Réhabilitation

Jacques Gélu (~1370–1432)

Archevêque de Tour puis d’Embrun, conseiller des papes et des rois, Charles VII l’interrogea au sujet de Jeanne d’Arc juste après la libération d’Orléans (1429) ; il répondit par un mémoire qui nous est parvenu.

Chronologie

  • ~1370

  • Naissance à Yvois (Carignan depuis 1662), Ardennes, dans une famille aisée.

    La ville appartient alors au duché de Luxembourg (Saint-Empire) et à l’archidiocèse de Trèves (dont dépendent les évêchés de Metz, Toul et Verdun).

  • ~1379

    (9 ans)
  • Ses parents le confient au chancelier de Brabant, qui lui apprend l’allemand.

    Venceslas Ier de Luxembourg, duc de Luxembourg et de Brabant (par sa femme), était le demi-frère cadet de l’empereur Charles IV du Saint-Empire.

  • 1385

    (15 ans)
  • 1385–1391

    Université de Paris. — Il entre à la faculté des Arts et devient maître-ès-art en 1391.

    Il apprend la métaphysique avec Henri Chicot.

  • 1392

    (22 ans)
  • 1392–1395

    Il étudie le droit à la Faculté de décret ; est reçu bachelier en 1395.

    Il suit entre autres le cours de droit canon de Jean de Thoisy, futur évêque de Tournai et précepteur des enfants du duc de Bourgogne.

  • 1401

    (31 ans)
  • 11 mar.
    Il obtient sa licence de droit à l’Université d’Orléans.
  • 1402

    (32 ans)
  • 29 mar.
    De retour à Paris il commence à enseigner à la Faculté de décret.
  • 11 déc.
    Le duc Louis d’Orléans (frère cadet de Charles VI) l’engage comme maître des requêtes de son hôtel.
  • 1405

    (35 ans)
  • 26 avr.
    Il est élu conseiller au parlement de Paris.
  • 1407

    (37 ans)
  • jun. 1407–nov. 1409
    Le roi Charles VI le nomme président du Conseil delphinal (parlement du Dauphiné, à Grenoble).
  • 23 nov.

    Assassinat du duc d’Orléans

    La rivalité entre Orléans et Bourguignons tournait à l’avantage du duc d’Orléans (qui domine le conseil du roi). Son cousin le duc de Bourgogne Jean sans Peur, qui bénéficie du soutien de la population et de l’Université, le fait assassiner. — Charles d’Orléans (13 ans), fils et successeur de Louis, épousera en 1410 la fille du comte Bernard d’Armagnac, lequel deviendra le chef de l’opposition aux Bourguignons.

  • 1409

    (39 ans)
  • Gélu écrit à l’archevêque d’Embrun, Michel Étienne, pour solliciter une place de chanoine, qu’il obtient dans l’année.
  • 1410

    (40 ans)
  • déc.
    Le dauphin Louis (13 ans), duc de Guyenne, l’institue son maître des requêtes, avec une pension de 300 livres tournois.
  • 1413

    (43 ans)
  • avr.–aoû.

    Révolte des Cabochiens

    En janvier, Charles VI, qui a grand besoin d’argent, convoque d’impopulaires états généraux (de langue d’Oïl). Jean sans Peur y voit une nouvelle occasion de renforcer son influence contre l’autorité royale ; il s’associe à une faction violente, liée à la corporation des bouchers et commandée par Simon Caboche. À coups d’émeutes, ceux-ci parviennent à prendre le contrôle de Paris (prise de la Bastille le 27 avril) et à imposer au roi de signer l’ordonnance cabochienne (promulguée les 26-27 mai) : une réforme qui bride son pouvoir, préparée par des Universitaires favorables aux Bourguignons (dont Pierre Cauchon). — Mais les exactions se poursuivirent (le 13 juillet le prévôt de Paris, Pierre des Essarts, est décapité sur la place des Halles, sa tête promenée au bout d’une pique et son corps pendu au gibet de Montfaucon) ; celles-ci rendent Cabochiens et les Bourguignons odieux à la population, qui se soulève. Les Cabochiens sont vaincus (2 au 4 août) et le duc de Bourgogne contraint de s’enfuir (23 août) ; les Armagnacs font une entrée triomphale (1er septembre) ; l’ordonnance est cassée (13 septembre).

