Traité en faveur de Jeanne d’Arc (1429)
- Jean Gerson (1363–1429)
Éditions
Texte latin :
- Du Pin : Joannis Gersonii Opera Omnia, Anvers, 1706, t. IV, col. 864-868, d’après le ms. Français 23135 de la BnF.
- Quicherat : Procès, t. III, 1845, p. 298-306, d’après le ms. Latin 5970 de la BnF.
- Monnoyeur : Traité de Jean Gerson, 1910, p. 33-40, d’après Quicherat.
- Duparc : Procès en nullité, t. II, 1979, p. 33-39, d’après le ms. Stowe 84 de la British Library.
Traduction en français :
- Ayroles : Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890, p. 25-29.
- Monnoyeur : Traité de Jean Gerson, 1910, p. 15-26.
Résumé :
- L’Averdy : Notices des manuscrits, t. III, 1790, p. 509-512.
- J. Fabre : Procès de réhabilitation, 1888, t. II, p. 175.
Sources manuscrites
Exemplaires authentiques du procès de Réhabilitation (~1456) :
- BnF : Manuscrit Latin 5970 : exemplaire de la famille d’Orléans ; f°110 r° à 111 r°.
- British Library : Stowe 84 : exemplaire de Charles VII ; f°108 v° à 109 v°.
- BnF : Manuscrit Latin 17013 : exemplaire de Guillaume Chartier (évêque de Paris, l’un des juges) ; f°173 v° à 176 r°.
Autres manuscrits mentionnés :
Chronologie
1429
- 8 maiJeanne d’Arc fait lever le siège d’Orléans.
- 14 maiGerson date son traité de Lyon.
- 12 jul.Décès de Gerson, à Lyon.
- 20 nov.
Le Vénitien Pancrace Justiniani (Pancrazio Giustiniani), alors à Bruges, écrit à son père au sujet des récents événements survenus en France : les exploits de la Pucelle, sa dénonciation par l’Université de Paris et sa défense par Gerson. Il lui enjoint une copie de son Traité. (15e lettre de la chronique de Morosini).
Je me trouvais ces jours derniers à discuter à ce sujet avec quelques religieux, et j’ai eu vent que l’Université de Paris, ou mieux les ennemis du roi, avaient envoyé à Rome pour l’accuser auprès du Pape. Cette Pucelle, d’après eux, serait une hérétique, et non seulement elle, mais encore ceux qui ont foi en elle ; elle va, disent-ils, contre la foi en voulant qu’on la croie, et en sachant prédire l’avenir. Le chancelier de l’Université, homme très renommé, docteur en théologie, a composé un très bel ouvrage en sa faveur, à son honneur, à sa louange et pour sa défense. Je vous l’envoie avec cette lettre. (Ayroles, III, 600-601.)
1456
- 5 jun.Le traité de Gerson est versé au procès de réhabilitation, à Rouen (Quicherat, V, 463). Il sera inséré dans les trois exemplaires authentiques du procès.
1500
-
L’abréviateur du Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc se réfère au traité de Gerson dont il donne une analyse.
[La Pucelle] fut prise devant Compiègne et depuis menée à Rouen ; auquel lieu, à la grande poursuite des Anglais, ses ennemis mortels, son procès fut fait, par lequel elle fut faussement et iniquement condamnée à être brûlée, ainsi qu’il a été trouvé depuis par le procès de son absolution, par lequel elle a été déclarée innocente de tous les cas desquels elle était accusée, nonobstant la détermination faite par Messieurs de l’Université de Paris, lesquels, par flatterie, et pour complaire au roi d’Angleterre, la déclarèrent hérétique, contre l’opinion de défunt notre maître Jean Gerson, chancelier de Notre-Dame de Paris, si savant et si sage, comme ses œuvres le montrent, et en font le jugement. (Ayroles, III, 281-282.)
