Dépositions de Pierre Cusquel
A été entendu 3 fois :
1452 :
1456 :
Pierre Cusquel, citoyen de Rouen, âgé d’environ 55 ans, entendu le 3 mai 1452.
Art. 1. Cauchon haïssait Jeanne car elle avait combattu les Anglais
A vu Jeanne être amenée par les Anglais.
Art. 2. Cauchon négocia son rachat en donnant la priorité aux Anglais sur l’Église
L’a vue deux ou trois fois, dans une pièce du château de Rouen du côté de la porte postérieure.
Art. 3. Les Anglais voulaient sa mort car elle les terrorisaient
Les Anglais ont cherché à la faire mourir par malveillance et déplaisir du bien qu’elle faisait ; et pour déshonorer le roi de France qui avait utilisé une femme hérétique et habile en sortilèges. Elle n’aurait pas été jugée si elle n’avait pas été contre les Anglais.
Art. 4. Cauchon confia Jeanne à la garde des Anglais plutôt qu’à l’Église
À l’époque du procès, il fréquentait souvent le château grâce à son patron, maître Jean Son, maître d’œuvre en maçonnerie. Avec la permission des gardiens il entra deux fois dans la prison de Jeanne, et il la vit dans des entraves de fer et attachée par une longue chaîne fixée à une poutre ; et dans la propre maison du témoin fut pesée une cage de fer, dans laquelle on disait qu’elle serait enfermée ; il ne la vit cependant pas dans cette cage.
Art. 5. Cauchon avait été récusé par Jeanne
A entendu que Jeanne avait été prise dans le diocèse de Beauvais.
Art. 6. Jeanne était bonne et catholique, allant à la messe et se confessant souvent
Jeanne était bonne catholique, de bonne et honnête vie ; la renommée en jugeait ainsi et tous avaient pitié d’elle.
Art. 7. Elle s’était plusieurs fois soumise à l’Église ; ce qu’elle disait paraissait procéder d’un esprit plutôt bon que mauvais
S’en rapporte au procès et au droit.
Art. 8. Elle comprenait la soumission à l’Église comme la soumission aux ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais
S’en rapporte au procès.
Art. 9. Elle fut jugée relapse malgré sa soumission à l’Église
Le peuple disait n’y avoir aucune raison de la condamner, si ce n’est la reprise des vêtements d’homme ; mais elle n’avait porté et ne porta ce vêtement que pour ne pas plaire aux hommes d’armes avec lesquels elle vivait, comme elle lui répondit elle-même, dans la prison.
Le jour de sa mort, il entendit Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, dire qu’elle était morte en fidèle chrétienne, et qu’il croyait son âme être dans les mains de Dieu, et tous les fauteurs de la condamnation damnés.
Art. 10. Elle fut forcée de remettre un habit d’homme et pour cela fut jugée relaspe
S’en rapporte au droit.
Art. 11. Ses juges la condamnèrent au feu par complaisance ou crainte des Anglais
S’en rapporte au droit.
Art. 12. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France
Capture, incarcération, condamnation et exécution étaient et sont de renommée publique.
Pierre Cusquel, laïc, habitant de Rouen, âgé d’environ 50 ans, entendu le 9 mai 1452.
Art. 1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir
Véridique et notoire.
Art. 2. Les Anglais la craignaient
Véridique.
Art. 3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres
Il vit Jeanne incarcérée au château, dans une pièce située sous un escalier, vers les champs.
Croit que les juges et assistants agissaient par faveur envers les Anglais et qu’ils n’auraient pas osé contredire ceux-ci ; mais ne sait rien sur les pressions.
Art. 4. Juges et conseillers agirent sous leur menace
S’en rapporte au procès.
Lorsque André Marguerie ou un autre a dit vouloir rechercher la vérité sur la manière dont Jeanne avait changé de vêtement, il entendit quelqu’un répondre, mais ne sait qui : qu’il se taise, au nom du diable !
Art. 5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne
Ne sait rien car n’était pas là.
Art. 6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient
Ne sait rien car n’était pas là.
Art. 7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie
Croit que personne n’aurait osé conseiller ou défendre Jeanne.
Art. 8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée
Véridique.
Il entra deux fois dans la prison de Jeanne, grâce à maître Jean Son, alors maître d’œuvre audit château ; il s’entretint avec elle et l’avertit de parler avec prudence, s’agissant de sa vie. Et il ajoute qu’une cage de fer fut construite pour l’enfermer debout, et qu’il la vit peser dans sa maison ; cependant il ne vit pas Jeanne à l’intérieur.
Art. 9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule
Jeanne avait environ 20 ans, parlait avec prudence ; mais croit qu’elle était ignorante du droit et peu capable de répondre à tant de docteurs.
Art. 10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église
Ne sait rien.
Art. 11. Les interrogatoires étaient difficiles
Notoire, mais n’était pas là ; les Anglais travaillèrent de toutes leurs forces à la surprendre en paroles, car elle leur avait fait la guerre.