  • 1414

    (44 ans)
  • 1414–1418

    Ouverture du concile de Constance.

    Pour mettre un terme au grand schisme d’Occident, le concile de Pise (1409) avait déposé les deux papes rivaux, Grégoire XII (pape de Rome) et Benoît XIII (Pierre de Lune, pape d’Avignon), pour élire Alexandre V (26 juin 1409). Ce dernier mourut (3 mai 1410) et Jean XXIII lui succéda (17 mai). Cependant aucun des deux précédents rivaux n’avaient accepté sa déposition ; aussi l’Église se retrouvait-elle avec trois papes. — Pour régler la question, Jean XXIII et l’empereur Sigismond convoquèrent un concile à Constance le 5 novembre 1414.

  • 5 oct.
    Le dauphin Louis, à qui Charles VI avait confié l’administration des finances du royaume, institue Gélu général des finances.
  • 7 nov.

    Archevêque de Tours.

    Il est à Paris lorsque Jean XXIII le nomme archevêque de Tours (7 novembre), au cours de la première session du concile de Constance, en présence de dix-sept cardinaux. Il apprend sa nomination (18 novembre), prête serment de fidélité au roi (4 décembre) et fait prendre possession du siège par maître Jean Girard (22 décembre).

    Le dimanche 13 janvier 1415, dans la chapelle royale de l’église Saint-Paul, il reçoit la consécration épiscopale des mains l’évêque de Paris, en présence du roi Charles VI, du duc Charles d’Orléans, de son frère Philippe, comte de Vertus, et de nombreux autres seigneurs et chevaliers.

    L’évêque de Paris, Gérard de Montaigu, était assisté de Bernard de Chevenon, évêque de Beauvais, et Jean d’Arsonval, évêque de Chalon-sur-Saône.

    Le 8 avril, il fait son entrée solennelle à Tours.

  • 1415

    (45 ans)
  • mai–jul.

    Ambassade au concile de Constance. — Charles VI, qui l’avait fait entrer dans son conseil, le désigne comme ambassadeur auprès du concile (lettres du 30 mai). Il s’y rend aussitôt.

    Sous la pression de Sigismond, Jean XXIII avait quitté la ville déguisé (20 mars) ; il fut arrêté (avril) et déposé (29 mai) par l’évêque d’Arras, Martin Poré. De son côté, Grégoire XII, avait fait parvenir au concile sa renonciation (4 juillet). Ne restait donc que Benoît XIII (Pierre de Lune), retiré à Peníscola dans le royaume d´Aragon. Sigismond décida d’aller le convaincre en personne.

    Ambassade auprès de Benoît XIII. — Gélu est mis à la tête des quatorze prélats (dont quatre Français) qui vont accompagner l’empereur (15 juillet). L’expédition quitte Constance (18 juillet) et arrive à Perpignan (19 septembre). D’intenses négociations s’engagent, sans succès ; l’empereur repart (5 novembre).

    Gélu rédige son Apologie pour l’empereur Sigismond, le roi d’Aragon et les ambassadeurs du concile contre l’antipape Benoît XIII, que le concile approuva et qui servit à détacher nombreux partisans de Benoît XIII.

  • 25 oct.

    Bataille d’Azincourt.

    Profitant des désordres en France, Henri V avait entrepris la conquête de la Normandie. Débarqué avec son armée (12 août), il s’était emparé d’Harfleur après un mois de siège (22 septembre). Comptant se retrancher à Calais, il se fait rattraper par l’armée française (24 août) qui tente de l’intercepter. Malgré sa supériorité numérique, celle-ci est mise en déroute (25 août). — Le connétable Charles d’Albret est tué ; Bernard d’Armagnac est nommé pour le remplacer.

    Un an plus tard, Henri V et Sigismond signent le traité de Cantorbéry contre la France (15 août 1416).

