonne.
[Art. 9.]
L’arbre est appelé l’arbre des dames
. — Entendit dire que les femmes des seigneurs du village de Domrémy allaient autrefois se promener sous cet arbre. Lui semble que dame Catherine de La Roche, femme de Jean de Bourlemont, seigneur dudit village avec ses demoiselles y allait se promener. — Les jeunes filles et les jeunes gens de Domrémy, au printemps et au dimanche des Fontaines vont sous cet arbre, y chantent, font des danses, apportent du pain et mangent, vont ensuite à la Fontaine aux Rains et boivent de son eau. — Jeannette y allait avec les autres jeunes filles ; n’a jamais vu ni appris que Jeannette serait allée autrement sous cet arbre.
[Art. 10.]
Ne sait rien, mais a entendu dire qu’un de ses oncles conduisit Jeanne à Vaucouleurs.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Jeannette fut toujours à Neufchâteau dans la compagnie de son père, comme elle le vit.
Jean Moen (Domrémy, 29 janvier 1456)
[Voisin de la famille d’Arc.]
Jean Moen, demeurant à Coussey, charron, âgé d’environ 56 ans. Témoin 5, le 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeannette naquit à Domrémy et fut baptisée en l’église Saint-Remi du village.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, bons catholiques, de bonne renommée et de situation honnête comme des laboureurs ; il le sait car lui, témoin qui parle, était leur voisin.
[Art. 3.]
Ne s’en souvient pas.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeanne fut et avait été une fille bonne et chaste, craignant Dieu.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait volontiers à l’église.
[Art. 7.]
Elle travaillait volontiers, filait, faisait les choses utiles pour la maison de son père, gardait parfois les animaux.
[Art. 8.]
Croit que, dès qu’elle eut l’âge de raison, elle se confessait plusieurs fois l’an.
[Art. 9.]
L’arbre mentionné est près d’un bois, au bord du grand chemin par lequel on va à Neufchâteau. Les jeunes gens et jeunes filles du village, tous les ans, le dimanche des Fontaines, ont coutume d’aller se promener sous cet arbre, et là ils déjeunent joyeusement, vont aux fontaines près de cet arbre pour boire.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Étienne de Syonne (Domrémy, 29 janvier 1456)
Messire Étienne de Syonne, curé de l’église paroissiale de Rouceux près de Neufchâteau et doyen de chrétienté, prêtre à Neufchâteau, âgé d’environ 54 ans. Témoin 6, le 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeannette est née à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc ; ignore le nom de sa mère ; ses parents étaient de vrais catholiques, de bonne réputation, réputés tels comme il l’a entendu et vu, quoiqu’ils fussent pauvres.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4-8.]
Tient de Guillaume Fronté, ancien curé de Domrémy, que Jeannette était une fille bonne et franche, pieuse, de bonnes mœurs, craignant Dieu, si bien qu’elle n’avait pas sa pareille dans le village ; se confessait souvent à lui ; elle disait aussi que si elle avait eu de l’argent, elle l’aurait donné à son curé pour célébrer des messes.
[Art. 1.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
[Cf. 4.]
[Art. 7.]
[Cf. 4.]
[Art. 8.]
[Cf. 4.]
[Art. 9.]
Ne sait rien.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
A entendu dire que lorsque les villageois s’était réfugiés à Neufchâteau, à cause des bandes armées, Jeannette alla dans la maison d’une femme honnête appelée la Rousse ; et qu’elle était toujours en compagnie de son père et des autres du village.
Jeannette (de Vittel) (Domrémy, 29 janvier 1456)
[Se rendait à l’ermitage de Bermont avec Jeanne]
Jeannette veuve de Thiesselin de Vittel, ancien clerc à Domrémy, demeurant à Neufchâteau, âgée d’environ 60 ans. Témoins 7, le 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeannette, dite la Pucelle, naquit à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, probes, catholiques, de bonne réputation, qui se conduisaient comme des laboureurs, honnêtement dans leur pauvreté, car ils n’étaient pas trop riches.
[Art. 3.]
Elle fut baptisée sur les fonts de l’église paroissiale Saint-Remi du village ; marraines : elle-même (Jeanne prit son nom) et la femme de Thévenin Royer, du village.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeannette était dans son plus jeune âge et tant qu’elle fut à Domrémy, une fille bonne, vivant honnêtement et saintement, comme une fille sage.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait volontiers à l’église et craignait Dieu. Parfois elle allait à l’église Notre-Dame de Bermont avec quelques jeunes filles, pour prier sainte Marie ; et le témoin y alla autrefois avec elle.
[Art. 7.]
Elle s’adonnait volontiers à des travaux, en filant, ou faisant des choses nécessaires à la maison ; et souvent, à l’occasion, quand c’était le tour de son père, elle gardait le troupeau.
Jeanne ne jurait pas, à l’exception de Sans faute !
, et ne s’adonnait pas à la danse ; mais parfois, quand les autres jeunes filles chantaient et dansaient, elle, elle allait à l’église.
[Art. 8.]
Elle se confessait souvent, car elle la vit plusieurs fois se confesser à messire Guillaume Fronté, alors curé de l’église paroissiale.
[Art. 9.]
L’arbre est appelé l’arbre des dames
, car on raconte qu’anciennement un seigneur appelé seigneur Pierre Gravier, chevalier, seigneur de Bourlemont, allait rencontrer sous cet arbre une certaine dame dénommée Fée
, et qu’ils parlaient ensemble ; l’a entendu lire dans un roman. Les seigneurs et dames de Domrémy, ainsi dame Béatrice, femme du seigneur Pierre de Bourlemont, avec ses demoiselles et ledit seigneur Pierre, allaient parfois, à ce qu’on disait, se promener jusqu’à cet arbre. — Les jeunes filles et les jeunes gens du village vont chaque année, le dimanche de Lætare appelé des Fontaines, s’y promener, et là déjeunent et dansent, et vont boire à la Fontaine aux Rains. Ne se rappelle pas si Jeanne y alla jamais. N’a jamais entendu dire que cette Jeannette fut jamais diffamée à propos de cet arbre.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Louis de Martigny (Domrémy, 29 janvier 1456)
Louis de Martigny, écuyer, âgé d’environ 56 ans. Témoin 8, le 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeanne la Pucelle est née à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc ; ignore le nom de sa mère. Ses parents étaient bons catholiques, comme il le constata, et il n’entendit jamais dire le contraire.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
Ne sait rien.
[Art. 5.]
Ne sait rien.
[Art. 6.]
Ne sait rien.
[Art. 7.]
Ne sait rien.
[Art. 8.]
Entendit en effet dire qu’elle était honnête et se confessait volontiers.
[Art. 9.]
[Article non évoqué.]
[Art. 10.]
A entendu dire que, quand elle voulut aller en France, elle alla voir le seigneur bailli de Chaumont [Baudricourt] et ensuite le seigneur duc de Lorraine ; et le seigneur duc lui donna un cheval et de l’argent ; et ensuite les nommés Bertrand de Poulengy, Jean de Metz, Jean de Dieuleward et Colet de Vienne la conduisirent vers le roi.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Thévenin Le Royer (Domrémy, 29 janvier 1456)
[Sa femme était marraine de Jeanne.]
Thévenin le Royer, de Chermisey, demeurant à Domrémy, âgé d’environ 70 ans. Témoin 9, le 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeannette la Pucelle est née à Domrémy et fut baptisée en l’église paroissiale Saint-Remi.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, qui vivaient honnêtement en tant que laboureurs.
[Art. 3.]
Jeanne, la femme du témoin qui dépose, était la marraine de ladite Pucelle, et l’avait tenue sur les fonts avant qu’il l’épousât.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeanne la Pucelle était une fille bonne, telle qu’il l’a vue, et il n’a jamais entendu dire d’elle le contraire.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle aimait aller à l’église ; servait Dieu.
[Art. 7.]
Elle s’occupait à filer, à faire les tâches domestiques, et parfois gardait le troupeau, quand c’était le tour de son père.
[Art. 8.]
Elle se confessait volontiers, le jour de Pâques.
[Art. 9.]
A entendu dire qu’anciennement les seigneurs et les dames du village de Domrémy, comme le seigneur Pierre de Bourlemont, son épouse, et d’autres serviteurs et demoiselles allaient se promener sous cet arbre. — Encore actuellement les jeunes filles et jeunes gens du village, au dimanche des Fontaines et à l’époque du printemps, vont sous cet arbre, emportant de petits pains, et là se promènent et mangent, dansent et font des rondes, et Jeanne allait avec eux. Il n’a jamais entendu dire que Jeanne allait seule à cet arbre, ou pour une autre raison, sans lesdites jeunes filles.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Jaquier de Saint-Amant (Domrémy, 29 janvier 1456)
Jaquier de Saint-Amant, laboureur, demeurant à Domrémy, âgé d’environ 60 ans. Témoin 10, le 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeanne la Pucelle est née à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, catholiques sincères et laboureurs de bonne renommée, comme il le vit.
[Art. 3.]
A entendu dire que Jeanne fut baptisée en l’église Saint-Remi du village ; parrain : Jean Morel de Greux ; marraine : Jeannette de Roze.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeannette était une fille bonne.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle craignait Dieu et allait volontiers à l’église.
[Art. 7.]
Elle s’occupait tous les jours aux travaux de la maison ; il la vit plusieurs fois le soir, dans la maison de lui qui parle, où elle filait avec une de ses filles, sans jamais remarquer chez elle le moindre mal ; elle gardait les animaux lorsque c’était le moment.
[Art. 8.]
Elle se confessait volontiers au jour de Pâques.
[Art. 9.]
Les seigneurs féodaux et les dames du village allaient communément se promener sous cet arbre. Encore actuellement jeunes filles et jeunes gens du village vont sous cet arbre au printemps et en été, et au jour des Fontaines en emportant des pains pour les manger là et se promener. — Dans sa jeunesse, Jeanne allait aussi à cet arbre avec des jeunes filles se promener aux jours indiqués.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Lui-même vit Jeannette à Neufchâteau ; elle menait aux champs les animaux de ses parents, qui étaient dans cette ville.
Bertrand Lacloppe (Domrémy, 29 janvier 1456)
Bertrand Lacloppe, de Domrémy, couvreur de toit, âgé d’environ 90 ans. Témoin 11, 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeannette la Pucelle était de Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc, laboureur, et d’Isabelle, mariés, du village, gens honnêtes et catholiques.
[Art. 3.]
Croit qu’elle fut baptisée à l’église Saint-Remi du village ; marraines : à ce qu’on dit, Béatrice, veuve d’Estellin, et Jeanne, femme de Thévenin le Charpentier.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeanne était bien élevée, franche et douce.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle aimait aller à l’église, et spécialement à celle du village, comme il le vit.
[Art. 7.]
Elle exécutait les travaux domestiques et filait, comme font les autres jeunes filles, allait parfois à la charrue avec son père, et parfois gardait le troupeau, quand c’était le tour de son père.
[Art. 8.]
Selon les dires, elle se confessait volontiers.
[Art. 9.]
L’arbre qu’on appelle arbre des dames
est un hêtre, et il est très courbé. On disait jadis que les fées (en français) y allaient ; cependant il n’a jamais vu, ni entendu dire à l’époque que lesdites fées fussent allées sous cet arbre. — Au printemps et le dimanche des Fontaines, les jeunes filles et jeunes gens du village, allaient parfois à cet arbre, avec Jeanne parmi eux, et à la fontaine proche, pour se promener et faire des rondes ; ils avaient aussi l’habitude d’y manger. — Jamais il n’entendit dire que Jeanne était allée seule à cet arbre.
[Art. 10.]
Un homme de Burey-le-Petit vint au village de Domrémy pour chercher Jeannette, et il la conduisit à Vaucouleurs pour parler au bailli [Baudricourt, bailli de Chaumont]. A entendu dire que ce bailli l’envoya au roi.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
À cause des bandes armées qu’on disait se diriger vers le village, tous les habitants partirent pour Neufchâteau. Jeanne y alla en la compagnie de ses parents et y séjourna avec eux pendant quatre jours environ.
Perrin Drappier (Domrémy, 29 janvier 1456)
[Il était le marguillier de l’église de Domrémy que Jeanne grondait quand il oubliait de sonner la cloche.]
Perrin Drappier, de Domrémy, âgé d’environ 60 ans. Témoin 12, le 29 janvier.
[Art. 1.]
Jeanne la Pucelle naquit à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, laboureurs honnêtes et bons catholiques, de bonne renommée, comme il le vit.
[Art. 3.]
Jeanne fut baptisée dans la paroisse du village à l’église Saint-Remi ; elle eut à ce qu’on dit parrains et marraines, qu’il ne connaît pas, sauf qu’encore actuellement au village il y a deux femmes passant pour les marraines de ladite Pucelle, à savoir Jeannette, femme de Thevenin Royer, dudit village, et Jeannette, veuve de Thiesselin de Vittel, demeurant à Neufchâteau.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeannette la Pucelle, dans sa jeunesse et quand elle eut l’âge de raison jusqu’à son départ de la maison paternelle, fut et était constamment une fille bonne, chaste, franche, modeste, ne jurant ni par Dieu ni par ses saints, craignant Dieu. Elle faisait beaucoup d’aumônes.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait fréquemment à l’église. Le témoin parle en connaissance de cause, car il était alors marguillier de l’église de Domrémy et il voyait souvent ladite Jeanne venir à l’église, pour les messes et les complies ; et quand le témoin ne sonnait pas les complies, elle le lui reprochait et le blâmait, disant que ce n’était pas bien ; et Jeanne avait promis au témoin de lui donner des galettes afin qu’il fût diligent à sonner les complies.
Jeanne allait souvent, avec sa propre sœur et d’autres personnes, à l’église et ermitage de Bermont, fondé en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie.
[Art. 7.]
Elle travaillait volontiers, filant et faisant les autres travaux nécessaires ; parfois elle allait à la charrue, et gardait le troupeau à son tour.
[Art. 8.]
Elle se confessait beaucoup.
[Art. 9.]
L’arbre en question est appelé l’arbre des dames. — Il vit une dame du village, qui était la femme du seigneur Pierre de Bourlemont, et la mère de ce seigneur aller parfois vers cet arbre pour se promener ; avec eux ils emmenaient leurs demoiselles et quelques jeunes filles du village, et ils portaient du pain et du vin avec des œufs. — Au printemps et le dimanche de Lætare, appelé dimanche des Fontaines, les jeunes filles et les jeunes gens du village ont coutume d’aller à cet arbre et aux fontaines ; ils emportent de petits pains et mangent sous cet arbre, et se promènent en faisant des rondes et en chantant. — Jeanne dans sa jeunesse y alla parfois avec les jeunes filles du village, se promener et faire des rondes vers l’arbre et à la fontaine des Rains.
[Art. 10.]
Quand Jeanne voulut partir de la maison paternelle, elle alla avec un Durand Laxart, son oncle, à Vaucouleurs pour parler à Robert de Baudricourt, alors capitaine de ce Vaucouleurs.
[Art. 11.]
[Article non évoqué.]
[Art. 12.]
Quand les gens du village s’enfuirent à Neufchâteau à cause des bandes armées, Jeanne et ses parents y allèrent et y conduisirent leurs animaux ; après trois ou quatre jours elle revint avec son père à Domrémy.
Gérard Guillemette (Domrémy, 30 janvier 1456)
[Ami d’enfance de Jeanne. La vit partir pour Vaucouleurs avec Durand Laxart.]
Gérard Guillemette, de Greux, laboureur, âgé d’environ 40 ans. Témoin 13, entendu le 30 janvier à Domrémy.
[Art. 1.]
Jeanne la Pucelle était de Domrémy.
[Art. 2.]
Elle fut engendrée par Jacques d’Arc et Isabet, mariés, laboureurs de Domrémy, vrais catholiques, de bonne renommée, de bonne réputation, exempts de reproches, comme tout bon laboureur.
[Art. 3.]
Croit qu’elle fut baptisée dans la paroisse de Domrémy et qu’elle eut de bons parrains et marraines. Il connaît Jean Morel, son parrain, et Jeannette Roze et Jeannette veuve de Thiesselin, ses marraines.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
A bien connue Jeannette depuis le temps qu’il l’a rencontrée ; c’était une fille bonne, honnête et franche, qui s’entretenait avec les honnêtes filles et femmes du village. Croit qu’il n’en existait pas une meilleure dans le village.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait volontiers et souvent à l’église.
[Art. 7.]
Elle aimait travailler, filant, accomplissant les tâches domestiques et se rendant utile à ses père et mère ; parfois elle allait à la charrue, suivant la volonté paternelle.
[Art. 8.]
Elle se confessait volontiers et dévotement comme il le vit.
[Art. 9.]
L’a souvent entendu appeler l’arbre des fées
. — Jadis, les dames des seigneurs de Domrémy avaient coutume d’aller avec leurs demoiselles et leurs servantes sous cet arbre pour se promener. — Au dimanche de Lætare, appelé des Fontaines, les jeunes filles et les jeunes gens de Domrémy y vont parfois pour faire leurs fontaines et se promener ; ils apportent du pain et mangent là ; ensuite ils reviennent à la fontaine des Rains et boivent de son eau. — Il y vit une fois Jeannette avec les jeunes filles, mais ne la revit plus ensuite. — Les jeunes filles et jeunes gens de Greux vont faire leurs fontaines à l’église Notre-Dame de Bermont.
[Art. 10.]
Lorsque cette Jeannette partit du domicile paternel, il la vit passer devant cette maison avec un oncle, nommé Durand Laxart ; et alors Jeannette dit à son père : Adieu ! Je vais à Vaucouleurs.
Et ensuite il entendit dire qu’elle allait en France.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Lui-même fut à Neufchâteau avec Jeanne et ses parents ; il les vit toujours ensemble sauf pendant trois ou quatre jours, quand Jeannette, en présence de ses parents, aidait l’hôtesse du lieu où ils étaient logés, une certaine la Rousse, honnête femme de la ville. Ils ne restèrent à Neufchâteau que quatre ou cinq jours, jusqu’au départ des bandes armées ; alors Jeanne revint avec ses parents à Domrémy.
Hauviette (de Syonne) (Domrémy, 30 janvier 1456)
[Amie d’enfance de Jeanne.]
Hauviette, femme de Gérard de Syonne, laboureur à Domrémy, âgée d’environ 45 ans. Témoin 14, le 30 janvier.
[Art. 1.]
A connu Jeanne dès sa jeunesse, laquelle est née à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet mariés, honnêtes laboureurs et bons catholiques, de bonne renommée ; et le sait, car souvent elle s’est trouvée et a dormi amicalement dans la maison de son père.
[Art. 3.]
Ne se souvient pas des parrains et marraines, car Jeanne était, à ce qu’elle disait, plus âgée qu’elle de trois ou quatre ans.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeanne était bonne fille, franche et douce.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait volontiers et souvent à l’église et à des lieux saints ; et souvent elle avait de l’embarras parce que les gens lui disaient qu’elle allait trop dévotement à l’église.
[Art. 7.]
Jeanne travaillait comme les autres jeunes filles ; elle accomplissait les travaux domestiques, filait, et parfois gardait, comme elle le vit elle-même, les animaux de son père.
[Art. 8.]
A entendu dire par le curé de l’époque qu’elle se confessait à plusieurs reprises.
[Art. 9.]
L’arbre est appelé l’arbre des dames
depuis l’ancien temps. On disait qu’avant, les dames appelées fées
allaient à cet arbre, mais elle-même n’a jamais entendu dire que quelqu’un les ait vues. — Les jeunes filles et jeunes gens du village avaient l’habitude d’aller à cet arbre et à la fontaine des Rains le dimanche de Lætare, dit des Fontaines, et emportaient du pain. — Elle-même y alla avec Jeanne, qui était son amie, et avec d’autres jeunes filles ; on y mangeait, on se promenait, on jouait. — Elle a vu porter des noix autour de cet arbre et aux fontaines.
[Art. 10.]
Elle ne sut rien du départ de Jeanne et en pleura beaucoup, car elle aimait Jeanne qui était si bonne, et qui était sa compagne.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Jeanne resta toujours à Neufchâteau avec ses parents, car elle-même y était aussi et la vit toujours.
Jean Waterin (Domrémy, 30 janvier 1456)
[Ami d’enfance de Jeanne.]
Jean Waterin, de Domrémy, demeurant à Greux, laboureur, âgé d’environ 45 ans. Témoin 15, le 30 janvier.
[Art. 1.]
Jeanne la Pucelle naquit dans la paroisse de Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, qui étaient bons catholiques et de bonne réputation, en tant que laboureurs, comme il le vit.
[Art. 3.]
Connaît Jean Morel, le parrain, Jeannette Roze et Jeanne de Vittel, les marraines de cette Jeannette.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
A vu plusieurs fois Jeannette. Dans sa jeunesse il alla avec elle à la charrue du père de Jeanne, ou avec d’autres jeunes filles et elle dans les pâtures et les prés ; et souvent, pendant que les autres jouaient ensemble, Jeanne se tirait à part et parlait à Dieu, comme il lui semblait ; et lui avec les autres se moquait d’elle.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle était bonne et franche, fréquentait les églises et les lieux saints ; parfois aussi quand elle était dans les champs et entendait la cloche sonner, elle se mettait à genoux. Elle portait souvent des cierges et allait au pèlerinage de Notre-Dame de Bermont.
[Art. 7.]
Elle travaillait volontiers, filait, accomplissait ce qui était nécessaire et utile à la maison, allait à la charrue avec son père et parfois gardait le troupeau, à son tour.
[Art. 8.]
Elle se confessait volontiers, aux dires du prêtre du village.
[Art. 9.]
L’arbre est communément appelé l’arbre des dames
. Entendit dire que jadis des femmes appelées fées
s’y rendaient ; mais n’entendit jamais dire que quelqu’un les y ait vues. — À l’été et au dimanche des Fontaines, les jeunes filles et les jeunes gens de Domrémy ont coutume d’aller sous l’arbre, apportent de petits pains, et les mangent et dansent dessous ; puis au retour vont à la fontaine des Rains ou parfois à d’autres fontaines, et boivent. — Il vit Jeanne s’y rendre ainsi, avec d’autres jeunes filles, pour jouer et se promener comme elles.
[Art. 10.]
L’a vu partir de Greux. Elle disait aux gens : Adieu !
— L’entendit plusieurs fois dire qu’elle relèverait la France et le sang royal.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Le témoin fut lui-même à Neufchâteau, avec les autres du village. Jeannette resta avec ses parents durant tout son séjour.
Gérardin d’Épinal (Domrémy, 30 janvier 1456)
[Le bourguignon de Domrémy.]
Gérardin d’Épinal, demeurant à Domrémy, laboureur, âgé d’environ 60 ans. Témoin 16, le 30 janvier.
[Art. 1.]
Jeannette naquit à Domrémy et fut baptisée en la paroisse Saint-Remi.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés. Ses parents étaient, comme il le vit, bons catholiques et bonnes gens sans mauvaise renommée, de bonne réputation.
[Art. 3.]
A entendu dire que Jean Morel, de Greux, fut son parrain, et Jeannette de Roze sa marraine.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Lui-même habite Domrémy depuis l’âge de dix-huit ans. Il vit et il sut que Jeanne était honnête, franche et dévote.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait volontiers à l’église et aux lieux saints.
[Art. 7.]
Elle travaillait, filait, sarclait, et faisait tous les travaux domestiques nécessaires, comme les filles.
[Art. 8.]
Croit qu’elle se confessait volontiers, car elle était très dévote.
[Art. 9.]
L’arbre est appelé l’arbre des dames. — Il vit les seigneurs féodaux de Domrémy et leurs femmes au printemps, une ou deux fois, qui portaient du vin et du pain et allaient manger sous l’arbre, car celui-ci est beau comme les lys, épanoui, et ses feuilles et branches viennent jusqu’à terre. — Les filles et les jeunes gens du village de Domrémy ont l’habitude, au dimanche des Fontaines, d’aller à cet arbre ; les mères leur font des pains et ils vont sous cet arbre faire leurs fontaines ; ils y chantent, font des rondes, et ensuite reviennent à la fontaine des Rains, mangent le pain et y boivent de l’eau, comme il le vit. — Jeanne y allait avec les autres jeunes filles et faisait comme elles.
[Art. 10.]
Ne sait rien sinon qu’au moment de son départ, elle lui dit : Compère, si vous n’étiez bourguignon, je vous dirais bien quelque chose.
Le témoin croyait alors qu’il s’agissait de quelque ami qu’elle voulait épouser. Il la vit aussi à Châlons, avec quatre autres dudit village, et elle disait n’avoir pas peur, si ce n’est d’une trahison. — [Réponse à l’article 12 qui semble aller avec le 10 :] Elle partit de la demeure paternelle, car il lui était pénible, à ce qu’elle disait, de demeurer là.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Jeanne séjourna peu de temps à Neufchâteau et, à ce qu’il lui semble, avec son frère Jean d’Arc, depuis prévôt de Vaucouleurs ; elle gardait les animaux de son père ; et elle partit de la demeure paternelle, car il lui était pénible, à ce qu’elle disait, de demeurer là.
Simonin Musnier (Domrémy, 30 janvier 1456)
[Voisin et ami d’enfance de Jeanne. Elle le soigna quand il fut malade.]
Simonin Musnier, laboureur de Domrémy, âgé d’environ 44 ans. Témoin 17, le 30 janvier.
[Art. 1.]
Croit qu’elle naquit à Domrémy et fut baptisée en l’église Saint-Remi.
[Art. 2.]
Il connut en effet Jacques d’Arc et Isabet, mariés, ses parents, qu’il jugeait et juge bons catholiques et de bonne réputation.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Fut élevé avec Jeanne et habitait à côté de la maison de son père. Elle était bonne, franche, dévote, craignant Dieu et ses saints. Elle prenait soin des malades, donnait des aumônes aux pauvres, comme il le vit, car dans son enfance lui-même fut malade et Jeanne le réconfortait.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait volontiers et souvent à l’église et aux lieux saints. Quand on sonnait les cloches, elle se signait et se mettait à genoux. Elle portait des cierges volontiers à l’église devant Notre Dame, comme il le vit.
[Art. 7.]
Elle n’était pas paresseuse, travaillait volontiers, filait, allait à la charrue avec son père, hersait la terre avec la herse et faisait les autres travaux domestiques nécessaires.
[Art. 8.]
Elle se confessait volontiers, disait-on.
[Art. 9.]
L’arbre est communément appelé l’arbre des dames
; on dit que jadis celles qu’on appelle les fées allaient sous cet arbre, bien qu’il n’eût lui-même jamais vu quelque signe de quelque esprit malin. — Les jeunes filles et jeunes gens vont, au printemps et le dimanche dit des fontaines, sous cet arbre pour faire leurs fontaines ; ils mangent là leur pain, font des rondes, en revenant passent à la fontaine des Rains et boivent de son eau. — Lui-même, avec Jeanne et d’autres, dans son jeune âge, alla vers cet arbre au dimanche des Fontaines, pour jouer et se promener, comme les autres filles et garçons du village.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Il se trouva lui aussi à Neufchâteau avec des habitants du village, parmi lesquels était Jeanne et ses parents. Elle y resta peu de temps, jusqu’au départ des gens de guerre, puis quitta Neufchâteau, toujours avec ses parents.
Isabelle (d’Épinal) (Domrémy, 30 janvier 1456)
[Amie d’enfance de Jeanne, qui était la marraine de son fils Nicolas.]
Isabelle femme de Gérardin d’Épinal, laboureur à Domrémy, âgée d’environ 50 ans, Témoin 18, le 30 janvier.
[Art. 1.]
Jeannette la Pucelle naquit dans la paroisse de Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, bons laboureurs, vrais catholiques et de bonne réputation.
[Art. 3.]
Parrain : Jean Morel, de Greux ; marraines : Jeannette Roze et Jeannette de Vittel, à ce qu’on disait.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
A connu depuis sa jeunesse les parents de Jeanne et Jeanne elle-même, quand elle était jeune et tant qu’elle a vécu avec ses parents ; elle était élevée dans la foi catholique et les bonnes mœurs, franche, bonne, pudique, dévote et craignant Dieu, à ce qu’il paraissait ; elle donnait fréquemment des aumônes, faisait héberger les pauvres, et voulait passer la nuit dans la cuisine pour que ces pauvres pussent coucher dans son lit.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait volontiers et souvent à l’église Notre-Dame de Bermont. — On ne la voyait pas par les chemins, mais elle se tenait dans l’église en prière.
[Art. 7.]
Elle travaillait de bon gré, filant, cultivant la terre avec son père, faisant les travaux domestiques et parfois gardant les animaux. — Elle ne dansait pas, aussi les jeunes et les autres s’en plaignaient.
[Art. 8.]
Elle se confessait volontiers et souvent, comme elle le vit, car cette Jeannette était la marraine et avait tenu sur les fonts un de ses fils, Nicolas ; et souvent elle allait avec elle et la voyait aller se confesser, dans l’église, à messire Guillaume, le curé du temps.
[Art. 9.]
A toujours entendu appeler cet arbre Aux loges des Dames. — Quand le château du village était en bon état, les seigneurs et leurs femmes allaient se délasser sous cet arbre, le dimanche du Lætare, appelé des Fontaines, et parfois en été ils y conduisaient leurs filles et leurs garçons ; elle le sait, car elle accompagna autrefois le sire Pierre de Bourlemont, seigneur du village et son épouse, qui était de France, et plusieurs fois aussi les jeunes filles du village, tant au printemps qu’en ce dimanche des Fontaines. — Les jeunes filles et les jeunes gens du village ont coutume d’y aller le dimanche des Fontaines pour se reposer et se promener ; ils emportent des pains pour manger ; et Jeanne allait avec eux pour se promener et jouer, en emportant son pain ; au retour ils venaient boire à la fontaine des Rains ; selon la coutume qui existe encore.
[Art. 10.]
A entendu ceci de Durand Laxart, qui la conduisit au sire Robert de Baudricourt : elle lui demanda de dire à son père qu’elle allait aider la femme de ce Durant qui était en couches, afin qu’il pût la conduire audit sire Robert.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Jeanne séjourna à Neufchâteau avec ses parents, ses frères et sœurs, qui avaient conduit les animaux dans cette ville à cause des bandes armées. Elle n’y resta pas longtemps et retourna au village de Domrémy, avec son père, comme le témoin l’a vu, car elle ne voulait pas rester audit lieu et préférait être à Domrémy.
Mengette (Joyart) (Domrémy, 30 janvier 1456)
[Amie d’enfance et voisine de Jeanne.]
Mengette, femme de Jean Joyart, laboureur à Domrémy, âgée d’environ 46 ans. Témoin 19, le 30 janvier.
[Art. 1.]
Jeanne appelée la Pucelle est native de Domrémy, paroisse Saint-Remi.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, qui étaient bons chrétiens et vrais catholiques, de bon renom, comme elle les estimait et les a entendu estimer.
[Art. 3.]
Parrains et marraines, à ce qu’on disait : Jean Morel de Greux ; femme de Thévenin de Domrémy et Édette, veuve de Jean Barre, demeurant à Frebécourt.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
La maison de son père était presque contiguë à celle de Jeannette, qu’elle connaissait bien car souvent elle filait en sa compagnie et faisait les autres travaux ménagers de jour et de nuit avec elle. C’était une fille instruite dans la foi chrétienne, de bonnes mœurs comme il lui semblait.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle allait volontiers et souvent à l’église, faisait l’aumône sur les biens de son père.
[Art. 7.]
Elle allait à la moisson et quand c’était le moment et le tour de sa famille gardait parfois le troupeau en filant.
[Art. 8.]
Elle se confessait volontiers, et elle la vit plusieurs fois à genoux devant le curé du village.
[Art. 9.]
[Article non évoqué.]
[Art. 10.]
Quand Jeannette voulut aller à Vaucouleurs, elle fit venir Durand Laxart, pour faire savoir à ses père et mère qu’elle allait chez ce Durand Laxart, demeurant à Burey-le-Petit afin de rendre service à sa femme ; et en partant elle dit à elle qui témoigne : Adieu ! la recommandant à Dieu
, puis alla à Vaucouleurs.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
À cette époque, tous les gens du village s’enfuirent à Neufchâteau avec leurs animaux. Jeanne y fut avec ses parents et y séjourna en leur compagnie, toujours, et en revint de même, comme elle a pu le voir.
Jean Colin (Domrémy, 30 janvier 1456)
[Vit Jeanne à Vaucouleurs et l’y confessa.]
Messire Jean Colin, curé de l’église paroissiale de Domrémy, chanoine de l’église collégiale Saint-Nicolas de Brixey, diocèse de Toul, prêtre, âgé d’environ 66 ans. Témoin 20, le 30 janvier.
[Art. 1.]
[Article non évoqué.]
[Art. 2.]
[Article non évoqué.]
[Art. 3.]
[Article non évoqué.]
[Art. 4.]
[Article non évoqué.]
[Art. 5.]
[Article non évoqué.]
[Art. 6.]
À ce qui lui paraît, c’était en conscience une bonne fille, et elle avait les signes d’une bonne, catholique et parfaite chrétienne aimant aller à l’église.
[Art. 7.]
[Article non évoqué.]
[Art. 8.]
Jeanne étant à Vaucouleurs vint à lui deux ou trois fois, pour se confesser, et il entendit deux ou trois fois sa confession.
[Art. 9.]
Ne sait rien sinon par ouï-dire.
[Art. 10.]
Il vit Jeanne à Vaucouleurs, quand elle voulut aller en France, et la vit monter sur un cheval quand elle se mit en route ; il y avait avec elle Bertrand de Poulengy, Jean de Metz, Colet de Vienne, écuyers et sergents de Robert de Baudricourt.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Colin (fils) (Domrémy, 30 janvier 1456)
Colin, fils de Jean Colin de Greux, laboureur, âgé d’environ 50 ans. Témoin 21, le 30 janvier.
[Art. 1.]
Jeanne dénommée la Pucelle est née à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, bons catholiques et de bon renom, braves laboureurs sans reproche, qui ont toujours été tenus pour tels et que le témoin tient pour tels.
[Art. 3.]
A entendu dire que Jean Morel, de Greux, était son parrain et Jeannette Roze sa marraine.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeannette était bonne, franche, douce fille, d’un bon naturel. — Elle priait beaucoup Dieu et la Sainte Vierge, au point que parfois, à cause de sa dévotion, le témoin qui alors était jeune et les autres jeunes gens se moquaient d’elle.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle aimait aller à l’église, à ce qu’il vit, car, presque chaque samedi après-midi, elle allait avec sa propre sœur et d’autres femmes à l’ermitage ou église de Notre-Dame de Bermont, y portait des cierges.
[Art. 7.]
Elle aimait travailler, s’occupait de la nourriture des bêtes, avait soin des animaux de son père, filait et faisait les travaux domestiques ; elle allait à la charrue, à la herse et gardait le troupeau à son tour.
[Art. 8.]
A entendu Guillaume Fronté, l’ancien curé de la paroisse, dire que Jeanne était bonne catholique, que meilleure qu’elle il n’en avait jamais vue et il n’y en avait pas dans sa paroisse.
[Art. 9.]
L’arbre est appelé Aux loges des dames
. — Entendit dire que les seigneurs féodaux de Domrémy et leurs femmes avaient coutume d’aller sous cet arbre pour se délasser et se promener. — Les jeunes filles et les jeunes gens du village ont l’habitude d’aller sous cet arbre, au dimanche de Lætare dit des Fontaines
, et aussi au printemps et en mai. Parfois, le jour des Fontaines, ils font un homme de mai
et apportent de petits pains, chacun ayant le sien ; là ils mangent, dansent, chantent, et au retour vont parfois pour boire à la fontaine des Rains et y boivent ; et ils font cela à cause des loisirs en usage ce jour-là. — N’a jamais vu Jeanne y aller ; mais entendit dire qu’elle y fut avec d’autres, pour se promener et manger, comme le font les jeunes filles.
[Art. 10.]
A entendu Durand Laxart dire qu’elle le pressait de la conduire à Vaucouleurs, car elle voulait aller en France ; elle lui demandait aussi de dire à son père qu’elle se rendait à la maison dudit Durand, pour aider sa femme en couches ; et ainsi fit ledit Durand. Alors, avec le consentement de son père, elle se rendit à la maison de Durand, qui la conduisit à Vaucouleurs pour parler à Robert de Baudricourt.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Tous les habitants du village s’enfuirent à Neufchâteau, et Jeanne y resta avec ses parents dans la maison d’une certaine la Rousse. Ils revinrent ensemble, comme il le vit.
Jean de Metz (Vaucouleurs, 31 janvier)
Noble homme Jean de Nouillompont, dit de Metz, demeurant à Vaucouleurs, âgé d’environ 57 ans. Témoin 22, interrogé le 31 janvier à Vaucouleurs.
[Art. 1.]
A entendu dire que Jeanne la Pucelle est née à Domrémy.
[Art. 2.]
Au moment de son départ de Domrémy, il vit ses père et mère, qui lui parurent être bons catholiques.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
N’en dit rien.
[Art. 5.]
Jeanne faisait volontiers l’aumône ; lui-même lui accorda fréquemment de l’argent qu’elle donnait pour l’amour de Dieu. Tout le temps qu’il fut avec elle, il remarqua qu’elle était bonne, franche, pieuse, bonne chrétienne, de bonne compagnie et craignant Dieu.
