Réhabilitation

Jean Gerson (1363–1429)

L’un des plus éminents théologiens de son époque, il vécut assez pour apprendre la venue de Jeanne d’Arc et la libération d’Orléans. À cette occasion il composa un traité en faveur de sa mission divine, qui fut inséré au procès de réhabilitation.
À lire

Chronologie

  • 1363

  • 14 déc.

    Naissance de Jean Charlier, à Gerson (en Champagne, diocèse de Reims), premier des douze enfants d’Arnould le Charlier et d’Élisabeth la Chardenière.

  • 1364

    (18 jours)
  • Mort du roi Jean II dit le Bon (8 avril) ; son fils Charles V lui succède.

    Jean le Bon avait été fait prisonnier avec son fils Philippe le Hardi à la bataille de Poitiers (1356). Transféré à Londres, il n’en fut libéré qu’avec la signature du traité de Brétigny (1360), contre d’importantes concessions territoriales à Édouard III d’Angleterre (en échange de son renoncement à la couronne de France) et une rançon colossale de trois millions d’écus. Un premier versement de 600 000 écus fut acquitté, le solde étant garanti par plusieurs otages, dont son fils Louis d’Anjou. L’évasion de ce dernier (1363) contraignit Jean, par souci d’honneur, à regagner Londres, où il tomba malade et mourut (1364).

    Avec Du Guesclin, connétable en 1370, Charles V reconquiert une partie des territoires concédés, et s’appuie sur la papauté d’Avignon pour stabiliser le royaume.

  • 1377

    (13 ans)
  • Jean entre à la faculté des Arts de l’Université de Paris, boursier au Collège de Navarre (de recrutement champenois).

    Il a pour maîtres Gilles Deschamps, Jean Loutrarii. Il côtoie Jean de Montreuil, et se lie avec Nicolas de Clamanges (entré deux ans plus tôt, 1375).

    Dès 1378 il est mentionné dans les registres universitaires sous le nom de Jean de Gerson (Gersono, Jarsonio, Gersonio, ...).

    Du nom de son village natal, mais aussi du fils aîné de Moïse, dont le nom signifie en hébreu étranger en pays étranger — symbole du pèlerin.

  • 1378

    (14 ans)
  • Grand schisme.

    Après 70 années de papauté à Avignon, Grégoire XI rentre à Rome (1377) où il meurt l’année suivante. Son successeur Urbain VI (avril 1378) est contesté par les cardinaux français qui élisent Clément VII à Avignon (septembre 1378), inaugurant 40 ans de schisme avec deux papes rivaux.

    Charles V prend le parti du pape d’Avignon Clément VII (novembre 1378), et l’Université de Paris se rallie à son tour (mai 1379).

  • 1380

    (16 ans)
  • Mort de Du Guesclin (13 juillet) puis de Charles V (16 septembre) ; son fils Charles VI lui succède et est sacré à Reims (4 novembre).

  • 1381

    (17 ans)
  • Gerson est licencié ès-art. Il commence ses études de théologie.

    De 1381 à 1388 il a pour maîtres Laurent de Chavanges, puis à partir de 1383 Pierre d’Ailly et, une fois celui-ci devenu chancelier en 1389, Gilles Deschamps.

    En 1383 ou 1384 il est procureur de la Nation française.

  • 1387

    (23 ans)
  • Il est reçu bachelier en théologie.

    Bachelier biblique (1387-1388), bachelier sententiaire (1389-1390), bachelier formé (1390-1392).

    La même année, il est témoin de l’affaire Jean de Monzon.

    En 1387, ce bachelier en théologie, dominicain aragonais, avait déclenché une polémique en niant l’Immaculée Conception lors de sa licence (mai 1387) ; condamné par la Faculté de théologie (6 juillet) puis par l’évêque (23 août), il en appela au pape Clément VII avant de s’enfuir en Aragon, et fut définitivement condamné et excommunié par contumace (27 janvier 1389).

  • 1389

    (25 ans)
  • Pierre d’Ailly est nommé chancelier de l’Université par le pape d’Avignon Clément VII (7 octobre)

    Mort du pape de Rome Urbain VI (15 octobre) ; Boniface IX lui succède (2 novembre).

    Des pourparlers s’engagent avec son rival d’Avignon, l’Université de Paris poussant le roi dans ce sens.

  • 1391

    (27 ans)
  • 6 jan.

    Gerson prononce un sermon devant Charles VI en faveur de la fin du schisme.

    Sa réputation de prédicateur était donc déjà solidement établie. Il est régulièrement chargé des sermons devant le roi (fête de saint Louis en août, Toussaint, Noël, Pentecôte, etc.

  • 1392

    (29 ans)
  • 18 déc.

    Il est reçu licencié en théologie, sous la présidence de Pierre d’Ailly, reçoit sa maîtrise le lendemain avec pour harrangue : Quaesivi eam sponsam mihi assumere.

    Je l’ai cherchée pour la prendre comme épouse. La phrase est tirée du livre de la Sagesse (8, 2), où Salomon déclare son amour pour la Sagesse divine et son désir de l’épouser.

  • 1393

    (29 ans)
  • Il commence sa carrière de maître.

    La même année, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi en fait son premier aumônier et, afin de lui assurer son train de vie, le nomme doyen du chapitre de Bruges (19 décembre), charge dont il prendra possession par procureur (18 avril 1394).

    Vers la même époque son frère Jean entre chez les Bénédictins au couvent de Saint-Rémi, à Reims ; sa sœur Marion se marie, mais ne tardera pas à perdre son mari.

  • 1394

    (30 ans)
  • 1394–1395

    Grand schisme. — L’Université tente de pousser Charles VI à mettre fin au schisme en incitant le pape d’Avignon à renoncer.

    L’Université se prononce en faveur d’une intervention royale pour mettre fin au schisme (fin janvier 1394, 10.000 voix lors d’un scrutin public). 400 maîtres réunis aux Bernardins approuvent l’envoi de leurs députés Gilles Deschamps, Étienne de Chaumont (26 février). Nicolas de Clémanges rédige un Mémoire pour le roi (30 juin), que celui-ci rejette en imposant silence à l’Université.

    Mort du pape d’Avignon Clément VII (16 septembre) ; les cardinaux élisent Pierre de Lune, qui prend le nom de Benoît XIII (28 septembre).

    Ce changement relance l’espoir. Le chancelier Pierre d’Ailly part en ambassade auprès du nouveau pape (octobre) pour le convaincre de renoncer.

    Un premier concile des prélats de France s’ouvre à Paris (2-18 février 1395, réuni par le Conseil du roi, sous l’autorité du duc de Bourgogne Philippe le Hardi et présidé par l’évêque Simon de Cramaud), lequel vote pour la cession (le renoncement simultané des deux papes et l’organisation d’une nouvelle élection).

