#Anglais
7 témoins :
- Pierre Cusquel
- Thomas Marie
- Jacques L’Esbahy
- Jean Tiphaine
- Louis de Coutes, page de Jeanne
- Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
- Jean d’Aulon
Pierre Cusquel
- Enquête du cardinal d’Estouteville (3 mai 1452)
Les Anglais ont cherché à la faire mourir par malveillance et déplaisir du bien qu’elle faisait ; et pour déshonorer le roi de France qui avait utilisé une femme hérétique et habile en sortilèges. Elle n’aurait pas été jugée si elle n’avait pas été contre les Anglais.
Thomas Marie
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Déclare qu’en raison des faits surprenants de Jeanne pendant la guerre, et parce que les Anglais sont généralement superstitieux, ils estimaient qu’elle avait quelque chose de funeste et cherchaient sa mort. Interrogé comment il sait que les Anglais sont superstitieux déclare qu’ainsi le tient la commune renommée et c’est un proverbe courant.
Croit que si les Anglais avaient eu une telle femme, ils l’auraient fort honorée et ne l’auraient pas traitée ainsi.
Jacques L’Esbahy
- Enquête à Orléans (16 mars 1456)
Jeanne envoya deux hérauts à Saint-Laurent, nommés Ambleville et Guienne, faire savoir à Talbot, Suffolk et de Scales, de la part de Dieu, qu’ils devaient s’en aller en Angleterre et sinon s’en trouveraient mal. Les Anglais retinrent Guienne, et renvoyèrent Ambleville dire à Jeanne qu’ils retenaient son camarade Guienne pour le brûler. Jeanne répondit à Ambleville qu’il n’arriverait aucun mal à Guienne, et que lui, Ambleville, devait retourner avec courage auprès des Anglais ; qu’il ne subirait aucun mal et ramènerait son camarade sain et sauf. Ce qui arriva ainsi.
Jean Tiphaine
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
Lors de l’interrogatoire auquel il assista, Beaupère était le principal interrogateur ; Jacques de Touraine, des frères mineurs, l’interrogeait parfois. — Touraine lui demanda si elle avait jamais été dans un lieu où des Anglais avaient été tués ; elle répondit : En nom Dieu si ay. Comme vous parlez doucement ! Pourquoi ne quittaient-ils pas la France et n’allaient-ils pas dans leur patrie ?
. — Un grand seigneur anglais dont il ne se rappelle plus le nom, l’ayant entendue, déclara devant lui et Guillaume Desjardins : Vraiment c’est une femme bonne. Si elle pouvait être anglaise !
— Ajoute qu’aucun docteur, si savant et subtil, n’eût été embarrassé et épuisé, s’il avait été interrogé comme Jeanne, par tant de maîtres, devant une telle assistance.
Louis de Coutes(page de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 avril 1456)
Elle se rendit à un retranchement, et s’adressa aux Anglais se trouvant dans le retranchement vis-à-vis, leur disant de s’en aller, au nom du Christ, sinon elle les chasserait. Le bâtard de Grandville lui lança plusieurs injures, lui demandant si elle voulait qu’ils se rendissent à une femme, et appelant les Français se trouvant avec Jeanne : maquereaux mécréants
.
Le jour suivant Jeanne fit ouvrir la porte de Bourgogne et une petite porte située près de la grosse tour, contre l’avis de plusieurs seigneurs qui trouvait cela trop dangereux. Elle traversa avec quelques hommes pour attaquer la bastille du Pont. L’assaut dura sans interruption de six heures jusqu’au soir. Jeanne fut blessée ; et dès qu’elle fut soignée, se réarma et repartit à l’assaut. Le retranchement fut enfin pris. Jeanne continuait d’encourager les soldats, annonçant la victoire prochaine. Elle disait, lui semble-t-il, qu’ils auraient le fortin quand ils verraient le vent pousser son étendard dans sa direction. La nuit venait et l’on commençait à désespérer, mais Jeanne promettait qu’on emporterait la bastille le jour même. On prépara un nouvel assaut ; terrifiés, les Anglais ne lui opposèrent aucune défense et furent presque tous noyés.
Le lendemain, tous les assiégeants partirent pour Beaugency et Meung. L’armée du roi, où se trouvait Jeanne, les suivit. Les Anglais quittèrent Beaugency sans combattre, poursuivis par les gens du roi et Jeanne. L’avant-garde était conduite par La Hire, ce qui irrita beaucoup Jeanne, car elle aurait aimé en avoir la charge. L’avant-garde tomba sur les Anglais qui furent presque tous tués.