[Art. 6.]
Jeanne aimait entendre la messe, comme il le vit.
[Art. 7.]
N’en dit rien.
[Art. 8.]
Elle se confessait souvent.
[Art. 9.]
N’en dit rien.
[Art. 10.]
[Rencontre avec Jeanne à Vaucouleurs ; il se propose de la conduire au roi.] Elle était habillée de pauvres vêtements de femme, de couleur rouge et logeait chez un certain Henri le Royer. Il l’interrogea : Que faites-vous ici ? Convient-il que le roi soit chassé du royaume et que nous soyons anglais ?
Elle répondit : Je suis venue trouver Robert de Baudricourt pour être conduite au roi, mais il m’ignore. Il faut pourtant que je sois auprès du roi avant la mi-carême, dussé-je y perdre les jambes jusqu’au genou, car nul au monde, ni rois, ni ducs, ni fille du roi d’Écosse ou autres, ne peut recouvrer le royaume de France. Je préférerais filer auprès de ma mère mais il faut que j’aille car mon Seigneur le veut.
Il lui demanda qui était ce Seigneur, elle répondit que c’était Dieu. Alors, lui touchant la main, il promit de la conduire vers le roi, avec l’aide de Dieu.
[Préparatifs.] Il lui demanda ensuite quand elle voulait partir ? Plutôt aujourd’hui que demain, et demain qu’après.
Avec ses vêtements ? elle répondit préférer des vêtements d’homme ; il lui remit l’habit d’un de ses serviteurs, puis les habitants de la ville de Vaucouleurs lui firent faire un costume d’homme et des chausses, des guêtres et tout le nécessaire, et lui donnèrent un cheval valant environ seize francs.
[Jeanne rend visite au duc de Lorraine.] Ainsi équipée elle se rendit [à Nancy] auprès du duc Charles de Lorraine, qui lui avait délivré un sauf-conduit ; le témoin l’accompagna jusqu’à Toul [à mi-chemin]. Elle fut de retour à Vaucouleurs au début du Carême (cela fera bientôt 27 ans).
[Départ de Vaucouleurs.] Le témoin et Bertrand de Poulengy la conduisirent au roi à Chinon, à leur frais, avec deux serviteurs, Colet de Vienne, messager royal, et un certain Richard l’Archier.
[Voyage.] Ils chevauchèrent 11 jours, parfois de nuit par crainte des Anglais et des Bourguignons.
[Mission divine de Jeanne.] Il lui arriva de l’interroger si elle ferait ce qu’elle disait, elle répondait de n’avoir crainte ; Dieu et ses frères du paradis, qui la dirigeaient depuis quatre ou cinq ans déjà, l’envoyaient à la guerre pour recouvrer le royaume de France.
[Absence de désir charnel.] Chaque nuit Jeanne, Bertrand et lui couchaient côte-à-côte ; Jeanne gardait son pourpoint et ses chausses, mais il la craignait tellement qu’il n’aurait pas osé la solliciter, et n’eut jamais de désir ni de mouvement charnel.
[Messe.] En chemin, elle demandait à entendre la messe, mais par prudence ils ne l’entendirent que deux fois.
[Sa foi en Jeanne.] Les paroles de Jeanne et son amour de Dieu l’enflammaient. Il croit qu’elle était envoyée par Dieu ; elle ne jurait pas, aimait la messe et se signait pour prêter serment.
[Arrivée à Chinon.] Ainsi voyagèrent-ils le plus secrètement possible. Une fois arrivé à Chinon, ils la présentèrent aux gens du roi et à ses conseillers ; alors elle fut beaucoup interrogée.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Michel Le Buin (Vaucouleurs, 31 janvier)
[Ami d’enfance de Jeanne. C’est à lui qu’elle dit qu’avant un an une fille du coin ferait sacrer le roi de France.]
Michel le Buin, de Domrémy, cultivateur à Burey, laboureur, âgé d’environ 44 ans. Témoin 23, le 31 janvier.
[Art. 1.]
A bien connu Jeanne dès sa jeunesse. Elle est née à Domrémy, dans la paroisse.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et Isabet, mariés, laboureurs probes et catholiques, de bon renom, comme il le vit alors.
[Art. 3.]
A eut des parrains et des marraines, comme il l’a entendu dire.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Dès son enfance et jusqu’à son départ de la maison paternelle, elle était bonne catholique, simple, réservée.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle aimait aller à l’église et fréquentait les lieux saints. Il l’a vit plusieurs fois, et l’accompagna en pèlerinage à Notre-Dame de Bermont, où elle allait presque chaque samedi avec sa sœur ; elle y portait des cierges et aimait donner pour l’amour de Dieu ce qu’elle pouvait avoir.
[Art. 7.]
Elle s’empressait d’accomplir, bien et convenablement, les travaux des femmes et des jeunes filles.
[Art. 8.]
Elle se confessait souvent. Il le sait, car il se tenait en sa compagnie et il la vit plusieurs fois se confesser.
[Art. 9.]
L’arbre est appelé Les loges des dames
. — A entendu dire que des femmes appelée fées se rendaient autrefois sous cet arbre, mais ignore si c’est vrai puisqu’elles n’y ont plus. — Les jeunes filles et les jeunes gens de Domrémy ont l’habitude d’y aller le dimanche de Lætare, ou des Fontaines, et là font des rondes, mangent, font leurs fontaines en jouant et se promenant ; ensuite vont boire à la fontaine des Rains. — Petite, Jeanne y allait aussi comme les autres pucelles, pour faire ses fontaines
; mais ne croit pas qu’elle y soit allée pour d’autres raisons, parce que c’était une fille tout à fait bonne.
[Art. 10.]
Ne sait rien sinon qu’une fois Jeanne lui dit, la veille de saint Jean-Baptiste [décollation de Jean Baptiste, célébrée le 29 août], qu’une jeune fille entre Coussey et Vaucouleurs, ferait sacrer le roi de France avant un an. Et dans l’année le roi fut sacré à Reims.
[Art. 11.]
Après la prise de Jeanne il vit arriver à Domrémy un certain Nicolas Bailly [lequel dépose plus bas, voir], d’Andelot, accompagné de quelques autres. Celui-ci se disait envoyé par Jean de Torcenay, bailli de Chaumont pour le prétendu roi de France et d’Angleterre, pour faire une enquête sur la réputation et la vie de Jeanne. Ils n’osaient pas forcer les gens à prêter serment à cause de ceux de Vaucouleurs. Jean Begot dût être interrogé, car ils logèrent chez lui. Croit qu’ils ne trouvèrent rien de mal à propos de Jeanne.
[Art. 12.]
Lui-même fut à Neufchâteau avec les autres habitants de Domrémy ; il y vit Jeanne qui était toujours en la compagnie de ses parents.
Geoffroy de Foug (Vaucouleurs, 31 janvier)
Noble homme Geoffroy de Foug, écuyer, âgé d’environ 50 ans. Témoin 24, le 31 janvier.
[Art. 1.]
Vit autrefois Jeanne lorsqu’elle venait à Maxey-sur-Vaise ; elle était née, à ce qu’on disait, à Domrémy.
[Art. 2.]
A connu ses père et mère mais ignore leurs noms ; sait seulement qu’ils étaient bons chrétiens et catholiques, comme sont des laboureurs, et n’a jamais entendu dire le contraire.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
Ne sait rien.
[Art. 5.]
Quand Jeanne allait à Maxey, elle venait quelquefois chez lui ; elle lui paraissait une bonne, simple et pieuse fille.
[Art. 6.]
Ne sait rien.
[Art. 7.]
Ne sait rien.
[Art. 8.]
Ne sait rien.
[Art. 9.]
Ne sait rien.
[Art. 10.]
A entendu Jeanne dire plusieurs fois qu’elle voulait aller en France. Il vit Jean de Metz, Bertrand de Poulengy et Julien, à cheval dire qu’ils allaient conduire Jeanne au roi.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Durand Laxart (Vaucouleurs, 31 janvier)
[L’oncle
qui amena Jeanne à Vaucouleurs.]
Durand Laxart, de Burey-le-Petit, laboureur, âgé d’environ 60 ans. Témoin 25, le 31 janvier, à Vaucouleurs.
[Art. 1.]
Jeanne était de la parenté de Jeanne, sa propre épouse ; croit qu’elle est née à Domrémy et fut baptisée à Saint-Remi.
[Art. 2.]
A connu aussi Jacques d’Arc et Isabet, mariés, ses parents, bons et fidèles catholiques et de bonne réputation.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
Jeanne était d’une bonne nature, pieuse, patiente ; elle donnait des aumônes aux pauvres quand elle le pouvait, comme il le vit, tant dans le village de Domrémy qu’audit Burey, car Jeanne y séjourna dans la maison du témoin pendant six semaines.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
Elle aimait aller à l’église.
[Art. 7.]
Elle aimait travailler, filait, allait à la charrue, gardait les animaux, et faisait tout ce qui convient aux femmes.
[Art. 8.]
Elle aimait se confesser.
[Art. 9.]
N’en sait rien car il ne resta pas longtemps à Domrémy.
[Art. 10.]
[Mission de Jeanne.] Il alla chercher Jeanne chez son père et la ramena chez lui. Elle lui disait qu’elle voulait aller en France, vers le dauphin, pour le faire couronner, déclarant : N’a-t-il pas autrefois été dit que la France par une femme serait désolée, et ensuite par une pucelle devait être restaurée ?
[Il mène Jeanne auprès de Baudricourt.] Elle voulut aller trouver Robert de Baudricourt pour qu’il la fasse conduire auprès du dauphin ; mais celui-ci répéta plusieurs fois au témoin qu’il devrait la reconduire chez son père et lui donner des gifles. Après le refus de ce Robert, Jeanne accepta les vêtements du témoin et dit qu’elle voulait partir ; il la conduisit à Vaucouleurs.
[Jeanne rend visite au duc de Lorraine.] Ensuite elle fut menée avec un sauf-conduit à Charles, duc de Lorraine ; celui-ci s’entretint avec elle et lui donna quatre francs, que Jeanne montra au témoin.
[Préparatifs.] À son retour, les habitants de Vaucouleurs lui achetèrent des vêtements d’homme, et un équipement. Le témoin et Jacques Alain, de Vaucouleurs, lui achetèrent un cheval, douze francs, que lui remboursa Baudricourt.
[Départ pour Chinon.] Elle partit escortée par Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, Colet de Vienne, Richard l’Archier, et deux serviteurs desdits Jean et Bertrand. Et, au dire du témoin, il a raconté tout cela au roi.
[Reims.] Il revit Jeanne à Reims lors du couronnement du roi.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Catherine (Le Royer) (Vaucouleurs, 31 janvier)
Catherine femme d’Henri Le Royer, de Vaucouleurs, âgée d’environ 54 ans. Témoin 26, 31 janvier.
[Art. 1.]
Jeanne naquit à Domrémy.
[Art. 2.]
De bons et honnêtes laboureurs.
[Art. 3.]
N’en dit rien.
[Art. 4.]
N’en dit rien.
[Art. 5.]
Vit Jeanne après son départ de la maison paternelle, lorsqu’elle fut amenée chez elle par Durand Laxart, et qu’elle voulait aller trouver le dauphin.
C’était une fille bonne, simple, douce, modeste et bien élevée.
[Art. 6.]
Elle aimait aller à l’église.
[Art. 7.]
Elle filait volontiers et bien, et a filé dans sa maison.
[Art. 8.]
Elle aimait se confesser ; le sait car elle la conduisit à l’église et la vit se confesser à Jean Fournier, alors curé de Vaucouleurs.
[Art. 9.]
Ne sait rien sinon qu’on dit que les jeunes vont se promener vers cet arbre.
[Art. 10.]
[Séjour de Jeanne chez elle à Vaucouleurs.] Lorsque Jeanne voulut se rendre auprès du dauphin, elle séjourna plusieurs fois chez elle par intervalles durant trois semaines, et fit dire à Robert de Baudricourt de la faire conduire, ce que le sire Robert refusa.
[Rencontre entre Jeanne et Baudricourt.] Un jour, Baudricourt entra chez elle accompagné du curé Jean Fournier pour qu’il exorcisât Jeanne devant lui ; le prêtre montra une étole à Jeanne en déclarant que si elle était une mauvaise créature, elle s’éloignât d’eux, et si elle était une bonne créature, elle vint vers eux. Jeanne se jeta à ses genoux et lui reprocha d’avoir mal agi, car il l’avait entendu en confession. Et comme Baudricourt refusait de la faire conduire elle lui dit qu’elle devait aller trouver le dauphin, ajoutant : N’avez-vous pas entendu cette prophétie, à savoir que la France par une femme serait détruite, et par une pucelle des marches de Lorraine restaurée ?
Le témoin, qui assistait à la rencontre s’est rappelé avoir entendu ces paroles et fut stupéfait.
[Jeanne s’impatiente.] Voyant qu’on ne la conduisait pas au dauphin, Jeannette était pleine d’impatience, et le temps lui pesait comme à une femme enceinte.
[Jeanne va jusqu’à Saint-Nicolas.] Après cela le témoin et beaucoup d’autres crurent à ses paroles. Un certain Jacques Alain et Durand Laxart voulurent la conduire ; ils l’emmenèrent jusqu’à Saint-Nicolas mais retournèrent à Vaucouleurs, car Jeanne disait qu’il n’était pas honnête de partir ainsi.
[Préparatifs.] À leur retour des habitants de Vaucouleurs l’équipèrent (vêtements, éperons, épée, …) et lui achetèrent un cheval.
[Départ.] Le témoin assista au départ de Jeanne vers le dauphin, conduite par Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, Colet de Vienne avec trois autres, à cheval.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Henri Le Royer (Vaucouleurs, 31 janvier)
Henri Le Royer, natif de Vaucouleurs, âgé d’environ 64 ans. Témoin 27, le 31 janvier.
[Art. 1.]
Ne sait rien.
[Art. 2.]
Ne sait rien.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
Ne sait rien.
[Art. 5.]
Ne sait rien sinon que Jeanne, quand elle vint à Vaucouleurs, logea chez lui ; et, à ce qu’il lui paraît, c’était une bonne fille.
[Art. 6.]
Jeanne aimait aller à l’église et [durant son séjour à Vaucouleurs] y allait souvent avec sa femme (témoin qui précède).
[Art. 7.]
Elle filait avec son épouse [durant son séjour à Vaucouleurs].
[Art. 8.]
N’en dit rien.
[Art. 9.]
Ne sait rien.
[Art. 10.]
A entendu Jeanne dire qu’elle devait aller trouver le dauphin, parce que son Seigneur, le roi du ciel, voulait qu’elle y allât, et elle était ainsi envoyée par le roi du ciel ; et que s’il le fallait, elle irait sur les genoux.
Lorsque Jeanne vint chez lui, elle portait un habit de femme rouge ; lorsqu’elle partit vers le dauphin, elle avait revêtu un habit d’homme, était montée sur un cheval et accompagnée par Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, avec leurs serviteurs, Colet de Vienne, Richard l’Archier, comme il les vit tous partir.
Lors de son départ, on l’avertit des gens de guerre présents tout autour ; elle répondit qu’elle ne les craignait pas car sa voie était dégagée ; que s’il s’en trouvait sur le chemin, Dieu lui ouvrirait la route jusqu’au dauphin ; et qu’elle était née pour accomplir cela.
[Art. 11.]
Ne sait pas.
[Art. 12.]
Ne sait pas.
Albert d’Ourches (Toul, 5 février)
Noble homme Albert d’Ourches, chevalier, seigneur dudit lieu, âgé d’environ 60 ans. Témoin 28, interrogé le jeudi 5 février 1456 à Toul.
[Art. 1.]
A entendu dire que Jeanne est née à Domrémy.
[Art. 2.]
Elle avait de bons père et mère, et n’a jamais entendu dire le contraire.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
N’en dit rien.
[Art. 5.]
Lui-même vit Jeanne à Vaucouleurs quand elle voulait être conduite au roi. Elle lui semblait tout à fait de bonnes mœurs ; et il aurait bien voulu avoir une fille aussi parfaite.
[Art. 6.]
N’en dit rien.
[Art. 7.]
La vit ensuite en la compagnie de gens d’armes.
[Art. 8.]
La vit se confesser à frère Richard, devant la ville de Senlis, et recevoir le corps du Christ, en deux journées, avec les ducs de Clermont et d’Alençon, et croit absolument qu’elle était bonne chrétienne.
[Art. 9.]
A entendu dire autrefois que jadis les fées venaient sous cet arbre, sans que personne ne les eût vues. N’a jamais entendu dire que Jeanne s’y trouvait ; d’ailleurs c’est bien vingt ou trente ans avant qu’on ne parlât de Jeanne, qu’il entendit ces histoires de fées.
[Art. 10.]
Elle demandait à beaucoup de gens de la conduire près du roi, pour le plus grand profit de celui-ci. Elle parlait bien ; et ensuite fut conduite par Bertrand de Poulengy, Jean de Metz et ses serviteurs.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Nicolas Bailly (Toul, 6 février)
[L’un des deux commissaires chargé par le tribunal de Rouen de l’enquête sur Jeanne à Domrémy.]
Nicolas Bailly, d’Andelot, diocèse de Langres, tabellion et substitut royal en la prévôté d’Andelot, âgé d’environ 60 ans. Témoin 29, interrogé le vendredi 6 février 1456, par Jean Dalie [seul interrogatoire où Jean d’Arc, dit Dalie est donné comme interrogateur] et par le notaire.
[Art. 1.]
Jeanne est née dans la paroisse de Domrémy.
[Art. 2.]
Son père fut Jacques d’Arc, bon et honnête laboureur, qu’il a vu et connu. Il le sait aussi pour l’avoir entendu relater par plusieurs personnes au cours de l’enquête qu’il fit lorsque Jeanne était détenue à Rouen [Cf. 10.].
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
[Réponse groupée aux articles 4, 5.]
A vu plusieurs fois Jeanne dans son jeune âge et jusqu’à son départ de la maison paternelle : c’était et ce fut toujours une bonne fille, de bon comportement, bonne catholique.
[Art. 5.]
[Cf. 4.]
[Art. 6.]
[Réponse groupée aux articles 6-8.]
Elle aimait fréquenter les églises et les lieux saints, allait en pèlerinage à Notre-Dame de Bermont et se confessait presque chaque mois, comme il l’a entendu dire par beaucoup des habitants de Domrémy. Le sait aussi par l’enquête qu’il fit avec le prévôt d’Andelot [Cf. 10.].
[Art. 7.]
[Cf. 6.]
[Art. 8.]
[Cf. 6.]
[Art. 9.]
A souvent entendu dire que les jeunes filles de Domrémy ont coutume d’aller sous l’arbre aux jours de fête, au printemps ou en été ; elles y font des rondes et cueillent des fleurs ; Jeanne allait avec elles et faisait comme les autres. A vu une fois ces filles du village, qui revenaient joyeusement de l’arbre.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Jean de Torcenay, chevalier, alors bailli de Chaumont, tenant ses pouvoirs du prétendu roi de France et d’Angleterre [Baudricourt était bailli de Chaumont au nom de Charles VII], l’avait commis lui avec un certain Gérard dit Petit, pour faire une enquête sur le cas de Jeanne la Pucelle, alors détenue, disait-on, dans la prison de Rouen. Ils recueillirent avec soin les dépositions de douze ou quinze témoins. Toutefois on les soupçonna d’avoir d’avoir mal fait l’enquête ; et les témoins durent venir devant Simon de Charmes, écuyer, agissant alors comme lieutenant du capitaine de Monteclère, pour authentifier leurs dépositions. Ils les déclarèrent conformes, ce que rapporta par écrit le lieutenant au bailli de Chaumont. Lorsque le bailli vit le rapport il déclara que ces commissaires étaient des Armagnacs déguisés. — Interrogé s’il possède le texte de cette enquête ou une copie, déclara que non.
[Art. 12.]
Il apprit par les témoins de l’enquête, que Jeanne s’était réfugiée avec ses parents à Neufchâteau, qu’elle resta dans la maison d’une certaine la Rousse pendant trois ou quatre jours, toujours en compagnie de son père, puis revint à Domrémy avec ses parents.
Guillot Jaquier (Toul, 6 février)
Guillot Jaquier, sergent royal, âgé d’environ 36 ans. Témoin 30, le 6 février.
[Art. 1.]
A entendu dire que Jeanne la Pucelle était née en la paroisse de Domrémy.
[Art. 2.]
[Article non évoqué.]
[Art. 3.]
[Article non évoqué.]
[Art. 4.]
[Article non évoqué.]
[Art. 5.]
A entendu dire qu’elle était une bonne fille, de bon renom et d’honnête maintien.
[Art. 6.]
[Article non évoqué.]
[Art. 7.]
[Article non évoqué.]
[Art. 8.]
[Article non évoqué.]
[Art. 9.]
[Article non évoqué.]
[Art. 10.]
[Article non évoqué.]
[Art. 11.]
[Article non évoqué.]
[Art. 12.]
[Article non évoqué.]
[On se demande pourquoi il a tenu à témoigner.]
Bertrand de Poulengy (Toul, 6 février)
Noble homme messire Bertrand de Poulengy, écuyer de la maison du roi de France, âgé d’environ 63 ans. Témoin 31, interrogé à Toul le 6 février 1456.
[Art. 1.]
Jeanne naquit, à ce qu’on dit, à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc, du village ; ignore le nom de sa mère ; mais est allé plusieurs fois dans leur maison et sait que c’étaient de bons laboureurs, comme il l’a vu.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
Ne sait rien.
[Art. 5.]
A entendu dire que Jeanne dans son jeune âge était une bonne fille, de bonne tenue. [Il parle à nouveau de Jeanne à l’article 10, lorsqu’il raconte le voyage vers Chinon.]
[Art. 6.]
A entendu dire qu’elle aimait aller à l’église, et presque chaque samedi elle allait à l’ermitage Notre-Dame de Bermont et y portait des cierges.
[Art. 7.]
Elle filait, gardait parfois les animaux et les chevaux de son père.
[Art. 8.]
La côtoya tant à Vaucouleurs qu’ailleurs dans la guerre, et la vit se confesser souvent et parfois à deux reprises dans la semaine ; elle recevait l’eucharistie et était fort pieuse.
[Art. 9.]
A vu plusieurs fois l’arbre en question ; lui-même y alla pendant une douzaine d’années avant d’avoir rencontré Jeanne. A entendu dire que les jeunes filles et les jeunes gens de Domrémy et des autres villages voisins y vont durant l’été se promener et faire des rondes dessous.
[Art. 10.]
[Premier séjour de Jeanne à Vaucouleurs.] Jeanne vint à Vaucouleurs aux environs de l’Ascension. Il la vit alors demander à Robert de Baudricourt d’appeler le dauphin à tenir bon, sans engager bataille contre ses ennemis, car son Seigneur lui apporterait un secours avant la mi-carême ; elle disait que le royaume n’appartenait pas au dauphin, mais à son Seigneur, lequel voulait cependant que le dauphin devint roi et tint le royaume en commande. Elle ajoutait que le dauphin deviendrait roi et qu’elle le conduirait pour le faire sacrer. Baudricourt lui demanda qui était son Seigneur, elle répondit : le roi du ciel ; puis s’en retourna à Domrémy avec son oncle Durand Laxart de Burey-le-Petit.
[Second séjour à Vaucouleurs.] Vers le début du carême, Jeanne revint à Vaucouleurs afin d’être menée vers le dauphin. Lui-même et Jean de Metz se proposèrent ensemble de l’y conduire.
[Séjour à Saint-Nicolas et chez le duc de Lorraine.] Après être allée en pèlerinage à Saint-Nicolas et s’être rendue grâce à un sauf-conduit auprès du duc de Lorraine, qui voulait la voir, Jeanne revint à Vaucouleurs et logea chez Henri Le Royer.
[Préparatifs.] Elle put quitter ses vêtements féminins, de couleur rouge pour des vêtements d’homme et un équipement que lui-même, Jean de Metz et d’autres gens de Vaucouleurs lui firent préparer (éperons, guêtre, épées, … et un cheval).
[Départ de Vaucouleurs] Ils se mirent en route, avec Julien, serviteur dudit témoin, Jean de Honnecourt, serviteur de Jean de Metz, Colet de Vienne et Richard l’Archier. Le premier jour, craignant les bandes de Bourguignons et d’Anglais, alors tout-puissants, ils marchèrent la nuit.
[Voyage vers Chinon : messes.] Jeanne leur disait qu’il serait bon d’entendre la messe, mais ils ne le purent, tant qu’ils furent dans les pays en guerre, pour ne pas être reconnus.
[Voyage vers Chinon : couchers.] Chaque nuit elle couchait avec lui et Jean de Metz, revêtue de son surcot et ses chausses lacées et fixées. À cette époque il était jeune mais n’eût pourtant ni désir ni quelque envie charnelle, et n’aurait pas osé solliciter Jeanne, à cause de la bonté qu’il voyait en elle.
[Voyage vers Chinon : inquiétudes] Le voyage dura onze jours jusqu’au roi. Ils eurent beaucoup d’inquiétudes mais Jeanne leur répétait de ne rien craindre, car une fois arrivés à Chinon, le noble dauphin leur ferait bon visage.
[Portrait de Jeanne.] Elle ne jurait jamais et l’enflammait de ses paroles. Elle lui semblait être envoyée par Dieu. Jamais il ne vit quelque chose de mauvais en elle ; elle fut si bonne qu’on aurait dit une sainte.
[Arrivée à Chinon.] Ils cheminèrent ainsi jusqu’à Chinon. Une fois arrivés ils présentèrent la Pucelle aux nobles et gens du roi, auxquels le témoin s’en rapporte pour les actions de Jeanne.
[Art. 11.]
A entendu dire que l’enquête avait été corrigée, mais ne sait par qui.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Henri Arnolin (Toul, 6 février)
[Prêtre qui confessa Jeanne 4 fois à Domrémy.]
Messire Henri Arnolin, de Gondrecourt-le-Château, prêtre, âgé d’environ 64 ans. Témoin 32, le 6 février.
[Art. 1.]
Jeanne est née à Domrémy, où il la vit plusieurs fois.
[Art. 2.]
Vit également Jacques d’Arc, son père, et sa mère, qui étaient bons catholiques et de bonne réputation, comme il l’a constaté.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
Ne dit rien.
[Art. 5.]
Jeanne, depuis qu’elle eut dix ans jusqu’à son départ, était une bonne fille, élevée dans de bonnes mœurs, comme il l’a constaté.
[Art. 6.]
Elle aimait aller à l’église et dans les lieux saints ; c’était une bonne fille, craignant Dieu, car dans l’église parfois elle était inclinée devant le crucifix, et parfois se tenait mains jointes levant son visage et les yeux vers le crucifix ou la sainte Vierge.
[Art. 7.]
Elle travaillait volontiers, filait, allait parfois à la charrue avec son père et ses frères ; elle gardait en temps voulu les animaux.
[Art. 8.]
Elle aimait se confesser souvent, car lui, témoin, l’a confessée quatre fois : trois fois pendant un carême, et une fois pendant une fête.
[Art. 9.]
A entendu dire autrefois, avant la naissance de Jeanne, que l’arbre était appelé les Loges des dames
. Il alla souvent à Domrémy et n’entendit jamais dire que Jeanne se rendait à cet arbre.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Jean Le Fumeux (Toul, 7 février)
[A vu Jeanne à Vaucouleurs alors qu’il y était jeune séminariste.]
Messire Jean Le Fumeux, de Vaucouleurs, prêtre, chanoine de l’église ou chapelle de Notre-Dame de Vaucouleurs et curé de l’église paroissiale d’Ugny, au diocèse de Toul, âgé d’environ 39 ans. Témoin 33, interrogé à Toul le samedi 7 février 1456.
[Art. 1.]
A entendu dire généralement que Jeanne naquit en la paroisse Notre-Dame de Domrémy.
[Art. 2.]
Vit autrefois venir ses père et mère à Vaucouleurs.
[Art. 3.]
Ne sait rien.
[Art. 4.]
N’en dit rien.
[Art. 5.]
N’en dit rien.
[Art. 6.]
Jeanne vint à Vaucouleurs et disait vouloir aller vers le dauphin.
Lui-même était alors un jeune séminariste (jeune et clergeon) à la chapelle Notre-Dame de Vaucouleurs ; la vit souvent venir à ladite église très dévotement ; elle y entendait les messe du matin et restait beaucoup à prier. L’a aussi vue dans la crypte, ou les voûtes, sous ladite église, se tenant à genou devant Notre-Dame, parfois le visage incliné et parfois le visage relevé. Croit que ce fut une bonne et sainte fille.
[Art. 7.]
N’en dit rien.
[Art. 8.]
N’en dit rien.
[Art. 9.]
N’en dit rien.
[Art. 10.]
[A vu Jeanne lorsqu’elle vint à Vaucouleurs, cf. 6.]
[Art. 11.]
Ne sait rien.
[Art. 12.]
Ne sait rien.
Jean Jaquard (Toul, 11 février)
Jean Jaquard, fils de Jean dit Guillemette, de Greux, laboureur, âgé d’environ 47 ans. Témoin 34, interrogé à Toul le mercredi 11 février 1456.
[Art. 1.]
Jeanne naquit à Domrémy.
[Art. 2.]
De Jacques d’Arc et d’Isabet de Vouton, mariés, honnêtes laboureurs.
[Art. 3.]
N’en dit rien.
[Art. 4.]
N’en dit rien.
[Art. 5.]
Vit Jeanne plusieurs fois à Domrémy et dans les champs ; c’était une très douce, bonne, chaste et prudente fille, à ce qui lui parut. Il n’entendit jamais dire du mal d’elle ; on l’estimait bonne et pieuse fille.
[Art. 6.]
Elle aimait aller à l’église ; il la vit aller volontiers à l’église Notre-Dame de Bermont.
[Art. 7.]
Elle aimait travailler, filait, allait à la charrue et allait herser la terre, gardait parfois les animaux.
[Art. 8.]
Elle se confessait volontiers et souvent, disait-on.
[Art. 9.]
Les jeunes filles et jeunes gens ont coutume, l’été et le dimanche des Fontaines, d’aller sous cet arbre, ils chantent, mangent, font des rondes, puis, jouant et se promenant, reviennent à la fontaine des Rains, boivent de son eau. Croit que Jeanne y allait avec les autres filles.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11.]
A vu Nicolas, dit Bailly, d’Andelot, et Guillot le sergent, avec quelques autres venus audit village de Domrémy, faire une enquête sur le fait de la Pucelle, à ce qu’on disait. — Ils ne forcèrent personne à témoigner ; et semble-t-il, interrogèrent Jean Morel, Jean Guillemette son propre père, Jean Colin, encore vivants, feu Jean Hennequin de Greux et plusieurs autres. — Ils partirent enfin discrètement, par crainte des gens de Vaucouleurs. — À ce qu’il croyait, cette enquête avait été commandée par le bailli de Chaumont, partisan des Anglais et des Bourguignons.
[Art. 12.]
Tous les habitants de Greux et de Domrémy allèrent à Neufchâteau. Il vit Jeanne conduire les animaux de ses parents. Ils revinrent ensuite, et Jeanne revint comme les autres avec ses parents.
Enquête à Orléans
Dunois (22 février 1456)
Le 22 février 1456, produit par les demandeurs, devant Jean (Reims), en présence de maîtres Guillaume Bouillé, doyen de Noyon, et Jean Petit, sous-inquisiteur.
Le sire Jean, comte de Dunois et de Longueville, lieutenant général du roi pour le fait des guerres, âgé d’environ 51 ans, a déposé tant sur les articles que sur les questions [les articles des plaignants, via les questions du promoteur] ; il a été interrogé sur les questions 4, 7 et 8 (arrivée de Jeanne auprès du roi, sa conduite au milieu des soldats, ses talents militaires, sa vie et ses mœurs, les autres points étant omis à la demande du promoteur).
[Art. 8.]
[Mission divine de Jeanne.] Interrogé s’il croit que Jeanne fut envoyée par Dieu, et que ses faits de guerre viennent d’une inspiration divine plutôt que d’un talent humain. Dit que oui, et pour plusieurs raisons.
[Art. 1.]
[Rumeurs de la venue de Jeanne.] Alors qu’il était dans Orléans assiégée par les Anglais, des rumeurs parvinrent qu’une jeune fille qu’on appelait communément la Pucelle, venait de passer à Gien et prétendait aller trouver le dauphin, pour faire lever le siège d’Orléans et le conduire se faire sacrer à Reims. En tant que garde de la cité et lieutenant général pour le fait des guerres il envoya le sire de Villars et Jamet de Tillay s’informer auprès du roi ; à leur retour ils racontèrent au seigneur déposant et au peuple d’Orléans rassemblé et fort désireux de savoir la vérité sur l’arrivée de cette Pucelle.
[Art. 2.]
[Jeanne rencontre le roi à Chinon.] Villars et Tillay l’avaient vue quand elle aborda le roi à Chinon ; celui-ci refusa deux jours de la voir, malgré son insistance pour libérer Orléans et le conduire à Reims. Elle réclamait une troupe d’hommes de guerre, des chevaux et des armes.
[Jeanne est examinée.] Durant trois semaines ou un mois, Jeanne fut examinée sur l’ordre du roi, par des clercs, prélats et docteurs en théologie pour savoir si elle pouvait être reçue sans risque. En parallèle le roi organisa un convoi de ravitaillement pour Orléans.
[Jeanne est acceptée et envoyée à Blois.] On ne trouva rien de mal en cette Pucelle. Le roi l’envoya vers Blois, en compagnie de l’archevêque de Reims, alors chancelier de France, et du sire de Gaucourt, alors grand maître de l’hôtel du roi, où se réunissaient les seigneurs qui conduisaient le ravitaillement : les maréchaux de Rais et de Boussac, l’amiral de Culant, La Hire, et Ambroise de Loré.
[Art. 3.]
[Arrivée devant Orléans.] Le convoi, avec Jeanne et les hommes d’armes arriva par la Sologne jusqu’au bord de la Loire, en face de l’église Saint-Loup, pleine d’Anglais ; aussi lui déposant et les capitaines du convoi jugèrent leur effectif insuffisant pour entrer dans Orléans. Il fallut traverser par bateau, mais à contre courant et avec un vent contraire.
[Sa rencontre avec Jeanne.] Alors Jeanne s’adressa à lui : Êtes-vous le bâtard d’Orléans ? — Oui et je me réjouis de votre arrivée. — Est-ce vous qui avez donné le conseil de me faire venir ici, de ce côté de la rivière, et de ne pas aller directement où se trouvent Talbot et Anglais ? — Lui et d’autres plus sages encore, avaient donné ce conseil, croyant agir au mieux et plus sûrement. — En nom Dieu, les conseils de Dieu sont plus sûrs et plus sages que les vôtres. Vous avez cru m’abuser, et vous vous êtes abusés vous-mêmes car je vous apporte le meilleur secours qui aura jamais été donné à un combattant ou à une cité, c’est le secours du Roi des cieux. Il ne vient pas cependant pour l’amour de moi : il vient de Dieu qui, à la requête de saint Louis et de saint Charlemagne, eut pitié d’Orléans, et ne souffrit pas que les ennemis eussent et le corps du seigneur d’Orléans et sa ville.
[Le vent tourne, il croit en Jeanne.] Le vent tourna, comme à l’instant, les voiles des bateaux de ravitaillement furent immédiatement tendues. Lui-même s’embarqua, accompagné de frère Nicolas de Géresme, et ils passèrent l’église Saint-Loup en dépit des Anglais ; dès lors il eut grande confiance en Jeanne et la supplia de bien vouloir s’embarquer aussi et d’entrer dans Orléans, où elle était fort réclamée. Elle hésita, ne voulant pas abandonner ses hommes d’armes bien confessés. Il alla parlementer avec les capitaines afin qu’ils laissassent Jeanne entrer avec lui dans Orléans pendant qu’eux iraient traverser la Loire à Blois. Ils consentirent et Jeanne partit avec lui ; elle tenait son étendard, qui était blanc, avec l’image de Notre Seigneur tenant une fleur de lys. Elle traversa la Loire avec La Hire et ils entrèrent ensemble dans la ville d’Orléans.
[Art. 8.]
[Opinion sur Jeanne.] Le soudain changement de vent juste après ses paroles d’espoir, l’entrée du ravitaillement au nez des Anglais beaucoup plus forts, sa vision de saint Louis et de Charlemagne priant Dieu pour le salut du roi et de cette cité, tout lui semble montrer que Jeanne était menée plus par Dieu que par un esprit humain dans sa conduite de la guerre.
[Art. 3.]
[Lettre de sommation ; la peur change de camp.] Un autre fait le conforte qu’elle agissait inspirée par Dieu. Lorsqu’il proposa d’aller chercher les hommes qui traversaient à Blois et qu’on attende son retour, Jeanne refusa, préférant soit envoyer une sommation aux Anglais, soit donner l’assaut. Ce qu’elle fit. Elle leur envoya une lettre rédigée dans sa langue maternelle, en des termes très simples, les prévenant que s’ils refusaient de lever le siège et de rentrer en Angleterre, elle leur ferait si grand assaut qu’ils seraient forcés de partir. Cette lettre fut envoyée au sire Talbot. Et alors qu’auparavant 200 Anglais faisaient fuir 800 ou 1000 Français, à partir de ce moment 400 ou 500 Français livrant combat à presque toutes les forces anglaises, les pressaient tant que ceux-ci n’osaient plus sortir de leurs bastilles.