1535
-
Jean Bouchet (1476-1557) mentionne le traité de Gerson dans ses Annales d’Aquitaine, après avoir relaté la mort de Jeanne, afin de souligner que Gerson avait pris sa défense.
Maistre Jehan Gerson, docteur en Théologie, chancellier de l’Université de Paris, qui fut homme de grans lectres et de droicte et approuvée vie, a fait un Traicté contre ceulx qui ont détraicté (mal parlé) de ceste Pucelle ; ensemble ung aultre docteur nommé maistre Henry de Gerchkeim (Gorkum) commançant : Tulit Dominus. (Ayroles, III, 295.)
Lire : éd. 1535, f° CXI v°, Gallica ; éd. 1545, f° CVIII v°, Gallica ; éd. 1557, Google
1612
-
Jean Masson cite Gerson parmi les auteurs à consulter dans son Histoire mémorable de la vie de Jeanne d’Arc.
... ai jugé convenable de renvoyer les plus curieux pour le surplus qu’ils pourraient désirer savoir, aux auteurs qui ont particulièrement écrit ses faits d’armes et publié ses louanges, comme [...] Jean Gerson, docteur insigne et chancelier de l’Université de Paris,... (Avertissement au lecteur).
1630
-
Edmond Richer évoque le traité dans les annexes de son Histoire de Jeanne d’Arc et en cite un extrait.
[Au sujet des traités insérés au procès de réhabilitation.] Le premier desquels est de maistre Jean Gerson, chancelier de l’Université de Paris, estant lors à Lyon, d’autant que les Anglois tenoient Paris ; lequel traité il composa le quatorziesme may (1429) vigile de la Pentecoste, auquel jour il receut la nouvelle de la levée du siège d’Orléans, et que les Anglois avoient esté chassez. Cet opuscule est imprimé avec les œuvres de Gerson qui mourut la mesme année, le douziesme juillet. (Éd. Dunand, t. II, 1912, p. 286).
[Analyse] Le premier qui a escrit en faveur de cette fille est maistre Jean Gerson. Et ce qui est digne de remarque en cet auteur, il a présagé et prévu ce qui pouvoit humainement arriver à cette fille, sçavoir qu’elle seroit la proye de ses ennemis mortels, et qu’ils la feroient mourir : ayant respondu à l’objection qu’on pouvoit former sur cela, disant que Dieu ne fait pas tousjours miracle sur miracle par ceux qu’il a eslus pour accomplir quelques merveilles, ainsi que nous avons vérifié au premier livre, et spécialement du prophète Hiérémie. (Ibid., p. 313).
1706
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Louis-Ellies Du Pin (1657-1719) publie à Anvers les Œuvres complètes de Jean Gerson (Joannis Gersonii Opera Omnia). Au tome IV il réuni deux traités sur la Pucelle, d’après le ms. Français 23135 de la BnF (ancien ms. Saint-Victor 699), mais qu’il donne comme faussement attribués à Gerson.
Si le premier est, comme il le suppose, l’œuvre de Henri de Gorkum (Gorckheim), le second est bien le traité authentique de Gerson.
Aliud opus compilatum a magistro Joanne de Gerson : De mirabili victoria cujusdam Puellæ de postfœtantes receptæ in ducem belli exercitus regis Francorum contra Anglicos. Etiam Gersonio perperam ascriptum.
[Une autre œuvre compilée par maître Jean Gerson : De la merveilleuse victoire d’une certaine Pucelle, qui de sa basse condition est devenue chef de guerre de l’armée du roi de France contre les Anglais. Également attribuée à tort à Gerson.]
Lire : Opera, t. IV, col. 864, Google
1753
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Lenglet du Fresnoy évoque le traité dans le deuxième volume de son Histoire de Jeanne d’Arc, où il décrit le manuscrit Latin 5970 de la Bibliothèque du roi.
Joannes Gerson, de Puella Aurelianensi, folio CX du manuscrit 5970... Il y a sur le même sujet de la Pucelle deux traités attribués à ce théologien, et qui se trouvent à la fin du tome quatrième de ses Œuvres, édition de 1706 [par Du Pin].
