Mgr Ricard  : Jeanne d’Arc la Vénérable (1894)

Texte : Préface

Déclaration de l’auteur

Conformément aux prescriptions de l’Église, spécialement du décret d’Urbain VIII, l’auteur de ce livre déclare qu’en décernant à Jeanne d’Arc les titres de sainte, martyre, divinement inspirée, etc., et en lui attribuant des miracles et des prophéties, il n’entend parler que d’après les données ordinaires de l’histoire humaine, sans prétendre prévenir en rien les jugements de la Sainte Église Romaine, du Saint-Siège apostolique, auquel il soumet humblement cet écrit, comme tous ceux qui l’ont précédé ou qui pourraient encore le suivre.

Jeanne d'Arc, statue de la princesse Marie d'Orléans (Mgr Ricard, Jeanne d’Arc la Vénérable, 1894)
Jeanne d’Arc, statue de la princesse Marie d’Orléans

VPréface

Je l’ai déjà dit et je suis particulièrement heureux de le redire, à l’occasion de la publication de ce livre que mon infatigable vicaire général vient d’écrire, sur mes pressantes instances :

Jeanne d’Arc est la gloire sans pareille de la France, de l’humanité tout entière. Je ne connais rien de plus beau après la Vierge Marie. Elle est une des plus angéliques figures du ciel. Nous attendons avec impatience de pouvoir l’invoquer sur la terre comme la sainte la plus patriotique, parce qu’il n’y eut jamais parmi nous une âme plus française.

Ah ! quand donc nous sera-t-il définitivement donné de lui dire, avec l’Église entière :

— Sainte Jeanne d’Arc, sauvez la France !

VIEn attendant cet heureux jour que tant de vœux voudraient avancer, voici un livre qui hâtera, je le crois fermement, l’heure tant désirée, parce qu’il aidera à montrer, dans l’héroïque enfant de Domremy, la sainte inspirée, envoyée de Dieu pour sauver son pays.

Tout est là, Mgr Ricard l’a fort bien compris, et, en s’aidant des pièces mêmes que les juges romains ont admises au procès de la canonisation, il a mis en fort belle lumière cette grande vérité historique.

Si la mission de Jeanne n’est pas divine, les merveilles de sa vie sont un mystère à renverser tout raisonnement : nous sommes en plein absurde.

Telle donc à bon droit la fait connaître ce livre, à Domremy, à Orléans, à Reims, à Rouen, les quatre plus glorieuses étapes de son histoire miraculeuse :

À Domremy, modèle en tout, modèle de tous, d’après le très significatif et très probant suffrage unanime de ses compatriotes, le témoignage d’une conduite absolument irrépréhensible. On l’appelait déjà : la petite Sainte.

À Orléans, menant ses guerriers à l’assaut des remparts au nom de Dieu. Bataillons, leur disait-elle, et Dieu donnera la victoire ; et les Anglais furent battus, chassés par une jeune fille de dix-neuf ans.

À Reims, debout près de Charles VII, qu’elle a rétabli VIIroi de France, et qu’elle fait sacrer roi très chrétien.

À Rouen, abandonnée, trahie, calomniée, torturée pendant de longs mois, dans un noir cachot, livrée à tous les outrages, condamnée indignement et enfin martyrisée sur un calvaire de feu.

Mgr Ricard n’a point oublié de rappeler que, déjà au pied du bûcher sanglant, l’heure de la réparation sonnait son premier coup. Anglais et Bourguignons se frappaient la poitrine, en s’écriant : Nous sommes perdus, nous avons fait brûler une sainte, absolument comme au Golgotha, où l’on entendit le centurion et les soldats qui gardaient Jésus-Christ attaché à la croix s’écrier : Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu !

Voilà ce que, sur mon conseil et ma demande, mon dévoué collaborateur vient, avec le talent que tant de succès ont consacré déjà, de redire à la gloire de l’Église, car, Jeanne appartient à l’Église.

Léon XIII écrivait ces temps derniers : Columbus noster est, Christophe Colomb est à nous ! Jeanne aussi est nôtre. Personne ne saurait nous la disputer.

Les registres de sa paroisse, comme les procès-verbaux de son martyre, en mains, nous pouvons dire : Joanna nostra est.

Elle est à nous, née comme nous de parents catholiques, devenue notre sœur en Jésus-Christ par le VIIIsaint baptême, qui fut toujours son premier titre de gloire et dont elle ne viola jamais les engagements.

Elle est à nous, dans la chaumière paternelle, pieuse enfant, modeste adolescente, chaste jeune fille, la joie de ses parents, l’édification de ses compagnes, au catéchisme de son curé, à la garde de son troupeau, au travail des champs, à l’église chaque matin et souvent à la sainte table.

Elle est à nous dans l’humilité et dans la gloire, dans sa vie et dans sa mort : elle est à nous en tout et partout, à nous toujours.

Nous catholiques, nous avons la propriété exclusive de ces miracles de la Providence.

En vain, les falsificateurs de l’histoire ont voulu nous la prendre en la défigurant, et en la présentant comme une hallucinée. Quoi donc ! Dunois, La Hire, Xaintrailles et mille autres héros auraient obéi à une hallucinée ! Vous, qui affirmez cette sottise, auriez-vous obéi à une visionnaire ?… Est-ce que vous croyez que ces vaillants n’avaient pas autant d’esprit que vous ?

Gardez vos grands hommes. Mettez-les au Panthéon : nous ne vous les disputerons jamais. Mais, Jeanne d’Arc est à nous, de son premier à son dernier jour, sans démenti, sans défaillance — ce livre le prouve après tant d’autres, avec plus d’éloquence et de verve IXque bien d’autres — Joanna nostra est. On ne laïcise pas les saints.

Consultez donc les trois mille cinq cents ouvrages catalogués de M. Pierre Lanéry d’Arc, un jeune savant aixois, mon excellent diocésain, infatigable chercheur de tous les documents qui intéressent son admirable parente dont il porte noblement le nom : vous n’en trouverez pas dix, qui ne soient la justification et l’apologie de la mission divine de la libératrice de la France.

Ah ! nous l’avouons, elle fut envoyée à la mort par un évêque, dont le récit qu’on va lire met dans son triste jour toute l’indignité, un évêque qui n’avait plus rien de Français, puisqu’il s’était vendu aux Anglais.

Mais le Pape Calixte III a vengé la Vierge de Domremy. Il a ordonné la révision du procès : il a cassé et annulé la sentence, comme la plus monstrueuse depuis celle de Pilate. Nous attendons qu’on en fasse autant pour les innombrables et innocentes victimes condamnées par les tribunaux révolutionnaires.

L’évêque Cauchon ne nous appartient pas plus que Judas, puisque nous l’avons répudié par le jugement le plus authentique et le plus solennel ; — Cauchon fut le précurseur de Voltaire, ce profanateur de notre gloire nationale la plus éclatante et la plus pure. On peut les placer côte à côte au Panthéon : l’un vaut l’autre !

XLe plan de ce travail était donc tout tracé. L’auteur devait faire ressortir la mission divine de la Vierge lorraine, et par là mettre en lumière les éléments de sa canonisation. Il fallait que les impies et les libres-penseurs se vissent forcés de croire au surnaturel, pris en flagrant délit de sauver la France malgré eux.

Mon cher vicaire général l’a fait et bien fait. Je ne pouvais me refuser à lui en rendre ce public témoignage, trop heureux s’il lui est une recommandation auprès de ses lecteurs que, sans vouloir prophétiser, je lui prédis nombreux et satisfaits.

Aix, le 9 mars 1894.

✝ Xavier, archevêque d’Aix.

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