L’Université de Paris au temps de Jeanne d’Arc
Organisation
- Quatre facultés
- Quatre nations (Faculté des arts)
- Cursus et grades universitaires
- Collèges
- Chancelier et recteur
Quatre facultés
Enseignement secondaire :
- Faculté des arts
Enseignement des arts libéraux (le trivium : grammaire, rhétorique et logique ; et le quadrivium : arithmétique, géométrie, astronomie et musique) ; prépare à l’entrée dans l’une des trois autres facultés.
Maîtres et élèves y sont regroupés en nations.
Enseignement supérieur (nécessite d’être maître ès arts) :
- Faculté de théologie ;
- Faculté de décret (droit canon et civil) ;
- Faculté de médecine.
Quatre nations
À la Faculté des arts, maîtres et élèves sont regroupés en quatre nations, suivant les affinités de langue, d’origine et de diocèse :
- France (nation française, diocèses des provinces au sud de Paris) ;
- Normandie (nation normande, diocèse de Rouen) ;
- Picardie (nation picarde, provinces du nord-est et de Flandres) ;
- Angleterre, puis Allemagne (nation anglaise, îles britanniques, pays scandinaves et provinces du Saint-Empire).
Notes :
- Les
artiens
étaient des étudiants séculiers. Les réguliers suivaient l’enseignement secondaire dans leur ordre.
Cursus et grades universitaires
Faculté des arts
Environ 7 années d’études (de 14 à 21 ans). Pourrait correspondre aux classes de sixième à terminale actuelles.
- Admission : l’élève doit connaître la lecture, l’écriture, et les éléments de la grammaire latine.
- Bachelier (+5 années)
Le baccalauréat ou déterminance consistait en plusieurs disputes et examen.
- Licencié (+1 année)
La licence autorisait à enseigner les arts (dans toutes l’Europe).
- Maître-ès-art
La maîtrise, reçue après une inceptio (réception solennelle), intégrait le nouveau maître à la corporation des maîtres de l’Université de Paris.
Notes :
- Était appelé maître régent le maître en charge d’une régence, c’est-à-dire d’un cours pendant l’année. Celui qui s’inscrivait en théologie et étudiait exclusivement cessait d’être régent.
Faculté de théologie
Environ 14 années d’études. Soit bac+14 dans le système actuel.
- Admission : l’élève doit être maître-ès-art.
- Bachelier (+6 années, ou 5 pour les réguliers) ;
Pour être admis, attester 6 années d’études en théologie et avoir 25 ans.
- Licencié (+7 années) :
Trois degrés d’apprentissage du bachelier vers la licence :
- bachelier biblique ordinaire, ou simplement biblique (baccalarius biblicus ordinarius/baccalarii biblici ordinarii, étudiants réguliers) ; ou Bachelier cursor (baccalarius cursorius/baccalarii cursores)
- bachelier sententiaire (baccalarius sententiarius/baccalarii sententiarii, admis à faire la leçon sur le Livre des Sentences) ; pour être admis, attester 9 années d’études en théologie, et soutenir sa tentative (temptativa)
- bachelier formé (baccalarius formatus/baccalarii formati) : suivi d’environ 3 années de
stage
dans l’Université de Paris
Le bachelier formé devait soutenir quatre argumentations :
- la petite ordinaire (parva ordinaria), lors de l’
aulique
d’un nouveau maître (voir ci-dessous) ; - la grande ordinaire (magna ordinaria), lors des
vespéries
; - la sorbonique (Sorbonica), à la Sorbonne ;
- de quolibet, lors de l’avent.
La licence est conférée tous les deux ans, l’année dite du jubilé, après un examen (pure formalité).
- Maîtrise (= doctorat) :
Après trois actes (argumentations de pure formalité contre un bachelier formé) :
- les vespéries ;
- l’aulique, dans la salle de l’évêché (in aula episcopi) ; le nouveau maître reçoit son bonnet doctoral ;
- la resompte : première régence du nouveau maître, au commencement de l’année scolaire suivante.
Collèges
Lieux d’hébergement des étudiants ils sont progressivement devenus des centres d’enseignement à l’image des couvents.
- Collèges réguliers (une dizaine, chaque ordre ayant le sien) : Cordeliers, Jacobins (Dominicains), Bernardins, Mathurins, Carmes, Augstins, etc.
- Collèges séculiers (une trentaine) : Sorbonne, Harcourt, Navarre, Beauvais (Dormans), etc.
Les étudiants y sont pour la plupart boursiers.