[Art. 4.]
[Assaut du boulevard du pont, le 7 mai, Jeanne est blessée.] Un autre fait le conforte qu’elle agissait de par Dieu. Le 7 mai au matin, au début de l’assaut du boulevard du pont, Jeanne fut blessée d’une flèche au cou mais n’abandonna pas la bataille, ni ne prit de remède pour la blessure.
[Le boulevard est pris le soir, Classidas noyé.] L’assaut se prolongea jusqu’à 8 heure du soir, si bien qu’on n’espérait plus une victoire ce jour là. Le déposant voulut commander la retraite, mais la Pucelle lui demanda d’attendre encore un peu. À cheval, elle se retira à l’écart vers une vigne, et s’y tint en prière un demi quart d’heure. Puis elle revint, empoigna son étendard et le plaça sur le bord du fossé. À l’instant, les Anglais tremblèrent et prirent peur. Ceux du roi reprirent courage, montèrent à l’assaut au boulevard et le prirent sans rencontrer aucune résistance ; tous les Anglais qui s’y trouvaient furent mis en fuite ou moururent. Classidas et les principaux capitaines anglais de cette bastille, voulant se retirer dans la tour du pont d’Orléans, tombèrent dans le fleuve et se noyèrent. Ce même Classidas avait été l’un des plus grossiers envers la Pucelle.
[Retour à Orléans.] Tous rentrèrent dans Orléans, où ils furent reçus avec grande joie et reconnaissance. Jeanne fut soignée et ne dîna que quatre ou cinq rôties dans du vin, coupé de beaucoup d’eau, sa seule nourriture de toute la journée.
[Les Anglais lèvent le siège.] Le lendemain, de bon matin, les Anglais sortirent de leurs tentes et se rangèrent en bataille pour le combat. Jeanne, vêtu d’un simple jasseran, interdit qu’on les attaquât ; et ils partirent, sans que personne ne les poursuivît. Dès ce moment la ville fut délivrée des ennemis.
[Art. 5.]
[Prise de Meung, Beaugency et Jargeau.] De même, le siège d’Orléans levé, Jeanne se rendit avec les capitaines auprès du roi au château de Loches, pour lui demander d’envoyer des soldats reprendre les châteaux et villes situés sur la Loire (Meung, Beaugency et Jargeau) afin d’ouvrir la route vers Reims pour le sacre. Elle pressait le roi avec beaucoup d’insistance et fréquemment. Celui-ci envoya le duc d’Alençon, lui-même et les autres capitaines avec Jeanne afin de reprendre ces places ; ce qui fut fait en peu de jours, grâce à la Pucelle, comme il le croit.
[Bataille de Patay.] De même, après avoir quitté Orléans, les Anglais se regroupèrent pour aller défendre leurs places sur la Loire. Le château Beaugency étant assiégés par les Français ils se dirigèrent vers celui de Meung-sur-Loire qu’ils tenaient encore. Lorsqu’ils apprirent que Beaugency était perdu, ils se réunirent en une seule armée, si bien qu’on crut qu’ils allaient fixer un jour pour la bataille. Les Français se rangèrent pour leur faire face. Alors le duc d’Alençon, en présence du connétable, de lui-même déposant et de plusieurs autres, demanda à Jeanne ce qu’il devait faire. Elle lui répondit à haute voix : Avez-vous de bons éperons ?
Tous demandèrent : Que dites-vous ? Devrons-nous tourner les talons ? — Non ! Ce seront les Anglais qui ne se défendront pas et seront vaincus ; et il vous faudra des éperons pour leur courir sus.
Il en fut ainsi : les Anglais s’enfuirent et, tant morts que prisonniers, il y en eut plus de quatre mille.
[Jeanne presse le roi de partir pour Reims, il l’interroge sur ses voix.] De même, il se souvient qu’un jour après la libération d’Orléans, à Loches, Jeanne et lui allèrent trouver le roi. Celui-ci s’était retiré dans sa chambre avec son confesseur Christophe d’Harcourt et le chancelier de Trêves. Jeanne frappa à porte et, aussitôt entrée, se jeta à ses genoux en disant : Noble dauphin, cessez ces longues délibérations et allez à Reims vous faire couronner.
D’Harcourt lui demanda si elle tenait cela de son conseil ; elle répondit que oui, et qu’elle y avait été fort poussée. Il reprit : Ne voulez-vous pas nous dire de quelle façon se manifeste votre conseil, quand il vous parle ?
Elle répondit en rougissant : Je sais ce que vous voulez savoir et vous le dirai volontiers.
Le roi lui dit alors : Jeanne, répondriez-vous ici, en présence des assistants ?
Elle répondit que oui, et s’exprima ainsi : lorsqu’on ne croit pas ce qu’elle dit de la part de Dieu, elle se retire pour prier puis entend alors une voix lui dire : Fille Dé, va, va, va, je serai à ton aide, va
; et cette voix la réjouit fort ; si bien qu’elle désirerait rester toujours dans le même état. En parlant de ses voix Jeanne avait des élans de joie admirables et levait les yeux vers le ciel.
[Départ pour Reims.] Après les victoires sur la Loire, les princes du sang royal et les capitaines voulaient que le roi allât en Normandie et non à Reims, mais Jeanne insistait qu’il fallait aller faire sacrer le roi ; disant qu’une fois le roi couronné et sacré, la puissance de ses ennemis irait toujours en diminuant, et qu’ils ne pourraient plus nuire ni au roi, ni au royaume. Tous se rallièrent à son avis.
[Soumission de Troyes.] L’armée royale arriva devant Troyes. On réunit le conseil pour savoir s’il fallait assiéger la ville ou la contourner et poursuivre vers Reims ; les avis étaient partagés ; Jeanne entra et dit : Noble dauphin, ordonnez l’assaut de la ville et je vous y ferai entrer avant trois jours, par amour ou par puissance et force, et la Bourgogne, pleine de fausseté, sera très stupéfaite.
Alors la Pucelle s’avança avec l’armée et s’installa le long des fossés avec plus de prudence que deux ou trois chefs de guerre plus exercés et plus fameux. Elle travailla tant pendant la nuit que le lendemain, l’évêque et les citoyens, effrayés et tremblants, se soumirent au roi. On sut plus tard que les citoyens avaient perdu courage juste après l’intervention de Jeanne au conseil.
[Arrivée à Reims.] Troyes soumise, le roi partit pour Reims, où il trouva une entière soumission et où il fut sacré et couronné.
[Art. 6.]
[Sur la vie et les mœurs de Jeanne.] Tous les soirs elle aimait à se retirer dans une église et y faire sonner les cloches pendant une demi heure. Elle rassemblait les religieux mendiants qui suivaient l’armée royale et leur faisait chanter une antienne à la Vierge, pendant qu’elle-même priait.
[Jeanne évoque sa mort et le désir de rentrer à Domrémy.] À La Ferté et à Crépy en Valois, le peuple accourait devant le roi plein d’allégresse ; Jeanne, qui chevauchait entre l’archevêque de Reims et ledit déposant, s’exclama : Quel bon peuple ! J’aimerais être inhumée en cette terre !
L’archevêque lui demanda alors : Où espérez-vous mourir ? — Où cela plaira à Dieu, car je ne sais pas plus que vous ni le temps, ni le lieu. Et puisse-t-il plaire à Dieu, mon créateur, que je me retire, abandonnant les armes, et que j’aille servir mon père et ma mère, en gardant leurs moutons, avec ma sœur et mes frères, qui se réjouiraient beaucoup de me voir.
[Art. 7.]
[Sur la conduite de Jeanne au milieu des hommes d’armes.] Elle dépassait en tempérance toute autre personne vivante. Jean d’Aulon, que le roi avait chargé d’accompagner et de protéger Jeanne, disait ne pas croire qu’il existât femme plus chaste qu’elle. En présence de Jeanne, lui-même comme d’autres n’avaient plus de désir charnel envers aucune femme ; ce qui paraît au déposant comme chose venant presque de Dieu.
[Art. 8.]
[Suffolk et la prophétie d’une Pucelle du Bois chenu.] Suffolk fait prisonnier à Jargeau, on lui montra un petit papier contenant quatre vers faisant mention d’une Pucelle devant venir du Bois Chenu, chevauchant sur le dos des archers et contre eux.
[Jeanne et sa mission.] Pour stimuler les soldats, Jeanne plaisantait sur ses faits d’armes, ou les exagérait ; mais quand elle parlait sérieusement de la guerre, de ses propres actions et de sa vocation, jamais elle n’affirmait autre chose que ceci : elle avait été envoyée pour faire lever le siège d’Orléans, pour secourir le peuple opprimé de cette ville et des lieux avoisinants, et pour conduire le roi à Reims afin qu’il fût sacré.
Raoul de Gaucourt (25 février 1456)
[A vu Jeanne de Chinon jusqu’à Reims.]
Le 25 février 1456. Noble et puissant seigneur Raoul [Jean dans les manuscrits] de Gaucourt, chevalier, grand maître de l’hôtel du roi, âgé d’environ 85 ans.
[Art. 2.]
[Arrivée de Jeanne à Chinon.] Lui-même était au château de Chinon lorsque la Pucelle y arriva. Elle se présenta au roi avec grande humilité et simplicité, comme une pauvre petite bergère, et lui dit : Très illustre sire dauphin, je suis venue, envoyée par Dieu, pour porter secours à vous et au royaume.
Le roi la confia à son maître d’hôtel, Guillaume Bellier, dont l’épouse était de grande dévotion et d’excellente renommée ; et ordonna qu’elle fut examinée par des clercs, pour savoir si on devait, ou si on pouvait, vraiment prêter foi à ses dires.
[Jeanne est examinée, on lui demande un signe.] L’examen dura plus de trois semaines, tant à Poitiers qu’à Chinon ; et les clercs concluent qu’il n’y avait rien de mal chez elle. On lui demanda enfin un signe pour la croire, elle répondit que le signe serait la levée du siège d’Orléans.
[Jeanne va à Blois.] Jeanne se rendit ensuite à Blois, où elle s’arma afin de conduire le ravitaillement à Orléans.
[Art. 3.]
[Changement de vent.] Interrogé sur le soudain changement lors du ravitaillement d’Orléans dont à témoigné Dunois [déposition précédente] : le confirme ; Jeanne prédit le changement qui se réalisa aussitôt après sa déclaration ; comme elle prédit que le ravitaillement entrerait sans encombre dans Orléans.
[Art. 4-5.]
[Libération d’Orléans, chevauchée vers Reims, sacre.] Confirme aussi les propos de Dunois.
[Art. 6-7.]
[Vie et mœurs de Jeanne.] Jeanne était sobre au boire et au manger ; de sa bouche ne sortaient que de bonnes paroles, servant à édifier et à donner un bon exemple ; elle était chaste, à sa connaissance aucun homme n’a jamais été de nuit en sa compagnie, au contraire elle dormait toujours avec une femme dans sa chambre.
[Sa dévotion.] Elle se confessait souvent et s’adonnait assidûment à la prière. Elle écoutait la messe chaque jour et recevait fréquemment le sacrement de l’eucharistie. Elle ne supportait pas qu’on jure ou blasphème en sa présence et haïssait de telles choses, en actions comme en paroles.
François Garivel (7 mars 1456)
[Était à Poitiers lors de l’examen de Jeanne.]
7 mars 1456. Noble homme maître François Garivel, conseiller général de notre sire le roi sur le fait de la justice des aides, âgé d’environ 40 ans.
[Art. 2.]
[Examen à Poitiers.] Le roi envoya Jeanne à Poitiers. Elle fut logée chez feu Jean Rabatiau, alors avocat du roi au Parlement ; et examinée par les docteurs en théologie : Pierre de Versailles, alors abbé de Talmond, Jean Lambert, Guillaume Aimeri, frère-prêcheur, Pierre Seguin, frère du Carmel ; les bacheliers en théologie : Mathieu Mesnaige, Guillaume Le Marié, et d’autres conseillers du roi, licenciés en l’un et l’autre droit. Ils l’examinèrent, ses dits et ses faits, pendant presque trois semaines ; et conclurent qu’elle était une fille honnête.
[Sa mission, lettre aux Anglais.] Elle répondait invariablement qu’elle était envoyée par Dieu au secours du dauphin, pour le rétablir en son royaume, pour faire lever le siège d’Orléans, et pour conduire le dauphin à Reims afin qu’il y fût sacré. Mais que Dieu voulait qu’on écrivît d’abord aux Anglais de s’en aller.
[Elle appelait le roi dauphin
.] Interrogée sur ce point, Jeanne avait répondu qu’elle l’appellerait roi lorsqu’il aurait été couronné et sacré à Reims, où elle voulait le conduire.
[On lui demande un signe.] Des clercs lui demandèrent un signe leur permettant de croire qu’elle était envoyée par Dieu, elle répondit que ce signe serait la levée du siège d’Orléans ; dont elle ne doutait pas pourvu que le roi lui donnât une troupe, même petite.
[Art. 6.]
[Vie et mœurs de Jeanne.] C’était une simple bergerette, aimant Dieu extrêmement, car elle se confessait et communiait souvent.
[Art. 2.]
[Jeanne est approuvée.] Après un long examen, tous furent d’avis pour conclure que le roi pouvait la recevoir, et qu’elle pouvait conduire une troupe en armes devant Orléans assiégée, car ils ne trouvaient en elle rien qui ne fût conforme à la foi et à la raison.
Guillaume de Ricarville (8 mars 1456)
Le 8 mars 1456. Noble homme Guillaume de Ricarville, seigneur temporel de Ricarville et maître de l’hôtel du roi, âgé d’environ 60 ans, interrogé par Guillaume Bouillé et Jean de Mainil, docteur ès lois et official de Beauvais.
[Art. 1.]
[Rumeur de l’arrivée de Jeanne.] Était dans Orléans assiégée quand arriva la nouvelle du passage par la ville de Gien d’une bergerette appelée la Pucelle, accompagnée de deux ou trois nobles hommes du pays de Lorraine, où elle était née.
[Sa mission.] Elle déclarait venir de la part de Dieu, faire lever le siège d’Orléans et conduire le roi se faire sacrer à Reims.
[Art. 2.]
[Son examen.] Malgré tout elle ne fut pas reçue facilement par le roi. Il voulut d’abord qu’on l’examinât et qu’on s’informât de sa vie. Elle fut donc examinée par plusieurs prélats qui la trouvèrent de bonne vie, de condition recommandable et de réputation louable, sans rien qui dût la faire renvoyer.
[Art. 7.]
[Sa vie parmi les soldats.] Elle eut une vie très belle. Elle était sobre au boire et au manger, chaste, pieuse, entendant chaque jour la messe, confessant ses péchés très souvent et communiant chaque semaine avec une dévotion fervente. Elle reprenait les hommes d’armes quand ils blasphémaient, juraient, ou commettaient quelques méfaits ou faisaient des actes de violence.
[Art. 8.]
[Envoyée par Dieu.] Lui-même n’a jamais remarqué qu’elle eût fait chose de blâmable ; au contraire il croit qu’elle fut inspirée par Dieu.
Regnault Thierry (8 mars 1456)
Le même jour [8 mars 1456.] Maître Regnault Thierry, doyen de l’église collégiale de Mehun-sur-Yèvre, chirurgien du roi, âgé d’environ 64 ans.
[Art. 2.]
[Arrivée de Jeanne à Chinon.] Il vit Jeanne auprès du roi à Chinon ; elle disait être envoyée au dauphin par Dieu, pour la levée du siège d’Orléans, et pour conduire le roi à Reims, afin qu’il y fût sacré et couronné.
Dépose comme le précédent [Ricarville] sur comment elle fut reçue par le roi, et sur sa vie, conduite, dévotion et piété.
[Art. 5.]
[Prise de Saint-Pierre-le-Moutier.] Lors de l’assaut de Saint-Pierre-le-Moutier, Jeanne s’opposa courageusement et empêcha le pillage de l’église.
[Art. 8.]
[Envoyée par Dieu.] Attendu la vie bonne de la Pucelle et son comportement louable, attendu la réalisation de tout ce qu’elle avait vraiment prédit avant les événements, croit qu’elle fut envoyée par Dieu.
Jean Luillier (16 mars 1456)
Jean Luillier, bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 56 ans. Le 16 mars 1456, interrogé en présence de Guillaume Bouillé, Jean Martin, vicaire de l’inquisiteur, Jean Cadier.
[Art. 1.]
[Rumeur à Orléans sur la venue de Jeanne.] Elle était fort désirée par tous les habitants, car la rumeur courait qu’elle avait déclaré au roi être envoyée par Dieu pour faire lever le siège mis devant la ville ; la détresse des habitants était telle, qu’ils ne savaient à qui recourir pour être sauvés, sinon à Dieu.
[Art. 3.]
[Entrée de Jeanne dans Orléans.] Interrogé si lui-même était dans la cité quand elle y entra, répond que oui. Elle fut reçue par tous, des deux sexes, petits et grands, avec autant de joie que si elle avait été un ange de Dieu ; ils espéraient être délivrés grâce à elle, comme cela arriva.
[Ce qu’elle avait fait après son entrée.] Elle les exhorta tous à espérer en Dieu et que s’ils avaient confiance, ils seraient sauvés de leurs ennemis.
[Lettre aux Anglais.] Elle voulut faire des sommations aux Anglais avant l’assaut, et leur écrivit elle-même pour qu’ils se retirent et repartent pour l’Angleterre ; et que sinon ils seraient obligés de se retirer par force et violence.
[Effroi des Anglais.] Dès lors les Anglais furent effrayés et perdirent leur force de résistance ; si bien qu’un petit nombre de gens de la ville, suffisaient à dissuader une grosse troupe d’Anglais de sortir de leurs bastilles.
[Art. 4.]
[Assaut du 7 mai.] Se rappelle bien que le 7 mai 1429 au matin, un assaut fut lancé contre le boulevard du pont au cours duquel elle avait été blessée d’une flèche. L’assaut se prolongea si tard le soir qu’on voulut l’abandonner. Alors la Pucelle vint leur recommander de ne pas renoncer ; elle se saisit de son étendard et le plaça sur le bord du fossé. Aussitôt les Anglais frémirent, et les gens du roi reprirent courage : ils repartirent à l’assaut sans trouver de résistance. Le boulevard fut alors pris et les Anglais qui s’y trouvaient s’enfuirent, mais tous moururent. Classidas et les autres capitaines qui gardaient la bastille, tentant de se réfugier dans la tour du pont d’Orléans, tombèrent dans le fleuve et s’y noyèrent. Une fois la bastille prise, tous les partisans du roi rentrèrent dans la cité d’Orléans.
[Départ des Anglais.] Le lendemain, de bon matin, les Anglais sortirent de leurs tentes et se mirent en ordre de bataille, comme pour combattre. Avertie, Jeanne se leva de son lit et s’arma ; mais elle ne voulut pas qu’on attaquât les Anglais, ni qu’on leur demandât rien, mais qu’on les laissât partir. Ce qu’ils firent, sans qu’on les poursuive. Dès lors la ville fut délivrée.
[Art. 8.]
[Envoyée par Dieu.] Interrogé si le siège fut levé grâce à Jeanne ou par la puissance des soldats, il répond que lui, et également tous ceux de la cité, croient que si la Pucelle n’était venue de la part de Dieu, la ville seraient tombée aux mains des ennemis. Il doute que les Orléanais aient pu résister longtemps contre les forces des ennemis, alors tellement supérieures à eux.
Jean Hilaire (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 66 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
Gilles de Saint-Mesmin (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 76 ans, le 16 mars.
Comme le précédent. [Il interviendra dans la déposition de Côme de Commy pour confirmer les propos du théologien Jean de Maçon qui déclarait Jeanne envoyée par Dieu.]
Jacques L’Esbahy (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 50 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
[Art. 3.]
[Hérauts de Jeanne.] Jeanne envoya deux hérauts à Saint-Laurent, nommés Ambleville et Guienne, faire savoir à Talbot, Suffolk et de Scales, de la part de Dieu, qu’ils devaient s’en aller en Angleterre et sinon s’en trouveraient mal. Les Anglais retinrent Guienne, et renvoyèrent Ambleville dire à Jeanne qu’ils retenaient son camarade Guienne pour le brûler. Jeanne répondit à Ambleville qu’il n’arriverait aucun mal à Guienne, et que lui, Ambleville, devait retourner avec courage auprès des Anglais ; qu’il ne subirait aucun mal et ramènerait son camarade sain et sauf. Ce qui arriva ainsi.
[Entrée de Jeanne dans Orléans.] Il la vit à son entrée dans la ville ; elle voulut avant tout aller à la cathédrale, pour rendre hommage à Dieu.
Guillaume Le Charron (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 59 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
Côme de Commy (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 64 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
[Art. 8.]
[Envoyée par Dieu.] Ajoute qu’il entendit Jean de Maçon, très fameux docteur en l’un et l’autre droit, dire qu’il avait beaucoup examiné Jeanne dans ses déclarations et dans ses actes et qu’il n’y avait pas de doute qu’elle fût envoyée par Dieu ; et que c’était chose admirable de l’entendre parler et répondre. Il n’avait rien remarqué dans sa vie qui ne fût saint et bon.
Gilles de Saint-Mesmin [cf. ci-dessus] se manifeste et affirme avoir aussi entendu ces propos de Jean de Maçon. [Ainsi que Jean de Champeaux, ci-après.]
Martin de Mauboudet (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 67 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
Jean Volant (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 70 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
Guillaume Postiau (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 44 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
Jacques de Thou (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 50 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
Denis Roger (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 70 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
[Corrobore plus bas, la déposition de Jean de Champeaux sur le départ des Anglais.]
Jean Carrelier (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 44 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
Aignan de Saint-Mesmin (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 87 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
Jean de Champeaux (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 50 ans, le 16 mars.
Corrobore la déposition de Côme de Commy sur les propos de Jean Maçon [ou Jean de Maçon, lequel disait Jeanne envoyée par Dieu].
[Art. 4.]
[Départ des Anglais.] Ajoute qu’un dimanche, il vit les hommes d’armes d’Orléans se préparer à une grande attaque contre les Anglais, qui eux-mêmes se mettaient en ordre de bataille. Voyant cela Jeanne les rejoignit ; on lui demanda s’il était bon d’attaquer un dimanche ; elle répondit qu’il fallait d’abord entendre la messe. Elle fit chercher une table, apporter les ornements ecclésiastiques et célébrer deux messes, qu’elle et toute l’armée écoutèrent avec une grande dévotion. Les messes célébrées, Jeanne demanda si les Anglais faisaient toujours face ; on lui répondit que non ; elle dit : En nom Dieu, ils s’en vont ; laissez-les partir et allons remercier Dieu, sans les poursuivre, car c’est le jour du Seigneur.
Déposition corroborée par Denis Roger [ci-dessus], ainsi que Jougant, Hue, Aubert et Rouillart, et plusieurs autres [ci-dessous].
Pierre Jougant (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 50 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
Pierre Hue (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 50 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
[Corrobore la déposition de Jean de Champeaux sur le départ des Anglais.]
Jean Aubert (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 52 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
[Corrobore la déposition de Jean de Champeaux sur le départ des Anglais.]
Guillaume Rouillart (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 59 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
[Corrobore la déposition de Jean de Champeaux sur le départ des Anglais.]
Gentien Cabu (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 59 ans, le 16 mars.
De même.
Pierre Vaillant (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 60 ans, le 16 mars.
Comme le précédent.
[Tous les témoins]
[Art. 6.]
[Vie et mœurs de Jeanne.] Tous s’accordent sur ce point : Jeanne ne s’est jamais attribuée la gloire de tout ce qu’elle a accompli à elle mais à Dieu ; elle se refusait, autant que possible, aux honneurs que le peuple voulait lui attribuer, car elle préférait être seule et solitaire, plutôt que dans la compagnie des hommes, sauf quand il le fallait, pour faire la guerre.
Jean Coulon (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 56 ans, le 16 mars.
De même.
Jean Beauharnays (16 mars 1456)
Bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 56 ans, le 16 mars.
De même.
[Tous les témoins]
[Art. 6.]
[Vie et mœurs de Jeanne.] Tous affirment, étant souvent avec Jeanne pendant son séjour à Orléans, qu’ils ne virent jamais en elle rien de répréhensible. Ils constatèrent en elle seulement de l’humilité, de la simplicité, de la chasteté et de la dévotion envers Dieu et l’Église. C’était une grande consolation de vivre avec elle.
Robert de Sarciaux (16 mars 1456)
Maître Robert de Sarciaux, prêtre, licencié ès lois, chanoine et sous-doyen de l’église Saint-Aignan d’Orléans, âgé d’environ 78 ans, le 16 mars.
[Vie et mœurs de Jeanne.] Comme les précédents.
[Art. 7.]
[Aptitudes militaires de Jeanne.] Ajoute aussi que sur le fait de la guerre elle était très instruite, bien qu’étant une fille jeune et simple. Comme les capitaines n’étaient pas d’accords entre eux, elle allait souvent les voir, leur donnait des conseils salutaires, et les encourageait en leur disant d’espérer en Dieu, de ne pas douter, car tout viendrait à bonne fin.
Pierre Compaing (16 mars 1456)
[A vu La Hire se confesser à l’instigation de Jeanne.]
Maître Pierre Compaing, prêtre, licencié ès lois, chevecier [chargé de l’entretien du chevet de l’église] et chanoine de ladite église Saint-Aignan, âgé d’environ 55 ans, le 16 mars.
[Vie et mœurs de Jeanne.] Comme les précédents.
[Art. 6.]
[Larmes de Jeanne à la messe.] Vit Jeanne verser d’abondantes larmes à la messe, au moment de l’élévation du Corps du Christ.
[Art. 7.]
[Confession de La Hire.] Se souvient parfaitement qu’elle engageait les hommes d’armes à confesser leurs péchés ; et de fait, lui qui parle, a vu qu’à son instigation et à sa requête La Hire confessa ses péchés, ainsi que plusieurs autres de sa compagnie.
Pierre de la Censure, Raoul Godart, Hervé Bonart (16 mars 1456)
Messire Pierre de la Censure, prêtre, chanoine et prévôt de ladite église Saint-Aignan, âgé d’environ 60 ans ; messire Raoul Godart, prêtre, licencié en décrets, prieur de Saint-Samson d’Orléans et chanoine de Saint-Aignan, âgé d’environ 55 ans ; Hervé Bonart, prieur de Saint-Magloire, de l’ordre de saint Augustin, âgé d’environ 60 ans.
[Vie et mœurs de Jeanne.] Comme les précédents.
André Bordes (16 mars 1456)
Messire André Bordes, chanoine de Saint-Aignan d’Orléans, âgé d’environ 60 ans, le 16 mars.
[Art. 7.]
[Jeanne interdit les blasphèmes.] A vu Jeanne faire des reproches à des hommes d’armes, quand ils reniaient ou blasphémaient le nom de Dieu. Il en vit certains, de vie très dissolue, qui se convertirent et s’arrêtèrent de mal faire à la suite des exhortations de Jeanne.
Jeanne (de Saint-Mesmin) (16 mars 1456)
Jeanne femme de Gilles de Saint-Mesmin, âgée d’environ 70 ans, le 16 mars.
[Art. 6.]
[Vie et mœurs de Jeanne.] Jeanne était bonne catholique, simple, humble, d’un saint comportement, pudique et chaste, détestant les vices et reprenant ceux qui s’y adonnaient parmi les hommes d’armes.
Jeanne (Boyleau) (16 mars 1456)
Jeanne femme de Gui Boyleau, âgée d’environ 60 ans, le 16 mars.
Comme le témoin précédent.
Guillemette (de Coulons) (16 mars 1456)
Guillemette femme de Jean de Coulons, âgée d’environ 51 ans, le 16 mars.
Comme le témoin précédent.
Jeanne (Mouchy) (16 mars 1456)
Jeanne veuve de Jean de Mouchy, âgée d’environ 50 ans, le 16 mars.
Comme le témoin précédent.
Charlotte (Havet) (16 mars 1456)
[Logeait Jeanne et dormait avec elle.]
Charlotte femme de Guillaume Havet, âgée d’environ 36 ans, le 16 mars.
Comme le témoin précédent.
[Art. 6.]
[Vie et mœurs de Jeanne.] Ajoute que la nuit elle dormait seule avec Jeanne. Jamais elle n’aperçut en elle quelque signe de débauche ou de lubricité mais ne vit que simplicité, humilité et chasteté. Elle se confessait souvent et entendait la messe tous les jours. Jeanne disait souvent à la mère de la déposante, chez laquelle elle habitait, qu’il fallait espérer en Dieu, que Dieu aiderait Orléans et chasserait les adversaires. Jeanne avait l’habitude, avant d’aller à l’assaut, de toujours mettre en ordre sa conscience et de recevoir la communion après avoir écouté la messe.
Renaude (Huré) (16 mars 1456)
Renaude veuve de feu Jean Huré, âgée d’environ 50 ans, le 16 mars.
Comme le témoin précédent.
[Art. 7.]
[Jeanne interdit les blasphèmes.] Se souvient un jour avoir vu un grand seigneur qui marchait en pleine rue, en jurant vilainement et reniant Dieu. Jeanne le vit et l’entendit, et très troublée, s’approcha de lui et le prit par le cou en disant : Ah ! Osez-vous renier notre Seigneur et maître ! En nom Dieu vous vous dédirez avant que je parte d’ici.
[Citation en français.] Alors le seigneur se repentit et s’amenda.
Pétronille (Beauharnays) et Macée (Fagoue) (16 mars 1456)
Pétronille femme de Jean Beauharnays et Macée femme de Henri Fagoue, âgée d’environ 50 ans chacune, le 16 mars.
Comme les précédents.
Enquête à Paris (en présence des notaires)
Jean Tiphaine (10 janvier, 2 avril 1456)
Maître Jean Tiphaine, prêtre, maître ès arts et en médecine, chanoine de la Sainte Chapelle royale de Paris, âgé d’environ 60 ans. Déjà produit le 10 janvier par les juges délégués (Jean, Guillaume et Jean Bréhal), interrogé sur les articles le vendredi 2 avril 1456.
[Art. 1-4.]
A connu Jeanne à l’occasion de son procès à Rouen. Il déclina la première convocation, mais vint à la seconde : elle faisait de très belles réponses. — Il assista à un interrogatoire où les juges et les assistants se tenaient dans une petite pièce, derrière la grande salle du château : elle répondait prudemment, sagement et avec beaucoup de courage.
[Art. 5-8.]
Il se rendit à la seconde convocation par crainte des Anglais ; ignore avec quelle passion ils procédaient contre elle.
[Art. 9.]
Jeanne était emprisonnée à l’intérieur d’une tour du château ; il la vit enchaînée par les jambes ; il y avait aussi un lit.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11-14.]
Lors de l’interrogatoire auquel il assista, Beaupère était le principal interrogateur ; Jacques de Touraine, des frères mineurs, l’interrogeait parfois. — Touraine lui demanda si elle avait jamais été dans un lieu où des Anglais avaient été tués ; elle répondit : En nom Dieu si ay. Comme vous parlez doucement ! Pourquoi ne quittaient-ils pas la France et n’allaient-ils pas dans leur patrie ?
. — Un grand seigneur anglais dont il ne se rappelle plus le nom, l’ayant entendue, déclara devant lui et Guillaume Desjardins : Vraiment c’est une femme bonne. Si elle pouvait être anglaise !
— Ajoute qu’aucun docteur, si savant et subtil, n’eût été embarrassé et épuisé, s’il avait été interrogé comme Jeanne, par tant de maîtres, devant une telle assistance.
[Sur la maladie de Jeanne pendant ce procès.] A été envoyé auprès de Jeanne par les juges ; y fut conduit par un dénommé d’Estivet. En présence de cet Estivet, de Guillaume de la Chambre et de plusieurs autres, il lui prit son pouls et l’interrogea sur son mal. Elle répondit qu’elle avait mangé une carpe envoyée par Cauchon, qu’elle croyait être la cause de sa maladie. D’Estivet lui répliqua qu’elle parlait mal et l’invectiva : Toi, paillarde, tu as mangé poissons en saumure et autres choses qui ne te conviennent pas.
; ce qu’elle contesta. Jeanne et d’Estivet échangèrent beaucoup de paroles injurieuses. — Le témoin apprit de quelques personnes présentes que Jeanne avait souffert de nombreux vomissements.
[A-t-il été consulté durant le procès.] Dit ne pas se rappeler avoir jamais donné dans le procès opinion autre que celle sur la maladie. [Le procès-verbal indique qu’il opina lors de la dernière délibération de relapse le 29 mai, où il suivit l’avis de l’abbé de Fécamp.]
Guillaume de la Chambre (10 janvier, 2 avril 1456)
Maître Guillaume de la Chambre, maître ès arts et en médecine, âgé d’environ 48 ans.
[Art. 1-4.]
N’a connu Jeanne que pendant son procès, auquel il assista plusieurs fois. — C’était une bonne jeune fille. Il apprit ensuite de Pierre Maurice, qui avait entendu Jeanne en confession, qu’il n’avait jamais entendu pareille confession, qu’elle fût d’un docteur ou de quiconque. Il en déduit que Jeanne marchait selon la justice et saintement avec Dieu.
[Art. 5-8.]
Sur la passion des juges, s’en rapporte à leur conscience.
Lui-même n’a jamais donné son opinion au cours du procès, bien qu’il eût souscrit, forcé par Cauchon [il fait référence à la dernière délibération du 29 mai]. Il s’était excusé plusieurs fois que ce n’était pas de son métier d’opiner sur un tel sujet ; mais on lui fit savoir que s’il ne souscrivait pas comme les autres il lui arriverait malheur ; et il souscrivit. — De même Jean Lohier et Nicolas de Houppeville furent menacés d’être noyés, s’ils refusaient d’assister au procès.
[Art. 9.]
Jeanne se trouvait dans la prison du château de Rouen ; il l’y vit.
[Art. 10.]
A entendu dire que Jeanne avait été examinée pour savoir si elle était vierge et trouvée telle. — Lui-même put constater selon la science médicale, qu’elle était intacte et vierge. En effet il la visita pour une maladie, la vit presque nue, la palpa aux reins et, autant qu’il put voir, elle était très étroite.
[Art. 11-14.]
A vu une fois Jeanne, interrogée par l’abbé de Fécamp, être coupée de manière intempestive par Jean Beaupère qui lui posait d’autres questions. Elle ne voulut pas tout répondre en même temps et se plaignit qu’on lui faisait une grande injustice en la poursuivant ainsi, et qu’elle avait déjà répondu à ces questions.
[Maladie.] Le cardinal d’Angleterre et le comte de Warwick l’envoyèrent chercher, ainsi que Guillaume Desjardins et d’autres médecins. Warwick leur dit qu’on disait Jeanne malade et nous ordonna de l’examiner et de la guérir, car le roi ne voulait à aucun prix qu’elle mourût de mort naturelle : il l’avait achetée cher, et ne voulait pas qu’elle mourût sans être jugée et brûlée. Le témoin et les autres médecins allèrent alors la voir ; lui-même et Desjardins la palpèrent sur le flanc droit et la trouvèrent fiévreuse ; ils préconisèrent une saignée mais Warwick s’y opposa : Gardez-vous de la saigner, car elle est rusée et pourrait se faire mourir.
Néanmoins elle fut saignée et aussitôt après guérie. — Sur ce arriva un certain Estivet, qui invectiva violemment Jeanne, l’appelant putain, paillarde, si bien qu’elle retomba malade. Warwick interdit à d’Estivet de l’injurier de nouveau.
[Art. 15.]
Se rappelle que lors d’un interrogatoire elle dit à Cauchon et aux autres qu’ils n’étaient pas ses juges.
[Art. 16.]
A entendu Jeanne se soumettre au pape.
[Art. 20-21.]
Ignore qui a forgé les douze articles et ne croit pas avoir donné son avis dessus.
[Art. 23-25.]
Était présent lors du sermon de Guillaume Evrard mais ne se rappelle pas de sa teneur. Se souvient bien de l’abjuration de Jeanne ; elle hésitait beaucoup et Evrard la poussait, disant que si elle suivait ses conseils elle serait libérée de sa prison. Elle le fit sous cette condition, et non autrement. Elle lut alors une petite cédule de six ou sept lignes sur une feuille de papier double ; le témoin était si près qu’il pouvait vraiment voir les lignes et leur forme.
[Art. 26.]
A entendu dire que les Anglais la poussèrent à reprendre son habit d’homme, que ceux de femme lui furent enlevés et remplacés ceux d’homme. C’est pourquoi on disait que Jeanne avait été injustement condamnée.
[Art. 28-33.]
Fut présent lors de la dernière prédication, faite au Vieux Marché de Rouen par maître Nicolas Midi. Après ce sermon, Jeanne fut brûlée. Le bois pour la brûler était déjà en place ; elle faisait si pieuses lamentations et exclamations que plusieurs pleuraient ; mais quelques Anglais riaient. Il l’entendit s’exclamer quelque chose comme : Ah !Rouen ! J’ai grand peur que tu n’aies à souffrir de ma mort !