  • 18 déc.
    Décès du dauphin Louis, à 18 ans. Son frère Jean, 17 ans, lui succède comme dauphin.
  • 1417

    (47 ans)
  • 4 avr.
    Décès du dauphin Jean, à 18 ans. Son frère Charles (futur Charles VII), 14 ans, lui succède comme dauphin.
  • 11 nov.

    Élection de Martin V et fin du concile de Constance.

    Au nom de la France, Gélu propose (22 octobre) que le conclave soit composé, en plus des 23 cardinaux (15 italiens, 7 français, 1 espagnols), de 30 délégués des cinq nations (6 chacune : Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie), ce qui est accepté. Après trois jours de débats (8-11 novembre), Martin V est finalement élu à l’unanimité.

    Huit voix s’étaient initiallement portées sur Jacques Gélu.

    Outre l’élection de Martin V, le concile établit que les conciles se réuniraient désormais périodiquement, sans besoin d’être convoqués par le pape (en 1423, 1430, puis tous les 10 ans) ; et condamna les hérésies de John Wyclif, Jan Hus et Jérôme de Prague (les deux derniers ayant été exécutés les 6 juillet 1415 et 30 mai 1416).

  • 1418

    (48 ans)
  • mar.–avr.
    Gélu quitte Constance avec le titre de légat pontifical auprès de Charles VI (sauf-conduit du 2 mars, instructions pontificales du 8), pour rechercher la paix du royaume à l’intérieur et à l’extérieur (avec les Bourguignons et avec l’Angleterre). Arrivé à Paris, il remet les bulles au dauphin (14 avril) qui sont lues et enregistrées au Parlement (15 avril).
  • mai–jun.

    Jean sans Peur maître de Paris.

    Dans la nuit du 28 au 29 mai 1418, les Bourguignons et leurs auxiliaires parisiens (le bourreau Capeluche à leur tête, et d’anciens cabochiens) se répandent dans la capitale et massacrent les Armagnacs. Le dauphin Charles, 15 ans, est sauvé par le prévôt de Paris, Tanguy du Châtel, qui parvient à l’exfiltrer (il gagnera Melun, puis Bourges où il se proclamera régent du royaume). Parmi les victimes on compte le connétable Bernard d’Armagnac (12 juin) et le chancelier Henri de Marle.

    Gélu parvient à s’échapper (16 juin).

  • 1419

    (49 ans)
  • 19 jan.

    Henri V maître de la Normandie.

    Après une pause de deux ans, Henri V avait relancé les opérations militaires, débarqué une seconde fois (1417), et s’était proclamé duc de Normandie. Rouen tombe après six mois de siège (19 janvier 1419) et devient le siège du gouvernement anglais.

  • 19 oct. 1419–21 mai 1420

    Assassinat de Jean sans Peur.

    Le duc de Bourgogne tente de détacher le dauphin Charles des Armagnacs, lui promettant une alliance contre les Anglais : traité de Saint-Maur (16 septembre 1418), paix du Ponceau (11 juillet 1419), laquelle doit être renforcée : c’est l’entrevue sur le pont de Montereau (10 septembre) où le duc est tué. Son assassinat jette les Bourguignons dans les bras des Anglais.

  • 1420

    (50 ans)
  • jan.
    Gélu se rend par voie maritime à Madrid, solliciter une aide du roi Jean II de Castille en faveur du dauphin Charles.
  • 21 mai

    Traité de Troyes.

    Signé dans la cathédrale Saint-Pierre de Troyes, il fait d’Henri V l’héritier de Charles VI à la couronne de France (et dès à présent le régent du royaume). — Dans la foulée Henri V épouse Catherine de Valois, la fille de Charles VI (dimanche 2 juin, à l’église Saint-Jean-du-Marché de Troyes). Enfin il fait une entrée triomphale à Paris (1er décembre) ; l’Université de Paris (et son recteur Pierre Cauchon) approuve le traité.

  • 6 jun.