Organigramme
Par ordre de préséance :
- Doyen : le plus âgé des docteurs séculiers ;
- Syndic : personnage central chargé de l’organisation et de la discipline ; c’est l’âme de la faculté. Il est élu par les docteurs lors d’une assemblée ;
- Docteurs (ou maîtres) ;
- Licenciés qui ont la sorbonique.
Chancelier et recteur
Chancelier Poste le plus prestigieux de l’Université. |
Recteur |
Nommé par l’évêque de Paris.
Le Chancelier de l’Université est en fait le Chancelier du chapitre de Notre-Dame de Paris, historiquement responsable des études. |
Élu pour trois mois.
Par les représentants des nations (de la Faculté des arts). |
Confère les licences (au nom du pape). | |
Fonction religieuse, il peut bénir les nouveaux maîtres. | Fonction non religieuse, il ne peut bénir les nouveaux maîtres. |
Leur rôle traditionnel [au chancelier] était simplement de présider les jurys de licence mais ils détenaient aussi un certain pouvoir de juridiction et c’étaient généralement des fidèles du roi de France qui s’appuyaient volontiers sur eux pour contrebalancer l’attachement persistant des universitaires parisiens à leurs libertés et privilèges. — (Jacques Verger, dans L’Humanisme au pouvoir ?, 2020, p. 21-41)
Deux chancelleries dirigent conjointement l’Université :
- Chancellerie de Notre-Dame (à sa tête le chancelier de l’Université) : facultés de Théologie, de Décret et de Médecine ;
- Chancellerie de Saint-Geneviève : Faculté des arts.
Liste des chanceliers de l’Université au XVe siècle
- Pierre d’Ailly :7 octobre 1389 - après le 13 avril 1395
- Jean Gerson : après le 13 avril 1395 - 12 juillet 1429
- Gérard Machet : janvier 1415 - mai 1418
- Jean de Courtecuisse : ~1er mai 1419 - 1421
- Régnault de Fontaines : 1421 - 1422
- Jean Chuffart : 20 mai 1433 - 8 mai 1451
- Robert Ciboule : 18 mai 1451 - 12 août 1458
- Jean de L’Olive : ~1459 - 24 février 1471
- Denis Cytharedi, le Harpeur : 3 mars 1471 - septembre 1482
- Ambroise de Cambrai : 25 octobre 1482 - 11 avril 1495
Liste de recteurs
Élus pour un trimestre.
- 1401 : Jacques de Nouvion
- 1403 : Pierre Cauchon
- 1403 : Nicolas de Gondrecourt
- 1405 : Gérard Machet
- 1409 : Jean de Beaumont
- 1412 : Jean Beaupère
- 1422 : Jean Chuffart
- 1428 : Pierre Maurice
- 1430 : Thomas de Courcelles
- 1435 : Olavi Maununpoika (Olavus Magni)
- 1437 : Robert Ciboule (24 mars)
- 1439 : Guillaume Bouillé
- 1442 : Jean Pluyette
- 1447 : Jean Bochard (23 juin)
- 1448 : Jean Pluyette
- 1451 : Thomas Joselin (16 décembre, normand, prêtre de Séez, licencié en droit canon)
- 1458 : Jean Versoris
- 1467 : Guillaume Fichet
- 1468 : Jean Heynlin
- 1469 : Jean Ireland
- 1473 : Cantien Hue
- 1479 : Martin de Delft
Publications
- Charles Thurot, De l’organisation de l’enseignement dans l’Université de Paris au Moyen Âge (1850)
- Du Boulay, Historia Universitatis Parisiensis
- Henri Denifle, Émile Chatelain, Cartulaire de l’Université de Paris (Chartularium Universitatis parisiensis)
Chronologie
1385
- 1385–1391Jacques Gélu étudie à la Faculté des arts (maître en 1391).
1392
- 1392–1398Henri de Gorkum étudie à la Faculté des arts (maître en 1398). Nation anglaise.
- 1392–1395
Gélu étudie le droit à la Faculté de décret (bachelier en 1395).
Il obtiendra sa licence à l’Université d’Orléans le 11 mars 1401.
1398
- 1398–1402Gorkum enseigne à la Faculté des arts.
1402
- 1402–1415
Gorkum étudie à la Faculté de théologie.
Le doute demeure s’il obtint ou non son doctorat. Il rejoindra l’Université de Cologne en 1420 où il passa tous ses grades (bachelier, licencié, docteur) en un mois.
- 29 mar.Gélu commence à enseigner à la Faculté de décret.
1413
-
Martin Berruyer, licencié en droit, enseigne à la Faculté des arts.
1418
- 1418–1424Robert Ciboule étudie à la Faculté des arts.
