Déposition de Jean Luillier
Interrogé une fois en 1456.
Jean Luillier, bourgeois d’Orléans, âgé d’environ 56 ans. Le 16 mars 1456, interrogé en présence de Guillaume Bouillé, Jean Martin, vicaire de l’inquisiteur, Jean Cadier.
Art. 1. Rumeurs sur la venue de Jeanne
Rumeur à Orléans sur la venue de Jeanne Elle était fort désirée par tous les habitants, car la rumeur courait qu’elle avait déclaré au roi être envoyée par Dieu pour faire lever le siège mis devant la ville ; la détresse des habitants était telle, qu’ils ne savaient à qui recourir pour être sauvés, sinon à Dieu.
Art. 3. Son entrée dans Orléans
Entrée de Jeanne dans Orléans Interrogé si lui-même était dans la cité quand elle y entra, répond que oui. Elle fut reçue par tous, des deux sexes, petits et grands, avec autant de joie que si elle avait été un ange de Dieu ; ils espéraient être délivrés grâce à elle, comme cela arriva.
Ce qu’elle avait fait après son entrée Elle les exhorta tous à espérer en Dieu et que s’ils avaient confiance, ils seraient sauvés de leurs ennemis.
Lettre aux Anglais Elle voulut faire des sommations aux Anglais avant l’assaut, et leur écrivit elle-même pour qu’ils se retirent et repartent pour l’Angleterre ; et que sinon ils seraient obligés de se retirer par force et violence.
Effroi des Anglais Dès lors les Anglais furent effrayés et perdirent leur force de résistance ; si bien qu’un petit nombre de gens de la ville, suffisaient à dissuader une grosse troupe d’Anglais de sortir de leurs bastilles.
Art. 4. La levée du siège
Assaut du 7 mai Se rappelle bien que le 7 mai 1429 au matin, un assaut fut lancé contre le boulevard du pont au cours duquel elle avait été blessée d’une flèche. L’assaut se prolongea si tard le soir qu’on voulut l’abandonner. Alors la Pucelle vint leur recommander de ne pas renoncer ; elle se saisit de son étendard et le plaça sur le bord du fossé. Aussitôt les Anglais frémirent, et les gens du roi reprirent courage : ils repartirent à l’assaut sans trouver de résistance. Le boulevard fut alors pris et les Anglais qui s’y trouvaient s’enfuirent, mais tous moururent. Classidas et les autres capitaines qui gardaient la bastille, tentant de se réfugier dans la tour du pont d’Orléans, tombèrent dans le fleuve et s’y noyèrent. Une fois la bastille prise, tous les partisans du roi rentrèrent dans la cité d’Orléans.
Départ des Anglais Le lendemain, de bon matin, les Anglais sortirent de leurs tentes et se mirent en ordre de bataille, comme pour combattre. Avertie, Jeanne se leva de son lit et s’arma ; mais elle ne voulut pas qu’on attaquât les Anglais, ni qu’on leur demandât rien, mais qu’on les laissât partir. Ce qu’ils firent, sans qu’on les poursuive. Dès lors la ville fut délivrée.
Art. 8. Œuvre divine ou humaine ?
Envoyée par Dieu Interrogé si le siège fut levé grâce à Jeanne ou par la puissance des soldats, il répond que lui, et également tous ceux de la cité, croient que si la Pucelle n’était venue de la part de Dieu, la ville seraient tombée aux mains des ennemis. Il doute que les Orléanais aient pu résister longtemps contre les forces des ennemis, alors tellement supérieures à eux.