. Ensuite elle se mit à crier : Jésus
, et à invoquer saint Michel ; puis enfin disparut dans le feu.
Jean de Mailly, évêque de Noyon (14 janvier, 2 avril 1456)
Monseigneur Jean de Mailly, évêque de Noyon, âgé d’environ 60 ans. Entendu le 14 janvier, rappelé le 2 avril.
[Art. 1-4.]
N’a pas eu connaissance de Jeanne avant son procès à Rouen, où il la vit deux ou trois fois. Ne se rappelle pas avoir assisté au procès, ni donné un avis. [Le procès n’indique sa présence qu’aux dernières séances publiques : l’admonestation du 23 mai, l’abjuration du 24, et le supplice du 30, ce qu’il confirme ensuite.]
[Art. 5-8.]
Ne sait rien.
[Art. 9-10.]
Ne se rappelle que Jeanne eût été examinée ; sait que si elle l’a été et trouvée vierge, cela n’a pas été mis dans le procès.
[Art. 11-22.]
Ne sait rien.
[Art. 23-25.]
Fut présent à l’exhortation faite à Jeanne [le 23 mai], mais ne se rappelle pas ce qui fut fait.
Fut présent le lendemain lors de la prédication de Guillaume Evrard à Saint-Ouen [le 24 mai] . Il y avait deux ambons (échafauds) ; lui-même se trouvait dans l’un avec Cauchon et de nombreuses autres personnes ; Evrard se trouvait dans l’autre avec Jeanne. Il ne se souvient plus du sermon mais se rappelle que Jeanne, ce jour là ou la veille, déclara être seule responsable de tout ce qu’elle avait fait ou dit, de bien ou de mal, et non son roi qui ne lui avait rien fait faire. — Après cette prédication il vit qu’on exhortait Jeanne : Faites ce qu’on vous conseille. Voulez-vous vous faire mourir ?
Vraisemblablement poussée par ces paroles, elle fit l’abjuration. — Après cette abjuration plusieurs disaient que cette abjuration n’était qu’une comédie et que Jeanne ne faisait que se moquer. Un clerc anglais de l’entourage du cardinal d’Angleterre accusa Cauchon d’être trop doux, et favorable à Jeanne ; celui-ci lui répondit qu’il mentait ; le cardinal d’Angleterre dit au clerc de se taire. — Il semble au témoin que Jeanne ne se souciait pas beaucoup de cette abjuration, et qu’elle ne la fit qu’à cause de l’insistance des assistants.
[Art. 26.]
A entendu dire que les vêtements d’homme lui furent remis par la fenêtre ou à travers les barreaux de sa prison.
[Art. 28-33.]
[Exécution.] Fut présent lors du dernier sermon, le jour où elle fut brûlée. Il y avait trois échafauds : un pour les juges, un autre pour les prélats où lui-même se trouvait, un autre où se trouvait le bois préparé pour brûler Jeanne. — La prédication terminée, on prononça la sentence ; Jeanne se mit à faire plusieurs exclamations pieuses et à se lamenter ; entre autres, elle dédouanait le roi de lui avoir rien fait faire, en bien ou en mal. — Ne voulant voir brûler Jeanne, le témoin partit. Il vit plusieurs des assistants pleurer.
[Lettres de garantie du roi d’Angleterre] Interrogé sur ces lettres, à Cauchon et aux autres qui avaient participé au procès, où l’on indique la présence de l’évêque de Noyon, il déclare bien croire qu’il fut présent, mais ne se rappelle pas grand chose. — Sait cependant que le procès fut mené aux frais du roi d’Angleterre.
Thomas de Courcelles (15 janvier, 2 avril 1456)
Maître Thomas de Courcelles, professeur de théologie sacrée, pénitencier et chanoine de Paris, âgé d’environ 56 ans. Entendu le 15 janvier, réinterrogé [le 2 avril ; date non précisée, mais déduite des deux dépositions alentour].
[Art. 1-4.]
N’a eu connaissance de Jeanne qu’à Rouen, et pas plus de son père, de sa mère ou de ses parents.
On disait qu’elle affirmait avoir eu des voix venant de Dieu.
[Art. 5-6.]
Croit que Cauchon accepta la charge du procès de foi parce qu’il était conseiller du roi d’Angleterre et évêque de Beauvais, diocèse où Jeanne fut prise et faite prisonnière.
Entendit dire que l’inquisiteur reçut un don d’un certain Soreau, receveur, pour s’intéresser au procès, mais ignore si l’évêque reçut quelque chose.
À l’époque où Jeanne fut conduite à Rouen, lui-même, étant à Paris, fut convoqué pour le procès par Cauchon ; il se rendit à Rouen en compagnie de Nicolas Midi, Jacques de Touraine, Jean de Rouel, et d’autres dont il ne se souvient pas ; aux frais de ceux qui les conduisaient, dont l’un était Jean de Reynel.
[Informations préalables.] Ignore si des informations avaient été faites, à Rouen ou dans le lieu de naissance de Jeanne ; lui-même n’en vit pas et au premières séances [préparatoires] du procès, il n’était question que des voix, qu’elle disait avoir entendues et affirmait venir de Dieu. On lui montra le registre du procès où il est précisé qu’en sa présence furent lues certaines informations préalables [séance du 19 février 1431], déclare n’avoir aucun souvenir de les avoir jamais entendu lire. — Après avoir consulté les pièces du procès, Jean Lohier lui dit qu’on ne devait pas procéder contre Jeanne en matière de foi sans une information préalable sur la réputation.
[Délibérations.] Dans la première délibération [sans doute celle du 19 mai, après l’adhésion au conclusion de l’Université de Paris], il y eut grande dispute et divergence pour savoir si Jeanne devait être déclarée hérétique ; lui-même n’avança jamais qu’elle fût hérétique, sauf si elle s’entêtait à refuser de se soumettre à l’Église. — Dans la troisième et dernière délibération [29 mai], il lui semble n’avoir jamais déclaré d’une manière positive que Jeanne était hérétique, mais qu’elle était comme auparavant : c’est-à-dire que si auparavant elle était hérétique, elle l’était encore. — Affirme que jamais on ne délibéra d’une peine à infliger à Jeanne.
[Art. 7-8 (sur l’incompétence des juges).] Ne se souvient de rien.
[Art. 9.]
Jeanne était dans la prison du château, sous la garde d’un certain Jean Grilz et de ses serviteurs, les pieds dans des entraves de fer ; mais ne sait si elle se trouvait toujours ainsi. — Beaucoup d’assistants auraient voulu qu’elle soit placée en prison d’Église, mais ne se rappelle pas qu’on en ait discuté lors des délibérations.
[Art. 10.]
N’a jamais entendu délibérer s’il fallait examiner Jeanne pour savoir si elle était vierge ; croit cependant et Cauchon le disait, qu’on l’avait trouvée vierge ; croit aussi que si on l’avait trouvée non pas vierge, mais déflorée, on ne l’aurait pas passé sous silence dans le procès.
[Art. 11, 13, 14.]
On posa Jeanne plusieurs questions, mais ne se les rappelle pas. Une fois on lui demanda si ceux de son parti lui baisaient les mains. Ne se souvient pas que Jeanne se soit plainte des questions qu’on lui posait.
[Art. 12, 18.] Après plusieurs interrogatoires, on décida de les faire désormais devant peu de personnes. Ignore qui le proposa et dans quelle intention ; lui semble Jean de La Fontaine.
[Art. 15.]
Ne sait rien.
[Art. 16.]
Sur la soumission de Jeanne à l’Église, s’en rapporte à ses diverses réponses contenues au procès.
[Art. 19.]
Ne sait rien.
[Art. 20-21.]
Les douze articles furent extraits des prétendus aveux et réponses de Jeanne, rédigés par feu Nicolas Midi lui semble-t-il d’après des conjectures vraisemblables, et beaucoup débattus. Ne sait cependant si on délibéra pour qu’ils fussent corrigés et s’ils le furent.
[Art. 22.]
Tient de Nicolas Loiseleur lui-même, que celui-ci sous un déguisement s’entretint à plusieurs reprises avec Jeanne, mais ignore ce qu’il lui disait. Il lui confia seulement qu’il se présenterait à Jeanne et lui ferait savoir qu’il était prêtre. Croit aussi qu’il entendit Jeanne en confession.
[Art. 23-25.]
Peu avant la première prédication à Saint-Ouen, Jean de Châtillon fit quelques exhortations à Jeanne, en présence du témoin. De même il entendit Pierre Morice dire qu’il avait fraternellement exhorté Jeanne à se soumettre à l’Église.
Interrogé sur l’auteur de la cédule d’abjuration contenue dans le procès (Toi, Jeanne
), déclare l’ignorer. Ne sait pas plus si elle a été lue ou expliquée à Jeanne. Lors de la prédication de Guillaume Evrard, le témoin était sur un échafaud derrière les prélats ; ne se souvient pas de ses paroles sinon qu’il parlait de l’orgueil de cette femme
. — Cauchon commença alors à lire la sentence ; ne se rappelle pas ce qui a été dit à Jeanne ni ce qu’elle a répondu. — Nicolas de Venderez fit une certaine cédule commençant par Chaque fois que l’œil du cœur
, mais ignore si elle fut insérée au procès ; ignore quand il vit cette cédule dans les mains de maître Nicolas avant ou après l’abjuration, mais croit qu’il la vit avant. — A bien entendu certains assistants se plaindre à Cauchon qu’il ne faisait pas exécuter sa sentence, mais recevait la rétractation de Jeanne ; ne se souvient pas de leurs paroles.
[Art. 26-27.]
Après la première prédication arriva la nouvelle que Jeanne avait repris ses vêtements d’homme. Le témoin accompagna Cauchon à la prison de Jeanne ; l’évêque lui demanda pourquoi elle avait repris cet habit ; elle répondit qu’il lui paraissait meilleur à porter, au milieu d’hommes.
[Art. 28-33.]
Il fut présent lors de la dernière prédication faite au Vieux Marché, le jour où Jeanne mourut. Il ne la vit pas brûler, car aussitôt après la prédication et le prononcé de la sentence il s’en alla.
À ce qu’il croit, elle avait reçu la communion avant la prédication et la sentence.
Jean Monnet (3 avril 1456)
[Secrétaire de Jean Beaupère.]
Maître Jean Monnet, professeur de théologie sacrée, chanoine de Paris, âgé d’environ 50 ans, le 3 avril 1456.
[Art. 1-4.]
N’a rien su de Jeanne ni de ses parents avant son arrivée à Rouen. Il y alla avec Jean Beaupère, dont il était le serviteur, en compagnie de Pierre Morice, Thomas de Courcelles et d’autres, convoqués peu avant le début du procès.
[Art. 5-8.]
Assista à trois ou quatre séances où il enregistrait les questions posées à Jeanne et ses réponses, non pas comme notaire, mais comme clerc et secrétaire de Jean Beaupère. Le témoin a reconnu son écriture sur un papier du procès fait en français.
Jeanne lui reprocha, à lui et aux notaires, de mal rédiger, et leur fit faire à plusieurs reprises des corrections.
Pour des questions qu’elle jugeait ne pas devoir répondre, elle disait s’en rapporter à la conscience de ceux qui l’interrogeaient, pour savoir si elle devait ou non répondre.
Les Anglais engagèrent le procès parce que Jeanne leur paraissait trop nuisible, et leur avait déjà fait des dommages considérables ; et croit qu’ils en payèrent les frais.
Quant à l’ardeur qui poussait les juges, s’en rapporte à leur conscience.
[Art. 9.]
Ne sait rien, sinon qu’elle était détenue au château de Rouen.
[Art. 10.]
A entendu dire que Jeanne avait été examinée et trouvée vierge, et qu’elle avait été blessée au fondement par l’équitation.
[Art. 11-14.]
On posait à Jeanne des questions difficiles, auxquelles un maître en théologie aurait répondu avec difficulté, et qui semblaient fort l’accabler.
Elle fut malade, mais ignore si elle reçut la visite de médecins.
[Art. 15-18.]
Ne sait rien, ou s’en rapporte au procès.
[Art. 20-21.]
Ignore qui a rédigé les douze articles et s’ils furent fidèles aux aveux de Jeanne. Sait cependant que Jean Beaupère les porta à Paris.
[Art. 22.]
A seulement entendu dire que certains allaient sous un déguisement s’entretenir avec Jeanne, mais ignore qui.
[Art. 23-25.]
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen, sur une estrade aux pieds de Jean Beaupère. La prédication terminée, comme on commençait à lire la sentence, Jeanne déclara qu’elle suivrait les conseils des clercs voyant tout selon leur conscience. À ces mots Cauchon demanda au cardinal d’Angleterre ce qu’il fallait faire étant donné la soumission de Jeanne ; celui-ci lui répondit qu’il devait recevoir Jeanne à la pénitence ; ce qui fut fait. — Le témoin vit la cédule d’abjuration qui lui fut lue : une petite cédule, d’environ six ou sept lignes. — Jeanne s’en rapportait à la conscience des juges, pour décider si elle devait se rétracter ou non. — Ce jour-là, on disait que le bourreau se trouvait sur la place, attendant qu’elle fût livrée à la justice séculière.
[Art. 26-33.]
Ne sait rien car dit avoir quitté Rouen le lundi ou le dimanche précédant la mort de Jeanne.
Louis de Coutes (3 avril 1456)
[Valet de Jeanne.]
Noble et prudente personne Louis de Coûtes, écuyer, seigneur de Nouvion et de Rugles, âgé d’environ 42 ans. Le 3 avril 1456.
Ne dépose que sur les articles 1-4, car ne sait rien sur tous les autres.
[Arrivée de Jeanne à Chinon.]
L’année où Jeanne vint trouver le roi à Chinon, il avait quatorze ou quinze ans, et était au service du sire de Gaucourt, capitaine de Chinon, avec qui il passait son temps.
Jeanne arriva en compagnie de deux hommes et elle fut conduite au roi. Lui-même la vit plusieurs fois qui allait auprès du roi et en revenait.
Elle fut logée dans une tour du château du Coudray. Le témoin y passait toutes ses journée en sa compagnie ; mais de nuit, elle avait des femmes avec elle. Pendant son séjour au Coudray, des hommes de haute condition vinrent plusieurs jours pour s’entretenir avec elle ; ignore qui ils étaient, et ce qu’ils faisaient ou disaient car se retirait à leur arrivée. À cette époque du Coudray, il vit souvent Jeanne à genoux, priant ; il n’entendait pas ce qu’elle disait ; parfois elle pleurait.
[Il devient son valet d’armes.]
Jeanne fut ensuite conduite à Poitiers, puis ramenée à Tours, dans la maison d’une dénommée Lapau ; là le duc d’Alençon lui donna un cheval, que le témoin vit dans la maison de cette Lapau.
C’est à Tours qu’on lui ordonna d’être valet d’armes de Jeanne, avec un certain Raymond. Dès lors il ne la quitta plus et la servit, tant à Blois qu’à Orléans, et jusqu’à ce qu’ils fussent parvenus devant la ville de Paris.
À Tours, Jeanne reçut une armure, et du roi un état.
De Tours elle alla à Blois, avec une compagnie d’hommes d’armes du roi ; laquelle compagnie eut dès lors grande confiance en elle.
[Arrivée à Orléans.]
Jeanne resta un certain temps à Blois ; puis on décida d’aller à Orléans par la Sologne. Jeanne partit toute armée, avec ses soldats auxquels elle recommandait toujours d’avoir grande confiance en Dieu et de confesser leurs péchés.
Le témoin vit Jeanne communier au sein de sa compagnie.
Arrivés à proximité d’Orléans du côté de la Sologne, on les fit traverser, Jeanne, le témoin et plusieurs autres, et ils entrèrent dans la ville. — Jeanne était très meurtrie car elle avait couché toute armée la veille du départ de Blois.
Elle fut hébergée dans la maison du trésorier, devant la porte Bannier. Le témoin la vit communier dans cette maison.
[Le lendemain.]
Le lendemain de son entrée, elle alla voir le bâtard d’Orléans, et s’entretint avec lui ; au retour elle était très irritée, car il avait été décidé pour ce jour-là de ne pas partir à l’assaut.
Elle se rendit à un retranchement, et s’adressa aux Anglais se trouvant dans le retranchement vis-à-vis, leur disant de s’en aller, au nom du Christ, sinon elle les chasserait. Le bâtard de Grandville lui lança plusieurs injures, lui demandant si elle voulait qu’ils se rendissent à une femme, et appelant les Français se trouvant avec Jeanne : maquereaux mécréants
.
[Prise de Saint-Loup.]
Elle revint à son logis et monta dans sa chambre. Le témoin croyait qu’elle allait dormir, mais peu après elle descendit et lui dit : Ah ! sanglant garçon, vous ne me diriez pas que le sang de France fût répandu !
, et lui ordonna d’aller chercher son cheval. Lorsqu’il revint, Jeanne avait été toute armée par la maîtresse de maison et sa fille ; elle lui ordonna d’aller chercher son étendard, qui était resté en haut, et le témoin le lui remit par la fenêtre. Jeanne s’en saisit et se précipita vers la porte de Bourgogne ; l’hôtesse dit alors au témoin de la suivre, ce qu’il fit. — Il y avait à ce moment une escarmouche du côté de Saint-Loup, et bientôt le retranchement fut pris. Jeanne rencontra quelques Français blessés, ce qui l’indigna. Dès que les Français la virent, ils se mirent à crier et s’emparèrent de la bastille de Saint-Loup. Des hommes d’Église qui fuyaient en habits ecclésiastiques vinrent au-devant de Jeanne ; elle défendit qu’on leur fît du mal et les fit conduire à son logis, les autres Anglais furent tous tués.
[Frugalité de Jeanne.]
Le soir Jeanne rentra dîner à son logis. Elle était très sobre, souvent elle ne mangeait qu’un morceau de pain de toute la journée, ou deux lorsqu’elle était à son logis ; et l’on s’étonnait qu’elle mangeât si peu.
[Prises de Saint-Jean-le-Blanc et des Augustins.]
Le jour suivant, vers neuf heures, les troupes du roi traversèrent la rivière dans des bateaux pour aller contre la bastille de Saint-Jean-le-Blanc et s’en emparèrent. De même prirent-ils celle des Célestins [Augustins]. Jeanne, accompagnée du témoin, franchit le fleuve Loire avec ces troupes, puis revint dans la ville d’Orléans où elle coucha dans son logis avec quelques femmes.
[Chasteté de Jeanne.]
Jeanne toujours une femme avec elle la nuit ; et si elle ne pouvait en trouver, comme en campagne, elle couchait tout habillée.
[Prise de la bastille du Pont.]
Le jour suivant Jeanne fit ouvrir la porte de Bourgogne et une petite porte située près de la grosse tour, contre l’avis de plusieurs seigneurs qui trouvait cela trop dangereux. Elle traversa avec quelques hommes pour attaquer la bastille du Pont. L’assaut dura sans interruption de six heures jusqu’au soir. Jeanne fut blessée ; et dès qu’elle fut soignée, se réarma et repartit à l’assaut. Le retranchement fut enfin pris. Jeanne continuait d’encourager les soldats, annonçant la victoire prochaine. Elle disait, lui semble-t-il, qu’ils auraient le fortin quand ils verraient le vent pousser son étendard dans sa direction. La nuit venait et l’on commençait à désespérer, mais Jeanne promettait qu’on emporterait la bastille le jour même. On prépara un nouvel assaut ; terrifiés, les Anglais ne lui opposèrent aucune défense et furent presque tous noyés.
[Départ des Anglais. Beaugency, Patay.]
Le lendemain, tous les assiégeants partirent pour Beaugency et Meung. L’armée du roi, où se trouvait Jeanne, les suivit. Les Anglais quittèrent Beaugency sans combattre, poursuivis par les gens du roi et Jeanne. L’avant-garde était conduite par La Hire, ce qui irrita beaucoup Jeanne, car elle aurait aimé en avoir la charge. L’avant-garde tomba sur les Anglais qui furent presque tous tués.
[Pitié de Jeanne.]
Jeanne était très pieuse, et elle avait grand pitié de tant de massacres. Une fois, Jeanne vit un Français, frapper si fort un prisonnier anglais qu’il le laissa comme mort ; elle descendit de cheval et fit confesser l’Anglais, lui soutenant la tête et le consolant comme elle pouvait.
[Prise de Jargeau.]
L’armée alla devant Jargeau, qui fut prise d’assaut. On fit de nombreux prisonniers, parmi lesquels Suffolk et Pole.
[Départ pour Reims.]
Après la levée du siège d’Orléans et les victoires remportées, Jeanne alla avec les troupes auprès du roi, à Tours. On décida que le roi irait à Reims pour le sacre. Le roi partit avec son armée, dans laquelle se trouvait Jeanne ; on arriva devant Troyes, qui se rendit, puis à Châlons, qui se rendit aussi, et enfin à Reims, où notre sire le roi fut couronné et sacré, en présence du témoin qui parle.
[Mœurs de Jeanne.]
Il resta avec Jeanne jusqu’à ce qu’elle vint devant la ville de Paris. Elle était bonne et honnête femme, vivant en catholique ; elle entendait la messe avec grand plaisir, et jamais ne manquait de le faire, si cela lui était possible.
Elle détestait entendre quelqu’un blasphémer ou jurer. Plusieurs fois il la vit reprendre le duc d’Alençon. En général personne de l’armée n’aurait osé jurer ou blasphémer devant elle, de peur d’être repris.
Elle ne voulait pas de femmes dans l’armée. Un jour, près de Château-Thierry, elle surprit la concubine d’un soldat à cheval et la poursuivit l’épée dégainée ; elle ne la frappa pas mais lui conseilla avec douceur et bonté de ne plus se trouver en compagnie des soldats sous peine de désagrément.
Gobert Thibaut (5 avril 1456)
Honnête et sage personne Gobert Thibaut, écuyer de l’écurie du roi de France, et élu sur le fait des subsides dans la ville de Blois, âgé d’environ 50 ans. Le 5 avril 1456.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Examen de Jeanne à Poitiers. Première lettre aux Anglais.]
Il était à Chinon lorsque Jeanne arriva auprès du roi, mais la connut surtout lors de son séjour à Poitiers, où elle logea dans la maison de Jean Rabateau. C’est là que Pierre de Versailles et Jean Érault allèrent l’interroger, accompagnés par le témoin, sur l’ordre de l’évêque de Castres.
Lorsqu’ils arrivèrent Jeanne vint au-devant d’eux ; elle frappa le témoin sur l’épaule en lui disant qu’elle voudrait bien avoir beaucoup d’hommes de son caractère. Versailles dit à Jeanne qu’ils étaient envoyés par le roi, à quoi elle répondit : Je le crois bien
, ajoutant : Je ne sais ni A ni B.
Ils lui demandèrent alors pourquoi elle venait : Je viens de la part du Roi des cieux, pour faire lever le siège d’Orléans, et pour conduire le roi à Reims, afin qu’il soit couronné et sacré.
Puis elle leur demanda de quoi écrire et dicta une lettre à Jean Érault : Vous, Suffort, Classidas et La Poule, je vous somme, de par le Roi des cieux, que vous en alliez en Angleterre.
Jeanne demeura à Poitiers aussi longtemps que le roi.
[Mission divine de Jeanne, prophétie.]
Elle disait que son conseil lui avait dit qu’elle devait au plus tôt aller voir le roi.
Le témoin vit ceux qui l’amenèrent : Jean de Metz, Jean Coulon et Bertrand Pollichon [Poulengy], qu’elle tenait en grande familiarité et amitié. Il les entendit dire à l’évêque de Castres, qu’ils avaient traversé la Bourgogne et autres territoires ennemis sans le moindre empêchement, et s’en émerveillaient.
Il entendit l’évêque de Castres dire qu’il avait vu dans des écrits que devait venir une certaine Pucelle, au secours du roi de France. Lui et les autres docteurs disaient croire que Jeanne était envoyée par Dieu, et qu’elle était celle dont parlait la prophétie. Ils ne voyaient en elle que du bon et rien de contraire à la foi catholique ; aussi le roi pouvait avoir recours à elle.
[Libération miraculeuse d’Orléans.]
Il n’était pas à Orléans lors des événements dans la ville d’Orléans, mais chacun proclamait que tout avait été fait grâce à elle, et comme miraculeusement.
[Beaugency, Patay, Jargeau.]
Le témoin arriva à Beaugency à l’époque ou Talbot y fut conduit après avoir été fait prisonnier à Patay. De Beaugency Jeanne alla avec l’armée à Jargeau, qui fut prise par assaut, et les Anglais mis en fuite. Elle revint à Tours où se trouvait le roi, et de là ils partirent pour Reims.
[Arrivée sans encombre à Reims.]
Jeanne disait au roi et aux gens d’armes d’avancer sans crainte car il n’y aurait nulle résistance. Elle disait aussi qu’elle aurait suffisamment de gens et que beaucoup la suivraient ; effectivement, lorsqu’elle fit rassembler les gens d’armes entre Troyes et Auxerre, on en trouva beaucoup, car chacun voulait la suivre. Aussi le roi ne rencontra aucune opposition ; les portes des villes s’ouvraient devant lui ; et l’on vint sans empêchement jusqu’à Reims.
[Piété de Jeanne.]
Jeanne était bonne chrétienne, aimant entendre la messe, même chaque jour, et recevant souvent la communion. Elle s’irritait quand elle entendait jurer ; l’évêque de Castres, qui enquêtait avec soin sur ses actions et sa vie, disait que c’était un bon signe.
[Mœurs de Jeanne en compagnie des hommes d’armes.]
En campagne Jeanne était toujours avec des gens d’armes ; plusieurs de ses familiers disaient pourtant n’avoir jamais eu de désir à son égard ; et que si parfois leur venait une impulsion charnelle, jamais cependant ils n’osèrent diriger leur pensée vers elle, comme si elle ne pouvait être l’objet de concupiscence. Ils parlaient souvent entre eux du péché de chair, mais dès qu’il la voyait approcher, ils ne pouvaient plus continuer et aussitôt abandonnaient leur impulsion charnelle. Le témoin voulut vérifier et en interrogea plusieurs qui avait couché en sa compagnie : tous le confirmèrent ; ajoutant que jamais ils n’eurent de désir charnel lorsqu’ils la regardaient.
Simon Beaucroix (20 avril 1456)
Noble Simon Beaucroix, écuyer, clerc marié, demeurant à Paris dans l’Hôtel-Neuf, âgé d’environ 50 ans. Interrogé le 20 avril 1456 devant : Jean (Reims), Guillaume (Paris), Thomas Vérel (délégué de Jean Bréhal).
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Arrivée de Jeanne à Chinon.]
Était à Chinon avec Jean d’Aulon quand arriva Jeanne. Après avoir parlé avec le roi et son conseil, elle fut placée sous la garde d’Aulon. Elle l’accompagna à Blois, et de là jusqu’à Orléans, par la Sologne.
Jeanne recommanda à tous les hommes d’armes de se confesser en leur assurant que s’ils étaient en bonne condition, Dieu leur accorderait la victoire.
[Arrivée à Orléans.]
Jeanne voulait que l’on passe par la bastille de Saint-Jean-le-Blanc, mais les hommes d’armes allèrent en un lieu entre Orléans et Jargeau où les attendaient des bateaux envoyés par les habitants d’Orléans. On y chargea le ravitaillement qui fut conduit en ville. Quant aux hommes, certains proposèrent de traverser la Loire à Blois, car il n’y avait pas de pont plus proche dans l’obéissance du roi. L’idée irrita Jeanne qui les soupçonnait de vouloir se retirer, en abandonnant une tâche inachevée. Elle ne voulut pas les suivre et avec deux cents lances environ, elle franchit l’eau en bateau et entra dans Orléans.
Le maréchal de Boussac partit de nuit chercher l’armée du roi près de Blois. Jeanne confia à d’Aulon qu’elle savait que rien de mal n’arriverait au maréchal.
[Prise de Saint-Loup.]
Jeanne était à son logis lorsque, mue par une inspiration, elle déclara : En nom Dieu, nos gens ont beaucoup à faire !
Elle envoya chercher son cheval, s’arma et fonça vers la bastille de Saint-Loup où l’on attaquait les Anglais. Elle se joint à l’assaut et la bastille fut prise.
[Prise de Saint-Jean-le-Blanc et des Augustins.]
Le lendemain Jeanne participa à l’assaut de la bastille de Saint-Jean-le-Blanc. Les Français s’approchèrent jusqu’à une île ; mais dès les Anglais les aperçurent ils abandonnèrent la bastille et se retirèrent vers celle des Augustins. Le témoin vit l’armée royale dans un très grand danger. Jeanne les encourageait : Allons hardiment, en nom Dieu !
. [La suite est confuse, comme si les phrases n’étaient pas dans l’ordre :] On arriva jusqu’aux Anglais (qui se trouvaient en grand péril et qui avaient trois bastilles) et la bastille fut facilement prise. Les capitaines voulurent que Jeanne regagne la ville ce qu’elle refusa : Abandonnerons-nous nos gens ?
[Prise de la bastille du Pont.]
Le lendemain les Français attaquèrent la bastille située au bout du pont, qui semblait imprenable. L’attaque dura toute la journée jusqu’à la nuit. Le témoin vit d’Aulon faire rompre le pont avec une bombarde.
C’était déjà le soir, et on désespérait de pouvoir l’emporter. On demanda d’apporter l’étendard de Jeanne ; l’attaque reprit et aussitôt, sans grande difficulté, on entra dans la bastille avec l’étendard. Les Anglais se mirent à fuir par le pont, qui s’effondra ; et beaucoup se noyèrent.
[Départ des Anglais.]
Le lendemain les Français firent une nouvelle sortie ; à leur vue, les Anglais s’enfuirent et Jeanne empêcha qu’on les poursuivît : Laissez partir les Anglais, ne les tuez pas. Qu’ils s’en aillent. Leur retraite me suffit.
[Prise de Jargeau.]
Le même jour les gens du roi se rendirent à Blois. Jeanne y passa deux ou trois jours et se rendit à Tours et à Loches, où l’on préparait l’assaut de Jargeau ; qui fut prise.
[Piété de Jeanne.]
Jeanne était bonne catholique, craignant Dieu ; elle se confessait tous les deux jours, communiait chaque semaine, et entendait la messe chaque jour. Elle exhortait les hommes d’armes à bien vivre et à se confesser souvent.
[Mœurs de Jeanne en compagnie des hommes d’armes.]
Lui-même n’eut jamais envers elle le désir de mal agir. — Jeanne couchait toujours avec des jeunes filles ; et ne voulait pas de vieilles femmes. — Elle détestait jurons et blasphèmes, et reprenait ceux qui juraient ou blasphémaient. — Elle interdisait les pillages et refusait la nourriture qu’elle savait volée. Elle s’irrita un jour contre un Écossais qui lui fit savoir qu’elle avait mangé d’un veau volé et voulu le frapper. — Elle ne voulait jamais voir de femmes de mauvaise vie dans l’armée ; aucune d’elles n’aurait osé se trouver devant elle ; et si Jeanne en rencontrait une, elle devait soit partir, soit se faire épouser.
[Piété de Jeanne.]
Jeanne était vraie catholique, obéissant aussi autant que possible aux instructions de l’Église. Elle était charitable non seulement envers les Français, mais aussi envers les ennemis. — Tout cela le témoin le sait, car il fut longtemps en sa compagnie, et maintes fois l’aida à s’équiper. — Elle déplorait que de braves femmes viennent la saluer : ce lui semblait une sorte de dévotion, dont elle s’irritait.
Jean Barbin (30 avril 1456)
Maître Jean Barbin, docteur ès lois, avocat de notre sire le roi en sa cour de Parlement, âgé d’environ 50 ans. Interrogé devant les seigneurs juges [Bréhal ou son délégué Vérel ?] le 30 avril 1456.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Arrivée de Jeanne à Chinon.]
Était à Poitiers à l’époque où Jeanne vint vers le roi à Chinon. Entendit dire que le roi ne voulut pas lui faire confiance tant qu’elle n’aurait pas été examinée par des clercs. Il aurait même envoyer enquêter au lieu de naissance de Jeanne, pour savoir d’où elle était.
[Arrivée à Poitiers.]
Le roi envoya Jeanne être examinée à Poitiers. C’est là que le témoin entendit parler d’elle pour la première fois. Elle fut logée dans la maison de Jean Rabateau. Il entendit la femme de Rabateau dire que Jeanne restait longtemps agenouillée après les repas, et même de nuit ; elle allait souvent dans la chapelle de la maison, et y priait longtemps.
[Examen.]
Elle reçut la visite de nombreux clercs, Pierre de Versailles, Guillaume Aymeri, et d’autres dont il a oublié le nom, qui l’interrogèrent à leur guise. — Le témoin les entendit raconter qu’elle avait répondu avec beaucoup de sagesse, comme un bon clerc ; ils admiraient ses réponses et les croyaient que d’inspiration divine, vu sa vie et sa conduite.
Ils conclurent qu’il n’y avait en elle rien de mal, ni qui fût contraire à la foi catholique. Aussi, vu la nécessité dans laquelle se trouvaient le roi et le royaume, puisque le roi et ses sujets étaient alors dans une situation désespérée, et sans espoir d’aide quelconque, à moins d’une intervention de Dieu, ils conclurent que le roi pouvait avoir recours à elle.
[Prophétie de Marie d’Avignon.]
Au cours de ces délibérations, Jean Érault raconta comment il entendit une certaine Marie d’Avignon se présenter au roi pour des visions qu’elle avait eues touchant la désolation du royaume. Celle-ci avait vu quantité d’armures et s’était épouvantée d’avoir à les porter ; elle fut rassurée car ce n’était non pas elle mais une Pucelle qui viendrait après, qui porterait ces armes et délivrerait le royaume de France de ses ennemis. Et Érault croyait fermement que Jeanne était celle dont Marie d’Avignon avait parlé.
[Mœurs de Jeanne.]
Les hommes d’armes la voyaient comme une sainte tant elle se comportait selon Dieu ; personne n’aurait pu lui faire des reproches.
A entendu Pierre de Versailles rapporter une conversation qu’il eut avec Jeanne, alors qu’ils se trouvaient à Loches. Voyant que des gens saisissaient les pattes de son cheval pour embrasser ses mains et ses pieds, il reprocha à Jeanne de supporter de telles pratiques, car elle rendait les hommes idolâtres. Jeanne répondit : En vérité, je ne saurais me protéger de telles choses, si Dieu ne me protège.
Jeanne était bonne catholique, et tout ce qui a été fait par elle a été fait par Dieu car elle était louable à tout point de vue : conduite, nourriture, boisson, etc. Jamais il n’entendit jamais dire du mal d’elle ; mais toujours qu’elle était femme bonne et catholique.
Marguerite La Touroulde (30 avril 1456)
Honnête et prudente femme dame Marguerite La Touroulde, veuve de feu maître René de Bouligny, ancien conseiller du roi, âgé d’environ 64 ans. Interrogée comme le précédent.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Détresse de la France à l’arrivée de Jeanne.]
Elle-même était à Bourges avec la reine, lorsque Jeanne arriva à Chinon auprès du roi. Il y avait alors si grande calamité et pénurie d’argent dans le royaume et les régions obéissant au roi, que c’était une pitié et que les sujets étaient presque au désespoir. Elle le sait, elle qui parle, car son mari était alors receveur général, et il n’avait, de l’argent du roi ou du sien, pas plus de quatre écus. Orléans était assiégée par les Anglais sans moyen de lui porter secours.
C’est dans cette détresse qu’arriva Jeanne ; et le témoin croit qu’elle vint de la part de Dieu, pour réconforter le roi et ses sujets car il n’y avait d’autre espoir que venant de Dieu.
[Séjour à Bourges au retour du sacre.]
Elle-même ne vit Jeanne qu’au retour du sacre de Reims, quand le roi se dirigeait vers Bourges pour y retrouver la reine. La reine était allée à sa rencontre à Selles en Berry, accompagnée du témoin. C’est là que survint Jeanne. Elle salua la reine et fut conduite à Bourges. Feu son mari avait déclaré qu’elle logerait chez un certain Jean Duchesne, mais le sire d’Albret ordonna qu’elle soit logée dans la maison du témoin. Elle y passa trois semaines, y couchant, buvant et mangeant.
[Mœurs et piété de Jeanne.]
Le témoins coucha presque chaque jour avec Jeanne et ne vit ni ne constata en elle rien de mauvais. Jeanne se comportait en femme honnête et catholique, se confessait très souvent, aimait entendre la messe. Elle demanda plusieurs fois d’aller à matines et le témoin l’y conduisit.
[Rumeurs sur Jeanne.]
On racontait des fables sur Jeanne ; on lui disait qu’elle allait sans crainte à l’assaut car elle savait bien qu’elle ne serait pas blessée, à quoi elle répondait n’avoir pas plus de garantie qu’un autre.
[Examen à Poitiers.]
Interrogée par les docteurs à Poitiers, elle leur avait répondu : Il y a dans les livres de notre Seigneur plus que dans les vôtres.
[En français.]
[Témoignage de ceux qui la conduisirent au roi.]
