Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

Déposition de Thomas Marie

Interrogé une fois en 1452.

Enquête de 1452

  • Interrogé le mardi 9 mai 1452
  • Lieu : Rouen, palais épiscopal

Questionnaire de l'interrogatoire :

Devant :

Notaires :

Lire dans les différentes éditions

Français :

  • Gratteloup (Abrégé, 2023)
  • Duparc (Procès en nullité, t. III, p. 226, 1983)
  • Fabre (Procès de réhabilitation, t. II, p. 121, 1888)

Latin :

  • Duparc (Procès en nullité, t. I, p. 238, 1977)
  • Quicherat (Procès, t. II, p. 370, 1845)

Messire Thomas Marie, prêtre, bachelier en théologie, prieur du prieuré de Saint-Michel près de Rouen, de l’ordre de saint Benoît, âgé d’environ 62 ans, entendu le 9 mai 1452.

Art. 1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir

Paraît véridique.

Art. 2. Les Anglais la craignaient

Déclare qu’en raison des faits surprenants de Jeanne pendant la guerre, et parce que les Anglais sont généralement superstitieux, ils estimaient qu’elle avait quelque chose de funeste et cherchaient sa mort. Interrogé comment il sait que les Anglais sont superstitieux déclare qu’ainsi le tient la commune renommée et c’est un proverbe courant.

Art. 3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres

Jeanne fut incarcérée au château ; on lui fit un procès de foi à la requête et aux propres frais, à ce qu il croit, des Anglais.

Sur la peur et les pressions déclare que certains intervinrent au procès par crainte, d’autres par partialité.

Art. 4. Juges et conseillers agirent sous leur menace

Ne croit pas à la crainte et aux menaces, mais plutôt à la partialité, surtout parce que certains, comme il le croit et l’entendit dire, reçurent des présents. — Nicolas de Houppeville fut incarcéré et expulsé du procès parce qu’il avait parlé avec aigreur de la cause de Jeanne à Cauchon.

Art. 5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne

Les notaires ont écrit fidèlement quoique peut-être, à ce qu’il comprit, ils aient parfois été sollicités d’écrire autrement.

Art. 6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient

Comme 5.

Art. 7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie

A entendu dire qu’on lui offrit un conseiller ; mais pas que quelqu’un avait été en danger de mort ou autre pour lui avoir donné un avis.

Art. 8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée

A entendu d’un serrurier qu’il avait fait une cage de fer pour y tenir Jeanne enfermée ; et croit qu’elle fut placée dans cette cage. Ne sait rien des gardiens.

Art. 9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule

Pense qu’elle avait 18 ans.

A entendu de plusieurs assistants au procès qu’elle répondait avec autant de sagesse aux questions que l’aurait fait un excellent clerc.

Art. 10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église

Ne sait rien.

Entendit dire qu’après la première prédication, alors qu’elle était de nouveau placée dans la prison du château, on lui fit tant de vexations pour l’accabler, qu’elle avoua préférer mourir plutôt que rester davantage avec les Anglais.

Art. 11. Les interrogatoires étaient difficiles

Bien qu’absent au procès, l’a entendu dire ; croit que les interrogateurs cherchaient la fin indiquée.

Art. 12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants

Croit qu’ils lui faisaient tout le mal qu’ils pouvaient.

Art. 13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique

Ne sait rien mais l’a entendu dire de beaucoup.

Art. 14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape

Comme 13.

Art. 15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission

Ne sait rien.

Art. 16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre

Ne sait rien.

Art. 17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais

Ne sait rien.

Art. 18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient

Ne sait rien.

Art. 19. Le tribunal jugea sous la crainte

Déclare que où il n’y a pas libre arbitre, ni procès ni sentence ne valent ; mais ne peut rien dire d’autre que sa déposition ci-dessus si les juges et les assesseurs furent libres.

Art. 20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié

Ne sait rien.

Art. 21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents

S’en rapporte au droit.

Art. 22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre

N’en sait rien car n’était pas au procès.

Art. 23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise

Il était notoire que Jeanne était bonne catholique et qu’elle fut brûlée. Ignore le reste.

Art. 24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière

Ne sait rien.

Art. 25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais

Croit qu’il en fut ainsi ; et il entendit de beaucoup qu’on vit le nom Jésus écrit dans la flamme du feu qui la consumait.

Art. 26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien

Croit que si les Anglais avaient eu une telle femme, ils l’auraient fort honorée et ne l’auraient pas traitée ainsi.

Art. 27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France

Ce qu’il a dit est notoire à Rouen.

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