Déposition de Jean Tiphaine
Voir : Jean Tiphaine (~1396–1469)
Interrogé une fois en 1456.
Maître Jean Tiphaine, prêtre, maître ès arts et en médecine, chanoine de la Sainte Chapelle royale de Paris, âgé d’environ 60 ans. Déjà produit le 10 janvier par les juges délégués (Jean, Guillaume et Jean Bréhal), interrogé sur les articles le vendredi 2 avril 1456.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
A connu Jeanne à l’occasion de son procès à Rouen. Il déclina la première convocation, mais vint à la seconde : elle faisait de très belles réponses. — Il assista à un interrogatoire où les juges et les assistants se tenaient dans une petite pièce, derrière la grande salle du château : elle répondait prudemment, sagement et avec beaucoup de courage.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
Il se rendit à la seconde convocation par crainte des Anglais ; ignore avec quelle passion ils procédaient contre elle.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Jeanne était emprisonnée à l’intérieur d’une tour du château ; il la vit enchaînée par les jambes ; il y avait aussi un lit.
Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité
Ne sait rien.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
Lors de l’interrogatoire auquel il assista, Beaupère était le principal interrogateur ; Jacques de Touraine, des frères mineurs, l’interrogeait parfois. — Touraine lui demanda si elle avait jamais été dans un lieu où des Anglais avaient été tués ; elle répondit : En nom Dieu si ay. Comme vous parlez doucement ! Pourquoi ne quittaient-ils pas la France et n’allaient-ils pas dans leur patrie ?
. — Un grand seigneur anglais dont il ne se rappelle plus le nom, l’ayant entendue, déclara devant lui et Guillaume Desjardins : Vraiment c’est une femme bonne. Si elle pouvait être anglaise !
— Ajoute qu’aucun docteur, si savant et subtil, n’eût été embarrassé et épuisé, s’il avait été interrogé comme Jeanne, par tant de maîtres, devant une telle assistance.
Sur la maladie de Jeanne pendant ce procès A été envoyé auprès de Jeanne par les juges ; y fut conduit par un dénommé d’Estivet. En présence de cet Estivet, de Guillaume de la Chambre et de plusieurs autres, il lui prit son pouls et l’interrogea sur son mal. Elle répondit qu’elle avait mangé une carpe envoyée par Cauchon, qu’elle croyait être la cause de sa maladie. D’Estivet lui répliqua qu’elle parlait mal et l’invectiva : Toi, paillarde, tu as mangé poissons en saumure et autres choses qui ne te conviennent pas.
; ce qu’elle contesta. Jeanne et d’Estivet échangèrent beaucoup de paroles injurieuses. — Le témoin apprit de quelques personnes présentes que Jeanne avait souffert de nombreux vomissements.
A-t-il été consulté durant le procès Dit ne pas se rappeler avoir jamais donné dans le procès opinion autre que celle sur la maladie. [Le procès-verbal indique qu’il opina lors de la dernière délibération de relapse le 29 mai, où il suivit l’avis de l’abbé de Fécamp.]