  • 1395

    (31 ans)
  • 13 avr.

    Gerson succède à Pierre d’Ailly comme chancelier de l’Université, ce dernier ayant été nommé évêque du Puy (2 avril).

    Il entame une correspondance avec ses cinq sœurs qu’il décide à se consacrer à Dieu. Vers cette époque il accueille ses frères Nicolas et Jean au collège de Navarre.

  • 1396

    (32 ans)
  • Grand schisme. — Un nouveau concile admet le principe de soustraction d’obédience.

    Un second concile s’ouvre à Paris (16 août-14 septembre, réuni par l’Université sous l’impulsion de Gerson), lequel admet le principe de soustraction d’obédience : en refusant la cession les papes se rendraient schismatiques ce qui rendait licite de se soustraire à leur autorité. À l’automne, des ambassades sont envoyées auprès des université d’Oxford et de Bologne pour tenter de les rallier à la cession.

  • 1er jul.

    Gerson est à Compiègne, où il accueille l’ambassade de retour d’Oxford.

  • 12 oct.

    Envoyé à Bruges par Philippe le Hardi, il en profite pour prendre personnellement possession de sa charge de doyen.

  • 1397

    (33 ans)
  • Grand schisme. — La position royale se durcit.

    Une ordonnance royale (2 février) ordonne la suspension des appels au pape (Benoît XIII d’Avignon) par les tribunaux français et l’interdiction des appels directs à Rome. En juin-juillet, une ambassade (française, anglaise et castillane) se rend à Avignon et à Rome pour obtenir des deux papes qu’ils acceptent la voie de cession. Échec complet. Une nouvelle ordonnance royale (12 septembre) interdit de prêcher contre la cessions.

    Gerson, qui depuis vingt ans logeait au Collège de Navarre (depuis son entrée comme artien à 13 ans), loue (à vie) une maison contiguë au jardin du grand maître du Collège.

  • 1398

    (34 ans)
  • En janvier il est de nouveau à Bruges.

    En mars, il dispute (depuis Bruges) à Gilles Juvenis une place de chanoine à Notre-Dame (et sa prébende), vacante après le décès de Pierre Mignot ; il y renoncera après un an de procédure (mars 1399).

    Grand schisme. — Après d’ultimes démarches, un troisième concile vote la soustraction d’obédience ; le palais du pape à Avignon est assiégé.

    À Reims l’empereur Wenceslas se rallie aux vues françaises. Pierre d’Ailly part à Avignon pour une ultime démarche. Un troisième concile s’ouvre à Paris (14 mai-28 juillet), lequel vote la soustraction d’obédience. Les troupes françaises commencent le siège le palais des papes (10 novembre) ; lequel durera jusqu’à l’évasion de Benoît XIII (mars 1403).

    Note. — La visionnaire Marie Robine, installée à Avignon depuis une dizaine d’années et proche des papes Clément VII puis Benoît XIII, fit le voyage jusqu’à Paris : une vision (février) lui avait enjoint d’aller trouver le roi pour empêcher la soustraction. Le 2 juin, elle tenta en vain de pénétrer dans le palais où se tenaient les séances du concile. Elle regagna Avignon en mars 1399, pour y trouver le palais des papes assiégé.

    De retour à Paris, Gerson prend part à une séance de la faculté de théologie (à la chapelle Saint-Mathurin) contre les pratiques superstitieuses (19 septembre).

    En décembre il dispute la prébende de Saint-Merry à Jean Willequin ; il sera finalement débouté en 1401.

    La collégiale Saint-Merry était l’une des quatre filles de Notre-Dame (avec Saint-Séverin, Saint-Barthélemy, Saint-Laurent) ; elle avait sept chanoines.

  • 1399

    (35 ans)
  • 1399–1400

    Courant 1399 il se rend à Bruges, où il participe activement aux séances du chapitre Saint-Donatien durant plus d’un an.

    En mars il écrit à l’Université de Paris qu’il désire se démettre de la charge de chancelier et propose comme successeur Dominique Petit. Le duc de Bourgogne l’en dissuade.

    Début avril 1400, toujours à Bruges, il tombe malade. Il écrit beaucoup, à Pierre d’Ailly, à des amis de Paris, à ses sœurs (notamment le traité de la Mendicité spirituelle), aux maîtres du Collège de Navarre. Croyant ses jours en danger il rédige son testament (13 juillet). Rétabli, il paraît au chapitre de Bruges début septembre et regagne Paris à la fin du mois où il reprend ses prédications.

  • 1400

    (36 ans)
  • À cette époque il multiplie les traités en français, destinée aux simples gens : Bref traité des tentations, Considérations sur le péché de blasphème, Règles pour connaître la distinction entre péché mortel et véniel.

  • 1401

    (37 ans)
  • Mort de sa mère (8 juin). Il compose l’épitaphe.

    Il séjourne ensuite à Arras, où il rencontre une illuminée qu’il donnera en exemple de fausse prophétesse dans ses leçons.

    Rivalité des ducs de Bourgogne et d’Orléans. — À Paris, les tensions entre les ducs Philippe de Bourgogne et Louis d’Orléans culminent avec des arrestations mutuelles de conseillers.

    En octobre, une médiation du duc Jean de Berry aboutit à une trêve fragile. (Philippe, Louis et Jean sont tous frères, fils du roi Jean le Bon.)

    De retour à Paris pour la rentrée universitaire (fin septembre), Gerson s’adonne assidument à ses leçons, entrecoupées de sermons.

    Il rédige entre autres traités celui sur le Discernement des vraies et des fausses visions (De distinctione verarum visionum a falsis, novembre).

    Le 11 novembre, il assiste à la prise d’habit de son frère Nicolas chez les Célestins, qui étudiait alors au collège de Navarre.

    Nicolas rejoindra l’abbaye des Célestins de Villeneuve-lès-Soissons ; début janvier 1402, Gerson lui adressera son traité sur les visions.

  • 1402

    (38 ans)
  • Grand schisme. — Des voix s’élève pour la la reprise de l’obédience.

    L’Université de Toulouse y travaille. Le duc d’Orléans y est favorable ainsi que les ambassadeurs du roi de Castille. Les ducs de Bourgogne et de Berry et l’Université de Paris y sont opposés.

    Gerson réplique aux attaques de son confrère Jean Courtecuisse contre Benoît XIII.

    Il publie son Traité contre le Roman de la Rose (18 mai), sujet sur lequel il reviendra à plusieurs reprises.

    Gerson rejoint ainsi Christine de Pizan, qui avait lancé la polémique contre l’œuvre de Guillaume de Lorris et Jean de Meung, jugée immorale, obscène et misogyne, s’opposant par lettres interposées à ses défenseurs : Jean de Montreuil, les frères Gontier et Pierre Col, Guillaume de Tignonville, ou la reine Isabeau de Bavière.