Jeanne était très pieuse, et elle avait grand pitié de tant de massacres. Une fois, Jeanne vit un Français, frapper si fort un prisonnier anglais qu’il le laissa comme mort ; elle descendit de cheval et fit confesser l’Anglais, lui soutenant la tête et le consolant comme elle pouvait.
L’armée alla devant Jargeau, qui fut prise d’assaut. On fit de nombreux prisonniers, parmi lesquels Suffolk et Pole.
Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 mai 1456)
Le jour de l’Ascension, Jeanne écrivit aux Anglais en ces termes : Vous n’avez aucun droit en ce royaume de France ; le Roi des cieux vous demande par moi, Jeanne la Pucelle, de rentrer dans votre pays ; sinon je vous ferai un hahu (assaut) tel qu’on s’en souviendra toujours. Ceci est mon troisième et dernier avertissement. Signé : Jhesus Maria. Jehanne la Pucelle.
Elle ajouta : Je vous aurais bien envoyé ma lettre d’une manière plus honnête, mais vous détenez mon héraut Guyenne ; renvoyer-le moi et je vous renverrai quelques-uns de vos gens, pris au fortin de Saint-Loup, car ils ne sont pas tous morts.
Elle attacha la lettre à une flèche et chargea un arbalétrier de la lancer aux Anglais, lesquels la reçurent et la lurent à grands cris : Voici des nouvelles de la putain des Armagnacs [en français] !
Jeanne pleura abondamment, en invoquant Dieu et fut consolée, à ce qu’elle disait, car elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.
Après le dîner elle lui demanda de se lever tôt le lendemain, pour la confesser de bon matin ; ce qu’il fit.
Le lendemain samedi, après la messe, Jeanne partit à l’assaut de la bastille du Pont, où était Clasdas. L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil, sans interruption.
Après le déjeuner, Jeanne fut atteinte d’une flèche au-dessus du sein comme elle l’avait prédit ; elle eut peur et pleura, puis fut consolée. Quelques soldats proposèrent de charmer [en français] sa blessure : Je préférerais mourir plutôt que déplaire à Dieu
; ajoutant qu’elle mourrait bien un jour, ne savait pas quand, où et comment, ni à quelle heure ; cependant, elle acceptait d’être soignée si l’on ne pêchait pas. On pansa sa blessure avec de l’huile d’olive et du lard ; Jeanne se confessa au témoin, pleurant et se lamentant puis elle retourna à l’assaut.
Elle cria à Clasdas : Rends-toi au Roi des cieux. [en français] Tu m’as appelée putain, moi j’ai grand pitié de ton âme et de celle des tiens.
Alors celui-ci, armé de pied en cap, tomba dans le fleuve de Loire et se noya. Jeanne pleura abondamment pour son âme et celle des nombreux autres noyés. Les Anglais qui défendaient la bastille furent faits prisonniers ou moururent.
Le dimanche, avant le lever du soleil, les Anglais qui restaient s’assemblèrent devant les fossés d’Orléans puis partirent pour Meung-sur-Loire.
Après une procession solennelle avec sermon dans Orléans, on décida de se rendre auprès du roi, et Jeanne se mit en route. Les Anglais furent battus à Jargeau où ils s’étaient réunis, puis à Patay.
Le dimanche, avant le lever du soleil, les Anglais qui restaient s’assemblèrent devant les fossés d’Orléans puis partirent pour Meung-sur-Loire.
Jean d’Aulon
- Déposition de Jean d’Aulon à Lyon (28 mai 1456)
Le jour même, au logis de la Pucelle, alors qu’elle et le témoins terminait leur dîner, Dunois entra et déclara que le capitaine anglais Fastolf était signalé à Joinville et qu’il arrivait pour renforcer et ravitailler l’armée de siège. L’annonce parut réjouir la Pucelle qui rétorqua : Bâtard ! Bâtard, au nom de Dieu je te commande que dès que tu sauras la venue de Fastolf, tu me le fasses savoir ; car s’il passe sans que je le sache, je te promets que je te ferai ôter la tête.
À quoi Dunois répondit qu’elle se rassure car il lui ferait bien savoir.
Le lendemain, les Anglais qui se trouvaient encore devant la ville levèrent le siège et s’en allèrent, confus et déconfits. C’est ainsi que grâce à l’aide de notre Seigneur et de la Pucelle, la ville fut délivrée.