#Arrivée à Orléans
6 témoins :
- Jean Dunois
- Louis de Coutes, page de Jeanne
- Simon Beaucroix
- Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
- Thibault d’Armagnac, dit Thibault de Termes
- Jean d’Aulon
Jean Dunois
- Enquête à Orléans (22 février 1456)
Le convoi, avec Jeanne et les hommes d’armes arriva par la Sologne jusqu’au bord de la Loire, en face de l’église Saint-Loup, pleine d’Anglais ; aussi lui déposant et les capitaines du convoi jugèrent leur effectif insuffisant pour entrer dans Orléans. Il fallut traverser par bateau, mais à contre courant et avec un vent contraire.
Alors Jeanne s’adressa à lui : Êtes-vous le bâtard d’Orléans ? — Oui et je me réjouis de votre arrivée. — Est-ce vous qui avez donné le conseil de me faire venir ici, de ce côté de la rivière, et de ne pas aller directement où se trouvent Talbot et Anglais ? — Lui et d’autres plus sages encore, avaient donné ce conseil, croyant agir au mieux et plus sûrement. — En nom Dieu, les conseils de Dieu sont plus sûrs et plus sages que les vôtres. Vous avez cru m’abuser, et vous vous êtes abusés vous-mêmes car je vous apporte le meilleur secours qui aura jamais été donné à un combattant ou à une cité, c’est le secours du Roi des cieux. Il ne vient pas cependant pour l’amour de moi : il vient de Dieu qui, à la requête de saint Louis et de saint Charlemagne, eut pitié d’Orléans, et ne souffrit pas que les ennemis eussent et le corps du seigneur d’Orléans et sa ville.
Le vent tourna, comme à l’instant, les voiles des bateaux de ravitaillement furent immédiatement tendues. Lui-même s’embarqua, accompagné de frère Nicolas de Géresme, et ils passèrent l’église Saint-Loup en dépit des Anglais ; dès lors il eut grande confiance en Jeanne et la supplia de bien vouloir s’embarquer aussi et d’entrer dans Orléans, où elle était fort réclamée. Elle hésita, ne voulant pas abandonner ses hommes d’armes bien confessés. Il alla parlementer avec les capitaines afin qu’ils laissassent Jeanne entrer avec lui dans Orléans pendant qu’eux iraient traverser la Loire à Blois. Ils consentirent et Jeanne partit avec lui ; elle tenait son étendard, qui était blanc, avec l’image de Notre Seigneur tenant une fleur de lys. Elle traversa la Loire avec La Hire et ils entrèrent ensemble dans la ville d’Orléans.
Louis de Coutes(page de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 avril 1456)
Jeanne resta un certain temps à Blois ; puis on décida d’aller à Orléans par la Sologne. Jeanne partit toute armée, avec ses soldats auxquels elle recommandait toujours d’avoir grande confiance en Dieu et de confesser leurs péchés.
Le témoin vit Jeanne communier au sein de sa compagnie.
Arrivés à proximité d’Orléans du côté de la Sologne, on les fit traverser, Jeanne, le témoin et plusieurs autres, et ils entrèrent dans la ville. — Jeanne était très meurtrie car elle avait couché toute armée la veille du départ de Blois.
Elle fut hébergée dans la maison du trésorier, devant la porte Bannier. Le témoin la vit communier dans cette maison.
Simon Beaucroix
- Enquête à Paris et à Rouen (20 avril 1456)
Jeanne voulait que l’on passe par la bastille de Saint-Jean-le-Blanc, mais les hommes d’armes allèrent en un lieu entre Orléans et Jargeau où les attendaient des bateaux envoyés par les habitants d’Orléans. On y chargea le ravitaillement qui fut conduit en ville. Quant aux hommes, certains proposèrent de traverser la Loire à Blois, car il n’y avait pas de pont plus proche dans l’obéissance du roi. L’idée irrita Jeanne qui les soupçonnait de vouloir se retirer, en abandonnant une tâche inachevée. Elle ne voulut pas les suivre et avec deux cents lances environ, elle franchit l’eau en bateau et entra dans Orléans.
Le maréchal de Boussac partit de nuit chercher l’armée du roi près de Blois. Jeanne confia à d’Aulon qu’elle savait que rien de mal n’arriverait au maréchal.
Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 mai 1456)
Jeanne fit marcher les prêtres sous la bannière en tête du convoi. Ils sortirent côté Sologne, en chantant le Veni creator Spiritus et d’autres antiennes. Ils campèrent deux jours dans les champs et arrivèrent devant Orléans le troisième.
Les Français vinrent assez près des Anglais pour qu’on puisse s’observer, pendant qu’on acheminait le ravitaillement. Le fleuve était alors si bas que les bateaux ne pouvaient ni le remonter, ni aborder ; mais presque subitement l’eau monta et les bateaux purent parvenir jusqu’au troupes royales.
Jeanne embarqua avec quelques hommes et entra dans Orléans. Elle le chargea de retourner à Blois avec les prêtres et la bannière, d’où il revinrent sans encombre avec beaucoup d’hommes d’armes. Elle alla à leur rencontre et tous entrèrent dans la ville, à la vue des Anglais, avec le ravitaillement. Cela était surprenant, car les Anglais, nombreux et puissants, armés et prêts à combattre, virent passer leurs ennemis faibles en comparaison et leurs prêtres qui chantaient, sans les attaquer.
Thibault d’Armagnac(dit Thibault de Termes)
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
Fit connaissance de Jeanne lorsqu’elle vint à Orléans faire lever le siège ; il était alors en charge de la défense de la ville avec Dunois. — Lorsqu’ils apprirent son arrivée ils allèrent la chercher de l’autre côté de la Loire, près de Saint-Jean-le-Blanc, et la ramenèrent dans la ville.
Jean d’Aulon
- Déposition de Jean d’Aulon à Lyon (28 mai 1456)
Dunois, qu’on appelait alors le bâtard d’Orléans, se trouvait dans la ville pour sa défense. Dès qu’il apprit la venue de la Pucelle, il fit assembler des hommes pour aller à sa rencontre, comme La Hire et d’autres. Ils décidèrent, pour plus de sûreté, d’y aller par la Loire en bateau, et la trouvèrent à un quart de lieue. Lui-même et la Pucelle montèrent dans un bateau et le reste des gens s’en retournèrent vers Blois. Ils entrèrent dans Orléans sans embûche avec Dunois et ses gens. Dunois la fit loger bien honnêtement dans la maison d’un notable bourgeois de la ville marié à une notable femme.