    Leçons et sermons se poursuivent.

  • 1403

    (39 ans)
  • Grand schisme. — L’échec du siège d’Avignon aboutit à la restitution d’obédience à Benoît XIII.

    Après l’évasion de Benoît XIII (11 mars), réfugié au Comtat Venaissin, et sous la pression de l’université de Toulouse (Épître des Toulousains, Epistola tholosana) et du parti orléanais, Charles VI proclame la restitution d’obédience à Benoît XIII (28 mai), à condition qu’il s’engage à résoudre le schisme.

    Durant l’été, les Frères Prêcheurs sont réintégrés dans l’Université (21 août), résultat auquel il avait beaucoup œuvré en sa qualité de chancelier.

    Début octobre, Gerson et six autres maîtres de l’Université se rendent en ambassade auprès de Benoît XIII.

    Il retrouve Nicolas de Clamanges, attaché comme secrétaire au pape Benoît XIII.

    Par procuration, il est nommé chanoine de Notre-Dame (24 décembre) en remplacement de Girard de Montaigu nommé à Poitiers.

  • 1404

    (40 ans)
  • Il est reçu au chapitre de Notre-Dame (25 janvier) et installé trois jours plus tard (le 28).

    Mort de Philippe duc de Bourgogne (27 avril), qui avait été le protecteur de Gerson. Son fils Jean sans Peur lui succède.

    Gerson achète pour 80 francs, sans mobilier, la maison de l’ancien chanoine Jean Juvenis dans le dans le cloître de Notre-Dame (6 juin).

    Le cloître Notre-Dame était une enclave ecclésiastique jouxtant la cathédrale, entourée d’une enceinte à quatre portes gardées et comprenant environ 70 maisons de chanoines, une sacristie et les hôtels des dignitaires ; il constituait une paroisse à part entière.

    Peu après il est nommé par le chapitre : proviseur de l’Hôtel-Dieu (25 juin) et chargé des enfants de chœur de Notre-Dame.

    Durant l’été il intervient dans l’affaire de Charles de Savoisy.

    Les gens de Charles de Savoisy, chambellan de Charles VI, sortant de son hôtel de la rue Pavée-au-Marais, avaient traversé brutalement une procession universitaire se rendant à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers (pour la paix et la santé du roi), renversant et blessant plusieurs écoliers (14 juillet). Gerson plaida victorieusement devant le Parlement (19 juillet), défendant les privilèges universitaires face à la noblesse. Savoisy fut condamné (22 août) à indemniser les étudiants blessés, à dédommager l’Université, à la démolition totale de son hôtel et à la perte de toutes ses charges royales, dont celle de chambellan. Il passa alors au service du duc d’Orléans, lequel s’était opportunément éloigné (soupçonné de protection).

    Mort de son père (14 septembre).

    Celui-ci s’était retiré au monastère bénédictin de Saint-Rémi à Reims, auprès de son fils Jean.

    Mort du pape de Rome Boniface IX (1er octobre) ; Innocent VII lui succède (7 octobre).

  • 1405

    (41 ans)
  • Rivalité Bourgogne-Orléans. — Nouvel escalade durant l’été et paix temporaire.

    En mai, l’attitude scandaleuse et les dépenses somptuaires de Louis d’Orléans et de la reine Isabeau attisent la colère populaire. Jacques Legrand, augustin et ancien précepteur de Charles VI, prononce des sermons incendiaires en présence du couple royal. Mi-août, Jean sans Peur, voulant tirer profit de sa popularité auprès des Parisiens excédés, approche de Paris avec huit cents chevaliers depuis Arras (16 août). Louis d’Orléans et Isabeau, craignant qu’il ne s’empare du dauphin Louis de Guyenne, décident de l’emmener à Melun (17 août) : la folie du roi avait fait de cet enfant de huit ans le symbole de la légitimité royale. Mais Jean sans Peur rattrape le convoi et, maître de Paris, y ramène triomphalement le dauphin (25 août), laissant craindre une guerre ouverte. Une paix, fragile, est néanmoins conclue entre les deux partis (16 octobre).

    À la même période Gerson est à Bruges, où il doit parer aux manœuvres du théologien Robert Bourgois.

    En fin d’année, l’Université suspend cours et sermons d’Avent, en protestation contre les nouveaux prélèvements ordonnés par Benoît XIII depuis la restitution d’obédience.

  • 1406

    (42 ans)
  • Grand schisme. — L’hostilité à Benoît XIII va croissant.

    Violents discours : Jean Petit (17 mai), Pierre Plaoul (7 juin). Le parlement annule les prélèvements de Benoît XIII (11 septembre).

    Conflit entre les moines de Saint-Denis et les chanoines de Notre-Dame.

    Les moines affirmaient posséder le corps entier de leur saint, conservé à la basilique depuis le VIIe siècle ; les chanoines, de leur côté, disaient détenir le sommet du crâne, donné par Philippe Auguste en 1217. À l’automne 1406, les moines affichèrent des écriteaux niant l’authenticité de la relique de Notre-Dame. L’évêque de Paris en confirma l’authenticité (20 novembre), tandis que Gerson la défendit vigoureusement (7 novembre, lors d’une procession pour la paix entre les ducs). L’affaire fut portée devant le Parlement (16 octobre 1406-juillet 1410), qui, semble-t-il, se prononcera quatre ans plus tard en faveur des moines. (L’issue du procès reste mal connue, il semble que les chanoines purent garder leur relique, réattribuée à un autre saint Denis, Denis le Corinthien.)

    Mort du pape de Rome Innocent VII (6 novembre) ; Grégoire XII lui succède (30 novembre).

  • 1407

    (43 ans)
  • Grand schisme. — Soustraction d’obédience temporelle et ambassade auprès des deux papes.

    Quatrième concile de France (18 novembre-4 janvier). L’Université de Paris vote (14 janvier) la soustraction d’obédience temporelle (le retrait des revenus dus au pape) ; Gerson assiste aux séances sans prendre la parole. Une ordonnance royale entérine la décision le 18 février. Grégoire XII (Rome) ayant proposé une cession mutuelle à Benoît XIII (Avignon), des pourparlers s’engagent.

    Le roi décide d’envoyer une ambassade auprès des papes, comprenant notamment Gerson, Pierre d’Ailly, Pierre Plaoul, Guillaume Fillastre et Pierre Cauchon.