    Gélu est de retour dans son évêché. Il écrit une lettre de reproche à Henri V. Puis tente de rallier les Bretons à la cause du dauphin (le duc Jean V de Bretagne a signé le traité de Troyes).

    Les diocèses de Bretagne faisaient alors partie de la province ecclésiastique de Tours.

  • 1421

    (51 ans)
  • 21 sep.
    Départ pour Rome. De là, le pape Martin V l’envoie auprès de la reine Jeanne II de Naples, tenter d’apaiser les rivalités entre le roi Alphonse V d’Aragon et le comte Louis III d’Anjou qui se disputent le royaume.
  • 1427

    (57 ans)
  • Archevêque d’Embrun.

    À la mort de leur archevêque Michel Étienne (1er mai), les chanoines d’Embrun élisent Gélu comme successeur (lui-même étant chanoine depuis 1409). Il se rend à Rome pour obtenir confirmation (~juillet).

    L’archevêché de Tours revint à Philippe de Coëtquis, évêque de Léon (Finistère), également fidèle de Charles VII.

    De retour à Embrun, il s’installe au château de Guillestre, résidence épiscopale, où il passera la fin de sa vie, loin du centre politique mais toujours en contact épistolaire avec lui.

    Du fond de sa modeste retraite, son ancienne renommée continuait à rayonner dans le monde entier. Les papes et les rois tournaient leur pensée vers Embrun, lorsqu’il s’agissait d’une question délicate. — (Honoré Fisquet, La France pontificale, 1864-1874, p. 918, voir.)

    Il rédige une histoire de l’Église d’Embrun et de ses prédécesseurs (Rerum ab antecessoribus in Ecclesia Ebrodunensi gestarum breve compendium) et ses Mémoires jusqu’en 1421 (Vita Jacobi Gelu ad annum 1421), écrite sur le revers de la couverture et sur quelques feuillets vierges d’un volume du Décret de Gratien.

  • 1429

    (59 ans)
  • fév.

    Mémoire sur Jeanne d’Arc.

    Le bruit de l’arrivée de Jeanne à la Cour (février) parvient à Embrun. Gélu est notamment informé par deux proches de Charles VII : Jean Girard, un conseiller (qui succédera à Gélu comme archevêque d’Embrun) et Pierre l’Hermite, son confesseur (sous-doyen de Saint-Martin de Tours). Gélu les appelle à ne pas croire cette fille à la légère ; il écrit même à la reine et au roi, à qui il recommande de ne point converser seul avec elle, et qu’elle ne l’approche pas de trop près jusqu’à ce qu’on se soit assuré de sa vie et des ses mœurs.

    Lettre uniquement connue par une copie du XVIIe siècle. Le contenu de ces correspondances est rapporté par le père Fornier (p. 314 et suiv., voir).

    Mais lorsqu’il apprend la libération d’Orléans (8 mai) et l’action merveilleuse de Jeanne, il n’a plus de doute sur l’origine divine de sa mission ; aussi s’empresse-t-il de rédiger un traité adressé au roi (mais également à l’intention des clercs) sur la venue de Jeanne, servante de notre Seigneur Jésus Christ (super adventum Johannæ Domini Nostri Jesu Christi ancillæ), qu’il achève en juin.

    Le mémoire n’est pas daté, mais sa rédaction se situe entre la libération d’Orléans et le sacre à Reims (17 juillet) qu’il ne mentionne pas. D’après le père Fornier (p. 320), Gélu aurait également composé un mémoire en français ; il ne nous est pas parvenu.

  • 1430

    (60 ans)
  • 23 mai

    Jeanne d’Arc est prise devant Compiègne.

    Ayant appris la capture de Jeanne, Gélu écrit à Charles VII ; il l’invite l’introspection (n’aurait-il rien fait qui offensât Dieu pour qu’il permette la prise de Jeanne ?), le presse de tout entreprendre pour obtenir sa libération (afin d’éviter le blâme ineffaçable d’une très reprochable ingratitude) et d’ordonner partout des prières.

    Le 30 mai 1431, Jeanne d’Arc est brûlée à Rouen.

