Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

#Capitaine anglais

Jean Dunois

Un autre fait le conforte qu’elle agissait inspirée par Dieu. Lorsqu’il proposa d’aller chercher les hommes qui traversaient à Blois et qu’on attende son retour, Jeanne refusa, préférant soit envoyer une sommation aux Anglais, soit donner l’assaut. Ce qu’elle fit. Elle leur envoya une lettre rédigée dans sa langue maternelle, en des termes très simples, les prévenant que s’ils refusaient de lever le siège et de rentrer en Angleterre, elle leur ferait si grand assaut qu’ils seraient forcés de partir. Cette lettre fut envoyée au sire Talbot. Et alors qu’auparavant 200 Anglais faisaient fuir 800 ou 1000 Français, à partir de ce moment 400 ou 500 Français livrant combat à presque toutes les forces anglaises, les pressaient tant que ceux-ci n’osaient plus sortir de leurs bastilles.

L’assaut se prolongea jusqu’à 8 heure du soir, si bien qu’on n’espérait plus une victoire ce jour là. Le déposant voulut commander la retraite, mais la Pucelle lui demanda d’attendre encore un peu. À cheval, elle se retira à l’écart vers une vigne, et s’y tint en prière un demi quart d’heure. Puis elle revint, empoigna son étendard et le plaça sur le bord du fossé. À l’instant, les Anglais tremblèrent et prirent peur. Ceux du roi reprirent courage, montèrent à l’assaut au boulevard et le prirent sans rencontrer aucune résistance ; tous les Anglais qui s’y trouvaient furent mis en fuite ou moururent. Classidas et les principaux capitaines anglais de cette bastille, voulant se retirer dans la tour du pont d’Orléans, tombèrent dans le fleuve et se noyèrent. Ce même Classidas avait été l’un des plus grossiers envers la Pucelle.

Jean Luillier

Se rappelle bien que le 7 mai 1429 au matin, un assaut fut lancé contre le boulevard du pont au cours duquel elle avait été blessée d’une flèche. L’assaut se prolongea si tard le soir qu’on voulut l’abandonner. Alors la Pucelle vint leur recommander de ne pas renoncer ; elle se saisit de son étendard et le plaça sur le bord du fossé. Aussitôt les Anglais frémirent, et les gens du roi reprirent courage : ils repartirent à l’assaut sans trouver de résistance. Le boulevard fut alors pris et les Anglais qui s’y trouvaient s’enfuirent, mais tous moururent. Classidas et les autres capitaines qui gardaient la bastille, tentant de se réfugier dans la tour du pont d’Orléans, tombèrent dans le fleuve et s’y noyèrent. Une fois la bastille prise, tous les partisans du roi rentrèrent dans la cité d’Orléans.

Louis de Coutes(page de Jeanne)

L’armée alla devant Jargeau, qui fut prise d’assaut. On fit de nombreux prisonniers, parmi lesquels Suffolk et Pole.

Jean d’Alençon

À ce moment-là, le témoin et Jeanne apprirent que le connétable approchait avec quelques troupes. Ils furent mécontents, car ils avaient l’ordre de ne pas le recevoir, et songèrent se retirer de la ville. Mais le lendemain, le connétable n’était pas encore là qu’on annonça l’arrivée de renforts anglais, menés par Talbot. Jeanne réussit à convaincre le témoin de rester. Finalement les Anglais se rendirent au témoin qui les laissa partir avec un sauf-conduit. — Alors que ces Anglais se retiraient, un homme de La Hire, vint annoncer que mille hommes d’armes Anglais seraient bientôt en vue. Lorsque Jeanne l’apprit elle accueillit le connétable : Ah ! beau connétable, vous n’êtes pas venu de par moi ; mais puisque vous êtes venu, soyez le bienvenu [en français].

Beaucoup appréhendait la suite, mais Jeanne affirma qu’elle était sûre de la victoire : En nom Dieu, il les faut combattre ! s’ils étaient pendus aux nues, nous les aurons, car Dieu nous les envoie pour que nous les punissions. Elle ajouta : Le gentil roi aura aujourd’hui la plus grande victoire qu’il eut jamais. Mon conseil m’a dit qu’ils sont tous nôtres. [En français.]

Les Anglais furent défaits et tués sans grande difficulté : ce fut un grand massacre d’Anglais, puis les gens du roi gagnèrent Patay. Talbot, fait prisonnier, fut amené devant le témoin, le connétable et Jeanne ; le témoin lui déclara qu’il ne s’imaginait pas le matin qu’il en serait ainsi, à quoi Talbot répondit que c’était la fortune de la guerre. — On retourna ensuite auprès du roi, qui décida d’aller à Reims pour son sacre.

Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)

Le lendemain samedi, après la messe, Jeanne partit à l’assaut de la bastille du Pont, où était Clasdas. L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil, sans interruption.

Après le déjeuner, Jeanne fut atteinte d’une flèche au-dessus du sein comme elle l’avait prédit ; elle eut peur et pleura, puis fut consolée. Quelques soldats proposèrent de charmer [en français] sa blessure : Je préférerais mourir plutôt que déplaire à Dieu ; ajoutant qu’elle mourrait bien un jour, ne savait pas quand, où et comment, ni à quelle heure ; cependant, elle acceptait d’être soignée si l’on ne pêchait pas. On pansa sa blessure avec de l’huile d’olive et du lard ; Jeanne se confessa au témoin, pleurant et se lamentant puis elle retourna à l’assaut.

Elle cria à Clasdas : Rends-toi au Roi des cieux. [en français] Tu m’as appelée putain, moi j’ai grand pitié de ton âme et de celle des tiens. Alors celui-ci, armé de pied en cap, tomba dans le fleuve de Loire et se noya. Jeanne pleura abondamment pour son âme et celle des nombreux autres noyés. Les Anglais qui défendaient la bastille furent faits prisonniers ou moururent.

Aimon de Macy

Jeanne fut conduite au château de Rouen, dans une prison tournée vers la campagne. Un jour, le comte de Ligny [Jean de Luxembourg], qui était arrivé à Rouen accompagné du témoin, voulut voir Jeanne ; il vint vers elle en compagnie du comte de Warwick, du comte de Stafford, du chancelier d’Angleterre [Henri Beaufort], de son frère alors évêque de Thérouanne [Louis de Luxembourg], et du témoin. Ligny lui dit : Jeanne, je suis venu ici pour vous mettre à rançon, à condition que vous promettiez de ne jamais vous armer contre nous. Elle répondit : En nom Dieu [en français : En nom Dé], vous vous moquez de moi, car je sais bien que vous n’en avez ni le vouloir, ni le pouvoir ; et le répéta car le comte insistait ; puis elle ajouta : Je sais bien que ces Anglais me feront mourir [en français], croyant après ma mort gagner le royaume de France ; mais même s’ils étaient cent mille godons [en français] ou plus, ils n’auraient pas le royaume. Stafford, indigné, tira sa dague pour la frapper mais Warwick l’en empêcha.

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