    L’ambassade durera près d’un an. Elle quitte Paris le 18 avril et arrive à Marseille le 9 mai, où se trouve Benoît XIII ; une audience est obtenue le 17 mai, mais le pape se dérobe. Une partie des ambassadeurs (dont Gerson et Ailly) poursuit alors la route vers Grégoire XII : arrivée à Gênes début juin, puis par mer à Rome le 16 juillet. Grégoire XII se dérobe à son tour ; les audiences (18-28 juillet) n’aboutissent à rien et l’ambassade repart. Elle marque une longue escale à Gênes (21 août – 26 janvier 1408), probablement pour tenter d’organiser une rencontre entre les deux papes, qui se rapprochent sans jamais se rencontrer. Le 26 janvier, l’ambassade quitte Gênes et regagne Paris début février.

  • oct.

    Affaire des deux étudiants pendus à Montfaucon.

    Dans la nuit du 25 au 26 octobre, le prévôt de Paris Guillaume de Tignonville fait exécuter deux étudiants, Léger de Montillier et Olivier Bourgeois, à Montfaucon (le gibet royal où se pratiquaient les exécutions infamantes). L’Université, estimant ses privilèges violés, suspend ses activités : la Nation normande se met en grève la première (Montillier était normand, Bourgeois breton), puis le mouvement s’étend à l’ensemble de l’Université.

  • 23 nov.

    Assassinat de Louis d’Orléans par Jean sans Peur.

    Son fils Charles (13 ans) lui succède. Jean sans Peur fuit bientôt Paris pour Lille.

  • 1408

    (44 ans)
  • jan.

    Grand schisme. — L’Université de Paris vote la soustraction d’obédience totale.

  • fév.

    Retour de Gerson à Paris. Il obtient par bulle de Benoît XIII (19 février) la cure de Saint-Jean-en-Grève, à titre personnel et non en qualité de chancelier. Il en prend possession (29 mars), mais les protestations de l’abbé du Bec feront mettre ses droits et revenus sous séquestre.

    Après son frère Nicolas, un autre de ses frères, Jean, s’apprête à faire sa profession chez les Célestins, au monastère de Limay (60 km à l’Ouest de Paris), et plus tard prieur au couvent des Célestins de Lyon.

  • 28 fév.

    Rivalité Bourgogne-Orléans. — Retour de Jean sans Peur à Paris. Le théologien Jean Petit prononce sa Justification en l’hôtel Saint-Pol, résidence royale de Charles VI (8 mars 1408).

    Manuscrit de la justification : Biblissima.

  • avr.

    Fin avril, Gerson se rend au synode provincial de Reims, convoqué par l’archevêque Guy de Roye ; dans son sermon (29 avril), il développe son idéal du bon pasteur.

    C’est probablement lors de ce voyage qu’il rencontre Jean Morel (ou le Graveur), prieur de l’abbaye de Saint-Denis, qui avait été le confesseur de la visionnaire Ermine de Reims (décédée le 30 aout 1396) et souhaitait publier sa vie. Gerson donnera un avis favorable sur Ermine dans son Judicium de vita sanctae Erminae (Jugement sur la vie de sainte Ermine).

  • mai

    De retour à Paris, il transmet au roi les plaintes de l’Université, en grêve depuis l’affaire des deux étudiants pendus.

  • 21 mai

    Grand schisme. — Rupture des négociations entre les deux papes, convocation du concile de Pise.

    Benoît XIII, à Porto Venere, et Grégoire XII, à Lucques, s’étaient rapprochés pour négocier par cardinaux interposés, laissant espérer une issue. Mais le 4 mai, Grégoire XII se brouille avec ses cardinaux, qui l’abandonnent, renforçant l’idée qu’une solution conciliaire est désormais la seule possible. Le 8 juin à Livourne, huit cardinaux romains et cinq cardinaux avignonnais décident de convoquer un concile à Pise pour mars 1409. — À Paris, lors de la grande séance du 21 mai, les partisans de la soustraction d’obédience ou de la neutralité l’emportent. D’après Glorieux, Pierre d’Ailly, Guy de Roye et Nicolas Clémanges sont alors jugés suspects et se cachent, tandis que Gerson n’est pas inquiété.

  • aoû.

    Ouverture du cinquième concile de l’Église de France à Paris (1er août-6 novembre), marqué par l’hostilité à Benoît XIII et à Pierre d’Ailly (qui s’y rend néanmoins entre le 21 septembre et le 11 octobre).

  • 8 aoû.

    Gerson écrit à l’abbé de Saint-Denis au sujet de la relique.

  • 4 nov.

    Au nom de l’Université il prononce son discours au roi en faveur de la réconciliation (entre Bourgogne et Orléans).

    Jean sans Peur rentre à Paris le 18, et conclura un accord avec le roi le 8 mars suivant.

  • 1409

    (45 ans)
  • 2 jan.

    Gerson assiste à la rétractation de frère Jean Gorrel, qui avait soutenu lors de ses vespéries (l’une des soutenances du doctorat de théologie) une thèse en faveur des frères mendiants dans la querelle du droit à entendre les fidèles en pénitence.

  • 25 mar.

    Grand schisme. — Ouverture du concile de Pise.

    Quatorze cardinaux romains, dix avignonnais, trois cents prélats et des ambassadeurs venus de toute la chrétienté se sont réunis. Abandonnés par la majorité de leurs cardinaux, les deux papes se sont réfugiés — Benoît XIII en Aragon, Grégoire XII dans la région de Naples.

    Gerson n’assiste pas au concile retenu par ses devoirs de chancelier, de professeur et de curé. Il publie néanmoins plusieurs textes sur l’unité de l’Église, et harrangue l’ambassade anglaise lors de son passage à Paris (29 janvier).

    Guy de Roye, l’archevêque de Reims, sera tué sur la route du concile, aux environs de Gênes (8 juin).

  • 27 mar.

    Il comparaît devant le Parlement, qui valide sa possession de la cure de Saint-Jean-en-Grève.

  • 1er avr.

    Il donne lecture de son Mémoire sur la relique de saint Denis au chapitre de Notre-Dame.

  • mai

    Grand schisme. — Déposition des deux papes et élection d’Alexandre V.

    À Pise le concile décide la soustraction d’obédience (17 mai), les deux papes sont assignés à comparaître (5 juin) ; leur refus ouvre la voie à leur déposition et à l’élection d’Alexandre V (26 juin). — La chrétienté se retrouve désormais avec trois papes : Benoît XIII, Grégoire XII et Alexandre V.

  • jul.

    Fin juillet-début août, Gerson se rend à Bruges pour déjouer les manœuvres visant à l’évincer de son décanat de Saint-Donatien.

  • 12 oct.

    Bulle du nouveau pape Alexandre V en faveur des Mendiants (Regnans in excelsis), confirmant leurs privilèges face au clergé séculier — notamment en matière de prédication et de confession. Elle provoquera une très vive réaction de l’Université.

  • 1410

    (46 ans)
  • 23 fév.

    Gerson prononce son sermon dominical à Notre-Dame contre la bulle d’Alexandre V. Les étudiants mendiants (frères mineurs et ermites de Saint-Augustin) qui entendent s’en prévaloir seront exclus de l’Université, laquelle censure la bulle (5 mars).

