#Prise du boulevard du Pont
8 témoins :
- Jean Dunois
- Jean Luillier
- Louis de Coutes, page de Jeanne
- Simon Beaucroix
- Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
- Colette
- Pierre Milet
- Aignan Viole
Jean Dunois
- Enquête à Orléans (22 février 1456)
Un autre fait le conforte qu’elle agissait de par Dieu. Le 7 mai au matin, au début de l’assaut du boulevard du pont, Jeanne fut blessée d’une flèche au cou mais n’abandonna pas la bataille, ni ne prit de remède pour la blessure.
L’assaut se prolongea jusqu’à 8 heure du soir, si bien qu’on n’espérait plus une victoire ce jour là. Le déposant voulut commander la retraite, mais la Pucelle lui demanda d’attendre encore un peu. À cheval, elle se retira à l’écart vers une vigne, et s’y tint en prière un demi quart d’heure. Puis elle revint, empoigna son étendard et le plaça sur le bord du fossé. À l’instant, les Anglais tremblèrent et prirent peur. Ceux du roi reprirent courage, montèrent à l’assaut au boulevard et le prirent sans rencontrer aucune résistance ; tous les Anglais qui s’y trouvaient furent mis en fuite ou moururent. Classidas et les principaux capitaines anglais de cette bastille, voulant se retirer dans la tour du pont d’Orléans, tombèrent dans le fleuve et se noyèrent. Ce même Classidas avait été l’un des plus grossiers envers la Pucelle.
Tous rentrèrent dans Orléans, où ils furent reçus avec grande joie et reconnaissance. Jeanne fut soignée et ne dîna que quatre ou cinq rôties dans du vin, coupé de beaucoup d’eau, sa seule nourriture de toute la journée.
Jean Luillier
- Enquête à Orléans (16 mars 1456)
Se rappelle bien que le 7 mai 1429 au matin, un assaut fut lancé contre le boulevard du pont au cours duquel elle avait été blessée d’une flèche. L’assaut se prolongea si tard le soir qu’on voulut l’abandonner. Alors la Pucelle vint leur recommander de ne pas renoncer ; elle se saisit de son étendard et le plaça sur le bord du fossé. Aussitôt les Anglais frémirent, et les gens du roi reprirent courage : ils repartirent à l’assaut sans trouver de résistance. Le boulevard fut alors pris et les Anglais qui s’y trouvaient s’enfuirent, mais tous moururent. Classidas et les autres capitaines qui gardaient la bastille, tentant de se réfugier dans la tour du pont d’Orléans, tombèrent dans le fleuve et s’y noyèrent. Une fois la bastille prise, tous les partisans du roi rentrèrent dans la cité d’Orléans.
Louis de Coutes(page de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 avril 1456)
Le jour suivant Jeanne fit ouvrir la porte de Bourgogne et une petite porte située près de la grosse tour, contre l’avis de plusieurs seigneurs qui trouvait cela trop dangereux. Elle traversa avec quelques hommes pour attaquer la bastille du Pont. L’assaut dura sans interruption de six heures jusqu’au soir. Jeanne fut blessée ; et dès qu’elle fut soignée, se réarma et repartit à l’assaut. Le retranchement fut enfin pris. Jeanne continuait d’encourager les soldats, annonçant la victoire prochaine. Elle disait, lui semble-t-il, qu’ils auraient le fortin quand ils verraient le vent pousser son étendard dans sa direction. La nuit venait et l’on commençait à désespérer, mais Jeanne promettait qu’on emporterait la bastille le jour même. On prépara un nouvel assaut ; terrifiés, les Anglais ne lui opposèrent aucune défense et furent presque tous noyés.
Simon Beaucroix
- Enquête à Paris et à Rouen (20 avril 1456)
Le lendemain les Français attaquèrent la bastille située au bout du pont, qui semblait imprenable. L’attaque dura toute la journée jusqu’à la nuit. Le témoin vit d’Aulon faire rompre le pont avec une bombarde.
C’était déjà le soir, et on désespérait de pouvoir l’emporter. On demanda d’apporter l’étendard de Jeanne ; l’attaque reprit et aussitôt, sans grande difficulté, on entra dans la bastille avec l’étendard. Les Anglais se mirent à fuir par le pont, qui s’effondra ; et beaucoup se noyèrent.
Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 mai 1456)
Le lendemain samedi, après la messe, Jeanne partit à l’assaut de la bastille du Pont, où était Clasdas. L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil, sans interruption.
Après le déjeuner, Jeanne fut atteinte d’une flèche au-dessus du sein comme elle l’avait prédit ; elle eut peur et pleura, puis fut consolée. Quelques soldats proposèrent de charmer [en français] sa blessure : Je préférerais mourir plutôt que déplaire à Dieu
; ajoutant qu’elle mourrait bien un jour, ne savait pas quand, où et comment, ni à quelle heure ; cependant, elle acceptait d’être soignée si l’on ne pêchait pas. On pansa sa blessure avec de l’huile d’olive et du lard ; Jeanne se confessa au témoin, pleurant et se lamentant puis elle retourna à l’assaut.
Elle cria à Clasdas : Rends-toi au Roi des cieux. [en français] Tu m’as appelée putain, moi j’ai grand pitié de ton âme et de celle des tiens.
Alors celui-ci, armé de pied en cap, tomba dans le fleuve de Loire et se noya. Jeanne pleura abondamment pour son âme et celle des nombreux autres noyés. Les Anglais qui défendaient la bastille furent faits prisonniers ou moururent.
Colette
- Enquête à Paris et à Rouen (11 mai 1456)
Le matin de la prise de la bastille du pont, on apporta à Jeanne une alose ; elle dit à son hôte : Gardez-la jusqu’à ce soir, car je vous amènerai un godon et reviendrai par le pont [en français].
Pierre Milet
- Enquête à Paris et à Rouen (11 mai 1456)
Dépose comme sa femme [témoin précédent].
Aignan Viole
- Enquête à Paris et à Rouen (11 mai 1456)
Avant la prise du fortin du pont elle avait déclaré qu’il serait pris et qu’elle reviendrait par le pont, ce qui paraissait à tous impossible ; bien plus elle avait annoncé qu’elle serait blessée. Il en fut ainsi.