Déposition de Simon Beaucroix
Interrogé une fois en 1456.
Arrivée de Jeanne à Chinon.]
Était à Chinon avec Jean d’Aulon quand arriva Jeanne. Après avoir parlé avec le roi et son conseil, elle fut placée sous la garde d’Aulon. Elle l’accompagna à Blois, et de là jusqu’à Orléans, par la Sologne.
Jeanne recommanda à tous les hommes d’armes de se confesser en leur assurant que s’ils étaient en bonne condition, Dieu leur accorderait la victoire.
Arrivée à Orléans.]
Jeanne voulait que l’on passe par la bastille de Saint-Jean-le-Blanc, mais les hommes d’armes allèrent en un lieu entre Orléans et Jargeau où les attendaient des bateaux envoyés par les habitants d’Orléans. On y chargea le ravitaillement qui fut conduit en ville. Quant aux hommes, certains proposèrent de traverser la Loire à Blois, car il n’y avait pas de pont plus proche dans l’obéissance du roi. L’idée irrita Jeanne qui les soupçonnait de vouloir se retirer, en abandonnant une tâche inachevée. Elle ne voulut pas les suivre et avec deux cents lances environ, elle franchit l’eau en bateau et entra dans Orléans.
Le maréchal de Boussac partit de nuit chercher l’armée du roi près de Blois. Jeanne confia à d’Aulon qu’elle savait que rien de mal n’arriverait au maréchal.
Prise de Saint-Loup.]
Jeanne était à son logis lorsque, mue par une inspiration, elle déclara : En nom Dieu, nos gens ont beaucoup à faire !
Elle envoya chercher son cheval, s’arma et fonça vers la bastille de Saint-Loup où l’on attaquait les Anglais. Elle se joint à l’assaut et la bastille fut prise.
Prise de Saint-Jean-le-Blanc et des Augustins.]
Le lendemain Jeanne participa à l’assaut de la bastille de Saint-Jean-le-Blanc. Les Français s’approchèrent jusqu’à une île ; mais dès les Anglais les aperçurent ils abandonnèrent la bastille et se retirèrent vers celle des Augustins. Le témoin vit l’armée royale dans un très grand danger. Jeanne les encourageait : Allons hardiment, en nom Dieu !
. [La suite est confuse, comme si les phrases n’étaient pas dans l’ordre :] On arriva jusqu’aux Anglais (qui se trouvaient en grand péril et qui avaient trois bastilles) et la bastille fut facilement prise. Les capitaines voulurent que Jeanne regagne la ville ce qu’elle refusa : Abandonnerons-nous nos gens ?
Prise de la bastille du Pont.]
Le lendemain les Français attaquèrent la bastille située au bout du pont, qui semblait imprenable. L’attaque dura toute la journée jusqu’à la nuit. Le témoin vit d’Aulon faire rompre le pont avec une bombarde.
C’était déjà le soir, et on désespérait de pouvoir l’emporter. On demanda d’apporter l’étendard de Jeanne ; l’attaque reprit et aussitôt, sans grande difficulté, on entra dans la bastille avec l’étendard. Les Anglais se mirent à fuir par le pont, qui s’effondra ; et beaucoup se noyèrent.
Départ des Anglais.]
Le lendemain les Français firent une nouvelle sortie ; à leur vue, les Anglais s’enfuirent et Jeanne empêcha qu’on les poursuivît : Laissez partir les Anglais, ne les tuez pas. Qu’ils s’en aillent. Leur retraite me suffit.
Prise de Jargeau.]
Le même jour les gens du roi se rendirent à Blois. Jeanne y passa deux ou trois jours et se rendit à Tours et à Loches, où l’on préparait l’assaut de Jargeau ; qui fut prise.
Piété de Jeanne.]
Jeanne était bonne catholique, craignant Dieu ; elle se confessait tous les deux jours, communiait chaque semaine, et entendait la messe chaque jour. Elle exhortait les hommes d’armes à bien vivre et à se confesser souvent.
Mœurs de Jeanne en compagnie des hommes d’armes.]
Lui-même n’eut jamais envers elle le désir de mal agir. — Jeanne couchait toujours avec des jeunes filles ; et ne voulait pas de vieilles femmes. — Elle détestait jurons et blasphèmes, et reprenait ceux qui juraient ou blasphémaient. — Elle interdisait les pillages et refusait la nourriture qu’elle savait volée. Elle s’irrita un jour contre un Écossais qui lui fit savoir qu’elle avait mangé d’un veau volé et voulu le frapper. — Elle ne voulait jamais voir de femmes de mauvaise vie dans l’armée ; aucune d’elles n’aurait osé se trouver devant elle ; et si Jeanne en rencontrait une, elle devait soit partir, soit se faire épouser.
Piété de Jeanne.]
Jeanne était vraie catholique, obéissant aussi autant que possible aux instructions de l’Église. Elle était charitable non seulement envers les Français, mais aussi envers les ennemis. — Tout cela le témoin le sait, car il fut longtemps en sa compagnie, et maintes fois l’aida à s’équiper. — Elle déplorait que de braves femmes viennent la saluer : ce lui semblait une sorte de dévotion, dont elle s’irritait.