  • 3 mai

    Mort d’Alexandre V à Rome ; les cardinaux de Pise élisent Jean XXIII pour lui succéde (17 mai). Ce dernier s’engage à réunir un concile à Rome en vue d’une réforme.

    Le 27 juin il confirme la bulle de son prédécesseur sur les Mendiants ; l’Université la censurera également.

    Le 24 juillet, Jean XXIII confirme Gerson dans son décanat de Bruges et dans sa cure de Paris. À la rentrée scolaire, celui-ci tombera malade et sera absent du chapitre (29 octobre 1410-2 février 1411).

  • aoû.

    Rivalité Orléans-Bourgogne. — Naissance du parti armagnac.

    Le duc Charles d’Orléans épouse Bonne d’Armagnac à Riom (15 août) ; son beau-père, Bernard VII d’Armagnac, prend la tête de la lutte contre les Bourguignons et recrute des bandes armées qui menacent Paris (Écorcheurs). Un traité est signé (Paix de Bicêtre, 2 novembre) entre le roi (c’est-à-dire le conseil dominé par les Armagnacs) et Jean sans Peur, suspendant temporairement les hostilités.

  • 1411

    (47 ans)
  • jul.

    Pierre d’Ailly et Guillaume Fillastre sont créés cardinaux. Le 15 juillet, Jean Petit meurt à Hesdin.

    Rivalité Argmagnacs-Bourguignons. — Les Bourguignons maîtres de Paris.

    Les hostilités ont repris dès le printemps. En octobre, Jean sans Peur prend Paris ; les princes armagnacs se replient à Bourges.

  • 1412

    (48 ans)
  • Ouverture à Paris d’une assemblée générale du clergé (février-mars) pour préparer le concile de Rome. Gerson y représente le chapitre de Notre-Dame.

    Rivalité Argmagnacs-Bourguignons. — Siège de Bourges.

    Les Armagnacs, cherchant des appuis militaires, s’étaient tournés vers les Anglais et concluent un traité (18 mai). Celui-ci ayant été éventé avant sa signature, les armées royale et bourguignonne mettent le siège devant Bourges ; après plusieurs combats et des négociations, une nouvelle paix est signée à Bourges (15 juillet), puis confirmée à Auxerres (22 août). Le traité avec les Anglais resta sans effet.

    Grand schisme. — Échec du concile de Rome.

    Le concile s’ouvre fin 1412 ou début 1413, mais le roi de Naples Ladislas Ier profite de la confusion qui règne à Rome pour s’emparer de la ville (printemps 1413), contraignant Jean XXIII à fuir et mettant fin au concile.

  • 1413

    (49 ans)
  • avr.–aoû.

    Révolte des Cabochiens.

    En janvier, Charles VI, à court d’argent, avait convoqué d’impopulaires états généraux. Jean sans Peur voyant une nouvelle occasion de renforcer son influence, s’associe à une faction violente, liée à la corporation des bouchers et commandée par Simon Caboche. À coups d’émeutes, ceux-ci parviennent à prendre le contrôle de Paris (prise de la Bastille le 27 avril) et à imposer au roi de signer l’ordonnance cabochienne (promulguée les 26-27 mai) : une réforme qui bride son pouvoir, élaborée avec l’appui de milieux universitaires favorables aux Bourguignons (dont Pierre Cauchon). Mais les exactions se poursuivent (le 13 juillet le prévôt de Paris, Pierre des Essarts, est décapité sur la place des Halles, sa tête promenée au bout d’une pique et son corps pendu à Montfaucon), rendant Cabochiens et Bourguignons odieux à la population, qui se soulève. Les Cabochiens sont vaincus (2 au 4 août) et le duc de Bourgogne contraint de s’enfuir (23 août) ; les Armagnacs font une entrée triomphale (1er septembre) ; l’ordonnance est cassée (5 septembre).

    La maison de Gerson est pillée ; lui-même se réfugie sous les hautes voûtes de Notre-Dame. Le 27 juin le chapitre l’autorise à y établir sa demeure provisoire.

    Le 8 août, la paix revenu, il prononce le sermon à Saint-Bernard (Collège des Bernardins) et à la procession à Saint-Martin des-Champs (prieuré clunisien).

  • aoû.

    Gerson multiplie les textes en faveur de saint Joseph et de la Desponsation de Notre-Dame (les fiancailles de Marie avec Joseph), en diffusant à la fois un office liturgique, une épître de propagande dévotionnelle (17 août) et une exhortation générale (26 septembre) aux Églises.

  • sep.

    Les Bourguignons ayant été chassés de Paris, Gerson s’emploie à combattre la doctrine du tyrannicide soutenue par Jean Petit, en en soumettant l’examen au jugement de l’évêque de Paris et des maîtres en théologie. Le 4 septembre, délégué par l’Université, il prononce devant le roi un discours condamnant neuf propositions de Jean Petit ; le 6, l’Université approuve et ratifie son rapport et sa sentence.

  • 30 nov. 1413–23 fév. 1414

    Procès contre les thèses de Jean Petit.

    Un concile de la foi, composé de l’évêque de Paris, de l’inquisiteur et de maîtres de l’Université, fut chargé par le roi d’examiner les propositions de Jean Petit. Lors de la première session, le 30 novembre, Gerson donne son jugement motivé ; il le complète par un Memorandum du 4 octobre, puis par sa sentence finale lors de la cinquième et dernière session, le 12 février 1414. Au total, soixante-dix-neuf maîtres donnent leur avis. Le 23 février, l’assemblée prononce la condamnation des neuf propositions de Jean Petit. Le 16 mars, une lettre royale diffuse la sentence à tous les évêques.

  • 9 déc.

    Jean XXIII publie la bulle de convocation du concile général de Constance.

    Après avoir fui Rome, le pape s’était mis sous la protection de l’empereur Sigismond, qui imposa la tenue du concile dans une ville relevant de son autorité, à la fois sûre et relativement neutre.

  • 1414

    (50 ans)
  • À Leicester, les représentants de Jean sans Peur concluent une convention avec le roi d’Angleterre (23 mai).

    Gerson prend contact avec l’archevêque de Prague au sujet de Jean Hus (27 mai), puis lui adresse les articles qu’il entend soumettre à l’examen contre le théologien (4 septembre).

    Le 29 juillet, le cardinal de Pise (Alamanno Adimari, légat du pape en France et présent à Paris depuis le mois de février) institue pour les provinces de Reims, Sens et Rouen une fête de saint Joseph. Gerson publie ses Considérations sur saint Joseph.

    Courant octobre il représente le chapitre à l’assemblée des prélats au palais royal. Enfin il prononce devant le roi et les grands un discours consacré à la paix, où il évoque l’affaire Jean Petit et le duc d’Orléans (4 décembre).