Art. 12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants
Le croit véridique.
Art. 13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique
Déclare avoir entendu de la bouche de Jeanne, en pleine prédication à Saint-Ouen, les paroles contenues dans l’article.
Art. 14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape
Notoire.
Art. 15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission
S’en rapporte au procès.
Art. 16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre
S’en rapporte au procès.
Art. 17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais
S’en rapporte au droit et à l’intention de Jeanne.
Art. 18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient
S’en rapporte au procès.
Art. 19. Le tribunal jugea sous la crainte
Notoire à Rouen qu’on procédait plus pour plaire aux Anglais qu’avec un souci de justice.
Art. 20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié
S’en rapporte au procès.
Art. 21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents
S’en rapporte au droit et au procès.
Art. 22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre
S’en rapporte au droit et au procès.
Art. 23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise
Ne s’est pas rendu à l’exécution de Jeanne, car son cœur n’aurait pu supporter ou souffrir cela par pitié pour elle. A entendu dire que Jeanne avait communié avant.
Art. 24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière
L’a entendu dire ; car aucune sentence ne fut prononcée par un juge séculier.
Art. 25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais
L’a entendu dire ; et que maître Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre, revenant du lieu du supplice, triste et gémissant, se lamentait sur ce qu’il avait vu là en ces termes : Nous sommes tous perdus, car une personne bonne et sainte a été brûlée
; il croyait en outre que son âme était entre les mains de Dieu, puisque, au milieu des flammes, elle implorait toujours le nom du Seigneur Jésus.
Art. 26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien
Le croit et notoire.
Art. 27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France
Notoire.
Pierre Cusquel, laïc, bourgeois de Rouen, âgé d’environ 53 ans. Interrogé auparavant [date non indiquée] et réentendu le 12 mai.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
A connu Jeanne à Rouen et ignore tout de sa famille. À la demande et grâce à la complicité de maître Jean Son, maître d’œuvre du château de Rouen, il entra deux fois dans sa prison et s’entretint avec elle. Il lui conseilla de parler avec prudence car elle jouait sa vie.
Jeanne devait avoir presque vingt ans. Elle était toute simple et sans doute ignorante du droit, bien qu’elle répondît avec prudence.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
Ce procès fut fait non pour la foi ou la justice, mais par haine et à cause de la crainte qu’inspirait Jeanne aux Anglais. Le tribunal procédait avec partialité et sur les instances des Anglais.
Il entendit toute sorte de bruits au sujet de la reprise de l’habit d’homme. André Marguerie avait déclaré qu’il fallait bien rechercher la vérité sur le changement d’habit mais quelqu’un lui dit de se taire au nom du diable.
Personne n’aurait osé conseiller ou aider Jeanne.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Jeanne fut placée au château de Rouen, dans la prison du château, dans une pièce située sous un escalier, du côté de la campagne, où il la vit et lui parla deux fois. — On fit faire une cage de fer pour la détenir debout, laquelle fut pesée dans sa propre maison. Mais il n’y vit pas Jeanne enfermée dedans.
Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité
A entendu dire par plusieurs personnes, que la duchesse de Bedford avait fait examiner Jeanne et qu’on la trouva vierge.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
N’a jamais assisté au procès, mais le bruit courait qu’on la harcelait beaucoup de toutes sortes de questions pour la piéger en paroles ; parce qu’elle avait mené la guerre contre les Anglais.
Art. 17-18. Soumission à l’Église
A entendu dire que Jeanne s’était soumise à l’Église et au pape. L’entendit de la bouche même de Jeanne, au cours du sermon de Guillaume Érard à Saint-Ouen, lorsqu’elle dit ne vouloir rien soutenir contre la foi catholique, et rejeter tout dans ses paroles ou actes que les clercs jugeraient contre la foi.
Ne sait rien.
Art. 22. Emploi de notaires cachés et de conseillers déguisés
A entendu dire que Nicolas Loiseleur faisait semblant d’être sainte Catherine et incitait Jeanne à dire ce qu’il voulait.
Art. 23-25. Première sentence et abjuration
Assista à la prédication de Saint-Ouen, mais n’en sait rien de plus.
Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice
Jeanne fut brûlée au Vieux Marché après une prédication. Il ne voulut pas y assister, son cœur n’aurait pu le supporter, par pitié pour Jeanne. Presque tout le monde disait que Jeanne avait subi un grand outrage et une injustice.
Il vit secrétaire du roi d’Angleterre Jean Tressart revenir du supplice, triste et plein d’affliction, déplorant la scène à laquelle il avait assisté ; il disait : Nous sommes tous perdus, car une sainte a été brûlée !
; selon lui l’âme de Jeanne dans la main de Dieu, car au milieu des flammes elle criait toujours le nom de Jésus.
Après la mort de Jeanne les Anglais firent recueillir ses cendres et les firent jeter dans la Seine : car ils avaient craint son évasion, et craignaient qu’on ne crût à une évasion.