Les deux traités sont celui de Gorkum et celui de Gerson (ci-dessus). Du Fresnoy n’est donc pas allé au-delà de l’incipit du ms. 5970, sans quoi il aurait reconnut le traité déjà publié par Du Pin.
1790
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L’Averdy résume le traité dans ses Notices des manuscrits, t. III, 1790, p. 509-512.
Cet exposé succinct de l’ouvrage de Gerson, fait connaître la situation des affaires d’une manière assez claire à l’époque du siège d’Orléans ; dégagé ainsi des épines de la scolastique, il ne présente que des principes vrais et des faits intéressants ; il prouve en même temps que Charles VII avait encore des sujets fidèles dans l’Université de Paris (p. 511).
1817
-
Le Brun de Charmettes reprend le résumé de L’Averdy dans son Histoire de Jeanne d’Arc, 1817, t. II, p. 141-144.
1834
-
Guido Görres, Die Jungfrau von Orleans, résume le traité, tout en restant prudent quant à son attribution définitive à Gerson.
1841
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Michelet évoque le traité de Gerson dans sa Jeanne d’Arc, renvoyant en note à l’édition de Du Pin et partageant son doute quant à son attribution à Gerson.
Six jours après le siège, Gerson publia et répandit un traité où il prouvait qu’on pouvait bien, sans offenser la raison, rapporter à Dieu ce merveilleux événement. [En note :] Il n’est pas sûr que ce pamphlet soit de Gerson. Gersonii opera, IV, 859. (Histoire de France, tome V, p. 83.)
1845
-
Quicherat publie le traité : Procès, t. III, p. 298-306.
Il est bien probable que c’est là le dernier écrit sorti de la plume de Gerson, mort le 12 juillet de la même année (III, 298, note). Le manuscrit de d’Urfé nous apprend que l’opuscule de Gerson fut déposé à l’audience du 5 juin 1456 (ProcèsV, 463).
1863
-
Vallet de Viriville déprécie le traité dans son Histoire de Charles VII, t. II, 1863, p. 94 :
Ce mémoire, tout hérissé des épines de la scolastique, se ressent peut-être un peu de l’affaiblissement intellectuel que cause le poids des années. Sa solution, toutefois, est complètement favorable à l’héroïne.
1888
-
Joseph Fabre résume le traité et en fait l’éloge : Procès de réhabilitation, 1888, t. II, p. 175.
Dans cet opuscule, digne couronnement de ses beaux écrits, le pieux docteur louait Jeanne de sa piété envers Dieu, de sa mansuétude envers le prochain, et de ses bons offices envers le royaume de France ; dissertait sur sa mission ; la justifiait de porter un habit d’homme ; et concluait à une intervention surnaturelle.
1890
-
Le père Ayroles en publie une traduction en français : Vraie Jeanne d’Arc, t. I, 1890, p. 25-29.
1893
-
Les pères Belon et Balme répondent à Vallet de Viriville et loue le traité : Jean Bréhal et la Réhabilitation, 1893, p. 91.
Sans être une œuvre achevée, on n’y trouve — quoiqu’en dise M. Vallet de Viriville — aucune trace de l’affaiblissement intellectuel que cause le poids des années. L’auteur établit par de très solides raisons la divinité de la mission de la Pucelle, et il justifie son usage de porter des habits d’homme, répondant ainsi par avance aux objections qui devaient être si cruellement exploitées contre Jeanne au procès de Rouen. On comprend que Bréhal ait été heureux de présenter aux juges apostoliques et de leur faire agréer pour être inséré au dossier un document d’un pareil intérêt.
Références
- Daniel Hobbins, Jean Gerson’s Authentic Tract on Joan of Arc: Super facto puellae et credulitate sibi praestanda (14 May 1429), 2005, Mediaeval Studies, Academia.