  • 5 nov.

    Ouverture du concile de Constance.

    Durant quarante-cinq sessions sur plus de trois ans (5 novembre 1414 – 22 avril 1418), le concile réunira plusieurs milliers de participants pour mettre fin au schisme, réformer l’Église et trancher les grandes affaires doctrinales du temps (dont celles de Jean Petit et de Jean Hus).

    Dès les premières semaines, Pierre d’Ailly se trouve à Constance.

  • 1415

    (51 ans)
  • Toujours à Paris, Gerson fait savoir au chapitre (8 janvier) qu’il ne compte pas se rendre au concile, ni au nom de l’Université ni pour la province de Sens (qui comprend le diocèse de Paris).

    Début février, il part pour Constance, accompagné des onze docteurs députés par l’Université.

    Il ne remettra plus les pieds à Paris.

    Il arrive à Constance le 21 février et assiste à la deuxième session du Concile (2 mars).

    Déposition de Jean XXIII (29 mai).

    Afin de limiter l’influence des Italiens, majoritaires et favorables à Jean XXIII, le concile adopta le vote par nation plutôt que par tête : Allemagne, France, Italie et Angleterre (auxquelles s’ajoutera l’Espagne en 1417) disposeraient chacune d’une voix. Mis en minorité, Jean XXIII préféra s’enfuir (20 mars). Il fut déposé le 29 mai, après que le concile eut approuvé les articles établissant la primauté conciliaire (6 avril).

    Condamnation et supplice de Jean Hus (6 avril-6 juillet).

    L’examen de ses doctrines s’ouvre à la 5e session (6 avril) : Jean Gerson y reprend les articles transmis à l’archevêque de Prague. Déjà excommunié depuis 1411, Hus est ensuite entendu publiquement lors de trois audiences doctrinales (5, 7 et 8 juin) ; pressé d’abjurer, il persiste dans ses positions. Il est condamné le 6 juillet, réduit à l’état laïc, puis livré au bras séculier, qui le fait brûler le jour même.

    Condamnation de Jean Wyclif (4 mai).

    Quarante-cinq thèses extraites de ses écrits sont déclarées hérétiques ou erronées à la 8e session (4 mai) ; Jean Wyclif, mort en 1384, est lui-même déclaré hérétique, ses écrits sont interdits, et il est ordonné que son corps soit exhumé et brûlé (sentence exécutée en 1428).

    Renonciation de Grégoire XII (4 juillet).

    Lors de la 14e session (4 juillet), Grégoire XII abdique par l’intermédiaire de son représentant, après avoir reconnu la légitimité du concile. Après la déposition de Jean XXIII, il ne reste plus que Benoît XIII.

    Condamnation de Jean Petit. — Durant tout le concile, deux groupes d’universitaires s’opposent au sujet de la doctrine de Jean Petit : l’un, mené par Jean Gerson, avec l’appui de Pierre d’Ailly, en poursuit la condamnation ; l’autre, proche du parti bourguignon, en défend l’orthodoxie, avec notamment Martin Porée, évêque d’Arras, et Pierre Cauchon, vidame de l’église de Reims.

    Offensive doctrinale de Gerson (été).

    Début juin, Gerson accuse de crime de lèse-majesté ceux qui soutiendraient la justification de l’assassinat du duc d’Orléans par le duc de Bourgogne. Puis il porte l’affaire devant le concile (ses neuf propositions de Jean Petit condamnées à Paris), qui en confie l’examen à une Commission composée de quatre cardinaux (dont Pierre d’Ailly, récusé par Martin Porée) et de quatre représentants des nations. Lors de la 15e session (6 juillet), les pères conciliaires condamnent, et sans le nommer, une seule des propositions de Jean Petit (sur le tyrannicide), ce qui ne pouvait satisfaire aucun des partis.

    Traité sur le discernement (3 août).

    Dans le contexte de débats où sont invoquées des révélations privées, notamment celles de sainte Brigitte (décédée en 1373, canonisée en 1391), Gerson compose son traité De probatione spirituum (3 août).

    Condamnation de Jean Petit. — Contre-offensive bourguignonne contre Gerson (automne).

    À l’automne, le franciscain Jean Rocca avait extrait 25 propositions des écrits de Gerson pour les dénoncer comme problématiques (21 octobre). La Commission fait ensuite citer à comparaître l’évêque et l’inquisiteur de Paris, pour défendre leur sentence de 1413. S’ensuivent répliques et réfutations de part et d’autre, dont un avis des docteurs (26 pour la condamnation, 61 contre), auquel répond abondamment Gerson.

  • 25 oct.

    Désastre d’Azincourt.

    L’empereur Sigismond se rapproche des Anglais.

  • 1416

    (52 ans)
  • Constance. Condamnation de Jean Petit. — Retournement (printemps).

    Le 16 janvier, la Commission déclare nulle la sentence de Paris puisque ni l’évêque ni l’inquisiteur ne se sont présentés ; annulation dénoncée le canoniste italien Simon de Teramo. En mars, Gerson s’adresse au Concile, en juillet aux quatre députés des nations de la Commission (qui renvoient l’affaire au Concile), en octobre de nouveau au Concile. Le 10 octobre, il reçoit des lettres royales qui l’autorisent à quitter le Concile.

    Condamnation et supplice de Jérôme de Prague (30 mai).

    En avril 1415, Jérôme de Prague s’était rendu à Constance pour soutenir Jean Hus. Arrêté et incarcéré, il abjure partiellement certaines thèses (notamment celles de Wyclif et de Hus, les 11 et 23 septembre). Lors de son procès (23–26 mai 1416), il revient sur son abjuration ; il est alors condamné comme hérétique relaps (30 mai), puis livré au bras séculier, qui le fait brûler le jour même.

    En parallèle de son activité au concile, Gerson rédige des sermons, des traités d’ordre général et des lettres adressées à ses frères, à Vincent Ferrier (sur la secte des Flagellants à l’été 1417).

  • 1417

    (53 ans)
  • Constance. — Gerson tente, sans grand succès, de relancer l’affaire de Jean Petit.

    Déposition de Benoît XIII (26 juillet).

    Après la déposition de Jean XXIII (mai 1415) et la renonciation de Grégoire XII (juillet 1415), Benoît XIII restait le seul prétendant à refuser de céder ; Sigismond s’était rendu en personne à Peñíscola pour le rencontrer (début 1416), sans parvenir à obtenir sa renonciation. Son procès s’ouvre au concile au printemps 1417. Lors de la 37e session (26 juillet), il est déclaré schismatique et obstiné, puis déposé.

    À la demande du Concile, Gerson rédige un traité contre les Hussites (publié le 20 août).