Ceux qui la conduisirent auprès du roi disaient qu’à première vue ils la crurent folle, et avaient eu l’intention de la faire enfermer. Mais à peine partis, ils furent prêts à tout faire pour elle, désiraient autant qu’elle-même la présenter au roi, et n’auraient pu aller contre sa volonté. Ils eurent au début le désir de la rechercher charnellement, mais au moment de lui en parler avaient tellement honte qu’ils n’osaient le faire ou lui dire une parole.
[Sur sa visite au duc de Lorraine.]
Elle entendit Jeanne parler de sa visite au duc de Lorraine. Malade, celui-ci voulut la voir ; elle lui reprocha sa conduite, lui dit qu’il ne guérirait pas s’il ne s’amendait, et l’exhorta à reprendre sa bonne épouse.
[Mœurs, piété et art militaire de Jeanne.]
Jeanne détestait le jeu de dés.
Jeanne était fort simple et ignorante, sauf sur le fait de la guerre.
Lorsque Jeanne habitait chez elle, plusieurs femmes venaient pour lui faire toucher des chapelets ou des médailles. Jeanne en riait, disant au témoin : Touchez-les vous-même, cela sera aussi bon.
Jeanne donnait beaucoup d’aumônes, et aimait soutenir les indigents et les pauvres, disant qu’elle était envoyée pour leur consolation.
Elle vit plusieurs fois Jeanne au bain et dans les étuves et croit, comme elle a pu le constater, qu’elle était vierge.
Elle chevauchait portant la lance aussi bien que le meilleur des hommes d’armes ; et ceux-ci l’admiraient fort pour cette raison.
Jean Marcel (30 avril 1456)
Jean Marcel, bourgeois de Paris, âgé d’environ 56 ans. Interrogée comme le précédent.
[Art. 1-4.]
Vit Jeanne pour la première fois lors de la prédication de Saint-Ouen [24 mai].
[Art. 5-9.]
Il demeurait à Rouen à l’époque où Jeanne fut prise près de Compiègne et conduite à Rouen.
On disait que Cauchon la réclama pour faire son procès, mais il ignore par quelle passion fut-il poussé ou comment il procéda.
[Art. 10.]
A entendu dire Jeanne fut inspectée par la duchesse de Bedford, qu’on la trouva vierge.
Tient de Jeannot Simon, tailleur de tuniques, que la duchesse lui avait commandé une tunique de femme pour Jeanne. Lorsqu’il voulut l’en revêtir il la prit doucement par la poitrine, mais elle en fut si indignée qu’elle le gifla.
[Art. 11-14.]
Le frère Jean Le Sauvage avait assisté au procès mais en parlait avec réticence. Il lui confia cependant qu’il n’avait jamais vu une femme de cet âge donner tant de peine à ceux qui l’interrogeaient, et qu’il admirait beaucoup ses réponses et sa mémoire. Une fois, comme le notaire relisait ce qu’il avait écrit, Jeanne lui dit qu’elle n’avait pas répondu ainsi, et s’en rapporta aux assistants, qui lui donnèrent tous raison.
[Art. 23-25.]
Lors de la prédication de Saint-Ouen, Jeanne était en habit d’homme. Il était trop loin de Guillaume Érard pour saisir son sermon mais entendit Laurent Calot et quelques autres reprocher à Cauchon de trop tarder à prononcer sa sentence et qu’il jugeait mal ; lequel répondit qu’on en mentait.
[Art. 28-33.]
Il assista à la seconde prédication, et il la vit dans le feu, répétant à haute voix : Jésus
. — Croit fermement qu’elle mourut en bonne chrétienne ; et le sait des religieux qui l’accompagnaient à l’heure de sa mort. La plupart des assistants pleuraient, pleins de douleur et de pitié, car on disait que Jeanne avait été injustement condamnée.
Le témoin, dûment interrogé sur le contenu desdits articles, ne sait rien d’autre.
Le duc d’Alençon (3 mai 1456)
Illustre et très puissant prince et seigneur, le seigneur Jean, duc d’Alençon, âgé d’environ 50 ans. Interrogé devant les seigneurs juges le 3 mai 1456.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Sa rencontre avec Jeanne à Chinon.]
Le témoin chassait aux cailles à Saint-Florent, lorsqu’on vint le prévenir qu’une Pucelle, qui se déclarait envoyée par Dieu pour mettre en fuite les Anglais et leur faire lever le siège d’Orléans, était venue trouver le roi à Chinon.
Dès le lendemain il se rendit à Chinon et trouva Jeanne qui s’entretenait avec le roi. Celle-ci lui demanda qui il était ; le roi répondit que c’était le duc d’Alençon ; alors elle déclara : Vous, soyez le très bien venu ! Plus nombreux seront-ils ensemble du sang royal de France, et mieux cela sera.
[Le Royaume en commende, don d’un cheval.]
Le lendemain à la messe, le roi pris Jeanne à part, avec le témoin et La Trémouille. Jeanne fit plusieurs requêtes au roi, entre autres qu’il donnât son royaume au Roi des cieux, pour que le Roi des cieux le remette comme ses prédécesseurs, en son état antérieur.
On parla de beaucoup d’autres choses jusqu’au repas, puis le roi alla se promener dans les prés. Jeanne y courut avec la lance et le témoin la voyant lui donna un cheval.
[Examen à Chinon.]
Le roi décida qu’elle serait examinée par des gens d’Église et délégua l’évêque de Castres (son confesseur), les évêques de Senlis, Maguelonne et Poitiers, Pierre de Versailles, Jourdan Morin, et beaucoup d’autres, qui l’interrogèrent en présence du témoin sur les raisons de sa venue. Elle répondit qu’elle était venue de la part du Roi des cieux et qu’elle avait des voix et un conseil qui lui indiquaient quoi faire (bien que de cela il ne se souvient pas). Jeanne lui confia par la suite, au cours d’un repas (ils les prenaient alors ensemble), qu’elle avait été beaucoup questionnée, mais qu’elle savait et pouvait plus de choses qu’elle n’en avait dites. Le roi entendit le rapport des examinateurs et décida qu’elle serait de nouveau interrogée à Poitiers.
[Examen à Poitiers.]
Le témoin n’assista pas à cet interrogatoire mais connut le rapport qu’en firent les examinateurs au conseil du roi : ils n’avaient rien trouvé en elle de contraire à la foi catholique, et, attendu l’état de nécessité, le roi pouvait avoir recours à elle.
[Préparatifs du ravitaillement d’Orléans.]
Le roi envoya le témoin vers la reine de Sicile, afin de préparer le ravitaillement d’Orléans ; y travaillaient déjà Ambroise de Loré et un certain Louis. Enfin, il put annoncer au roi que le ravitaillement était prêt, et qu’il ne manquait plus que l’argent ; celui-ci fit remettre l’argent nécessaire et l’on fut bientôt prêt à partir pour Orléans afin d’essayer, si possible, de faire lever le siège.
Le roi fit faire une armure à Jeanne et elle partit avec le convoi.
[Témoignages de la libération d’Orléans.]
Le témoin ne participa pas à la libération d’Orléans, mais il vit par la suite les fortins qu’avaient construits les Anglais et il constata leur force ; et croit qu’ils furent pris plus par miracle que par la force des armes, spécialement celui des Tournelles au bout du pont, et celui des Augustins. Si lui-même s’était trouvé dans l’un d’eux avec une petite troupe, il aurait pu tenir six à sept jours contre toute la puissance des ennemis.
Ambroise de Loré et plusieurs hommes d’armes et capitaines qui y furent attribuaient presque tous les événements d’Orléans à un miracle de Dieu venant d’en haut et non à l’œuvre des hommes.
[Préparatifs pour la prise de Jargeau.]
Le témoins revit Jeanne à Selles en Berry d’où ils partirent se joindre aux hommes d’armes regroupés près d’Orléans. L’armée comptait jusqu’à six cent lances, avec l’intention de reprendre Jargeau aux Anglais. Cette nuit-là ils couchèrent dans un bois. Le lendemain ils furent rejoint par le bâtard d’Orléans, Florent d’Illiers et quelques autres qui portèrent les effectifs à environ mille deux cent lances.
Mais les capitaines n’étaient pas d’accords entre eux ; certains était pour l’assaut, d’autres opposés, à cause de la puissance et du nombre des Anglais. Jeanne intervint et leur dit de ne pas craindre les Anglais, car Dieu conduisait leur entreprise. Elle ajouta que si elle n’avait pas été sûre que Dieu menât l’affaire, elle aurait préféré garder ses moutons et ne pas s’exposer à tant de périls.
[Prise des faubourgs de Jargeau.]
Sur ces paroles ils se mirent en route vers Jargeau. Ils comptaient d’abord s’emparer des faubourgs et y passer la nuit, mais furent repoussés par les Anglais. Jeanne prit alors son étendard et partit à l’attaque en encourageant les hommes ; ils firent tant que les faubourgs furent pris et que l’armée s’y installa pour la nuit. Le témoin croit que Dieu menait l’affaire, car il n’y eut presque aucune garde et le péril eut été grand si les Anglais étaient sortis. — Ils préparèrent l’artillerie et dirigèrent bombardes et machines contre la ville.
[Prise de Jargeau.]
Après quelques jours, on tint conseil ; les capitaines (dont le témoins) eurent la mauvaise surprise d’apprendre que La Hire était en pourparlers avec Suffolk. Il lui demandèrent de revenir et l’on décida de lancer l’assaut. Les hérauts crièrent : À l’assaut !
. Jeanne dit au témoin : Avant, gentil duc, à l’assaut !
[en français] et comme il jugeait l’assaut prématuré, Jeanne lui dit : N’hésitez pas ! L’heure est prête quand il plaît à Dieu. […] Travaillez et Dieu travaillera.
[Promesse de Jeanne à la duchesse d’Alençon.]
Plus tard elle ajouta : Ah ! gentil duc [en français], as-tu peur ? J’ai pourtant promis à ton épouse de te ramener sain et sauf ?
En effet, avant son départ, celle-ci avait confié ses craintes à Jeanne ; son mari avait déjà été prisonnier et de grosses sommes avaient été dépensées pour son rachat. Jeanne la rassura : N’ayez pas peur ! Je vous le rendrai sauf, dans l’état où il est, ou même meilleur.
[Jeanne sauve le duc.]
Pendant l’assaut Jeanne alerta le témoin qu’une machine installée dans la ville allait le tuer. Il se déplaça, et au lieu même qu’il avait quitté, fut tué par cette machine un certain Monseigneur du Lude. Il en conçut une grande peur, et dès lors s’émerveilla des paroles de Jeanne. Tous deux repartirent à l’assaut.
[Prise de Jargeau (fin).]
Le comte de Suffolk tenta d’interpeller le témoin qui ne l’entendit pas ; et l’on poursuivit l’assaut poursuivi. — Jeanne était sur une échelle lorsque son étendard reçut un choc ; elle-même fut atteinte à la tête d’une pierre, qui se brisa sur sa chapeline et la jeta à terre. Elle se releva exhorta les hommes d’armes : Notre Sire a condamné les Anglais [en français] ; ils sont à nous !
. En un instant la ville de Jargeau fut prise. Les furent poursuivis sur les ponts et plus de onze cents furent tués.
[Siège de Beaugency.]
L’armée retourna ensuite à Orléans, puis se rendit à Meung, où se trouvaient des Anglais, à savoir l’Enfant de Warwick et Scales [en français]. Le témoin passa la nuit avec quelques hommes dans une église près de Meung, où il fut en grand péril. Le lendemain il allèrent vers Beaugency, se joignirent à d’autres troupes royales et attaquèrent la ville. Les Anglais se réfugièrent dans le château, qu’on assiégea.
[Arrivée du connétable, prise de Beaugency.]
À ce moment-là, le témoin et Jeanne apprirent que le connétable approchait avec quelques troupes. Ils furent mécontents, car ils avaient l’ordre de ne pas le recevoir, et songèrent se retirer de la ville. Mais le lendemain, le connétable n’était pas encore là qu’on annonça l’arrivée de renforts anglais, menés par Talbot. Jeanne réussit à convaincre le témoin de rester. Finalement les Anglais se rendirent au témoin qui les laissa partir avec un sauf-conduit. — Alors que ces Anglais se retiraient, un homme de La Hire, vint annoncer que mille hommes d’armes Anglais seraient bientôt en vue. Lorsque Jeanne l’apprit elle accueillit le connétable : Ah ! beau connétable, vous n’êtes pas venu de par moi ; mais puisque vous êtes venu, soyez le bienvenu [en français].
[Bataille de Patay.]
Beaucoup appréhendait la suite, mais Jeanne affirma qu’elle était sûre de la victoire : En nom Dieu, il les faut combattre ! s’ils étaient pendus aux nues, nous les aurons, car Dieu nous les envoie pour que nous les punissions
. Elle ajouta : Le gentil roi aura aujourd’hui la plus grande victoire qu’il eut jamais. Mon conseil m’a dit qu’ils sont tous nôtres. [En français.]
Les Anglais furent défaits et tués sans grande difficulté : ce fut un grand massacre d’Anglais, puis les gens du roi gagnèrent Patay. Talbot, fait prisonnier, fut amené devant le témoin, le connétable et Jeanne ; le témoin lui déclara qu’il ne s’imaginait pas le matin qu’il en serait ainsi, à quoi Talbot répondit que c’était la fortune de la guerre. — On retourna ensuite auprès du roi, qui décida d’aller à Reims pour son sacre.
[Mission de Jeanne.]
Il entendit parfois Jeanne dire au roi qu’elle durerait un an, et non beaucoup plus, et qu’il fallait penser à bien travailler cette année-là ; elle prétendait avoir quatre charges : chasser les Anglais ; faire sacrer le roi à Reims ; délivrer le duc d’Orléans ; faire lever le siège d’Orléans.
[Mœurs de Jeanne à l’armée.]
Jeanne était chaste et détestait ces femmes qui suivaient les armées. Il la vit à Saint-Denis, au retour du sacre, qui en poursuivait une, l’épée tirée du fourreau, si bien qu’elle en cassa son épée.
Elle détestait aussi entendre les hommes d’armes jurer, et les réprimandait beaucoup, surtout le témoin, qui se retenait de jurer dès qu’il la voyait.
En campagne il coucha avec Jeanne et les hommes d’armes à la paillade [en français] ; il la vit parfois s’habiller, et parfois voyait ses seins, qui étaient beaux. Il n’eut cependant jamais aucun désir charnel à son endroit.
[Piété de Jeanne.]
Il l’a toujours estimée bonne catholique et femme honnête ; il la vit plusieurs fois communier, et souvent verser d’abondante larmes en regardant le corps du Christ. — Elle communiait deux fois par semaine et se confessait souvent.
[Valeur militaire de Jeanne.]
Jeanne était d’un comportement simple et jeune, sauf pour la guerre. Là, elle était très habile, tant pour porter la lance, que pour rassembler l’armée, ordonner le combat et préparer l’artillerie. Tous étaient pleins d’admiration pour son habileté et sa prudence militaire, comme si elle avait été un capitaine guerroyant depuis vingt ou trente ans ; notamment pour la préparation de l’artillerie, en quoi elle excellait.
Jean Pasquerel (4 mai 1456)
Vénérable et religieuse personne frère Jean Pasquerel, de l’ordre des frères ermites de saint Augustin au couvent de Bayeux. Produit le 3 mai, interrogé par les notaires sur l’ordre des seigneurs commissaires le 4 mai 1456. [Frère Pasquerel a signé sa déposition.]
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Rencontre avec Jeanne, à Tours.]
Le témoin entendit parler de Jeanne alors qu’il était au Puy. S’y trouvaient en même temps que lui, la mère de Jeanne et certains qui l’avaient conduite auprès du roi ; et comme ils le connaissaient un peu, ils insistèrent pour l’emmener voir Jeanne à Chinon. Il allèrent donc jusqu’à Chinon, puis de là à Tours, où il était lecteur dans un couvent.
À Tours ils trouvèrent Jeanne, qui logeait chez un bourgeois, Jean Dupuy : Jeanne, nous vous amenons ce bon père ; quand vous le connaîtrez bien, vous l’aimerez beaucoup.
Jeanne répondit qu’elle était bien contente de le voir, qu’elle avait déjà entendu parler de lui, et qu’elle voulait se confesser à lui le lendemain. Le lendemain, il l’entendit en confession et chanta la messe en sa présence ; dès lors le témoin l’a toujours suivie, et l’accompagna jusqu’à la ville de Compiègne, où elle fut prise.
[Examen à Chinon.]
A entendu dire qu’à son arrivée auprès du roi, Jeanne fut inspectée deux fois par les dame de Gaucourt et de Trêves : pour savoir si elle était un homme ou une femme, et si elle était vierge ou non ; on la trouva femme et vierge.
[Examen à Poitiers.]
Elle fut ensuite conduite à Poitiers pour y être examinée par les clercs de l’Université présents, Jourdain Morin, Pierre de Versailles et plusieurs autres. Ils conclurent, comme ils n’avaient rien trouvé en elle de contraire à la foi catholique, et attendu la nécessité pressante où se trouvait tout le royaume, que le roi pouvait avoir recours à elle.
[Retour à Chinon.]
Elle fut ramenée à Chinon mais dut encore attendre une délibération du conseil pour pouvoir parler au roi.
Ce jour là, en entrant chez le roi elle croisa un homme à cheval qui dit : N’est-ce pas là la Pucelle ?
en jurant Dieu que s’il la tenait une nuit, elle ne repartirait pas pucelle. Jeanne rétorqua : Ah ! en nom Dieu, tu le renies, et tu es si près de ta mort ! [en français]
Dans l’heure l’homme tomba à l’eau et se noya. Cela, il l’a entendu de la bouche de Jeanne et de plusieurs témoins.
[Rencontre avec le roi.]
Le comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi, qui lui demanda son nom : Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et le Roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré et couronné à Reims [en français] ; et serez son lieutenant lui qui est roi de la France.
Après plusieurs questions elle dit à nouveau : Je te dis, de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France et fils du roi [en français]. Il m’envoie pour te conduire à Reims où tu recevras la couronne et le sacre, si tu veux.
Le roi déclara ensuite que Jeanne lui avait dit certains secrets que personne ne pouvait savoir si ce n’est Dieu, et qu’il avait grande confiance en elle. Le témoin n’était pas présent et tient tout cela de Jeanne elle-même.
[Examens.]
Jeanne s’impatientait de tant d’interrogatoires qui l’empêchaient d’accomplir le travail qui lui avait été confié.
[Étendard à Tour.]
Jeanne disait avoir demandé aux envoyés Dieu qui lui apparaissaient ce qu’elle devait faire ; ils lui firent faire son étendard, figurant notre Sauveur siégeant en juge sur les nuées du ciel, et un ange tenant dans ses mains une fleur de lys que bénissait le Sauveur. Le témoin arriva à Tours au moment où on peignait cet étendard.
Peu après Jeanne partit avec l’armée pour faire lever le siège devant Orléans ; le témoin ne la quitta plus jusqu’à sa prise devant Compiègne.
[Piété de Jeanne.]
Il lui servait de chapelain, l’entendant en confession et chantant la messe. Jeanne était très pieuse envers Dieu et la Sainte Vierge, se confessait presque chaque jour et communiait fréquemment. Dès qu’ils passaient près d’un couvent de Mendiants, elle s’enquérait des jours de communion des petits clercs des Mendiants pour communier avec eux. — Lorsqu’elle se confessait, elle pleurait. — C’est au départ de Tours pour Orléans que Jeanne lui demanda de rester toujours avec elle comme son confesseur ; ce qu’il lui promit.
[Préparatifs à Blois.]
Ils restèrent deux ou trois jours à Blois jusqu’à ce que les vivres soient chargées sur les bateaux. Elle lui fit confectionner une bannière [en français] figurant notre Seigneur crucifié, pour rassembler les prêtres ; deux fois par jours, matin et soir, ils les rassemblait pour chanter des hymnes à la bienheureuse Vierge ; et Jeanne était avec eux.
Elle exhortait aussi les hommes d’armes à se joindre, mais ils devaient s’être confessés le jour même ; et tous les prêtres étaient prêts à confesser ceux qui le voulaient.
[Entrée dans Orléans.]
Jeanne fit marcher les prêtres sous la bannière en tête du convoi. Ils sortirent côté Sologne, en chantant le Veni creator Spiritus et d’autres antiennes. Ils campèrent deux jours dans les champs et arrivèrent devant Orléans le troisième.
Les Français vinrent assez près des Anglais pour qu’on puisse s’observer, pendant qu’on acheminait le ravitaillement. Le fleuve était alors si bas que les bateaux ne pouvaient ni le remonter, ni aborder ; mais presque subitement l’eau monta et les bateaux purent parvenir jusqu’au troupes royales.
Jeanne embarqua avec quelques hommes et entra dans Orléans. Elle le chargea de retourner à Blois avec les prêtres et la bannière, d’où il revinrent sans encombre avec beaucoup d’hommes d’armes. Elle alla à leur rencontre et tous entrèrent dans la ville, à la vue des Anglais, avec le ravitaillement. Cela était surprenant, car les Anglais, nombreux et puissants, armés et prêts à combattre, virent passer leurs ennemis faibles en comparaison et leurs prêtres qui chantaient, sans les attaquer.
[Prise de Saint-Loup.]
Jeanne envoya les gens du roi assaillir la bastille de Saint-Loup. Lui-même et quelques prêtres se rendirent à son logis après le repas et la trouvèrent s’écriant : Où sont ceux qui doivent m’armer ? Le sang de nos gens coule sur la terre.
Dès qu’elle fut armée elle se précipita à l’assaut de la bastille de Saint-Loup. En chemin elle rencontra beaucoup de blessés et en eut une très grande douleur.
La bastille fut prise et ses défenseurs anglais faits prisonniers ; beaucoup furent tués aussi et Jeanne en eut grande douleur, elle les plaignait car ils étaient morts sans confession ; et aussitôt elle se confessa au témoin. Elle lui demanda également d’exhorter tous les soldats à se confesser leurs péchés et à rendre grâce à Dieu pour la victoire ; ou bien elle abandonnerait leur compagnie.
C’était le mercredi, veille de l’Ascension du Seigneur. Elle ajouta qu’avant cinq jours, le siège serait levé et qu’il ne resterait pas un Anglais devant la ville ; et il en fut ainsi.
Plus de cent Anglais de qualité occupaient la bastille, ils n’en resta pas un qui ne fût prisonnier ou mort.
[Trêve de l’Ascension.]
Le soir, Jeanne déclara que le lendemain, fête de l’Ascension, on ne combattrait pas, mais qu’elle se confesserait et communierait ; ce qu’elle fit. Elle interdit à quiconque d’attaquer sans s’être confessé avant, et aux femmes de mauvaise vie de la suivre, car Dieu permettrait alors, à cause des péchés, que la guerre fût perdue.
[Lettre aux Anglais.]
Le jour de l’Ascension, Jeanne écrivit aux Anglais en ces termes : Vous n’avez aucun droit en ce royaume de France ; le Roi des cieux vous demande par moi, Jeanne la Pucelle, de rentrer dans votre pays ; sinon je vous ferai un hahu (assaut) tel qu’on s’en souviendra toujours. Ceci est mon troisième et dernier avertissement. Signé : Jhesus Maria. Jehanne la Pucelle.
Elle ajouta : Je vous aurais bien envoyé ma lettre d’une manière plus honnête, mais vous détenez mon héraut Guyenne ; renvoyer-le moi et je vous renverrai quelques-uns de vos gens, pris au fortin de Saint-Loup, car ils ne sont pas tous morts.
Elle attacha la lettre à une flèche et chargea un arbalétrier de la lancer aux Anglais, lesquels la reçurent et la lurent à grands cris : Voici des nouvelles de la putain des Armagnacs [en français] !
Jeanne pleura abondamment, en invoquant Dieu et fut consolée, à ce qu’elle disait, car elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.
Après le dîner elle lui demanda de se lever tôt le lendemain, pour la confesser de bon matin ; ce qu’il fit.
[Prise des Augustins.]
Ce jour-là, vendredi, il l’a confessa et chanta la messe devant elle et ses gens. Ils allèrent à l’assaut, qui se prolongea du matin jusqu’au soir et se conclut par la prise de la bastille des Augustins.
[Les capitaines se consultent et suspendent les assauts.]
Jeanne, qui d’habitude jeûnait le vendredi, était si fatiguée qu’elle dîna.
Après le dîner un célèbre chevalier (le témoin a oublié son nom) vint lui annoncer que les capitaines tenaient conseil et parlaient d’interrompre les assauts : les Anglais étaient plus forts ; Dieu leur avait déjà accordé de beaux succès ; enfin la ville disposait d’assez de vivres pour attendre un secours du roi. Jeanne leur répondit : Vous êtes allés à votre conseil, et moi au mien ; et croyez que le conseil de mon Seigneur sera accompli et que mais l’autre périra.
.
[Annonce de sa blessure.]
Et elle le chargea de se lever le lendemain encore plus tôt qu’aujourd’hui : Demain, tenez-vous toujours près de moi car j’aurai beaucoup plus à faire, et le sang coulera au-dessus de mon sein.
[Prise de la bastille du pont, blessure.]
Le lendemain samedi, après la messe, Jeanne partit à l’assaut de la bastille du Pont, où était Clasdas. L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil, sans interruption.
Après le déjeuner, Jeanne fut atteinte d’une flèche au-dessus du sein comme elle l’avait prédit ; elle eut peur et pleura, puis fut consolée. Quelques soldats proposèrent de charmer [en français] sa blessure : Je préférerais mourir plutôt que déplaire à Dieu
; ajoutant qu’elle mourrait bien un jour, ne savait pas quand, où et comment, ni à quelle heure ; cependant, elle acceptait d’être soignée si l’on ne pêchait pas. On pansa sa blessure avec de l’huile d’olive et du lard ; Jeanne se confessa au témoin, pleurant et se lamentant puis elle retourna à l’assaut.
Elle cria à Clasdas : Rends-toi au Roi des cieux. [en français] Tu m’as appelée putain, moi j’ai grand pitié de ton âme et de celle des tiens.
Alors celui-ci, armé de pied en cap, tomba dans le fleuve de Loire et se noya. Jeanne pleura abondamment pour son âme et celle des nombreux autres noyés. Les Anglais qui défendaient la bastille furent faits prisonniers ou moururent.
[Départ des Anglais ; Jargeau, Patay.]
Le dimanche, avant le lever du soleil, les Anglais qui restaient s’assemblèrent devant les fossés d’Orléans puis partirent pour Meung-sur-Loire.
Après une procession solennelle avec sermon dans Orléans, on décida de se rendre auprès du roi, et Jeanne se mit en route. Les Anglais furent battus à Jargeau où ils s’étaient réunis, puis à Patay.
[Départ pour Reims et sacre.]
Jeanne conduisit ensuite le roi à Troyes, à Châlons et enfin à Reims, où il fut comme par miracle couronné et sacré, ainsi que Jeanne l’avait prédit dès son arrivée.
[Jeanne sur sa mission.]
Elle disait souvent avoir reçu mission d’agir ainsi. Et quand on lui disait qu’on n’avait jamais vu des choses semblables, ni lu dans aucun livre, elle répondait : Mon Seigneur a un livre dans lequel aucun clerc n’a jamais lu, aussi instruit soit-il.
[Mœurs et piété de Jeanne.]
En campagne, Jeanne se logeait toujours à part avec des femmes.
Il la vit plusieurs fois la nuit s’agenouiller à terre, priant Dieu pour la prospérité du roi, et l’accomplissement de la mission que Dieu lui avait confiée.
Même lorsque les vivres manquaient, elle refusait toute nourriture provenant de pillages.
Il croit fermement qu’elle était envoyée par Dieu ; elle était charitable, pleine de toutes les vertus ; avait pitié des soldats qui allaient mourir, même ennemis, et les faisait confesser. — Elle craignait beaucoup Dieu et n’aurait voulu lui déplaire pour rien au monde. — L’épaule transpercée d’une flèche elle refusa les incantation de ceux qui lui promettaient qu’elle serait immédiatement guérie, et dit préférer mourir plutôt que d’offenser Dieu.
[Son avis sur le procès de Rouen.]
Est stupéfait que de si grands docteurs, comme ceux qui la vouèrent à la mort en la ville de Rouen, aient osé faire mourir une chrétienne, aussi modeste et simple, d’une manière si cruelle et sans cause, du moins sans cause suffisante pour la faire mourir ; ils auraient pu la garder en prison ou ailleurs. Mais ils étaient ses ennemis mortels, et rendirent un jugement injuste.
[Secrets connus du roi et du duc d’Alençon.]
Le roi et le duc d’Alençon savent tout des faits et gestes de Jeanne, et même certaines choses secrètes, qu’ils peuvent révéler, s’ils le veulent.
[Vœux de Jeanne.]
Jeanne souhaitait que si elle mourait, le roi fît bâtir des chapelles, afin de prier Dieu pour le salut de l’âme de tous ceux morts dans la guerre, pour la défense du royaume.
Signé : Jean Pasquerel.
Jean de Lénizeul (4 mai 1456)
[Serviteur de Guillaume Érart ; assista à la mort de Jeanne.]
Frère Jean de Lénizeul, prêtre de l’ordre de saint Pierre Célestin, âgé d’environ 55 ans. Produit et interrogé le 7 mai 1456.
[Art. 1-4.]
Ne vit Jeanne qu’aux deux prédications qui furent faites à Rouen.
[Art. 5-22.]
À l’époque du procès il était le serviteur de feu Guillaume Érart ; tout deux étaient venus à Rouen depuis la Bourgogne. Il entendit alors parler du procès mais ne le suivit pas car il dût se rendre à Caen, où il resta jusqu’à la fête de Pentecôte environ.
[Art. 23-25.]
Quant il revint à Rouen, il trouva son maître qui disait être bien ennuyé par une prédication sur Jeanne dont on l’avait chargé de faire, et qui aurait préféré être en Flandre.
Il assista à la prédication faite par son maître à Saint-Ouen mais ne se rappelle plus ce qui fut dit, car il était placé loin. On disait que Jeanne s’était rétractée, qu’elle avait été ramenée dans le droit chemin, de quoi beaucoup se réjouissaient. Ce qu’elle avait rétracté, il l’ignore.
Après sa rétractation Pierre Maurice et Nicolas Loiseleur lui remirent des vêtements de femme, puis elle fut ramenée en prison.
[Art. 23-25.]
On dit qu’ensuite elle reprit ses vêtements d’homme qu’on lui avait renvoyés en prison, mais ignore qui ou quoi l’y a poussé. Les juges se réunirent et la déclarèrent relapse, parce qu’elle avait repris ses vêtements d’homme et parce qu’elle disait que ses voix lui étaient apparues.
[Art. 28-33.]
Il assista à la seconde prédication. Le matin, avant la prédication, il vit qu’on portait à Jeanne le Corps du Christ avec beaucoup de solennité, en chantant des litanies et en disant Priez pour elle
[latin : Orate pro ea], avec une grande quantité de torches ; mais ignore qui l’ordonna. Il ne vit pas Jeanne recevoir la communion mais entendit dire qu’elle l’avait reçu très dévotement et avec grande abondance de larmes.
Peu après on conduisit Jeanne sur une estrade préparée au Vieux Marché ; Nicolas Midi fit une prédication, mais il était trop loin pour l’entendre. Juste après il ne vit Jeanne remise à la justice séculière mais directement conduite au supplice, et, là même, la vit brûler. Elle criait à haute voix : Jésus
, à plusieurs reprises.
Simon Charles (7 mai 1456)
Noble et savante personne, sire Simon Charles, président à la Chambre des comptes de notre sire le roi, âgé d’environ 60 ans. Comme le précédent, le 7 mai 1456.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Arrivée de Jeanne à Chinon.]
L’année où Jeanne vint vers le roi, le témoin avait été envoyé par le roi en ambassade à Venise. Il en revint vers le mois de mars et apprit de Jean de Metz qu’elle était auprès du roi.
[Examen à Chinon.]
[] Lorsque Jeanne arriva à Chinon, le conseil délibéra si le roi l’entendrait ou non. On l’interrogea sur l’objet de sa venue ; elle ne voulait parler qu’au roi ; mais celui-ci commanda qu’elle transmette d’abord le motif de sa mission. Elle avait deux mandats de la part du Roi des cieux : faire lever le siège d’Orléans et conduire le roi à Reims en vue de son couronnement et de son sacre. — Certains conseillers jugeaient que le roi ne devait pas avoir confiance en elle, d’autres qu’il devait au moins l’écouter, puisqu’elle se déclarait envoyée par Dieu. — Le roi décida qu’elle serait examinée par des gens d’Église ; ce qui fut fait ; et enfin, et non sans difficulté, il accepta de l’entendre.
[Rencontre avec le roi.]
Lorsqu’on annonça Jeanne au château de Chinon, le roi hésitait encore à la recevoir. On lui apprit que Robert de Baudricourt avait écrit, que c’est lui qui envoyait Jeanne, laquelle avait traversé des territoires ennemis et passé des rivières presque miraculeusement ; alors il accorda l’audience.
Avant qu’elle n’arrive, le roi s’écarta des autres, mais Jeanne le reconnut bien et lui fit sa révérence. Leur entretient dura longtemps et le roi en sortit joyeux.
[Examen à Poitiers.]
Ne voulant rien faire sans l’avis des ecclésiastiques, le roi envoya Jeanne à Poitiers, pour être examinée par les clercs de l’Université. Lorsqu’il apprit qu’on n’avait trouvé en elle rien que de bon, il la fit armer et lui donna des gens ; elle reçut aussi des attributions militaires.
[Mœurs et valeur militaire de Jeanne.]
Jeanne était très simple en toutes ses actions, sauf à la guerre où elle était très expérimentée.
Le roi en disait beaucoup de bien de Jeanne ; à Saint-Benoît-sur-Loire, il eut pitié d’elle, de la peine qu’elle prenait, et lui ordonna de se reposer. Mais Jeanne en pleurs, lui répondit de ne plus tergiverser, qu’il recouvrerait tout son royaume et serait rapidement couronné.
Jeanne blâmait fort les hommes d’armes lorsqu’elle les surprenait à mal faire.
[Témoignages sur la libération d’Orléans.]
Il tient de Gaucourt ce qui suit. Le jour où fut prise la bastille des Augustins, les capitaines avaient décidé de ne pas lancer d’assaut et Gaucourt fut commis pour garder les portes afin d’empêcher toute sortie. Jeanne pensait au contraire qu’ils fallait l’attaquer, et beaucoup d’hommes d’armes et de gens de la ville étaient de cet avis. Elle dit à Gaucourt qu’il était un mauvais homme, et ajouta : Que vous le vouliez ou non, les hommes d’armes viendront, et ils gagneront comme ils ont gagné ailleurs.
Les hommes sortirent, prirent la Bastille, et Gaucourt raconta qu’il fut lui-même en grand danger.
[Siège de Troyes.]
Arrivé devant Troyes, les troupes se trouvèrent sans vivres et presque prêtes à se retirer. Jeanne dit au roi de n’avoir aucune hésitation, et qu’il obtiendrait la ville le lendemain. Elle prit son étendard et ordonna de préparer les fagots. Le lendemain elle feignit d’en combler les fossés en criant : À l’assaut
. Les habitants de Troyes envoyèrent quelqu’un pour négocier une capitulation avec le roi ; lequel entra ensuite dans la ville en grand apparat, Jeanne portant son étendard près de lui.
[Arrivée à Reims.]
De Troyes on se dirigea vers Châlons, puis Reims. Le roi avait craint que la ville ne résiste, car il n’avait ni artillerie [en français] ni machines de siège ; mais Jeanne lui dit : Ne craignez rien, les bourgeois viendront à votre rencontre
; et avant même que les troupes eussent approché de la ville, les bourgeois se rendirent. — Jeanne disait au roi de procéder hardiment, et de ne s’inquiéter de rien, et qu’ainsi, il recouvrerait tout son royaume.
[Mœurs et piété de Jeanne.]
Croit que Jeanne fut envoyée par Dieu : elle se confessait souvent et communiait presque chaque semaine.
Tant qu’elle était armée et à cheval, jamais elle n’en descendait pour des besoins naturels, et tous les hommes d’armes l’admiraient de pouvoir rester aussi longtemps à cheval.
Enquête à Paris (en l’absence des notaires)
Thibault d’Armagnac (ou de Termes) (7 mai 1456)
Noble et prudent seigneur, Thibault d’Armagnac, ou de Termes, chevalier, bailli de Chartres, âgé d’environ 50 ans. Interrogé le 7 mai 1456.
[Les deux précédents témoins ont été entendu le même jour. Les notaires se seraient donc absentés en cours de journée.]
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Arrivée de Jeanne à Orléans.]
Fit connaissance de Jeanne lorsqu’elle vint à Orléans faire lever le siège ; il était alors en charge de la défense de la ville avec Dunois. — Lorsqu’ils apprirent son arrivée ils allèrent la chercher de l’autre côté de la Loire, près de Saint-Jean-le-Blanc, et la ramenèrent dans la ville.
[Valeur militaire de Jeanne.]
