Dossier : Résumé du livre
Résumé
Paul Marin prouve le génie militaire de Jeanne, par :
I. Les témoignages unanimes, tant de son parti que de celui adverse
Tous ses pairs la reconnaissent chef de guerre. Marin remarque que, fait unique dans les annales militaires, pas une faute ne lui a jamais été reprochée, même par ses ennemis.
Dans les nombreuses opérations de guerre auxquelles son nom restera éternellement attaché, les chroniqueurs du XVe siècle n’ont relevé ni une faute ni une erreur. Quant aux capitaines émérites, en compagnie desquels Jeanne combattait : les Dunois, les La Hire, les Xaintrailles, ont reconnu l’ascendant militaire de la Pucelle, au point de la considérer dans les combats et dans les conseils comme un capitaine plus prudent et plus sage que le plus éprouvé d’entre eux.
Le chroniqueur bourguignon Monstrelet qui ne se prive pas de relever les erreurs de chacun, ne fait que louer Jeanne :
Monstrelet [chroniqueur bourguignon], qui ne se prive pas de relever les fautes de tactique, Monstrelet que nous avons vu signaler la négligence de Jean de Brimeu dans l’opération où il fut pris, Monstrelet n’a que des éloges pour la méthode militaire de la Pucelle.
II. La reconstitution de ses faits d’arme
Paul Marin reconstitue les grandes batailles et manœuvres militaires en confrontant les sources historiques et les analyses des historiens. Il les éclaire d’un regard de soldat et de chef, s’appuyant sur son étude des lieux et son expérience du terrain. Pour étayer sa démonstration, il s’intéresse aux faits d’armes les moins connus de Jeanne, ceux après le sacre : bataille de Lagny, assaut de Pont-l’Évêque, prise de Saint-Pierre-le-Moûtier, siège de la Charité, sortie de Compiègne. Il met ainsi en lumière la remarquable constance de la Pucelle dans l’art de la guerre.
Paul Marin reconstitue les grandes batailles et mouvements à partir des différentes sources historiques qu’il confronte, et de l’analyse qu’en ont fait les historiens, puis les commente en militaire, à partir de son étude des lieux et de son expérience de soldat et de chef. Pour étayer sa démonstration, il met en avant les faits d’armes moins célèbres de Jeanne, ceux qu’elle entreprit après le sacre — la bataille de Lagny, l’assaut de Pont-l’Évêque, la prise de Saint-Pierre-le-Moûtier, le siège de La Charité ou la sortie de Compiègne —, tout en mettant en lumière sa remarquable constance.
Jeanne d’Arc ne présenta pas d’intermittences où l’habile tacticien redevenait ignare comme le commun des gardeuses de moutons, où le stratégiste de génie redevenait grosse Jeanne ou gros Jean comme devant. […] Aucun des témoins interrogés sur les actes militaires de Jeanne n’a relevé de ces défaillances, où l’inspiration divine faisait momentanément défaut.
III. Quelques points remarquables
Jeanne fut brillante même lorsqu’elle échoua. — Ces échecs ne sont pas à mettre sur le compte d’erreurs de sa part, mais à la défiance des politiques et souvent à la trahison. Ainsi Marin conteste l’idée d’une Jeanne d’Arc :
… comme soumise à des inspirations d’en haut dans les combats d’Orléans ainsi que dans les opérations de la marche sur Reims, mais comme ayant été bonne à peu de chose devant Paris, devant Compiègne, bref, dans les diverses entreprises de guerre postérieures au sacre.
La Trahison de Compiègne. — Marin rend un vaillant hommage à l’historien Quicherat mais s’oppose à lui sur un point : Jeanne a bien été trahie à Compiègne, par Flavy le capitaine de la ville. Il reprend le déroulé du siège tel qu’établi par Quicherat mais, tout en validant son récit, réfute son interprétation. Il expose également la trahison du ministre La Trémouille dans l’opération de La Charité, et celle du capitaine Bournel dans son refus d’ouvrir Soisson à l’armée de Jeanne.
Les marches de nuit. — Ces mouvements nocturnes de troupes, dirigés par Jeanne — notamment celui de Compiègne à Pont-l’Évêque, longuement analysé par Marin — témoignent de son talent et de son aura en tant que chef de guerre.
Rien qu’en s’apercevant de l’usage constant de ce genre d’opérations par Jeanne d’Arc, un militaire peut présumer qu’il est en face d’un tacticien de premier ordre et d’un grand stratégiste. Jamais un tacticien médiocre n’ordonnera une marche de nuit. Jamais un tacticien médiocre n’exécutera avec succès une opération de ce genre. À une pareille opération, il faut des chefs d’élite, il faut des soldats parfaitement entraînés, ou subissant hautement l’ascendant moral des chefs. Dans les marches de nuit, la surveillance des chefs est presque nulle, il faut que le mérite du soldat ou le prestige du capitaine supplée à la surveillance qui fait défaut. La valeur morale de chaque soldat est à lui-même son surveillant, son chef. Dans ce genre d’opérations, la fatigue, l’énervement, ont vite raison des lâches et des faibles. Une troupe capable de maintenir sa cohésion et son élan dans de pareilles conditions se trouve rarement. Neuf fois sur dix une opération de nuit tourne à la débandade, aux premiers coups de feu tirés par des soldats impressionnables sur un ennemi imaginaire. C’est un proverbe que deux marches de nuit usent une colonne comme vingt marches forcées de jour ! Quand on considère Jeanne d’Arc usant de ce procédé de guerre avec la familiarité qu’elle pratiquait pour toutes les fatigues, pour tous les périls, on est obligé de convenir qu’elle était un tacticien émérite car on ne signale jamais de débandade dans ses entreprises.
Une stratège prudente. — Jeanne n'était pas une téméraire lançant systématiquement l'assaut sans discernement. Au contraire, elle savait aussi organiser des retraites, comme l’illustre l’analyse de l’attaque de Pont-l’Évêque et du repli ordonné de l’armée face à l’arrivée des renforts de Noyon.
La défiance des puissants envers Jeanne. — Marin l'illustre par un épisode que ses juges lui reprochèrent plus tard. Lors de la bataille de Lagny, Jeanne captura le chef bourguignon Franquet d’Arras ; mais plutôt que de le traiter eu égard à son rang (et de le mettre à rançon), elle le livra à un tribunal civil qui le condamna à mort. Ce geste, applaudi par le peuple et les bourgeois, offusqua profondément les hommes d’armes.