  • 1431

    (61 ans)
  • 3 mar.

    Ouverture du concile de Bâle et élection du pape Eugène IV.

    Conformément aux dispositions du concile de Constance, un nouveau concile devait se réunir. Martin V choisit la ville de Bâle et la date du 3 mars ; il meurt à Rome le 20 février ; Eugène IV est élu le 3 mars ; le concile s’ouvre finalement le 23 juillet.

    Comme son prédécesseur, Eugène IV consultera fréquemment Gélu par écrit.

  • 1432

    (62 ans)
  • 7 sep.
    Jacques Gélu décède dans son archevêché d’Embrun.

Références

  • Marcellin Fornier (jésuite, 1592-1649), Histoire générale des Alpes maritimes, manuscrit édité en 1890 (2 vol., puis 1 vol. de continuation, Paris, Champion) ; les p. 283-331 du t. II sont consacrées à Jacques Gelu, Gallica, Google Books :

    Il estoit natif d’Yvoy, ville du Luxembourg, et du diocèse de Trêves. Son extraction, de parents honorables et commodes, qui eurent bien de quoy l’élever dans toutes les bonnes lettres, et dans l’honneur et la civilité du monde. Son père fust Henry Gélu de Marville, homme considéré partout, et chéri pour les qualitez de sa débonnaireté, de son honesteté, de sa continence, de sa retenue en ses mœurs, et de la libéralité, fort ouverte, de sa bourse. Sa mère se nommait Hydrona de Thalabona, du diocèse de Trèves. Il falloit haster cet esprit et pour ce, le conduisit-on, au neufvième de son âge, en Allemagne, auprez du chancelier de Brabant, où, dans l’espace de 15 moys qu’il y séjourna, il apprint parfaitement la langue allemande…

    L’auteur décrit plusieurs lettres reçues et envoyées au sujet de Jeanne d’Arc :

    Arrivée de Jeanne à la cour (lettre de Jean Girard et réponse de Jacques Gelu, lettre de Pierre l’Hermite et réponse, lettre de Jacques Gelu au roi Charles VII), p. 313-316, Gallica, Google Books :

    XXVII. Jean Girard, [...] qui semble escrire à luy, despuis Orléans, où se passoit la tragédie, et où les afaires de Charles estoient en très mauvais estat [...], luy fait une ample déclaration du prodige qui s’estoit présenté en cette Jeanne, pucelle, du lieu de Vaucouleur, nourrie parmy les moutons, âgée de 16 ans, que certains gentilshommes avoient présenté au Roy,...

    Examen de Jeanne, puis libération d’Orléans (lettres au roi), p. 317-318 :

    XXIX. Il déclare au Roy qu’il est bien aise qu’on tienne cette jeune fille dans la suspension et l’incertitude ou de luy croire ou non et qu’il ne trouveroit point à propos qu’elle eût beaucoup d’accès au Roy, jusques à ce qu’on fust bien acertainé de sa vie et de ses mœurs. Despuis ce temps, comme les issues furent toutes miraculeuses, par la main de cette bergère, en la délivrance d’Orléans, il envoye au Roy une autre despeche, par laquelle il l’avertit de n’estre point ingrat pour un tant signalé bienfait et, tout à la fois [...]

    Enfin, il luy conseille de se laisser mener à Dieu, qui luy a tant donné de preuves de sa providence, et ne se pas estonner des pertes de seule apparence. Il luy marque qu’il faut qu’il laisse gouverner la sagesse divine, par cette fille qui est envoyée de luy, comme son ange.

