Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

Déposition de Simon Beaucroix

Interrogé une fois en 1456.

Enquête de 1456

  • Interrogé le mardi 20 avril 1456
  • Lieu : Paris, cour épiscopale

Les 39 témoins de l'enquête :

  1. Jean Tiphaine
  2. Guillaume de la Chambre
  3. Jean de Mailly
  4. Thomas de Courcelles
  5. Jean Monnet, secrétaire de Jean Beaupère
  6. Louis de Coutes, page de Jeanne
  7. Gobert Thibaut
  8. Simon Beaucroix
  9. Jean Barbin
  10. Marguerite La Touroulde, veuve de René de Bouligny
  11. Jean Marcel
  12. Jean d’Alençon
  13. Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
  14. Jean de Lénizeul, serviteur de Guillaume Érart
  15. Simon Charles
  16. Thibault d’Armagnac, dit Thibault de Termes
  17. Aimon de Macy
  18. Colette, femme de Pierre Milet
  19. Pierre Milet
  20. Aignan Viole
  21. Pierre Miget
  22. Guillaume Manchon, principal notaire du procès
  23. Jean Massieu, huissier du procès
  24. Guillaume Colles, dit Boisguillaume, second notaire du procès
  25. Martin Lavenu
  26. Nicolas de Houppeville
  27. Jean Lefèvre
  28. Jean Lemaire
  29. Nicolas Caval
  30. Pierre Cusquel
  31. André Marguerie
  32. Maugier Leparmentier
  33. Laurent Guesdon, alors lieutenant du bailli de Rouen
  34. Jean Riquier
  35. Jean Moreau, habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy
  36. Nicolas Taquel, troisième notaire du procès
  37. Husson Lemaistre, habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy
  38. Pierre Daron, alors procureur de Rouen
  39. Seguin de Seguin

Devant :

Notaires :

Lire dans les différentes éditions

Français :

  • Gratteloup (Abrégé, 2023)
  • Duparc (Procès en nullité, t. IV, p. 54, 1986)
  • Fabre (Procès de réhabilitation, t. I, p. 252, 1888)

Latin :

  • Duparc (Procès en nullité, t. I, p. 370, 1977)
  • Quicherat (Procès, t. III, p. 77, 1845)
Noble Simon Beaucroix, écuyer, clerc marié, demeurant à Paris dans l’Hôtel-Neuf, âgé d’environ 50 ans. Interrogé le 20 avril 1456 devant : Jean (Reims), Guillaume (Paris), Thomas Vérel (délégué de Jean Bréhal).
Ne dépose que sur les articles 1-4.

Arrivée de Jeanne à Chinon.]

Était à Chinon avec Jean d’Aulon quand arriva Jeanne. Après avoir parlé avec le roi et son conseil, elle fut placée sous la garde d’Aulon. Elle l’accompagna à Blois, et de là jusqu’à Orléans, par la Sologne.

Jeanne recommanda à tous les hommes d’armes de se confesser en leur assurant que s’ils étaient en bonne condition, Dieu leur accorderait la victoire.

Arrivée à Orléans.]

Jeanne voulait que l’on passe par la bastille de Saint-Jean-le-Blanc, mais les hommes d’armes allèrent en un lieu entre Orléans et Jargeau où les attendaient des bateaux envoyés par les habitants d’Orléans. On y chargea le ravitaillement qui fut conduit en ville. Quant aux hommes, certains proposèrent de traverser la Loire à Blois, car il n’y avait pas de pont plus proche dans l’obéissance du roi. L’idée irrita Jeanne qui les soupçonnait de vouloir se retirer, en abandonnant une tâche inachevée. Elle ne voulut pas les suivre et avec deux cents lances environ, elle franchit l’eau en bateau et entra dans Orléans.

Le maréchal de Boussac partit de nuit chercher l’armée du roi près de Blois. Jeanne confia à d’Aulon qu’elle savait que rien de mal n’arriverait au maréchal.

Prise de Saint-Loup.]

Jeanne était à son logis lorsque, mue par une inspiration, elle déclara : En nom Dieu, nos gens ont beaucoup à faire ! Elle envoya chercher son cheval, s’arma et fonça vers la bastille de Saint-Loup où l’on attaquait les Anglais. Elle se joint à l’assaut et la bastille fut prise.

Prise de Saint-Jean-le-Blanc et des Augustins.]

Le lendemain Jeanne participa à l’assaut de la bastille de Saint-Jean-le-Blanc. Les Français s’approchèrent jusqu’à une île ; mais dès les Anglais les aperçurent ils abandonnèrent la bastille et se retirèrent vers celle des Augustins. Le témoin vit l’armée royale dans un très grand danger. Jeanne les encourageait : Allons hardiment, en nom Dieu !. [La suite est confuse, comme si les phrases n’étaient pas dans l’ordre :] On arriva jusqu’aux Anglais (qui se trouvaient en grand péril et qui avaient trois bastilles) et la bastille fut facilement prise. Les capitaines voulurent que Jeanne regagne la ville ce qu’elle refusa : Abandonnerons-nous nos gens ?

Prise de la bastille du Pont.]

Le lendemain les Français attaquèrent la bastille située au bout du pont, qui semblait imprenable. L’attaque dura toute la journée jusqu’à la nuit. Le témoin vit d’Aulon faire rompre le pont avec une bombarde.

C’était déjà le soir, et on désespérait de pouvoir l’emporter. On demanda d’apporter l’étendard de Jeanne ; l’attaque reprit et aussitôt, sans grande difficulté, on entra dans la bastille avec l’étendard. Les Anglais se mirent à fuir par le pont, qui s’effondra ; et beaucoup se noyèrent.

Départ des Anglais.]

Le lendemain les Français firent une nouvelle sortie ; à leur vue, les Anglais s’enfuirent et Jeanne empêcha qu’on les poursuivît : Laissez partir les Anglais, ne les tuez pas. Qu’ils s’en aillent. Leur retraite me suffit.

Prise de Jargeau.]

Le même jour les gens du roi se rendirent à Blois. Jeanne y passa deux ou trois jours et se rendit à Tours et à Loches, où l’on préparait l’assaut de Jargeau ; qui fut prise.

Piété de Jeanne.]

Jeanne était bonne catholique, craignant Dieu ; elle se confessait tous les deux jours, communiait chaque semaine, et entendait la messe chaque jour. Elle exhortait les hommes d’armes à bien vivre et à se confesser souvent.

Mœurs de Jeanne en compagnie des hommes d’armes.]

Lui-même n’eut jamais envers elle le désir de mal agir. — Jeanne couchait toujours avec des jeunes filles ; et ne voulait pas de vieilles femmes. — Elle détestait jurons et blasphèmes, et reprenait ceux qui juraient ou blasphémaient. — Elle interdisait les pillages et refusait la nourriture qu’elle savait volée. Elle s’irrita un jour contre un Écossais qui lui fit savoir qu’elle avait mangé d’un veau volé et voulu le frapper. — Elle ne voulait jamais voir de femmes de mauvaise vie dans l’armée ; aucune d’elles n’aurait osé se trouver devant elle ; et si Jeanne en rencontrait une, elle devait soit partir, soit se faire épouser.

Piété de Jeanne.]

Jeanne était vraie catholique, obéissant aussi autant que possible aux instructions de l’Église. Elle était charitable non seulement envers les Français, mais aussi envers les ennemis. — Tout cela le témoin le sait, car il fut longtemps en sa compagnie, et maintes fois l’aida à s’équiper. — Elle déplorait que de braves femmes viennent la saluer : ce lui semblait une sorte de dévotion, dont elle s’irritait.

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