Il la vit au cours des assauts contre les bastilles de Saint-Loup, des Augustins, de Saint-Jean-le-Blanc et du pont ; elle était plus vaillante que n’importe quel homme de guerre. Tous les capitaines admiraient son activité, et les peines et fatigues qu’elle supportait.
[Mœurs et piété.]
Elle était bonne et honnête. Ce qu’elle faisait relevait plus du divin que de l’humain, car elle reprochait souvent leurs vices aux hommes d’armes. Le frère Robert Baignart, qui l’entendit plusieurs fois en confession, disait d’elle que c’était une femme de Dieu, que ce qu’elle faisait venait de Dieu, que son âme et sa conscience étaient bonnes.
[Bataille de Patay.]
Après la délivrance d’Orléans, il se rendit avec Jeanne et plusieurs capitaines à Beaugency, où étaient les Anglais. Le jour de la bataille de Patay, le témoin et feu La Hire informèrent Jeanne de l’avancée des Anglais en ordre de bataille. Elle les encouragea : Frappez audacieusement, ils prendront vite la fuite
, et aussitôt les Anglais furent mis en fuite. De même elle avait annoncé qu’aucun Français ne serait tué ou blessé sauf peut-être un petit nombre ; ce qui arriva puisque de tous nos hommes un seul fut tué, un noble de la compagnie du témoin.
[Voyage vers Reims.]
Entre Troyes et Reims, le témoin fut toujours en la compagnie du roi et Jeanne.
[Envoyée par Dieu.]
Pour lui, tout ce qu’a fait Jeanne, relève plus du divin que de l’humain. Elle se confessait très souvent, communiait et entendait pieusement la messe.
[Valeur militaire de Jeanne.]
En dehors du fait de guerre elle était simple et innocente ; mais dans la conduite et la disposition des troupes, dans les faits de guerre et dans l’organisation du combat et l’encouragement aux troupes, elle se comportait comme si elle avait été le plus habile capitaine du monde, entraîné de tout temps à la guerre.
Aimon de Macy (7 mai 1456)
Sire Aimon, seigneur de Macy, chevalier, âgé d’environ 56 ans. Interrogé par Jean (Reims) et Vérel, le 7 mai 1456.
Ne dépose que sur les articles 1-4, mais parle du procès.
[Jeanne à Beaurevoir.]
Il vit Jeanne lors de sa captivité au château de Beaurevoir, pour et au nom du comte de Ligny. Il la vit plusieurs fois en prison et s’entretint avec elle à plusieurs reprises. Plusieurs fois aussi, en plaisantant, il essaya de lui toucher les seins, mais Jeanne s’indignait et le repoussait autant qu’elle le pouvait ; car elle honnête, en parole comme en action.
[Jeanne au Crotoy.]
Jeanne fut conduite au château du Crotoy, où alors était détenu un prisonnier très important, Nicolas d’Ecqueville, chancelier de l’église d’Amiens. Celui-ci célébrait souvent la messe en prison et souvent Jeanne l’entendait ; il la reçut aussi en confession et témoignait qu’elle était une bonne chrétienne et très pieuse ; et il disait beaucoup de bien d’elle.
[Jeanne à Rouen.]
Jeanne fut conduite au château de Rouen, dans une prison tournée vers la campagne. Un jour, le comte de Ligny [Jean de Luxembourg], qui était arrivé à Rouen accompagné du témoin, voulut voir Jeanne ; il vint vers elle en compagnie du comte de Warwick, du comte de Stafford, du chancelier d’Angleterre [Henri Beaufort], de son frère alors évêque de Thérouanne [Louis de Luxembourg], et du témoin. Ligny lui dit : Jeanne, je suis venu ici pour vous mettre à rançon, à condition que vous promettiez de ne jamais vous armer contre nous.
Elle répondit : En nom Dieu [en français : En nom Dé], vous vous moquez de moi, car je sais bien que vous n’en avez ni le vouloir, ni le pouvoir
; et le répéta car le comte insistait ; puis elle ajouta : Je sais bien que ces Anglais me feront mourir [en français], croyant après ma mort gagner le royaume de France ; mais même s’ils étaient cent mille godons [en français] ou plus, ils n’auraient pas le royaume.
Stafford, indigné, tira sa dague pour la frapper mais Warwick l’en empêcha.
[Prédication de Saint-Ouen.]
Le témoin assista à la prédication de Nicolas Midi, qu’il entendit entre autres dire : Jeanne, nous avons si grande pitié de vous ; rétractez-vous sans quoi nous devrons vous livrer à la justice séculière.
Elle répondit qu’elle n’avait rien fait de mal, qu’elle croyait à tous les articles de foi et à ce que l’Église croyait, et qu’elle s’en remettait à la curie romaine. Mais on continuait à la presser : Vous prenez beaucoup de peine pour me persuader
; enfin, pour éviter le péril, elle consentit à tout ce qu’on voudrait. Laurent Calot, secrétaire du roi d’Angleterre, sortit de sa manche une petite cédule écrite qu’il tendit à Jeanne pour la signer. Elle répondit qu’elle ne savait ni lire, ni écrire ; il insista, et en guise de dérision Jeanne fit une sorte de rond. Aussi lui prit-il la main et, tenant la plume, la fit signer d’une manière dont le témoin ne se souvient pas.
[Sainteté de Jeanne.]
Il croit qu’elle est au paradis.
Colette (Milet) (11 mai 1456)
Colette femme de Pierre Milet, greffier de l’élection de Paris, âgée d’environ 56 ans. Interrogée par Jean (Reims) en présence de Thomas [Vérel] et du notaire, le 11 mai 1456.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Jeanne à Orléans.]
Elle fit la connaissance de Jeanne à Orléans et lui rendait visite dans la maison de Jacques Bouchier, où Jeanne logeait. Elle parlait sans arrêt de Dieu et disait que Messire m’a envoyée pour secourir la bonne ville d’Orléans [en français].
Elle vit plusieurs fois Jeanne entendre la messe avec très grande dévotion, comme une bonne chrétienne et catholique.
[Prise de Saint-Loup.]
La veille de l’Ascension, alors qu’elle dormait, chez Jacques le Bouchier, Jeanne s’éveilla soudain, appela son valet d’armes, un dénommé Mugot, et lui dit : En nom Dé [en français], c’est mal fait. Pourquoi ne m’a-t-on pas réveillée plus tôt ? Nos gens ont beaucoup à besogner
. Elle se fit armer, monta à cheval, et, sa lance au poing, se mit à galoper droit à Saint-Loup, par la Grand Rue, si vite que le feu jaillissait du pavé.
Elle fit proclamer par son de trompe qu’on ne s’emparât de rien dans l’église.
[Prise de la bastille du pont.]
Le matin de la prise de la bastille du pont, on apporta à Jeanne une alose ; elle dit à son hôte : Gardez-la jusqu’à ce soir, car je vous amènerai un godon et reviendrai par le pont [en français].
[Mœurs de Jeanne.]
Elle était très sobre, au boire et au manger et avait un comportement honnête dans ses gestes et dans son maintien.
[Envoyée par Dieu.]
Croit fermement que ses faits et ses œuvres étaient plus de Dieu que de l’homme.
Pierre Milet (11 mai 1456)
Pierre Milet, clerc soit greffier de l’élection de Paris, âgé d’environ 72 ans. Interrogé comme le précédent [sa femme].
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Jeanne à Orléans.]
Il fit la connaissance de Jeanne alors qu’il se trouvait dans Orléans assiégé. Elle fut logée dans la maison de Jacques Bouchier.
[Mœurs et piété de Jeanne.]
elle y vivait avec sagesse, saintement et sobrement, entendait la messe chaque jour avec grande dévotion, et communiait très souvent.
[Lettre aux Anglais.]
Après son arrivée à Orléans, elle envoya des messagers porter aux Anglais une petite lettre bien simplement rédigée, que le témoin a lu : Messire vous mande que vous en alliez en vôtre pays ; car c’est son plaisir, ou sinon je vous ferai un tel hahay [en français]…
[Prise de Saint-Loup.]
Jeanne dormait lorsqu’elle s’éveilla subitement disant que ses gens avaient à faire. Elle se fit armer et sortit de la ville ; et fit proclamer que personne ne devait prendre des biens de l’église.
[Prise de la bastille du pont.]
Dépose comme sa femme [témoin précédent].
[Mœurs de Jeanne à l’armée.]
Jeanne reprenait ceux de son entourage qui blasphémaient ou juraient, surtout les gens d’armes. Elle chassait les femmes qui suivaient les hommes d’armes.
[Envoyée par Dieu.]
Croit fermement que ses faits tenaient plutôt du divin que de l’humain.
[Valeur militaire.]
A entendu Gaucourt et d’autres capitaines dire qu’elle était très savante en matière de faits d’armes ; tous admiraient son habileté.
Aignan Viole (11 mai 1456)
Maître Aignan Viole, licencié ès lois, avocat à la vénérable cour de Parlement, âgé d’environ 50 ans. Interrogé comme le précédent.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Jeanne à Orléans.]
Eu connaissance de Jeanne à l’époque du siège d’Orléans. Jeanne fut logée dans la maison de Jacques Bouchier.
[Prise de Saint-Loup.]
Le jour où le fortin de Saint-Loup fut pris, elle dormait et s’éveilla subitement : En nom Dé, nos gens ont bien à besogner [en français].
Elle se fit armer, et parti à cheval rejoindre les autres hommes d’armes qui se trouvaient près du fortin ; peu après le fortin fut pris.
[Prise de la bastille du pont.]
Avant la prise du fortin du pont elle avait déclaré qu’il serait pris et qu’elle reviendrait par le pont, ce qui paraissait à tous impossible ; bien plus elle avait annoncé qu’elle serait blessée. Il en fut ainsi.
[Départ des Anglais.]
Le dimanche après la prise des bastilles, les Anglais se rangèrent en bataille devant Orléans. La plupart des hommes d’armes sortirent pour combattre mais Jeanne, blessée et vêtue d’un jaseran [en français] (cotte de mailles), les rangea en bataille, tout en leur interdisant d’attaquer. Elle disait que c’était le désir et la volonté de Dieu de les laisser partir s’ils voulaient s’en aller ; et les hommes d’armes rentrèrent dans la ville.
[Valeur militaire de Jeanne.]
On la disait extrêmement habile dans l’ordonnance de ses troupes pour le combat, au point qu’un capitaine exercé et savant en matière de guerre n’aurait su faire mieux. Aussi les capitaines en étaient-ils surpris et pleins d’admiration.
[Mœurs et piété de Jeanne.]
Elle se confessait fréquemment, communiait très souvent et se comportait d’une manière très honnête en tous ses actes et propos. En dehors du fait de la guerre, elle était si simple que c’était merveille.
[Envoyée par Dieu.]
Attendu ce qu’elle a fait et ce qui a suivi, le témoin croit qu’elle était conduite par l’esprit de Dieu, qu’en elle il y avait une force divine, et non pas humaine.
Enquête à Rouen
Pierre Miget (16 décembre 1455, 12 mai 1456)
Frère Pierre Miget, professeur de théologie sacrée, prieur du prieuré de Longueville-Giffard, âgé de 70 ans. Déjà entendu le 16 décembre 1455, rappelé le 12 mai.
[Art. 2-4.]
Ne sait rien sur les parents de Jeanne, ni sur Jeanne avant son procès à Rouen.
Elle répondait en catholique et avec prudence, attendu de son âge et de son état ; mais insistait trop dans les visions qu’elle prétendait avoir eues.
Elle paraissait simple et aussi bonne catholique qu’une autre.
[Dernier jour de Jeanne.] Elle aurait été autorisée à communier le jour même. Livrée à la justice séculière, elle cria et se lamenta en invoquant le nom de Dieu, si bien que plusieurs en étaient fort tristes. Lui-même partit avant l’exécution, mû par la pitié jusqu’aux larmes, comme beaucoup d’autres, notamment l’évêque de Thérouanne [Louis de Luxembourg].
[Art. 5.]
Il assista à la plupart du procès de Jeanne et entendit parler des informations mais ni ne les vit, ni ne les entendit lire.
[Art. 6.] Croit que les Anglais haïssaient Jeanne et désiraient sa mort par tous les moyens, car elle était venue en aide au roi de France très chrétien. Il entendit un chevalier anglais dire que les Anglais la craignaient plus que cent hommes d’armes et imputaient ses victoires à l’usage de sortilèges.
Les Anglais décidèrent du procès, firent pression sur les juges, et refusèrent que Jeanne soit gardée en prison d’Église.
[Prédication de Saint-Ouen.] Après la rétractation de Jeanne, un ecclésiastique accusa Cauchon d’en être responsable, lequel répondit : Vous mentez ! Je dois, par mon état, chercher le salut de l’âme et du corps de cette Jeanne.
Le témoin lui-même fut dénoncé au cardinal d’Angleterre d’en être responsable, ce qu’il nia craignant que son corps fût en danger.
Croit que personne n’aurait osé aider ou défendre Jeanne, à moins d’y être autorisé.
Certains juges ne furent pas entièrement libres, d’autres volontaires.
Attendu la haine des Anglais on peut déclarer le procès et donc la sentences injustes.
Le procès tendait aussi à montrer l’infamie du roi de France.
[Art. 7.] Ne sait rien de plus.
[Art. 9.]
Jeanne devait avoir vingt ans. Elle était assez simple pour croire que les Anglais ne cherchaient pas sa mort et la libérerait contre rançon.
Jeanne étaient gardée par des Anglais, en prison laïque, attachée par des chaînes, et tenue à l’isolement. — Ignore si elle fut dans des entraves de fer.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 1-4.]
Ne sait rien de plus.
[Art. 15.]
Jeanne a plusieurs fois déclaré s’en remettre au pape pour ses paroles et ses actions.
[Art. 17.]
A entendu plusieurs fois Jeanne affirmer et attester ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique, et vouloir se séparer de tout ce qui en dévierait. Elle proclama plusieurs fois expressément se soumettre à l’Église et au pape.
[Art. 20-21.]
S’en rapporte aux déclarations de Jeanne et aux articles fabriqués, comme on peut le constater. [Doit-on constater que les articles rapportent infidèlement les déclarations ?]
[Art. 22.]
Avait entendu Manchon parler de gens cachés derrière les courtines et s’était plaint du procédé aux juges. Mais croit qu’au final le procès signé des notaires est fidèle.
[Art. 23-25.]
Deux sentences furent prononcées contre Jeanne ; elle fut ensuite livrée à la justice séculière. Ignore si l’on prononça une sentence séculière, mais aussitôt Jeanne abandonnée par l’évêque, elle fut saisie par les hommes d’armes anglais et conduite au supplice avec grande rage.
[Abjuration.] Jeanne prononça l’abjuration ; elle était rédigée par écrit ; et cela dura tout autant, ou à peu près, qu’un Notre Père.
[Art. 26.]
A seulement entendu dire, qu’un homme, en tenue de prisonnier français, alla la voir de nuit pour la persuader que si elle persistait dans ses déclarations les Anglais ne lui feraient aucun mal. D’après Manchon, l’homme serait un certain Jean Loyselleur.
[Reprise des habits d’homme.] Ignore tout des habits d’homme qui furent apportés. Avoir porté un vêtement d’homme ne valait pas d’être jugée hérétique ; c’est au contraire, la juger hérétique pour cette seule raison qui devrait être puni de la peine du talion.
[Art. 27.] Ne sait rien.
[Art. 28-33.]
Beaucoup d’assesseurs étaient fort irrités par la sentence rigoureuse et mauvaise. Pour la voix publique le jugement était mauvais.
[Prophétie de Merlin.] Le témoin trouva autrefois écrit dans un vieux livre, où on racontait la prophétie de Merlin, qu’une certaine pucelle devait venir d’un certain Bois Chenu, de la région lorraine.
Guillaume Manchon (17 décembre 1455, 12 mai 1456)
Maître Guillaume Manchon, prêtre, notaire de la cour archiépiscopale de Rouen et curé de l’église paroissiale Saint-Nicolas de Rouen, âgé d’environ 60 ans, à ce qu’il dit. Cité comme témoin futur et malade par les juges délégués à la demande des plaignants le 17 décembre 1455, entendu le 12 mai sur les articles.
[Art. 2-4.]
Ne sait rien des parents de Jeanne et ne l’a connue elle qu’à Rouen.
[Arrivée de Jeanne à Rouen.]On la disait prise dans le diocèse de Beauvais, aussi Cauchon prétendait être son juge, et s’employa de toutes ses forces à ce qu’elle lui fût rendue, écrivant au roi d’Angleterre et au duc de Bourgogne. L’obtint finalement moyennant une somme de 1 000 livres [10 000 selon le procès-verbal] et 300 de rente annuelle, accordé par le roi d’Angleterre à l’homme du duc de Bourgogne qui avait pris Jeanne.
[Début du procès.] Le procès commença ; lui-même fut pris comme notaire, avec Guillaume Boisguillaume ; ainsi fit-il la connaissance de Jeanne.
Jeanne était très simple, répondait avec simplicité, mais parfois aussi avec beaucoup de prudence, comme on peut le voir dans le procès. — Croit qu’elle n’aurait pu se défendre dans une cause si difficile contre tant de docteurs, si elle n’avait été inspirée.
[Rédaction du procès.] Le témoin authentifie le registre du procès, signé par lui et ses collègues ; il l’avait rédigé en trois exemplaires qui furent donnés : à l’inquisiteur, au roi d’Angleterre et à Cauchon. — Le procès fut rédigé d’après une minute en français, écrite de sa propre main et qu’il a déjà remise aux juges ; et ensuite traduit du français en latin par maître Thomas de Courcelles et le témoin, dans la forme où il se trouve actuellement, le mieux possible, en suivant la vérité, longtemps après la mort et l’exécution de Jeanne. — Thomas de Courcelles intervint peu durant le procès.
[Sens des Nota
dans le procès français.] Les premiers interrogatoires furent très bruyants ; notamment le premier dans la chapelle du château de Rouen où Jeanne était interrompue presque à chaque mot quand elle parlait de ses apparitions. Deux ou trois secrétaires du roi d’Angleterre enregistraient à leur guise et à charge les paroles de Jeanne ; le témoin s’en plaignit et menaça de quitter sa charge ; on se déplaça dans une salle du château proche de la grande salle et gardée par deux Anglais. Lorsqu’on désirait réinterroger Jeanne sur un point, pour vérifier sa réponse ou la préciser, le témoin ajoutait un Nota en tête d’article.
[Piété de Jeanne.] Ignore si Jeanne a vécu en catholique ; l’entendit demander à entendre la messe, aux dimanches des Rameaux et de Pâques, et à se confesser et à communier à Pâques. On lui refusa la confession, ce dont elle se plaignit beaucoup ; elle put se confesser à Nicolas Loyseleur.
[Art. 5-6.]
[Informations au lieu de naissance de Jeanne.] Les juges prétendaient avoir fait faire des informations, comme cela est contenu dans le procès ; ne se rappelle pas les avoir vues ou lues ; et les aurait insérées dans le procès si elles avaient été produites.
[Intentions des juges.] Si les juges procédaient par haine ou autrement, il s’en rapporte à leur conscience. Croit que si lui-même avait été Anglais, il ne l’aurait pas traitée ni jugée ainsi. [Probable contresens : Croit que si Jeanne avait été anglaise, elle n’aurait pas été traitée ni jugée ainsi. (Ainsi traduit, ce propos se retrouve chez d’autres témoins.)]
[Préparation du procès, sa convocation comme notaire.] Croit qu’elle fut jugée à Rouen et non à Paris, car c’est là qu’était le roi d’Angleterre ; fut placée dans la prison du château de Rouen. — Lui-même fut forcé d’être notaire et le fit contre son gré, car n’osait s’opposer à un ordre du conseil du roi. — Les Anglais menèrent et financèrent le procès. Cauchon et d’Estivet le firent volontairement ; les autres assesseurs n’auraient osé refuser, tous avaient peur. — Au début du procès il fut convoqué dans une maison, près du château, par Cauchon, l’abbé de Fécamp, Nicolas Loyseleur et plusieurs autres ; Cauchon déclara qu’il lui fallait servir le roi, qu’il avait l’intention de faire un beau procès ; on nomma Boisguillaume pour l’assister.
Jeanne demanda plusieurs fois à être conduite dans une prison d’Église, avant et pendant le procès ; on ne l’écouta pas, car les Anglais et Cauchon aurait refusé ; et aucun conseiller n’osa en parler.
[Pression sur Lohier.] Cauchon interrogea sur le procès feu Jean Lohier qui venait d’arriver à Rouen ; le témoin alla l’interroger le lendemain et Lohier répondit qu’il avait vu le procès et qu’il était nul, car : les juges n’étaient pas libre, le procès concernait plusieurs personnes qui n’avaient pas été citées, il n’y avait pas d’avocat, et pour plusieurs autres raisons. Ce dernier ajouta qu’on avait l’intention de faire mourir Jeanne et il quitta la ville. Deux jours plus tard, Cauchon déclara que Lohier avait voulu placer leur procès en interlocutoire et le combattre, et qu’il ne ferait rien pour lui.
[Pression sur La Fontaine.] Cauchon avait délégué Jean de La Fontaine pour interroger Jeanne ; celui-ci s’y rendit la semaine sainte avec frères Isambert de La Pierre et Martin Ladvenu, et voulut l’inciter à se soumettre à l’Église. Warwick et Cauchon l’apprirent et en furent mécontents ; La Fontaine quitta la ville et n’y revint plus ; les deux frères furent aussi en grand danger.
[Pression sur Houppeville.] Nicolas de Houppeville fut lui aussi en danger pour avoir refusé de participer au procès.
[Pression sur Lemaître.] Le sous-inquisiteur Jean Le Maistre évita, autant qu’il put, de participer au procès, car cela lui déplaisait beaucoup.
[Pression sur Châtillon.] Une fois, Jean de Châtillon tenta d’aider Jeanne ; Cauchon le somma de se taire.
[Autres pressions.] Un autre tentait de conseiller Jeanne sur sa soumission à l’Église fut rappelé à l’ordre par Cauchon : Taisez-vous au nom du diable !
[Pression de Stafford.] Un autre fut poursuivi par Stafford, l’épée dégainée, et dut se réfugier dans un lieu sacré.
[Assesseurs les plus hostiles.] Ceux qui lui paraissaient le plus partisans étaient Beaupère, Midi et de Touraine.
[Art. 7-8.] Ne sait rien de plus.
[Art. 9.]
Il accompagna une fois Cauchon et Warwick dans la prison de Jeanne ; elle était dans des entraves de fer. Il entendit dire que la nuit elle avait le corps attaché par une chaîne de fer, mais ne l’a pas vue ainsi. Il n’y avait ni lit, ni rien pour coucher. Elle avait quatre ou cinq gardiens, hommes de peu.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11-14.]
[Ruse de Loyseleur.] Warwick, Cauchon et Loyseleur convoquèrent les deux notaires ; pour élucider la question des apparitions de Jeanne, ils avaient décidé que Loyseleur se ferait passer pour un laïc lorrain et partisan du roi de France, serait laissé seul avec Jeanne, et qu’on les écouterait en cachette depuis la pièce d’à côté. Loyseleur s’introduisit, fit semblant de donner des nouvelles du royaume puis l’interrogea sur ses révélations ; les notaires refusèrent cependant d’enregistrer ses réponses, obtenues de manière malhonnête, et qu’il faudrait la réinterroger dans les formes de justice. — Jeanne eut toujours grande confiance en ce Loyseleur ; il l’entendit plusieurs fois en confession ; et allait généralement s’entretenir avec elle avant ses interrogatoires.
[Interrogatoires.] Jeanne fut fatiguée par des questions nombreuses et diverses. — On l’interrogeaient trois ou quatre heures le matin ; et parfois deux ou trois heures l’après-midi, sur des points difficiles et subtiles extraits de ses dépositions. — On passait d’une question à une autre, en changeant de sujet ; malgré tout elle répondait avec sagacité et se souvenait de ses réponses ; ainsi disait-elle très souvent : Moi je vous ai répondu autrement sur cela
et s’en rapportait au notaire qui dépose [Manchon lui-même].
[Art. 15-17.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 20-21.]
Bien en amont, Jeanne avait été interrogée et ses réponses enregistrée ; les assesseurs ordonnèrent ces réponses en plusieurs articles [les 70 articles du promoteur] ; et Jeanne fut réinterrogée sur chacun. Les assesseurs, notamment ceux de Paris, décidèrent, comme suivant l’habitude, que les principaux points des articles et de leurs réponses seraient résumés en quelques petits articles afin d’avoir des délibérations meilleures et plus rapides : les douze articles. — Le témoin s’y employa très peu, et ne sait qui les a composés.
[Écart entre les réponses de Jeanne et les douze articles.] Quand au procès originaire, rédigé en français, croit qu’il est fidèle aux réponses de Jeanne et aux articles du promoteur ; mais pour les douze articles il s’en rapporte à ceux qui les ont fabriqués, qu’il n’aurait pas osé, ni lui, ni son associé, contredire. — Ignore quand furent présentés les douze articles, et s’il vérifia leur conformité avec les réponses de Jeanne.
[Correction des douze articles.] On lui montra ces articles et on reconnut avec évidence une notable différence. On lui montra une petite note écrite de sa main, en français, datée du 4 avril 1431 et dans laquelle il est dit expressément que ces douze articles n’étaient pas bien rédigés, mais étaient au moins en partie sans rapport avec les déclarations de Jeanne, aussi devaient-ils être corrigés. Or, les articles semblent avoir été modifiés, mais non pas corrigés conformément à cette petite note. On demanda aux trois notaires : pourquoi et sur ordre de qui, les articles avaient-ils été insérés sans correction dans le procès et la sentence, et s’ils avaient également été envoyés sans correction à ceux qui en délibéraient. Les trois notaires (le témoin ainsi que Boisguillaume et Taquel) reconnurent l’écriture de Manchon mais ignorent qui fit ces douze articles. Tous trois déclarent qu’il était alors la coutume de faire des articles semblables ; ignore si les opinants reçurent les articles corrigés ou non, tant à Paris qu’ailleurs ; croient cependant qu’il n’en fut rien, comme le laisse penser une autre petite note écrite de la main du promoteur d’Estivet indiquant que les articles furent envoyés le lendemain par lui-même et sans correction ; et s’en rapporte au procès.
[Écart les réponses de Jeanne et les articles.] Manchon répète que tout ce qui se trouve dans son procès est vrai ; quant aux douze articles s’en rapporte à leurs auteurs, car lui ne les a pas faits.
[Poids des douze articles sur la délibération.] Interrogé si les délibérations portèrent sur tout le procès, ou sur ces douze articles, répond croire qu’elles ne portèrent pas sur tout le procès, qui ne fut rédigé qu’après la mort de Jeanne, mais sur ces douze articles.
[Jeanne eut-elle connaissance des douze articles.] Interrogé si ces douze articles furent lus à Jeanne, répond que non.
[Son opinion sur les douze articles.] Interrogé s’il a jamais perçu une différence entre ces articles et les déclarations de Jeanne, dit ne pas se souvenir ; qu’il n’y a pas prêté trop d’attention attendu qu’il n’aurait osé reprendre des hommes si importants, lesquels prétendaient qu’il était habituel de procéder ainsi.
[Signa-t-il vraiment l’instrument de la sentence.] Interrogé comment il put signer l’instrument de la sentence dans lequel se trouvent insérés ces articles, et pourquoi l’instrument contient ces douze articles et non la demande du promoteur, répond qu’il a signé comme ses collègues. Pour l’énoncé de la sentence il s’en rapporte à celui des juges ; pour les articles, il fit ce que les juges voulaient.
[Art. 22.]
Au début du procès, d’autres notaires se tenaient cachés dans une fenêtre par des tentures, sous l’œil de Nicolas Loyseleur, écrivant ce qu’ils voulaient et omettant les justifications de Jeanne. Lui-même, Boisguillaume et le clerc de Beaupère se tenaient aux pieds des juges. Leurs écritures différaient, entraînant des querelles ; d’où les Nota qu’il ajoutait à côté de certains points pour signaler qu’il faudrait réinterroger Jeanne (art. 2-4).
[Art. 23-25.]
La procédure achevée, on demanda et recueillit les délibérations. On décida que Jeanne serait sermonnée.
[Loyseleur incite Jeanne à abjurer.] Elle fut conduite à une petite porte, accompagnée par Nicolas Loyseleur qui lui disait : Jeanne, croyez-moi et vous serez sauvée ; prenez votre habit de femme, faites tout ce qui vous sera ordonné et vous n’aurez rien de mal mais serez remise à l’Église ; sinon vous êtes en danger de mort.
— On l’amena sur une tribune.
[Première sentence de condamnation.] Cauchon avait rédigé deux sentences, l’une d’abjuration, l’autre de condamnation. Il commença par lire la seconde jusqu’à la condamnation ; Loyseleur persuadait Jeanne de faire ce qu’il lui avait indiqué et de reprendre l’habit féminin. — Il y eut alors une petite interruption ; un Anglais traita l’évêque de traître, lequel lui répondit qu’il en mentait.
[Abjuration.] Après cet intermède Jeanne répondit qu’elle était prête à obéir à l’Église ; on lui fit prononcer l’abjuration qui lui fut lue. Le témoin ignore si elle répéta après le lecteur, ou approuva après lecture ; cependant elle souriait. — Le bourreau était sur place avec une charrette, attendant qu’on la lui donnât à brûler. — Le témoin ne vit pas la cédule d’abjuration ; elle avait été préparée avant, d’après les conclusions des opinants. Il ne se souvient pas qu’on l’ait expliquée ni même lue à Jeanne avant le moment où elle fit cette abjuration.
[Sentence d’abjuration.] Ceci se passait le jeudi après la Pentecôte ; Jeanne fut condamnée à la prison perpétuelle.
[Son opinion sur la sentence.] Interrogé sur pourquoi les juges la condamnaient à la prison perpétuelle quand ils lui avaient promis qu’il ne lui arriverait rien de mal, répond croire que les avis n’étaient pas unanimes et qu’ils craignaient qu’elle ne s’évadât. S’ils ont bien ou mal jugé, le témoin s’en rapporte au droit et à la conscience des juges.
[Art. 26-27.]
Durant son procès, on signala à Jeanne qu’il n’était pas décent pour une femme de porter un habit d’homme et des chausses attachées avec beaucoup de lacets ; elle répondit que Cauchon et Warwick savaient bien que ses gardiens avaient essayé plusieurs fois de la violer et qu’une fois, si Warwick n’était pas accouru à ses cris, ils y seraient parvenus. De cela elle se plaignait.
[Reprise de l’habit d’homme.] Le dimanche suivant, dans la fête de la Sainte Trinité, Cauchon et Warwick envoyèrent les notaires au château, parce qu’on disait Jeanne relapse et ayant repris des habits d’homme. Arrivés dans la cour du château, une cinquantaine d’Anglais en armes leur tombèrent dessus, les accusant d’être des traîtres car Jeanne n’avait pas été brûlée. Ils parvinrent à s’enfuir. — Le lundi, on les renvoya au château, escortée cette fois par Warwick. Là il trouva les juges, et quelques autres. On demanda à Jeanne pourquoi elle avait repris cet habit d’homme, elle répondit qu’elle l’avait fait pour protéger sa chasteté, que ses gardiens voulaient la violer, ce dont elle s’était plainte plusieurs fois à Cauchon et Warwick, et que les juges lui avaient promis qu’elle serait transférée en prison d’Église et accompagnée d’une femme. Elle ajouta que si on la mettait en lieu sûr, elle reprendrait un habit féminin ; tout ceci étant écrit dans le procès [séance du 28 mai]. — Interrogée sur le reste, Jeanne déclarait n’avoir rien compris de ce qui était contenu dans l’abjuration ; tout ce qu’elle avait fait, elle l’avait fait par crainte du feu, voyant le bourreau prêt avec sa charrette.
[Art. 28-33.]
[Délibération et sentence.] Le tribunal délibéra et le mercredi, Cauchon prononçât une autre sentence, comme cela est indiqué plus au long dans le procès.
[Jeanne reçut-elle la communion ?] Confirme que Jeanne reçut la communion, le matin du jour de son exécution. — Interrogé pourquoi les juges lui accordèrent la communion, attendu qu’ils l’avaient excommuniée, et s’ils l’avaient absoute, déclare que les juges et les conseillers en délibérèrent ; il ne vit pas cependant qu’on lui eût donné une autre absolution.
[Sentence séculière ; exécution.] Après la sentence ecclésiastique prononcée par Cauchon, le bailli dit seulement, sans autre forme de procès ou autre sentence : Emmenez ! Emmenez !
.
À ces mots Jeanne fit si pieuses lamentations que presque tous étaient émus aux larmes, et même les juges. — Le témoin dit en avoir été si remué qu’il resta épouvanté pendant un mois. — La fin de Jeanne apparut à tous très catholique. Elle ne voulut jamais rétracter ses révélations, mais persista à leur sujet jusqu’à la fin. — Avec l’argent qu’il reçut pour le procès, il acheta un missel, pour avoir mémoire d’elle et prier Dieu pour elle.
[Ses dépositions de 1452.] Pour le reste s’en rapporte au procès et à sa déposition devant Philippe de La Rose [2 et 8 mai 1452], laquelle déposition lui ayant été lue, il y persista entièrement.
Jean Massieu (17 décembre 1455, 12 mai 1456)
Maître Jean Massieu, curé de l’église paroissiale de Saint-Cande-le-Vieux à Rouen, âgé d’environ 50 ans. Entendu le 17 décembre 1455, entendu de nouveau le 12 mai sur les articles.
[Art. 2-4.]
Ne sait rien sur la famille de Jeanne sinon d’après ses réponses au procès, et ne la connut elle qu’à l’occasion de ce procès. Doyen de chrétienté à Rouen, il fut l’exécuteur des mandements portés contre elle, aussi chargé de convoquer les conseillers, de conduire Jeanne devant ses juges et de la ramener à sa prison. Pour cette raison il avait des relations très familières avec elle.
[Mœurs et piété de Jeanne.] Elle était bonne, simple et pieuse. Une fois, alors qu’il la conduisait devant ses juges, elle lui demanda s’il y avait sur son trajet quelque église où fût le Corps du Christ ; le témoin lui montra une chapelle située sous le château et Jeanne insista beaucoup pour passer devant et y révérer Dieu ; ce qu’il fit volontiers. Elle y fit, agenouillée, une oraison très dévote. L’apprenant, Cauchon fut mécontent, et lui ordonna de ne plus jamais lui permettre de prier ainsi.
[Art. 5-6.]
Ignore si l’on fit quelque information car il n’en vit jamais aucune.
[Pression des Anglais.] Sait que nombreux avaient Jeanne en grande haine, et surtout les Anglais, qui la craignaient beaucoup et n’auraient osé venir en un lieu où ils l’auraient cru présente.
Croit la rumeur qui disait que Cauchon agissait non pour la justice mais pour les Anglais, alors en grand nombre à Rouen où se trouvait le roi d’Angleterre et son conseil. — Certains assesseurs disaient que Jeanne devait être remise aux mains de l’Église, mais Cauchon n’en avait cure et la remit aux Anglais. — Cauchon était très attaché au parti des Anglais ; beaucoup de conseillers avaient très peur et ne jouissaient pas de leur libre arbitre comme Nicolas de Houppeville qui fut banni avec plusieurs autres.
[Pression sur Jean Lefèvre.] Lorsqu’on demanda à Jeanne si elle était en état de grâce, le frère Jean Le Fèvre qui jugeait ses réponses satisfaisantes, déclara cependant qu’on la persécutait trop ; les interrogateurs lui dirent de se taire.
[Avis sur l’abbé de Fécamp.] L’abbé de Fécamp procédait plus par haine de Jeanne et partialité en faveur des Anglais que par zèle de justice.
[Pression sur Jean de Châtillon.] Après que Jean de Châtillon déclara à Cauchon et autres assesseurs que le procès lui paraissait nul ; on interdit au témoin de le convoquer de nouveau. [Il apparaît pourtant bien jusqu’au dernier jour du procès.]
[Pression sur Jean de La Fontaine.] Jean de La Fontaine interrogea Jeanne quelques jours et s’en alla, car il avait dénoncé dans ce procès certaines choses.
[Pression sur Jean Lemaître.] Jean Lemaître, convoqué comme inquisiteur, se récusa plusieurs fois et fît son possible pour ne plus être présent au procès. On lui fit savoir que s’il n’y assistait pas, il serait en danger de mort. Lemaître lui-même disait que pour celui qui ne suit pas la volonté des Anglais, la mort est proche.
[Pression sur le témoin.] Lui-même fut en grand danger. Un jour qu’il menait ou ramenait Jeanne, il rencontra un Anglais nommé Anquetil, chantre de la chapelle du roi d’Angleterre, qui lui demanda ce qu’il pensait de Jeanne. Il répondit qu’il ne voyait rien en elle que de bon, et qu’elle lui paraissait être une femme de bien. Le chantre rapporta ce propos à Warwick, qui fut très mécontent. Après beaucoup d’effort il s’en tira finalement avec des excuses.
[Art. 7.] Vers le début du procès, Jeanne reprocha Cauchon d’être son adversaire, à quoi celui-ci répondit : Le roi m’a ordonné de faire votre procès et je le ferai.
[Art. 8-9.]