1425
- 1425–1430Ciboule étudie à la faculté de Théologie (bachelier en 1430).
1434
- sep.–oct.Ciboule et quatre collègues de la nation normande tente de priver la nation anglaise de sa voix délibérative à la Faculté des arts (qui élit notamment le recteur de l’Université). Bedford (régent de France) et Jean Chuffart (chancelier de l’Université) s’interposent.
1435
- 16 jul.Comme représentants au congrès d’Arras l’Université choisit Ciboule pour la Faculté des arts et Thomas de Courcelles pour celle de Théologie.
1437
- 24 mar.Ciboule est élu recteur.
- 20 déc.Roger de Gaillon devient proviseur du collège d’Harcourt.
- 20 déc.Ciboule est licencié en théologie (classé premier).
1438
- 17 fév.Ciboule est docteur en théologie.
1442
- avr.Gérard Machet confie à Ciboule le recrutement de bacheliers sententiaires.
1444
- 12 mar.Assemblée de la faculté de Théologie pour préparer la lettre et les quatorze conclusions qui seront envoyées aux curés pour qu’ils s’opposent dorénavant à la
fête des fous
célébrée encore, le 1er janvier, dans quelques églises. (Ciboule est présent.) 1447
- 23 jun.Jean Bochard est élu recteur.
1449
- 8 jan.Ciboule est nommé Pénitencier de Paris par l’évêque Guillaume Chartier (en remplacement d’Henri Thibout).
1450
- déc. 1450–mar. 1451L’Université de Paris cherche à obtenir la dissolution de l’Université de Caen (rivale fondée par les Anglais en 1425). Le 9 décembre elle déclare les maîtres de Caen (presque tous gradués à Paris) parjures et infâmes ; elle envoie une délégation en Normandie : Pierre Maugier fait son rapport le 16 janvier 1451 ; fin février elle envoie Ciboule et Pierre Maugier à Tours auprès du roi.
1451
- 8 maiLe chancelier Jean Chuffart tombe malade (30 avril) et meurt une semaine plus tard (8 mai).
- 18 maiRobert Ciboule est nommé chancelier par l’évêque Guillaume Chartier. Thomas de Courcelles est nommé Pénitencier (en place de Ciboule). Jean d’Olive, sous-chantre, s’élève contre cette nomination, arguant que l’Université l’avait désigné ; le 21 mai, c’est lui qui reçoit Ciboule à la chancellerie, et l’archidiacre Jean de Courcelles qui lui assigne sa place.
- 16 déc.Thomas Joselin élu recteur de l’Université (normand, prêtre de Séez, maître ès art avant 1429, licencié en droit canon).
1452
-
Cette même année, ou compte trente-quatre maîtres régents à la Faculté de théologie, dont Robert Ciboule et vingt-cinq chargés de cours, parmi lesquels un pour R. Ciboule.
(Combes.)
Références
- Augustin Renaudet, Préréforme et humanisme à Paris pendant les premières guerres d’Italie (1494-1517) (1916), Archive.org, p. 27 :
À la Faculté de Théologie, où ils peuvent désormais s’inscrire auprès des réguliers, dispensés de la maîtrise ès arts, l’enseignement dure environ treize années. Pendant les six premières, qui souvent se réduisent à cinq, l’étudiant écoute des leçons sur la Bible et le Livre des Sentences de Pierre Lombard. Alors, devenu bachelier chargé de cours (baccalaureus cursor), il cesse d’être un simple auditeur ; pendant deux semestres, il explique la Bible à son tour ; il suit les discussions solennelles des docteurs ; au bout de trois ans, admis à la tentative et maintenant bachelier sententiaire, il commente publiquement, durant une nouvelle année, le texte de Pierre Lombard. Puis,
bachelier formé
(baccalaureus formatus), son initiation est accomplie ; on n’exige plus de lui, pour le recevoir à la maîtrise, qu’un stage triennal consacré en partie à la prédication. Tous les deux ans s’ouvre la session de licence. Le candidat soutient, dans le courant de l’été, les trois argumentations obligatoires, la grande et la petite ordinaire, la sorbonique, et reçoit à son rang de mérite, en janvier, le grade de licencié. Il doit encore prendre part à trois discussions solennelles, vespéries, aulique et résompte, pour obtenir enfin le titre de docteur. - BnF, Thèses et autres écrits académiques (2005), p. 40-41, Bnf.fr.
- Véronique Julerot,
Y a ung grant desordre
, Élections épiscopales et schismes diocésains en France sous Charles VIII (2006), OpenEdition.