    Prise de Jeanne à Compiègne (lettres au roi), p. 318-320 :

    XXX. [...] En voici une autre qu’il luy dépêche, apprez qu’il eût eu la nouvelle que Jeane, la vaillante victorieuse, avoit esté prinse, à Compiègne, par les Anglois, qui la tenoient en prison. Il commence par les grâces dont Sa Majesté a esté comblée, par l’assistence du Ciel, agissant par le bras et par le renfort du cueur d’une fille, qui avoit tant fait desjà de prodiges en ces victoires. Il le prie de faire sur luy-mesme quelque retour d’esprit, pour y voir s’il n’auroit en rien offensé la bonté de son Dieu. De quoy a-il peu estre irrité, pour permettre que cette vierge guerrière ait esté faite prisonnière de l’ennemi ? Il luy recommende que, pour le recouvrement de cette fille et pour le rachapt de sa vie, il n’espagne ny moyens, ny argent, ny quel prix que ce soit, s’il n’est prest d’encourir le blasme ineffaçable d’une très reprochable ingratitude. Il luy conseille, davantage, de faire ordonner partout des prières pour la délivrance de cette pucelle, afin que si cet accident estoit arrivé, ou par quelque manquement du Roy, ou par celuy de son peuple, il luy plaise de le pardonner.

    Je croy que si le livre qu’il a composé pour la défense de cette saincte amazone, en vieil langage françois de ce siècle, avoit esté mis en lumière, avec la politesse de ce temps, le lecteur y verroit le raisonnement d’un esprit consommé(*).

    (*) On ne saurait trop déplorer la perte du mémoire que Jacques Gélu avait composé en vieil langage françois, en faveur de Jeanne d’Arc.

  • Dom Martène (historien bénédictin, 1654-1739), Thesaurus novus anecdotorum, t. III, 1717, col. 1947-1952, Google Books :

    Vita Jacobi Gelu, archiepiscopi turonensis, ab ipso conscripta. (Ex MS. Ecclesiæ Turonensis.)

    1. Ego Jacobus Gelu, clericus oriundus de Ynodio Treverensis diocesis fui magister in artibus anno Domini M. CCCLXXXXI. in universitate Parisiensi, effectus secundus in auditione prima in sancta Genovesa, præstante eo qui linguas infantium disertas facit, cui sit laus et gloria in sæcula. 2. Anno Domini millesimo trecentesimo nonagesimo quinto, ego Jacobus præfatus recepi Parisiis gradum bacalaureatus in decretis annuente Domino qui sit benedictus et superexaltatus in sæcula. 3. Undecima Martii anni Domini millesimi quadringentesimi primi, ego Jacobus præfatus recepi licentiam in legibus, in studio Aurelianensi, Domino volente, cui sit laus et honor in æternum. 4. Martii vigesima nona anni Domini millessimi quadringentesimi secundi incœpi legere ordinarium Parisiis in facultate decretorum in magnis scholis, præstante eo qui est sapientiæ et scientiæ largitor, cui sit benedictio per infinita sæcula. 5. Decembris decima quarta anni Domini millesimi quadringentesimi secundi, illustrissimus princeps dominus Ludovicus dux Aurelianensis me magistrum requestarum sui hospitii retinuit, ac dum a lectione mea ordinaria prædicta exibam notabiliter nuntiari fecit, operante eo in cujus manu regum et principum sunt corda, qui est benedictus in æternum.

    Vie de Jacques Gélu, archevêque de Tours, écrite par lui-même. (D’après un manuscrit de l’Église de Tours.)

    1. Moi, Jacques Gélu, clerc originaire d’Yvois dans le diocèse de Trèves, ai été maître ès arts en l’an du Seigneur 1491 à l’Université de Paris, reçu second lors de ma première soutenance à Sainte Geneviève, grâce à celui qui rend éloquentes les langues des enfants, louange et gloire à lui pour les siècles des siècles. 2. En l’an du Seigneur 1395, moi Jacques, ai obtenu à Paris le grade de bachelier en décrets, avec l’approbation du Seigneur, béni et exalté soit-il dans tous les siècles. 3. Le 11 mars 1401, moi Jacques, ai obtenu la licence de droit à l’université d’Orléans, avec la volonté du Seigneur, louange et honneur à lui pour l’éternité. 4. Le 29 mars 1402, j’ai commencé à enseigner régulièrement à la Faculté de décret de Paris, dans les grandes écoles, grâce à celui qui accorde sagesse et connaissance, béni soit-il pour les siècles infinis. 5. Le 14 décembre 1402, l’illustre prince, le seigneur Louis, duc d’Orléans, m’engagea comme maître des requêtes de son hôtel, et le fit proclamer alors que je sortais d’une de mes leçons, par la grâce de celui qui tient entre ses mains les cœurs des rois et des princes, béni soit-il pour l’éternité.