    Tractatus contra haeresi de communione laïcorum sub utraque specie (Traité contre l’hérésie de la communion sous les deux espèces pour les laïcs). Pour les hussites, les fidèles doivent communier sous les deux espèces (le pain et le vin), tandis que l’Église tient la communion sous une seule espèce (le pain) pour valide et suffisante.

    Élection de Martin V (11 novembre).

    Au mois d’Octobre, l’Espagne rejoint le concile comme cinquième nation. Le concile adopte le décret Frequens (9 octobre), qui institue la tenue régulière de conciles généraux (tous les dix ans), indépendamment du seul bon vouloir du pape ; il élit enfin Martin V le 11 novembre, jour de la Saint-Martin.

  • 1418

    (54 ans)
  • Clôture solennelle du concile de Constance (22 avril).

    Après avoir traité du projet d’union avec les Grecs (séparés de l’Église latine depuis le schisme de 1054), de l’affaire Jean Falkenberg (dominicain allemand en Pologne, auteur d’un traité justifiant le meurtre, dans la lignée de Jean Petit), et de l’affaire Matthieu Grabow (dominicain allemand, dont les thèses, notamment contre les ordres mendiants, furent condamnées par Pierre d’Ailly puis par Gerson), et après avoir voté les sept décrets de réforme générale (21 mars 1418), le concile est déclaré dissous lors de la 45e et dernière session générale (22 avril 1418), mettant fin à quarante années de schisme et laissant la chrétienté sous l’autorité d’un pape unique reconnu.

    Gerson n’aura pas obtenu la condamnation explicite, claire et publique des thèses de Jean Petit.

  • mai

    Il quitte Constance, traverse la Bavière et gagne le château de Rattenberg, dans le Tyrol, où le duc Albert d’Autriche (gendre de l’empereur Sigismond) lui offre l’hospitalité. C’est là qu’il apprend la prise de Paris par les Bourguignons (nuit du 28 au 29 mai 1418) et les massacres d’Armagnacs (12 juin).

    Si le Dauphin Charles, âgé de quinze ans, parvint à fuir Paris grâce à l’aide du prévôt Tanneguy du Chastel, le parti armagnac y est décimé : les principaux chefs, tel le comte Bernard VII d’Armagnac, assassiné en prison, ainsi que plusieurs ecclésiastiques et docteurs parisiens jugés favorables au Dauphin, parmi lesquels Jean de Montreuil, Gontier Col et Benoît Gentien.

    Jean Petit est réhabilité et sa condamnation de 1414 cassée (3 novembre).

    Gerson demeure quelques mois à Rattenberg, où il écrit traités, poèmes et lettres. Il séjourne ensuite à l’abbaye de Melk, en Autriche, dont il a connu l’abbé à Constance. Il passe enfin par Vienne, où l’archiduc Frédéric d’Autriche tente de le retenir comme professeur à l’Université.

  • 1419

    (55 ans)
  • 10 sep.

    Assassinat de Jean sans Peur, lors d’une entrevue avec le Dauphin Charles sur le pont de Montereau.

    Son fils Philippe le Bon, âgé de 23 ans, lui succède. L’assassinat pousse définitivement les Bourguignons dans le camp anglais et débouche sur le traité de Troyes (21 mai 1420).

  • nov.

    Gerson rentre en France et s’installe à Lyon, assuré de la protection du Dauphin et de l’archevêque Amédée de Talaru, ainsi que de l’accueil de son frère Jean, prieur du couvent des Célestins où il occupera une cellule.

  • 1420

    (56 ans)
  • Le Dauphin, qui circule dans le royaume pour consolider ses appuis et organiser la résistance séjourne à Lyon (arrivée 22 janvier). Gerson reçoit de lui 200 livres.

  • 1420–1429

    Il passera les dix dernières années de sa vie loin des affaires, à méditer et à écrire traités, poèmes et lettres (à Pierre d’Ailly, Gérard Machet, aux Célestins, aux Chartreux), et régulièrement sollicité par des demandes et des consultations.

  • 9 aoû.

    Mort de Pierre d’Ailly à Avignon, celui qu’il appelait son père, son précepteur et son ami.

  • 1423

    (59 ans)
  • mai

    Traité De examinatione doctrinarum sur la manière d’examiner et de juger les doctrines dans le cadre du discernement des esprits. Il le dédie aux Chartreux et aux Célestins. L’année suivante il ajoutera un supplément mentionnant le cas de la simulatrice de Bourg-en-Bresse.

  • 1425

    (61 ans)
  • Il quitte sa cellule des Célestins pour s’établir sur l’autre rive de la Saône, dans un logis du cloître de la collégiale Saint-Paul que lui concède l’archevêque de Lyon, lequel lui confie en même temps les enfants de chœur de la collégiale.

    Il publie un traité contre la croyance en des jours intrinsèquement favorables ou défavorables pour agir, thèse soutenue par Jacques Angeli, chancelier de l’Université de médecine de Montpellier.

  • 1428

    (64 ans)
  • Une lettre Sur la réforme du calendrier (4 avril 1428) témoigne de l’étendue de ses centres d’intérêt.

    Le 21 octobre, le chapitre de la collégiale Saint-Paul l’autorise à choisir le lieu de sa sépulture — une chapelle latérale de l’église Saint-Laurent, annexe de Saint-Paul — et lui concède à perpétuité une messe anniversaire, célébrée chaque 14 décembre.

    En Novembre, il lègue ses livres aux Célestins d’Avignon.

  • 28 oct.

    Les Anglais commencent le siège d’Orléans.

  • 1429

    (65 ans)
  • Le 8 mai, Jeanne d’Arc fait lever le siège.

    Consulté, Gerson compose son traité sur la Pucelle, De puella Aurelianensi, daté du 14 mai, veille de la Pentecôte.

    À la même époque, il adresse au précepteur du jeune dauphin (le futur Louis XI) ses conseils sur l’éducation d’un dauphin de France.

    En juillet il compose des vers, achève son traité sur le Cantique des cantiques (9 juillet).

  • 12 jul.

    Mort de Jean Gerson.

    En l’absence de l’archevêque Talaru, ses funérailles sont présidées par son propre secrétaire, Jacques de Cérisy, et son frère Jean, prieur des Célestins. Il est inhumé selon ses vœux en l’église Saint-Laurent.

  • 1456

  • Son traité sur Jeanne d’Arc est inséré au procès d’annulation de sa condamnation.

  • 1643

  • avr.

    En creusant le tombeau d’une dame de la famille de Grassis, les ouvriers retrouvent le cerceuil de Gerson.

  • 1793

  • Transformée en magasin à fourrage à la Révolution, l’église Saint-Laurent est détruite par un incendie, puis démolie.

  • 1855

  • 16 nov.

    La place qui borde l’église Saint-Paul prend le nom de place Gerson.