Jeanne se trouvait au château de Rouen, dans une chambre à mi-étage, où l’on montait par huit marches. Il y avait un lit où elle couchait ; une grosse pièce de bois, dans laquelle était fixée une chaîne de fer servant à l’attacher ; et cinq Anglais de la plus misérable condition pour la garder, des houssepaillers [en français], qui désiraient sa mort et la tournaient en dérision, ce qu’elle leur reprochait. — Tient du forgeron Étienne Castille qu’il avait construit une cage de fer, dans laquelle Jeanne était détenue debout, attachée par le cou, les mains et les pieds, dans laquelle elle fut enfermée depuis son arrivée à Rouen jusqu’au début du procès. Cependant lui-même ne la vit pas dedans.
[Art. 10.]
Jeanne fut examinée par des matrones ou accoucheuses, dont l’une s’appelait Anne Bavon, sur l’ordre de la duchesse de Bedford. Il tient de cette Anne qu’elle fut trouvée vierge et intacte. Aussi la duchesse fit défense aux gardiens et autres de lui faire violence.
[Art. 11-14.]
Lors des interrogatoires, Jeanne était interrogée par six assesseurs et les juges. Parfois, on l’interrompait dans sa réponse par une autre question, ce dont elle se plaignait : Beaux seigneurs, faites l’un après l’autre [en français].
[Art. 15-16.]
Ne sait rien de plus.
[Art. 17.]
On demanda à Jeanne si elle voulait se soumettre à l’Église triomphante ou militante ; elle répondit vouloir se soumettre au pape.
On racontait qu’un certain Nicolas Loiseleur se faisait passer auprès de Jeanne pour un prisonnier, afin de la pousser à agir contre elle concernant ladite soumission.
[Art. 20-21.]
Ignore qui présenta les [douze] articles.
[Art. 23-25.]
Lors de sa prédication, Guillaume Érard brandit une cédule d’abjuration devant Jeanne en lui disant : Tu abjureras et signeras cette cédule !
On lui remit la cédule pour qu’il la lise à Jeanne : elle l’engageait à ne plus porter les armes, l’habit d’homme, les cheveux courts, et beaucoup d’autres choses dont il ne se souvient plus. La cédule contenait environ huit lignes et non davantage ; et il sait avec certitude que ce n’était pas celle mentionnée dans le procès, car c’est une autre qu’il lui a lue et que Jeanne signa.
[Tumulte lors de la signature.] Lorsqu’on demanda à Jeanne de signer la cédule, il s’éleva un grand murmure dans l’assistance ; et il entendit Cauchon dire à quelqu’un : Vous me ferez des excuses !
et assurer qu’il ne poursuivrait pas avant d’avoir reçu des excuses. — Pendant ce temps le témoin avertissait Jeanne, qui ne comprenait ni la cédule, ni le danger qui la menaçait. Pressée de signer elle déclara : Que cette cédule soit examinée par l’Église et les clercs, je ferai comme ils me diront.
Guillaume Érard la menaça : Fais-le maintenant ! sinon tu mourras par le feu aujourd’hui !
et Jeanne répondit qu’elle préférait signer plutôt que d’être brûlée. À ce moment il se fit un grand tumulte dans l’assistance, et beaucoup de pierres furent lancées. La cédule signée, Jeanne demanda au promoteur si elle serait remise à l’Église, et en quel lieu elle devait se rendre ; celui-ci répondit : au château de Rouen. Elle y fut reconduite en habits de femme.
[Art. 27.]
Le jour de la Sainte Trinité, Jeanne, accusée de relapse, répondit que pendant qu’elle était couchée, les gardiens remplacèrent ses habits de femme qui se trouvaient sur son lit par un habit d’homme. Lorsqu’elle réclama ses habits de femme, pour pouvoir se lever et soulager son ventre, ils les lui refusèrent ; elle leur rappela l’interdiction faite par les juges de porter cet habit d’homme, mais ils persistèrent. Poussée par un besoin naturel, elle mit l’habit d’homme, et ne put de toute la journée obtenir de ces gardiens un autre habit, si bien que plusieurs personnes la virent en habit d’homme. Et pour cela elle fut jugée relapse. Plusieurs personnes furent envoyées pour constater et l’interroger, dont André Marguerie. Lorsque ce-dernier se présenta aux gardes disant venir demander à Jeanne pourquoi elle avait repris l’habit d’homme, l’un d’eux tenta de le frapper de sa lance. Terrifiés, tous se retirèrent.
[Art. 28-33.]
[Communion de Jeanne.] Le mercredi matin, jour de sa mort, frère Martin Ladvenu entendit Jeanne en confession ; puis il l’envoya, lui qui parle, avertir Cauchon qu’elle demandait à recevoir la communion. L’évêque réunit quelques personnes pour en délibérer ; et autorisa le frère Martin à lui porter le sacrement de l’eucharistie et tout ce qu’elle demanderait. Le témoin revint porter la nouvelle au château et frère Martin donna à Jeanne, en présence du témoin, le sacrement de l’eucharistie.
[Jeanne est amenée au supplice.] Cela fait, le témoin et frère Martin conduisirent Jeanne, en habit de femme, jusqu’au lieu où elle fut brûlée ; en chemin elle faisait de si pieuses lamentations qu’ils ne pouvaient retenir leurs larmes. Elle recommandait son âme si dévotement à Dieu et aux saints qu’elle provoquait les larmes de ceux qui l’entendaient.
[Prédication de Nicolas Midi.] Elle fut amenée au Vieux Marché où se trouvait maître Nicolas Midi, qui devait faire la prédication ; il la termina ainsi : Jeanne, va en paix ! L’Église ne peut plus te défendre et te remet en mains séculières.
Jeanne se jeta à genoux pour prier et demanda une croix au témoin. Un Anglais en fit une avec un bâton, qu’elle baisa et posa sur sa poitrine avec la plus grande dévotion. Elle voulut aussi une croix d’église, l’obtint, l’embrassait, la serrant dans ses bras, et pleurait en se recommandant à Dieu, à saint Michel, à sainte Catherine et à tous les saints. Puis elle étreignit la croix en saluant les assistants, descendit de l’estrade en compagnie du frère Martin et alla jusqu’au lieu du supplice, où elle mourut très pieusement.
[Témoignage du bourreau.] Il tient de Jean Fleury, clerc du bailli et greffier, qu’au rapport du bourreau, une fois son corps brûlé et réduit en cendres, son cœur resta intact et plein de sang. On lui enjoignit de rassembler les cendres et tout ce qui restait d’elle et de les jeter dans la Seine.
Guillaume Colles (Boisguillaume) (18 décembre 1455, 12 mai 1456)
Messire Guillaume Colles, dit Boisguillaume, prêtre, notaire public, âgé d’environ 66 ans. Déjà interrogé le 18 décembre 1455, réinterrogé le 12 mai.
[Art. 1-4.]
N’a jamais entendu parler de Jeanne avant son procès.
[Rédaction du procès.] Reconnaît sa signature et authentifie le procès qu’on lui montre ; c’est l’un des cinq exemplaires semblables qui furent faits. Il fut associé aux notaires Guillaume Manchon et Pierre Taquel [Nicolas], et rédigèrent fidèlement les questions et les réponses, et après le déjeuner les collationnaient entre eux. Ils étaient impartiaux et ne travaillaient sous la crainte de personne.
[Réponses de Jeanne.] Jeanne répondait très prudemment. Si on la réinterrogeait sur un point déjà abord elle renvoyait à ses dépositions qu’elle faisait lire aux notaires.
[Art. 5-7.]
[Partialité du tribunal.] Cauchon engagea le procès en alléguant que Jeanne avait été prise dans son diocèse. S’il agit par haine ou autrement, s’en rapporte à sa conscience ; sait que tout se faisait aux frais du roi d’Angleterre et sur poursuite des Anglais, et que Cauchon et les autres obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre, car il les vit. On lui montra certaines lettres de garantie ; il reconnût le seing de Laurent Calot et confirma que c’étaient celles qu’il avait vues autrefois.
[Informations sur Jeanne.] N’en sait rien, ne les a pas vues, et doute qu’on en ait jamais fait.
[Art. 8-9.]
Jeanne était dans une prison forte, avec des entraves de fer. Elle avait un lit ; des gardiens anglais, dont elle se plaignit souvent qu’ils la tracassaient et la maltraitaient.
[Ruse de Loiseleur.] Nicolas Loiseleur se faisait passer pour un cordonnier et prisonnier français de Lorraine pour entrer dans la prison de Jeanne et l’inciter à ne pas croire à ces gens d’Église ; car, si tu les crois, tu seras perdue
. Cauchon était sûrement au courant, sans quoi Loiseleur n’aurait pas osé agir ; et beaucoup d’assesseurs murmuraient contre lui à ce sujet. Ajoute que Loiseleur mourut subitement à Bâle. Entendit aussi dire que Loiseleur vit Jeanne condamnée à mort, il en eut le cœur touché et monta sur sa charrette pour lui demander sa grâce ; ceci indigna beaucoup d’Anglais présents et Loiseleur ne dût son salut qu’à Warwick, qui lui enjoignit de quitter Rouen au plus vite, s’il voulait sauver sa vie.
[D’Estivet.] Le promoteur d’Estivet entra également dans la prison en se faisant passer pour un prisonnier . Il était très attaché aux Anglais, auxquels il voulait absolument plaire ; c’était un mauvais homme, harcelant les notaires et ceux qu’il voyait procéder avec justice ; il injuriait beaucoup Jeanne, l’appelant paillarde, ordure [en français]. Croit qu’il finit misérablement ses jours et qu’on le retrouva mort dans un pigeonnier, à une porte de Rouen.
[Art. 10.]
A entendu dire que Jeanne avait été examinée par des matrones et qu’on l’avait trouvée vierge ; la duchesse de Bedford avait supervisé l’examen et le duc de Bedford se trouvait dans un endroit caché d’où il voyait tout.
[Art. 11-14.]
Jeanne s’est très souvent plainte des questions subtiles et hors de propos.
[Réponse de Jeanne sur l’état de grâce.] Une fois on lui demanda si elle était en état de grâce. Elle répondit que c’était une grande affaire d’y répondre et finit par dire : Si j’y suis, que Dieu m’y garde ; et si je n’y suis pas, que Dieu veuille m’y mettre ! Car j’aimerais mieux mourir que de n’être pas en l’amour de Dieu.
Ceux qui l’interrogeaient furent stupéfaits et abandonnèrent l’interrogatoire. [Interrogatoire du 24 février ; il s’est poursuivi après la réponse de Jeanne (d’après le procès-verbal).]
[Pressions durant le procès.] Ignore si quelque pression ou contraintes furent mises sur certains.
[Pression sur Nicolas de Houppeville.] Nicolas de Houppeville quitta la ville pour ne pas participer au procès.
[Art. 15-16.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 20-21.]
Ignore qui a rédigé les douze articles ; ce n’est ni lui ni les autres notaires. Quant à leur fidélité aux dépositions de Jeanne, s’en rapporte au procès.
[Art. 23-25.]
La cédule d’abjuration fut lue en public. Croit que Jeanne ne la comprenait pas et qu’elle ne lui fut pas expliquée ; aussi elle refusa longtemps de la signer. Enfin, poussée par la crainte, elle signa et fit quelque croix. Ne se souvient pas si elle reçut un habit de femme ensuite et s’en rapporte au procès.
[Art. 26-27.]
Le dimanche suivant la première sentence, les notaires furent envoyés au château pour voir si Jeanne était en habit d’homme ; et la virent ainsi. On lui demanda pourquoi elle avait repris ces vêtements, elle donna les réponses contenues dans le procès. Ne sait rien d’autre, mais croit plutôt qu’elle fut contrainte d’agir ainsi, car certains assesseurs se félicitaient qu’elle ait repris cet habit. Cependant plusieurs autres étaient affligés, dont Pierre Morice, qui était très triste.
[Art. 28-33.]
Le mercredi suivant Jeanne fut conduite au Vieux Marché de Rouen ; Nicolas Midi fit un sermon, Cauchon prononça la sentence de relapse et elle fut aussitôt prise par les laïcs et conduite, sans autre sentence ni procès, au bourreau pour être brûlée. — Sur le chemin, elle faisait beaucoup de pieuses lamentations, invoquant le nom de Jésus, si bien que presque tous ceux qui étaient présents ne pouvaient retenir leurs larmes.
[Les juges après la mort de Jeanne.] Après sa mort, les gens du peuple montraient ceux qui avaient participé au procès avec horreur. Il entendit dire que tous les responsables de sa mort moururent de façon très honteuse : que Nicolas Midi fut frappé de lèpre juste après, que Cauchon mourut subitement pendant qu’il se faisait faire la barbe.
Martin Ladvenu (19 décembre 1455, 13 mai 1456)
Frère Martin Ladvenu, prêtre, religieux de l’ordre des Frères prêcheurs au couvent de Rouen, âgé d’environ 56 ans. Interrogé le 19 décembre 1455, réinterrogé le 13 mai.
[Art. 1-4.]
Ne sait rien de la famille de Jeanne ; la vit elle lorsqu’elle y fut amenée et livrée à Cauchon.
Elle avait environ vingt ans, était très simple, savait juste le Notre Père, mais répondait parfois avec sagacité.
[Art. 5-8.]
[Pressions sur le tribunal.] Jeanne fut amenée à Rouen, détenue dans la prison du château, poursuivie dans un procès en matière de foi à la demande et aux frais des Anglais. Cauchon et d’autres voulurent et obtinrent des lettres de garantie du roi d’Angleterre que le témoin a bien vues entre leurs mains, signée de Laurent Calot. — Certains assesseurs venaient par crainte des Anglais, d’autres parce qu’ils leur étaient favorables.
[Pression sur Nicolas de Houppeville.] Nicolas de Houppeville fut mis dans la prison royale pour avoir refusé de participer à ce procès.
[Pression sur les assesseurs.] Jeanne n’eut aucun conseiller, sauf vers la fin du procès. Nul n’aurait osé la conseiller Jeanne par crainte des Anglais. Les juges envoyèrent une fois quelques conseillers à Jeanne, ils furent brutalement repoussés par les Anglais.
[Pression sur Jean Lemaître.] Le sous-inquisiteur Lemaître, avec qui le témoin se rendait souvent au procès, avait été forcé d’y venir.
[Pression sur La Pierre.] Frère Ysambard de La Pierre, compagnon du sous-inquisiteur, fut menacé d’être noyé dans la Seine pour avoir voulu une fois conseiller Jeanne.
[Art. 7-8, 10.] Ne sait rien.
[Art. 9.]
Jeanne était dans une prison laïque, dans des entraves et attachée par des chaînes, et personne ne pouvait lui parler sans la permission des Anglais, qui la gardaient jour et nuit.
[Art. 11-14.]
On posait souvent des questions difficiles à Jeanne, qui ne convenaient pas à une femme aussi simple. On la tourmentait en l’interrogeant parfois trois heures le matin, et autant l’après midi. Ignore toutefois l’intention de ceux qui l’interrogeaient.
[Art. 15.]
Ne sait rien.
[Art. 16-17.]
Jeanne fut plusieurs fois interrogée si elle voulait se soumettre au jugement de l’Église. Elle demandait ce qu’était l’Église, on lui répondait que c’étaient le pape et les prélats, elle répliquait se soumettre au pape, demandant à être conduite près de lui. — Il l’entendit dire, en dehors cependant du procès, qu’elle ne voulait rien soutenir contre la foi catholique, et qu’elle rejetterait tout ce qui en dévierait dans ses dits ou ses faits.
[Art. 18-22.]
Ne sait rien de plus.
[Art. 23-25.]
Fut présent lors de la première sentence et de la prédication de Guillaume Érard à Saint-Ouen. Croit que tout a été fait par haine du roi de France très chrétien, et pour le diffamer, car Érard dit entre autres : Ô maison de France ! tu avais toujours été exempte de monstres, mais en t’attachant à cette femme ensorceleuse, hérétique, superstitieuse, tu es déshonorée !
À quoi Jeanne répondit : Ne parle point de mon roi, il est bon chrétien [en français].
[Art. 26-27.]
Tient de Jeanne qu’un grand seigneur anglais avait tenté de la violer dans la prison ; et dit au témoin que c’était la raison pour laquelle elle avait repris l’habit d’homme.
[Art. 28-33.]
Le matin du jour où mourut Jeanne, avant la sentence, il fut autorisé par les juges à entendre Jeanne en confession et lui apporter le Corps du Christ ; elle le reçut humblement, avec grande dévotion et beaucoup de larmes, au point qu’il ne saurait le raconter. Depuis cette heure il ne la quitta pas, jusqu’à ce qu’elle eût rendu l’âme.
Presque tous les assistants pleuraient de pitié, surtout l’évêque de Thérouanne.
Il ne doute pas qu’elle mourut en catholique ; et souhaiterait que son âme aille où il croit être l’âme de Jeanne.
[Absence de sentence séculière.] Après le prononcé de la sentence, Jeanne descendit de l’estrade où elle avait été prêchée, et sans autre sentence d’un juge laïc, fut conduite au bûcher par le bourreau.
[Mort de Jeanne.] Le bois était sur une estrade ; le bourreau mit le feu par dessous. Lorsque Jeanne aperçut le feu, elle dit au témoin de descendre, et de lever haut la croix du Seigneur, pour qu’elle pût la voir ; ce qu’il fit. — Alors qu’il l’entretenait de son salut, Cauchon s’approcha, accompagné de quelques chanoines ; Jeanne l’aperçut et lui dit qu’il était cause de sa mort, qu’il lui avait promis de la placer entre les mains de l’Église, mais qu’il l’avait remise entre les mains de ses ennemis mortels.
[Absence de sentence séculière.] Déclare qu’on avait mal procédé contre Jeanne, car il n’y eut pas de sentence laïque. Aussi lorsque deux années plus tard un dénommé Georget Folenfant avait été remis par la justice ecclésiastique à la justice séculière, lui-même avait été envoyé au bailli par l’archevêque et l’inquisiteur, pour qu’on procède selon la justice, avec prudence, et non pas aussi rapidement comme on l’avait fait pour la Pucelle.
[Derniers mots de Jeanne.] Atteste que Jeanne soutint toujours et affirma jusqu’à la fin de sa vie que les voix entendues par elle venaient de Dieu, que toutes ses actions avaient été faites sur l’ordre de Dieu, et qu’elle ne croyait pas avoir été trompée par ces voix ; mais les révélations qu’elle avait eues venaient de Dieu.
Nicolas de Houppeville (19 décembre 1455, 13 mai 1456)
Maître Nicolas de Houppeville, maître ès arts et bachelier en théologie, âgé d’environ 65 ans. Précédemment interrogé [date non indiquée, le 19 décembre d’après la relation d’exécution] et réinterrogé le 13 mai.
[Art. 1-4.]
N’eut connaissance de Jeanne et de sa famille qu’au moment du procès.
Elle paraissait vingt ans ; était simple et ignorante du droit ; pas en état de se défendre elle-même, elle conservait cependant une grande fermeté : beaucoup en déduisaient qu’elle avait un soutien spirituel.
[Art. 5-6.]
N’a jamais estimé que Cauchon procédait pour la foi ou la justice, afin de ramener Jeanne dans le bon chemin, mais par haine contre elle, car elle favorisait le parti du roi de France ; il n’agissait non par crainte mais volontairement. Certains participèrent par complaisance envers les Anglais, les autres par craintes. — L’avis de Pierre Minier n’avait pas été agréable à Cauchon.
[Pression contre La Pierre.] Tient du sous-inquisiteur Le Maistre, que Warwick menaça le frère Ysambert de La Pierre de le noyer dans la Seine, s’il continuait de conseiller Jeanne et de rapporter ses paroles aux notaires.
[Pression contre lui-même.] Au début du procès il participa à quelques délibérations ; il fut d’avis que le tribunal était incompétent, attendu que les juges était du parti opposé à Jeanne, et qu’elle avait déjà été interrogée par le clergé de Poitiers et par l’archevêque de Reims, métropolitain de l’évêque de Beauvais. Cet avis provoqua la colère de Cauchon qui le fit citer devant lui ; il comparut, affirma qu’il ne lui était pas soumis, et que son juge était, non pas l’évêque, mais l’official de Rouen, et se retira. Comme il allait comparaître devant l’official de Rouen, il fut pris et enfermé dans la prison royale. Il demanda ce qu’il faisait là, on lui répondit que c’était à la requête de Cauchon ; il se douta que c’était à cause de sa prise de position, ce que lui confirma son ami Jean de La Fontaine en lui faisant parvenir un billet. On parla alors de l’exiler en Angleterre ou ailleurs, mais l’abbé de Fécamp et quelques amis parvinrent à le faire sortir de prison.
[Pression sur Lemaître.] Frère Jean Le Maistre n’intervenait à ce procès que forcé, et plein de crainte ; il le vit extrêmement embarrassé pendant ce procès.
[Art. 7-9.]
Jeanne était en prison au château de Rouen, gardée par les Anglais.
[Art. 11-14.]
Il n’assista pas au procès, mais tient du sous-inquisiteur Jean Lemaître que Jeanne se plaignit qu’on la harcelait trop de questions difficiles et hors de propos. — Le bruit courait qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines des paroles de Jeanne.
[Art. 15-21.]
S’en rapporte au procès.
[Art. 22.]
On disait que certaines personnes, se faisant passer pour hommes d’armes partisans du roi de France, furent introduits secrètement auprès de Jeanne, pour la persuader de ne pas se soumettre à l’Église, et que sinon les juges poursuivraient leur procès. C’est à cause de ces conseils qu’elle aurait varié plusieurs fois sur le fait de la soumission. Nicolas Loyseleur aurait été l’un de ces trompeurs.
[Religion de Jeanne] Croit que Jeanne fut bonne catholique.
[Art. 28-33.]
Elle communia le jour de sa mort.
Il la vit sortir du château pour aller au lieu du supplice toute en pleurs ; plus de cent vingt hommes d’armes la conduisaient, dont les uns portaient des lances, les autres des glaives. Mû par la compassion, il n’eut pas la force d’aller jusqu’au lieu du supplice.
[Opinion sur le procès.] Croit que tout fut fait par haine du roi de France et pour le diffamer. On disait que le procès était nul, et Jeanne victime d’une très grande injustice.
A entendu maître Pierre Minier dire que son avis cosigné avec Richard de Grouchet et Pierre Pigache avait été écarté, parce qu’ils ne plaisaient pas, et qu’ils alléguaient le Décret de Gratien.
Jean Le Fèvre (19 décembre 1455, 12 mai 1456)
Révérend père dans le Christ et seigneur, monseigneur Jean Le Fèvre, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des frères ermites de saint Augustin, évêque de Démétriade, âgé d’environ 70 ans. Autrefois interrogé [date non indiquée, le 19 décembre d’après la relation], réinterrogé le 12 mai.
[Art. 1-4.]
N’a connu Jeanne et sa famille qu’à l’occasion de son procès à Rouen, auquel il assista jusqu’à la première prédication faite à Saint-Ouen.
Jeanne avait environ vingt ans ; elle était très simple et répondait avec sagesse, au point que pendant trois semaines il la croyait inspirée, bien qu’à son avis elle insistât beaucoup, et trop, sur ses visions.
[Art. 5-6.]
Les Anglais procédaient contre elle par haine, car ils la craignaient beaucoup ; mais ignore si les juges procédaient par haine ou par complaisance. Le procès était mené aux frais des Anglais.
Les assesseurs n’avaient pas pleine liberté de s’exprimer de peur d’être mal considérés. En effet on demanda à Jeanne si elle était en état de grâce ; le témoin déclara que Jeanne n’était pas tenue de répondre à une question difficile, mais fut repris par Cauchon : Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez.
[Art. 7-9.]
Jeanne était en prison au château de Rouen, mais ignore dans quelles conditions. Il déplaisait fort à plusieurs assesseurs qu’elle ne soit pas en prison d’Église ; lui-même murmura plusieurs fois, jugeant irrégulier qu’ayant été livrée à l’Église on l’ait remise à des laïcs, et surtout des Anglais ; plusieurs étaient de cette opinion, mais personne n’osait en parler.
[Art. 10.]
Ignore si elle fut été examinée. Se souvient qu’on lui demanda une fois pourquoi elle s’appelait la Pucelle, et si elle l’était vraiment ; elle répondit : Je peux bien dire que je suis ainsi ; et, si vous ne me croyez pas, faites moi visiter par des femmes.
Elle consentait à l’examen, pourvu qu’il fût fait par des femmes honnêtes, comme c’est de coutume.
[Art. 11-14.]
On posait à Jeanne beaucoup de questions profondes, dont elle se tirait cependant assez bien. On passait volontairement d’une question à une autre, pour voir si elle se contredisait. On la fatiguait par de longs interrogatoires, de deux ou trois heures, qui fatiguaient aussi les docteurs. On l’interrompait. Si bien que l’homme le plus savant du monde aurait difficilement pu répondre.
Un jour, alors qu’on relisait à Jeanne ses déclarations au sujet de ses apparitions, il l’interpella car il lui semblait qu’une réponse avait été mal consignée ; elle demanda au notaire de la relire et témoigna qu’elle avait dit le contraire ; sa réponse fut corrigée. Guillaume Manchon l’invita à être plus vigilante.
[Art. 15-17.]
Ne se souvient pas que Jeanne ait refusé de se soumettre à l’Église. Au contraire, l’entendit plusieurs fois dire qu’elle ne voudrait rien soutenir ou faire qui fût contre Dieu.
[Art. 18-21.]
Ne sait rien sinon que certains articles furent rédigés pour être envoyés aux opinants, mais ignore s’ils furent bien et fidèlement rédigés.
[Art. 23-27.]
N’assista plus au procès après la prédication de Saint-Ouen.
[Art. 28-33.]
Assista à la prédication de Nicolas Midi au Vieux Marché.
Jeanne finit ses jours en catholique, criant : Jésus ! Jésus !
Elle pleurait tant, faisant de pieuses lamentations, qu’à son avis nul homme, s’il avait été présent, n’aurait eu le cœur dur au point de ne pas être ému aux larmes. L’évêque de Thérouanne et tous les seigneurs pleuraient. Jeanne demanda à tous les prêtres présents de dire chacun une messe pour elle. Il ne resta pas là jusqu’à la fin et s’en alla, car il n’aurait pu en supporter la vue.
Jean Lemaire (19 décembre 1455, 12 mai 1456)
Messire Jean Lemaire, prêtre, curé de l’église paroissiale Saint-Vincent de Rouen, âgé d’environ 45 ans. Déjà interrogé le 19 décembre, et réentendu le 12 mai.
[Art. 1-4.]
A peu connu Jeanne car lorsqu’elle fut conduite en la ville de Rouen, lui-même était étudiant à l’Université de Paris. Il arriva à Rouen le jour de la prédication de Saint-Ouen par Guillaume Evrard, et c’est là qu’il vit Jeanne.
[Art. 5-6.]
Le bruit courait à Rouen que les Anglais avaient fait faire le procès contre Jeanne à cause de la haine et de la crainte qu’ils en avaient. Dans le procès et les sentences, la justice fut très offensée. On disait plusieurs assesseurs dégoûtés du procès ; certains furent en grand danger de mort, notamment Pierre Morice, l’abbé de Fécamp et Nicolas Loiseleur.
Nicolas Caval (19 décembre 1455, 12 mai 1456)
Maître Nicolas Caval, licencié ès lois, chanoine de Rouen, âgé d’environ 70 ans. Interrogé le 19 décembre et réentendu le 12 mai et interrogé sur les articles.
[Art. 1-4.]
A connu Jeanne à l’occasion de son procès, auquel il assista pendant quelques jours, sans avoir été requis cependant. Il assista à un de ses interrogatoires, elle répondait avec assez de sagesse et avait une très bonne mémoire. En effet, elle répliquait parfois : J’ai répondu autrement et de telle manière
et faisait chercher par le notaire le jour de la réponse, et on la trouvait conforme à ce qu’elle déclarait, sans la moindre addition ou soustraction, ce qui surprenait, attendu son jeune âge.
[Art. 5-6.]
Croit que les Anglais n’avaient pas grand amour pour elle, mais ne sait rien des juges. Croit que les notaires écrivirent fidèlement, sans aucune crainte.
[Art. 7-33.]
A entendu dire, car lui-même n’était pas présent à sa condamnation, que Jeanne mourut en catholique et qu’à son dernier jour elle invoquait le nom de Jésus.
Pierre Cusquel (12 mai 1456)
Pierre Cusquel, laïc, bourgeois de Rouen, âgé d’environ 53 ans. Interrogé auparavant [date non indiquée] et réentendu le 12 mai.
[Art. 1-4.]
A connu Jeanne à Rouen et ignore tout de sa famille. À la demande et grâce à la complicité de maître Jean Son, maître d’œuvre du château de Rouen, il entra deux fois dans sa prison et s’entretint avec elle. Il lui conseilla de parler avec prudence car elle jouait sa vie.
Jeanne devait avoir presque vingt ans. Elle était toute simple et sans doute ignorante du droit, bien qu’elle répondît avec prudence.
[Art. 5-8.]
Ce procès fut fait non pour la foi ou la justice, mais par haine et à cause de la crainte qu’inspirait Jeanne aux Anglais. Le tribunal procédait avec partialité et sur les instances des Anglais.
Il entendit toute sorte de bruits au sujet de la reprise de l’habit d’homme. André Marguerie avait déclaré qu’il fallait bien rechercher la vérité sur le changement d’habit mais quelqu’un lui dit de se taire au nom du diable.
Personne n’aurait osé conseiller ou aider Jeanne.
[Art. 9.]
Jeanne fut placée au château de Rouen, dans la prison du château, dans une pièce située sous un escalier, du côté de la campagne, où il la vit et lui parla deux fois. — On fit faire une cage de fer pour la détenir debout, laquelle fut pesée dans sa propre maison. Mais il n’y vit pas Jeanne enfermée dedans.
[Art. 10.]
A entendu dire par plusieurs personnes, que la duchesse de Bedford avait fait examiner Jeanne et qu’on la trouva vierge.
[Art. 11-14.]
N’a jamais assisté au procès, mais le bruit courait qu’on la harcelait beaucoup de toutes sortes de questions pour la piéger en paroles ; parce qu’elle avait mené la guerre contre les Anglais.
[Art. 15-17.]
A entendu dire que Jeanne s’était soumise à l’Église et au pape. L’entendit de la bouche même de Jeanne, au cours du sermon de Guillaume Érard à Saint-Ouen, lorsqu’elle dit ne vouloir rien soutenir contre la foi catholique, et rejeter tout dans ses paroles ou actes que les clercs jugeraient contre la foi.
[Art. 18-21.]
Ne sait rien.
[Art. 22.]
A entendu dire que Nicolas Loiseleur faisait semblant d’être sainte Catherine et incitait Jeanne à dire ce qu’il voulait.
[Art. 23-25.]
Assista à la prédication de Saint-Ouen, mais n’en sait rien de plus.
[Art. 29-33.]
Jeanne fut brûlée au Vieux Marché après une prédication. Il ne voulut pas y assister, son cœur n’aurait pu le supporter, par pitié pour Jeanne. Presque tout le monde disait que Jeanne avait subi un grand outrage et une injustice.
Il vit secrétaire du roi d’Angleterre Jean Tressart revenir du supplice, triste et plein d’affliction, déplorant la scène à laquelle il avait assisté ; il disait : Nous sommes tous perdus, car une sainte a été brûlée !
; selon lui l’âme de Jeanne dans la main de Dieu, car au milieu des flammes elle criait toujours le nom de Jésus.
Après la mort de Jeanne les Anglais firent recueillir ses cendres et les firent jeter dans la Seine : car ils avaient craint son évasion, et craignaient qu’on ne crût à une évasion.
André Marguerie (19 décembre 1455, 12 mai 1456)
Maître André Marguerie, archidiacre de Petit Caux en l’église de Rouen, licencié en l’un et l’autre droit, âgé d’environ 76 ans. Interrogé le 19 décembre, réinterrogé sur les articles le 12 mai.
[Art. 1-4.]
N’a connu Jeanne qu’au début du procès, auquel il assista peu. Elle était jeune quoique prudente en ses réponses.
[Art. 5-6.]
A entendu que Jeanne fut au diocèse de Beauvais, à Compiègne, conduite à Rouen, détenue au château, où elle fut jugée en matière de foi, par Cauchon et le sous-inquisiteur, sous l’impulsion des Anglais. — Plusieurs assesseurs se virent reprocher de ne pas avoir parlé assez ouvertement comme les Anglais le voulaient ; mais ignore certains furent en danger de mort. Entendit juste dire que Nicolas de Houppeville refusa de donner son avis. — Certains Anglais procédaient par haine, mais les gens notables avec un bon esprit.
[Art. 7-8.] Ne sait rien.
[Art. 9.]
Il la vit dans la prison du château de Rouen. Croit qu’elle était gardée par les Anglais, car ceux-ci avaient la garde du château. Le témoin a toujours désapprouvé qu’elle soit gardée par des laïcs en un procès de foi, surtout après la première sentence, quand elle fut condamnée à la prison perpétuelle.
[Art. 10.]
Croit qu’elle fut examinée, sans certitude, mais sait qu’on la tenait pour vierge pendant le procès.
[Art. 11-15.]
Ne sait rien car n’assista pas beaucoup au procès.
[Art. 17-18.]
A entendu de la bouche même de Jeanne, interrogée sur sa soumission à l’Église, que pour certaines choses elle ne croirait ni son évêque, ni le pape, ni quiconque, car elle les tenait de Dieu. Ce fut une des raisons pour lesquelles on chercha à obtenir une rétractation.
[Art. 18-22.]
Ne sait rien.
[Art. 23-25.]
Fut présent à la première prédication de Saint-Ouen. Au moment où se faisait l’abjuration, un chapelain du cardinal d’Angleterre reprocha à Cauchon de trop favoriser Jeanne ; lequel lui répondit qu’il mentait, car un évêque ne devait favoriser personne. Aussi le cardinal fit taire son chapelain.
[Art. 26.]
S’est rendu au château le lendemain qu’on eût appris que Jeanne avait remis l’habit d’homme pour demander en quelles circonstances elle avait repris cet habit. Les Anglais, furieux de cette question, firent un grand tumulte, au point que le témoin et beaucoup d’autres, venus au château pour cette affaire, furent obligés de partir rapidement, leurs corps étant en danger.
[Art. 27-28.]
Ne sait rien.
[Art. 29-33.]
Fut présent à la dernière prédication, mais saisi de pitié, il n’assista pas à l’exécution. Plusieurs pleuraient, surtout l’évêque de Thérouanne. — Jeanne paraissait très troublée, car elle disait : Rouen, Rouen, mourrais-je ici ?
Il lui semble que par ordre du cardinal d’Angleterre, les cendres de Jeanne furent rassemblées et jetées dans la Seine.
Maugier Leparmentier (12 mai 1456)
Maugier Leparmentier, clerc non marié, appariteur de la cour archiépiscopale de Rouen, âgé d’environ 56 ans. Interrogé antérieurement [date non indiquée] et réinterrogé le 12 mai.
[Art. 1-4.]
N’a connu Jeanne qu’a son arrivée à Rouen. Il la vit au château, car on l’avait convoqué pour mettre Jeanne à la torture.
Elle fut interrogée quelque temps, se comportait avec beaucoup de sagesse dans ses réponses, si bien que les assistants s’en émerveillaient.
Enfin, le témoin et son aide se retirèrent, sans avoir attenté à sa personne.
[Art. 5-6.]
Le procès fut mené à la demande des Anglais et par Cauchon, qui était très attaché au parti anglais, car on disait qu’elle avait été prise dans son diocèse. — Des Frères prêcheurs eurent beaucoup à faire, parce qu’ils conseillaient à Jeanne de se soumettre à l’Église.
La commune renommée était que tout ce que l’on faisait contre Jeanne était fait par haine du roi de France et de son parti, et que Jeanne avait subi une grande injustice.
[Art. 9.]
Elle était dans la grosse tour du château. Il l’y vit, appelé pour la soumettre à la torture, mais ne fit rien.
[Art. 28-33.]
Fut présent à la première prédication de Saint-Ouen, et à celle du Vieux Marché, le jour où Jeanne fut brûlée. Le bois pour la brûler y avait été placé avant même la fin de la prédication et avant le prononcé de la sentence. Aussitôt cette sentence rendue par Cauchon, sans aucun intervalle, et sans qu’il eut remarqué qu’une sentence eût été rendue par un juge laïc, elle fut conduite au feu.
Placée dans ce feu, elle cria plus de six fois Jésus
et surtout dans son dernier souffle elle cria à haute voix Jésus, si bien que tous les assistants purent l’entendre. Presque tous les assistants pleuraient de pitié.
A entendu dire que les cendres furent recueillies et jetées dans la Seine.
Laurent Guesdon (12 mai 1456)
Laurent Guesdon, bourgeois de Rouen et avocat en cour laie, clerc marié. Interrogé le 12 mai.
[Art. 1-4.]
N’a connu Jeanne qu’à Rouen, où il la vit pour la première fois. Il ne la vit plus ensuite jusqu’à la prédication de Saint-Ouen.
[Art. 5-6.]
Ignore l’intention des juges, mais croit que si Jeanne avait été du parti anglais, on n’aurait pas procédé pareillement contre elle.