  • François-Xavier de Feller (prêtre jésuite bruxellois, 1735-1802), Dictionnaire historique, t. III, 1839, article Gélu, p. 251-252, Google Books :

    Gélu (Jacques), archevêque de Tours et ensuite d’Embrun, naquit vers 1370 à Yvoy, ancienne ville du duché de Luxembourg, appelée Carignan, dans les Ardennes…

  • Quicherat, Procès, t. III, 1845, p. 394, note sur Jacques Gélu.
  • Honoré Fisquet (historien, 1818-1883), La France pontificale (Gallia christiana), Aix, Arles, Embrun, 2e partie, 1864-1874, p. 913, Google Books :

    Jacques Gélu naquit à Ivoy, ancienne ville du duché de Luxembourg, alors diocèse de Trèves. Ses parents, qui appartenaient à la classe aisée de la société, ne négligèrent rien pour lui faire donner une excellente éducation…

  • Auguste Dorange (bibliothécaire, 1816-1896), Vie de monseigneur Gélu, archevêque de Tours au XVe siècle, dans Bulletin de la Société archéologique de Touraine, n° 3, 1874-1876, pp. 267-280, Gallica : édition de sa Vita Jacobi Gelu par lui-même avec traduction en français.
  • Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, 1889, p. 565, note sur Jacques Gélu.
  • Père Ayroles, Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890, p. 32, Jacques Gelu et ses écrits sur la Pucelle.
  • Olivier Hanne, Jacques Gélu. De la venue de Jeanne (Presses universitaires de Provence, 2012, 188 p.), PUP (présentation), HAL (présentation + introduction) :

    Lorsque Jeanne d’Arc se présente à Charles VII pour libérer Orléans, de nombreux prélats s’inquiètent et se demandent si elle ne serait pas le jouet de forces démoniaques. Pour répondre à cette question et défendre la Pucelle, Jacques Gélu, archevêque d’Embrun, achève en juin 1429 son traité De la venue de Jeanne. Adressé au roi et écrit selon les règles de la scolastique, l’ouvrage veut prouver les vertus de Jeanne et légitimer sa mission militaire, mais aussi démontrer l’action de Dieu dans les affaires humaines. L’archevêque développe une argumentation théologique qui ignore tout de la Pucelle et de l’enthousiasme populaire qu’elle suscite. Loin de défendre une personne, Jacques Gélu est d’abord l’avocat de la cause de Charles VII dont il veut prouver que les prières ont reçu leur réponse.

  • Philippe Contamine, Jacques Gélu, dans Entre France et Italie (Presses universitaires de Grenoble, 2009), p. 261-279 Cairn ; Jeanne d’Arc et son époque (Cerf, 2020), p. 57-79, Google Books :

    Né vers 1370 dans une famille qui n’avait apparemment rien de prestigieux mais n’était pas non plus sans relations, Jacques Gélu, originaire de Carignan dans l’actuel département des Ardennes (autrefois Ivoix, au diocèse de Trèves), alors dans le duché de Luxembourg, était un sujet de l’Empire : il ne l’oublia jamais, même s’il devint par la suite un fidèle serviteur de l’illustre maison de France et de ses rois. Bien qu’étranger, il se montra plus Français que quantité de Francigenæ. À l’âge de 9 ans, vers 1380, il fut envoyé auprès de Jean de Luxembourg, qui, doyen d’Ivoix, était alors chancelier de Wenceslas de Luxembourg, duc de Brabant. Il demeura quinze mois auprès de lui et apprit l’allemand, ce qui ne fut pas sans conséquence : à terme, on peut l’imaginer connaissant aussi le latin, le français, le franco-provençal (il dut prêcher dans cette langue une fois devenu archevêque d’Embrun) et même, inévitablement, quelques bribes d’italien…

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