  • 1874

  • Au salon de 1874, le sculpteur Joseph Félon présente une statue de Gerson, destinée à la façade de la chapelle de la Sorbonne.

  • 1880

  • 2 mar.

    À Lyon, une statue lui est élevée vis-à-vis de l’église Saint-Paul.

    Note (2026). Très endommagée (les mains de Gerson et de l’enfant sont brisées), l’œuvre est laissée à l’abandon depuis sa dernière restauration en 2004-2005.

Images (1)

[1910]

Portrait de Jean Gerson.

Par : Adolphe Varin

Références

  • Louis-Ellies Du Pin (1657-1719), Œuvres complètes de Jean Gerson, 1706

    Joannis Gersonii, Doctoris theologi et Cancellarii Parisiensis, Opera Omnia, Novo ordine digesta, et in V. Tomos distributa. (Œuvres complètes de Jean Gerson, docteur en théologie et chancelier de Paris, classées dans un nouvel ordre et réparties en cinq volumes.)

    Les cinq tomes en ligne (Google) :

    Dans le tome IV, Du Pin a réuni deux écrits sur la Pucelle, issus du manuscrit Saint-Victor 699 (actuel Français 23135), mais qu’il considère comme faussement attribués à Gerson. Cependant, si le premier est l’œuvre de Henri de Gorkum (Gorckheim), le second est bel et bien le traité authentique de Gerson.

    Traité de Henri de Gorkum, Opera, t. IV, col. 859, Google, Google

    Opus quoddam collativum de quadam puella que olim in Francia equitavit ; cujus editio magistro Johanni de Gerson ascribitur : sed magis apparet stylus magistri Henrici de Gorckheim. Non est Gersonii. (Ad eumd. Ms. Cod. // Ad. Ms. Cod. Vict. 699.)

    Œuvre collective au sujet d’une pucelle qui autrefois chevauchait en France, dont l’édition est attribuée à maître Jean Gerson, mais dont le style semble davantage appartenir à maître Henri de Gorkum. Gerson n’en est pas l’auteur. (D’après le même manuscrit // ms. Saint-Victor 699.)

    Traité de Jean Gerson sur la Pucelle, Opera, t. IV, col. 864, Google, Google

    Aliud opus compilatum a magistro Joanne de Gerson : De mirabili victoria cujusdam Puellæ de postfœtantes receptæ in ducem belli exercitus regis Francorum contra Anglicos. Etiam Gersonio perperam ascriptum. (Ad eumd. Ms. Cod. // Ad. Ms. Cod. Vict. 699.)

    Une autre œuvre compilée par maître Jean Gerson : De la merveilleuse victoire d’une certaine Pucelle, qui de sa basse condition est devenue chef de guerre de l’armée du roi de France contre les Anglais. Également attribuée à tort à Gerson. (D’après le même manuscrit // ms. Saint-Victor 699.)

    Traité de Jean Gerson sur le discernement en matière d’apparitions, Opera, t. I, col. 43-49, Google, Google

    Tractatus Joannis Gersonii Doctoris & Cancellarii Parisiensis, de Distinctione verarum visionum a falsis. Extractus ad MSS. Victorin. 285. 180. & Navarricum unum.

    Traité de Jean Gerson, docteur et chancelier de l’Université de Paris, sur la distinction entre les visions et révélations véritables et les fausses. Extrait des manuscrits Saint-Victor n°285, 180 et de Navarre.

    Gerson y propose cinq signes permettant de distinguer les visions, qui sont résumés dans la présentation des documents en tête d’ouvrage, Opera, t. I, p. 99, Google, Google

    De Distinctione verarum visionum & revelationum a falsis. Quo autem pacto speciatim veræ visiones a falsis distinguantur, docet Gersonius peculiari Libello, in quo sequentia tradit signa, quæ apud ipsum fusius explicata invenies. 1° Primum est humilitas. 2° Secundum signum revelationis, est difcretio, quæ dat flexibilitatem, intellige promptitudinem ad credendum consilio, quæ est humilitatis filia. 3° Tertium signum, est patientia, quæ dat durabilitatem, dum per ignem tribulationis examinatur, & dum per contumelias & probra pulsatur. 4° Quartum signum, est veritas, quæ dat configurationem & inscriptionem legitimam. 5° Quintum signum, est Charitas, seu divinus amor : sed non usquequaque statim sufficiens est, propter sophisticum & fucatum colorem dilectionis.

    Sur la distinction entre les visions et révélations véritables et les fausses. Dans un traité à part, Gerson explique comment distinguer les vraies visions des fausses ; il propose les signes suivants, lesquels seront développés plus en détail dans le texte.

    1. Le premier est l’humilité.
    2. Le deuxième signe d’une révélation est la discrétion, qui apporte de la souplesse, c’est-à-dire une promptitude à croire le conseil, laquelle est fille de l’humilité.
    3. Le troisième signe est la patience, qui confère de l’endurance lorsqu’une personne est mise à l’épreuve par le feu de la tribulation et frappée par les outrages et les injures.
    4. Le quatrième signe est la vérité, qui garantit une conformité et une inscription légitime [dans l’Écriture Sainte].
    5. Le cinquième signe est la charité, ou l’amour divin, mais cela ne suffit pas toujours immédiatement, en raison de la couleur trompeuse et factice de certaines affections.
  • Ayroles : Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890, p. 20 et suiv. : notice sur Gerson, plan et traduction du traité.

  • Mgr Palémon Glorieux, Œuvres complètes, 10 vol. (Desclée, 1960-1973) :

    1. Volume I (1960) : Archive : Introduction générale

      Description des manuscrits A à H p. 87-103, essai biographique p. 105-139

    2. Volume II (1960) : Archive : L’œuvre épistolaire (1-88)
    3. Volume III (1962) : Archive : L’œuvre magistrale (87-105)
    4. Volume IV (1962) : Archive : L’œuvre poétique (106-206)
    5. Volume V (1963) : Archive : L’œuvre oratoire (207-253)

      Description des manuscrits A-E, G-H, K, M-N, W, Y-Z, A’, B’, C’ p. XIX-XXXII,

    6. Volume VI (1965) : Archive : L’œuvre ecclésiologique (253²-291)
    7. Volume VII (1968) : Archive, Archive : L’œuvre française, sermons et discours (340-398)
    8. Volume VIII (1971) : Archive : L’œuvre spirituelle et pastorale (399-422)
    9. Volume IX (1973) : Archive : L’œuvre doctrinale (423-491)
    10. Volume X (1973) : Archive : L’œuvre polémique (492-530)
  • Sur la cause de Jean Petit à Constance : Stylus theologicus et iuridicus : la causa Jean Petit à Constance (1414-1418) et les débats sur le tyrannicide (Sebastián Provvidente, Mathématiques. Savoirs et enseignements, n° 77, automne 2019).

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