[Art. 7-22.]
Elle était dans la prison du château de Rouen, et non dans la prison ordinaire, mais ignore comment et pourquoi.
[Art. 23-25.]
Fut présent à la prédication de Saint-Ouen ; après cette prédication on tenta de la persuader de quelque chose qu’elle refusait, mais ignore quoi.
[Art. 29-33.]
Fut présent à la prédication du Vieux Marché, avec le bailli dont il était alors le lieutenant. Après le prononcé de la sentence ecclésiastique, immédiatement et sans intervalle, elle fut remise au bailli et sans attendre que le bailli ou le témoin, auxquels il appartenait de rendre une sentence, l’eût fait, le bourreau saisit Jeanne et la conduisit à l’endroit où le bois avait été préparé et où elle fut brûlée. Ce n’était pas régulier, car peu après on agit différemment avec un malfaiteur nommé Georges Folenfant. Après la sentence ecclésiastique, ce Georges fut conduit à la cohue [au marché] et condamné par la justice séculière ; et non pas mené aussi rapidement au supplice.
Croit que Jeanne est morte en catholique, car elle mourut en criant le nom du Seigneur Jésus. C’était grande pitié, et presque tous les gens présents étaient émus aux larmes.
Après la mort de Jeanne, ses cendres furent recueillies par le bourreau et jetées dans la Seine.
Jean Riquier (mai 1456)
Messire Jean Riquier, prêtre, chapelain en l’église de Rouen et curé de l’église paroissiale d’Heudicourt, au diocèse de Rouen, âgé d’environ 47 ans. [Interrogé une fois, aucune date indiquée, sans doute vers le 12 mai d’après les dépositions alentour.]
[Art. 1-4.]
Vit Jeanne deux fois, lors de la prédication de Saint-Ouen, et lors de celle du Vieux Marché.
Elle avait environ vingt ans. Croit qu’elle était fidèle catholique, car à son dernier jour elle demanda et reçut la communion.
[Art. 5-8.]
Jeanne fut amenée à Rouen pour être jugée en matière de foi. — Le témoin était alors choriste de l’église de Rouen, et parfois il entendait les prêtres de l’église parler de ce procès.
Il entendit Pierre Morice, Nicolas Loiseleur et d’autres dire que les Anglais la craignaient au point de ne pas oser mettre le siège devant Louviers tant qu’elle serait vivante.
Pour plaire aux Anglais il fallait juger vite et trouver comment la condamner à mort. Croit que tout ce qui fut fait, le fut à la demande et aux frais des Anglais. — Le bruit courait que beaucoup d’assesseurs se seraient volontiers abstenus, et qu’ils venaient au procès plus poussés par la crainte qu’autrement.
[Art. 9.]
Ne vit pas Jeanne dans sa prison, car on disait que personne n’aurait osé lui parler. Elle était au château, attachée, disait-on, par une chaîne de fer, et gardée par les Anglais.
[Art. 10.]
Ne sait rien.
[Art. 11-14.]
N’a pas assisté au procès ; on disait que les questions qu’on posait à Jeanne étaient très difficiles et qu’elle demandait un délai quand elle n’osait pas répondre. Le procès fut conduit selon la volonté des Anglais, mais sa longueur les exaspéraient.
A entendu dire que Jeanne répondait avec sagesse, au point qu’aucun des docteurs qui l’interrogeaient n’aurait mieux répondu.
[Art. 15-16.]
Tient de certains que Jeanne prétendait ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique.
[Art. 17-22.]
Ne sait rien.
[Art. 23-25.]
Fut présent à la prédication de Saint-Ouen. Guillaume Érard y tint de méchants propos sur le roi de France, qu’il ne se rappelle plus, et Jeanne l’interrompit : Ne parlez pas du roi, car c’est un bon catholique ; mais parlez de moi.
[Art. 28-33.]
Fut présent à la prédication du Vieux Marché, le jour où mourut Jeanne. Croit qu’elle mourut en catholique. Aussitôt après la sentence ecclésiastique il vit les sergents et hommes d’armes anglais la prendre et la conduire directement au lieu du supplice ; et ne vit pas que quelque sentence eût été rendue par un juge séculier.
Pierre Morice lui raconta être venu la voir le matin, avant qu’elle ne soit conduite au Vieux Marché ; Jeanne lui dit : Maître Pierre, où serai-je ce soir ?
Il répondit : N’avez-vous pas bonne confiance en Dieu ?
Elle dit que si, et qu’avec l’aide de Dieu elle serait au paradis.
Lorsque Jeanne vit mettre le feu au bûcher, elle se mit à crier à haute voix : Jésus
; et le cria ainsi jusqu’à sa mort.
Les Anglais, craignant qu’on ne parlât d’évasion, dirent au bourreau de repousser un peu le feu afin que les assistants puissent la voir morte, et on ne raconterait pas qu’elle s’était évadée.
Jean Alépée, alors chanoine de Rouen, qui se trouvait à côté de lui, s’exclama en pleurant : Si mon âme pouvait être là où je crois que se trouve l’âme de cette femme !
Jean Moreau (10 mai 1456)
Jean Moreau, habitant de la ville de Rouen, [originaire d’un village non loin de Domrémy,] âgé de 52 ans. Interrogé le 10 mai sur les articles.
[Art. 1-4.]
Lui-même est natif de Viéville près de Lamothe en Bassigny, non loin de Domrémy. Il n’a pas connu ni Jeanne, ni ses parents, mais à l’époque où Jeanne se trouvait auprès du roi de France, il apprit de deux marchands chaudronniers Nicolas Saussart et Jean Chando, comment Jeanne avait quitté la Lorraine. Elle s’était rendue à Vaucouleurs afin de convaincre Baudricourt qu’elle devait être conduite au roi de France, tant et si bien qu’il fut content de le faire. Arrivée à Chinon, on lui désigna un autre que le roi, à elle qui ne l’avait jamais vu, mais elle reconnut que ce n’était pas le roi. Enfin, après examen de clercs et de docteurs, elle parla au roi. Il n’en entendit plus parler jusqu’à ce qu’il la vît à deux prédications, à Saint-Ouen et au Vieux Marché.
[Art. 5-6.]
À l’époque du procès de Jeanne, il rencontra à Rouen un notable qui revenait de Lorraine où il avait été commis spécialement pour faire une information au lieu d’origine de Jeanne et savoir quelle était sa réputation. Après avoir fait et transmis cette information à Cauchon il croyait recevoir une compensation pour son travail et ses dépenses, mais fut traité de traître et de mauvais homme, et qu’il n’avait pas fait ce qu’on lui avait demandé de faire. L’homme se plaignit de n’avoir pu avoir son salaire, parce que ces informations ne paraissaient pas utiles à l’évêque.
Il n’avait en effet rien trouvé sur Jeanne, qu’il n’eût désiré trouver sur sa propre sœur ; et cependant il avait fait les informations à Domrémy et dans cinq ou six paroisses voisines. Il avait trouvé que Jeanne était très pieuse, qu’elle fréquentait souvent une petite chapelle où elle avait l’habitude de porter des guirlandes à une statue de la Sainte Vierge, et qu’elle gardait parfois les animaux de son père.
[Art. 7-9.]
Ne sait rien.
[Art. 10.]
A entendu dire qu’elle avait été examinée pour savoir si elle était vierge ou non, et qu’on l’avait trouvée intacte.
[Art. 11-14.]
A seulement entendu dire qu’elle suppliait souvent ceux qui l’interrogeaient, de ne pas tous l’interroger en même temps.
[Art. 23-25.]
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen ; celui qui parlait outrageait beaucoup Jeanne, lui disant qu’elle avait agi contre la majesté royale, contre Dieu et la foi catholique, qu’elle avait erré dans la foi, et que, si elle ne se détournait pas dorénavant de tels agissements, elle serait brûlée. Jeanne lui répondit qu’elle avait pris un habit d’homme car elle avait à vivre parmi des hommes d’armes et qu’elle avait bien fait d’agir ainsi. — Il vit qu’ensuite on lisait à Jeanne une certaine cédule, dont il ignore le contenu. Se souvient qu’on y disait que Jeanne avait commis le crime de lèse-majesté, et qu’elle avait trompé le peuple.
[Art. 28-33.]
Après la prédication [du Vieux Marché], elle fut remise à un sergent, lequel la livra au bourreau, sans qu’une sentence eût été prononcée par le bailli. Le bourreau la mena au feu, et là il l’entendit demander de l’eau bénite ; elle criait Jésus à haute voix. Elle demanda aussi une croix. — A entendu dire que ce jour là, ou la veille, elle avait reçu la communion.
Nicolas Taquel (11 mai 1456)
Messire Nicolas Taquel, prêtre, curé de l’église paroissiale de Bacqueville-le-Martel, notaire impérial et de la cour de Rouen, juré, âgé d’environ 58 ans. Interrogé le 11 mai 1456.
[Art. 1-4.]
Connut Jeanne pendant son procès car il fut l’un des notaires. Il arriva en cours de procès, n’assista pas aux interrogatoires dans la grande salle, mais uniquement à ceux dans la prison, vers le 14 mars, comme le prouvent ses lettres de commission.
[Rédaction du procès.] Depuis cette date jusqu’à la fin du procès, il fut présent comme notaire aux interrogatoires et réponses de Jeanne. Lui-même ne rédigeât pas ; il écoutait et relatait aux deux autres notaires, à savoir Boisguillaume et Manchon, qui écrivaient, et surtout Manchon. — On lui montra le procès signé de son seing manuel, qu’il reconnut, ainsi que ceux de Manchon et Boisguillaume ; il confesse avoir signé ce volume et avoir certifié tous les actes auxquels il avait pris part. — Ce procès fut rédigé en sa forme actuelle très longtemps après la mort de Jeanne, mais il ignore quand.
Il reçut pour sa peine et pour son travail dix francs, et non vingt comme on le dit. Ces dix francs lui furent remis par les mains d’un certain Benedicite. D’où venait cette somme, il l’ignore.
[Art. 5-20.]
Pour ce qui touche au procès et pour le temps où il fut notaire, il s’en rapporte au procès. Pour le reste ne sait rien.
[Art. 20-21.]
Il entendit les autres notaires parler entre eux de certains articles qui devaient être fabriqués ; mais qui les fit, il n’en sait rien. Ces articles furent envoyés à Paris, mais ne se souvient pas s’ils furent signés ou non et croit ne pas les avoir signés. N’a pas mémoire d’avoir jamais signé autre chose que le procès et la sentence.
[Correction des douze articles.] Interrogé au sujet d’éventuelles corrections déclare ne pas se le rappeler. On lui montra la petite note du 4 avril 1431 signalant que les articles devaient être corrigés, et au dos les corrections ; il reconnut l’écriture de Manchon, et croit avoir été présent. Croit cependant qu’aucune correction ne fut apportée, bien que cela eût été décidé, mais ne sait ni qui s’y opposa ni pourquoi, attendu tout le temps écoulé.
[Art. 23-25.]
Fut présent à Saint-Ouen, mais ne se trouva pas avec les autres notaires sur l’estrade. Il était cependant assez près, et en un endroit où il pouvait entendre ce qui se faisait et ce qui se disait. Jean Massieu lut à Jeanne une cédule d’environ six lignes d’une grande écriture, et Jeanne répétait après lui. Cette cédule d’abjuration était en français et commençait par : Je, Jeanne, etc.
— Après l’abjuration elle fut condamnée à la prison perpétuelle et conduite au château.
[Art. 26-27.]
On l’envoya interroger Jeanne [sans doute après qu’elle eut repris son habit d’homme] ; survint quelque tumulte et le témoin ne sait ce qui s’ensuivit.
[Art. 28-33.]
Il y eut une autre prédication, le jour même de la mort de Jeanne. Le matin elle avait reçut la communion. Après la prédication, Jeanne fut abandonnée à la justice séculière. Puis le témoin s’en alla et n’assista pas à la suite.
Husson Lemaistre (11 mai 1456)
Husson Lemaistre, laïc, de son métier chaudronnier, habitant de la ville de Rouen, natif de Viéville, près de Lamothe en Bassigny, à trois lieues de distance de Domrémy, âgé d’environ 58 ans. Interrogé le 11 mai.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Jeanne à Domrémy.]
Natif de Viéville, à trois lieues de Domrémy ; a bien connu le père et la mère de cette Jeanne, c’étaient de bonnes et simples personnes, vivant en catholiques.
[Jeanne à Reims.]
Il n’entendit parler de Jeanne et ne la vit que lors du couronnement du roi à Reims, où il habitait alors ; il y avait aussi là le père de Jeanne et sire Pierre, son frère, avec le témoin et sa femme ; ils étaient en grande familiarité, car ils étaient compatriotes, et ils appelaient sa femme voisine.
[Jeanne à Vaucouleurs.]
Se trouvait dans son pays natal, quand Jeanne se rendit à Vaucouleurs demander à Baudricourt d’être conduite au roi ; on disait alors que c’était une grâce de Dieu, et que Jeanne était conduite par l’esprit de Dieu. A entendu dire : qu’elle demanda à Baudricourt des gens pour la conduire auprès du sire dauphin ; qu’elle était réputée bonne et honnête jeune fille ; qu’elle séjourna chez une femme vertueuse, appelée la Rousse, demeurant à Neufchâteau ; qu’elle se confessait volontiers et très souvent et communiait.
[Voyage vers Chinon.]
A entendu dire que sur le chemin de Vaucouleurs vers le roi, des hommes d’armes de son escorte faisaient semblant d’être du parti adverse pendant que d’autres feignaient de vouloir s’enfuir et qu’elle leur disait : Ne fuyez pas, en nom Dé !
.
[Jeanne reconnaît le roi à Chinon.]
On racontait qu’elle reconnut le roi bien qu’elle ne l’eût jamais vu auparavant.
[Jeanne à Reims et à Montépilloy.]
Jeanne conduisit le roi sans empêchement à Reims, où le témoin la vit Jeanne. De Reims le roi vint à Corbigny, puis à Château-Thierry, qui se rendit. Là on annonça que les Anglais arrivaient en ordre de bataille, mais Jeanne dit aux hommes de ne rien craindre car les Anglais ne viendraient pas [bataille de Montépilloy].
Pierre Daron (13 mai 1456)
Pierre Daron, lieutenant du seigneur bailli de Rouen, entendu par le seigneur inquisiteur en présence des notaires de cette cause, et sur mandat des autres seigneurs juges, le 13 mai.
[Art. 1-4.]
N’eut connaissance de Jeanne que lorsqu’on l’amena à Rouen ; il était alors procureur de la ville de Rouen.
[Jeanne en prison.]
Curieux de la voir Jeanne, il rencontra Pierre Manuel, un avoué du roi d’Angleterre, qui désirait également la voir, et ils partirent ensemble. Ils la trouvèrent au château, dans une tour, enchaînée, dans des entraves, avec une grosse pièce de bois par les pieds, gardée par plusieurs Anglais. Ce Manuel s’entretint avec Jeanne, en présence du témoin, lui disant, par plaisanterie, qu’elle ne serait pas venue là, si elle n’y avait été amenée. Il lui demanda si elle savait, avant sa capture, qu’elle serait prise ; elle répondit qu’elle s’en doutait bien ; on lui demanda pourquoi alors elle ne se tenait pas sur ses gardes le jour où elle fut prise ; elle répondit qu’elle ne connaissait ni le jour, ni l’heure, ni quand cela arriverait. — Il l’a vit une autre fois pendant son procès, alors qu’on la conduisait de la prison à la grande salle du château.
[Art. 5-8.]
Certains qui refusaient de participer au procès furent blâmés par les Anglais, notamment Nicolas de Houppeville.
[Art. 9.]
Ne sait rien de plus.
[Art. 10-14.]
Se souvient que nombreux clercs participèrent, et les notaires Manchon et Boisguillaume, mais ignore dans quel esprit ils agissaient-ils.
[Interrogatoires, mémoire de Jeanne.] A entendu dire que Jeanne dans ses réponses faisait merveille et qu’elle avait une mémoire surprenante ; en effet, interrogée une fois sur un point déjà traité peut-être huit jours avant, elle répondit : J’ai été interrogée tel jour […] et j’ai répondu ainsi.
; Boisguillaume déclara qu’elle n’avait pas répondu, d’autres assesseurs prétendait le contraire ; on fit lecture de la réponse au jour indiqué, et on trouva que Jeanne avait raison ; Jeanne s’en réjouit et dit à Boisguillaume que, s’il se trompait une autre fois, elle lui tirerait l’oreille.
[Art. 15-22.]
Ne sait rien.
[Art. 23-25.]
Fut présent au sermon de Saint-Ouen, mais ne saurait rien en dire, car il était trop loin pour entendre.
[Art. 26.]
On disait qu’après la première sentence, elle avait été amenée à prendre des vêtements d’homme.
[Art. 27-28.]
Ne sait rien.
[Art. 29-33.]
Fut présent au sermon du Vieux Marché, le jour où Jeanne mourut. Il la vit remettre à la justice séculière, et sans aucun délai ni sentence d’un juge laïc, elle fut remise au bourreau et conduite sur une estrade où avait été préparé le bûcher.
Croit qu’elle termina sa vie en catholique, car elle faisait plusieurs pieuses exclamations et lamentations, invoquant le nom de Jésus. Il l’entendit dire : Ah ! Rouen, Rouen, seras-tu ma maison ?
— Plusieurs étaient émus aux larmes et beaucoup étaient mécontents qu’elle eût été exécutée à Rouen. — Jusqu’à son dernier moment, Jeanne criait toujours Jésus !
Ses cendres et ses restes furent assemblés et jetés dans la Seine.
Seguin de Seguin (14 mai 1456)
Frère Seguin de Seguin, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des Frères prêcheurs, doyen de la faculté de théologie à l’Université de Poitiers, âgé d’environ 70 ans. Entendu d’office par les seigneurs juges le 14 mai.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
[Arrivée de Jeanne à Chinon.]
Il entendit parler de Jeanne par Pierre de Versailles. Ce dernier avait entendu dire par quelques hommes d’armes qu’ils étaient allés à la rencontre de Jeanne, venant auprès du roi, et qu’ils s’étaient mis en embuscade pour la capturer et la détrousser, elle et ses compagnons ; mais, alors qu’ils pensaient le faire, ils n’avaient pu se mouvoir du lieu où ils se trouvaient, et ainsi Jeanne s’était éloignée avec ses compagnons sans dommage.
[Examen à Poitiers.]
Il vit Jeanne pour la première fois à Poitiers. — Le conseil du roi (parmi eux l’archevêque de Reims) s’était assemblé dans la maison d’une certaine La Macée ; ils firent venir plusieurs clercs dont le témoin lui-même, Jean Lombart, professeur de théologie sacrée à l’Université de Paris, Guillaume Le Marié, chanoine de Poitiers, bachelier en théologie, Guillaume Aymeri, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des Frères prêcheurs, frère Pierre Turelure, maître Jacques Maledon, et plusieurs autres ; ils leur dirent que le roi les chargeait d’interroger Jeanne et d’en faire un rapport ; et ils les envoyèrent chez Jean Rabateau, où Jeanne était hébergée, afin de l’examiner. Une fois arrivés là, les délégués posèrent plusieurs questions à Jeanne. — Entre autres, Jean Lombart lui demanda pourquoi elle était venue, car le roi voulait bien connaître ce qui l’avait poussée à venir le voir ; elle répondit de belle manière : en gardant des animaux, une voix lui était parvenue, et lui dit que Dieu avait grande pitié du peuple de France et qu’il fallait qu’elle vînt en France. Ayant entendu cela, elle s’était mise à pleurer ; alors la voix lui avait dit d’aller à Vaucouleurs, et là elle trouverait un capitaine qui la conduirait avec sécurité en France et vers le roi, et elle ne devait pas avoir de doute ; ainsi avait-elle fait, et elle était arrivée auprès du roi sans aucun empêchement. — Puis Guillaume Aymeri l’interrogea : Tu dis que Dieu veut délivrer le peuple de la France ; mais s’il veut le délivrer, il n’a pas besoin des hommes d’armes.
Jeanne répondit : En nom Dé, les gens d’armes batailleront et Dieu donnera victoire.
; de cette réponse fut content maître Guillaume. — Le témoin lui demanda quel langage parlait la voix, elle lui répondit que c’était un meilleur langage que le sien. Le témoin parlant le limousin. Il lui demanda si elle croyait en Dieu, elle répondit oui, et mieux que lui. Alors il lui dit que Dieu ne voulait pas qu’on crût en elle sans preuve, et que les examinateurs ne recommanderaient pas au roi de lui confier des hommes d’armes, sur ses simples affirmations. Elle répondit : En nom Dieu, je ne suis pas venue à Poitiers pour faire signes ; menez-moi à Orléans et je vous montrerai les signes prouvant pour quoi je suis envoyée.
Elle demanda qu’on lui confia des hommes, autant qu’il leur paraîtrait convenable, et elle irait à Orléans. — Elle annonça alors aux examinateurs quatre événements qui étaient encore à venir, et qui arrivèrent peu après : 1. les Anglais seraient battus (après semonce) et Orléans délivré ; 2. le roi serait sacré à Reims ; 3. Paris rentrerait dans l’obéissance au roi de France ; 4. le duc d’Orléans reviendrait d’Angleterre. Toutes choses que le témoin a vu s’accomplir.
[Rapport de l’examen.]
Les délégués firent leur rapport au conseil : attendu la nécessité pressante et le danger où se trouvait la ville, le roi pouvait s’aider de Jeanne et l’envoyer à Orléans.
[Vie et les mœurs de Jeanne.]
Les examinateurs enquêtèrent également sur la vie et les mœurs de Jeanne, et trouvèrent qu’elle était bonne chrétienne, vivait en catholique, et n’était jamais oisive. Des femmes lui furent attachées pour rapporter au conseil ses faits et gestes.
[Envoyée par Dieu.]
Croit que Jeanne fut envoyée par Dieu ; attendu que le roi et ses sujets n’avaient plus aucun espoir et que tous au contraire croyaient à la défaite.
[Mœurs de Jeanne à l’armée.]
On demanda à Jeanne pourquoi elle avait un étendard, elle répondit qu’elle ne voulait pas se servir de son épée, ni tuer quelqu’un. — Jeanne détestait entendre jurer le nom de Dieu en vain, et avait horreur de ceux qui juraient ; elle disait à La Hire, qui avait l’habitude de dire beaucoup de jurons et de renier Dieu, qu’il reniât son bâton. Et ensuite ce La Hire, en présence de Jeanne eut coutume de renier son bâton.
Déposition de Jean d’Aulon
Jean d’Aulon (Lyon, 28 mai 1456)
Jean d’Aulon prêta serment et déposa devant les deux notaires et le vice-inquisiteur ce qui suit : [En français.]
[Arrivée de Jeanne auprès du roi.]
Il y a 28 ans environ, alors que le roi était à Poitiers, on vint l’avertir qu’une Pucelle, originaire de Lorraine, lui avait été amenée par deux gentilshommes se disant envoyés par Robert de Baudricourt, le chevalier Bertrand et Jean de Metz. Lui-même se rendit à Poitiers pour la voir.
[Premier examen.]
La Pucelle s’entretint seule avec le roi et lui dit certaines choses secrètes (qu’il ignore). Peu après, le roi fit assembler son conseil, auquel participa le déposant, où il déclara que la Pucelle se disait envoyée par Dieu pour l’aider à recouvrer son royaume, alors occupé pour la plus grande partie par ses vieux ennemis les Anglais. Le conseil décida que la Pucelle, qui paraissait âgée de 16 ans environ, serait interrogées sur des points touchant la foi. Le roi convoqua plusieurs théologiens, juristes et autres experts, qui l’interrogèrent avec soin. Lui-même fut présent au conseil, lorsqu’ils firent leur rapport : ils affirmèrent publiquement ne voir en elle qu’une bonne chrétienne et vraie catholique, et la tenaient pour telle.
[Examen de virginité.]
Après ce rapport, la Pucelle fut confiée à la reine de Sicile, mère de la reine, et à ses dames qui examinèrent ses parties secrètes et la déclarèrent vraie et entière pucelle. Il fut également présent quand la reine fit son rapport.
[Approbation du conseil.]
Le roi, considérant la grande bonté qui était en la Pucelle et qu’elle se disait être envoyée de Dieu, annonça en conseil que désormais il s’aiderait d’elle pour la guerre. Il fut donc décidé qu’elle serait envoyée à Orléans, assiégée par les anciens ennemis. On lui donna des gens, et lui même fut chargé par le roi de veiller sur elle. Le roi lui fit faire un harnais sur mesure, et ordonna qu’elle et sa compagnie soient conduites à Orléans. Ils partirent sans délai.
[Arrivée à Orléans.]
Dunois, qu’on appelait alors le bâtard d’Orléans, se trouvait dans la ville pour sa défense. Dès qu’il apprit la venue de la Pucelle, il fit assembler des hommes pour aller à sa rencontre, comme La Hire et d’autres. Ils décidèrent, pour plus de sûreté, d’y aller par la Loire en bateau, et la trouvèrent à un quart de lieue. Lui-même et la Pucelle montèrent dans un bateau et le reste des gens s’en retournèrent vers Blois. Ils entrèrent dans Orléans sans embûche avec Dunois et ses gens. Dunois la fit loger bien honnêtement dans la maison d’un notable bourgeois de la ville marié à une notable femme.
[Renfort de Blois.]
Après s’être entretint avec la Pucelle sur comment défendre de la ville et mieux accabler l’ennemi, Dunois, La Hire et les autres capitaines décidèrent qu’on irait chercher des renforts de Blois. Dunois, le témoin et d’autres capitaines s’apprêtèrent à y aller avec leurs gens. Lorsque la Pucelle apprit leur départ, elle sauta à cheval et sortit avec La Hire et des gens à elle pour tenir l’ennemi à distance. Elle fit si bien que grâce à Dieu, Dunois, lui-même et leurs gens passèrent sans encombre, malgré la grande puissance et le nombre des ennemis ; puis elle rentra dans la ville. Lorsqu’elle apprit le retour des capitaines avec le renfort, elle monta à cheval et avec ses gens, partit à leur rencontre pour leur prêter main forte au cas où. La Pucelle, Dunois, le maréchal, La Hire, le témoin et leur gens entrèrent dans la ville au vu et au su des ennemis, sans la moindre opposition.
[Arrivée de Fastolf.]
Le jour même, au logis de la Pucelle, alors qu’elle et le témoins terminait leur dîner, Dunois entra et déclara que le capitaine anglais Fastolf était signalé à Joinville et qu’il arrivait pour renforcer et ravitailler l’armée de siège. L’annonce parut réjouir la Pucelle qui rétorqua : Bâtard ! Bâtard, au nom de Dieu je te commande que dès que tu sauras la venue de Fastolf, tu me le fasses savoir ; car s’il passe sans que je le sache, je te promets que je te ferai ôter la tête.
À quoi Dunois répondit qu’elle se rassure car il lui ferait bien savoir.
[Attaque de la porte de Bourgogne.]
Sur ce, le témoin, rompu, s’allongea sur une couchette pour se reposer un peu. La Pucelle l’imita et se mit sur un autre lit avec son hôtesse. À peine commençait-il à prendre son repos que la Pucelle se redressa soudain et le réveilla avec fracas : En nom Dieu, mon conseil m’a dit d’aller sur l’Anglais, mais je ne sais si c’est à leur bastilles ou contre Fastolf !
Il se leva aussitôt et l’arma. Des cris parvinrent du dehors signalant une violente attaque. Il se fit armer et constata que la Pucelle était partie. Dans la rue elle tomba sur un page à cheval, lui prit sa monture de force et traça droit à la porte de Bourgogne d’où venait le bruit. Il la suivit mais ne put la rattraper avant la porte. En arrivant, ils virent qu’on transportait un blessé grave ; elle s’informa et quand on lui apprit que c’était un Français elle déclara qu’elle n’avait jamais vu de sang français sans que les cheveux ne lui dressassent
.
[Prise de Saint-Loup.]
La Pucelle, lui-même et d’autres gens de guerre sortirent de la ville pour soutenir l’attaque ; jamais il n’avait vu tant de gens d’armes de leur parti. Ils se dirigèrent vers une très forte bastille appelée Saint-Loup, qu’ils assaillirent et emportèrent rapidement et à très peu de perte. Tous les ennemis furent soit morts soit pris. Puis ils regagnèrent la ville et se reposèrent le reste de la journée.
[Prise de Saint-Jean-le-Blanc.]
Le lendemain, encouragé par la victoire de la veille, la Pucelle et ses gens sortirent attaquer la bastille de Saint-Jean-le-Blanc située en face de la ville. Cette bastille était protégée par une autre, au pied du pont, si bien qu’ils décidèrent de la contourner en passant par une île de la Loire. Ils firent un pont à l’aide de deux bateaux, traversèrent, mais trouvèrent la place vide ; les Anglais ayant préféré se réfugier dans une autre bastille plus grosse et plus forte appelée bastille des Augustins.
[Prise des Augustins.]
Les Français ne se sentant pas de force pour prendre cette bastille décidèrent de rebrousser chemin. Les plus vaillants d’entre eux, les seigneurs de Gaucourt, de Villars, et lui-même restèrent en retrait pour protéger les arrières. La Pucelle et la Hire montèrent chacun sur un bateau, la lance à la main, quand soudain on vit l’ennemi jaillir de la bastille des Augustin. La Pucelle et La Hire, toujours en première ligne, couchèrent leur lance et commencèrent à frapper, suivi par leur gens ; si bien que l’ennemi dut se réfugier dans la bastille.
Pendant ce temps, le témoin assurait la garde d’une passe avec sa compagnie, qui comptait un bien vaillant homme d’armes du pays d’Espagne, Alphonse de Partada. Un autre bel homme, grand et bien armé, décida de quitter le rang pour aller à l’assaut ; le témoin le somma de garder son poste mais il répondit qu’il n’en ferait rien. Ledit Alphonse le prit à parti, disant que d’autres aussi vaillants que lui restaient bien ; il répondit que lui ne resterait pas. Ils s’échangèrent des mots, et résolurent d’aller tous deux à l’assaut voir qui serait le plus vaillant. Bras dessus, bras dessous, il s’élancèrent vers la bastille. Là, un grand, fort et puissant Anglais causait de grands dommages et rendait la palissade infranchissable. Le témoin montra l’Anglais à un nommé maître Jean le Canonnier, qui d’un trait le jeta mort par terre. Les deux hommes s’engouffrèrent dans la bastille, et toute leur compagnie derrière eux. En peu de temps la place était prise. Quelques ennemis parvinrent à se réfugier dans la bastille des Tournelles au pied du pont, mais la plupart furent tués ou pris. Après cette victoire, la Pucelle, les seigneurs et leurs gens passèrent la nuit devant la bastille.
[Prise des Tournelles.]
Le lendemain matin, la Pucelle convoqua les seigneurs et capitaines qui se trouvaient devant la bastille gagnée la veille afin d’aviser la suite. On convint que la priorité était désormais le gros boulevard que les Anglais avaient construit devant la bastille des Tournelles. La Pucelle et les capitaines répartirent leur gens autour du boulevard et l’assaillirent de toutes parts. L’effort dura du matin jusqu’au soleil couchant sans parvenir à rien prendre. Les capitaines, considérant l’heure tardive et la fatigue générale décidèrent de sonner la retraite. Celui qui portait l’étendard de la Pucelle voulut suivre le mouvement et remit l’étendard à un homme du seigneur de Villars nommé le Basque, que le témoin connaissait pour brave. Craignant que si l’on renonçait aujourd’hui, le boulevard et la bastilles demeurassent aux ennemis, il eut l’idée de porter l’étendard bien en avant, comptant sur l’affection qu’il inspirait à tous les gens de guerre pour les relancer à l’assaut. Observant l’entreprise, le témoin demanda au Basque s’il le suivrait dans la bastille. Ayant obtenu sa promesse, il se jeta dans le fossé et, se protégeant des jets de pierre avec son bouclier, parvint jusqu’au pied du boulevard, persuadé que son compagnon l’avait suivi. Mais au moment où celui-ci allait s’élancer, la Pucelle, qui venait d’apercevoir son étendard dans les mains d’un autre, l’agrippa par le bout en criant : Ha ! Mon étendard ! mon étendard !
Comme aucun des deux ne lâchait, l’étendard ballottait, si bien que les autres crurent qu’elle leur faisait signe. Le témoin vit cependant que le Basque ne l’avait pas suivi et lui dit : Ha, Basque, n’avais-tu pas promis ?
; ce dernier tira un grand coup sur l’étendard, l’arracha des mains de la Pucelle, et s’en fut rejoindre son camarade. Tous les gens de la Pucelle se rallièrent et se ruèrent à l’assaut. En peu de temps le boulevard et la bastille étaient pris. — Ce soir-là, comme Jeanne l’avait annoncé le matin-même, les Français rentrèrent dans Orléans par le pont. Elle avait été blessée d’un trait durant l’assaut, il l’a fit soigner.
[Départ des Anglais.]
Le lendemain, les Anglais qui se trouvaient encore devant la ville levèrent le siège et s’en allèrent, confus et déconfits. C’est ainsi que grâce à l’aide de notre Seigneur et de la Pucelle, la ville fut délivrée.
[Siège de Saint-Pierre-le-Moûtier.]
Peu après le retour du sacre, alors que le roi se trouvait à Mehun-sur-Yèvre, le conseil décida qu’il fallait recouvrer la ville de La Charité, et avant prendre celle de Saint-Pierre-le-Moûtier, toutes deux aux mains de l’ennemi. La Pucelle alla à Bourges rassembler des forces sous le commandement du seigneur d’Albret, et de là on partit mettre le siège devant Saint-Pierre. Enfin on donna l’assaut, mais les assiégés offrirent une si merveilleuse résistance que les Français firent sonner la retraite. Le témoin, qui était blessé d’un trait au talon et ne pouvait se déplacer sans béquilles, aperçut alors la Pucelle qui demeurait là, avec une poignée d’hommes. Craignant quelque danger il monta sur un cheval et tira vers elle lui demander ce qu’elle faisait ici seule, et pourquoi elle ne repliait pas avec les autres. Après avoir retiré sa salade [casque], elle répondit qu’elle n’était pas seule, qu’elle avait encore cinquante mille de ses gens avec elle, et qu’elle ne partirait pas avant d’avoir pris la ville. Elle n’avait pourtant pas plus de quatre ou cinq hommes avec elle, et d’autres que lui le virent aussi. Il l’exhorta à se retirer, mais elle lui réclama des fagots pour faire un pont sur le fossé. Aux fagots tout le monde
cria-t-elle ; et à l’instant le pont fut dressé. Lui-même en fut tout émerveillé ; car à peine assaillie, la ville fut prise sans grande résistance.
[Envoyée par Dieu.]
Tous les faits de la Pucelle lui semblaient plus divins et miraculeux qu’autrement ; il aurait été impossible à une si jeune pucelle d’accomplir tant de choses sans être gouvernée par notre Seigneur.
[Mœurs et piété de Jeanne.]
Il passa une année entière en compagnie de la Pucelle. Durant tout ce temps il n’a vu et connue en elle qu’une bonne chrétienne, de très bonne vie et de conversation honnête, en tous et chacun de ses faits. La Pucelle était aussi très dévote et entendait volontiers et dévotement la messe, tous les jours si possible, la grand messe du lieu aux jours solennels et la basse messe les autres jours. Il la vit plusieurs fois se confesser et communier et ne l’a jamais entendue jurer ou blasphémer.
[Chasteté de Jeanne.]
La Pucelle était une jeune fille belle et bien formée ; il lui vit plusieurs fois la poitrine et les jambes nues, lorsqu’il l’aidait à s’armer ou en faisant panser ses plaies, et aussi s’approchait souvent d’elle. Pourtant, et bien qu’il fut alors fort, jeune et en sa bonne puissance, jamais il n’eut de désir charnel vers elle. Ni aucun de ses gens ou écuyer, ainsi qu’il l’entendit souvent dire.
[Jeanne devait être inspirée.]
Elle était très bonne chrétienne et devait être inspirée, car elle aimait tout ce qu’un bon chrétien doit aimer.
[Jeanne aimait un prudhomme.]
Elle aimait notamment un bon prudhomme qu’elle savait être de vie chaste.
[Secrète maladie des femmes.]
Il tient de plusieurs femmes qui ont vu la Pucelle nue et su ses secrets, qu’elle n’avait pas la secrète maladie des femmes, et que personne n’en vit rien par ses habillements ou autres.
[Le conseil de Jeanne.]
Pour les faits de guerre, la Pucelle lui disait qu’elle avait un conseil qui la guidait. Il lui demanda qui était ce conseil, elle lui répondit qu’ils étaient trois : l’un restaient toujours avec elle, un autre allait et venait, et le troisième était celui avec lequel les deux premiers délibéraient. Un jour il la pria de bien vouloir lui montrer son conseil mais elle lui répondit qu’il n’était pas assez digne ni vertueux pour le voir ; il ne chercha plus à en savoir d’avantage.
[Piété de Jeanne.]
Vu ses faits et gestes ainsi que ses grandes réalisations, croit fermement que la Pucelle était remplie de tous les biens qui peuvent et doivent être en une bonne chrétienne.